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Policier/Noir/Thriller
EsTcho : Dani-ELLE et Natha-LUI [concours]
 Publié le 08/09/08  -  7 commentaires  -  34467 caractères  -  66 lectures    Autres textes du même auteur

Daniel a la nausée, elle ne le quitte pas, jamais, il ne peut plus penser... La fourmi...
Nathalie se retourne, elle sent son ombre couler sur sa nuque... Panier de crabes...

Librement inspirée de faits réels, cette histoire vous est proposée par Estelle2L et Thollos dans le cadre de la collaboration estivale.


Dani-ELLE et Natha-LUI [concours]


Ce texte est une participation au concours nº 6 : Collaborations estivales (informations sur ce concours).


Librement inspiré par des faits réels.


***


1987


- Combien de temps ça vit, une fourmi ? se demanda Daniel.


À quelques centimètres de son nez, égaré au sommet d’un gros caillou, le minuscule insecte hésitait sur la direction à suivre. Ses antennes nerveuses battaient l’air à la recherche d’une trace qui le guiderait vers une route sûre. Daniel, allongé sur un lit de caillasse et de mauvaises herbes, l’observait depuis près de deux minutes. Il l’enviait cet animal, comme il n’avait jamais envié personne. Si seulement il pouvait suivre les parfums d’un autre, vivre sans conscience, sans désir et se perdre dans la masse.


- C’est une falaise pour toi, hein ?


La fourmi stoppa son ballet erratique et Daniel retint son souffle.

J’aimerais être microscopique, souhaita-t-il pendant ce bref instant figé en dehors du temps, s’imaginant sans doute que la souffrance est proportionnelle à la taille. Une réflexion idiote, une de plus, comme toutes ces pensées irraisonnées qui vous soulagent du poids de la réalité. Le petit aventurier mandibulé relança son pétiole et reprit sa route, antennes résolues, mettant ainsi fin aux élucubrations de l’humain qui l’observait sans pudeur. Il s’élança avec audace dans la descente du mont cailloux par sa face nord et disparut dans l’herbe.

Daniel pivota sur la gauche, encore engourdi par cette expérience quasi chamanique, l’esprit grouillant de mauvaises ondes et d’idées noires.


- Je suis une fourmilière, dit-il sans trop savoir pourquoi.


Il se frotta les yeux avec le pouce et l’index et s’empara de la paire de jumelles accrochée à son cou. Il dirigea les lunettes vers une modeste bicoque au toit de tuiles couleur de cendre perdue au milieu de la garrigue. Il hésita à faire la mise au point. Les images informes, étirées par mille mouvements ondulants, avaient des vertus apaisantes.


Et dans le flou apparut alors Nathalie. Une simple silhouette de lumière et de couleur qu’il reconnut pourtant parfaitement. Il régla les oculaires et elle se dévoila dans toute sa splendeur.

Il ne lui avait jamais parlé mais elle était en lui, comme un organe putride et gangrené, ligoté à son cœur. Nathalie, l’obsédante. Nathalie, la raison et le but. Nathalie, ondine de ses rêves et de ses cauchemars depuis près de huit ans.


Il déglutit. Un filet de sueur glissa le long de sa colonne vertébrale. Ses muscles semblèrent s’enrouler autour de ses os comme mille serpents étouffant mille proies. Il ferma les yeux pour reprendre le contrôle de son corps de pantin. Quand il les rouvrit, elle avait disparu à l’intérieur de la maisonnette. Il glissa une main tremblante dans sa poche intérieure et en délogea une photo craquelée par des manipulations répétées. Sur le cliché, Nathalie, resplendissante dans une petite robe bleue, sirotait une menthe à l’eau à la terrasse d’un café. Daniel se détendit un peu en replongeant dans ses souvenirs.




Dessin d’Estelle2L


***


1983


Nathalie laissait le vent fouetter son visage et jouer avec ses longs cheveux noirs. Elle avait toujours adoré la terrasse du Délice, un estaminet discret, à peine perturbé par l’agitation de l’artère. L’auvent d’un gris perlé et les tables séparées par de petits paravents y garantissaient une certaine intimité.


D’ici, elle avait une vue imprenable sur toute la place, elle en connaissait chaque arrondi, chaque écart entre les pavés et ses yeux perçants enregistraient tout, malgré elle.

Les rayons de soleil se reflétant dans les pare-brises. L’homme devant la fontaine essayant de faire un vœu sans se faire remarquer. La mère de famille entraînant deux petits tutus aux couettes blondes par la main et les pigeons, qui valsaient une danse endiablée avec une paire de chats errants affamés. Le monde bougeait autour d’elle, et Nathalie essayait de se fondre dans la masse.


Comme souvent ces derniers temps, elle cachait ses yeux d’un noir aussi profond que ses cheveux derrière une paire de lunettes démesurée.

Elle avait mis la robe bleue, celle qui lui rappelait Mélanie Griffith, et qui soulignait sa taille fine et ses jambes bronzées, interminables.

Cette tenue n’était certes pas pratique, mais le bleu était la couleur préférée de Jean-Marc, elle ne l’avait plus vu depuis près de deux mois et voulait qu’il la remarque.

En cinq années de relation, c’était la première fois qu’ils étaient séparés aussi longtemps, elle parvenait à peine à cacher sa nervosité.


Le garçon boutonneux, un étudiant maladroit, qui lui avait porté sa menthe à l’eau s’arrêta à sa hauteur.

Elle remarqua son regard glisser sur le satiné de ses jambes avant d’entendre sa voix de crécelle lui demander si elle désirait boire autre chose.

Nathalie secoua la tête en signe de dénégation. Le serveur n’existait plus.

Jean-Marc approchait, la démarche nonchalante. Aux yeux de quiconque, il aurait pu être n’importe quel touriste cherchant à profiter d’une brise estivale bienvenue dans la moiteur caniculaire de la capitale.

Mais elle voyait au-delà de son pantalon en velours côtelé bleu, de son t-shirt rouge dépareillé à l’effigie du Che, de son sac à dos trop lourd, et de sa barbe naissante.


Il déposa un chaste baiser sur son front et elle se rendit compte de l’amour inconditionnel qu’elle lui portait. Cette constatation éveilla en elle un sentiment d’urgence, de malaise.


- Tu es magnifique dans cette robe.

- Tu es en retard !


Elle jeta quelques francs sur la table et le laissa la prendre par la taille pour l’emmener jusqu’à l’agence immobilière à l’angle de la rue de Borrego.


Tout allait bien se passer, elle en était certaine à présent.


***


Clic.

Elle s’assied avec grâce et le vent s’associe au mouvement pour soulever un coin de sa jupe.

Clic.

Elle commande. Le garçon laisse son regard traîner sur elle, ses joues vérolées s’enflamment. Clic.

Elle pose ses lèvres autour de la paille. Un fin bracelet doré glisse le long de son poignet.

Clic.

Ses yeux d’onyx, perles d’ombres, ne quittent pas le sol mais Daniel sait qu’elle observe tout. Clic.

Elle ne peut pas le voir. Pourtant, il craint qu’elle le découvre et le transperce de ses iris aiguisés comme des javelots.

Clic.


Il écarte l’appareil photo et passe une main moite dans ses cheveux.


Cette fille le trouble. Cette fille fait mal. Physiquement mal.

Ses intestins s’exercent aux nœuds marins, ses articulations grincent comme le pont d’un vieux rafiot, son cœur tangue sous la houle.

Nathalie lui donne la nausée.

Il ne parvient pas à la détester comme il déteste tous les autres. Sans la haine, son sang se refroidit, sa garde baisse. Daniel lutte pour ne pas trahir sa nature mais le charme de cette fille emprisonne ses instincts, alimente un désir inavouable. Si inattendu.

Les lions n’admirent pas les antilopes.

La vérité s’immisce, insidieuse, comme un filet d’eau dans une faille du plancher. Daniel voudrait que cette chasse dure éternellement, qu’elle reste à portée de main et qu’ils s’effleurent à jamais.


L’autre arrive. Désinvolte, anonyme, passe-partout. Daniel sait qu’elle l’aime mais il n’est pas jaloux. Ce petit morveux ne fait qu’accroître son appétit.

Clic.

Elle est différente tout à coup, résolue et lumineuse, si belle.

Clic.

Les tourtereaux échangent quelques mots et s’en vont. Daniel range l’appareil photo et s’élance derrière eux.


***


1973


Mai 68 était derrière eux, les choses ne changeaient pas, la vie n’allait pas mieux. Partout, dans le Val d’Oise comme dans le reste du pays, résonnaient les mots Injustice et Lutte des classes.

Et sous le toit familial, Nathalie se sentait étouffer.

Comme tous les adolescents, elle ressentait le besoin de se révolter. Contre des parents qui acceptaient leur sort précaire sans broncher, comme des moutons dociles.

Contre des professeurs aveuglés de certitudes, fossilisés.

Contre toutes ces foutues autorités.

Et contre cette France désolante et inerte. Nathalie avait besoin de trouver un but qui canaliserait toute sa colère.

Elle monta le son du tourne-disque jusqu’au seuil critique de tolérance parentale et s’enfuit en empruntant le lierre qui, comme elle, se fixait le ciel pour seule limite.


Elle marchait. Une pluie fine fouettait son visage et transperçait ses vêtements. L’eau glacée chassait ses idées noires et la lavait de ses envies de meurtres.

Sans s’en rendre compte, elle avait pris le chemin de la bibliothèque, où elle aimait s’isoler pour rêver sous les mots de ceux qui avaient pensé avant elle, agi avant elle, vécu avant elle.

Un antre de culture, le seul à sa disposition dans un village à majorité agricole, alors que le reste du monde ne jurait plus que par le « business ».

Elle s’arrêta, interpelée par une annonce sur la vitre, à l’entrée. Elle ne s’inquiétait pas des gouttes qui coulaient le long de son dos, aplatissaient son pantalon contre ses cuisses, trempaient ses pieds dans ses sandales trop fines.


« Vendredi 21 mai, 17 h 30 salle Ensor, séance de lecture et de discussion, du Groupe Communards. Réservé aux membres. »


Nathalie sourit, encore ces pseudo révolutionnaires comme on en voit partout : Hasta Siempre et démerdez-vous, chacun-pour-soi, on a déjà donné… merci !

Elle remarqua qu’un jeune homme se tenait devant la salle où devait débuter d’ici quelques minutes la séance privée de lecture.

Il n’avait rien de séduisant mais au-delà du ridicule de sa petite moustache, du négligé de sa tenue vestimentaire, et de sa coiffure à la mode un peu grotesque, Nathalie discernait une force tranquille, une assurance qui lui plut.

Elle sourit à nouveau, en direction de l’inconnu cette fois, qui lui rendit son sourire.


Elle lisait depuis plus d’une heure à la seule lueur d’une lampe de Banquier. Dévorer serait plus correct, car elle était tellement absorbée dans sa lecture qu’elle sursauta en sentant une main se déposer avec légèreté sur son épaule.


- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous faire peur.


Le jeune homme à la moustache se tenait derrière elle, et à quelques pas d’autres jeunes gens l’attendaient, sa voix pourtant encore emprunte de sa mue toute récente était douce et claire.


- Vous m’avez juste surprise.

- Voilà, je… Je m’appelle Jean-Marc, et avec mes amis on va finir la soirée chez Thomas que tu vois là, il habite à deux pas. Rien d’exceptionnel, on boit quelques bières et on refait le monde, on joue de la musique…


L’horloge murale marquait dix-huit heures quinze.

Nathalie laissa ses sens enregistrer tout ce qui l’entourait.

Les murmures du groupe à quelques mètres, l’odeur entêtante du parfum de Jean-Marc, la lenteur avec laquelle la trotteuse faisait le tour du cadran, le velours encore humide de son pantalon sous ses doigts, l’arôme un peu déroutant de métal qui emplit sa bouche.


- Enfin, si tu veux, comme je vois que tu as bon goût en matière de lectures, tu peux te joindre à nous…


Il était touchant.

Elle devait rentrer manger vers dix-neuf heures trente, pourtant, elle s’entendit répondre d’une voix très féminine et très assurée qu’elle reconnut à peine.


Avec plaisir. Moi, c’est Nathalie…


***


1986


Daniel se sent vide. Il s’oublie.


Journée type :


Se lever. Tôt. Pâteux et étourdi.

Elle est déjà là. En fait, elle ne l’a pas quitté de la nuit, enivrant ses rêves, polluant son sommeil.

Rester plusieurs minutes assis sur le bord du matelas. En équilibre. Attendre qu’elle disparaisse. En vain.


- Hem, hem susurre une voix sous les draps.


Répondre : « Bonjour Sophie. Dors, il est encore tôt. »

Pas de petit-déj. Pas faim. Putain de cuisine où même les œufs sont brouillés.

Se raser ? Pourquoi faire ? Pour plaire à qui ? Pour avoir l’air de quoi ?

Putain de savon de Marseille. Putain d’eau de Cologne. Putain de gant de toilette.

Nathalie est dans le miroir. Elle lui sourit.

Enfiler un jeans. Celui de la veille. Mettre une chemise. Celle de l’avant-veille. Des chaussettes ? Peut-être.

Filer au boulot. Presque plus d’essence.

Deux yeux noirs dans le rétroviseur.

Travailler. Ne penser qu’à elle et la voir partout. Chercher, poursuivre, ne pas trouver.

Dissimuler son déséquilibre aux collègues. S’ils savaient…

Rentrer. Tard. Pâteux et étourdi.


- Ça va chéri ?


Répondre : « Extra » en forçant un sourire.

Enfiler le masque.


- Je n’ai pas eu le temps de faire la cuisine. Tu veux des œufs brouillés ?


« Putain !»


Regarder la télé et l’apercevoir dans chaque pub.

Ne pas parler. Écouter en remuant la tête.


- Et toi, ta journée ?


Répondre : « Comme d’hab’ ».

Sourire numéro deux. Celui qui donne un air de constipé.


Aller au lit. Vite. Pour que les rêves l’amènent encore. Dans une robe bleue.


Daniel n’est pas vide. Il est rempli de Nathalie et il déborde.




Dessin d’Estelle2L



***


1984


Joëlle ouvre la cage et délivre les colombes qui s’empressent de retourner à la liberté dans un froufroutement romantique.

Le prêtre, un camarade rencontré deux années plus tôt, vient de sceller l’union de Jean-Marc et Nathalie.

Elle est resplendissante dans sa robe blanche d’une simplicité déroutante. Elle sourit, heureuse pour la première fois depuis bien longtemps.

Ces dernières années avaient été éprouvantes pour le couple. Il y avait eu la place Gambetta, l’accident, et à présent cet homme qui les poursuit. Ils ont beau le semer, Nathalie sent son regard couler en permanence le long de sa nuque hérissée. Et ces cheveux qui se dressent lui sont devenus familiers, comme un ami invisible dont elle surveille l’arrivée. Elle a appris à vivre avec cette peur. Peut-être même qu’elle s’est mise à l’aimer. En tout cas elle la respecte, autant que la fureur qui bouillonne en elle depuis toujours. Son corps est un chaudron qu’on ne peut approcher sans s’y brûler, une fournaise entretenue par la détermination, la haine, et le courage, canalisée derrière une lourde porte en fonte. Jean-Marc est le seul à en posséder la clef. Il était à son chevet quand on leur avait annoncé qu’elle ne marcherait plus jamais sans boiter. Il avait eu peur de la perdre, il avait fini par lui demander sa main.

Et aujourd’hui, le plus beau jour de sa vie, il la serre contre lui dans la maison de campagne qu’il lui a offerte comme rempart à l’insécurité dont elle n’arrive jamais à se débarrasser.


- Je vous aime Madame Roland

- Je vous aime aussi Monsieur Roland.


Elle sourit, mais il lit dans ses yeux une inquiétude qu’elle ne parvient pas à dissimuler alors qu’elle scrute l’horizon à la recherche d’un détail qui pourrait venir tout gâcher.




Dessin d’Estelle2L


***


1986


Que croyait-il ? Qu’espérait-il ? Jouer à cache-cache jusqu’à la fin des temps ?

Sophie n’est pas aveugle. Elle le connaît mieux que personne. Elle sait tous ses sourires. Elle était tombée amoureuse d’un lascar un peu fou, débordant d’énergie, de dérision et d’optimisme. Maintenant, elle vit avec une ombre qui rampe le long des murs, qui s’enferme dans le bureau sans allumer la lampe, et qui regarde à travers elle comme un aliéné perdu au fond de ses jardins secrets.


Ils n’ont pas fait l’amour depuis plus d’un mois. Il n’en a pas envie. Il trouve toujours une excuse. Le surmenage, la fatigue. Impossible de lui dire la vérité. Qu’elle n’est pas Nathalie, qu’elle le dégoûte.


- C’est elle n'est-ce pas ? Elle, elle, elle, répète Sophie en secouant la tête.


La colère chasse la douleur qui cède volontiers sa place à cette mécanique aléatoire. Sophie pète les plombs et danse au rythme de sa rage, au son des « elle, elle, elle ». Et plus elle danse, plus Daniel se sent excité. « Nathalie, Nathalie, Nathalie ». Il est submergé de désir. Une coulée de lave trace un sillon sur sa poitrine en direction de son sexe. Impossible de résister. Il sent venir l’érection. Et Sophie hurle. Et il devient dur.


- Je suis un monstre, chuchote-t-il en s’asseyant pour dissimuler son émoi.


Elle n’entend rien. Ses mots deviennent des sanglots et elle quitte la pièce en baragouinant une longue plainte aux intonations vaguement humaines. Elle ne reviendra pas et Daniel le sait. Nathalie vient de la chasser de sa vie. Pourquoi lui aurait-elle réservé un autre sort ?


***


1982


Elle roule un peu trop vite, rien de bien neuf sous le soleil, elle fonce toujours à vive allure quand elle est énervée.

La radio distille son venin capitaliste, faisant l’éloge du sommet du G7 qui se tiendra d’ici quelques jours à Versailles.

Nathalie revient de Bruxelles, elle a rempli le coffre d’affiches destinées aux murs de Paris.

Elle laisse son esprit vagabonder. Il y a tant de choses à faire. Elle ne peut s’arrêter de courir, ni même ralentir pour réfléchir. Impossible. Une seule vie ne lui suffira jamais pour réaliser tout ce qu’elle a choisi d’entreprendre. En ce moment, elle surchauffe presque, comme une machine poussée au maximum par un ouvrier cynique et désespéré. Mais elle compte bien parvenir à ses fins. Les obstacles et les doutes ? Dans le fond, elle s’en fout. Ils ne font qu’alimenter ses foudres, qu’attiser sa haine, tout comme ses sinistres intuitions qui la privent souvent de sommeil.

Elle sent que Versailles sera son Waterloo.

Ce pressentiment la met à nouveau en colère et l’empêche de se concentrer sur le trafic pourtant dense.


Une Renault cinq la dépasse en trombe.


- Vas-y te gène pas ! Va te crasher plus loin, petit con !


Le temps de le dire et le conducteur inconscient perd le contrôle et part en tête à queue. La Ford Escort devant elle braque trop tard et la Renault lui heurte l’arrière.


- Oh ! Le con…


La Ford se met à tourner comme un manège hanté, et s’encastre dans l’aile de sa Talbot. Bruit de tôle, choc incontrôlable.

Un géant s’empare de sa voiture et la retourne, encore et encore.

La voiture ressemble à ces boîtes qui meuglent quand on les retourne.

Les vitres explosent. Les débris de verre s’enfoncent dans ses bras, dans son visage.

Nathalie ne porte pas de ceinture, il n’y en a pas dans la Talbot.

Elle est éjectée et rebondit contre le tarmac avant de passer par-dessus le rail de sécurité et de dévaler le ravin qui borde l’autoroute.

Elle ne sent plus rien. Elle ne voit plus rien.


***


- Chiche que tu le fais pas ! T’es pas cap, t’es pas cap, t’es pas cap, répète le petit garçon en grimaçant.


Nathalie ne sourcille pas. Ses yeux de poupée de porcelaine sont fixés sur l’objet du défi et elle ne semble pas se préoccuper du morveux qui sautille autour d’elle en la narguant.


- T’y arriveras pas, t’es qu’une fille, déclare le macho en herbe, à peine plus âgé qu’elle.


Nathalie s’accroupit devant le seau. Ils la prennent tous pour une mauviette, bien !

Le gamin, surpris, marque un temps d’arrêt avant de reprendre sa litanie malicieuse.


- Même pas cap. Tu n’es qu’une couillonne…


Nathalie lève des yeux vides vers le blanc-bec dont le léger mouvement de recul trahit l’étonnement.

Elle sourit et une image s’insinue dans l’esprit du garçonnet : celle du requin dans ce reportage l’autre soir, quand on voit son œil tout noir en gros plan avant l’attaque mortelle, et il comprend que cette gamine de six ans est complètement barjo.

Trop tard.

Sans hésitation, Nathalie plonge la main dans le récipient rempli de crabes pêchés le matin même par le père du garnement. Elle les sent essayer d’attraper ses doigts avec leurs pinces immenses et acérées. Pourtant, elle en attrape un à pleine main, se relève en un éclair et fonce.

Désarçonné par l’attitude de la petite fille si efflanquée qu’on pourrait la couper en deux d’une pichenette, le plaisantin trébuche et tombe lourdement sur les fesses. Il a honte, mais surtout, il a peur.

Elle se jette sur lui en émettant un bruit de gorge, comme un fou rire contenu, le cri d’une hyène.

Il panique.

Ses bras s’agitent en tout sens.

Il entend quelqu’un gémir, il a l’impression que c’est lui mais il ne reconnaît pas le timbre haut perché et affolé de sa propre voix.

Nathalie l’immobilise avec une habileté hors du commun, ses maigres forces décuplées par la rage. Elle ajuste sa position, à califourchon sur sa poitrine, et lui attrape le cou avec sa main gauche. La tête du gamin est ballottée de tous côtés, comme désarticulée.

Elle resserre son étreinte. Elle a envie de l’étrangler, très envie.

Le garçon se met à hurler.

Son cri inhumain résonne jusqu’au fond du camping.

Elle lâche sa prise. Elle se voit du dessus soulever le rebord du pantalon et du slip du petit con d’un seul mouvement, et glisser le crabe entre le tissu et la peau hérissée de son bas ventre.

Elle murmure, comme pour elle-même.


- Chiche… j’te prends quand tu veux !


La peur est si intense qu’il ne parvient plus à crier. Sa voix devient un soupir. Il pisse dans son froc tout en suppliant.


- Arrête Nathalie, Nathalie, Nat…


- … halie, Nathalie, chuchote Jean-Marc, penché au-dessus du lit.


Elle ouvre les yeux, hébétée.


- Qu’est-ce qui se passe ?

- Je suis là… tu as eu un accident…




Dessin d’Estelle2L


***


1985


- Non, hurle Daniel.


Il se relève. Sous le choc. Son cœur s’emballe, ses genoux s’entrechoquent. Où est-elle ? La rue se dérobe soudain à sa vue comme un mirage rasant le sable du désert. Les passants et les voitures se contractent, rapetissent. Il faut qu’il se reprenne. Il secoue la tête mais son cœur claque comme un drapeau dans la bourrasque. Nathalie est si proche cette fois.

Une ombre tourne au coin de l’avenue. C’est elle. Toute de cuir vêtue.

Daniel se précipite.


Elle court vite. Elle sait qu’il est là et qu’il la veut. Elle a peur.

Ce type est encore plus acharné qu’elle.


Daniel serre les dents mais ses jambes, complices de ses pensées, ne tournent pas à plein régime. Il bouscule un vieux bonhomme qui trébuche et tombe au sol, bouche ouverte sur une protestation silencieuse. Daniel s’en fout. Il esquive un couple d’adolescents terrorisés puis saute au-dessus d’une poubelle et perd l’équilibre.

Nathalie se tourne vers lui. Il ne voit pas ses yeux à travers le casque mais il sait qu’elle le dévisage. Il sent la brûlure de ce regard et sa peau s’embrase, étouffée sous une nuée ardente. Il roule sur le trottoir et se relève avec l’agilité d’un fauve. Elle est à moins de vingt mètres.


- Nathalie, souffle-t-il.


Elle grimpe sur une moto, attrape le conducteur par la taille.


- Nath…


Le moteur vrombit et la bécane se cabre un peu, manquant d’expulser ses passagers avant d’accrocher le bitume et de disparaître.


Daniel stoppe, mains aux hanches, respiration saccadée. Elle l’a vu. Le reste n’a pas d’importance.


***


1987



La bouilloire siffle, Nathalie s’arrache à la contemplation des rosiers dans le jardin qui auraient besoin d’un bon traitement contre les pucerons et laisse couler l’eau bouillante sur son sachet de thé.

Elle dépose sa tasse sur le plateau, à côté du café de Jean-Marc et des tartines de pain beurré qu’elle vient de napper de confiture.

Sous l’assiette de son mari, Nathalie a glissé le journal que le petit livreur a jeté contre la porte d’un mouvement assuré du gamin habitué à ne jamais rater sa cible.

Les nouvelles ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Elle y voit un mauvais présage.

Nathalie se sent oppressée. L’expérience lui a appris à se fier à cet instinct déconcertant, un peu magique, que son époux, plus terre-à-terre, appelle « esprit d’observation acéré ».

Il faut qu’ils s’en aillent.


Jean-Marc se frotte les yeux de ses poings serrés, il n’est pas du matin, comme un enfant qui jure qu’il n’est pas fatigué.

Elle le laisse prendre quelques gorgées du breuvage bien chaud, lire les gros titres, mordre dans sa tartine dégoulinante avant de s’asseoir devant lui, la tête dans les mains.


- Qu’est-ce qui se passe Nathalie ?

- Ça recommence, Jean-Marc.


Pour la première fois depuis qu’il la connaît, il voudrait qu’elle lui donne du « chéri » ou un « mon amour ». Il sait qu’elle a horreur de ça, qu’elle préfère laisser les surnoms bêtifiants aux jeunes cadres dynamiques, alors il se contente de l’entendre donner toutes les intonations possibles à son prénom. Il voudrait la prendre dans ses bras pour la rassurer, mais ça non plus ce n’est pas du goût de sa belle. Ses yeux noirs décidés, froids, impitoyables balayent la pièce, passent au-delà des vitres pour trouver un écho à ses craintes dans le calme apparent de la rue.


- Qu’est-ce que tu veux que je fasse, Nathalie ? Dis-moi !


Il connaît la réponse : ils doivent quitter la maison et dire adieu à la tranquillité de ce cocon chaleureux.


- Il faut qu’on parte.

- Maintenant ?

- Je crois… Les malles sont prêtes… et on a toujours un endroit où aller, il me suffit de passer un coup de fil à Joëlle.

- Est-ce qu’on ne pourrait pas profiter de cette journée et prendre le départ demain ?

- J’ai vraiment peur que demain, il ne soit trop tard.


Il se résigne, conscient qu’un lien invisible unit Nathalie à son prédateur.

Frisson de jalousie, colère naissante.


Il se lève, dépose le journal entre sa tasse et le plateau et perçoit le tremblement qui anime Nathalie.

Il voit un mouvement, furtif, presque imperceptible, se refléter dans ses yeux.


Nathalie avait entendu les pas sur les graviers.

Maintenant qu’il est trop tard, elle se rend compte que c’est ce qui lui avait mis la puce à l’oreille un peu plus tôt.

Mais des années de vie tranquille, et surtout l’accident, avaient amenuisé ses réflexes et elle l’avait laissé les retrouver.

Il est là, embusqué derrière la porte d’entrée, attendant l’instant propice pour venir troubler leur intimité. Il est armé.

Les bras de Nathalie se hérissent de chair de poule, elle glisse un regard effrayé à son mari, un regard où se mêlent angoisse, perplexité et soumission. Peut-être aussi, pour la première fois, un rien de surprise.


- Et merde !


La porte d’entrée de leur petit nid d’amour vole en éclats.


***


Daniel range la photo avec délicatesse et ferme les yeux. Aujourd’hui, il met un terme à sa folie.


Il vérifie son arme, pour la vingtième fois au moins depuis qu’il a quitté son appartement, puis se met en mouvement. Cent mètres le séparent de la maison.


Il est mort de trouille mais il ne peut plus faire marche arrière. Son corps est secoué de spasmes, ses méninges bouillonnent, comme un toxicomane en manque. Cinquante mètres.


Il avance, de moins en moins lucide, poussé par un fragment de raison. Sept ans de souvenirs le rouent de coups et l’écartèlent. Sept ans de gouffre, sept ans de prison dans une cellule de lubie et de convoitise. Trente mètres.


Sophie rampe à côté de lui pendant un instant. Elle tient un bébé entre ses bras couverts de cicatrices sanguinolentes. Daniel secoue la tête et son épouse s’évapore. Vingt mètres.


Les arômes du thym sauvage semblent guider sa route. Il repense à la fourmi. Dix mètres.


Il se redresse et passe la langue sur ses lèvres pour goûter au sel de sa sueur. Le gravier crépite sous ses pieds. Trois mètres. Il accélère et laisse l’adrénaline prendre les rennes. Deux mètres. Il ne veut pas les tuer. Pas elle en tout cas, enfin...


« Nathalie, Nathalie, Nathalie ».


… peut-être que si finalement. Il vaudrait mieux qu’elle disparaisse. Qu’elle se transforme en relique, qu’il lui ouvre un petit autel au fond de sa mémoire. Un truc minable, plein de toiles d’araignées, sans le moindre visiteur.


Il soulève son arme. Devant lui, la porte explose dans un craquement qui fait écho à la déchirure de son âme.


Ils sont là, attablés l’un à côté de l’autre, comme les amoureux de Peynet. Nathalie est plus belle que jamais. Ses yeux sombres, trous noirs sans fonds, le fixent et réveillent la brûlure laissée deux ans plus tôt dans une rue de Paris.


***


1985


« Ne fais pas ça Nathalie, je t’en prie ».


Daniel déambule, désorienté. Elle n’est pas loin mais elle se faufile comme un courant d’air.


Coup de feu.


Le son rebondit de façade en façade et Daniel ne parvient à localiser sa source.


Second coup de feu.


Cette fois, les cris de la foule lui indiquent la bonne voie. Il se met à courir. Des silhouettes tanguent devant lui.

Une dame s’est assise au sol, mains sur les oreilles.

Un papa serre son enfant dans ses bras.

Deux adolescents se sont planqués derrière un banc.

Les murmures se transforment en tumultes. Un gaillard bâti comme un frigo est figé au milieu du trottoir, paralysé par la peur. Daniel l’écarte d’un coup d’épaule vigoureux. À quelques mètres, étendu dans une mare de sang, le corps sans vie d’un quinquagénaire endimanché. Daniel finit sa course au ralenti. Il se penche sur la victime pour vérifier le pouls. Rien. Une balle dans la poitrine. Une deuxième au milieu du front. Aucune chance.


- Non, hurle Daniel en se relevant.


***


Il porte un camouflage mais Nathalie se souvient de lui. Ce type rôde en elle depuis des lustres, rongeant chaque seconde de sa vie de sa présence lugubre, comme un acide. Ses yeux d’un bleu éteint, froid comme un ciel d’hiver, semblent posés sur elle pour l’éternité.


Jean-Marc esquisse un mouvement. Elle pose une main sur son bras. À quoi bon ?


Daniel pointe son arme. Il tremble. Il désire tuer l’objet du désir. Bon dieu, quel abîme, mais Daniel se fout du paradoxe. Il ne veut plus souffrir, c’est tout.


***


1983


Nathalie et Jean-Marc sortent de l’agence immobilière sans précipitation.

Vinciane, l’employée, les regarde passer la porte avec un brin d’envie. Ils ont l’air si heureux, si épanouis. Mais quelque chose la trouble.

Elle se penche pour faire un signe à sa collègue et découvre qu’un gros sac de randonnée trône désormais sur un siège de la salle d’attente. C’est le sac du jeune homme. Voilà ce qui l’a perturbée ! Elle avait bien vu qu’il lui manquait quelque chose. Elle quitte son bureau avec nervosité. Le couple se dirige vers le Délice, elle est certaine qu’elle peut encore les rattraper. Elle presse le pas et attrape le sac. Au moment où elle le soulève, elle entend un léger clic.


- Ce sac est drôlement lourd, dit-elle en souriant.


L’explosion souffle l’agence.

Des morceaux de Vinciane s’éparpillent sur la rue.

Daniel s’écroule.

Nathalie se serre un peu plus fort contre Jean-Marc, et sur son visage camouflé derrière le tissu de son t-shirt se dessine un sourire.


***


L’enfer s’introduit dans la petite maison par toutes ses fissures.


Daniel pose sa main libre sur son flanc. Là où le morceau de vitre de l’agence immobilière s’est enfoncé profondément. Quatre ans que ses oreilles résonnent du fracas de l’explosion. Aurait-il pu faire quelque chose ? Peut-être. On lui avait juste demandé de faire des photos, d’espionner, de traquer. Un truc qu’il faisait vachement bien à l’époque. Avant qu’elle ne l’ensorcelle.


Ils se toisent.

Silencieusement, il lui déclare sa flamme, celle qui le brûle depuis sept ans.

Sans un souffle, elle lui déclare sa haine, celle qui la consume depuis toujours, mélange de chagrin et de révolte.

Et ils frissonnent soudain à l’unisson, tous deux perdus dans le labyrinthe de leur démence.

Les secondes durent des siècles.


Son doigt se crispe sur la gâchette.


Elle ferme les yeux.

Elle est prête.


***


20 h 11

Télévision nationale.


- En direct depuis Vitry-aux-Loges dans le Loiret, on retrouve notre correspondant Jérôme Simon.

- Bonsoir Patrick.

- Que pouvez-vous nous dire sur les événements qui se sont déroulés ce matin ?

- Et bien, Patrick, les informations nous parviennent au compte-goutte, je dois vous l’avouer. Ce qui est sûr, c’est qu’une équipe du RAID a investi la modeste maison que vous pouvez voir derrière moi. Une maison qui, depuis des mois, peut-être depuis des années, abriterait les deux membres fondateurs du mouvement révolutionnaire L.A.D.

- Y a-t-il des victimes ?

- Nous n’en savons encore rien mais l’atmosphère ici est très tendue. Jean-Marc Roland et son épouse, Nathalie, que l’on surnomme souvent les Amants Sanglants sont des individus extrêmement dangereux, très déterminés, impliqués dans au moins 80 attentats et deux assassinats, pour lesquels ils n’ont jamais manifesté le moindre remords. Les Roland étaient recherchés par les forces de l’ordre depuis plus de huit ans. Les évènements récents pourraient donc signer la fin de la terreur qui soulève toute la nation.

- Sait-on comment on a retrouvé leur trace ?

- Il faut prendre des gants, mais on évoque une dénonciation anonyme. Ce qui n’est guère flatteur pour l’équipe des enquêteurs qui…


***


1994


Daniel ne quittera pas la voiture. Quatre cents kilomètres de route pour en arriver à cette conclusion, c’est plutôt idiot. Mais il n’en a pas la force, c’est comme ça.


Il déplie la lettre reçue quelques jours plus tôt - parfois, il trouve que le papier sent le thym sauvage - et la relit, pour la millième fois.


« Pourquoi ne m’avez-vous pas tuée ? »


Daniel tourne la tête vers les portes de la prison qu’il ne franchira jamais. Il range le petit mot dans son portefeuille, juste derrière la photo d’une jeune femme en robe bleue.




Dessin d’Estelle2L



Fin



Les auteurs :

Estelle2L Texte et illustrations

Tchollos Texte


 
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   xuanvincent   
8/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien
A la première lecture, ce texte m'a déconcertée. Toutefois, en prenant le temps de bien le relire, il a retenu mon attention et m'a assez plu.

Au départ, je me suis demandé quel était cet étrange journal, ne suivant pas la chronologie ordinaire. A un moment, j'ai même cru me trouver face aux journaux de plusieurs personnes... Et me suis interrogée : le récit n'allait-il pas basculer, avec l'introduction de la fourmi, dans un texte du type de "La métamorphose" de Kafka ?

Ce n'est que plus tard, en relisant le texte, que j'ai commencé à trouver une cohérence au récit. J'y ai vu l'obsession terrible d'un homme épris d'une jeune femme jusqu'à la folie. Folie qui l'amène à la traquer des années durant, même en présence de son époux.

La structure du texte, présentée à la manière d'un étrange journal ne respectant pas la chronologie habituelle, m'a intéressée.

Cette nouvelle m'a paru bien écrite.

Bravo aux illustrations d'Estelle2L ! (je ne la savais pas douée aussi pour le dessin)

La fin toutefois m'a replongée dans la confusion. Alors que j'avais fini par comprendre que la jeune femme était traquée par un homme, voilà que le flash d'information laisse entendre qu'elle et son compagnon formerait un dangereux couple de tueurs... A moins qu'il ne s'agisse d'un autre couple ou d'une "intox" ?

   Anonyme   
12/9/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte angoissant, oppressant, pourtant écrit d'une façon légère et parfois même souriante...
A la lecture, une impression d'être baladé d'un coin à l'autre, dans deux univers fous, étrangement semblables, tellement opposés, chacun dans sa prison enfermé. Semblables et opposés! Jumeaux dans la folie.
J'ai vraiment eu cette impression d'être une bille coincée dans le flipper de ces cerveaux malades et attirés l'un par l'autre, incapables de même s'effleurer autrement que du regard (et ce regard les blesse, tant lui est physique!).
Ces personnages sont tellement présents que Jean-Marc en fini presque par devenir transparant et qu'il n'y a pas d'autre place pour Joëlle que celle de son prénom...
Quelques jolis effets, j'ai par exemple beaucoup aimé le rêve du crabe, avec ce petit bémol que l'absence de date conjuguée à Nathalie enfant m'a fait percevoir immédiatement que nous n'étions pas dans la réalité mais dans un rêve. Mais quel rêve... tous les germes de l'adulte Nathalie y sont...
La chronologie (ou plutôt la déconstruction chronologique) renforde à merveille cette sensation d'être baladé, renvoyé d'un coin à l'autre et ajoute un effet de suspens...
Mention spéciale aux dessins d'Estelle, somptueux... J'ai particulièrement aimé celui de l'ombre de Daniel qui se penche sur le couple. Bravo!
Une bien "sympatique" évocation des groupes terrosistes de gauche des années 80 (attentat de la place Gambetta)

En somme j'ai vachement aimé

   ed2line   
14/9/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bon, comme tu le sais ma chère sœur je suis nulle question commentaire de 30km de long comme le font les autres gens ^^.

Je vais m'en tenir tout simplement a dire que:
-j'ai adoré vôtres texte a tout les deux.
-je le trouve très bien écris.

Voila j'ai fini mdr pas très long mais bon j'avais prévenu :p

   Maëlle   
17/9/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Amour et espionnage, dans une sacrée équation. De travail de coécriture est à peine visible (et encore, je ne suis pas certaine de mes coupures, si ce n'est le titre). L'illustration avec le crabe est frappante.
Quelques décalage dans le temps et l'espace (le livreur de journaux, le mot "précaire", la description de la bibliothèque). Ça s'appelle du pinaillage.

   Menvussa   
18/10/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte dont la lecture demande un certain effort car il faut s'y retrouver dans ces sauts temporels, mais l'intrigue se dessine et nous captive comme toile d'araignée.

C'est plutôt réussi.


Et de très chouettes illustrations. Bravo à Estelle.

   Perle-Hingaud   
27/12/2009
Déconcertant.
Une histoire trés bien écrite, rien à redire, de belles images, des dialogues qui coulent, naturels.
Maintenant, le fond. Je comprends l'intention, nous mener en bateau, nous nous trompons de victime. Ok. Mais le chemin est long, tortueux, on s'y perd un peu, un peu trop sans doute. De façon étrange, j'ai vraiment ressenti que ce texte était écrit à 2, alors que je serais bien incapable de dire qui a commis quoi. Simplement, un manque d'unité, une fracture accentuée par ces aller-retours constants dans le temps. Un texte schizo, quoi...
Je ne note pas, c'est impossible. Un bel exercice de style, bravo aux auteurs.

   Anonyme   
5/1/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Mon côté anar ne peut que se réjouir de lire un tel texte! Enfin un truc sur AD qui ne soit pas du journalisme pur et dur, une apologie du même tonneau, ou une critique.

J'ai aimé cette poursuite amoureuse, sans logique ou sans but, le chasseur/proie qui suit sa victime sans pour autant la traquer...

Le texte de bonne qualité et de plus desservi par des dessins très bons, hormis celui du miroir que j'aime moins.

La dischronologie pourrait dérouter les personnes peut au fait des actions directes, mais ce n'est pas grave en soit.

Bref un très très bon texte!


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