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Fantastique/Merveilleux
fortyeight : Il jeta du bleu
 Publié le 13/05/20  -  11 commentaires  -  5786 caractères  -  76 lectures    Autres textes du même auteur

L'apprenti et l'angoisse du chef-d’œuvre.


Il jeta du bleu


Il jeta du bleu, naquit la mer. Une poignée de sel naquirent les vagues. D’un coup de crayon il leur fit une frange d’écume.

D’une motte d’argile, il façonna des figurines. Naquirent méduses, baleines, poissons Napoléon… Pas trop mal pour un début se dit-il.

Encouragé il continua, laissant libre cours à ses mains d'improviser. Naquirent poissons-clowns, raies-mantes, dorades aux yeux bleus…

Puis il donna de la souplesse aux anguilles de la vitesse aux espadons et de la tendresse aux murènes.


Parfois il se réveillait au milieu de la nuit et se précipitait à l’atelier pour réaliser une forme qu’il venait de rêver.

Naquirent narvals à licorne, poissons-évêques, saumons du Kamchatka… et bien d’autres encore tant les rêves aimaient se promener dans son sommeil.


Outre-bleue et vernissée, telle était sa mer. Seul défaut, un ciel trop lourd. Alors il le souleva et l’épingla au plafond puis emplit le vide ainsi créé avec de l’air.

Un air léger et fringant où les nuages moutonnaient librement.


Il s’arrêta un moment pour cueillir une figue. En regardant le brillanté des graines rouges à l’intérieur de la figue,

il se dit que cela ferait un beau ciel étoilé pour les nuits d’amoureux

(il était lui-même amoureux, mais timide).


Avec des allumettes et des brindilles, il fabriqua un bateau qu’il posa sur l’eau. Pauvre bateau, aussi sec au fond de l’eau.

Après plusieurs tentatives ses bateaux finirent par flotter. Avec même un certain plaisir à se balancer sur la houle.

Dans une aile de papillon il découpa des voiles qu’il fixa aux bateaux.


Mais, malgré les voiles et leur belle prestance, les bateaux n’avançaient pas. Ils restaient là à clapoter, immobiles.

Le vent ! Il avait oublié le vent. Mais comment faire du vent ? (On ne connaissait pas encore le moulin à vent.)

C’est seulement plus tard en observant un ange du catéchisme qu’il trouva la solution.

Au lieu de fixer les voiles à un mat il les ficela aux épaules des bateaux comme des ailes.

Ainsi les bateaux se mirent à battre des voiles et purent enfin naviguer sans l’aide de galériens.

Les plus lourds naviguèrent sur l’eau, et devinrent plus tard paquebots ou porte-conteneurs.

Les plus légers se mirent à naviguer dans les airs et devinrent albatros, goélands et fous de Bassan…


Un jour de mal de mer, il chercha un endroit où amarrer son bateau et se reposer. Mais rien. Que du ciel et des vagues.

Alors il dessina un grand cercle au milieu de l’océan. Pas un cercle rond comme les cercles en général,

mais un cercle comme l’Afrique (il faut dire pour sa défense qu’il avait pris de l’arak contre le mal de mer).

Il remplit son cercle de termitières et de flamboyants, puis trouva un endroit avec du sable et des cocotiers pour se reposer…

un endroit si agréable qu’il projeta d’y revenir en vacances, quand il aurait inventé le mot vacance.


Midi sonna au cadran solaire. L’heure d’aller en ville. Il posa ses outils et partit pour la ville.

Il adorait ce moment, le crayonnement du sentier entre les oliviers, la chair des cailloux,

l’odeur et la poussière des rues, le bruit et la poisse des échoppes…

Il prit un verre de lait au fenugrec et une galette de pain noir puis retourna à son atelier.


En rentrant il regarda son Afrique au milieu de l’océan, il la trouva tristounette.

Bien sûr les jungles y étaient profondes, les déserts mystiques et le Kilimandjaro immémorial…

mais il manquait un je-ne-sais-quoi, du remuement, du fourmillant.

Il se remit au travail séance tenante. Naquirent rhinocéros, salamandres et fourmis.

Puis il se laissa emporter dans le tourbillon de son imaginaire,

esquissant, dessinant, gommant, modelant, retouchant à l’infini…


Il lui arrivait parfois de se tromper. Par exemple le zèbre à trois pattes. Pauvre créature !

À peine née et déjà sur la table des fauves avec du thym et du laurier.

Heureusement l’espèce s’éteignit très vite et il put corriger son erreur. Depuis les zèbres ont quatre pattes et une robe à rayures Lagerfeld.

C’est le singe qui lui donna le plus de fil à retordre. Si vif. Si malicieux. Vous voulez le dessiner et hop, il vous chipe le crayon.

Colorier son pelage ? pfft, il est déjà en haut de l’arbre à vous jeter sur la figure les pluches de cacahouètes.

C’est pour cette raison que les singes sont restés à l’état de brouillon, mal finis, mal boutonnés et pleins de puces.


Bien sûr il y avait quelques fausses notes. La girafe avait tête trop haute et trop petite petite en regard de son intelligence.

Le lion avait la crinière toujours mal peignée.

L’éléphant avait trop de mémoire ce qui le rendait lourd et pataud.

Mais sans imperfections la perfection n’existerait pas, se dit-il finement (il adorait cette phrase qu’il pensait être de lui).


Il y eut aussi des échecs. Le dinosaure, le mammouth chevelu, le pou, le Cro-Magnon… directement au rebut.

Mais sa plus belle réussite assurément fut le crocodile. Force, ruse, patience, des yeux d’amour et une peau sac à main.

Son chef-d’œuvre indéniable. L’inconvénient, les caries dentaires.

Alors il modela une mésange-dentiste verte et orange pour lui nettoyer les dents.


Tous les soirs il faisait l’inventaire de la journée, calligraphiant du doigt sur un morceau d’air propre la liste de ses créations.

Ce registre lui permettait d’éviter les doublons comme chameau et dromadaire, kangourou et wallaby… et les ennuyeux raturages.

C’est justement ce soir-là, pendant qu’il écrivait le solde de la journée sur un morceau d’air teinté de couchant, que sa mère fit irruption dans l’atelier.

« Jésus je t’ai déjà dit d’aller chercher du poisson à Tibériade pour manger ce soir. Au lieu de perdre ton temps à tes âneries », dit-elle.

Ah là là, ce garçon, il est bien comme son père !


 
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   plumette   
19/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
un très joli moment qui prend des libertés avec la genèse.

J'ai aimé cette déclinaison au gré de l'inspiration et moi aussi, je crois que j'aurai commencé par le bleu.

Des trouvailles avec les "ratés" ou les imparfaits. J'ai vraiment aimé le regard du narrateur.

Un texte qui m'a emporté dans un ailleurs déconfiné.

Plumette

   Corto   
24/4/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai fait ici un extraordinaire voyage dans un imaginaire d'une immensité insondable.
Le symbole de l'infinie capacité d'un artiste à se mettre dans une démarche de création sans limite. Rien ne compte plus d'autre que ce qu'il fait naître, que le monde dans lequel il s'immerge, jour et nuit.

Cette ambiance est particulièrement bien rendue, avec précision, du moins celle que voit l'artiste.
La richesse du tableau où rien ne manque, animaux, paysages, terre et ciel, air, eau.

A défaut de citer tout le texte je relève ce beau passage: "Seul défaut, un ciel trop lourd. Alors il le souleva et l’épingla au plafond puis emplit le vide ainsi crée avec de l’air."

Les lois de la physique sont oubliées au bénéfice du rêve qui se matérialise.
On se sent entraîné dans cette sorte de transe qui ne trouve son aboutissement que dans la création, la réalisation de la vision intime.

La chute est inattendue et sublimante pour l'ensemble du texte: l'artiste/créateur serait en fait le vrai Créateur, Jésus lui-même. Voilà qui est bien extraordinaire et fait symboliquement entrer l'histoire dans le registre divin et mystique de la Genèse !

La construction de cette nouvelle créé comme un envoûtement et amène le lecteur à admirer le cheminement créatif, avant de lui porter ce message: 'admire mon oeuvre'.

Grand bravo à l'auteur.

   ANIMAL   
25/4/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Texte très poétique et lumineux qui se lit avec aisance. Je me suis promenée volontiers entre ces lignes, parmi les beautés de la nature.

Le fond me plait, je n'ai rien à redire sur la forme, il y a de belles trouvailles. Si j'avais une critique, ce serait qu'il s'agit d'une énumération sans vraie histoire. Certes, la chute donne la clé, mais le scénario n'est pas assez élaboré à mon goût.

Je vois là plutôt une prose poétique qu'une nouvelle.

   veldar   
13/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour fortyeight

J'ignore si votre pseudo est égal à votre âge. Si je me fais cette réflexion, c'est parce que vous avez beaucoup de chance d'en être là, si c'est le cas, et d'avoir su conserver et protéger cette belle âme d'enfant qui anime vos écrits. Je viens de lire ce texte et je suis allé rendre visite à la fille aux yeux de neige. C'est pareil. Je suis admiratif. C'est beau. Aborder des sujets difficiles avec ces yeux-là et les retranscrire de cette façon… Poursuivez. Ne lâchez rien. Un vrai plaisir de lecture. J'avoue que j'hésitais entre un apprenti potier ou son "père". Suis très content de la chute.
Au plaisir.
Ha oui. Mais je n'ose même pas l'écrire… Au début (juste pour le rythme) : Il jeta du bleu, naquit la mer. Une poignée de sel naquirent les vagues. Pourquoi ce n'est pas "D'"une poignée de sel ? D'autant que le phrase suivante est : "D'un" coup de crayon. Mais bon... poète est maître chez soi.

   Vincente   
13/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ça tient vraiment bien la route, c'est étonnant mais pourtant crédible, voilà une imagination pleine de "créativité" ; d'où cette perspicacité insolite dans le regard.

La narration va trouver "une" voie. Bien que passant par quelques chemins détournés et quelqu'improbables rétablissements, elle nous mène à un aboutissement très convaincant. Jésus qui fait ses classes d'apprentissage de créateur travaille d'abord sur épure au tableau, crayons, peinture et extrapolations divers sur sa palette, il refait le monde, comme tout jeune… après ses parents. Il est issu d'une famille dont le père a fait preuve d'une surdouance avérée, certains parlent même de génie, alors pensez donc comme il n'est pas facile pour le fils (unique qui plus est) d'être à la hauteur d'un père qui ne descend plus des cieux… figure tutélaire omnipotente bien "excitante" malgré tout. Alors le fils, croyant en lui-même, bon sang ne saurait mentir, se lance et échafaude… avec un certain talent, et même celui de gommer quelques loupés.

Quand je parle de "génie", voyez ce passage d'une de ses meilleures trouvailles :

" Ainsi les bateaux se mirent à battre des voiles et purent enfin naviguer sans l’aide de galériens.
Les plus lourds naviguèrent sur l’eau, et devinrent plus tard paquebots ou porte-conteneurs.
Les plus légers se mirent à naviguer dans les airs et devinrent albatros, goélands et fous de Bassan…
".

Bien qu'il soit, lui, surtout fier de cette "plus belle réussite", qu'est " le crocodile.

Force, ruse, patience, des yeux d’amour et une peau sac à main.
Son chef-d’œuvre indéniable. L’inconvénient, les caries dentaires.
Alors il modela une mésange-dentiste verte et orange pour lui nettoyer les dents.
".

C'est sûr il y a du talent. (me permettrais-je d'espérer, quand il sera au point, qu'il revisite l'œuvre de son père pour arranger quelques imperfections ?)

   Stephane   
15/5/2020
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↓
Je n'ai pas du tout aimé avec ce "il jeta du bleu par-ci" (et il créa ceci) ; "il jeta du bleu par-là" (et il créa cela). Il a créé des poissons partout (j'ai cru que vous alliez nous refaire l'océan dans son intégralité, mais non !) ; il a créé des bateaux comme ceci et des voiles comme cela... Et puis le vent, et le cadran solaire et en plus il (mais de qui s'agit-il, au fait ?) lui arrivait (arrive encore, certainement) de se tromper. J'ai cru aussi que vous alliez nous refaire le monde et ma respiration s'est arrêtée mais non, pour la plus grande satisfaction de mes poumons. Bon, c'est peut-être Dieu ou une évolution Darwinienne, en tout cas je n'y ait vu aucun intérêt et ça ne m'a pas du tout plu, pour être franc. Mais d'autres sauront mieux que moi nager au milieu des poissons, fort heureusement...

   Pouet   
16/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Slt,

bah ça se lit bien, c'est assez poilant dans l'ensemble:

le choix des noms des poissons, le zèbre, l'arak, le croco etc etc...

C'est pouétque aussi:

les petits bateaux, le vent, les papillons toussa toussa...

Sinon c'est pas très clair... C'est qui le paternel de ce lusophone dont on nous rebat les esgourdes tout du long et pourquoi nom de dieu ce Jésus utilise pas une imprimante 3D comme tout le monde, il vit au moyen âge ou quoi ????

Pas compris.

   Eclaircie   
18/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour fortyeight,

J'ai vu qu'il existait une rubrique "récit poétique" nouvellement créée sur Oniris et en vous lisant, je me demande si votre texte ne mériterait pas d'y figurer.
Vous avez choisi "fantastique/Merveilleux" et c'est aussi très bien ainsi.
La poésie se retrouve dans chaque énoncé des activités de ce créateur.
Cette création révèle une bonne connaissance de la nature, pour les animaux évoqués. Avec ce petit brin de malice de l'auteur du 21e siècle.
Je me verrais bien lire ce texte à des enfants (j'hésite sur l'âge).
Un tout petit bémol, je trouve la narration parfois un tout petit peu trop monotone.
En résumé de la fraîcheur, de la malice mais aussi une invitation à la méditation, j'apprécie ce texte, merci du partage.

Éclaircie

   fortyeight   
22/5/2020

   Annick   
22/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un récit frais, plein d'inventivité et de poésie.
Le personnage, mi-Dieu mi-humain, est un peintre-créateur du Monde, un Monde qui existe déjà d'ailleurs puisqu'on évoque le "coup de crayon" très humain du dessinateur, la motte d'argile, une figue, des allumettes, un galérien... Le narrateur n'est pas à un paradoxe près !
Ce récit ressemble bien sûr à la Génèse dans la Bible, mais une Génèse fantaisiste.
La chute m'a fait sourire. Un texte espiègle comme une boutade joliment écrite.

   HERLINE   
23/5/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
ce texte me laisse perplexe : extrait de genèse biblique revu et corrigé par son narrateur ou bien fable racontée par un griot du fin fond des âges venu mettre en garde l'humanité contre ses méfaits perpétuels et sa dangerosité...De plus le ton qui est adopté est ambigu : semi comédie ou tragique ou bien encore humoristique...??
L'ensemble me laisse indécis avec un arrière gout de fable moralisatrice...j'ai hâte de rencontrer la dorade aux yeux bleus...dès fois que j'en tombe amoureux!


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