Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
horizons : Éphémérides
 Publié le 07/05/09  -  17 commentaires  -  7992 caractères  -  75 lectures    Autres textes du même auteur

Un jeune homme aux prises avec le Temps.


Éphémérides


- Voyons... aujourd'hui nous devions être lundi, non mardi... mois de janvier, ça au moins il en était sûr, mais la date, la date ???


Avant de s'assoupir de nouveau, Martin jeta de son lit un coup d’œil paresseux à l'éphéméride qui s'accrochait depuis des lustres à la porte du placard. Le jeune homme avait des rapports ambivalents avec elle.

Enfant, il avait mis très longtemps à comprendre le mot. Il entendait « et/fait/mes/rides » ce qui lui semblait logique pour un calendrier. Il s'aperçut de l'erreur seulement quand il apprit à lire.

De surcroît, il adorait effeuiller le bloc de petites pages en papier à cigarettes, faisant paraître le chiffre rouge du jour et, surtout, le dessin humoristique. Il prenait même de « l'avance » pour découvrir la blague du lendemain ce qui lui valait la raclée paternelle.

Par tradition, il continuait année après année à plumer l'oiseau de malheur.

Le jeune homme ouvrit enfin les yeux et comprit que le réveil n'avait pas sonné. Pourtant un Tic-Tac exaspérant l'avait maintenu éveillé une partie de la nuit. Il haïssait ce petit bruit hystérique qui battait comme un cœur et égrenait les heures inlassablement, raccourcissant la vie d'infimes secondes qui rajoutées les unes aux autres formaient des jours, mois, années, décennies.

Un jour la dernière heure sonnait...

Martin fixa avec désespoir les aiguilles qui le narguaient en désignant le huit et le six. À cette heure-là, en principe, il appuyait sur le bouton de l'ascenseur qui menait à son bureau, à l'autre bout de la ville.

Il fit un inventaire rapide des désagréments qu'il allait fatalement rencontrer sur sa route : embouteillage, feux rouges, accident, voire pire encore, la benne des ordures !

La mine enfarinée, il ne manquerait pas de croiser ensuite le directeur qui le toiserait avec suspicion tandis que lui-même bafouillerait de pauvres excuses.

La journée commençait mal, très mal...

Alors il eut une inspiration.

Il donna une tape à l'arrière du réveil. La petite vitre en verre se décolla du support et tomba sur la table avec un bruit mat. Martin caressa doucement les aiguilles. Puis, il saisit la plus grande entre le pouce et l'index, l'arrachant d'un coup sec. Elle se détacha facilement et le jeune homme observa avec curiosité la fine lamelle métallique qu'il avait entre les doigts. Hors contexte, l'objet était méconnaissable : une flèche pointée vers le néant.

Martin était vengé de cette aiguille qui l'avait si bien piqué au vif. Il exerça une pression si forte que la grande flèche inutile se brisa. Une impression de puissance l'envahit subrepticement.


Satisfait, le jeune homme remit la vitre sur le support et le réveil sur la table. À présent, celui-ci ne marquerait plus que les heures, adieu les « quarts », les « demies » et autres « moins cinq ». Avait-on idée d'utiliser un système aussi complexe ! Pourquoi découper le temps en tranches et sous-tranches qui émaillaient l'existence de contraintes sans fin ?

À la bonne heure : la vie de Martin allait être considérablement simplifiée ! Il se lèverait à 7 h, arriverait au bureau à 8 h, ferait sa pause à 9 h et ainsi de suite toute la journée. Le jeune homme aurait droit à un tour de cadran complet pour réaliser chaque chose : lorsque la petite aiguille passerait au chiffre suivant, eh bien, lui aussi passerait à l'activité suivante.

Son emploi du temps n'en souffrit pas, bien au contraire. Le jeune homme faisait des nuits de huit heures pile, plaçait ses rendez-vous à heures fixes... etc.

Bien sûr, il y avait parfois quelques inconvénients. Un matin, il acheta un croissant et eut donc une heure entière pour le manger. Qu'à cela ne tienne ! Il bavarda de la pluie et du beau temps avec la boulangère, distribua quelques miettes aux pigeons de la place voisine, monta lentement l’escalier de son immeuble, observa le café coulant goutte à goutte avant de déguster, enfin, sa viennoiserie à petites bouchées parcimonieuses.

Une heure après, il avait juste terminé et put partir au travail : parfait !

Ainsi se déroula la vie de Martin, dépourvue de contraintes horaires et donc considérablement ralentie, tant et si bien que, forcément, il fut tenté de passer à l'étape suivante. Il regardait de plus en plus souvent avec concupiscence la petite aiguille qui avait transformé son existence fort bénéfiquement. Se pourrait-il que... ? Non, tout de même, il n'allait pas oser ! À moins que...

Hop ! Une petite tape à l'arrière du réveil, et le froid contact sous ses doigts... Une appréhension le saisit. Que se passerait-il après, quand il n'y aurait plus d'heures, plus de minutes, plus de temps du tout ?

Martin effleura la petite aiguille familière et fermant les yeux pour ne pas assister à l'holocauste, il amputa définitivement le réveil. Fasciné, il regarda toute la nuit le cadran aux chiffres fluorescents. Après tout, il vivait une aventure extraordinaire et inconnue, une première universelle : il tuait le temps !


Au matin, il n'osait pas bouger craignant sa désintégration immédiate. Lentement il remua les orteils et attendit le cœur battant, les sens aux aguets. Rien ne se passa. Il patienta quelques « minutes » encore avant de bouger un peu le bras. Toujours rien. Rassuré, il orienta la tête de gauche à droite pour se décontracter car cette immobilité commençait à lui procurer des crampes.

Un bruit strident retentit alors. Le cœur de Martin fit un bond ahurissant dans sa poitrine, ses mains se crispèrent instinctivement sur les montants du lit. Que se passait-il ? La sonnerie persistait lancinante et répétitive.

Soudain le jeune homme éclata de rire : ce n'était que le téléphone ! Il bondit hors du lit pour répondre sans plus aucune crainte, et ni le sol ni les murs ne se dérobèrent.


Dès cet instant, la vie du jeune homme fut dégraissée de ses derniers tracas. Il n'avait plus aucune conscience des jours qui passaient, ne changeait pas d'heure, l'été ou l'hiver, ne consultait plus d'emploi du temps, n'était plus jamais en retard ni à l'avance. Il payait ses factures quand il les recevait, prenait le bus quand il se présentait. Pour les rendez-vous chez son médecin ou son banquier, il s'y rendait quand bon lui semblait et s'asseyait sur une chaise jusqu'à ce qu'on vienne le chercher.

D'aucuns pourraient prétendre qu'il « attendait » comme tout le monde mais, du point de vue de Martin, ce n'était pas le cas : il « n’attendait pas » puisqu'il « n’avait pas de temps ».

Un jour, un homme le bouscula alors qu'il passait devant un restaurant :


- Dépêchez-vous ! dit le Monsieur.

- Pourquoi ? demanda Martin.

- Parce que c'est midi !

- Et alors ?

- À cette heure-là, on mange, au cas où vous ne le sauriez pas ! lança l'homme exaspéré.

- Pourquoi juste à midi ? objecta Martin.


Il n'obtint pas de réponse à cette pertinente question car l'homme fort impoliment lui avait claqué la porte du restaurant au nez. Martin, lui, mangeait quand il avait faim et dormait quand il avait sommeil.

Un jour il se leva gaiement, comme tous les matins depuis qu'il avait tué le temps. Il commença à envisager sa journée, mais comme sa vie se déroulait sans fin dorénavant, il n'était pas non plus très pressé.

Il se lava le visage, se rasa en sifflotant devant la glace, jouant à se tailler un bouc sur le menton qui s'évasait ensuite en fines pattes vers les oreilles. Le rasoir buta toutefois désagréablement contre deux minces plis au-dessus de sa pommette.

Surpris, Martin s'approcha du miroir, puis recula instantanément saisi par l'horreur de sa découverte.

Deux rides marquaient définitivement le coin de son oeil, aussi sûrement que deux aiguilles marquent le temps.

« Et fait mes rides », se souvint le jeune homme.

Il termina son rasage rapidement, prit un imperméable, une écharpe et sortit.


Il revint chez lui une heure dix minutes et trente secondes après, avec sous son bras un petit paquet ficelé qui émettait un très léger mais rassurant : Tic-Tac.

Dorénavant, plus de temps morts !


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Selenim   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte suspendu entre absurde et poésie.

La plume est séduisante, l'auteure possède bien son sujet.

Il y a un réel travail de réflexion et d'écriture, le texte ne souffre d'aucun défaut majeur.


J'ai particulièrement aimé cette phrase: Par tradition, il continuait année après année à plumer l'oiseau de malheur.

Beaucoup moins celle-là: égrenait les heures inlassablement, raccourcissant la vie d'infimes secondes qui rajoutées les unes aux autres formaient des jours, mois, années, décennies.

La dernière phrase est superbe.

Selenim

   Anonyme   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un des textes que j'ai pris le plus de plaisir à lire sur Oniris.
Il y a là tout ce que j'aime.
La poésie, l'humour, l'absurde, servis par une écriture limpide.

Je cite ce passage parmi d'autres: "Martin était vengé de cette aiguille qui l'avait si bien piqué au vif. Il exerça une pression si forte que la grande flèche inutile se brisa. Une impression de puissance l'envahit subrepticement."

Merci à l'auteur de nous avoir offert ces quelques minutes de jubilation.

   nico84   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai bien aimé à la grande surprise de moi même et de l'auteur ! Je la taquine évidemment. Je trouve l'idée trés bonne, tuer le temps, c'est un peu le rêve de chacun. Le petit jeu de mot est bien placé à la toute fin avec ensuite le rachat du réveil pour qu'il n'y ait plus de temps mort.

Ce n'est pas un mot balancé en l'air, c'est tout à fait ça, le temps c'est un rythme régulier permenant qui ne laisse pas le vide qui organise méticuleusement notre vie.

Mais que de contraintes en effet. Nous avons parfois trop gérer ce temps, à la minute prés. Le retard est nait et le stress avec.

J'ai bien aimé ton écriture et la forme de la nouvelle. Bravo.

   Anonyme   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ephéméride= et fait mes rides. Excellente trouvaille pour cet "oiseau du malheur"
Quelle lutte glorieuse contre le temps!
C'est excellemment bien écrit, divertissant , drôle , inattendu et pourtant parfaitement logique.
Mais comment n'y a-t-on pas pensé plus tôt, à ce mode de vie?
Oublier le temps qui passe, sachant que lui ne nous oubliera pas.

Merci pour ce bon moment.

   clive_Stingray   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
On est emporté par le rythme du récit. Très imagé, on "avale " le texte sans se soucier du temps qui passe...Je rejoins aussi les autres commentaires sur l'écriture : Pas de maladresse flagrante. Bref, j'ai passé un bon moment et je t'en remercie.

   Perjoal   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ou comment faire avec des mots simples quelque chose de complexe : une histoire sur le temps qui passe !
Raymond Devos l'aurait aimé celle-là ! (du moins je suppose)

   Anonyme   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Super texte même s'il n'ouvre pas de nouveaux "horizons" !
Bon, OK, c'était un peu facile...
Je retiendrai de cette charmante histoire que rien ne sert d'arrêter ni même d'arracher les aiguilles car l'horloge du temps tourne, inexorablement, et fait mes rides !

   victhis0   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime le style, simple et direct, au service de l'intrigue. Quelques très jolies tournures lui confèrent toute sa singularité (plumage de l'oiseau de malheur et deux ou trois autres assez chic). Du point de vue formel, c'est de la belle ouvrage - même si je ne suis pas fana du jeu de mot sur éphémérides que je trouve lourd mais c'est un détail sans importance.
Sur l'intrigue en tant que telle, j'ai plus de réserve : les implications d'une vie sans contraintes horaires vont bien au delà de ce que tu décrits : rien sur son job, ses amis, peu de choses sur son rythme biologique, c'est un peu survolé. Le dialogue avec le passant manque (de mon point de vue) singulièrement d'intérêt : répliques plates, attendues. Je pense que tu aurais pu faire mieux.
Il reste l'excellente idée progressive des minutes, puis des heures et une touche de poésie légère qui laisse un joli sourire aux lèvres à la fin de cette lecture. Ca c'est chouette.

   Anonyme   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
pas mal de répétitions de "un jour" on vraiment gêné ma lecture... (3 x)
Heure (13 x)
Aiguilles (7x)
réveil (5x)

Bcp pour un seul texte...
Un petit soucis ici aussi: Un jour la dernière heure sonnait...

la concordance des temps me semble bizarre. Sonnera ? Sonnait ? sonnerait ?
Pas trop clair pour moi...

En gros très belle idée, pas exploitée à fond, j'ai vraiment eu du mal à lire...

quelques maladresse aussi :ne changeait pas d'heure, l'été ou l'hiver (en été ?)

   xuanvincent   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai apprécié le thème de cette nouvelle, que j'ai trouvé dans l'ensemble assez bien écrite et que j'ai lue avec un certain intérêt.

. détail : comme isfranco, "bientôt sa dernière heure sonnait" m'a paru un peu bizarre, j'aurais plutôt vu "bientôt sa dernière heure sonnerait"

   Anonyme   
7/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ouaip, pas mal du tout, même...
Et quelques belles trouvailles aussi, comme relevé plus haut.

Cela dit, attention quand même à certains trucs qui pourraient se révéler assez fâcheux, comme ce "Il regardait de plus en plus souvent avec concupiscence la petite aiguille" : là, on se prend à espérer qu'il ne lui tourne jamais le dos, car il pourrait être piqué au vif !

   Menvussa   
9/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L’idée est plaisante de cet homme qui se débarrasse de l’emprise du temps en arrachant les aiguilles de son réveil. Mais ce n’est qu’une illusion et il ne maîtrise le temps en aucune façon. Finalement c’est dommage car un peu banal. Il n’est pas le premier à envoyer valser cet objet de torture.

Il y a quelque chose d’incongru dans cette nouvelle, car je n’imagine pas notre personnage se promener partout avec son réveil. Or, ce dernier semble rythmer chaque instant de sa journée, ce n’est pas très logique.

Je n’ai pas trop compris l’intérêt de la rencontre devant le restaurant à une époque où le temps de midi n’est plus ce qu’il était, et où l’on mange à point d’heure.

Il faut, je crois, considérer ce texte comme un petit conte écrit pour critiquer gentiment ceux qui pensent se libérer des contraintes en les ignorant. L’exemple choisi est amusant.

« Dès cet instant, la vie du jeune homme fut dégraissée de ses derniers tracas » Le verbe dégraisser ne me semble pas trop approprié, mais bon, ce n’est que mon avis.

Ce texte se lit facilement, l’écriture m’a bercé et je suis arrivé à la fin du récit sans encombre. Je reprocherais le manque de relief, le choix du narratif qui enlève un peu de sel à l’histoire

   widjet   
9/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Sur le thème éculé du temps, l’auteur aborde son histoire sur un angle absurde. J’aime assez l’originalité de cette idée burlesque et c’est surtout cela qui m’a plu, en tout cas davantage que l’écriture qui ne s’embarrasse pas de fioriture mais manque un peu de caractère.

Je regrette aussi le dénouement, cette fin trop « normale » alors que le texte prenait une tangente en direction d’une folie bienvenue. Dommage donc que tout rendre dans l’ordre à la fin, car l’occasion d’associer le temps à la démence humaine était formidable !

Encourageant malgré tout.

W

   Togna   
9/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Pas facile d’écrire avec originalité sur le sujet « galvaudé » de la fuite du temps. C’est agréable à lire, malgré les répétitions des « il » suivi du verbe qui rendent le style assez linéaire. Cependant, il y a parfois de la fantaisie comme cette phrase, entre autres : « Martin était vengé de cette aiguille qui l’avait piqué au vif. ».
Des petites imprécisions du vocabulaire m’ont arrêté, telles que : « Procurer des crampes » (procurer me semble mal adapté) ou « fut dégraissée de ses derniers tracas » (pas très élégant le verbe dégraisser).
Comme nous sommes dans le genre fantastique/merveilleux, il n’y a rien de rationnel à chercher dans ce récit, et c’est aussi ce qui fait son charme.

   Leyng   
15/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai apprécié le côté absurde de cette nouvelle. Un texte léger très agréable à lire...

   Jean   
20/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Les commentaires précédents résument assez bien mes impressions.

J'ai trouvé cette approche légère du temps qui passe (rien à voir avec "les vieux" de Brel) très agréable à lire.

Les concordances de temps dissonnent parfois,mais après tout, le temps n'a-t-il pas tous les droits dans cette nouvelle ?

   minouchat   
24/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Tout ce qui touche au Temps me fascine. Le texte est léger, très agréable à lire avec de jolies expressions, mais le personnage n'existe pas assez à mes yeux. Quel est le petit traumatisme qui le pousse à refuser d'être la victime du temps ? Ce thème, méritait un peu plus d'audace, un peu plus de folie... La première phrase avec sa ponctuation m'avait préparé à ça. A bientôt entre les lignes


Oniris Copyright © 2007-2019