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Fantastique/Merveilleux
in-flight : Ancrage
 Publié le 03/02/21  -  5 commentaires  -  17661 caractères  -  70 lectures    Autres textes du même auteur

En pleine mer, un homme voit apparaître un château. Il en sortira avec une révélation.


Ancrage


Le voilier naviguait autour des forts Maunsell, des abris militaires construits à l’embouchure de la Tamise, à quelques kilomètres de Londres. Fabriquées par la Royal Navy, ces grandes tours dressées en pleine mer avaient eu pour objectif de parer aux offensives aériennes allemandes durant la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas tant l’histoire de ces forts qui m’intéressait, ni leur usage premier ; ce qui m’avait incité à faire cette escapade relevait plus d’une quête que je savais grotesque. Je cherchais à revivre la sensation qui m’avait transporté quand, dans ma jeunesse, j’aperçus pour la première fois le fort Boyard. Sur une plage de l’île d’Aix, l’enfant de six ans que j’étais à l’époque ne cessait de s’interroger sur ce monument enchanteur, ne comprenant pas comment des hommes avaient réussi l’entreprise de construire du solide en pleine mer. Constatant mon enthousiasme, mon père m’avait prêté ses jumelles pour observer les détails de cette forteresse qui bravait les vagues depuis tant d’années.

Par la suite, lors des goûters de mon enfance, je tentais de reproduire la prouesse des bâtisseurs du fort en laissant flotter une masse de cacao en poudre à la surface d’un bol de lait. Il fallait manipuler la cuillère sans trembler, puis verser le contenu en une fois, tout en évitant de créer des remous à la surface. Lorsque l’opération était un succès, ça faisait « ford Boyard ! ». J’observais alors le mont chocolaté s’effondrer lentement dans l’immaculé breuvage, partagé entre la déception de voir mon œuvre tomber en ruine et l’impatience de tremper mes lèvres dans le bol.


Face aux forts Maunsell, je ne parvins même pas à toucher du bout du doigt le sentiment de l’enfant émerveillé que j’avais été en voyant la bastille de Charente-Maritime. La déception fut relative car, en vérité, je m’étais plus ou moins préparé à cet échec : les quelques réactions de mes proches lorsque je leur avais expliqué les raisons pour lesquelles je souhaitais visiter les forts Maunsell m’avaient laissé envisager la possibilité d’un véritable fiasco affectif. On me reprochait souvent un attachement trop fort à mes souvenirs d’enfance, un goût de la nostalgie trop prononcé, certains parlaient même d’obstination qui cadenassait mes ambitions. Je pouvais entendre ces remarques, mais il avait toujours sommeillé en moi un étrange sentiment de manque, un parfum d’inachevé tout au long d’une jeunesse pourtant heureuse.

J’enterrai sans trop de chagrin la reconquête du souvenir magique de fort Boyard. Je me recentrai sur l’instant présent avec les forts Maunsell qui offraient une expérience captivante : face à ces bâtiments juchés en pleine mer, on se trouvait devant un anachronisme spatial, l’impression d’observer des structures sorties de l’imagination d’un auteur de science-fiction. Je voulus partager mes réflexions avec le capitaine du voilier qui, m’avait-il semblé, maîtrisait le français :


– Vous connaissez le fort Boyard, en France ?

– Oui.


Cette réponse lapidaire ne me dissuada pas de poursuivre la conversation. Sans doute se demandait-il à qui il avait affaire, pourquoi un type comme moi voguait sur son bateau pour aller admirer d’antiques forts rouillés plantés en mer du Nord.


– Je suis manager dans l’import-export à Paris, je suis de passage à Londres pour le travail.

– Mmm…

– En réalité, je suis un autochtone car je suis né à Londres. Je n’y suis pas resté longtemps mais… Bon, quand même.

– Mmm…


Cette fois, je ne jugeai pas utile de continuer, j’avais face à moi un vieux loup de mer qui devait dénigrer ces métiers contemporains et le mode de vie qui les accompagne. Moi le nomade, responsable d’imports ; lui l’enraciné, fidèle d’un port. J’aurais pensé que ma naissance dans la capitale l’aurait touché, mais il semblait concentré sur sa navigation, hermétique à toute conversation. Et puis, après tout, que connaissais-je de Londres ? Cette ville m’avait vu naître certes, mais j’aurais bien été incapable d’en parler davantage : à un âge où les souvenirs ne peuvent s’imprimer dans la mémoire d’un enfant, mes parents et moi avions dû quitter Londres pour d’obscures raisons qu’il m’avait toujours paru sensible d’aborder.


Nous étions sur le trajet du retour et je me mis à observer le capitaine plus attentivement : derrière son absence de chaleur dans le regard et son caractère renfermé, une tension discrète parcourait son visage, une tension qui laissait penser qu’il avait beaucoup de choses à dire. Il devait être dans mes âges, il avait un menton effilé comme le mien, des pommettes saillantes, mais je fus surtout étonné par la blancheur de son teint et par ses traits raffinés. On se fait rapidement à l’idée qu’un baroudeur des mers possède une barbe jaunie et le visage craquelé par le sel.

L’observation des forts s’achevait, mais pour rentrer au port, il me sembla que nous ne prîmes pas le même itinéraire qu’à l’aller. Je mis ce changement de trajectoire sur le compte des voies maritimes, du vent qui avait tourné ou d’un léger crochet que le capitaine avait décidé d’effectuer. Mais la situation commença à me paraître étrange quand je vis que nous nous éloignions doucement des terres. La lune se dessina très basse sur l’horizon, arborant une teinte cuivrée comme celle des forts que je venais d’observer. Je fus surpris de voir l’astre surgir aussi rapidement, je n’avais rien remarqué de tel peu auparavant. Le capitaine lança un sourire enthousiaste vers la lune, puis se tourna vers moi pour me tendre la main :


– Je suis Nelson.


Je me demandai quel intérêt il avait à me livrer son prénom alors que nous étions sur le point de rentrer au port. Je saisis tout de même sa main froide et je vis que cette tension latente avait disparu de son visage. Face à mon regard interloqué, il sortit une bougie de sa poche, puis l’alluma.


– Que faites-vous ? demandai-je.

– Observe attentivement.


La flamme de la bougie n’oscillait pas, aucun vent ne traversait la mer comme si nous eûmes été entourés par quatre murs. Aucune drisse ne claquait contre le mât, il n’y avait pas un bruit, pas une vague et nous ne pouvions plus voir le littoral au loin. L’espace infini qu’offrait la mer commença à me tourner la tête ; Nelson fixait la flamme avec un regard fantomatique, je sentais bien que ce capitaine avait un projet qui me dépassait.


Nous nous retrouvâmes peu à peu dans le brouillard, une sorte de purée de nuages mélangés à des embruns ; le vent se leva doucement, créant une houle qui fit tanguer le voilier. Nelson ne répondait à aucune de mes questions, mais en tant que capitaine, je n’avais d’autre choix que de placer ma confiance en lui. Je sentais poindre une situation tragique, quelque chose qu’on ne maîtrise pas. Je me dirigeai vers la cabine, guidé par un besoin de sécurité. À travers le hublot, je pouvais observer Nelson désormais vêtu d’un grand ciré jaune, il invectivait le ciel et gueulait des jurons à la cantonade. La houle redoubla d’intensité et je dus m’agripper à un meuble de la cabine pour faire face aux soubresauts. C’est alors qu’un souffle hurlant me projeta en arrière ! La tempête venait de s’en prendre à notre bateau et j’eus à peine le temps de me relever qu’une vague décima tout ce qui se trouvait sur le pont. Tout, y compris Nelson qui n’était plus à la barre ! La grand-voile s’affolait, la bôme oscillait, les drisses claquaient, il fallait tenter de reprendre le contrôle de ce maudit navire. J’atteignis péniblement la barre et face à ce déluge, je fus saisi d’un élan de bravoure ; une force intérieure me sommait d’agir face aux éléments déchaînés. Je tentai de maintenir un cap en manœuvrant ce maudit rafiot comme un vélo sur un parcours de bosses. Dans ce rodéo marin où mes manœuvres désespérées semblaient ne servir à rien, le vent souffla encore plus fort, j’étais un bigorneau pris dans un ouragan. Un bigorneau qui ne vit pas arriver devant lui le mur d’eau qui allait tout emporter sur son passage ! Mes mains s’arrimèrent à la barre pour faire corps avec le bateau, tétanisées face à cette ultime rossée qui risquait de m’envoyer très loin. La vague vint fouetter mon visage, mangea mes doigts avant de m’envoyer de véritables coups de poing dans l’abdomen. Englouti, je glissai dans le cockpit et ma tête cogna violemment contre la coque. Mon esprit sombra quelque part, avec au fond de la gorge un arrière-goût de sel et de sang.


* * *


Mort ? Paralysé ? Non… Juste sonné. Étalé sur le sol. L’hystérique tempête, où ? Je l’ignorais. Nelson, où ? Je ne savais pas. La mer était à nouveau d’huile, mais le bateau portait les séquelles du déluge : mât rompu, safran brisé, cabine inondée. Incapable de mener un cap, je ne pouvais que me laisser dériver ; je songeai alors à tous ces aventuriers solitaires, morts en pleine mer sans avoir revu un visage familier, sans avoir dit au revoir à quiconque.

Plongé dans ces réflexions sinistres, je vis alors une ombre flottante se dessiner au-dessus de l’horizon, une forme abstraite posée sur les nuages bas. Je distinguais une sorte de château surplombant la mer, suspendu comme par magie. Mon sang se glaça d’effroi en même temps qu’il était chaud d’enthousiasme. Le bateau se dirigeait de lui-même vers l’édifice, il paraissait évident qu’une force m’attirait vers ce lieu mystérieux qui descendait sur les eaux. Avec ses deux tours crénelées et sa grande porte voûtée, la structure s’apparentait à une forteresse médiévale. Alors que le phénomène qui se produisait m’apparaissait complètement inédit, ce monde en lévitation réveillait en moi un étrange sentiment de déjà-vu.


Le voilier s’arrêta devant le château et la mer satinée se teinta doucement en vert ; un vert émeraude qui changeait peu à peu d’aspect. Rapidement, je ne semblais plus prisonnier des eaux, mais entouré d’une immense prairie. Là-haut, quelques nuages dodus formaient une chantilly éparse au milieu du bleu des airs et dans cette immensité d’azur, une musique se jouait au loin dans le ciel. Un immense battant en bois ornementé de fer me tendait les bras, comme si on m’offrait l’opportunité de pousser la porte d’un rêve. Je me sentais épié, j’avais la désagréable intuition que l’on scrutait quelque part ce que j’allais faire maintenant. Je demeurai un moment immobile, puis je sortis du voilier, me dirigeai à l’entrée du château et poussai lentement la grande porte en bois.

À peine avais-je entrouvert que j’entendis des bruits de pas qui s’échappaient, comme si l’on cherchait à fuir ma présence. Je me serais attendu à pénétrer dans une pièce spacieuse, un grand vestibule faisant office de réception, mais c’est un escalier étroit qui s’offrait à moi. Après avoir vaincu un moment d’hésitation, j’empruntai l’unique voie qui m’était offerte. La lumière déclinait au gré de ma descente et je dus bientôt faire glisser mes mains sur l’aspérité de la paroi pour me guider. Quand l’obscurité devint totale, une bouffée d’angoisse s’empara de moi, mais le besoin impérieux de percer le mystère auquel j’étais confronté était plus fort que tout. Au faîte de mes craintes, une clarté se manifesta au bout de l’étrange tunnel ; mes derniers pas me guidèrent sur une pièce éclairée par des torches suspendues aux murs. Cette grande salle était drapée de tapisseries d’un rouge violacé ; des armoiries dont je ne comprenais pas le sens habillaient les murs en pierre de l’enceinte. Des murs dont on devinait le souvenir d’événements heureux, mais l’ombre d’un drame également.

Une silhouette apparut à l’autre bout de la pièce. Je distinguais vaguement ce qui semblait être un homme à la posture statique, enveloppé d’une sorte de grand châle.


– Qui êtes-vous ? demandai-je d’une voix mal assurée.


L’écho de ma voix me surprit, les grands murs de l’enceinte résonnaient comme dans une cathédrale.


– Ravi de te revoir ici, répliqua l’individu.

– Je ne suis jamais venu ici.

– Tu as oublié.

– Non, je vous répète que je ne suis jamais venu ici.

– Ta mémoire n’a pas gardé l’empreinte du lieu.

– Puisque je vous dis…


Il sortit de son coin et fit quelques pas vers moi, je reconnus d’abord le ciré jaune de Nelson, puis seulement après, les traits de son visage blafard. Une partie de moi se trouva rassurée de le savoir vivant, mais je remarquai qu’il paraissait encore plus livide que sur le bateau. Il s’approcha d’un pas lent et solennel, je sentis alors que j’allais enfin connaître les véritables intentions de cet étrange personnage. Arrivé face à moi, j’observai avec encore plus d’étonnement son teint fantomatique et son aspect désincarné ; il me tendit la main et pour la première fois depuis notre rencontre, m’adressa un sourire. Toute indécision, toute réserve avaient disparu de son regard, je le sentais heureux et soulagé d’être à mes côtés.


Je saisis sa main et fus subitement précipité dans le noir, capturé par un étonnant vertige ; une sensation de flottement s’empara de moi, l’impression de voler dans le vide, de perdre le contrôle, d’oublier ce que je suis. Le temps se mit en branle et se lança dans une course à rebours effrénée : je me retrouvais plongé dans l’avion qui m’avait amené à Londres, puis je survolais le bureau sur lequel je travaille à Paris. Les choses se mirent à accélérer : je me revois tout jeune manager dans ma première entreprise, assis sur les bancs de la faculté, bassiste adolescent dans mon groupe de jazz… Les images se multiplient comme un diaporama faisant défiler l’histoire de ma vie… La première gorgée de bière… Mon unique cours de violon… Les lèvres charnues de Bénédicte… Du sucre plein les doigts… Grosse gamelle en vélo… Le sable qui glisse entre les orteils… Cette petite cabane au fond du parc… La couleur des billes à la lumière… 1, 2, 3 soleil… Un gâteau avec ses quatre bougies… Le petit ruisseau dans l’arrière-cour… Un long tunnel bleuté…

Désormais privé d’identité, je me sens immergé dans un étrange liquide, perdu dans une obscurité où il règne une atmosphère chaleureuse et un désir charnel. Une voix intérieure se manifeste pendant que je me recroqueville, une voix engloutie dans ce magma de bienveillance. Il y a désormais quelqu'un à mes côtés, une présence embarquée dans cette même aventure et reliée au même univers. Dans cet étroit cocon, nous échangeons des messages, nous écrivons la symphonie de nos cellules, nous partageons nos fluides comme deux êtres plongés dans une sérénité féerique… Je vois alors Nelson apparaître aux côtés de mes propres parents, nous sommes habillés tous deux exactement de la même façon, coiffés de la même manière et ayant le même jouet en mains. Mais il y a quelque chose de troublant, Nelson est ignoré par mon père et ma mère, sa présence n’est pas remarquée. Les parents sont focalisés sur moi, m’adressant exclusivement sourires et baisers quand Nelson regarde ailleurs d’un air neutre, délaissé comme un enfant que l’on ignore et qui n’aurait jamais existé. Je vois alors mon alter ego s’éloigner, sans que je puisse le retenir, une force supérieure à son désir d’être l’emporte et il me quitte sans pouvoir me dire au revoir. Je plonge dans une sombre solitude sur un temps incalculable, un isolement qui finit par éveiller en moi un désir de clarté. Jusqu’à ce qu’une violente dépression se manifeste, un souffle contraire au premier, une force qui parvient à m’éjecter du cosmos dans lequel j’étais baigné.


Tout s’arrêta net… Il me fallut du temps pour réaliser que je me trouvais désormais à l’extérieur du château, devant la grande porte en bois. Le bateau était là, flambant neuf. Je n’avais plus aucune notion du temps, quelque chose avait pris possession de mes pensées, comme si je n’étais plus l’unique propriétaire de mon corps. Une métamorphose discrète qui m’aurait permis de devenir celui que je suis profondément.


Je m’installai à la barre du voilier pour mener un cap que d’instinct je savais être le bon. Sur cette mer débarrassée de la tempête, je naviguais en capitaine responsable, affranchi de toute crainte. Je me retournai vers le château : il avait pris la teinte blanche de l’argile et s’effritait face au léger vent naissant ; il s’érodait dans une triste destinée et allait bientôt s’effondrer dans la mer comme un paysage désolé, emportant avec lui ses révélations. Après avoir parcouru quelques lieues, j’aperçus les côtes anglaises et bientôt l’embouchure de la Tamise.


Arrivé au port, je lovai l’amarre au taquet dans un mouvement accoutumé et à cet instant seulement, peu après avoir mis pied à terre, je remarquai que j’étais couvert du ciré jaune de Nelson. Je me mis en marche, le port s’effaçait sous une brume épaisse, comme un voile recouvrant cette étrange aventure. Je ne savais plus si ce château était un rêve, si j’avais fait un rêve dans ce château… Ou bien, si le château avait rêvé de moi. Mais j’avais l’intime conviction qu’il existait autre chose que cette réalité, un univers parallèle non palpable, une face cachée de l’existence.


_________________________________


Note : Au tout début d’une grossesse gémellaire, il arrive que l’un des embryons disparaisse. Entre-temps, le fœtus restant garderait en mémoire les contacts avec ce qui a été pendant quelque temps son jumeau, son alter ego. De cette relation naîtraient des sentiments tels que la culpabilité, la mélancolie ou l'angoisse liée à la perte, qui poursuivront la personne dans sa vie d'adulte. Cette théorie se nomme le syndrome du jumeau perdu.



 
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   Anonyme   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Vous avez tenu à mettre les points sur les i avec votre note de fin, pas sûre que c'était bien nécessaire. Je comprends toutefois que vous teniez à ce qu'on ne passât pas à côté de l'objet de la nouvelle. En tout cas j'ai apprécié la description maritime qui devient terrestre, puis souterraine-utérine. Une belle écriture à mon avis, nette et ample quand il faut. J'ai aimé aussi que la fin prolonge ainsi le rêve, que vous escamotiez autant que possible la piteuse conclusion « tout cela n'était qu'un rêve », et qu'en fin de compte l'équivoque demeure quand le narrateur regagne le plancher des vaches.

   Alfin   
4/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une histoire qui arrive à vous capturer tout de suite, j’ai découvert les fameux Forts Maunsell que je ne connaissais pas et effectivement ils sont une source d’inspiration fascinante. L’ambiance est très bien posée, le style parfaitement visuel donne une présence, une réalité surprenante à toute l’histoire.

J’aime beaucoup les parallèles esquissées entre l’étrange ancrage des forts et la situation flottante de la vie du narrateur.
Ensuite, Nelson semble avoir envie de faire de l’excès de zèle en ne retournant pas au port et c’est le calme avant la tempête. On ressent que le vieux loup de mer attend que les éléments se déchainent.
En pleine tempête, il est emporté par une vague scélérate et disparait sans inquiéter (en apparence dans le texte) le narrateur, à aucun moment il ne se demande comment retrouver l’homme à la mer.
Le narrateur est impuissant et subit les événements de la tempête.
Le lendemain, la tempête se calme et l’histoire entre dans un mode plus onirique, le bateau semble animé par sa propre volonté, s’amarre tout seul près d’un autre château.

La régression qui suit le contact avec la main de Nelson fait un peu fouillis. Les mots choisis en dessous du niveau de ce qui précède. La régression nous emmène dans la vie intra-utérine qui permet de reprendre au début de la personnalité, de prendre conscience de l’oubli du jumeau perdu. Ceci explique l’ensemble de la vie que le narrateur a vécu jusque-là, son sentiment éternel de solitude. Ces événements lui permettent de s’ancrer profondément, de retourner dans sa force, dans son moi profond. La fin, pour une aventure initiatique de ce genre, est très bien rendue. Les vapeurs se dissipent lentement sans détruire l’acquis de l’expérience comme il advient d’un rêve interrompu subitement et dont la persistance est trop faible pour laisser des traces.

Bravo à l’auteur pour avoir réussi à nous faire vivre une expérience de retour à soi sans nous embrumer, avec justesse.

   Anonyme   
3/2/2021
Difficile de lire "Fort Boyard" sans penser à l'émission télévisée qui n'a rien à faire dans ce cadre-là mais dans votre texte, c'est le style qui prime, un style relevé, homogène. Le prétexte de l'histoire ne m'a pas touché, parce que le problème touche peu le narrateur. Avant et après sont similaires, il n'a pas été changé par la vision. Et puis j'ai cru comprendre, peut-être ai-je mal lu, que Nelson était plus vieux que le narrateur. La note de fin vient mettre un peu d'explication, de quoi s'accrocher ; contrairement à ce que dit socque, on n'aurait pas pu deviner.

Mais pour traiter du sujet du jumeau perdu, n'aurait-il pas fallu toute une biographie ?

   humbaby   
4/2/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Votre bouteille jetée à la mer a révélé un témoignage romancé et même plus lyrique d'un abîme pourtant insondable telle la lumière d'un phare qui guide, qui jalonne de repères l'insaisissable mouvante pour ses naufragés en quête d'ancrages terrestres. Un véritable trésor : des réponses aux questions et des mots choisis pour appuyer des concepts impalpables qui ont permis de rendre visible les méandres psychiques du narrateur. Quelle belle autofiction me semble-t-il. Merci pour votre travail de mise en mots et en images.

   Ombhre   
10/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour In-Flight,

Une nouvelle surprenante, et qui m'a laissé une double impression:

- Un thème très intéressant, servi par une écriture rapide, facile à lire (et c'est un compliment), et une façon de dérouler l'histoire que j'ai appréciée, car à la fin de la lecture, un peu comme dans un roman de K. Dick, on ne sait ce qui est - ou a été - réel ou imaginé, fantasmé. On termine le texte avec une impression un peu étrange que j'aime dans mes lectures. La note de fin de texte donne un éclairage indispensable à mon sens pour bien le comprendre.

- Les qualités de ce texte sont aussi ses faiblesses: il m'a semblé un peu confus (excusez moi de ce mot mais je n'en trouve pas d'autres qui traduise aussi bien mon ressenti), et m'a perdu plus d'une fois. De la description historique des forts Maunsell à fort Boyard sombrant dans le chocolat, en passant par des souvenirs remontant le temps ou un château suspendu comme par magie dans l'air... Il y a pour moi trop de pistes qui partent un peu dans tous les sens et égarent le lecteur que je suis. Il m'a manqué un fil directeur pour bien savourer votre nouvelle qui s'est révélée trop "éparpillée" pour moi.

Merci pour le partage.
Ombhre


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