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Aventure/Epopée
GinetteFlora : Les âges sombres
 Publié le 05/05/20  -  7 commentaires  -  8637 caractères  -  32 lectures    Autres textes du même auteur

L'odyssée du peuple picte dans les îles Shetland au nord de l’Écosse et le récit d'une farouche détermination à sauver une civilisation qui a disparu.


Les âges sombres


– Ce sera toi !


Surpris, Taran se releva de sa couche. Il remonta sur lui la couette de laine à peine cardée et contempla Brigid offerte dans sa plus opulente nature. La robustesse et la plénitude de son corps ne craignaient ni la rudesse des vents nordiques ni l’âpreté des travaux pénibles et répétitifs. Un corps sans fissures mais des callosités aux mains pour avoir transporté des pierres, des plaques de roches et des stèles ; puis d’avoir aidé à la construction des gîtes enfouis dans la lande et auxquels on n’accède qu’en descendant les marches des soubassements de pierres sèches. Elle montait à cru et galopait sans faiblir, elle vivait pour une pensée qu’elle inscrivait sur une dalle marbrée qu’elle couvrait de signes oghamiques. Avec un coutelas pointu, elle enfonçait son cri aussi loin que la pointe le pouvait. Elle se voulait parole libérée. Y aurait-il un jour des hommes pour chercher à déchiffrer les inscriptions et pour comprendre cet appel qui parfois venait la submerger ? Qui vivait ailleurs ?


Cette notion qui n’était que fragmentaire pour Taran lui revenait souvent quand il s’engageait dans les pièces souterraines de la maison circulaire de Brigid en apportant avec lui les embruns du large, les souffles mordants d’un vent constamment courroucé et la lumière d’un ciel vacillant sous la brume blanche. La pénombre en était traversée quand des rayons de faible clarté passaient par les étroites ouvertures placées dans les strates des murs divisés en cloisons opaques.


– Ce sera toi que je prendrai pour compagnon, j’ai assez cherché, dit Brigid en avançant un geste de tendresse.


Taran connaissait l’usage qui permettait aux femmes de se livrer à la consommation absolument libre de leurs pulsions intimes jusqu’à ce que vint le moment où ces femmes indomptables prononçaient le nom de l’heureux élu. Il prit la mesure de son attente stoïque qui n’avait duré que le temps pour les vents qui fouettaient les côtes de revenir vers leur plaine herbeuse renverser les sables fermes et se heurter aux pierres sans pouvoir les briser. Les bourrasques ne rencontraient que les plaques de pierres, les murs de roches et les entablements de cailloux. En vivant sous terre, les siens s’étaient construit des édifices de plusieurs assises qui descendaient au creux des alcôves où ils avaient érigé leur propre installation. Brigid avait entraîné Taran dans cette pièce au clair-obscur propre à envelopper le trouble de leurs corps avides. Ils s’étaient tous deux enlacés dans une fougueuse copulation. Brigid se voulait pleine mais lui restait sceptique.


Les deux chefferies ne s’entendaient pas. Sa conscience tendue à l’extrême fixait ce point névralgique. En outre, Fina la vieille guérisseuse ridée et couverte d’amulettes prédisait l’arrivée de temps inquiétants. Hiram son oncle scrutait trop souvent la mer démontée que des arches de pierres retenaient au-dessus des vagues continuellement en furie. Il rentrait les currachs en peaux, les tiraient sur le sable blanc au vacarme singulièrement assourdi. Face aux remous trop rugissants, au vent plus hurlant, l’instinct tribal sourdait ne présageant rien de bon, frappant tout le rivage d’une sombre solitude tourmentée. Hiram lui avait proposé une femme de la tribu mais Brigid qui n’attendait le bon vouloir de personne l’avait choisi, lui le simple pêcheur.

Un hurlement déchira l’espace.


– Là-bas ! Des ombres !


Jebel le vigile, le veilleur de nuit, avait vu à l’horizon une ligne noire se profiler. Les hommes grands, robustes aux muscles saillants couverts de peaux de bêtes, hirsutes sous leurs barbes, leurs moustaches et leurs cheveux emmêlés arrivaient à mesure que la nouvelle atteignait les excavations des maisons rondes aux marches raides et froides.


Addir et Minenna avaient déjà rassemblé les familles du petit village. Brigid, rhabillée, cuissardée et bottée de peaux positionna l’emblème de son identité : le cercle de métal ceignant son front désignait son appartenance à un clan de guerrières, le graphisme bleu incisé dans son bras la désignait comme une combattante.


– Non, nous ne nous soumettrons pas.

– Non, nous refusons d’être envahis. Nous vaincrons.


Les cris de haine ajoutés aux cris de guerre comme des slogans enflèrent sur la grève où ils s’étaient entassés faisant front au vent, aux vagues, à la peur et à la sourde sensation que le destin débarquait chez eux. Les envahisseurs, il y en avait toujours eu ; ils les avaient toujours repoussés au prix d’une violence impitoyable. Aux guerres sanglantes et aux sacrifices se mêlaient aussi leurs propres querelles quand les combats devenaient parfois le prétexte pour ranimer des règlements de compte et assouvir des vengeances occultes. Les trahisons étaient légion. Taran ne pouvait songer à s’unir avec son inflexible guerrière sans assurer que sa bravoure n’était plus à prouver. C’était le moment de se battre auprès d’elle et de se présenter comme un prétendant aux prétentions acceptables. Il affûta ses armes dans un cliquetis grinçant de lames qui s’entrechoquent.


Addir, le père de Brigid, ordonna que la plupart des familles avec leurs enfants partent sur leurs pirogues, profitant de la brume qui couvrirait leur fuite. Leurs currachs furent orientés vers le nord : « Peut-être allez-vous rencontrer d’autres peuplades qui vous recueilleront », dirent Minenna et Brigid en les priant de ne plus regarder en arrière.


– Nous n’avons fait que fuir, se mit à geindre Fina quand on la mit sur le currach noir couvert de peaux lustrées. Nous sommes des tribus sans but mais on a existé depuis très longtemps. On doit continuer à parler de notre lignage.


Puis elle regarda intensément Brigid restée sur le rivage.


– Brigid, tu as une graine dans ton ventre. C’est l’espoir de notre peuple. Taran, emmène-la loin d’ici ; cet enfant doit naître pour continuer notre histoire et rebâtir Pictavia. Notre peuple de pierres ne doit pas mourir.


Le currach prit rapidement le large. Les pictes lui donnèrent une direction qui permettrait aux fuyards d’éviter de croiser les arrivants dont la ligne de flottilles progressait nerveusement.

Taran organisa la fuite des autres hommes et femmes restés à terre pour leurrer les chasseurs de proies. Son enfant, il y pensait avec une souffrance insoutenable. Si c’était une fille, elle resterait avec Brigid reprenant les titres et les prérogatives de la mère ; si c’était un garçon, il savait qu’il ne serait pas son héritier, la coutume avunculaire en vigueur voulant que les fils soient élevés par leur oncle. Il lui fallait sauver cette toute première empreinte familiale, sauver l’enfant, mettre cet embryon d’avenir à l’abri pour que la tribu continuât d’exister.


La fuite devenait exténuante, ils étaient trop visibles ; leur objectif était d'atteindre les collines rocailleuses où il y aurait une possibilité de se tenir hors de vue des assaillants : derrière lui, l’armée des guerrières bleues suivaient encadrant Brigid, leur souveraine, la hache à la main, au ceinturon, les coutelas et les armes que leur forge avait patiemment modelés. Dans ce paysage où rien ne poussait plus haut que leurs pieds qui ne foulaient que pierres et rocailles, où pouvaient-ils se fondre sinon dans le brouillard lardé de gouttelettes de bruine. Le vent, leur compagnon récurrent, feulait jusque dans les falaises ses vociférations chuintantes que les failles des côtes reprenaient en les tambourinant.


Taran courait à perdre haleine grimpant les tertres tourbeux, les buttes de mousse humide ne s’arrêtant que pour laisser passer les guerrières dont les cheveux roux criblés d’écailles et fouettés par le battage des rafales du vent impétueux ondoyaient comme des bannières. Elles n’étaient plus que des furies transformées en reîtres couverts de peintures de guerre. Il les exhorta à se jeter dans les taillis qui bordaient l’intérieur des terres. S’éloigner de la mer était leur seul espoir de trouver des arbres, ne serait-ce que quelques dunes et monts abrupts d’où ils auraient une vision complète de leurs poursuivants.


La première flèche qui fusa, il la sentit transpercer son justaucorps en cordes de lin. Avant de tomber, il hurla : « Fuyez ! Sauvez Brigid et cachez-la ! »


La meute des grands colosses blonds qui ébranlaient la lande aux sphaignes saccagées le dépassa ne cherchant pas même à lui décocher un regard. Taran se redressa mais ce qu’il vit acheva de l’anéantir. La horde des étrangers avaient atteint les farouches résistantes aux tatouages bleus.

Il eut une dernière pensée pour l’enfant qu’il ne verrait jamais et s’effondra.


 
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   ANIMAL   
24/3/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un récit intéressant car il parle des moeurs et coutumes d'un peuple méconnu, les Pictes. Néanmoins, pour moi cela ressemble à un prologue annonçant une histoire plus longue.

J'aurais au moins aimé connaître, même en quelques lignes, l'issue de cette bataille car les femmes guerrières étaient aussi redoutables que les hommes. Taran meurt mais Brigid va-t-elle échapper aux ennemis ? Connaître la captivité ? Mourir en combttant ?

Par ailleurs, la tribu parle de se battre mais on évacue les plus faibles et les autres fuient. Quand on connaît la férocité des Pictes, c'est étrange. Idem pour les envahisseurs qui achevaient les ennemis. Pourquoi pas Taran ? Un coup de hache au passage n'aurait pas retardé les blonds guerriers.

Il me manque donc de l'ardeur guerrière pour apprécier vraiment cette nouvelle.

   Donaldo75   
5/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour GinetteFlora,

J’ai bien aimé cette nouvelle ; je trouve la narration intéressante et l’histoire bien exposée. Le sujet mérite le détour et ici il est bien mis en avant par un récit mené sans temps mort ou digression inutile. Je n’ai pas été rechercher des informations sur les Pictes parce que c’est l’histoire qui prime avant tout et dans le cas présent elle soutient bien la promesse de l’exergue.

Merci pour le partage.

   SandraC   
6/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour!

Le sujet de cette nouvelle est très chouette, il y a tant à faire découvrir sur les peuples pré-celtiques. C'est une belle fenêtre ouverte sur les derniers instants de l'un d'eux.
Je rejoins le commentaire d'Animal sur le déroulement de l'intrigue et le développement des personnages.
Quant à moi j'aimerais ajouter quelques impressions sur le rythme de la narration:

-Au début, le récit semble condensé au maximum dans de petits paragraphes. ça donne des phrases parfois très longues, avec beaucoup d'adjectifs, un peu dures à lire...En plus, les mœurs et coutumes décrites sont intéressantes. Pourquoi ne pas prendre davantage son temps pour développer ces passages, quitte à en faire le cœur du récit?

-Ensuite, quand on arrive à l'affrontement, on commence à avoir une narration plus rythmée et claire. Mais ça reste un peu confus pour moi, car deux choses se mélangent encore: les enjeux pour la tribu picte, et les évènements qui sont en train d'arriver. Faire une séparation plus nette (à l'aide de différents paragraphes, styles de discours ou temps employés?) permettrait certainement de créer plus de tension dramatique.

-Enfin, peut-être que ça ne concerne que moi mais quelques mots pour préciser l'identité/le rôle de chaque personnage quand son nom apparaît, seraient les bienvenus pour ancrer davantage le lecteur dans le récit.

Voilà! J'espère que ça aide un peu, et au plaisir d'en lire plus!

   Malitorne   
7/5/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
L’idée est bonne, originale, on voit que vous vous êtes documentée. C’est très important, pour la crédibilité, de bâtir une nouvelle historique sur des éléments dûment vérifiés. De ce côté là il n’y a rien à redire.
Où le bât blesse c’est au niveau du style, parfois confus, avec des phrases surchargées. Ce n’est pas très agréable à lire et il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour bien comprendre. Même dans la construction scénaristique ce n’est pas clair. Vous nous préparez à un combat âpre et puis non, tout le monde s’enfuit !
Vous devriez reprendre ce récit qui a besoin de reformulations et davantage de développements, il le mérite amplement. Tel quel ça me semble beaucoup trop court.

   hersen   
7/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
La nouvelle, qui commence par le choix d'un géniteur et finit par la fin probable de la mère, est tout à fait bien contenue dans ces informations. J'aime quand la nouvelle laisse à voir au lecteur ce qu'il ne lit pas.
Ici, sans connaissances particulières de l'Ecosse et de son histoire, on suppose une extinction des Pictes, ou une subordination.

J'aime l'ambiance de la nouvelle, j'aime le minéral qui ressort bien dans cette ambiance, un lieu battu par les vents.

Aujourd'hui encore :)))

Une nouvelle assez dépaysante, qui peut-être reprend un peu trop le thème de la femme guerrière, et de la maternité, mais sans aller plus loin, peut-être que le tout reste un peu en surface, comme dans une série.

Mais j'ai apprécié cette lecture, merci !

   papipoete   
10/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour GinetteFlora
le décor planté près de la mer, au temps où l'homme se distinguait par sa bravoure, au maniement de son fer affûté et trouvant grâce auprès de son peuple, fut choisi et non le contraire par la femme, égale en courage et bravoure...quand une peuplade ennemie approcha, et point de quartier ne fit...
NB l'intrigue me fait songer à celle de Rob Roy, ce défenseur de son Ecosse chérie...mais bien des centaines de lunes plus tard.
Bien que homme et femme aient la même ardeur au combat, dans les traits de Brigid cette guerrière que rien n'effraie, on est pris de sympathie pour celle qui bientôt assurera la descendance de Taran mais le destin en décide autrement avec ces hordes barbares.
J'ai trouvé la narration appliquée, et l'on suit de façon haletante ce combat final, qui décidera ou non de la survivance de ce peuple.
la fin est particulièrement cruelle, quand le héros blessé à mort, comprend que nul ne survivra ; son enfant ne verra même pas le jour !
de plus, j'ai appris plein de mots dont j'ignorais l'existence ( oghamique, avunculaire etc... )

   HERLINE   
23/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien
une histoire intéressante bien documentée, qui vient apporter de la nouveauté dans le catalogue du site,notamment pour son positionnement sur la culture picte...Il fallait y penser. Et je n'ai pu qu'y être sensible étant moi même prof d'anglais...et passionné de Grandes Bretagneries.
Amazones ou Conanes les barbares vos héroïnes? That is the question...
Un petit bémol qu'on ne peut vous reprocher mais qui peut limiter votre lectorat, on ressent beaucoup trop l'écriture féminine...les points de détails sur les descriptions physiques par exemple...les couleurs, les vêtements etc...parfois des poncifs...."les grands blonds"...etc
Bref, dans l'ensemble bravo et au plaisir de vous lire.


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