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Horreur/Épouvante
Hecko : Purge
 Publié le 26/11/11  -  10 commentaires  -  10436 caractères  -  118 lectures    Autres textes du même auteur

Le docteur Julian Kohl supporte de plus en plus difficilement son travail en hôpital psychiatrique. Un jour il est confronté à d'horribles événements qui le font sombrer dans la folie.


Purge


Le docteur Julian Kohl arpentait une dernière fois les couloirs blancs de l’hôpital Sullivan-Gilbert, un établissement psychiatrique pour fous dangereux. La nuit commençait à tomber et la pendule annonçait dix-neuf heures, la fin de son service. Julian détestait cet hôpital, il détestait ce qu’il y faisait et par-dessus tout, il détestait ses patients. Ceux-ci ne lui inspiraient que dégoût et mépris. Leurs corps faméliques, leurs visages émaciés et leurs regards torturés le hantaient, peuplant ses nuits de cauchemars et le privant de sommeil. Il éprouvait une haine infinie pour ces créatures qui avaient progressivement transformé sa vie en enfer, rendant chaque jour plus pesant que le précédent.

Seul le soutien permanent de son ami et confrère le docteur George Perrin lui permettait encore de supporter son quotidien et de ne pas sombrer lui-même dans la folie. Pourtant, récemment les choses avaient empiré. Julian était au bout du rouleau et même cette amitié salutaire ne parvenait plus à lui faire oublier l’horreur de son travail. C’est pourquoi, après avoir longuement pesé le pour et le contre comme c’est l’usage chez les hommes raisonnables, il s’était finalement décidé à donner sa démission la semaine suivante.

Il ralentit le pas et sortit un instant dans la cour intérieure. Il extirpa son briquet de sa poche et alluma une cigarette. Rien ne pressait, il finirait son tour d’inspection plus tard. Personne ne l’attendait chez lui excepté son vieux chat et ses cauchemars. On était en plein mois de décembre et l’air était glacial. Dans le ciel parfaitement dégagé, la lune apparaissait distinctement tel un astre au teint livide et maladif, éclairant la cour d’un halo blafard. Le docteur frissonna. Ce n’était vraiment pas la saison pour aller prendre l’air. Il se dépêcha de terminer sa cigarette puis alla retrouver la chaleur agréable de l’hôpital.

À peine eut-il franchi la porte qu’un cri retentit. Il bondit de terreur, sentit son sang se glacer et ses muscles se tétaniser. Ça n’avait rien d’humain. C’était un cri bestial, si horrible qu’il vous retournait les tripes ; le cri d’un fou. Julian lutta plusieurs minutes avant de retrouver le contrôle de son être. Il se mit à réfléchir. Si l’un de ses patients traversait une crise, son devoir de médecin était de lui porter assistance, faute de quoi il risquait d’être sévèrement sanctionné par ses supérieurs. Il poussa un soupir. Son instinct lui ordonnait de prendre ses jambes à son cou et de rentrer chez lui mais on ne lui laissait pas le choix ; il devait trouver l’origine du cri et tenter de calmer l’aliéné. Il fit donc demi-tour et s’engagea d’un pas rapide dans les couloirs aseptisés de l’hôpital. Dans son ventre, la peur malicieuse s’épanouissait au rythme de ses pas et semblait prendre plaisir à lacer un à un ses intestins.

Pendant dix bonnes minutes, il marcha. Tournant, tournant et tournant encore dans cet oppressant labyrinthe blanc sans rien découvrir d’anormal. Il était sur le point d’abandonner, quand un nouveau cri vint rompre le silence, plus proche et plus abominable encore que le précédent. Julian était inquiet, quelque chose ne tournait pas rond ce soir, jamais il n’avait entendu un son aussi atroce sortir de la bouche d’un être humain, même fou. Il marcha un peu, bifurqua et s’arrêta net. À environ cinq mètres devant lui, la cellule d’un patient était ouverte. Une longue traînée rouge en sortait et disparaissait à l’angle du couloir, contrastant avec le carrelage immaculé qui composait le sol.

Le docteur paniqué se précipita dans l’embrasure de la porte et appuya sur l’interrupteur. La lumière se fit et il poussa un cri d’épouvante. Au milieu du désordre apocalyptique de la pièce, gisait le corps démembré de ce qui semblait avoir été une infirmière. La peau de la pauvre femme avait été lacérée, laissant apparaître par endroit la chair et les muscles à vif. De plus, l’un de ses bras avait été violemment arraché et jeté contre le mur. Mais le plus horrible était sa tête qui elle aussi avait été désolidarisée du reste du corps, avant de terminer sa course à l’entrée de la cellule. À demi masqués par une frange blonde, les deux yeux fixes et terrorisés semblaient fixer Julian. Ivre d’épouvante, celui-ci tomba à genoux et vomit devant cette orgie macabre.

Quelle cruauté ! Ces aliénés n’avaient donc aucune humanité, aucune empathie ? N’étaient-ils que des abominations bestiales avides de sang et de souffrance ? De tels monstres ne méritaient pas d’exister. Il les haïssait de tout son cœur et de toute son âme.

Le docteur se releva, les yeux remplis de détermination. Il retrouverait ce patient et mettrait un terme à ses actes de barbarie.

Non loin du cadavre, le lit avait été mis en pièces et ses morceaux s’étaient éparpillés aux quatre coins de la cellule. Après quelques minutes de fouille, Julian en extirpa une solide barre métallique qu’il passa à sa ceinture. Ainsi équipé il quitta la pièce et se lança à la poursuite du meurtrier en suivant les traces sanguinolentes.

La piste était fraîche et il ne lui fallut que très peu de temps avant de débusquer sa proie. Le patient était là, dos à lui, à genoux sur le sol, les vêtements en lambeaux imbibés de sueur et d’hémoglobine. Il baignait dans une mare écarlate, penché au-dessus du corps d’un homme qu’il frappait et griffait avec frénésie. Le docteur saisit son arme de fortune et s’avança à pas de loup derrière le tueur. Il était tout proche à présent. Son bras se leva, s’apprêtant à frapper. L’aliéné se retourna d’un coup. Son visage grimaçant était si horrible que le Malin lui-même aurait fui en le voyant. Il avait la bouche fendue en un large rictus malveillant, laissant apparaître des dents acérées rougies par le sang de ses victimes. Sa peau était d’une pâleur cadavérique et l’on pouvait s’abandonner dans ses grands yeux exorbités à la plus pure des folies.

Julian eut un mouvement de recul et resta interdit face à cet abominable spectacle. Le tueur profita de cette hésitation pour s’élancer. En quelques secondes, il était sur le docteur. Sous la violence du choc, celui-ci lâcha son arme et tous deux allèrent rouler au sol. C’est alors que commença entre les deux hommes une lutte acharnée et sans merci. On se griffait, on se mordait, on se frappait. Le manteau de civilisation s’était déchiré, dévoilant deux bêtes sauvages dont l’instinct ordonnait de vaincre, d’être le plus fort et de rester en vie.

Julian était en mauvaise posture, il souffrait de multiples contusions, son épaule le lançait affreusement et il crachait du sang. Il esquiva de justesse les doigts griffus de l’aliéné et dans un ultime effort, riposta en envoyant son poing dans les côtes de son ennemi. Il y eut un horrible craquement et le meurtrier tomba au sol, ivre de douleur. Le docteur s’avança, dominant le vaincu qui lui jeta un regard haineux. Un grand soulagement l’envahit, il était en vie et avait réussi à mettre ce malade hors d’état de nuire.

Il jeta un coup d’œil au cadavre de la deuxième victime qui gisait à quelques mètres de lui. Son regard s’attarda sur le visage de l’homme griffé et tuméfié, ses yeux s’agrandirent de surprise et il poussa un cri de désespoir. Il avait reconnu les traits de son ami le docteur George Perrin.

Il serra les poings et se détourna du corps, alla ramasser la barre métallique qui avait roulé dans une flaque de sang, l’essuya et s’approcha du meurtrier toujours étendu au sol.

L’aliéné hurla quand il comprit ce qui l’attendait et tenta de ramper pour s’échapper.

C’était peine perdue, il reçut un coup qui lui brisa la mâchoire et un autre qui fit craquer les os de sa jambe.

Julian criait la mort de son ami et son arme rédemptrice s’abattait encore et encore sur le corps du responsable. Sa légitime soif de vengeance fut bientôt remplacée par un désir primaire de tuerie. Le docteur riait comme un dément devant ce corps aux membres désarticulés sur lequel il frappait toujours. Le bruit régulier de la barre métallique s’enfonçant dans la chair et le craquement des os broyés résonnaient à ses oreilles comme la plus douce des mélodies. La fatigue accumulée et les atrocités qu’il avait vécues durant ces dernières heures avaient eu raison de lui et les brumes collantes de la folie commençaient insidieusement à envahir chaque recoin de son esprit.

Bientôt les coups s’arrêtèrent. Il ne restait de l’aliéné qu’une bouillie sanglante, mélange de chair et d’ossature. Mais cela ne suffisait pas, Julian n’était pas rassasié. Il avait encore besoin de tuer, de les tuer tous, oui, eux les monstres cachés derrière les portes de leurs cellules. Mais comment faire ? Comment s’y prendre ? Le docteur passa la main dans sa poche. Il sentit le contact de son briquet et une idée germa dans son esprit malade.


۞۞۞۞۞


– Dis, tu sais ce qu’on dit sur ce nouveau patient qui est arrivé hier ?

– Bien sûr ! Tout le monde est au courant, il paraît que c’est un ancien docteur qui a fait flamber l’hôpital psychiatrique où il travaillait. On dit que l’incendie s’est propagé dans une conduite de gaz et qu’il n’y a eu aucun survivant. Ce gars a tué trois médecins, une dizaine d’infirmières et au moins quarante patients à lui tout seul !

– Ça fait froid dans le dos. Même s’il est dans cette cellule spéciale hautement sécurisée je ne suis pas tranquille. J’espère qu’on ne me confiera pas son cas…

– Pareil pour moi. Tu imagines ? Avec un fou dangereux comme lui, un moment d’inattention et c’en est fini de toi… Quelle horreur ! Je crois que j’ai besoin d’une cigarette, tu m’accompagnes ?

– Bonne idée, ça me détendra un peu.


Derrière la porte, assis sur son lit, Julian jubilait. Ils avaient tous péri ! Quarante de ces êtres abjects avaient péri dans les flammes ! Il se lécha les babines. C’était un début prometteur et il n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Il continuerait sa purge dans cet hôpital, il ne savait pas encore comment s’y prendre mais il ne s’inquiétait pas, il trouverait un moyen. Qu’importe si quelques soignants périssaient durant l’opération, son dessein était si grand, si magnifique qu’il en valait bien la peine…

Grisé par ses projets morbides et fatigué par toutes ses péripéties, Julian mit la tête sur son oreiller et pour la première fois depuis bien longtemps, il glissa dans un doux sommeil sans cauchemars en attendant de pouvoir mettre ses plans à exécution.


 
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   socque   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Dommage que vous précisiez dans le chapeau au début que le personnage principal sombre dans la folie : que reste-t-il comme suspense ? Or, à mon avis, ce texte aurait bien besoin d'un peu de suspense, parce que son écriture trop terre-à-terre, selon moi, ne lui permet pas de décoller. Un simple exemple : comparer la lune à un astre est un peu court, puisque c'est un astre. (Edit : Pol-Henri fait remarquer à juste titre que la lune à proprement parler n'est pas un astre. Certes ; j'amende mon objection en disant que la comparaison paraît trop proche de la nature de corps céleste de la lune et n'apporte aucune surprise, elle est banale. Re-édit : ah ben non, j'avais raison sur le sens du mot "astre", je viens de vérifier suite au mot de Pascal31. Bon, on s'en fout, c'est un détail.)
J'aime bien le gore, donc je ne me suis pas ennuyée (les descriptions horrifiques, de ce point de vue, sont sympas), mais je regrette que le texte ne soit que ça, en fin de compte : une suite d'images horrifiques. La fin est pas mal, cela dit, le pauvre gars soulagé par la perspective de ses prochains meurtres, ça ne me déplaît pas.

   Anonyme   
12/11/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen
La montée vers la folie meurtrière est assez bien dosée, dans ce texte. L’environnement choisi y est évidemment pour beaucoup. Et donc cette partie de la nouvelle, même si elle reste assez conventionnelle, est d’assez bonne qualité.
D’autant que le style est tout à fait acceptable, clair, simple et efficace.
Il y a quelques expressions et images un peu convenues qui gagneraient à être retravaillées, pour avoir un impact plus sensible. Par exemple :

« Dans le ciel parfaitement dégagé, la lune apparaissait distinctement tel un astre au teint livide et maladif, éclairant la cour d'un halo blafard. »
La phrase est longue et lente. L’adverbe « distinctement » me parait superflu, puisque le ciel est « parfaitement dégagé ». Et, pour une meilleure précision, la Lune n’est pas un astre, c’est une planète. Le soleil, lui, est un astre.

« Dans son ventre, la peur malicieuse s'épanouissait au rythme de ses pas et semblait prendre plaisir à lacer un à un ses intestins. »
Malicieuse, pour une peur et dans cette situation, n’est pas l’adjectif adéquat, je crois. Le verbe « s’épanouir », très positif, très printanier si je puis dire, pourrait être remplacé par « irradier » plus sombre, plus « nocif ». Et « lacer un à un ses intestins » est mal dit. Il faut plutôt lire : « lacérer », je pense.

« De plus, l'un de ses bras avait été violemment arraché et jeté contre le mur. »
Dans la description de cette horrible vision, le « De plus » est de trop, à mon goût. Il fait plutôt inventaire que peinture violente.

Quelques petites maladresses donc, mais qui restent mineures.
En revanche, j’ai trouvé la chute un peu molle, si je puis dire. Elle ne me semble pas en rapport avec la première partie, très agitée, violente, dure.
C’est un peu dommage.

   Anonyme   
19/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très faible
Il y en a trop et pas assez.
Trop parce que les scènes se succèdent rapidement en plongeant dans la surrenchère de gore gratuit. Pas assez parce que rien n'est mis en place pour que je puisse me construire des images, me faire la moindre idée un tant soit peu subtile de la psychologie des personnages. De toutes façons, c'est tellement peu crédible que je n'y serais sans doute jamais parvenu.

Je crois qu'il faut procéder de manière inverse en établissant d'abord une atmosphère et construire des personnages crédibles avant de relater des faits. Les faits ne peuvent exister sans les personnages qui les accomplissent. Et plus de subtilité serait bien venue pour que l'on puisse un peu y croire.

Désolé, mais je n'ai pas du tout aimé. Une prochaine fois, sans doute.

Incognito

   Pascal31   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible +
Un petit texte horrifique qui pâtit surtout d'un manque de crédibilité et d'un style parfois trop quelconque (certaines phrases donnent l'impression d'avoir été déjà mille fois lues).
Je rejoins Socque sur le doublon astre/lune car, contrairement à ce que dit Pol-Henri, la lune (qui n'est pas une planète !) est bien un astre, au même titre que tout corps céleste (étoiles, planètes, etc.)
J'ai trouvé certaines réactions du docteur un peu bizarres : par exemple, au premier cri qu'il attend, il "bondit de terreur", son sang se glace et ses muscles se tétanisent. Au second cri, il est simplement "inquiet"...
Et puis la progression de sa folie est amenée trop rapidement (je l'ai vue arriver à des kilomètres, surtout que vous avez pris soin de nous le révéler dans le préambule !) et tout cela décrédibilise trop le récit.
Certes, les passages "gores" sont plutôt réussis, mais ils doivent être au service de l'intrigue, et pas l'inverse.
Du coup, c'est un récit qui ne m'a pas vraiment convaincu, même si on sent un certain potentiel dans ce genre horrifique... Dommage !

   Palimpseste   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen
la notion de "fous dangereux" est utilisée par les écrivains non spécialistes... ça fait longtemps que les médecins ne parlent plus de "fous", mais font la différence entre les différentes pathologies.

ça gâche ma capacité à entrer dans l'histoire. Désolé !

Côté littéraire, c'est assez classique avec des formules déjà vues, mais la facture est honnête....

Mais côté crédibilité, il reste des progrès à faire.

   gaelie   
27/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
À lacer ses intestins???
Son épaule le lancait???
Dès la première phrase, j'ai décroché à cette appellation: hôpital psychiatrique pour fous dangereux. J'ai cependant lu en entier par respect pour l'auteur.
J'ai noté aussi quelques manques de ponctuation:

retournait les tripes: le cri d'un fou
sa tête qui, elle aussi,
ainsi équipé, il...

Imbibés de sueur et d'hémoglobine...
L'hémoglobine est une substance protéique contenue dans les globules rouges du sang et qui contient du fer. Comment l'hémoglobine a-t-il pu se séparer du sang sans passer par un labo ?
Pour moi, ce texte est plus ou moins crédible et très ordinaire comme intrigue.
Une prochaine fois peut-être...

   Melilot   
28/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Texte impeccable du point de vue de l'écriture - enfin à mon avis - et qui rend la lecture très agréable. On ne s'ennuie pas une minute et moi qui adore les histoires de fous paranoïaques, je me suis régalée.
Je ne m'attendais pas à la fin. Le passage où il tue le meurtrier m'a impressionnée. C'est vrai que, finalement, tel que c'est écrit, quelqu'un surprenant le docteur en train de trucider l'assassin aurait très bien pu penser que c'était lui le coupable. L'intrigue est bien construite.
En plus, il m'a semblé déceler une pointe d'humour second degré (j'ai ri à certains moments) que j'apprécie beaucoup.

P-S - Je sais que je ne devrais pas m'en mêler mais, sauf erreur de ma part, la lune n'est pas une planète, ce n'est qu'un modeste satellite de la terre.

   widjet   
28/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
La seule chose qui « m’a plut » est le fait qu’on rentre dans le vif du sujet très rapidement et que l’auteur ne s’embarrasse pas de détails. Parfois, ça fait du bien et pas de problème de rythme a déplorer.

Le problème, c’est l’écriture d’un conventionnel à pleurer.

L’auteur enfile les banalités et les expressions recuites qui frise l’indigestion et anéantissent chaque scène qui en deviennent presque parodiques.

Dans le genre formules usées jusqu’à la corde, en voici un petit florilège :

«… ces créatures qui avaient progressivement transformé sa vie en enfer »
« … Son instinct lui ordonnait de prendre ses jambes à son cou »
« … quelque chose ne tournait pas rond »
« … s’avança à pas de loup derrière le tueur »
« … C’est pourquoi, après avoir longuement pesé le pour et le contre » (très lourd de surcroit)

Ces phrases citées précédemment contrastent avec celles totalement et inutilement chargées comme :

« Au milieu du désordre apocalyptique de la pièce »
« …les brumes collantes de la folie »
« Sa légitime soif de vengeance fut bientôt remplacée par un désir primaire de tuerie »

A cela s’ajoute, des maladresses et des lourdeurs qui affaiblissent un récit déjà sans grand enjeu ni suspense :

« La lumière se fit… »
« Son visage grimaçant était si horrible que le Malin lui-même aurait fui en le voyant. »
« Julian lutta plusieurs minutes avant de retrouver le contrôle de son être. »
« Pendant dix bonnes minutes » (A quoi sert de préciser le nombre de minutes ?)
« Au milieu du désordre apocalyptique de la pièce »
« …son arme rédemptrice s’abattait encore et encore sur le corps du responsable » (Le « responsable », mauvais choix de mot. Parfois, le fait d’éviter de se répéter est une erreur - j’en sais quelque chose !)

Idem pour le « Mais le plus horrible était sa tête qui elle aussi avait été désolidarisée ». (Désolidarisée, franchement y’a mieux à trouver ! D’autant plus que le reste de la phrase - « avant de terminer sa course à l’entrée de la cellule » - est très moyenne comme visualisation de la scène).

Aussi des scènes pas logiques comme :

« …alla ramasser la barre métallique qui avait roulé dans une flaque de sang, l’essuya et s’approcha du meurtrier ». (J’ai du mal à imaginer que dans un moment pareil, avec la rage qui l’anime, Julien prenne le temps d’essuyer l’arme).

Des scènes d’action mal rendues :

« On se griffait, on se mordait, on se frappait » Dans le genre « tension nerveuse », c’est très simpliste.

Ou pas crédibles à l’image de ce « mano a mano » entre une sorte de loup garou sanguinaire avec des griffes et tout et tout contre un pauvre gars dont nous n’avons aucun élément (pas de précision si Julian est costaud, s’il fait un sport de combat) qui pourrait justifier des capacités physiques hors norme pour lutter et vaincre un monstre.

D’autres passages où on frise la comédie :

« Ces aliénés n’avaient donc aucune humanité, aucune empathie ? » m’a fait presque exploser de rire tellement ces questions sont farfelues car elles suivent une description horrifique avec des corps démembrés…

Bref, beaucoup trop de maladresses pour créer une ambiance et oppresser le lecteur.

Au final, un petit texte sans fioriture certes (une fois encore, on ne s’ennuie pas car on va vite à l’essentiel) mais pour le grand frisson, on repassera.

Alors, ça manque cruellement de maîtrise et d'expérience, mais certainement pas d'enthousiasme, alors je modère mon évaluation.

W

   matcauth   
30/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
Bonjour,

l'histoire est enlevée, rapide, efficace, même si la chute est banale et sans grand intérêt à mon avis.
Non, c'est la forme qui ne me plaît pas, conventionnelle, une surenchère de termes éculés. Un scénario qui vaut la peine grâce à son charme presque désuet et qui me rappellera aux bons souvenirs de ma culture d'adolescent. Mais cela semble écrit d'une traite. Cela aurait été, à mon goût, mieux d'installer une ambiance plus étirée, une atmosphère lugubre à même de nous installer dans ce couloir d'hôpital qui fait frissonner.

Il aurait été bien, également d'apporter une progression au personnage principal, une "montée" progressive et logique de sa folie meurtrière. Là, nous faisons face sans suspense au fait accompli.

   Nicolas-Messina   
8/2/2012
 a trouvé ce texte 
Très faible -
Bonjour,

Le style est conventionnel mais maîtrisé, après tout, choisir et maîtriser le style conventionnel sans hiatus appelle une certaine habileté. La structure du récit est linéaire et sans surprise, y compris le retournement final qui est tout de même la moindre des choses.

Par contre, je suis passablement agacé par le contenu, aussi ridicule que révoltant. Pardon pour ces mots durs, mais ce texte mérite, à mon sens, d'être déboulonné sans appel, même si une telle attitude peut paraître gratuite et non constructive. Quoique partisan d'un commentaire construtif qui se conclue sur des suggestions d'amélioration et d'une réflexion sur la littérature, mon commentaire est aussi extrême que votre texte.

Gratuit et non constructif, votre texte l'est. Le texte est gouverné par le manichéisme le plus bas de gamme, séparant les gens normaux des fous, même si le fou se croit d'autant plus normal qu'il est chargé de normaliser les fous. Il y a une vision discontinue de la folie, qui ignore le processus progressif de perte de la raison. Il y a une négation de la complexité situationnelle, relationnelle nécessaire à la restitution de l'humanité de Julian, et qui est le sujet en creux de votre texte, le sujet qui n'a pas été traité ou qui croyait pouvoir être traité à la légère en toute impunité, comme si on pouvait écrire tout est n'importe quoi du moment que c'est de la "littérature", ce qui abaisse la littérature au rang de bibelot jusque dans son aspiration.

L'assimilation du trouble mental à la propension à la violence aurait dû être relevée par l'auteur et justifiée. Connaissez-vous votre sujet ? De toute évidence, vous ne savez pas ce qu'est un psychiatre. Je ne vois pas l'intérêt de lire des textes qui ne font que répéter d'autres narrations voire l'idée qu'on s'en fait. J'ai fréquenté des hôpitaux psychiatriques et je vous assure que les mesures de sécurité sont sans commune mesure avec l'imaginaire d'un public qui en serait resté à l'image d'un asile de fou dix-neuviémiste, l'humanisme en moins. Les cris notamment, d'abord effrayants, m'ont semblé ensuite affligeants, et si douloureux à partager. Un psychiatre ne pourrait jamais les considérer comme un simple signal de peur, du moins de but en blanc, sans préparation de la catastrophe. Ces textes et ces films tape-à-l'oeil n'oeuvrent pas pour la compréhension du travail des psychiatres et de la situation de souffrance des malades, et je pense qu'un sujet tel que l'homicide en série par un psychopathe mérite d'être traité avec une certaine humanité et une certaine profondeur, un minumum de délicatesse et d'humilité, voire un questionnement métaphysique, et au moins avec un minimum de sérieux, loin de la légèreté dont vous faites montre ; autant de dimensions cruellement absentes de votre texte bête et méchant. Je suis vraiment désolé que vous utilisiez le filon facile et éculé par de ces séries B qu'on n'ose plus rediffuser à la télévision pour transformer un fait de société aussi intéressant et riche que le trouble mental et les soins qui lui sont associés comme prétexte à une narration aussi stéréotypée, futile, ignorante et déshumanisante. Si vous aviez raconté comment un psychiatre peut devenir fou dangereux, le fou dangereux étant un cas extrêmement rare parmi les "fous", c'eût été une aventure littéraire, et vous auriez rendu d'autant plus efficace les scènes sanguinolentes qui ici ont autant d'impact qu'une scène censurée par le journalisme et qui passerait au zapping de Canal-plus.

Pour moi, ce texte rentre dans le domaine de l'anecdotique et de l'idée reçue voire de l'idéologie. De l'idéologie parce qu'il abaisse des protagonistes qui correspondent à des personnes dans la société au rôle de choses. L'idéologie est ce qui catégorise des personnes et les rejette au nom de concepts ; ici les concepts ne sont même pas évoqués. Vous êtes dans l'idéologie involontaire. Le texte semble n'avoir fait l'objet d'aucune réflexion, aucune recherche documentaire, aucune distanciation. Je suis désolé par cette ignorance fière de l'être et par cette instrumentalisation qui déshumanise ce qui devrait précisément être réhumanisé. Je me désole aussi de la tolérance que pratiquent les autres commentateurs à l'égard de ce texte.

Je ne suis pas du tout pour une littérature qui soit toujours profonde et complexe. J'apprécie le divertissement et la pirouette. Ce que je vous reproche, c'est d'avoir traité en divertissement un sujet grave. Nous sommes dans une société où plus rien n'est important, où tout doit être tourné en dérision. Je crois que la littérature, même celle écrite par les petits auteurs que nous sommes, doit résister à ces tendances létales. Prenez-vous du plaisir à la simple évocation complaisante d'un massacre, dénué de toute signification, que ce soit pour une critique sociale désabusée ou pour une recherche de la compréhension des choses, une recherche de l'humanité tapie au fond de l'horreur ou du sadisme gratuit ?

Mes excuses pour ce commentaire dur. Je vous invite à utiliser votre style tout à fait correct pour établir des textes plus intéressants, plus humbles, plus sincères et de laisser tomber celui-ci, qui part d'un sujet qui manifestement vous dépasse.

Bien amicalement,


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