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Fantastique/Merveilleux
Gouelan : La graine sèmera le nouveau monde
 Publié le 14/01/22  -  6 commentaires  -  4321 caractères  -  53 lectures    Autres textes du même auteur

L'homme s'adapte aux changements de son environnement, comme tout être vivant. Après avoir épuisé les ressources, une poignée de survivants, à peine encore humains, avance vers après… après-demain, vers un nouvel être façonné en harmonie avec la biosphère.


La graine sèmera le nouveau monde


Terre

Tronc

Ciel


On grimpait la cime, les narines mousseuses, la voix d’écorce, jusqu’au trou bleu, jusqu’à la lumière, pour voir où finissait la forêt mouvante.

Pour sentir comment elle se fracassait dans les bras de l'océan en furie.

Avec le temps, nos mots s'éteignirent sur ce cauchemar.


Ciel

Tronc

Terre


On descendait, la tête en feuilles, les mains d'écorce, à peine si on était encore humains.

Le sol spongieux entrelaçait ses racines, nos pieds aux semelles de terre escaladaient les souches mortes qui barraient le voyage.

Ici poussaient de frêles arbrisseaux, des champignons aux couleurs sorties d’un cerveau fou, là grattaient les rongeurs, rampaient les insectes.

L'odeur humide coulait comme de la sève jusqu’à nos poumons.

Des bouffées de compost suintaient de nos écorchures.


Ce qui nous tenait éveillés sur ce radeau végétal, c’était la quête de la graine.

La graine sèmera le nouveau monde, scandait la légende.

Il y avait un livre, des feuilles jaunies et détachées, emplies de signes dont le fil s'effilocha comme lambeaux de nuages dans le vent. Aucune image ne les reliait à ce qui nous ressemblait dans notre monde d'alors, notre monde d’arbres.

Mais dans nos rêves murmurait le chant.


Après le grand feu, la terre sera douce

L’aurore ouvrira la porte

La graine s’éveillera, sèmera le nouveau monde

Le soleil émergera


Au réveil, on gravait les images dansantes sur nos peaux.


Le chant se propageait comme une flèche. Jusqu’au jour où les arcs perdirent leurs traits, faute d’animaux à tuer. Beaucoup périrent, je suis mort.

Je suis l’oiseau, je suis la branche, je suis un fil de l’univers,

Ielaz est mon fruit.

Sa peau porte le message. J'ai tatoué les symboles du rêve sur son dos avec une pointe d’os et de la résine. Je fus le dernier à accomplir ce rituel.


Maintenant, les rescapés avancent sans refrain.

Seul l’instinct.


Dans les pas de Ielaz, sur la terre non rongée par les assauts de l'océan, ils cheminent, sans vraiment comprendre ce qui les pousse là.


La lune et le climat ont rendu l'océan si féroce qu’il bat la côte à coups de rage, de squelettes de baleines, de blocs de pierre, de bras de fer. Sur mon fil je vois le filet déchiré, celui qui contient les étoiles. L'aiguille pour le repriser germe dans cette forêt.


Sans hier, sans demain, sur l’îlot vert où la canopée préserve un peu de l’air torride, Ielaz hume le chemin, se baisse, ramasse un caillou blanc.

Seul l’instant.


La nuit les branches craquent, harassées par le vent. Au sol on ne tombe pas, le sol est déjà tombe. Parfois l’un d’eux disparaît sous terre, tout juste un cri, à peine un souffle, à peine un étouffement. Il devient humus.


Au matin, les autres arrachent les racines qui tentent de les enlacer, les gestes sont de plus en plus lents, presque des branches se mouvant dans l’air moite. Ielaz s'infuse du parfum des feuilles mortes, tend son visage exsangue au soleil, craque ses membres.

Et fait un pas.

À peine un geste,

juste un frôlement de patience et de silence.

Son corps gracile ondule son tatouage.

Il frémit.


Chaque matin on se compte du regard.


— Trois —


Sur les feuilles géantes on boit l'eau, dans le sol on creuse de petits trous, on arrache les racines, on ramasse les graines abandonnées, on mâche longuement. Les insectes se terrent. Tout ce qui ronge, gratte ou rampe encore, retient son souffle.

Le regard bruisse le silence des arbres.

Plus de baies.

À peine un son triste.

Seule une sensation.


— Deux—


Le corps s’évade, s’efface.

On boit le vent, on mange la lune, le ciel rougeoie. Le feu fond les cimes comme des cierges. Elles giflent, lacèrent le ciel, l'étouffent.

Le corps en cendres du compagnon rejoint le matelas de terreau.

Il nourrit demain.

Seul l’esprit.


— Un —


Dans la forêt en deuil de ses grands mâts, Ielaz s’assoit en tailleur,

La terre est douce, l’aurore éclot de rosée.

Ielaz ferme les yeux, l’eau douce clapote dans son corps.

De sa colonne végétale s’ouvre la porte, la graine s’éveille.

Ielaz fleurit.


Le soleil émerge.


Ielaz sème le monde, le monde cueille une nouvelle histoire.


 
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   socque   
21/12/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Pour moi, le gros problème de votre nouvelle, c'est que son écriture très élaborée, intellectuelle, j'irai jusqu'à précieuse, bref disons travaillée, se retrouve complètement en porte-à-faux avec l'histoire contée de fin annoncée de l'humanité pensante qui fusionne avec une nature foisonnante et heureuse. J'ai beaucoup de mal à imaginer qu'Ielaz envisage des formules comme
l’aurore éclot de rosée
Certes vous avez choisi une narration externe et on peut arguer que, de ce fait, elle est légitime à prendre de la hauteur, à faire pour le lecteur ou la lectrice une synthèse de ce qui se passe. Mais la distance est vraiment trop grande à mes yeux, au point que je prends carrément en grippe des tournures et procédés qui témoignent pourtant de maîtrise littéraire.

Ainsi, les sauts de ligne en cœur de phrase m'apparaissent artificiels, tout comme des formules qui, en l'occurrence, me font grincer des dents ; par exemple
un frôlement de patience et de silence
De sa colonne végétale s’ouvre la porte,

Je le répète, à mon avis l'écriture est objectivement belle, un peu maniérée à mon goût mais j'en reconnais les qualités. J'évalue ici comme j'aime, non comme j'estime.

   Corto   
31/12/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Voici un texte "Fantastique/Merveilleux" qui ressemble beaucoup à un scénario compatible avec le réel futur.

J'ai apprécié la qualité des descriptions, l'originalité du style, la cohérence du déroulement.
Un apport à notre réflexion présente qui voit l'avenir osciller entre le pire et le meilleur.
La richesse du cheminement donne envie de relire ce texte, encore et encore.
Bravo.

   wancyrs   
14/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Gouelan,

Ce texte m'a étonné, pas par les effets stylistiques, mais par cette vérité dont je ne sais si l'auteur est conscient. La terre fût détruite par les eaux une fois, mais cette fois-ci elle sera détruite par le feu. Et évidemment viendra le nouveau monde. J'ai apprécié ce que j'ai lu. Et le style sied bien à ce genre de texte :

Merci !

   ferrandeix   
20/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'impression de mystère qui se dégage de ce poème messianique sur l'Humanité lui communique sa grandeur et son âpre lyrisme. Un mystère qui peut justifier le flou, de même que le contenu vaguement compréhensible ou sibyllin. Ce texte évoque les grands récits mythologiques par son expression volontairement brute où les inélégances stylistiques deviennent des subtilités.

   Ombhre   
22/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Gouelan,

Je suis très partagé sur ce texte. D'un côté, j'ai été séduit par une écriture (très) poétique, onirique... Fantastique et merveilleuse. Cette nouvelle se lit comme un long poème, triste et nostalgique, un peu angoissant même dans son ambiance. De l'autre, c'est cette écriture même qui m'a perdu. J'ai eu du mal à suivre le déroulé de l'histoire, me suis perdu dans des descriptions parfois obscures (mais cependant très belles).
D'où ma perplexité, car à la fin de la lecture, je ne sais plus si j'ai lu une histoire fantastique très bien écrite, ou un très beau poème très bien écrit lui aussi. Mais j'ai en chemin perdu l'histoire.

Merci pour ce partage surprenant.

Ombhre

   Donaldo75   
7/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Gouelan,

J’ai bien aimé ce texte parce qu’il change de ce que j’ai l’habitude de lire ici et que proposer ce format en nouvelles est courageux ; il y a beaucoup de poésie dans ces lignes et le message qu’elles délivrent vont encore plus dans ce sens. Au-delà de la catégorie, je vois du récit poétique et en même temps du conte, une version messianique de la fable. L’écriture est juste dans cet état d’esprit et je trouve que l’ensemble se lit bien, sans raconter – d’ailleurs, c’est là que l’analogie avec le conte s’arrête -ni relater mais simplement exposer comme le permet si bien la poésie. Cet équilibre est difficile à tenir et seul un format court le permet à mon avis sinon le lecteur se perd.

Merci pour le partage.

Don


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