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Fantastique/Merveilleux
gihemb : Le conte de Noël de JP Arriz [concours]
 Publié le 17/12/07  -  10 commentaires  -  10847 caractères  -  9 lectures    Autres textes du même auteur

Où JP reçoit un signe de Bernadette Soubirou


Le conte de Noël de JP Arriz [concours]


Cette nouvelle est une participation au concours n°3 : Le Conte de Noël (informations sur ce concours).



Jean-Pierre Arriz était bien calé dans le fond de son sofa Roche & Bobois qu’il aimait à appeler « Rosse et Bobo » car c’était un achat de la femme qui l’avait lamentablement laissé choir voilà quelques années déjà et qu’il considérait désormais comme une étrangère, indigne du sentiment qu’il avait pu lui porter à une époque qu’il rejetait dans la préhistoire de son existence. Cette femme avait disparu de son environnement comme de son souvenir et il ne réussissait même pas à matérialiser le visage de l’homme pour qui elle était partie, mais peut-être ne l’avait-il jamais vraiment vu, en tous cas un être fruste vraisemblablement incapable d’apprécier à leur juste valeur la vie et l’œuvre de Gaston Bachelard à qui lui, Jean-Pierre Arriz, avait voué une grande partie de son existence. Il se souvenait de la phrase odieuse de cette personne qui avait pourtant partagé vingt ans de sa vie et qui lui avait déclaré avant de claquer la porte à en faire vaciller sur leurs bases ses statuettes de Bernadette Soubirou, qu‘elle lui laissait son gros lourdaud de Bachelard avec qui il pourrait converser dans l‘au-delà, de la psychanalyse de la jouissance chez la femme enfin libérée de l‘ennui universel ! Il avait juste eu le temps d’apercevoir une silhouette massive légèrement voûtée, occupée qu’elle était à porter les énormes valises de celle qui était sa femme à lui et pour quelques mètres encore, dans un petit camion de déménagement garé devant leur maison. Il n’avait rien tenté, rien car la femme qui osait traiter Gaston Bachelard, le philosophe des philosophes, de « lourdaud » ne pouvait que sortir de sa vie sans autre forme de procès ; en plus il devait bien se rendre à l’évidence que sa femme ne demandait pas mieux et la silhouette massive ne lui inspirait aucune velléité de conciliation. Ce qui l’avait étonné, c’était la rapidité avec laquelle le déménagement de sa femme s’était opéré ; certes, elle n’avait emporté que très peu de mobilier, sa coiffeuse, sa liseuse, une ou deux petites commodes et un petit buffet qui lui venait de sa mère, certes, lui-même avait été très absorbé les derniers temps par une différence d’appréhension de la théorie de la formation de l’esprit scientifique du magistral Gaston, qui l’opposait à son ami Raymond Cahen, cet âne de Raymond réfutant que l’inconscient « désirant » ait tendance à déformer le réel !! Des soirées entières de discussion avec Cahen pendant que sa femme vraisemblablement fourbissait ses armes d‘évasion et définissait dans le moindre détail son calendrier de désengagement marital.


Il inclina difficilement la tête en arrière car il avait un cou très raide, mais une fois qu’il fut bien calé, il relaxa son corps et ferma les yeux tout en écartant les bras qu’il amarra sur le haut du canapé faisant basculer les mains entre le mur et ce dernier.


Dans sa partielle conscience, JP opéra un retour arrière sur sa vie… son esprit vagabonda… partant de la silhouette voûtée et aride de Raymond Cahen et de son visage sans âme, glissant fugitivement sur les années domestiques partagées sans joie ni chaleur avec une épouse de circonstance et se fixa sur son sacerdoce dans l’éducation nationale et plus précisément sur son enseignement de la philosophie ou en tous cas de ce qu’il avait considéré comme tel. Il n’était plus très sûr de la qualité de son enseignement, il se souvenait de cette rencontre avec l’un de ses anciens étudiants de terminale qui lui avait reproché avec véhémence et mépris son enseignement borné et idolâtre où seul Gaston Bachelard avait droit de cité. Ce jour-là JP avait ressenti avec une acuité étonnante le crachat que le jeune homme ne lui adressait pas physiquement et il devait reconnaître qu’il avait généré un travail introspectif. Ce travail, sans doute, était à l’origine de sa mystique chrétienne qui occupait aujourd’hui son esprit.


La pendule du salon sonna le quart d’heure avant minuit et prestement JP se dressa, arracha son loden de la patère et claqua vivement la porte, la messe de minuit n’attendait pas.


La cathédrale se dressait dans un noir impressionnant que seuls quelques spots de lumière dirigés vers de nombreuses gargouilles parvenaient à entamer. Il entra, le froid était plus intense qu’à l’extérieur et il serra son col. Les moments de génuflexions furent pénibles à ses genoux dévorés par l’arthrose, mais c’est lors de la dernière prière à genoux qu’il lui sembla qu’une statue de Bernadette Soubirou, dans un halo de lumière distillé par le vitrail central, lui adressait un sourire qu’il aurait pu trouver niais s’il n’en avait mesuré l’indicible portée. Après la messe en sortant, il bouscula une femme qui se retourna prestement, interloqué, il reconnut son ex-femme dont il nota le visage apaisé comme il ne l’avait jamais connu, elle lui adressa un sourire empreint d’une douceur infinie. Il lui rendit son sourire empreint d’une douceur un peu moins infinie, rentra chez lui en toute hâte, se mit rapidement en slip, arrachant quasiment le reste de ses habits et plongea dans son lit douillet.


Vers deux heures du matin alors que Jean-Pierre Arriz affichait un sourire béat et n’attendait plus rien, la sonnerie de son vieux téléphone gris déchira le silence de la nuit. Jean-Pierre Arriz se leva précipitamment alors que retentissait la quatrième sonnerie, dans son affolement il s’enroula dans le drap du dessus et s’affala sur une statue de Bernadette Soubirou qu’il agonisa d’un terme païen que, quelques milliers de « pater noster » et de « je vous salue marie » ânonnés sous la statue du christ à la sacristie ne suffiraient sûrement pas à effacer totalement, mais on verrait ça plus tard ; il se releva et tenta une nouvelle fois de se débarrasser du drap qui s’accrochait des chevilles aux mollets, quelques jurons et surtout une déchirure franche dans le milieu du tissu lui permit de s’extraire et de tenter de quitter la chambre, la tentative échoua partiellement car, déséquilibré au moment du redémarrage, il ne put centrer sa trajectoire et frappa violemment le montant gauche de son épaule ; il poussa un cri que la douleur disputait à la démence, il se ressaisit et cria tout haut qu’il faudrait que la nouvelle qu’on ne manquerait pas de lui distiller dans quelques secondes, quand il aurait enfin réussi à décrocher ce foutu téléphone, fût particulièrement bonne pour effacer ces tribulations aussi ridicules que douloureuses. Se tenant l’épaule, il parvint dans le salon, s’assit sur la petite chaise en osier, rajusta sa coiffure comme si son interlocuteur allait le voir, c’est bête pensa t-il mais on ne sait jamais si c’était une femme (il prit simultanément conscience du fait qu’il était en slip et de l’aberration de cette pensée), et il décrocha enfin.
Une voix de femme à l’autre bout du fil … son cœur battit:


- bonjour ou plutôt bonsoir ou…. Hum, bon je vous passe monsieur Paradis.

- Mr Paradis ?


Mr Paradis était un gros homme sanguin qui possédait les auto-écoles de la ville et une propension à lever le coude comme ne manquaient pas de le souligner ses collègues de la ville avec lesquels il siégeait à la mairie. Lui s’occupait des affaires religieuses !!! Raymond disait qu’il conciliait ainsi les voies publiques et les voix divines et que l’on pouvait indifféremment écrire v o i e s ou v o i x. En 20 ans d’amitié c’était le seul trait d’humour dont Raymond Cahen avait été capable à l’adresse de son « ami » Arriz mais pouvait-on parler d’amitié s’agissant de Raymond Cahen ?


- Allô Jean-Pierre Arriz.

- Oui c’est moi.

- C’est Séraphin Paradis et j’ai une bonne nouvelle pour vous.

- … Je vous écoute dit JP masquant mal sa déception, mais déception de quoi en fait ?

- Je suis le messager de Dieu en quelque sorte (ne suscitant pas la réaction espérée de la part de JP, après un silence de quelques secondes, il poursuivit :) vous vous souvenez de la conversation que nous avons eue pour la Toussaint à la mairie ?

- Oui vaguement, c’était au sujet de mon livre ?

- Oui votre merveilleux « Bernadette » que nous aimons tous tant. Il vous posait un problème financier car les ventes n’allaient pas fort, n‘est-ce pas …?

- En effet, et c’est toujours le cas car les ventes se bornent actuellement à ma famille et à des amis, excepté mon ami Cahen que vous connaissez et à qui j’ai dû donner deux exemplaires.

- Eh bien, disons merci à Séraphin Paradis !!! Je ne vous fais pas languir, la mairie en prend mille exemplaires et le diocèse, le double. Ils veulent l’adresser aux aumôneries, aux lycées, aux mouvements scouts, paroissiaux, pastoraux, aux séminaristes, aux clubs d’entraide enfin à tous ceux qui ont soif de se former.


Mr Paradis se tut enfin, il avait soif lui aussi mais pour ce qui le concernait, c’était une soif qui n’avait rien de spirituelle.


Jean-Pierre Arriz était à genoux, il ne sentait plus son épaule, comme il n’entendait plus le Séraphin des voies (ou voix) œcuméniques qui s’égosillait au bout du fil en quête d’un remerciement appuyé (dites, ça n’est pas rien quand même !)


Jean-Pierre Arriz savait que, bien qu’il eût traité sa statuette de « foutue poufiasse » tout à l’heure en tombant du lit, Bernadette Soubirou ne lui en tenait pas rigueur et qu’elle venait d’envoyer ce signe fort à ce grand serviteur de la philosophie unique, qui finissait ses jours dans l’irrationalité que Gaston Bachelard proposait de séparer de toute démarche scientifique, mais comme tout cela était loin désormais…


Jean-Pierre Arriz pleurait à chaudes larmes, la tête rivée vers le plafond craquelé dans une béatitude du meilleur aloi, il ne put néanmoins repousser une fugitive pensée concernant une demande de devis pour refaire l’enduit et la peinture du salon.


Tous les gens de son entourage en seraient vite convaincus, la vie de Jean-Pierre Arriz venait de basculer définitivement dans un conte de foi mais on ne pourrait naturellement pas empêcher les plus cartésiens de penser que Jean-Pierre Arriz était devenu complètement con.


JP regardait ses mains et ses pieds en espérant y trouver des stigmates de la crucifixion mais il ne trouva que des traces rouge vif sur ses chevilles que le drap avait laissées et un morceau de coude de la statuette de Bernadette fiché dans la paume de sa main gauche, il redoubla néanmoins de sanglots, considérant que c’était un fameux début et surtout qu’il était en train de vivre un magnifique conte de Noël.


Cette nuit-là, dans l’usine du Père-Noël on fit une heure supplémentaire payée double et sans charges patronales pour fabriquer et livrer un entonnoir pour largeur de tête standard et une chemise fantaisie à laçage périphérique.



 
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   Anonyme   
17/12/2007
bien écrit bien construit, se lit bien, mais une question se pose 'est-ce vraiment un conte de Noël?' . Ceci dit j'ai passé un bon moment de lecture.

   Ninjavert   
24/12/2007
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je suis moins enthousiaste... J'ai trouvé ça longuet.

Peu familier des théories philosophiques citées dans le texte, elles ne m'ont fait ni chaud ni froid.

L'écriture, bien que maîtrisée, est un peu lourde : phrases interminables, tournures inutilement alambiquées, vocabulaire riche mais parfois pompeux.

L'histoire, enfin, ne m'a pas emballé. Décousue, sans réel fil conducteur, on passe d'un événement à un autre (départ de la femme, la messe, le livre...) sans vraiment savoir comment ni pourquoi.

Enfin, les contraintes ne sont absolument pas respectées : ça n'est pas un conte, et Noël y est pour le moins accessoire...

C'est bien écrit, mais personellement ça ne m'a pas suffi.

Ninjavert

   Bidis   
30/12/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↓
A la fois intéressant et décousu, cela se lit jusqu'à la fin. Certains passages sont amusants. Mais, à mon avis, ce n'est pas un conte de Noël.

   Anonyme   
30/12/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bon, c'est vrai, c'est pas un conte de Noel, mais ça m'a plu davantage au final ! Au début, on se croit embarqué dans une nouvelle du type

   philippe   
31/12/2007

   Roselyne   
2/1/2008
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↓
on ne s'ennuie pas, c'est amusant mais cela ne ressemble pas à un conte !

   aldenor   
2/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je ne dirais pas : « Ce n’est pas un conte de Noël ».
Les contes de Noël ne sont pas prédéfinis.
C’est le Noël de JP Arriz !
La chute est excellente et amène Noël là où on ne l’attendait pas.
Je ne dirais pas : « choquant ».
Je m’étonne d’ailleurs que personne ne se soit choqué. Ou alors par omission.
Pour le reste le texte est original et dense. Mais ça manque de légèreté. Il y a trop de rage et de fureur pour écrire proprement.
Tout ça me donne envie de lire Bachelard… Il a vraiment une tête de père Noël dans le Larousse edition 1982 que j’ai!

   Maëlle   
3/1/2008
J'ai passé les deux tiers du texte a essayer de reprendre mon souffle (où sont les points dans le premier paragraphe, bordel, je vais mourir asphixiée, moi!). Ce qui fait qu'arrivée à la chute, je me suis rendue compte que je n'avais aucune idée de ce qu'il s'est passé avant. Zut. Qu'est-ce que que je fais? Non, bon, tant pis, je ne saurais pas ce que raconte ce texte.

   Lariviere   
3/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Excellente nouvelle !

J'avoue que c'est dur à lire, mais étant adepte des phrases longues, des styles alambiqués et parfois pompeux (pompeux, ici, je ne vois pas trop), j'ai adoré cette nouvelle.

L'écriture donc, ne rend pas facile le suivi de l'intrigue. Dommage, elle est très intéressante. Peut être effectivement, aurait il fallu essayer de casser un peu ces blocs de texte. Laisser au lecteur quelques espaces de respirations... Mais pas trop. Oui, un peu quand même...

D'autant plus, que ce texte est dense. Intelligent. Profond. Il possède, à mes yeux (et oreilles), une valeur littéraire réelle.

Bizzarement, même si j'ai eu moi aussi la longue impression que ce texte s'élognait trop des contraintes du concours et du conte de noël, j'ai compris ensuite qu'il n'en était rien...

Le dénouement loufoque avec "monsieur Paradis", est un évènement miraculeux, qui peut nous toucher tous ici, en tant qu'auteurs. J'y vois d'ailleurs un clin d'oeil à peine voilé à notre condition de scribouillard !

L'idée de la relance du bouquin de JP Arriz, gràce à un évènement aussi imprévisible qu'irréel, apparait vraiment comme un cadeau de noël avec l'aspect "enchanté" qui plait au conte...
Peut être pour appréhender cet aspect, fallait t'il déjà pouvoir arriver à ce passage, et ceci sain et sauf quand à ses capacités de lecture et de concentration...
C'est peut être le seul défaut de ce texte, en même tant que sa qualité : son style... A voir pour la suite...

Encore une chose, qui mérite quand même d'être signalé. Ce conte est un conte très drole et très fin. J'ai vraiment ri de certaines situations décalés et burlesque...

C'est aussi ce que j'attend d'un conte... Et d'une lecture.

Merci à l'auteur et félicitations pour ce très beau travail !

   studyvox   
4/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est très inspiré, même si ce n'est pas tout à fait un conte de Noël.
Très drôle, burlesque, fin, enfin j'ai bien aimé et presque découvert qui se cache sous la plume de ce texte.
Bravo, félicitations.


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