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Sentimental/Romanesque
Gouelan : Tranche de ciel
 Publié le 05/11/21  -  6 commentaires  -  5416 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur

Une personnification pour évoquer l'absence de tranche de ciel.
Je vous laisse découvrir.


Tranche de ciel


Tata dort sur le transat, son corps luit d'huile de bronzage, ça sent la noix de coco. Pourtant, ses cuisses dodues rosissent dangereusement. Pauvre tata. Je pourrais la réveiller mais la tentation est trop forte d'aller explorer derrière la grande haie. Et puis, elle ronfle si bien. C'est le boulot qui l'assomme, tata elle travaille la nuit à l'usine de plastique. Elle n'aime pas le chef d'équipe, c'est un gros cochon. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire sauf que, ça j'en suis sûr, ce n'est pas un compliment dans la bouche de tata. Pauvre tata, je lui fais des câlins quand elle est triste.


Sans faire de bruit je traverse la pelouse envahie de bonnes herbes, comme dit tata, jusqu'au trou sous le grillage. C'est Fred qui est venu gratter là l'autre jour, on aurait dit qu'il voulait s'échapper de prison. On a joué un peu ensemble, on tournait autour du parterre, c'était marrant. Mais à un moment donné, Fred a levé la patte et a pissé sur les rosiers, j'étais plié. Mais tata, non, elle s'est fâchée, à coups de balai dans l'air, Fred a retrouvé le trottoir et ses copains du quartier. Je l'aurais bien suivi, mais tata a dit que c'était l'heure de dîner alors j'ai filé à la cuisine, ça sentait bon. Ma tata c'est un vrai cordon-bleu. Je l'aime.


Au fait, j'ai oublié de me présenter, je m'appelle Harry, je suis un garçon. Tata m'a adopté, c'est comme ma maman sauf que je ne lui ressemble pas beaucoup, je le sais au fond de moi. Ma vraie maman, c'est une image qui gratte le soir avant de m'endormir. Le jour, je ne la réveille pas.


Je reviens au présent, à mon trou sous le grillage. J'avais poussé un tas de feuilles pour que tata ne le découvre pas. D'ailleurs, elle est un peu myope, dès qu'elle ouvre l'œil le matin, il lui faut ses lunettes sinon patatras, elle se prend les pieds dans le tapis !

Je rampe, je ne suis pas gros et Fred a fait du bon boulot, ou plutôt il a fini ce que j'avais commencé, si bien que me voilà déjà de l'autre côté. C'est dingue tout cet espace sans clôtures, j'en reviens pas !


Bon, c'est vrai, chez tata, c'est le bonheur aussi, mais je sors jamais tout seul. On prend le fourgon, on va au parc, il y a plein d'arbres, des bancs, des pigeons, plein de gens qui se promènent. Ils sourient ou restent bouche bée en me voyant passer. Les plus petits me montrent du doigt, s'approchent pour jouer avec moi. Il y a même un lac avec des canards. Je les aime bien, ils glissent sur l'eau verte, plongent, claquent leurs ailes et me regardent en coin.

C'est toujours le même rituel, tata elle n'aime pas trop l'aventure. C'est tata quoi !


Moi, je suis curieux. Et là je suis servi, une grande tranche de ciel au-dessus de ma tête, des champs tout jaunes à perte de vue comme des soleils tombés par terre, je cours, je cours ! Le temps passe comme un éclair, je me perds un peu.


Je prends un chemin, je vois un engin avec des roues énormes, plus gros que le fourgon de tata. Je le suis, tranquille, il roule pas vite en faisant du bruit. Tiens ! Là, ça sent bizarre, je prends à droite entre les buissons. Je fais le tour du bâtiment assez moche, lisse et verdâtre, pas de fenêtres, pas de fleurs ni d'herbe, du gravier, du barbelé. On dirait qu'il salit le ciel, qu'il griffe la terre de sa froideur. Trop grand pour en faire le tour, je vais faire demi-tour mais…


Une porte coulissante, à peine entrouverte, comme une fissure. Je pousse, j'avance. Je recule. Il y a un sacré boucan là-dedans, un boucan sombre, étouffant. Rien de très rassurant mais bon, c'est moi Harry, j'ai peur de rien.

C'est vrai, j'ai peur de rien. L'autre jour, j'ai fait fuir le type qui a failli voler la télé de tata, un maigre avec un anneau à l'oreille, les cheveux ras, et des ailes tatouées dans le cou, il me regardait d'un drôle d'air. Il ira en prison ce voyou a commencé tata, en reposant son tire-bouchon sur la table basse. Un trou où il fait tout noir, avec des grilles partout, elle a fini en remplissant son verre.


Je tremble un peu quand même, je pense à tata. Elle doit s'inquiéter et boire son chagrin encore plus fort.


J'avance. Ça empeste ! Et ces cris, c'est quoi ?


Il y a de la lumière à tous les plafonds, non, il n'y a qu'un seul plafond, immense, tout fermé jusqu'aux murs où suinte le gris, mes yeux piquent. Je respire par la bouche, Je m'habitue à cette ombre trop éclairée, comme une lumière aveugle, je me cache derrière de gros sacs. Je vois à travers la poussière.


Derrière les barreaux, leurs têtes tristes, leurs queues coupées, leurs pattes qui glissent sur les grilles, les bébés qui pataugent, les bébés qui ne bougent plus, les corps difformes, écrasés, piétinés.


Je vois tout, je vois trop, j'ai mal au crâne, mes jambes flageolent, ma vue se brouille. Je ne veux plus voir. C'est pas vrai tout ça, impossible, c'est juste la télé de tata qui crie trop fort, je vais me réveiller sur le canapé, tata va me donner de l'eau.


L'odeur de la peur. Le sang, les excréments, la détresse.


Je les entends, c'est moi aussi qui crie, comme eux ! Je suis eux.


L'ombre de l'homme en vert s'abat sur moi, je glisse entre ses pattes, dérape, cours, cours, comme dans un rêve, un rêve sans ailes. Je me cogne aux barreaux dans ma tête, mais je veux m'échapper, je m'échappe, je suis Harry, le garçon tout rose avec une queue en tire-bouchon.


Tata, je rentre à la maison !


Tata, pourquoi mes frères sont en prison ?


 
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   Pepito   
5/11/2021
Bonjour Gouelan,

Bon, on est dans le classique SF, on voit venir d'emblée que le narrateur n'est pas celui auquel on pense. Il faut juste assez de curiosité pour deviner de qui il s'agit et arriver à la fin du texte.
Une écriture pas désagréable, j'ai aimé "des canards... me regardent en coin". Sinon, "excréments" m'a paru hors champ lexical.

Un texte court, suffisant pour ce qu'il a à dire. Bonne continuation.

   Bandini   
5/11/2021
Un petit cochon de compagnie fugue et découvre les conditions de ses semblables dans une ferme d’élevage.

Je n’avais pas vu venir la chute, même si je trouvais les conditions de fugue d’un petit d’humain un peu étranges.

J’ai compris votre intention : vous voulez doubler le nombre de lectures :) Parce que forcément, on est tenté de relire depuis le début pour vérifier si tout colle toujours. Et c’est évidemment ce que j’ai fait :) Je n’ai rien remarqué de fâcheux.

Je note tout de même une chose : ce n’est qu’à la seconde lecture, lorsque je me suis glissé sous une peau toute rose et que j’ai parcouru l’aventure de Harry à quatre pattes, que j’ai vécu la découverte de la prison de mes frères. La première fois, je l’avais vécue comme un petit d’humain.
Finalement, votre intention n’est pas mauvaise : deux lectures et deux histoires différentes :)

Quelques formulations poétiques donnent une tonalité littéraire agréable.

Ah oui !... Lors de ma première lecture, j’étais un peu contrarié par la narration du petit garçon, passant du langage le plus naïf au plus littéraire. Mais lors de la seconde lecture, puisque c’est un petit cochon qui s’exprime, évidemment, tout peut être admis :)

J’ai passé un moment agréable, même si bien sûr, le bâtiment n’était pas beau et l’odeur un peu forte.

   Bellini   
5/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Gouelan,

J’ai d’abord apprécié que vous ne fondiez pas votre nouvelle sur des artifices narratifs propres à travestir grossièrement l’identité de Harry et de son espèce. Le procédé est facile et il est rare que la dernière phrase sauve l’éventuelle médiocrité de ce qui l’a précédée.

Ici vous jalonnez le parcours de quelques indices sémantiques qui mettent rapidement sur la voie du genre si ce n’est sur celle de l’espèce. En effet, dès l’exergue (« Une personnification pour évoquer l'absence de tranche de ciel. ») vous introduisez habilement la notion de personnification, donc d’usurpation d’identité, de quelqu’un qui n’était pas humain avant que vous lui donniez la parole. Je note aussi cette absence de tranche de ciel qu’on retrouvera plus tard dans le récit. J’aime qu’on me respecte en tant que lecteur et que le récit fait par Harry reste plausible de son point de vue, sans qu’on sente la manipulation. À ce propos, j’ai adoré l’incipit : « Tata dort sur le transat, son corps luit d'huile de bronzage, ça sent la noix de coco. Pourtant, ses cuisses dodues rosissent dangereusement. » car Harry ne fait pas la différence entre les cuisses dodues et roses de Tata et celles d’un cochon. Voilà un autre indice intelligemment fourni à l’attention du lecteur.
Au début du paragraphe suivant on trouve : « Sans faire de bruit je traverse la pelouse envahie de bonnes herbes, comme dit tata, ». De bonnes herbes genre bonnes à manger… ? Encore une pépite lexicale qui met sur la voie si on prend le temps de la lire et si on est capable de la digérer. Je passe sur toutes celles qui suivent, aussi excellentes les unes que les autres.
Le ton, le phrasé, le style sont bien ceux d’un enfant, intelligent certes, mais quand on connait l’animal… :)

Je n’ai donc pas été surpris par la fin, plutôt rassuré par la cohérence du récit. Une fois qu’on a pris place dans le bon fauteuil, on ne peut pas dire non plus que l’intrigue soit transcendante pour un lecteur adulte, mais il m'a suffi d’ajuster un reliquat de mon âme d’enfant à celle de Harry pour compatir à son ignorance de l’humanité.

Je privilégie les textes courts sur Oniris, ils répondent souvent mieux à ce que j’attends d’une nouvelle : un évènement particulier et un seul (ici la balade édifiante de Harry), peu de personnages (Harry et Tata) et une sorte de transformation morale (Harry ne sera plus le même).
Je pense que vous y avez parfaitement réussi.
Bellini

   Marite   
5/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Surprise et amusée par la découverte (tardive dans mon cas) de l'identité du "fugueur". Même en l'absence de sentimentalisme particulier envers son espèce, la façon avec laquelle sont présentées ses pensées et réflexions le rende sympathique. C'est, je pense, la fluidité de l'écriture et le dosage de l'action qui ont généré cette sensation allant croissant au fil des découvertes faites par lui. Une lecture agréable terminée avec le sourire et un "Ouf" de soulagement avec cette phrase : " Tata, je rentre à la maison !" ...

   Malitorne   
6/11/2021
 a aimé ce texte 
Pas
Un récit qui m’a tout de suite fait penser au film attendrissant « Babe, le cochon devenu berger », sorti en 1995 et succès au box-office. Mais la comparaison s’arrête à celle d’un porcelet chez les humains car je n’ai vraiment pas trouvé votre texte terrible. Naïf et superficiel au niveau de l’intrigue, maladroit dans sa formulation qui se veut langage d’enfant. Quel gosse peut sortir ces types de phrases ?
« On dirait qu'il salit le ciel, qu'il griffe la terre de sa froideur »
« les corps difformes, écrasés, piétinés »
« L'odeur de la peur. Le sang, les excréments, la détresse ».
Et ce n’est pas en assénant du « tata » à tout bout de champ que vous allez convaincre le lecteur. De mon point de vue, vous ratez donc l’exercice de faire s’exprimer avec un semblant de réalisme le jeune âge.
Enfin une autre maladresse ici : « je m'appelle Harry, je suis un garçon ». Si ce petit est persuadé de son humanité, on ne comprend pas sa vive émotion au spectacle d’une porcherie et d’autant plus cette phrase : « pourquoi mes frères sont en prison ? »
En vérité pas grand-chose ne tient la route dans votre histoire, sans doute suffisante pour plaire aux enfants mais à mon avis en-dessous du catalogue d’Oniris.

   papipoete   
7/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Gouelan
Pendant un long moment, je lis un récit des Pieds Nikelés ou de la Famille Groseille, à l'affiche d'un film d'action, polard où les héros n'en manquent pas une, jusqu'à la fin où les bébés roses glissent ( derrière des barreaux sur des grilles... )
NB pas une seconde, je ne songeai à un petit cochon, la queue en tire-bouchon, tombée en amour dans le coeur de sa tata...
Pour rendre plus haletant le récit, j'aurais apocopé toutes les conjugaisons ( j'pourrais, c'est l'boulot... )
mais l'ensemble comme sorti d'un horrible cauchemar, se lit avec plaisir, où l'on sourit devant ces Dalton, ce tragique quand un homme en vert vient...


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