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Horreur/Épouvante
Estelle : Post-partum... animal triste !
 Publié le 17/05/11  -  12 commentaires  -  16694 caractères  -  157 lectures    Autres textes du même auteur

...


Post-partum... animal triste !


Ses mains tordaient le torchon, gouttes rouges... gouttes rouges ?


Mais qu'est-ce qui lui arrivait ?





Elle se souvenait de sa sortie d'hôpital, très bien, de Michaël qui souriait, de sa mère qui souriait, de tout le monde autour d'elle qui les regardait, heureux... Nicolas gazouillait, Olivier, fier comme un paon, sautillait dans tous les sens en chantonnant :


- On ramène mon petit frère à la maison !


Le soleil brillait et elle n'avait eu aucun mal à quitter la maternité, pressée de rentrer, Naïa serrait son nourrisson contre son cœur.


Elle revoyait parfaitement sa mère, les joues rosies par l'émotion. Et puis quelque chose s'était produit...


Tout avait commencé quelques jours plus tôt. Elle s'était sentie un peu fébrile, elle ne supportait plus les hurlements de Nicolas, n'avait plus la patience d'aider Olivier dans ses devoirs, elle marchait au radar, en attendant que Michaël ne rentre. Ce qu'il a fini par faire, tard comme trop souvent.


Elle s'était mise à pleurer.


- Qu'est-ce qui t'arrive, Naïa ?

- J'en sais rien. Je me sens triste...

- Post-partum. Ça t'a fait pareil après Oli...

- J'ai horreur de ça quand tu l'appelles Oli.

- Ça t'a fait la même chose après la naissance d'Olivier, tu t'es sentie mal pendant quelques jours.

- Non. Là, j'ai vraiment l'impression d'être vidée.

- Va voir le Dr. Lechat ?

- Tu crois ? Pour si peu ?

- Si tu t'inquiètes, il vaut mieux y aller pour rien que d'attendre.


Elle se rappelait le lendemain ; elle avait déposé Nicolas chez sa sœur après avoir conduit Olivier à l'école et s'était rendue chez leur médecin de famille.


Le Dr. Lechat portait bien son nom. Il ressemblait à ces gros matous qui se vautrent au soleil, l'été, près des restaurants de la marina. Naïa lui avait expliqué ce qui lui arrivait. De quelques mouvements nonchalants, le praticien l'avait auscultée tout en la rassurant de sa voix traînante.


- Ne vous inquiétez pas. C'est le syndrome du troisième jour. Vous revenez de la maternité, c'est une phase tout à fait courante après l'accouchement. Si vous voulez mon avis, on autorise les mères à sortir trop tôt ! Trois jours ! Quoi qu'il en soit, tout devrait être revenu à la normale d'ici une semaine. Michaël est à la maison ces jours-ci ?

- Il repart demain soir, quelques affaires en cours à Londres, il sera de retour pour le week-end.

- Vous avez quelqu'un à proximité qui peut vous tenir compagnie ? Votre sœur, ou votre mère ?

- Daria pourra sûrement venir la journée quand les enfants sont à l'école. Maman part rejoindre son frère à Madrid à dix-neuf heures.

- Bien. Évitez de rester toute seule, sortez vous promener avec Nicolas, profitez du soleil, voyez des gens. Et si vous sentez que ça ne va pas mieux, revenez me voir.

- Rien de grave alors ?

- Rien qui ne puisse se guérir avec un peu de soleil et un verre en terrasse entre amis.


Elle était repassée reprendre Nicolas chez Daria.


Devant un café, les deux sœurs avaient discuté des soucis de Naïa.


- Daria, je ne comprends pas du tout ce qui m'arrive. Lechat a l'air de dire que c'est normal. Moi ça me fout la trouille. Je suis tellement triste !

- Tu sais, moi après la naissance de Ludivine, j'aurais pu lui éclater le crâne dans le mur. Cette gosse hurlait tout le temps, je n'avais jamais assez de lait quand la princesse en réclamait, et je ne parvenais à rien pour la faire taire. Même quand elle finissait par s'endormir, je la soupçonnais de préparer son réveil, de répéter ses cris. Je passais mes journées à pleurer. J'étais sûre que j'étais la pire des mères au monde...

- Je n'ai pas connu ça avec Olivier, tout s'est bien passé, à part un petit blues de quelques jours.

- Celui-ci va passer aussi. Ne t'inquiète pas ! Regarde ce petit bout de chou. Il est tellement calme !

- Oui tu as raison. Je panique sûrement pour rien. Je devrais être heureuse...


Pourtant, Naïa n'avait pas l'impression qu'elle paniquait pour rien.


Mais quand de retour à la maison Michaël l'avait, lui aussi, rassurée elle s'était dit qu'ils devaient avoir raison. Qu'elle était plus vieille qu'à l'époque où elle avait eu Olivier, que Michaël qui voyageait tout le temps lui laissait trop de temps libre pour tergiverser, qu'elle était idiote, que tout allait bientôt rentrer dans l'ordre...


Et étrangement, elle avait commencé à se sentir un peu mieux. Nicolas pleurait toujours autant, mais Michaël parvenait à le calmer quand elle se sentait dépassée. Et puis, il avait l'air de s'éveiller doucement à ce qui l'entourait. Olivier était sage, comme toujours, il apprenait à écrire sur une vieille Dictée Magique que sa grand-mère lui avait offerte le jour où il était devenu grand frère. Il s'appliquait à épeler tous les mots, recommençant jusqu'à ce qu'ils soient corrects ! La voix électronique tapait un peu sur les nerfs de Naïa, mais dans l'ensemble, tout allait bien.


Puis Michaël était parti.


- Trois jours. Et tu peux m'appeler quand tu veux, j'ai des réunions mais je décrocherai. D'accord ?

- Je préfèrerais que tu ne partes pas...

- On sait tous les deux que je dois partir... alors ça ne sert à rien de rendre le moment plus difficile. Le docteur Lechat a dit que ce n'était pas grave. Repose-toi ! Va voir un film, dépose les petits chez ta sœur et fais-toi une virée avec tes copines, ça fait longtemps que tu n'es plus sortie.

- Michaël, pars pas...

- Tu n'as rien à craindre. D'accord ?


Elle l'avait cru.


Sauf qu'Olivier était tombé de la balançoire et qu'elle avait dû se rendre à l'hôpital.


Dans la salle d'attente, il pleurait malgré la sucette que lui avait amenée l'infirmière en lui promettant que ce ne serait pas long, son pied pendait en un angle qui n'avait rien de naturel.


Mais ça avait été interminable.


Naïa sentait couler sur elle les regards accusateurs des autres patients, la blâmant en silence d'être une aussi mauvaise mère. Une bonne mère ne laisse pas son fils sans surveillance alors qu'il joue dans un jardin plein d'outils et de jouets. C'était son rôle de veiller à ce qu'il soit en sécurité. Elle avait failli et ils le voyaient. Une bonne mère ne dépose pas son dernier né en coup de vent chez sa sœur, juste parce qu'elle sait qu'elle ne sera pas en mesure de supporter ses babillages aux urgences. Les gens n'en savaient rien. Mais Naïa les soupçonnait de pouvoir le sentir, le lire en elle, rien qu'à regarder ce pied qui enflait et portait d'horribles hématomes violacés. Elle était capable d'entendre leurs pensées : « Mauvaise mère ! » « Mère indigne ! » « Pauvre petit ! »


Aussi fut-elle soulagée de pouvoir emmener Olivier à la radio. Lui, il était ravi à présent : dans son fauteuil roulant, il était important. Tout le monde se poussait sur son passage, et tout le monde était très gentil avec lui. Il adorait être le centre d'attention, et puis, il lui restait la sucette. N'empêche qu'il souffrait, qu'il avait si mal qu'il s'était promis à lui-même, ainsi qu'à sa maman, de ne plus jamais croire qu'il serait capable de sauter d'aussi haut.


Naïa se souvenait du second jour.


Cette culpabilité sourde qui enflait au creux de son sein.


Son père - mais son père était mort depuis des années, c'était complètement illogique - se tenait dans l'embrasure de la porte, il la toisait comme il l'avait toujours fait. Elle s’était sentie minuscule tout à coup, inutile, incapable...


Le téléphone avait sonné. Michaël s'excusait. Il allait devoir rester un jour de plus. Est-ce que tout allait bien ?


Elle eut envie de lui répondre que non, qu'Olivier allait mieux mais qu'elle parlait à son père mort, ou à son fantôme... qu'elle avait peur de prendre Nicolas dans ses bras, parce qu'elle pourrait le blesser... qu'elle se sentait coupable du plâtre d'Olivier, de sa fracture, de son incapacité à veiller sur ses enfants.


Au lieu de ça, elle s'était entendue répondre :


- Tout va bien Michaël, Olivier a eu tellement peur qu'il s'est endormi comme une souche. Il a fini par me dire que c'était trop cool d'avoir un plâtre.

- Et toi ? Tu vas mieux ?

- J'ai connu mieux. Cet accident me mine littéralement...

- Olivier va bien ! Il va faire signer son plâtre à l'école, il va revenir fier comme un coq...

- Tu as raison, oui.

- J'ai toujours raison ! Calme-toi, pense à autre chose... J'ai bien une idée... Mme Evans, qu'est-ce que vous portez en cette belle matinée ensoleillée ?

- Tu n'as pas des réunions à aller présider, toi, pervers ?


Mais les choses n'étaient pas allées mieux. Olivier était rentré déprimé de l'école. Sa jambe grattait sous le plâtre, et puis les béquilles étaient difficiles à manier. Les autres enfants s'étaient montrés réticents à signer et seuls deux malheureux prénoms se battaient en duel sur la quasi immaculée blancheur de la gouttière.


Mue par une impulsion incontrôlable, Naïa saisit le plumier à feutres de son fils dans son sac à dos et entreprit de lui dessiner quelque chose de joyeux, qui le mettrait de bonne humeur à chaque fois qu'il le verrait. Quand elle eut fini, Olivier dormait, la télé grésillait et Nicolas hurlait à pleins poumons. Elle porta le premier dans son lit, le déshabilla, puis donna le sein au second, qui suça et mordit comme un forcené. Il la punissait. Il lui faisait payer les heures de faim qu'il avait dû endurer alors qu'elle s'occupait de son autre fils. Elle jeta un regard hostile à son bébé, qui tétait goulûment en malaxant sa poitrine. C'était impossible, il était bien trop petit pour être jaloux. Mais Naïa le sentait. Et son père dans l'embrasure de la porte lui signifia dans un hochement de tête qu'il pensait comme elle.


Le troisième jour...


Elle n'avait aucune envie de se lever. Quand Olivier vint tenter de la tirer hors du lit pour le conduire à l'école, elle lui répondit qu'elle était malade, qu'il devait s'occuper de son petit frère pour elle. Quand il revint, perché sur ses béquilles un rien trop grandes, pour lui dire que le bébé avait faim, elle le gifla puis se défit de l'emprise de ses draps pour faire la toilette de Nicolas.


Elle ne parvient pas à se souvenir qu'elle l'ait nourri. Ni Olivier d'ailleurs. Elle ne se souvient de rien de ce qui a pu se passer ce jour-là. Ni de sa sœur qui sonne à la porte mais à qui elle n'ouvre pas. Ni du téléphone qui insiste, ou d'avoir répondu au sms de Michaël qui s'inquiétait de ne pas parvenir à la joindre, pas plus que d'être allée rejoindre Olivier dans son lit. Par contre elle se souvenait clairement de son père, qui desserrait doucement les crans de sa ceinture, qui la regardait, menaçant, un rictus malsain aux lèvres.


Quatrième jour : donner le sein à Nicolas qui refuse de manger, l'habiller pendant qu'Olivier prend son petit déjeuner, le conduire à l'école alors que Nicolas hurle dans le Maxi-Cosi, passer par chez Daria qui n'est pas là, rentrer penaude et se coller devant la télé, laisser Nicolas dans le Maxi-Cosi..., à quoi bon ? De toute façon il ne veut pas manger.


Faire tout ça dans un semi-brouillard, sans vraiment y prendre plaisir, sans vraiment s'en rendre compte.


Parler à Michaël qui a hâte de rentrer, elle se demande bien pourquoi. Les choses deviennent de plus en plus étranges.


Le bébé a les yeux du père de Naïa, il la regarde constamment. Alors elle décide qu'il sera mieux face au mur. Elle se sent mauvaise. Mauvaise femme, mauvaise mère...


Finir par reprendre le bébé, qui a arrêté de pleurer, pour récupérer Olivier à l'école. L'écouter lui raconter sa journée et lui montrer les nouveaux noms sous son dessin. Le voir grimacer en lui annonçant que ses copains le trouvaient trop cool. Leur donner le bain, écouter Olivier raconter sa journée au téléphone à son père ou faire semblant parce qu'elle l'a déjà entendue par le menu, les faire manger, même Nicolas qui arrive à suçoter quelques gouttes avant de s'endormir. Finir de vérifier les devoirs d'Olivier, le féliciter parce qu'il a bien travaillé, traîner comme un zombie dans la maison après l'avoir couché. Pas d'histoire, ce soir, son père l'attendait en bas. Sourire illuminé sur le visage. Mort. Mais là. Elle devenait folle.


Le cinquième jour, Naïa se leva de bonne humeur. Ce soir Michaël allait rentrer.


Olivier avait mouillé ses draps. Il était beaucoup trop vieux pour faire pipi au lit la nuit, et Naïa beaucoup trop fatiguée pour être laxiste. Ça valut à son aîné une paire de gifles et la menace de perdre son tuyau la prochaine fois qu'il serait incapable de se retenir. Elle embarqua Nicolas comme un ballon de rugby et oublia de fermer les sangles du Maxi-Cosi. Olivier et ses béquilles déposés, elle passa chez sa sœur. Daria leur trouva l'air fatigué. Naïa n'osa pas lui confier ses craintes. Elle pensait que sa sœur se moquerait d'elle, ou pire confirmerait qu'elle était une mère pitoyable, appellerait les services sociaux et on lui enlèverait les enfants, Michaël allait la tuer.


- Tu veux que je garde Olivier ce soir ?

- Non, ça va aller, merci.

- Tu as vraiment l'air nase, tu devrais me le laisser et profiter de vos retrouvailles à Mike et toi.

- Je t'ai dit que ça irait !


Elle s'était levée comme une furie, arrachant son enfant au sol trop brusquement. Le petit se mit à hurler, surpris, effrayé.


Daria fit mine de se lever à son tour.


- Laisse-moi tranquille, Daria ! Laisse-nous tranquilles !

- Naïa, je veux juste t'aider...

- Je ne suis pas en difficulté !

- Je voulais juste...

- On oublie ça. Je dois aller faire des courses, je veux préparer un bon repas pour mon mari. Je suis un peu fatiguée, tu as raison. Mais ce soir, tout ira mieux.


Elle se rappelait d'avoir mis Nicolas sur le siège arrière, de lui avoir donné un peu d'eau avant de partir au supermarché.


Les allées étaient bondées, elle avait mis du temps à trouver tout ce dont elle avait besoin. Elle avait patienté, amorphe, à la caisse où une file interminable s'allongeait jusqu'aux rayons des produits laitiers.


Juste à temps pour attraper Olivier à la sortie.


Elle se souvient d'Olivier qui gesticule sur le siège avant. De son père assis sur le siège arrière, l'observant par le rétroviseur. Elle parvient à visualiser sa sortie de la voiture, les courses qu'elle récupère dans le coffre, alors qu'Olivier s'agite à côté d'elle en prononçant des mots incompréhensibles.


Elle le voit encore, petit enfoiré, mouiller son pantalon en jetant un regard effrayé à la voiture, où son père est toujours installé sur le siège arrière, un sourire grimaçant lui mangeant le visage.


Elle saisit le couteau à viande, dans la cuisine, tenant son fils par la main.


- Qu'est-ce que je t'ai dit ce matin ? Qu'est-ce qui va t'arriver si tu n'arrêtes pas de mouiller tout ton linge ?

- Maman, Nicolas...

- Nicolas est un bébé, c'est normal qu'il se mouille. Toi tu es grand. Et c'est normal que je te punisse quand tu agis comme un bébé.



Puis il y avait eu les cris. La voix de Michaël.


Ses mains qui tordaient le torchon, gouttes rouges...


- Naïa ! Naïa qu'est-ce qui se passe ici, bordel ?


Elle n'en savait rien.


Elle frottait le torchon sur le carrelage de la cuisine.


Tout ce sang qui s'étendait, s'étendait alors qu'elle rinçait, tordait, rinçait à nouveau.


Michaël criait à présent, dans son portable... il parlait à quelqu'un... et il disait des choses incohérentes...


- Ici Michaël Evans... je... je suis au... mon fils Nicolas... et Olivier... je suis au 14 rue des Yvelines. J'ai besoin d'une ambulance... Non ! Non, je ne me calme pas, putain ! Faites vite ! Mon nourrisson est mort... dans la voiture... ma femme et mon fils sont en train de se vider de leur sang dans la cuisine... je crois qu'elle lui a tranché... le pénis... oh merde… ! Elle s'est ouvert les veines... je vous en prie, faites quelque chose... Naïa... Naïa...


Tout ce sang. Il fallait qu'elle nettoie. Le dîner n'était pas prêt... il fallait encore qu'elle donne le bain aux garçons... Michaël allait bientôt rentrer... lui, il saurait comment faire partir son père... lui, il sait... il sait qu'elle est une bonne mère !





*Le titre est inspiré du titre : Post coïtum animal triste (Brigitte Roüan).


La psychose puerpérale touche un très faible pourcentage des femmes après l'accouchement. Elle découle du post-partum (baby blues) et se manifeste quelques jours après l'accouchement. Elle se manifeste par des hallucinations auditives, visuelles, un détachement vis-à-vis de l'enfant et une culpabilité poussée à l'extrême. Parfois une paranoïa poussée et la peur de voir le nourrisson subtilisé. La mère pouvant aller jusqu'à tuer son nouveau né ou à se suicider.



© Estelle2L


 
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   socque   
23/4/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Un texte extrêmement efficace, très convaincant et plausible ! J'ai eu du mal à lire jusqu'au bout, tellement c'est bien fait dans l'horreur. Chapeau bas.
Une suggestion toutefois : mettre en italique ce qui est en romain et inversement. L'essentiel du texte est en italique, que je trouve désagréable à lire sur écran.

   Pascal31   
27/4/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen
Les trois dernières lignes sont absolument inutiles, voire déplacées : est-ce qu'un auteur de science-fiction pond une notice à la fin de son bouquin pour nous expliquer ce qu'est un OVNI ?
Hormis ce détail, la descente aux enfers de cette jeune mère se lit facilement, avec une certaine tension qui s'installe même si le tout est assez prévisible (surtout après la lecture des quelques lignes d'introduction).
Autre chose qui a gêné ma lecture, c'est le fait que le récit soit écrit aux trois quarts en caractères italiques. J'aurai trouvé plus judicieux que l'auteur choisisse d'inverser la typographie des paragraphes (ne mettre en italique que le début et la fin), cela aurait facilité la lecture, je trouve.
En résumé, un texte plutôt bien écrit, sur un thème difficile à aborder, mais que j'ai trouvé sans surprise et qui aurait gagné en intensité si les personnages avaient été plus attachants.

   Jagger   
11/5/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un texte qui se lit très bien, aisément et avec plaisir.

En connaissant le syndrome et ces généralités, j'étais loin d'imaginer la portée extrême que pouvait prendre ce "babylone blue". Merci déjà à l'auteur pour cette découverte.

L'évolution psychologique du personnage est bien menée, je trouve. Les scènes de paranoïa semble cohérentes et convaincante. Pourtant l'exercice n'est pas évident.

J'ai particulièrement aimé la façon dont la femme fait la morale à son fils avant de le mutiler. Le contraste est saisissant.

Le seul point un peu plus noir est que l'on voit assez vite où l'histoire nous méne et dès le moment où la femme reprend son fils en voiture juste avant la scène finale, on sent ce qu'il est en train de se passer et l'effet de surprise (s'il est voulu) n'est pas total. La fin reste néanmoins très correcte.

Et le style sans fioritures allant droit à l'essentiel permet de bien faire passer les états d'âme et les doutes du personnage.

Une histoire plaisante et qui marque juste ce qu'il faut.

Merci

   Anonyme   
11/5/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
Ce n'est pas mal écrit du tout, c'est bien structuré, c'est fluide, mais le souci c'est que je n'ai pas cru un seul instant à ce texte.
Non que la psychose dont il est question n'existe pas, mais il y a quelque chose dans ce texte qui manque de concret, de vrai.

D'abord je pense qu'il faudrait inverser les passages en italiques et ceux qui ne le sont pas. L'italique donne un rythme de lecture assez pénible.

Ensuite il faut mettre plus de force dans la description de la "folie" de la jeune femme: là on a l'impression qu'elle sombre d'un coup sec et puis voilà. Mais je me dis qu'en la faisant sombrer moins vite, en insistant longuement, plus longuement sur ce qu'elle se dit, ce qu'elle voit (son père par exemple a trop de consistance d'un coup), ce qu'elle ressent dans son "désordre" il y aurait une crédibilité accrue.

Là on est comme mit devant le fait accomplit et c'est vraiment dommage.
L'a^ge de Nicolas serait important aussi parce qu'en le connaissant on saurait si en effet c'est un souci qu'il fasse pipi au lit.

Bref il manque de densité ce texte je trouve. Et pourtant il y a une bonne base! Courage!

   pieralun   
17/5/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Je ne suis pas un grand spécialiste pour commenter les nouvelles.
Comme dans un poème, il n'est pas possible de décortiquer le texte vers par vers, donc il faut se fier à l'impression générale que laisse celui-ci.
Bien, je suis rentré assez facilement dans l'histoire, il faut oublier l'environnement pour cela et c'est ce qui est arrivé facilement.
Après, je ne suis pas bien placé pour juger de la qualité de l'écriture mais j'ai terminé le texte avec mes petits poils tout hérissés sur les bras: l'histoire, l'horreur, la montée en puissance, la chute que l'on attend bien-sûr mais cela à peu d'importance (je dirais même plus, cela est un signe de qualité de l'écriture puisque, connaissant la chute, on est pris malgré tout par l'horrible effet), tout à bien fonctionné pour moi.
Donc, un grand bravo à l'auteur.

   Mona79   
17/5/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
Wouah ! J'ai été mère plusieurs fois et il ne m'est jamais arrivé un truc pareil ! (heureusement !)
Dans l'horreur on ne fait pas mieux...
Bien sûr tout est outré dans ce récit et on a du mal à y croire, pourtant ce crescendo du délire qui enfle fait passer des frissons d'appréhension en attendant le dénouement. Donc, même si on fait seulement semblant d'y croire, le but est atteint : on lit tout jusqu'au mot fin.

   Lunar-K   
19/5/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Un récit très prenant, la psychologie de la mère est particulièrement convaincante et on se laisse entraîner par la montée glauque et progressive de la folie jusqu'à son macabre dénouement. Certes l'horreur me semble un peu exagérée sur la fin (je me trompe peut-être), mais pas suffisamment en tout cas pour atteindre la crédibilité de cette histoire.

Si le fil psychologique principal est bien rendu, je suis plus perplexe quant au rôle du père dans cette histoire. S'agit-il du père comme symbole de l'autorité ? Celui face auquel sa fille est prête à tout pour obtenir son assentiment, pour le contenter et le rendre fier d'elle ? Cela expliquerait l'angoisse de cette mère qui a l'impression de ne pas être assez "bonne".

S'il y a bien moyen de deviner le rôle de ce père, je trouve que cela n'est pas assez explicite, notamment parce que le père est introduit d'un coup dans l'histoire, sans qu'on ne sache trop ni d'où il vient, ni pourquoi,... Je crois que cette apparition devrait être plus progressive et mieux expliquée. Cela aurait pour effet de donner davantage de consistance à cette hallucination qui, comme ça, me parait plutôt anecdotique alors qu'elle pourrait jouer un rôle beaucoup plus central dans l'intrigue.

Un bon texte néanmoins. Une écriture assez directe, mais qui rend efficacement cette montée en la rendant presque vertigineuse. Je regrette juste (même si j'en comprends l'intention) que la grande majorité soit en italique. Je ne trouve pas que ce soit tellement confortable à lire...

   GrainBlanc   
19/5/2011
J'ai eu beaucoup de mal à lire ce texte, non pas à cause de l'écriture, mais de l'horreur des évènements qui sont relatés, certainement parce-que ça me touche trop en tant que parent. L'objectif est atteint du point de vue de la narration, mais pour être honnête, je n'ai pas apprécié, pour des raisons toutes personnelles, j'espère que l'auteur comprendra mon commentaire.

En tous cas, la psychose du personnage est bien retranscrite, l'état empire progressivement, on sombre un peu plus dans l'horreur à chaque paragraphe.

Juste une remarque : à mon avis, la sœur qui place dans la même phrase "j'aurais pu lui éclater le crâne" et "princesse" en parlant de son enfant me paraît un peu incohérent.

Bonne continuation

Grain Blanc

   micdec   
28/5/2011
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel +
Tout à fait remarquable !
horrible, peut-être, mais remarquable
pas seulement parce que c'est écrit avec une simplicité clinique, sans pathos superflu
vous m'étonnez ( en bien ! ), j'ai lu de vous bien d'autres choses sans vrai travail :-)
je ne vous dirai pas "continuez" :-)
là, c'est nickel; affreux de vérité mais nickel !

   Filipo   
31/5/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Un texte saignant à souhait, qui se lit d'une traite. Même remarque sur la partie en italique, qui est en réalité le cœur du récit (au moins en longueur). L'enchainement des journées, fastidieuses et répétitives de plus en plus décalées mène évidemment le lecteur vers l'horrible conclusion de la chute, de façon insidieuse et dérangeante (réussi, donc).

Peut-être ajouter un poil de sobriété dans l'appel téléphonique, qui ainsi n'est pas à 100% crédible (moi je tournais de l'oeil direct ! ;-)
Mais en gros un bon moment de lecture - je retrouve avec plaisir les univers torturés d'Estelle.

   widjet   
17/6/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Bon, déjà, histoire de clôturer le sujet, le fait de lire un texte en italique ne m’a pas trop gêné, mais je pense que c’est un risque qu’il ne fallait pas courir (Estelle, y’avait moyen je pense de faire autrement). Fin de parenthèse.

Le sujet était alléchant, tentant, passionnant (et je ne suis pas du tout surpris qu’Estelle ait voulu se frotter à lui…euh je parle toujours du sujet, hein ?), mais aussi terriblement audacieux et compliqué à appréhender. N’étant pas à même de commenter la crédibilité du « processus médical » (j’ignore précisément les symptômes, et comment ils se déclenchent), je ne vais me prononcer que sur le traitement stylistique et sur un paramètre essentiel et la résultante qui en découle : est-ce que moi, lecteur lambda, néophyte sur cette « maladie » a plongé dans cette histoire ? Est-ce que j’ai ressenti l’angoisse croissante du personnage ? Est-ce que j’étais avec elle ?

La réponse est non, j’en suis navré, miss.

Bon, déjà, je suis un peu déçu parce que si la catégorie « horreur/épouvante » – guère peu usitée – suscite d’emblée une curiosité (un poil malsaine pour ma part) le contenu ne répond pas à cette promesse. Si dans l’absolu, l’acte est épouvantable, l’atmosphère, elle ne nous étreint pas (en tout cas, à moi). Pour l’horreur, quelques gouttes de sang. Pas de quoi pavoiser. Mais bon, le choix de la catégorie est souvent un dilemme pour les auteurs, j’en conviens.

Le texte, donc.

Au début, j’ai eu peur : « Ses mains tordaient le torchon, gouttes rouges... gouttes rouges ? ». Me suis dit « Merde. Avec ces évasives « gouttes rouges… gouttes rouges » - Estelle a force d’écrire des poèmes a fini par oublier de faire des phrases complètes (lol). »

Ensuite, ça va mieux. Ce se lit tranquille et c’est bien ça le souci : c’est trop tranquille.

Alors, oui, il y a bien une évolution, lente, inéluctable, on sent bien que les choses vont finir par déraper, mais ça reste en mode « flat ». Je n’ai pas senti cette progression avec la température grimper degré par degré, l’emprise me gagner, le nœud qui me serre la gorge, le cœur, bref ce sentiment d’oppression qui fait qu’on a l’impression d’être en apnée ou claustrophobique. Donc, la finale, cette spirale, ce tourbillon sensé m’emporter, me tétaniser, n’a pas provoqué l’effet escompté.

Pas évident de trouver le bon timing, le bon dosage pour construire un texte comme une cocotte minute. Je pense qu’il aurait fallu distiller les effets, de créer le suspens d’une autre façon, peut-être plus subtile à l’image de l’apparition du père mal amenée, je trouve, surtout dans la formulation stylistique (il faudrait revoir cette phrase essentielle car le « c’était complètement illogique », bah déjà c’est dispensable de le préciser et elle nique le caractère « inquiétant » de la scène). Tu sais, en même temps que j’écris, j’ai une idée mais tu en fais ce que tu veux. Dans le film « Un homme d’exception », le real Ron Howard (pourtant pas réputé pour sa prise de risque) a eu la chouette idée de parler de la maladie du héros John Forbes Nash Jr (joué par Russel Crowe) en passant par le thriller (apparition imaginaire d’Ed Harris, si tu as vu le film). Je pense – mais je peux me gourer - que dans l’intention tu as sans doute tenté d’explorer cette piste, mais qu’en définitive, tu as trop facilité le traitement (inutile pour moi car ta note de fin éclaire tout) et quelque part la lecture du lecteur (qu’il faut parfois bousculer un peu). Si je ne suis pas clair, contacte-moi (si tu veux, encore).

Je trouve aussi que c’est osé de mettre un peu de légèreté dans ce type de catégorie. Non pas que l’humour est trop envahissant ou malvenu ici, pas du tout, mais y’a des rajouts pas franchement indispensables comme « Elle embarqua Nicolas comme un ballon de rugby » ou des répliques comme « je la soupçonnais de préparer son réveil, de répéter ses cris », intrinsèquement réussie (celle-ci m’a amusé), mais qui détonne un peu.
Je ne sais si cela est voulu, mais de par ses réactions et sa façon de parler, la maman fait très « femme-enfant ». L’homme a un rôle de faire valoir, ici (mais dans la vraie vie aussi, alors lolll !!).

Quelques bricolos :

« Daria pourra sûrement venir la journée quand les enfants sont à l'école. Maman part rejoindre son frère à Madrid à dix-neuf heures ». Dans une discussion avec un médecin, une telle précision (notamment horaire) m’a semblé superflue.

« (…) en attendant que Michaël ne rentre ». Le « ne » est il indispensable ?

Egalement cette intervention : « Le téléphone avait sonné. Michaël s'excusait. Il allait devoir rester un jour de plus. Est-ce que tout allait bien ? ». Qui parle ici ? Pas Olivier en tout cas, car il n’y a pas le tiret du dialogue, pourtant la phrase suivante semble répondre directement à la question.

« Elle eut envie de lui répondre que non, qu'Olivier… »

Bref, pas clair, je pense.

Voilà, j’ai lu un peu vite. Le sujet m’a intéressé, mais de par la catégorie, le traitement m’a semblé bien trop « sage ». Je m’attendais à quelque chose de plus dingue, plus débridé, à ton image quoi !

Content tout de même de te relire en nouvelliste,

Widjet

PS : sinon, ton texte m’a fait penser au mien : « Cette chanson ».
EDIT : je précise aussi ne pas avoir volontairement pris connaissance du forum ouvert à ce sujet.

   Damy   
18/6/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
La lecture en italique est très gênante, déjà que la police est petite.

Je n'ai pas été embarqué par cette histoire dont on pressant la fin dès la lecture des premières phrases. J'ai ressenti ma lecture comme une narration d'un fait divers, excuse-moi. Pas d'émotion particulière, comme si l'auteur était extérieur à son récit. Un style plutôt plat, impersonnel, commun, quelconque (je suis pas gentil).

Je t'ai lue bien meilleure dans l'épouvante de la névrose ou de la psychose.

PS: je peux te certifier, qu'en tant que père, il m'a fallu plusieurs jours pour me remettre de la déprime et du sentiment de ma finitude à chaque naissance de mes enfants, mais c'est une autre histoire et je n'ai pas envie de faire une nouvelle de cette expérience, non parce qu'elle ne s'est pas terminée par un drame sinon qu'il a fallu que je trouve un boulot sérieux (lol)


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