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Sentimental/Romanesque
Hernani : Vent et Terre
 Publié le 29/10/18  -  5 commentaires  -  8914 caractères  -  23 lectures    Autres textes du même auteur

Une scène de vie entre deux jeunes âmes qui livrent à l'un et à l'autre leurs espoirs, leurs rêves. Cependant, l'une de ces âmes ne joue pas totalement franc-jeu. L'âme du Vent et celle de la Terre discutent dans un bar parisien.


Vent et Terre


– Et pourquoi une thèse ? Trois ans… c’est l’éternité ! T’en as vraiment quelque chose à faire de ce sujet de recherche ?

– Non ! Et en plus, je vais te dire, ça ne m’enchante pas plus que ça de passer trois ans dans un labo.

– Personne ne t’a forcée, non ? Tu n’as pas envie de travailler en entreprise ? Qui en a l’envie tu me diras…

– Au contraire ! Je fais une thèse pour pouvoir intégrer un grand groupe et monter rapidement les échelons. Ça me donnera de la crédibilité !

– Merde ! T’es une carriériste !

– Et ça t’étonne !


Alizée – c’était comme ça qu’elle s’appelait – me disait cela tout en roulant sa clope. Elle allait débuter une thèse sur l’imagerie médicale, pour la détection des cancers du poumon. Elle fumait rarement mais la voir déposer une ligne de tabac sur la feuille à rouler prouvait qu’effectivement, elle se foutait bien de son sujet de thèse.


Alizée était la fille que je prenais le plus de plaisir à voir à cette époque. Je l’avais connue il y a quelques années, lors d’un échange scolaire. On s’était tout de suite bien entendus. Elle me faisait rire et je la faisais rire.


Elle était l’une des plus jolies filles que je connaissais. Ça oui ! Une beauté simple. Son visage était parfaitement proportionné. Esthétique. Elle ne respectait pas les canons de l’époque et c’était tant mieux ! N’allez pas croire que j’avais des standards de beauté – les hommes comme moi n’en ont pas – mais si on m’avait demandé, j’aurais probablement dit que c’était la beauté singulière d’Alizée qui me correspondait !


Elle avait des yeux pleins de vigueur, toujours embrasés d’une certaine lueur. On aurait dit que ses convictions – qu’elle défendait sans ménage – enflammaient son regard chaque fois qu’elle prenait la parole. Ses cheveux étaient longs et châtains. Elle avait l’habitude de les porter en chignon. Je n’aimais pas vraiment cela : ça lui donnait un air sévère. Je n’ai jamais osé lui dire. En y repensant, elle ne se gênait pas pour me dire qu’elle n’aimait pas que je porte mes lunettes de vue : lorsque l’on marchait dans la rue, elle préférait me prendre par le bras et me guider plutôt que de me voir avec mes verres. Cela ne me vexait pas : je trouvais effectivement qu’elles ne m’allaient pas. Et puis, l’avoir à mes bras compensait largement ma quasi-cécité. Peut-être aurais-je dû lui dire que les cheveux détachés lui allaient mieux.


Si je vous parle de cette fille, c’est qu’il y avait autre chose. Sa voix. Une voix ni trop grave, ni trop aiguë. C’était sa voix que j’avais le plus appris à aimer. J’avais mis du temps à m’en rendre compte pour finir par comprendre que cela tombait sous le sens : c’était par sa voix que son intelligence, sa fougue et ses désirs s’exprimaient. Je pouvais l’écouter parler des heures durant sans me lasser et Dieu sait (s’il en a quelque chose à faire) combien je me lasse vite des discussions avec mes contemporains. Nos échanges, eux, ne s’épuisaient jamais.

C’était d’ailleurs ce que l’on faisait dans ce bar parisien : discuter (et boire, cela va de soi).


– Et toi alors ? Maintenant que t’es ingénieur, tu vas faire quoi ?

– J’sais pas encore. Je suppose qu’il faut que je trouve un boulot. Hop ! Au turbin !

– Bah oui !

– Mais tu sais… j’ai encore des doutes sur la chose.

– N’importe quoi ! Tu dis des bêtises ! Écoute-moi, ce que tu vas faire lundi (nous étions samedi), c’est mettre à jour ton CV et envoyer une candidature à la boîte dont tu m’avais parlé !

– Ouaip, peut-être. Tu as peut-être raison.

– Pas « peut-être » ! Tu vas le faire ! Tu me le promets ?

– Promis.


C’était difficile de lui dire non, croyez-moi. À vrai dire je n’ai pas souvenir de le lui avoir déjà dit.


– Tiens, je voulais savoir. Il y a quelques jours, j’ai un ami qui m’a demandé quel serait mon métier de rêve. Tu sais, je lui parlais de mes doutes sur mon futur… Maintenant je te pose la question.

– Cheffe !

– Cuistot ?

– Ouaip ! J’adore cuisiner.

– Je ne t’ai jamais vue cuisiner pourtant…

– C’est juste que l’occasion ne s’est jamais présentée ! Et toi ?

– Moi ?

– Oui toi, ton métier de rêve ?

– Écrivain.

– C’est génial ! T’as déjà écrit quelque chose ?

– J’essaye.

– Tu écris sur quoi ?

– Sur ce que je vis, ce que je ressens. Des banalités en fin de compte. J’ai commencé une chronique sur mon village, sur des histoires que j’ai vécues là-bas ; mais là j’ai une autre idée en tête.

– Dis-moi !

– Ce n’est pour l’instant qu’une idée ! Alors voilà, écoute bien. Ça serait sur une fille. Une fille pleine de vie, d’objectifs, qui sait où elle va et comment y aller. Elle se donne à fond pour réussir. Imagine, elle n’aime pas dormir, elle préfère consacrer son temps aux choses qu’elle juge constructives. Elle ne laisse jamais transparaître ses doutes (d’ailleurs en a-t-elle ?). À côté de ça, y aurait un mec. Un mec qui admire cette fille pour sa vivacité, son énergie. Il est d’un naturel passif et jenfoutiste. L’homme absurde par excellence : il n’a pas vraiment d’espoir et ça lui va bien comme cela. Néanmoins, il aime voir cette fille : elle avance et lui la regarde progresser. Ils sont potes, tu vois ? Un moment, le mec, toujours émerveillé par cette fille, se rend compte qu’il n’arrive plus à la suivre. Ils ne sont pas faits du même bois : il en prend conscience et ça le ronge. Ses positions philosophiques lui soufflent sans cesse : « À quoi bon espérer ? Au final, un futur pour quoi faire ? ». Pour lui qui était habitué à ne rien attendre de demain, ça lui travaille l’esprit. La regarder avancer, suivre ses propres espoirs, ses rêves, ça le blesse : il sait qu’il ne pourrait pas lui offrir ce qu’elle désire. Il voudrait passer plus de temps avec elle, pouvoir la serrer dans ses bras, lui faire à manger, lui offrir des cadeaux, enfin ce genre de conneries… mais il sent que cela serait une erreur ; qu’une relation avec elle, ça l’empêcherait d’avancer. Elle, elle ne voit pas cela, elle est toujours heureuse d’aller se jeter quelques godets avec lui, de danser, de se marrer. Au final, le gars se barre dans un pays lointain, il lui dit qu’il a envie de voir le reste du monde. Au fond, il est trop lâche pour affronter ses espoirs. Fin.

– Et la fille ?

– La fille ? Tu veux dire à la fin ?

– Oui.

– Je ne sais pas encore. C’est qu’une idée pour l’instant, un truc pas tout à fait mûri.

– À mon avis, elle, elle aurait compris. Et ça la rendrait triste.

– Peut-être.


Je suis allé pisser et quand je suis revenu, on a commencé à jouer aux cartes. On était une dizaine à table, autant vous dire que c’était un beau bordel. Alizée était assise à côté de moi. Elle regardait mon jeu que j’avais du mal à lui cacher.


– Dis, je t’échange mon trois contre ton huit.


La grosse arnaque. Elle n’avait pas froid aux yeux.


– OK.


On trichait, manifestement, et moi je me faisais avoir. Un trois ne valait pas un huit, mais je savais qu’en début de partie je pouvais m’en débarrasser facilement. Le huit aurait pu me coller aux doigts. Dans tous les cas, ça lui faisait plaisir et elle m’aurait tiré la tronche si j’avais refusé.


Je gagnai la partie et elle avait toujours mon huit en main.


– Hey, c’est mon trois qui t’a fait gagner ! À la prochaine, tu me passes un roi, ou mieux !

– Tu sais, tricher c’est pas trop mon truc.

– On s’en fout !


Elle avait le don de réduire mes marges de négociation à néant.

La partie continuait. Il restait encore cinq joueurs.


– Et là, je joue mon joker non ?


Désormais, j’étais son coach de jeu, ce qui constituait toujours un facteur de triche à mon sens.


– Non surtout pas, après tu ne pourras pas te débarrasser de ton quatre. Attends un peu. Vous êtes encore cinq et si j’ai bien compté, y a encore des cartes en dessous du huit. Tu n’as qu’à attendre que ces cartes tombent et toi tu poses ton huit. Après cela, tu coupes le jeu avec ton joker et tu finis avec ton quatre.

– Mais je veux jouer quelque chose !

– Attends un peu.


Elle n’était pas très patiente, vous l’aurez compris.


– Fais-moi confiance.


Ce que j’avais prévu se déroula et elle ne perdit pas.


– Tu vois, j’avais raison.

– Mouais. Peut-être.


On s’était rapprochés pendant le jeu, physiquement j’entends. Ses cuisses touchaient les miennes.

Bon sang, que j’aimais sa présence ! Après le jeu, on continua à discuter : de nos rêves, de notre futur. Tout cela, au final, me paraissait bien secondaire. C’était être ici, avec elle, à se marrer, à jouer et à picoler, qui m’importait.

Est-ce que je devais lui dire ? Cela m’apparaissait comme une très mauvaise idée. Pourquoi abattre mes cartes et risquer le confort de son amitié ?

Bon sang, que j’aimais sa présence…


– Mathieu ?

– Ouaip ?

– Tu penses à quoi ? T’as le regard perdu.

– À rien. Au vent.


Elle se mit à rire.


– Et tu penses souvent au vent ?

– Tout le temps.


Je pris ma pinte et je la bus d’une traite.


 
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   izabouille   
7/10/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le style est intéressant, c'est bien écrit. Par contre l'histoire ne m'a pas vraiment touchée dans le sens où il n'y a pas vraiment d'histoire, c'est juste une conversation qui n'aboutit pas à grand-chose, mais ce n'est là que mon humble avis...

Il y a 2-3 erreurs, selon moi :

"La boîte dont tu m’avais parlée !" je mettrais "dont tu m'as parlé"

"- Ouaip, peut-être. Tu as peut-être raison." Le "peut-être" est répété, je mettrais "tu as sans doute raison"

"à ne rien atteindre de Demain" : je suppose qu'il y a une petite faute de frappe, "attendre" et pas "atteindre".

Sinon, j'ai été emportée dès le début par cette discussion, mais je m'attendais à ce que quelque chose me tienne en haleine et qu'il y ait une fin.
Bonne continuation

   plumette   
29/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Je me souviens d'avoir lu ce texte en EL, d'avoir été intriguée par le titre dont on comprend l'un des éléments à la fin. Je ne regrette pas ma seconde lecture car je peux mieux dire maintenant ce que j'en pense. Ce texte a du charme. Il semble écrit de manière rétrospective: le narrateur se souviens d'Alizée puisque le texte commence au passé et puis il réactualise son souvenir à partir du moment où il entre dans le dialogue.
je crois que ce que j'ai aimé, c'est la déclaration d'amour déguisée. Ce jeune homme sait bien ce qu'Alizée représente pour lui, mais il ne peut pas se l'avouer vraiment, et à fortiori lui avouer. alors avec son petit détour littéraire, il fait un test. Positif ou négatif? au lecteur d'apprécier...Si Alizée a compris, alors elle est un peu comme lui, mieux vaut rester au bord de quelque chose, ne pas prendre le risque d'aimer vraiment.

Cette frontière ténue entre amitié et amour qui ne l'a pas vécu?

Voilà ce qu j'ai aimé ici, ce sentiment qui m'est revenu d'un manque d'audace, d'une crainte d'aller explorer ses vrais désirs, cette manière de rester sur une frontière, de ne pas la franchir.

Merci pour cette lecture

Plumettte

   Perle-Hingaud   
29/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Hernani,

J'ai trouvé ce texte très spontané et naturel. Le narrateur se livre sans fard, c'est simple et touchant, entre enthousiasme, doutes et pudeur.
Bien sûr, l'argument peut paraitre mince, mais il ressemble à une petite tranche de vie pleine d'espoir.
Je ne suis pas sûre d'avoir compris cette phrase:
A mon avis, elle, elle aurait compris. Et ça la rendrait triste.
pour moi, ça la rend triste qu'il parte sans avouer ses sentiments, donc, l'histoire va bien se terminer, c'est certain ! ;)

Merci pour cette lecture !

   emju   
30/10/2018
 a aimé ce texte 
Pas
A part la déclaration d'amour déguisée quoiqu'un peu convenue, je n'ai pas pris plaisir à lire cette nouvelle. Il ne se passe pas grand chose. Je n'ai pas compris le titre ; le vent pour Alizée et terre ?

   solo974   
3/11/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Hernani,
J'aime moyennement votre nouvelle.
Si les dialogues m'ont plu dans l'ensemble - ils sont en effet alertes et divertissants - j'attendais plus, en raison du titre et de ses deux majuscules d'emphase tout d'abord ; de l'incipit d'autre part.
Le récit aurait donc gagné, selon moi, à être davantage développé.
Mais ce n'est là que mon point de vue.
Bonne continuation à vous.


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