Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
i-zimbra : Hors de portée
 Publié le 30/12/10  -  6 commentaires  -  18159 caractères  -  73 lectures    Autres textes du même auteur

Ce conte fait partie d'un roman écrit sous forme de journal. À la fin de ce siècle, la narratrice, adolescente, est la dernière personne à écrire ; elle s'essaie ici à une invention.


Hors de portée


Il y avait une fois dans une contrée lointaine, une république prospère que ses exigences de décorum avaient déguisée en monarchie héréditaire. Cette légitimité, faite habituellement pour décourager les ambitieux, ressemblait ici à une interdiction d'abdiquer, car le roi même n'avait pas les moyens de ses ambitions. Il n'était que personnification : de l'opulence du pays, de la munificence du parlement. Aux citoyens les doléances, aux assemblées les décisions, à Sa Majesté de dire Nous. La pyramide est plus jolie pointue.


Feue la reine ayant laissé un fils unique, on l'aurait promu à coup de pied au train s'il n'avait eu l'indolence de se laisser faire. Aux fastes des funérailles puis du sacre succéda bientôt celui du mariage. Seule noblesse, le jeune roi pouvait épouser selon son cœur. Mais son premier choix avait épouvanté les médecins. On venait d'une lignée de un, on ne fait plus ténu en la matière. Et l'aimée, sans être exactement malingre, l'était aussi, ténue. À cela tenait l'avenir du pays ! Le roi chercha à se rabattre sur quelque nature, qui ne fût point intrigante, et qui saurait trouver des charmes aux sigisbées dont il l'entourerait. Bientôt, une belle gaillarde éveilla un sentiment insigne, dont l'exacte réciprocité seule le décida. Il noua avec cette poulinière, et réserva à la délicate le métier moins fatigant de maîtresse.


Sur le pays régnait également un vagabond. Son royaume, il le partageait de bonne grâce, n'en faisant tel étalage, qui pût causer à son palatin collègue plus petit ombrage. Des deux, il n'était pas le plus parasite, car il goûtait mieux les guignes que la pompe. Sans doute savait-il que cérémonies et banquets s'éternisent bien souvent en varices et autres hémorroïdes.


Nonobstant quelques levées de boucliers – et de bâtons – quand ses sujets le trouvaient chez eux prélevant sa dîme – quelquefois même servi au lit ! – ce joli monarque se la coulait bien douce. Surtout en sa résidence d'été. Il en avait posé la première pierre, celle qui bornait le pays, et n'avait pu fixer depuis l'emplacement de la chambre à coucher. Car Cupidon ni Morphée n'ont de montre au gousset, et lorsqu'il les croisait, il n'était plus temps de se mettre en chemin. La première meule était une alcôve douillette. Et quand il n'était pas au lit, il courait dans les violettes, "et chantait pour des prunes, et tendait la patte aux chats perdus".


Fidèle à son prime amour, le roi sortait du palais par un souterrain. Grimé et vêtu en bourgeois, et se véhiculant par les moyens les plus communs, il rejoignait sa maîtresse, dont l'entretien se dispensait dans un petit château de grande banlieue. L'État n'y rechignait pas, et la dame comprit l'inutilité de ses scrupules, d'autant que la savoir laborieuse aurait fâché son amant.

Cependant, l'anonymat forcé de sa position accentuait cet air mélancolique qui causait au roi ses plus vifs transports. Pour ne point dépérir, elle sortait se mêler aux bruits des rues. Elle enviait ce peuple, qui tendait joyeux vers quelque but. Et lui aimait son peuple, qu'il ne côtoyait qu'allant joyeux vers le tendre sien.


La reine ne prenait pas de souterrain pour aller à son plaisir. Elle montait en carrosse ou en tilbury avec sa gouvernante, prenait droit à travers le parc, et était à sa gentilhommière en trente minutes. Plus tard, elle y emmena sa fille appelée à régner, et son fils, plus communément, mais jamais aucun cavalier. De là, elle s'échappait du parc et son cœur se mettait à battre très fort ; ce cœur ne redoutait que de ne pas chavirer à la vue de l'être aimé. Car elle ne lui donnait pas rendez-vous ; aurait moins encore osé l'inviter à sa chaumière. Non, elle allait pour s'offrir, sans obliger, toujours comme la première fois. Il a été omis de dire du vagabond qu'il avait le charme de ceux dont même une reine ne peut exiger la constance. Et cette reine était trop heureuse de ne pas même vouloir supplier, elle qui n'avait que l'habitude d'obtenir. Le dépit amoureux lui était un transport délicieux et renouvelable. D'ailleurs, le galant laissait toujours à cet amour de quoi survivre, plus un reste qui nourrissait l'espoir.

Ce n'est pas sans une peine mêlée de honte que nous avons révélé le secret de cette âme généreuse. Point tant le fait, si anodin, que le douloureux mouvement de passion qui taraudait son cœur sensible. Au physique, l'état de tension dans lequel ses sentiments la tenaient lui conférait une morbidesse exquise, qui estompait divinement son tempérament sanguin et le naturel de son caractère. Elle y perdait la distinction de son rang, pour atteindre celui plus élevé de l'idéal parnassien.

Si nous avons pu laisser croire que le souverain de ce cœur jouait à en abuser, réparons cette erreur. La belle était, en ce champêtre royaume, la plus délectable personne dont il avait jamais osé rêver. Les hommages qu'il lui rendait, quoique assez intimes, étaient bien dignes de son titre, dont il restait pourtant ignorant ; mais il ne pouvait se résoudre à l'assiduité qu'elle désirait si ardemment. Il avait été volage par goût ou par principe, il le demeurait pour retarder la combustion vive qui s'opérait au contact de leurs corps. La retarder, pour combien de temps ? Il continuait d'honorer ailleurs le moindre regard engageant, mais les plus tendres soupirs n'arrivaient qu'à souffler sur cette braise qui le consumait.

Déjà singulier auparavant, son air pouvait inquiéter. Excès de bien-être, état maladif, ou les deux ensemble... mais peut-on traiter de l'amour en termes d'hygiène ? Euphorie aurait convenu aux deux. Si nous avions été docteur, nous aurions peut-être employé cette formule pour le recommander à un plus éminent confrère : Une commotion légère, et entretenue par un désir alternant entre languide et ardent, agite corps et âme du patient, constituants d'une émulsion sensible inconnue, mais propre à saisir quelque phénomène surréel qu'il conviendra de surveiller comme le lait sur le feu.


Nous avons peu parlé du peuple. Il ne vivait pas mal non plus, et même à l'abri des vicissitudes. Sa vitalité, pourtant, n'était pas gâtée par le pain et les jeux, car il suait sang et eau en contrepartie. Le loisir désennuyait du travail, et le travail désennuyait des loisirs. Et le cas échéant, le bricolage désennuyait le jour de repos obligatoire. Si quelque chose ennuyait vraiment, on s'en expliquait au forum, sans détour. On appréciait même d'y écouter prêcher des agitateurs – ceux qui n'avaient pas déjà préféré le désert.

Depuis des décennies, l'occupation de tous concourait à une même tâche : l'érection d'une nouvelle cité à l'endroit où l'on démolissait l'ancienne. Ce projet pharaonique, qu'il incombait au roi de mener à bien, avait été initié sous son grand-père et poursuivi sous sa mère. Le rêve de deux générations effaçait les vestiges des précédents. Hormis quelques productions qui venaient abondamment, et que l'on aurait volontiers laissées en concessions aux étrangers tant on avait autre chose à faire, cette chose à faire absorbait toutes les valeurs ajoutées de l'économie, et le suc des vies humaines.

La capitale de demain était une affaire pensée ; on avait appliqué toute l'intelligence disponible à en dresser les plans. On y voyait, sur la même emprise territoriale, la conquête de la verticalité redonner de l'espace aussi bien aux intérieurs qu'aux lieux ouverts ; l'épaisseur et la rectitude des lignes chasser l'embrouillamini dédaléen ; et les perspectives lumineuses s'ouvrir aux axes de pénétration. Et que je te pousse dans le vacuum mille ans d'à la va-comme-je-te-pousse.

On n'avait pas lésiné sur la prolepse ; des pisse-froid étaient payés à l'objection. Se garer deviendrait facile aux véhicules, mais nécessaire aux piétons ? Voyez ces larges trottoirs. La fluidité empêcherait le peuple de se frotter, lui qui aime tant ça ? Admirez les espaces conviviaux conçus à cet effet.

Le seul reproche non reçu était qu'on avait peut-être vu un peu grand. Quelques gros pâtés furent même ajoutés çà et là pour faire bonne mesure, et plusieurs tours culminaient à bonne altitude. En se flattant d'importance, les voix officielles ne faisaient qu'exprimer un avis général.

Cela aura fière allure !

Avec ce qu'on y avait mis de fierté, on pouvait compter qu'elle transparaisse.

Cela leur montrera !

Ils n'auraient su dire à qui exactement, mais il était question de retombées touristiques, et d'attirer un sang neuf de métèques.

Ces vies sacrifiées rendront l'œuvre sacré

Aux suivantes de s'en montrer dignes

Que leurs enfants se fassent agents d'entretien de leur folie, là était l'utopie. Ils auraient pu reprendre le mot que le vieux roi avait prononcé devant les premières maquettes : Au moins, ça les occupera. Et ce n'était pas fini que cela prenait déjà la poussière.


Ce décor presque planté, voici qu'un beau matin, sans prévenir, une petite chanson arriva de nulle part. C'est le vagabond qui l'eut en tête au réveil. Il l'arrangea un peu, ou plutôt il se creusa la tête pour lui arranger de la place. Lorsqu'elle fut à son aise, il la chanta à une de ses courtisanes, qui se la fit répéter avec force caresses avant d'aller la répandre à tous les vents. D'autres l'entendirent et la recommencèrent plus loin. Elle était facile et gracieuse et neuve. Portée par ce qu'elle éveillait, en quelques jours elle avait pénétré jusqu'au cœur de la ville. Et fut bientôt connue de tous, sans que personne ne sache plus où il l'avait entendue la première fois.

Comment une chose aussi peu compliquée avait pu attendre tout ce temps pour sortir de rien, cette question était une des formes que prenait l'étonnement de ceux qui s'étaient laissé persuader que tout avait déjà été fait.


Cependant, les grands travaux s'achevaient. Avec les finitions, ce n'était plus qu'une question d'années ; on était dans les inaugurations. Oui cela avait fière allure ! Cela n'empêchait pas les petits garçons de pisser dessus, les petites filles de mesurer qui avait été le plus haut, tous chantant la petite chanson. C'était bien inauguré... mais les grandes personnes y mirent plus de préparatifs, et une autre tenue.

Au premier printemps, quand vint le premier jour du programme cérémoniel, le soleil pâlit devant tant d'apparat. On célébrait la très longue avenue – la plus belle du monde – qui reliait le grand stade à un noble mausolée. Un lourd attelage promenait le couple royal parmi la liesse populaire. Les hymnes formant cordon, la petite chanson ne passa pas, elle restait cachée ailleurs, chez ceux qui y avaient la tête. Au cours du défilé, le roi observa une extrême distraction chez la reine, elle pourtant, dont l'enthousiasme avait été son principal réconfort quand il se décourageait de n'avoir jamais vécu qu'au milieu des échafaudages. Il lui prit la main et s'enquit :


– N'est-ce pas magnifique, ce que nous avons parachevé ?

– Mais c'est tout à fait ridicule, mon chéri... Et maintenant que c'est là, ça ne va même plus s'en aller.


Ridicule ? Pourtant, ces proportions étaient sans exemple dans l'univers ; et c'était du solide. C'était l'œuvre de son peuple, il ne pouvait qu'en être lui-même solidaire – quand bien même sa simplicité lui aurait fait accepter l'humiliation personnelle. Il mit donc la réaction de la reine sur le compte d'une contrariété féminine ; l'enfantement de l'héritière, événement si merveilleux, n'avait-il pas été suivi d'une dépression maternelle, aussi inexplicable que médicalement normale ?

Le lendemain, comme à l'accoutumée, le roi sortit par le souterrain, pour se rendre chez sa maîtresse en son petit château. Elle saurait dissiper la sourde affliction qui l'avait trouvé matin chagrin. Mais il fut consterné d'entendre le même air que la veille :


– Oh c'est à peine risible, mon ami, lui dit-elle. En revanche, écoutez donc cette petite chanson que j'ai entendue au marché.


Le cœur a ses raisons qui convainquent de n'avoir pas raison en tout. Mais voilà que celle qu'il croyait sa seule raison d'être, par son mépris, révélait l'autre, la raison d'État. N'avait-il tout investi dans chacune, que pour voir leurs valeurs s'annuler ? Le roi se sentait annihilé. Il n'y comprenait rien.

Il ne comprenait pas non plus la petite chanson, même de la bouche de l'être aimé. Si les bâtisseurs l'avaient comprise un peu seulement, ils auraient songé un instant à la faire interdire.

Ha ! Il aurait fallu d'abord habeas corpus ! La petite chanson les narguait gentiment. Et on ne pouvait la comprendre qu'en tombant en son pouvoir.

Il s'étendait rapidement, la contagion était populaire. À ce titre, l'orchestre de la garde l'avait inscrite à son répertoire, pour la mettre au pas. Mais aux premiers rangs de la foule, une frange mélomane se battait les flancs et les cuisses aux ploum ploum qui tsouin-tsouinaient au-dessus des shakos. Car la petite chanson ne se laissait pas faire ; elle se riait d'elle-même. Il manquait toujours quelque chose à la partition, qui avait échappé au copiste, et dont l'absence se révélait si évidente que la petite chanson, tronquée, triomphait encore.


Cependant, le vagabond avait encore passé "la nuit sur l'herbe des bois". Une autre petite chanson lui était venue ; tout le jour, il essaya son organe à lui donner forme aérienne. Et le soir, comme il musait derrière une haie, elle s'en échappa ; un promeneur la contracta, contamina le voisinage, et maintenant elle grimpait à son tour le long des tristes façades (oui, c'est ainsi que nous les qualifions à notre tour, peut-être injustement). Cette fois, l'immatériel menaçait l'immobilier. Car il y en eut bientôt dix, puis cinquante, dont aucune n'empruntait rien aux autres, et chacune avait sa vie propre.

Ce n'était pas rien, avec un tel succès. Mais personne n'en réclamait le copyright. Alors quoi ? Les bâtisseurs tentèrent de s'en attribuer la paternité, laissant entendre qu'elles naissaient de la nouvelle harmonie urbaine. Sans insister, car il revenait à leurs oreilles que les roses poussaient sur le fumier.

À leur décharge, accordons que rien de ce qu'ils auraient bâti n'aurait été habitable sans la moindre chanson. Ils avaient aussi ajouté Ville de Lumière au nom de la capitale, mais on pouvait aller constater dans la campagne alentour que la lumière, sous ce climat, jouait aussi bien sans ce jeu de construction. Ce fut pourtant le surnom de Ville Chantante qui resta – la raison n'en sautait pas aux yeux.


Il n'est que de visiter une ville fondée par des marchands pour savoir qu'ils ne payent pas tout ce qu'ils emportent. En plus d'architecture, une caravane était repartie un jour avec la première petite chanson. À l'étape suivante, c'est elle qui débarqua et donna des idées d'urbanisme. On sentit d'abord une pure forme jaillir, réfléchir un peu d'écume, et s'absorber dans la raideur de l'inerte. On écarquilla ce qu'on put, sans rien percevoir ; en cela tenait le prodige, que rien de tangible n'avait changé dans ce qui était méconnaissable. Ensuite, de mémoire, des poitrines qu'elle avait enflammées récitèrent le phénomène, qui réitéra son enchantement.

Elle alla ainsi jusqu'au bout du monde. Où elle s'installait, elle changeait la couleur des rues, sapait l'autorité, dévaluait les vanités, portait les fardeaux, et donnait toutes sortes d'idées peu méchantes, comme celle de s'embrasser. Partout où l'on en frottait l'air, son génie réalisait un vœu auquel l'ingénierie n'entendait rien.

Les suivantes ne surprirent plus, elles étonnèrent toujours. En toutes choses, leurs grilles harmoniques servaient de grilles de lecture. Que l’on fût prophète ou messie, on resta coi ou chez soi, car elles offraient le service intégré. La fête de la musique, abolie, devint jour du point d'orgue. Elles inspirèrent aussi les constructions, un farfelu proposa même un béton précontraint à leurs variations de pression. Et dans leur sillage fleurirent un jour quelques natives, qui à leur tour partirent voyager.


Par les voies diplomatiques, le roi commençait à recevoir des félicitations de l'étranger. Ses confrères monarchiques louaient la qualité de ses réalisations, l'eurythmie des compositions, et surtout l'économie de moyens, admirable pour quelque chose d'aussi élevé... Le roi n'en écoutait pas davantage, il ne comprenait qu'une chose, c'est qu'on se payait sa tête. Il s'en ouvrit au parlement, qui décida que le monde était jaloux. Mais cet aréopage, avec le temps, finit par accepter ces louanges sincères ; et l'opinion que l'on avait d'eux par prévaloir sur celle qu'ils s'étaient faite eux-mêmes.


Il fallut un certain temps pour qu'on le remarque, mais subitement, il ne vint plus de nouvelle petite chanson. On en avait déjà tellement, certes, mais comme on cherche une explication à tout, certains observèrent qu'on ne voyait plus le vagabond, et imaginèrent une cause ou l'autre. Mais pouf ! on oublia tout à fait ce bon à rien.

On n'oublia pas la reine, qui d'ailleurs n'était pas perdue. Peu importe ce qui fut dit ou cru, elle obtint le divorce sans dévoiler ses motifs. Considérant qu'elle avait bien tenu son rôle initial, il fut facile de trouver un arrangement qui siée à son mari ; lequel se mêla moins à son peuple dès que la nouvelle reine s'installa au palais. L'ex se retira en son manoir, qu'elle conservait avec pension et gens en sa qualité de future reine mère. Elle ne fit jamais état que rien ne manqua plus à son bonheur.


La génération qui grandit après que le dernier chantier ferma ne fut pas désœuvrée. Laissant les murs de leur cité s’embellir de lézardes et de lierre, ces jeunes musiciens consacrèrent leur temps à jouer et à chanter la musique qui, en quelques années, était arrivée par leur pays. Et on eut "encore de quoi vivre pendant quelques siècles de ses idées et inspirations."


Mais personne ne sut jamais vraiment d'où étaient venues les petites chansons.


# # # # #



Note : Les trois passages entre guillemets sont respectivement de Brassens (P... de toi), Trenet (Je Chante), et Nietzsche (Le Voyageur et son ombre).


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   colibam   
28/12/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le style que vous employez est original et s'associe parfaitement au conte mais peut-être souffre-t-il d'un excès de complexité, tant dans la construction des phrases que dans les termes auxquels vous avez recours. Du coup, la lecture se fait méticuleuse et peut rapidement devenir laborieuse.
A maintes reprises, j'ai perdu le fil, ce qui m'a obligé à relire sans pour autant saisir davantage le sens.

A trop vouloir surcharger votre texte et ainsi noyer le sens dans un sirop alambiqué, de nombreux lecteurs vont rapidement déclarer forfait.
Un simple exemple : «  l'épaisseur et la rectitude des lignes chasser l'embrouillamini dédaléen ; et les perspectives lumineuses s'ouvrir aux axes de pénétration. Et que je te pousse dans le vacuum mille ans d'à la va-comme-je-te-pousse ».

Cela m'évoque le style que peuvent employer certains adolescents non dénués de talent mais empêtrés et aveuglés par leur boulimie de mots et de savoir et cette volonté d'ouvrager la moindre phrase de dentelle.

J'espère que la facture du roman dans lequel s'inscrit ce conte n'est pas identique...

Si votre plume est prometteuse, il faut apprendre à contenir cette hyperphagie de vocable. Il en va de la santé et du plaisir du lecteur.

Le titre ? Bien trouvé finalement...

   doianM   
28/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un conte sur allure de chronique et évoluant vers des entendus symboliques.
Une écriture adaptée à une époque révolue mais, on serait tenté de penser, toujours présente.
La chanson qui va dominer le monde matériel avec ses ambitions, un idéal.
Les amours croisés du roi et de la reine semblent déconnectés de la deuxième partie du récit traitant de la construction aux ambitions démesurées. C'est le chant qui les lie, venant du peuple (le vagabond) transmis par le peuple, la maîtresse.

Beaucoup de sous-entendus et un humour féroce, dès qu'on prend le temps de le délivrer de son vêtement de chronique.

Et sans doute le narrateur a pensé à un endroit et des événements précis, d'où la sensation qu'il y a allusion et que le conte deviendrait fable.

Mais je dois ajouter que le lecture devient difficile à partir d'un moment quand la surprise du style cesse d'agir.
Mais la monotonie ferait partie du genre choisi.
On ne s'en plaint pas trop.

   Pat   
28/12/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup le mélange de niveaux de langage (parfois dans une même phrase : « Feue la reine ayant laissé un fils unique, on l'aurait promu à coup de pied au train s'il n'avait eu l'indolence de se laisser faire. ») : du très soutenu au plus familier qui donne un ton humoristique à ce récit et en rajoute au contenu, non dénué de sous-entendus qu'on peut rattacher à différents exemples. J'ai pensé, par exemple, à la pyramide du Louvre, ou encore Babylone, Dubaï... (même si ça semble franco-français), à ces monarchies assumées ou non (qui s'étendent sur pas plusieurs périodes historiques,faisant fi des anachronismes, dont la nôtre : « Le loisir désennuyait du travail, et le travail désennuyait des loisirs. Et le cas échéant, le bricolage désennuyait le jour de repos obligatoire. Si quelque chose ennuyait vraiment, on s'en expliquait au forum, sans détour. On appréciait même d'y écouter prêcher des agitateurs – ceux qui n'avaient pas déjà préféré le désert. »), mais néanmoins friandes de décorum, à Lady Chatterley (j'aime beaucoup ce passage où la reine rejoint son amant, très fin d'un point de vue psychologique)... Je ne sais pas si ces références étaient présentes à l'esprit de l'auteur, ou si le traitement de l'histoire est tel que chacun peut y lire les siennes. Derrière l'humour, la critique n'en est pas moins cruelle : « cérémonies et banquets s'éternisent bien souvent en varices et autres hémorroïdes. »
J'aime bien aussi l'idée de l'art dématérialisé qui gagne finalement sur le solide (chanson/construction), la rumeur qui semble anodine et qui aura raison des institutions. Du moins dans un premier temps. La récupération vient, malgré tout, gâcher cet espoir... mais correspond, évidemment, à une réalité.

Ce texte léger et lourd (de sens) à la fois m'a bien plu, par la qualité de la plume et l'aspect non accessible d'emblée. Toutefois, certains passages m'ont paru obscurs, notamment sur certains aspects indécidables référant aux personnages, ce qui m'a posé problème sur la trame narrative. En d'autres termes, on ne sait plus trop, à certains moments, qui est qui ou qui fait quoi. Ex : j'ai cru comprendre qui étaient respectivement reine et maîtresse (la première, malingre, est sa maîtresse, ce qui paraît d'ailleurs improbable), mais il a fallu que je relise. Je pense que le style {confusionne} un peu les choses (le registre trop soutenu et les ellipses). Même si je parle souvent de la part du lecteur, parfois, il faut quand même le guider ou aérer un peu, le temps que son {cervolent} capte certaines subtilités (des transitions plus simples). Ceci dit, j'ai quand même lu des textes bien plus énigmatiques que celui-ci.

   Anonyme   
30/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un conte foisonnant, écrit avec le style qui va bien au conte avec des passages forts et d'autres plus linéaires. J'avoue ne pas être subjuguée par ce genre d'écriture mais j'avoue aussi que dans son genre elle est parfaite. J'ai aimé l'idée des petites chansons, des références en plus, qui se baladent au fil du texte.

Un texte qui se lit bien mais qui est trop éloigné de mon goût.

   Coline-Dé   
1/1/2011
Commentaire modéré

   Coline-Dé   
2/1/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Qui trop embrasse mal et train partit si vite que le chapeau tomba...

Ce commentaire ( que je trouvais pourtant explicite) a été modéré pour son côté lapidaire, mais cette semonce n'ayant pas modifié mon jugement, je vais donc argumenter, quitte à faire lourd : à vouloir jouer sur des époques et des registres de langage différents - certaines tournures de phrases trop sibyllines- j'ai décroché, trouvé l'ensemble confus
( exemple : . Et lui aimait son peuple, qu'il ne côtoyait qu'allant joyeux vers le tendre sien.) ???
J'ai donc perdu le plaisir que j'avais commencé à éprouver à lire une histoire dont je percevais pourtant l'intention -
C'est dommage : j'aurais aimé aimer ! Des trouvailles comme " La pyramide est plus jolie pointue." ou "un petit château de grande banlieue."me laissent penser que j'aurais pu.
Mais l'excès nuit, et je suis restée sur le quai, le coup de chapeau que j'aurais aimé donner en suspens... pour la prochaine fois, sans doute.

PS j'ai un goût immodéré ( si j'ose dire) pour les formules lapidaires.

   xuanvincent   
8/1/2011
Commentaire modéré

   David   
13/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour i-zimbra,

J'ai bien aimé le ton de cette nouvelle qui lui donne une atmosphère bien à elle. Ce que j'ai compris, sous couverts de multiples complexités diverses, c'est une histoire assez simple, évidente, sur le fait que le "pouvoir" est multiple fondamentalement, et que la "magie" qu'il peut inspirer néanmoins n'est pas complétement irréelle, mais reste (pour qui ? Les ambitieux, les nantis, chacun, je ne sais pas trop) hors de portée, d'où le titre.

Mais cela semble le privilège du mystérieux "vagabond" au début du troisième paragraphe, à qui je trouvais un petit air du "joueur de flûte de Hamelin" à la fin de ma lecture.

Pour en revenir au ton, ce que je veux dire c'est que la lecture supporte très mal la diagonale la moins accentué, et même la plus stricte horizontalité ne garantit absolument rien de ce qui peut être attendu de sa langue maternelle : c'est à lire sous X je crois. Par exemple :

"Seule noblesse, le jeune roi pouvait épouser selon son cœur. Mais son premier choix avait épouvanté les médecins. On venait d'une lignée de un, on ne fait plus ténu en la matière. Et l'aimée, sans être exactement malingre, l'était aussi, ténue. À cela tenait l'avenir du pays !"

Je ne suis pas resté interdit, mais presque, que signifie ce passage qui ne ressemble pas du tout à un charabia tout en laissant planer un doute... qu'est-ce qu'une "lignée de un" ? Qu'est-ce qui la rend "ténu" b... de m... ?!

C'est énervant un peu même, et je crois que c'est fait exprès : Ma courte citation comptent cinq phrases, avec un enchainement presque pas à pas, d'une logique limpide dans la construction, au contraire de l'opacité que j'éprouvais au final pour comprendre. Il y a un humour de forme comme dans cet extrait du précédent : "Et l'aimée, sans être exactement malingre, l'était aussi, ténue." un jeu de mot, sur "ténu" comme la filiation, mystérieux, et malingre, comme le physique de l'aimée. Là aussi, même avec une pièce pas très nette, c'est un jeu de mot limpide il me semble, sur le physique en plus, sans être vulgaire ici ça s'utilise pour communiquer facilement et à grande vitesse, sans haut débit. Ce sont quelques éléments pour décrire cette agacement de lecture.

Pour ce mystère de la filiation, je l'ai résolu pour ma part en comparant deux passages du paragraphe :
"Feue la reine ayant laissé un fils unique"
"On venait d'une lignée de un"

Est-ce que "fils unique" pourrait être pris comme synonyme de "fils de un" sans que le manque de sens ne soit pris en compte, au lieu de "enfants sans frères ni sœurs" plus communément.

D'où la suite sur la filiation qui ne serait qu'un autre jeu de mot, pour énerver, mais je spécule.

Alors quid de celle que "Seule noblesse, le jeune roi pouvait épouser selon son cœur", pourquoi les "médecins" la réprouvent-elle ?

Je vais arrêter l'autopsie, j'en ai plein les mains, juste que je trouve comme un effet de miroir, qui ne changerait que le genre, entre la maitresse du roi et le "vagabond", ce qui m'explique la révocation : elle est malingre et elle aurait peu de chance d'accoucher d'un enfant au côté de l'homme avec qui elle l'a fait, voire la crainte de l'adultère fabriquerait la prostituée.

Ça serait une image "morale" dans le cadre d'un conte, associé à celle du pouvoir, dont le "vrai" serait "hors de portée" dans ce royaume imaginaire, le début mettra aussi en place une image de l'amour, double, avec un "vrai" donc, lui aussi "hors de portée" avec le trio "roi/maitresse/reine" répondant au trio "Pouvoir(s) du royaume/roi/vagabond".

"Car Cupidon ni Morphée n'ont de montre au gousset"

C'est le premier de quelque passage que j'ai googlé tellement ça ressemble a de "vraies" citations qui devrait normalement être "hors de portée" mais non, ça semble bien original. C'est à propos du vagabond, qui se trouvera être également l'amant de la reine, le "conte" vire au vaudeville, l'aristo et le bourgeois réconciliés, ça pourrait être lourd sauf avec des passages comme celui-là :

"D'ailleurs, le galant laissait toujours à cet amour de quoi survivre, plus un reste qui nourrissait l'espoir."

Le roi aurait une histoire "bourgeoise" avec sa maitresse, pour le plaisir ou l'intérêt, alors que la reine a une histoire "noble" ce qui est rendu par la cruauté du vagabond, dont elle se délecte du renoncement et de la soumission qu'il lui impose sous son gré. Je ne sais pas si c'est à la façon du marquis de Sade, mais la "noblesse" vient bien du renoncement et du plaisir par delà la douleur, bref, du plaisir aussi, quoi, plus direct ou plus alambiqué.

C'est juste une partie de la trame, ce passage-là, notamment :

"Ce n'est pas sans une peine mêlée de honte que nous avons révélé le secret de cette âme généreuse. Point tant le fait, si anodin, que le douloureux mouvement de passion qui taraudait son cœur sensible. Au physique, l'état de tension dans lequel ses sentiments la tenaient lui conférait une morbidesse exquise, qui estompait divinement son tempérament sanguin et le naturel de son caractère. Elle y perdait la distinction de son rang, pour atteindre celui plus élevé de l'idéal parnassien."

Le début me rappelle le préambule :

Citation :
Ce conte fait partie d'un roman écrit sous forme de journal. À la fin de ce siècle, la narratrice, adolescente, est la dernière personne à écrire ; elle s'essaie ici à une invention.


J'avais perdu de vue cette histoire de narratrice et là le "transport" de la reine n'est pas présentée de façon élogieuse, par rapport à celui du roi, par ailleurs. La "morbidesse exquise", lol enfin si, ça pourrait-être un goût macabre, mais en tout cas "Hors de portée" ne peut désigner cet "idéal Parnassien" élevé mais atteignable, de fait. Assez opaquement pour moi "Parnassien" s'opposerait à "romantique".

Bref, elle me semble pas au top la reine, quelque chose de son vagabond lui restera "hors de portée" comme le roi dont quelque chose de son royaume le lui resteront également, à travers l'echec de ce qu'il attendait de sa ville par rapport aux airs des chansons, qui vont "prendre" la postérité en la dénigrant.

Parmi les "perles", dans ce passage-là

"Elle enviait ce peuple, qui tendait joyeux vers quelque but. Et lui aimait son peuple, qu'il ne côtoyait qu'allant joyeux vers le tendre sien."

On ne peut pas lire la seconde phrase indépendamment de la première : "vers le tendre sien" renvoie à "vers quelque but", c'est pas deux phrases en fait, c'est une ponctuation trop sévère ?

"Le loisir désennuyait du travail, et le travail désennuyait des loisirs. Et le cas échéant, le bricolage désennuyait le jour de repos obligatoire. Si quelque chose ennuyait vraiment, on s'en expliquait au forum, sans détour. On appréciait même d'y écouter prêcher des agitateurs – ceux qui n'avaient pas déjà préféré le désert."

Même le passage est "ennuyeux" à lire de répétitions, alors que juste dans ma citation précédente c'est presque un excès d'élisions, de mots sous-entendus, ici ça sur-emploie le vocabulaire. C'est "frappé au coin du bon sens" comme souvent dans ce "conte" et ces "morales".

"Que leurs enfants se fassent agents d'entretien de leur folie, là était l'utopie."

C'était de qui déjà cette tirade sur "l'hypothèque" auprès des générations futures, enfin, l'image a dû couler sous les ponts, mais c'est une version très moderne.

"Ce décor presque planté, voici qu'un beau matin, sans prévenir, une petite chanson arriva de nulle part. C'est le vagabond qui l'eut en tête au réveil. Il l'arrangea un peu, ou plutôt il se creusa la tête pour lui arranger de la place."

Je trouve encore les phrases trop courtes par rapport au "propos" qui demandent de les prendre à plusieurs pour les saisir. Mais c'est en seconde lecture, c'est un effet de style aussi qui gène la compréhension mais devient il me semble plus musical... Sinon, voilà ce que j'ai trouvé surtout pour me définir ce "Hors de portée" : L'arrivée de cette première chanson.

"Comment une chose aussi peu compliquée avait pu attendre tout ce temps pour sortir de rien, cette question était une des formes que prenait l'étonnement de ceux qui s'étaient laissé persuader que tout avait déjà été fait."

De temps en temps, ça se laisse comprendre quand même, soudain, avec acuité et sans trop de points.

"Il n'est que de visiter une ville fondée par des marchands pour savoir qu'ils ne payent pas tout ce qu'ils emportent. "

Très bien dit, à propos d'un air de chanson.

"Elle alla ainsi jusqu'au bout du monde. Où elle s'installait, elle changeait la couleur des rues, sapait l'autorité, dévaluait les vanités, portait les fardeaux, et donnait toutes sortes d'idées peu méchantes, comme celle de s'embrasser. Partout où l'on en frottait l'air, son génie réalisait un vœu auquel l'ingénierie n'entendait rien."

En filigranes, les petites chansons sont comparés au génie de la lampe d'Aladin, un chouette passage aussi.

Au final, je reste un perdu par rapport à la mystérieuse narratrice et son rôle dans l'histoire. En tout cas les personnages masculins, le roi, le vagabond, sont assouvis sur tout ou partie du récit alors que les personnages féminins, la reine, la courtisane, semblent un peu plus ramer...

En tout cas ça parle d'amour, de liberté, de chanson et de ce qu'ils ont de... hors de portée.


Oniris Copyright © 2007-2020