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Fantastique/Merveilleux
hersen : Le trouvère d'ozone
 Publié le 24/04/21  -  8 commentaires  -  6838 caractères  -  48 lectures    Autres textes du même auteur


Le trouvère d'ozone


Ti lala ♫♪ ti lala latiti ♫Ti lala ♫♪ ti lala latiti ♫♪ tilalala ♫♪ aaaa a a ♫♪


Jeanmi chantait en cueillant ses pommes. Jusqu'à l'envol.


Envol, OK, c'est peut-être un grand mot. Mais aussi, quelle idée, cette météorite pendant qu'il récoltait ses fruits, bien tranquille sur son lopin ?


Une fois le choc encaissé, il se remit debout tant bien que mal, et s'accrocha à son arbre, la base de toute sa vie. Il s'accrocha même très fort lorsqu'il réalisa que son lopin volait. Dans l'Espace. Tout ça à cause d'une grosse météorite !


Sur le coup, il l'insulta. Saleté de grosse météorite !


Mais il était un poète de l'espèce la plus tenace. Il prit un fruit, le frotta sur sa manche et le croqua. Puis, ainsi rassasié, il observa son nouvel environnement. Lui qui avait toujours aimé la solitude, il était charmé. Il voguait, paisible, arrimé à son tronc, dans le plus pur silence. Il s'essaya même à quelques cabrioles joyeuses, mais il se calma vite car une chute aurait été fatale et aurait sans doute duré des années-lumière.


Alors


Ti lala ♫♪ ti lala latiti ♫♪ tilalala ♫♪ aaaa a a ♫♪


Il passait le plus clair de son temps à chanter et manger des pommes et dormir et se réveiller et regarder les étoiles.


Jamais en fait il n'aurait pu espérer meilleure vie, il se vivifiait de l'air spatial, il jouait à compte-années, gardait les pépins des rosacées pour un jour les semer sur son étoile à lui. Celle qu'il voyait briller plus fort que les autres. C'est vers elle qu'il tendait tous ses efforts, bien que ce mot, effort, soit un peu au-dessus de la réalité.


Mais quelle réalité ?


Car il rencontrait, de temps à autre, des vaisseaux habités. Souvent par un couple. Jeanmi, sans vouloir être indiscret, jetait bien sûr un œil par les grandes vitres bombées dont semblaient entièrement être construits les appareils. À l'intérieur, des gens engoncés dans des combinaisons étriquées, collantes et brillantes, vertes ou jaunes ou rouges. Ces personnes étaient semi-allongées sur des sièges-dossiers et étaient attachées par des ceintures rembourrées. Les habitacles étaient remplis de boîtes de toutes sortes, des pilules vertes ou jaunes ou rouges ou violettes ou roses et Jeanmi voyait les occupants en ingurgiter de temps à autre. Mais chacun passait, lui sur son lopin volant, eux dans leurs vaisseaux sécurisés. Ces appareils, indéfiniment, erraient dans l'Espace et peut-être bien, se demandait Jeanmi, qu'ils n'avaient aucune étoile à suivre qui brillât plus que les autres, qu'ils erraient parce que la Terre explosée n'offrait plus rien, mais qu'ils ne croyaient pas qu'elle était émiettée dans le cosmos. En tout cas pas à ce point-là. Qu'un retour serait possible un jour.


Lui seul aurait-il eu la chance de s'accrocher à son arbre le jour du grand chaos ? Serait-il le seul sans vaisseau ? Bien qu'à les observer vivre dans ceux qui passaient, silencieux, il n'enviât pas ces voyageurs, il se sentait parfois à l'âme un trou plus profond, plus mystérieux que le Trou Noir. Il songeait à eux, qui pouvaient se parler, à l'aide d'un micro, se regarder, se sourire à travers leurs casques globuleux. Même s'ils ne donnaient pas l'impression d'être bien joyeux.


Mais ce jour où l'histoire est relatée ici dans tous ses détails, Jeanmi se sentait plus triste et plus esseulé que d'habitude. Peut-être même qu'il se demandait à quoi servait de suivre une étoile, aussi brillante fût-elle, qui lui serait destinée ? Il doutait.


Il s'assit contre le tronc de son pommier, grignota un fruit, histoire de s'occuper, et puis se mit à rêver… des couleurs, des sons, des parfums… des chants…


Des chants, comment ça des chants ?


UN chant.


Ti lala ♫♪ ti lala latiti ♫♪ tilalala ♫♪ aaaa a a ♫♪


Une voix claire, un peu haut perchée, rythmée par des flops flops réguliers…


Jeanmi ne sut plus s'il avait perdu la raison, mais il entonna alors son chant qui l'avait accompagné depuis le début de son voyage en lopin


Ti lala ♫♪ ti lala latiti ♫♪ tilalala ♫♪ aaaa a a ♫♪


Il chanta même peut-être un peu plus fort que de coutume. Peut-être même qu'il cria autant qu'il put ?


Tiiii lalala latiiiii lalalaaààààààà ♫♪


Une réponse, une merveilleuse réponse :


Ti lala ?


LaaààààÀÀÀ !!!


Puis il n'entendit plus rien.


Comme fou, il grimpa à son arbre, l'étreignit pour ne pas tomber et scruta l'Espace, ce putain d'Espace qui lui sortait par les trous de nez, ce putain d'Espace qui l'emprisonnait tant il se sentait seul.


Il la vit. Une île sortant d'un halo bleuté. Une île flottant vers lui, toutes voiles dehors. Au fur et à mesure qu'elle s'approchait, il distinguait davantage ses contours. Il vit la chanteuse affairée au lieu de le regarder lui, lui qui n'en pouvait plus de ce miracle spatial. Alors il cria encore :


Làààà !


Et elle lui répondit, idiot, on va se rater, tu ferais mieux de manœuvrer.


Parce qu'elle tirait des bords désespérés pour s'approcher tandis que les courants aériens l'éloignaient. Il remarqua son geste, un grand geste et lààààà, il comprit, elle lui lançait un cordage. Il tomba dru de son arbre et tenta, à plusieurs reprises, d'attraper ce bout. Quand enfin il réussit, il ne perdit pas de temps à pleurer de joie, il attacha la corde à son arbre puis tira, tout, tout doucement pour ne pas qu'elle tombe, la chanteuse. Quand ils furent à se toucher, ils se touchèrent. Et c'était si bon de sentir une peau frémissante, c'était si bon.


Ils voguèrent ainsi longtemps, l'île arrimée au lopin. On leur faisait signe depuis les vaisseaux. On n'hésitait même pas à se dérouter, bien que cela représentât un danger de se perdre à tout jamais dans les abysses cosmiques, pour les voir.


Ils devinrent une légende, à leur insu. Dans les habitacles, on inventa des jeux, que l'on s'échangeait, on prêta à Jeanmi et la Chanteuse de nombreuses vies, de nombreuses épreuves et on les voyait aller d'un bord à l'autre d'un château du Cosmos, cherchant à entrer dans le donjon pour anéantir Météoritus, un maléfique à abattre. Certains voyageurs gagnèrent beaucoup de points. Ils vivaient une vie au travers de leur console en grignotant leurs pilules.


***


Ti lala ♫♪ ti lala latiti ♫♪ tilalala ♫♪ aaaa a a ♫♪


Dans le transparent d’un monde évanescent, flottant, où la seule réalité était la chaleur de l’autre, Jeanmi soudain s’inquiéta :


– Dis, Shéhé, je vois plus mon étoile !

– Normal, Jeanmi, on est dessus.


Ti lala ♫♪ ti lala lalali ♫♪ tilalala ♫♪ aaaa a a ♫♪♥♫♪


 
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   socque   
30/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une histoire mignonne, je dirais, et le mot n'a rien de péjoratif. On est dans la pure fantaisie, je pourrais regretter qu'à partir de l'idée de base ni les péripéties ni la morale (on est bien plus heureux près de la nature qu'entouré de gadgets, une chaumière et deux cœurs) ne brillent par leur originalité, mais j'ai lu avec un petit sourire aux lèvres et ça, c'est toujours appréciable !
Un bémol : pour le côté "bulle de savon", tout en légèreté, je crois que vous auriez pu faire plus court. Mon avis bien sûr, rien d'autre.

Une mention : le sourire s'est élargi quand j'ai lu
il se vivifiait de l'air spatial
L'a la santé, Jeanmi !

   Donaldo75   
9/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien
En ces temps de confinement, de nouvelles anxiogènes, j’en passe et des plus sombres, il est agréable de lire ce type de texte poétique, plein de gentillesse, un peu décalé mais pas trop dans le rouge, bref de retrouver un instant son âme d’enfant.

J’aime beaucoup le « Ti lala ♫♪ ti lala latiti ♫♪ tilalala ♫♪ aaaa a a ♫♪ » qui mélange conte, dessin animé, Folon, et plein d’autres que j’ai oublié.

C’est bien écrit, bien conduit et la fin est succulente. Merci pour le dépaysement.

   Luz   
24/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour hersen,

Chez chouette, on dirait du Boris Vian ; j'aime beaucoup !
De la poésie aux quatre coins du cosmos.
A une époque, une théorie voulait que la lune ait été créée suite à une collision d'une météorite (super grosse !) avec la Terre.
Donc, l'histoire se tient, il suffit d'emmener un peu d'eau et d'oxygène...
Heu, à la fin si on est posé sur une étoile, ça doit être un peu chaud... Mais la poésie peut tout !
Merci.

Luz

   maria   
25/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Hersen,

Je n'ai pas été déçue par l'échappée mentale que le titre me promettait.
Belle imagination positive, belle écriture, poésie simple (ce n'est pas péjoratif)
Et la fin est délicieuse.
Merci pour la balade.

"il se sentait parfois à l'âme un trou plus profond" je ne comprends pas le "se"

   hersen   
25/4/2021

   Eclaircie   
26/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Hersen,

Je n'ai pas encore lu ton post de retour sur commentaire, j'airai plus tard.
Bien sûr, bon public j'ai adoré le titre !
Ensuite le texte en lui-même interrompu par cet air, pas lancinant du tout est vraiment sympa.
Dans le rubrique "fantastique/merveilleux", je m'attends à trouver des contes, pour adult'enfant.
Ce texte est tout à fait de ceux là.

Si la partie
"Parce qu'elle tirait des bords désespérés ... c'était si bon de sentir une peau frémissante, c'était si bon." me parait un peu moins travaillée pour la forme,
l'ensemble est réjouissant, une belle histoire à raconter aux enfants, le soir et qu'ils ne l'oublient pas devenus grands.

On entend vraiment le chant de JeanMi, où je verrai bien cette histoire contée sur le fond musical que tu "écris".

Merci du partage,
Éclaircie

   Louis   
27/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
( Encore un commentaire, hersen, un peu long. Mais il n’ y a aucune obligation à le lire.)

Un conte, un peu à la façon du Petit Prince de Saint-Exupéry.
Une météorite heurte notre planète et provoque son éclatement en une multitude de fragments, en terres confetti, miettes de « lopins de terre », îlots qui flottent en errance dans l’espace interstellaire.

Mais ce qui est dépeint dans ce conte, ce n’est pas tant l’éclatement de la planète, que celle de la vie sociale.
Ce texte exprime, en effet, sous la forme du conte, la fragmentation du social qui caractérise le monde contemporain, cette atomisation de la société qui produit le repli de chacun sur son individualité, sa famille comme prolongement de soi, ou le couple durable en lequel l’autre est considéré comme un complément de soi, sa ‘’moitié’’. Sont relâchés ou rompus, dans cet éclatement, les liens qui unissent les hommes, les solidarités et fraternités diverses ; sont disloquées les institutions qui organisent les liens sociaux, dans un long processus général de décomposition.
La matière qui constitue cette « comète » symbolique, métaphorique, est constituée de compétition, d’hyper consommation, d’hyper libéralisme, ou encore d’idéologie individualiste.

Il résulte, de cette déflagration du social, un isolement des individus, que le conte exprime bien. Le monde d’après la catastrophe est réduit, en effet, à des îlots de terre, ou des vaisseaux bulles. Or « île» et « isolement » sont deux mots de la même famille. L’île est donc l’image même de l’isolement et de la séparation des individus entre eux.
Le conte fait place à la musique et au chant, mais on pourrait évoquer la danse pour illustrer le processus d’individualisation et d’isolement à l’œuvre dans la société contemporaine.
Dans son ouvrage : « Sociologie des danses de couple », le sociologue Christophe Apprill fait ce constat :
« L’histoire sociale du bal au XXe siècle semble dessiner une évolution en miroir entre la société et la danse : lorsque la vie est imprégnée de solidarités, les danses sont collectives, lorsque émerge le couple, les danses de couple se développent, et lorsque l’individualisme s’impose, les danses individuelles l’emportent.»

Jeanmi, le personnage de ce récit est un « trouvère », un poète chanteur, il aime la solitude, et sa nouvelle situation de poète errant parmi les étoiles, accroché à son arbre sur son lopin de terre flottant dans l’espace, ne lui déplaît pas : « Lui qui avait toujours aimé la solitude, il était charmé ».
Il passe son temps, en bon poète, à contempler les étoiles, et… croque des pommes. Innocemment. En apparence. Ne serait-il pas fautif, lui aussi, dans le symbole de la pomme croquée avec insouciance, et par sa tendance effective à l’isolement, de contribuer au déchirement du tissu social ?

Tout contact et toute relation aux autres sont devenus désormais impossibles, et la solitude prolongée commence à lui peser, « Jeanmi se sentait plus triste et plus esseulé que d’habitude » dans « ce putain d’Espace qui l’emprisonnait tant il se sentait seul. »
Ainsi finit-il par ressentir qu’il ne peut se suffire à lui-même, et éprouve donc un manque, le creusement d’une béance en lui, signifiée par un « trou » : « Il se sentait parfois à l’âme un trou plus profond, plus mystérieux que le Trou Noir ».
Ce manque, ce n’est pas autrui, mais un autre, particulier, du genre féminin, un autre qui pourrait le combler et remédier à son incomplétude.
Il trouve cet autre solitaire, une femme du nom de Shéhé.
L’idée est assez jolie de les faire se rencontrer par la musique, par le chant. La musique leur redonne une existence. Elle leur donne le «la» et le « là », elle leur donne un être-là.

L’étoile est symbole d’un idéal. Jeanmi n’aperçoit plus la sienne, après sa rencontre et son union avec Shéhé, ne perçoit plus cette étoile qu’il poursuivait jusque-là, parce qu’il a atteint son idéal : la vie à deux, la vie fermée sur le couple autosuffisant.

À cet idéal, Homère, à juste titre, ne croyait pas. Lui aussi a inventé une sorte de « conte » dans l’Odyssée. Dans ce conte, Ulysse échoue sur une île déserte, dans un lieu décrit comme celui de nulle part. L’île n’est pas tout à fait solitaire, une nymphe y réside, une nymphe nommée Calypso.
Elle tombe amoureuse d’Ulysse qui, lui-même, n’est pas insensible à ses charmes. Et pourtant, après quelques années de séjour sur cette île, il se lamente, et voudrait repartir, retrouver son peuple à Ithaque, retrouver ses compagnons, son fils, sa femme, retrouver la relation à autrui, la relation sociale. Chacun se souvient de la séduction qu’exerce alors Calypso sur son amant : elle usera de ses pouvoirs divins pour lui offrir l’immortalité des dieux, et une perpétuelle jeunesse, à la condition qu’il reste pour toujours sur cette île, avec elle. Ulysse a le choix entre rester dans ce face à face amoureux, dans un isolement à deux, où il sera pour les autres évanoui dans un "nulle part" où il sera oublié, où, pour les autres, il ne sera plus rien, ou bien repartir, retrouver la vie avec autrui, et devoir partager la condition mortelle, vieillir et mourir.
Son choix, bien sûr, est aussi celui pour le héros grec, entre deux immortalités : celle divine sur l’île isolée, ou celle mortelle dans la mémoire des hommes.
Ulysse, malgré le marché fort séduisant qui lui est proposé, préfère repartir, il comprend qu’il est et restera un humain, et que la condition humaine n’est pas l’isolement, mais la relation aux autres ; qu’il ne peut réaliser et accomplir son humanité qu’au milieu d’autrui, et que la seule immortalité qui soit vraiment conforme à cette condition, est celle de la mémoire.

Le héros de cette nouvelle, lui, croit trouver son idéal et son bonheur dans le couple isolé, fermé sur lui-même.
Fermé plus exactement sur la famille. Il est accroché à son arbre, Jeanmi. Or chacun sait quelle forte symbolique est celle de l’arbre, image d’une unité familiale dans une généalogie. Jeanmi transporte avec lui tout ce qu’il doit à l’ascendance familiale. Celle-ci tient lieu pour lui de société.
Le conte semble donc se terminer implicitement par la formule convenue : « Il se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux », mais dans un royaume isolé, quand le monde se fut effondré.

   Lariviere   
27/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Hersen

Ca fait du bien de lire de si belles choses légères, simple, naïve au bon sens du terme.

J'ai pensé à Italo Calvino en lisant ta nouvelle.

Pour moi le côté déjanté et la texture résolument poétique fonctionnent bien.

J'ai aimé le petit air musical qui rend bien...

Merci pour cette lecture !


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