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Fantastique/Merveilleux
jaimme : Aquila
 Publié le 17/10/09  -  27 commentaires  -  46669 caractères  -  327 lectures    Autres textes du même auteur

Confiance en l'Histoire, histoire de confiance.


Aquila


Alors que l’aube anéantit nos espoirs d’une nuit sans fin, les ombres naissent au pied des chênes surpris de nous voir si nombreux.


Les hommes se pressent épaule contre épaule et l’urine coule le long de leurs jambes nues.

Se détachant du groupe, le fétial avance seul vers l’ennemi, sa lance en bois de cornouiller sanguin à la main. D’ici je peux voir ses mâchoires soudées, car la peur initie chacun de ses pas.

Il va déclarer la guerre au nom du peuple, frapper le sol ennemi de notre colère et leur signifier celle, légitime, de nos dieux.

Il faut donc qu’il se rapproche, et les lances autant que les billes de fronde commencent à pleuvoir autour de lui. Nous sommes obligés d’attendre.

Une pierre le touche à la jambe, il trébuche, se relève et, claudicant, arrive à moins de trente pas de l’adversaire. Sa lance s’enfonce dans le sol. Il prononce les mots qui enlèvent toute chance à l’ennemi.

Soudain une hache de jet s’enfonce dans sa poitrine. Son corps, cassé, reste agenouillé.


Nous nous élançons. Dès que les Parthes arrivent à portée de nos machines, nous recevons de l’optio l’injonction de stopper. Les rochers projetés par les catapultes passent au-dessus de nos têtes, tombent devant les troupes adverses, roulent chaotiquement et broient plusieurs jambes dans les premiers rangs.

Les balistes et les vieilles gastraphètes placées sur les flancs embrochent les hommes et les projettent à plusieurs pas. Les carroballistae, ces petites balistes montées sur des chars, font des ravages et restent hors de portée des arcs courts de l’ennemi. Nous attendons toujours, les boucliers plantés dans la terre sèche. Nos épaules, collées derrière, attendent le choc ennemi. Je sais qu’il ne va pas tarder car nos archers font siffler des centaines de traits au-dessus de nos têtes.

Ils se rapprochent. Mon talon droit se terre dans le sol.


Le choc.

Nous résistons.

Genoux à terre, nous soulevons comme à l’entraînement nos boucliers, et nos glaives s’enfoncent dans les mollets de l’homme qui nous fait face. Dans sa cuisse. Dans un ventre déjà mort.

Tordre et ramener. Baisser le bouclier. Remonter le bouclier. Enfoncer, tordre et ramener.

Il ne faut pas que la lame reste coincée dans un os.

Les hurlements couvrent les ordres de l’officier, mais nous n’en avons plus besoin. En cadence, mille fois répétées, nos manœuvres brisent tout élan efficace chez les Parthes. Nos pertes sont ridicules alors que le sang et les tripes de l’Orient imprègnent nos sandales.

Les Parthes se retirent. La victoire déjà.


Déjà ?

Pourtant les cris scandés par les Parthes ressemblent plus à des appels guerriers qu’à des hurlements de peur. Leurs tambours chthoniens pourraient couvrir l’arrivée de pas géants.

Je risque un coup d’œil au-dessus de mon bouclier de bois et de fer.


Le tremendus, l’effroi divin, m’envahit.

Au-dessus des forces orientales, combattues par les Grecs puis par toutes les armées romaines, apparaît… l’inconnu. Le choc mental est si extrême que des vétérans tombent à genou et pleurent d’horreur. La mort est en train de fondre sur nos lignes.

Dans un froissement infernal, des tempêtes multiples se pressent à mes oreilles.

Des cris stridents inconnus, d’une puissance impossible, me tétanisent.

Ils arrivent, fondant sur nous.

Sur moi.


Ira deum.


Des oiseaux d’une taille impossible, montés par des hommes !

Des aigles.

Aux ailes plus vastes que les voiles de nos trirèmes !

Quelle ironie ! Rome, peuple aimé des vautours depuis notre divin fondateur, va être mise en pièces par des aigles !


Nos regards suppliants se tournent instinctivement vers le légat.

Il sait où est son devoir.

Il se saisit de sa dague de commandant de la légion et entame la devotio. Il se voue aux dieux et offre sa vie en échange de la victoire.

Son second arrête vivement le suicide rituel.

Une rapide discussion, très animée, s’engage entre les deux hommes. Très vite le soulagement apparaît sur le visage du légat. De toute évidence le préfet semble avoir trouvé une alternative.

Je n’entends pas les mots, mais je vois le légat tourner son visage vers le ciel, désigner les oiseaux, leur adresser des paroles et je n’entends que le mot « templum », hurlé, et hurlé à nouveau par notre chef. Je connais aussi ce rituel.

Quintus est en train de proposer aux aigles de passer de notre côté, comme s’il s’était agi de divinités, et peut-être est-ce le cas. Il leur offre de meilleurs temples, de plus sanglants sacrifices que chez les Parthes. Nous, Romains, vivons de contrats et les dieux nous comprennent. Ils savent que nous sommes de parole.

Nos regards, à l’unisson, se tournent à nouveau vers ces visions de titans. Les aigles se rapprochent et nous pouvons voir les griffes, plus grandes que nos vastes boucliers, les becs qui ridiculisent nos lances et les ramènent à l’état de jouets.

Déjà nos auxiliaires gaulois ont pris la fuite et les cavaliers sarmates sont jetés au sol par leur monture affolée.


Alors le premier homme tombe du ciel.

Les aigles géants se débarrassent aisément de ceux qui les montent. Ils se secouent, s’ébrouent, virevoltent et cent hommes viennent s’écraser en hurlant.

Les oiseaux, splendides et terrifiants, survolent nos lignes et volent en cercle. L’un d’entre eux se détache et vient se poser près de notre légat.

Il fait trois fois sa hauteur !

Une discussion semble s’engager.

Une discussion ?! Le bec s’ouvre et se clôt rapidement sur ce qui doit être des mots, puisque notre chef lui répond.

Puis les aigles s’envolent et foncent sur les Parthes en fuite. Chaque piqué emporte un homme et les serres s’ouvrent haut dans le ciel.

L’ennemi s’éparpille dans les bois salvateurs.

Un seul oiseau a été abattu. Et il a fallu de nombreuses flèches, chanceuses sans aucun doute, pour en venir à bout. En effet j’ai le temps d’examiner les aigles qui reviennent. Leur plumage est constellé de traits qui semblent ne leur occasionner aucune gêne. Une fois au sol, ils s’épouillent mutuellement de ces petits morceaux de bois et je ne vois de sang nulle part. C’est à peine si elles ont pénétré la surface des plumes !

Apeurés, nous évitons de nous approcher de ces nouveaux alliés. Nous pansons nos blessés, dépouillons les ennemis et construisons le camp.

Demain nous irons pourchasser les Parthes. Avec les aigles.


Récit du légionnaire Marcus Peltrasius Minor, campagne ordonnée par Auguste contre les Parthes. Bithynie, Asie Mineure, année 749 de la Fondation de Rome



5 avril 1959 Saint Paul sur Ubaye, France


10H48


C’est d’abord une impression de coton dans les oreilles. Je sais, cela ne veut rien dire. Je ne me suis jamais mis de coton dans les oreilles. Toute sorte de saletés incongrues quand j’étais gamin, mais du coton jamais. Pourtant c’est exactement cela. Pendant quelques secondes l’air est remplacé par du coton, tous les bruits sont assourdis, et même la radio que j’ai amenée avec moi dans ces vacances en solitaire me parvient ouatée, comme à travers un oreiller.

Puis le fracas. La vaisselle, la radio, le vaisselier lui-même. Tout tombe autour de moi. Je ne tarde pas à perdre l’équilibre et me retrouve, haletant, en train de compter les secondes au ras du sol.

J’ai immédiatement compris que c’était un tremblement de terre. Je sais que quelques secondes vont passer et que tout va s’arrêter. Je le sais. Mais est-ce suffisant pour survivre ? Alors je compte en espérant qu’à dix ou vingt tout va s’arrêter.

Ne pas compter à rebours. Je repousse la mort puisque chaque chiffre est une seconde de vie gagnée.

À « huit ! » la fenêtre semble exploser et tout le mur qui donne sur l’extérieur s’écroule dans une sorte de mugissement.

Je ne vois plus rien, la poussière a tout envahi et j’ai de plus en plus de mal à respirer. Ma manche sur le nez, je me précipite en aveugle dans cette direction et, trébuchant plusieurs fois, j’arrive à atteindre la rue.

Après maints toux et crachats dans mon mouchoir, je m’essuie méticuleusement les yeux et peux voir à nouveau.

Il est encore difficile de distinguer l’ampleur des dégâts. Dans la rue où je loue cette maison, plus de la moitié des habitations sont au sol, dans une vaste tempête de poussière. J’entends des hurlements et je me précipite dans cette direction. Un homme appelle au secours dans le nuage qui devait être la bergerie d’André Pasquier. Un type bien sympathique, avec un accent qui me condamne à penser que je viens de l’étranger, alors que je loue ici depuis plus de vingt ans. Un bon vivant qui m’a offert un coup à boire la veille au soir.

L’entrée de la bergerie est encore debout, tenue sans doute par ses larges piliers de calcaire, mais derrière il n’y a plus grand-chose. Une arche sur le néant. Je vois des cadavres de brebis sous les décombres. L’André, comme on l’appelle, est à peine plus loin. Une partie de mur est tombée sur le haut de son corps. Les blessures sont béantes sur sa poitrine et le côté gauche de son cou. André gît au milieu d’une flaque de sang. Je dégage les pierres qui l’oppressent encore et me sens bien inutile avec mon mouchoir sur son cou.



Trois semaines plus tard.


Je suis assis là, épuisé et pantelant, devant ma découverte…


D’abord l’André. Il n’a pas survécu. Le curé m’a demandé de rédiger le requiem pour les neuf victimes du village. Je fais moins de fautes que lui en latin et il l’a admis depuis mes premières vacances à Saint Paul, en 46. Un hommage à mes hôtes.


Puis ma maison. Elle avait les jambes fortes comme on dit ici. Le maçon du village voisin a fait des miracles. Mais un bon tiers des habitations est voué à la démolition. J’ai donc accueilli une gentille famille, comme tout le monde.

Lui est laboureur, sa femme me fait la cuisine et ses deux garçons ont usé ma patience plus vite que trente-cinq lycéens en classe d’humanités.

J’ai donc décidé, ce matin, de prendre un bol de silence dans les sentiers de pâturage et même un grog entier de belle solitude, mon « couteau suisse» sur le dos.

C’est ainsi que j’appelle le fatras qui pèse sur mes épaules.

J’y ai rajouté « L’amour la poésie ».

Après quelques heures qui m’ont rappelé à chaque pas la définition du mot « vieillard » dans mon vieux Larousse, « homme de plus de cinquante ans », je me suis accordé une pause saucisson.

Alors que mes pieds s’étaient enfin décidés à me rejoindre, un bruit immense m’a heurté, laissant mon Opinel immobile à trois doigts de ma bouche intelligemment ouverte.

« Un bruit immense » cela ne veut pas dire grand-chose, mais en fait j’étais bien incapable de donner la nature, même approximative, de ce son. Effondrement, hurlement ? Je décidai de partir dans la direction générale.


Et maintenant je suis là.

Assis, ébahi.

Car au sommet d’un éboulis visiblement récent qui tapisse le pied d’une falaise abrupte, il y a devant moi… une porte !


Une porte monumentale, taillée à même la roche, encadrée de grands pilastres surmontés de chapiteaux corinthiens. L’embrasure doit bien faire trois mètres de large, mais seuls trente centimètres en hauteur sont libérés des éboulis.

Le tremblement de terre a dû dégager le sommet de l’entrée et une buse téméraire est peut-être coincée dans ce Pétra préalpin.

Une buse ?...

Je devrais redescendre tout de suite, alerter les autorités archéologiques, avertir la gendarmerie. Et je deviendrais l’inventeur de ce site incroyable.

Mais la curiosité, l’attrait de l’aventure court-circuitent ma logique et me voilà à genoux, dégageant la porte. Les cailloux roulent facilement et je sors ma lampe à acétylène. Je bénis ce kilogramme de lumière que j’ai maudit toute la montée. Par expérience, lointaine il est vrai, je ne vais jamais en montagne sans un minimum de matériel vital au cas où je serais obligé de bivouaquer.

Je descends sur les fesses plusieurs mètres d’éboulis à l’intérieur, peut-être dix ou quinze, et me retrouve dans une salle dallée.


La rencontre.


Au centre de ma bulle de lumière je m’avance dans un silence manichéen. Mes pas ou rien.

Les dalles sont rectangulaires et parfaitement ajustées. Un bel appareil comme on dit en archéologie. Je m’avance vers la droite pour examiner un des murs, mais je n’ai pas le temps de l’atteindre.


- Qui va là ?


Mon cœur rappelle son existence organique en martelant un jazz.

Mon cerveau, lui, se souvient qu’il a des synapses et je réalise qu’on ne m’a pas dit « qui est là ? », mais « quo vadis ? ».

Le film avec Deborah Kerr ?...

Non, le « qui va là ? » de tradition aux portes des camps romains.


Et surtout… ce n’était pas une voix humaine.


C’est un son aigre, horriblement aigu. Mais qui râpe les oreilles, les agresse. Trop fort. Trop… étranger.

Et qui provient de trop près du plafond.


Des claquements assourdissants frappent le sol en se rapprochant lentement, juste à l’extérieur de mon dôme de clarté.

Un immense masque de guerre émerge à plus de deux mètres du sol. Il doit faire la longueur de ma jambe. Sombre avec des reflets d’argent, acéré et recourbé vers le bas. Des yeux sont dessinés dans le registre supérieur.


Le masque monte… et parle.

En latin assez pur, proche de celui de Tacite, mais avec un accent très italien.


- … petit homme !


Je n’ai pas compris et lui demande de parler plus lentement.


- Que veux-tu petit homme avant de mourir ?


Une montagne de plumes chamarrées sort de l’ombre. C’est un aigle monstrueux !

Ce que j’ai pris pour un masque est en fait un bec gigantesque.

Il tend une patte immense vers moi et d’un coup foudroyant me plaque au sol. Mon sac à dos protège ma colonne vertébrale, mais ma poitrine est écrasée sous ces racines inamovibles. Une serre, sans doute l’avillon qui sert à éventrer les victimes, effleure ma trachée artère. Un seul mouvement de sa part et je suis mort !

Je lui explique ma présence ici, aussi rapidement que mon latin et ma terreur me le permettent.

Sa prise se relâche, mais ses yeux fixes me clouent au sol avec la même puissance. Si j’en avais la force et l’impudence je rirais, car je trouve qu’il louche terriblement.

Il me retourne comme un mulot, d’un coup de bec éventre mon sac et, farfouillant, il a vite fait de trouver mon deuxième saucisson. Tout mon repas y passe. Un rien pour lui, ce qui semble l’énerver et mon sac est projeté dans l’obscurité. Je manque de partir avec lui, mais dans un bel acte de fidélité la courroie casse.

Une discussion surréaliste s’engage, mais la seule chose qui importe à l’aigle c’est de trouver à manger, il ne peut s’en procurer lui-même puisque l’ouverture que j’ai pratiquée est trop étroite.

Il refuse de répondre à mes questions. De plus, il semble très affaibli et ne tarde pas à se coucher sur le flanc, la respiration douloureuse. Je lui promets que s’il me laisse partir je lui ramènerai un agneau entier.

Il me regarde.

Il pourrait me manger, mais qui déblaierait la porte ?

Il n’a pas le choix, il le sait, et me laisse partir.


- Reviendras-tu, petit homme ?...


Reviendrais-je ? La question est humaine mais futile, je sais déjà que ma curiosité va l’emporter sur la peur et sur l’épreuve d’avoir à traîner la carcasse d’un agneau lors d’une nouvelle ascension. En plus d’une pelle et d’un dictionnaire. Alors je presse le pas, il me faut préparer mon retour avant la nuit tombée.

Ébruiter mon aventure c’est me faire appeler le « jobard » jusqu’à la fin de mes jours.

Et puis c’est « mon » aventure.


Le lendemain, aidé sur une partie du trajet par un des garçons que j’héberge, j’amène tout mon barda jusqu’à l’aire souterraine de Nitias. C’est son nom.

Je reste le plus près possible de la sortie, assis sur les gravats.

Des milliers de questions se bousculent. La première qui me vient en vaut une autre :


- Nitias, d’où venez-vous ?


Tout en déchirant la carcasse, broyant les os avec autant d’aisance, l’aigle répond :


- Je suis né sur l’Olympe du monde et j’ai connu les champs de bataille autour de Notre Mer.

- Mais… Nitias, quelles batailles ? Et puis dans quelle armée ? De quel peuple, voyons ?


Mes interrogations sont sans conviction, je connais déjà la réponse. Le latin. Les pilastres de l’entrée. L’expression « Notre Mer ». Mais j’ai peur d’entendre la confirmation. Les implications feraient exploser ma vision du monde si lentement construite, si rassurante.

La réponse tombe pourtant:


- Rome, évidemment !


Je ne peux m’empêcher de m’exclamer, avec toute la force qui me protège de l’irrationnel :


- Mais Rome a disparu ! Enfin la civilisation romaine. Toute la civilisation de Rome, les empereurs, les jeux du cirque, les légions, tout ! Et depuis près de mille cinq cents ans !


- Tant mieux !


Je reste sans voix. Je comprends de moins en moins.


- ... mille cinq cents ans, tu dis, petit homme ?


L’aigle, Nitias, s’est arrêté de manger et un morceau de viande sanglante pendant de son bec énorme, tourne son œil gauche vers moi. Il a l’air abasourdi, c’est du moins ainsi que j’interprète son immobilité.

Je ne peux m’empêcher de lui lancer :


- Oui… Et je m’appelle Hadrien, pas « petit homme » !

- Hadrien ? Comme l’empereur ? Le pédéraste ?


Nitias se met alors à balancer son bec de haut en bas en poussant de petits cris. Je suis en train de vivre une expérience unique : un aigle se moque de moi ! Un aigle romain de surcroît !

C’est alors que mes références historiques se fraient une voie fulgurante :


- Nitias. Les aigles romaines ! Mais oui ! C’est très connu, les Romains avaient des bâtons, des totems, comment dire, des enseignes surmontées de figures d’aigles. Un étendard pour les armées, un objet sacré pour les hommes ! Les aigles romaines sont des bâtons, il n’a jamais été question de vrais animaux, encore moins d’aigles géants !

Je comprends instantanément l’expression « monter sur ses ergots », même si l’aigle n’en a pas, lorsque Nitias se précipite sur moi et que son bec s’arrête à quelques centimètres de mon visage. Il m’éclabousse du sang de l’agneau et son haleine est insupportable.


- Je ne suis pas une femelle. Je suis UN aigle. Et ne me traite pas de « bâton », d’objet ou de je ne sais quoi, petit homme pédéraste !

- On dit « une » aigle pour les enseignes romaines, espèce de poulet géant !


Je suis fou, je dois être fou ! Oser dire une chose pareille à un animal capable de me déchiqueter d’un revers négligent ! Je suis vraiment suicidaire !

Mais j’ai appris en trente ans de professorat à ne jamais laisser paraître ma peur. Trente-cinq adolescents, un poulet géant, même combat !

Puis je reviens sur Terre. Non, c’est n’importe quoi ! Les événements récents, le séisme, cette découverte, tout cela a dû emporter mon sens commun !

Pourtant Nitias recule et à nouveau entame sa danse du bec. Il rit ! Et me lance :


- Toi Hadrien, tu me plais ! Si je dois te tuer je te lâcherai de la bonne hauteur !


Ce doit être de l’humour chez les aigles.


Puis il fait quelque chose de totalement inattendu. Il vient se coller contre moi.

Ses plumes monumentales sont étonnamment douces et je suis heureux de sentir sa chaleur. Il se frotte à moi, cherche à me placer sous son aile. Je me laisse faire. J’ai l’impression d’être un animal familier que l’on vient cajoler. Plus qu’une démonstration d’affection je pense que Nitias recherche un contact dont il est depuis trop longtemps sevré. Ses plumes m’offrent une couche divine. Je suis presque allongé. Et je lui fais confiance. Totalement. C’est un sentiment d’absolu, comme on en vit bien peu en toute une existence.


Maintenant que sa faim est apaisée il veut bien me parler. M’expliquer.

Avant de commencer, il tourne vers moi son œil droit, presque aussi grand que ma main et me dit doucement, presque tendrement :


- Tu me feras sortir de là, Hadrien ?

- Bien sûr Nitias. Je te le jure.

- Je te crois, Hadrien, tu es revenu aujourd’hui. Tu m’as apporté à manger. Je te crois… Maintenant, écoute comment mon peuple a disparu. Entends son histoire de gloire et de trahison. Et va dire au monde que nous fûmes des conquérants, pas des… bâtons. Des dieux romains, vénérés. Que sans nous l’empire du monde n’aurait jamais existé.


Ma lampe à acétylène est pleine et la nuit d’été se prête aux longs récits.


J’apprends alors, stupéfait, comment on a changé l’Histoire.



- Mon peuple, commence Nitias, est originaire des plus hautes montagnes du monde. Lorsque je suis né, nous venions d’être capturés par les hommes de Démétrios Ier, satrape grec de la Bactriane, qui avait conquis le Nord de l’Inde. C’était à la fin du deuxième siècle avant l’ère des chrétiens. J’ai vu cette petite croix autour de ton cou…

Ils ont réussi à nous capturer en fermant tout un col avec des filets d’une solidité et d’une finesse incroyable. Des filets de soie en fait. Ils avaient bien préparé leur affaire. Des centaines d’hommes armés de flèches embrasées nous rabattirent vers ce col et nous avions le soleil en face. Enfin c’est ce que mon père m’a raconté.

Puis nous passâmes aux mains des Parthes arsacides, cinquante ans plus tard quand la Bactriane fut vaincue.


L’esclavage n’est pas un mot à prendre à la légère.

Tu dois savoir une chose. Nous sommes très résistants, pratiquement invulnérables, mais je suis né en captivité et mes parents furent obligés d’obéir car nous étions toujours séparés par groupes de quatre ou cinq sous la menace constante que les jeunes seraient exécutés à la moindre désobéissance.

Ces menaces n’étaient pas de vaines paroles.

Lors d’une fête, en son honneur bien sûr, le roi des Parthes, Phraatès, voulut obliger mon père à se déguiser en éléphant volant. Nous sommes un peuple fier, sans prédateur… Son refus entraîna la mort de Ihrol, ma sœur. Elle fut brûlée vive dans une cage en métal.

Un homme charmant ce Phraatès. On raconte que pour monter sur le trône il fit assassiner son père, ses trente frères et son propre fils. Enfin c’est ce qu’on raconte. Ce qu’on racontait.

Alors tu comprends qu’à la première occasion…


Elle se présenta lors d’une bataille en Bithynie. Les Parthes firent l’erreur que nous attendions depuis si longtemps : alors que les Romains taillaient en pièces les troupes du roi, celui-ci, affolé, ordonna de nous lâcher tous à la fois.

Nous aurions pu nous envoler à ce moment précis, mais notre chef voulait sa vengeance. Les Romains nous l’offrirent. Là, sur l’instant. Avec leur aide nous pouvions massacrer des milliers de Parthes ! C’est ce que nous avons fait. Nous les avons traqués au sol et depuis les airs pendant dix jours. Nous avons laissé vivre quelques hommes, défigurés bien sûr, pour que notre haine devienne légendaire.


Nous aurions pu aussi repartir, gorgés du sang de nos bourreaux, mais Rome nous a offert une magnifique résidence.

Le temple de Mars Vengeur, sur le forum même de la Ville.

Le toit du bâtiment fut aménagé pour nos envols. Nous étions nourris avec des bœufs entiers, les Romains venaient nous voir tous les jours avec des cadeaux, jouaient de la musique à notre convenance et à tour de rôle nous partions à la guerre, dans toutes les parties de l’empire.

Instruments indispensables de la Paix Romaine, nous devînmes messagers des dieux et oiseaux de Jupiter.


Puis vint la terrible défaite de Varus.



Récit de Nitias


An 762 de la Fondation de Rome. Année 9 après la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ

Forêt de Teutobourg, Germanie. Allemagne actuelle.


Je déteste cet arriviste de Varus. Depuis que l’empereur lui a confié la Germanie il n’a de cesse de jouer le juge suprême. Son petit cul collé sur son trône il passe ses journées à tenter d’imposer le droit romain à ces peuples vaincus. Allez donc faire comprendre à un Chérusque qu’il peut aller en prison pour meurtre ! Enchaîné par le cou à un mur !

Dites-lui plutôt qu’il doit payer une compensation à la famille de la victime et félicitez-le pour son coup de hache qui n’a pas fait souffrir. Là vous devenez leur chef ! Mais non, il faut que ce petit crâne joue au législateur du haut de sa chaise curule !

Son cul sur la chaise curule, ah, je suis en forme aujourd’hui !


- Nitias, qu’est-ce qui te fait ricaner comme ça ?

- Oh, une bêtise, mon frère. La prochaine fois que je passe sur le crâne dégarni de Varus, je lui fiente dessus !


Mentis est mon frère de couvée. Sa mère est morte au combat et c’est la mienne qui l’a fait éclore. C’est mon frère, pas moins. À deux, en plein vol, nous sommes capables d’écarteler un homme. Nous partageons toutes les joies féroces du combat et même les femelles. D’ailleurs Réna se joint à nous dans ce vol d’éclaireurs.

Elle est belle Réna, toute en grâce et très rapide en plongée.


Notre mission est toujours difficile au-dessus de ces immenses forêts d’épicéas. Les Germains nous connaissent maintenant et savent parfaitement utiliser les couverts. Pourtant nous avons repéré des colonnes suspectes, depuis plusieurs semaines. Elles convergent vers cette région.

Évidemment ce microcéphale de Varus n’a rien voulu savoir. Il a fallu qu’Arminius, le chef des Chérusques, l’informe lui-même d’un soulèvement pour qu’il daigne enfin plier sa chaise et la mettre sur un cheval.


À ce propos… Où est Arminius ? Je ne vois nulle part les troupes auxiliaires chérusques ! C’est curieux. Normalement ils assurent l’avant-garde et le flanc gauche de nos trois légions…

Après une série de cercles très larges je décide d’en informer Varus lui-même.

Je me pose près de lui. Son cheval fait un splendide écart. Bon c’est vrai que j’ai atterri un peu trop près. Exprès.

J’informe notre « chef ».

Pour une fois Varus semble inquiet. Il dépêche des messagers à toutes les unités et ordonne une halte. Les machines sont armées et les hommes en position. On peut même parler de chance puisque nous sommes dans une plaine, entourée il est vrai de forêts mais assez lointaines. Au moins deux cents pas.

Nos dix-huit mille hommes sont impressionnants de calme. Je réalise, avec fierté, qu’un légionnaire de tout l’empire sur six est là, en ordre de bataille devant mes yeux.

Sur les flancs les cavaliers ne seront pas très efficaces en cas d’affrontement. Leur distance de galop est trop courte.

Les centurions prennent un homme sur dix et commencent immédiatement à faire creuser des fortifications.

Je remonte dans le ciel. Et là je comprends qu’ils n’auront pas le temps de les établir efficacement. Toute la forêt vient de se mettre en mouvement.

Les Germains étaient déjà présents. Immobiles. J’ai seulement pu éviter l’effet de surprise.

Je monte encore plus haut.


C’est un océan qui converge vers les soldats romains et s’échoue à la lisière.

De tous les côtés à la fois. À toutes les lisières. Sur une profondeur invraisemblable.

Les Chérusques ne sont pas si nombreux !

Je plonge et vois des Chauques, des Chattes, des Bructères et même des troupes saxonnes, varnes, lombardes ! Sans doute des mercenaires.


Arminius a trahi. Mais je ne lui en veux pas. Je le tuerai rapidement.


J’entends alors des dizaines de milliers d’épées frapper sur des boucliers.

Des dizaines de milliers de piques taper sur des troncs d'arbres. Et encore des milliers de gourdins, des milliers de longues haches, des milliers de framées.


Et puis le cri à l’unisson.

De joie sauvage.


« Germanus » veut dire « frère ».

La Germanie toute entière s’éveille.



- Oui, je connais la suite, Nitias. Varus a perdu la vie, ses trois légions… et ses trois aigles. Est-ce à dire… ?

- Nous avons été fait prisonniers, tous les trois, avant le début du second combat. Le premier jour nous avons fait des ravages et les Romains ont bien résisté. Mais pendant la nuit, épuisés, nous n’avons pas entendu le commando armé de filets. Ils avaient tout prévu, même des chariots pour nous transporter. Comme nous dormons toujours à l’écart…

Le reste c’est l’histoire d’un carnage total et de notre captivité. Sombre période.


C’est Germanicus qui est venu nous libérer.


- Le meilleur des Romains, d’après l’auteur Tacite.

- On m’a lu le « Germanicus » de Tacite. C’est vrai, tout est vrai. C’était un ami, un grand guerrier, le meilleur des hommes que j’ai connus. Une grande âme. Le parangon de toutes les vertus. Il aurait pu et aurait dû être empereur. Tu comprends pourquoi il a fini par être empoisonné, comme Arminius.


Je suis donc resté enfermé avec Réna et mon frère pendant près de sept ans. Les Chérusques nous faisaient combattre avec une très longue chaîne autour de la patte. Elle passait à travers notre cage et faisait un poids énorme qui nous empêchait de voler à plus de quelques dizaines de pieds d’altitude. Elle était fixée à une énorme poulie et il leur suffisait de rembobiner la chaîne pour nous remettre dans les cages.

On nous avait cachés dans une caverne. Parfois nous ne voyions pas le soleil pendant des semaines ! Mais nous avons survécu à tous leurs mauvais traitements. Le pire était la proximité de la cage de Réna. Nous avons parlé pendant toutes ces années et notre intime amitié s’est transformée en un amour d’une pureté douloureuse… Nous ne pouvions même pas étendre nos ailes pour nous toucher.

Mon frère était enfermé dans une autre caverne, nous ne le voyions que lors des combats.

Et c’était une autre épreuve que de savoir mon peuple à notre recherche. Vainement.


- Puisque tu parles d’années… Nitias… tu peux vivre combien de temps ?

- Plus tard Hadrien, plus tard. Laisse-moi d’abord finir cette histoire.



Récit de Tiberius Drusus Nero, surnommé Germanicus après cette campagne.


An 769 de la Fondation de Rome. Année 16 de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Germanie. Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne actuelle


Venez à moi mes chers ennemis. Je vois vos yeux. Je vois déjà vos charognes.

Cent mille hommes vont tuer aujourd’hui. Et être tués.


J’ai quitté la Gaule avec mes hommes et les Chérusques sont là. Ils nous attendent.

Je sais où sont les aigles, les prisonniers ont parlé, mais l’armée d’Arminius me barre le passage. Le fleuve de la Véser est derrière moi et la retraite sera impossible. Elle sera surtout inutile.

Rome, embrasse ta vengeance !

Je ferai une montagne de leur tête, avec celle d’Arminius à son sommet ! Et les huit aigles qui m’accompagnent vont retrouver leurs frères.

Huit ! C’est la première fois depuis des siècles qu’une armée est aidée par huit aigles ! Quand ils volent au-dessus de nous leur envergure cumulée est aussi étendue qu’une légion en ordre de bataille !

Les troupes d’Arminius sont placées sur les collines, mais le reste des Germains est là, dans la plaine. Je place donc mes troupes pour faire face aux deux flancs d’attaque.

Sur la première ligne mes Gaulois, protégés par les archers. Puis quatre légions. Je me trouve au centre du dispositif avec les élites prétoriennes. Derrière j’ai placé les quatre autres légions et enfin des archers à cheval avec les autres alliés.


Je les attends, je sais que leur arrogance viendra à bout de leur patience.

Je me méfie pourtant des forêts derrière les Germains, les sous-bois sont épais et peuvent cacher d’autres troupes.

L’attente n’est pas longue. Les Chérusques dévalent les collines. J’envoie des troupes les prendre en tenaille.


Mes aigles décident d’aller vers les bois. Je leur fais toute confiance. Ne sont-ils pas inspirés par les dieux ?

Pourtant je suis moi-même effrayé par l’attaque des aigles. Je ne les ai jamais vu agir ainsi. Normalement ils foncent en silence, en ordre dispersé, presque en dilettante et sûrs de leur puissance. Cette fois ils volent de conserve, aile contre aile et glatissent à gorge déployée. Le son est proprement infernal. L’image du Tartare, séjour des dieux emprisonnés, me vient à l’esprit. J’imagine des géants castrés hurlant dans les tourments des Enfers. Mes propres troupes sont paralysées.

Les Germains placés devant la forêt sont terrifiés, et ceux qui étaient à couvert, affolés, se précipitent dans la plaine. La confusion est totale et les troupes d’Arminius viennent se rajouter à la mêlée.

Lui-même, blessé, s’enfuit lâchement.

Il n’y a plus aucune organisation et la boucherie couvre la plaine. Les Germains qui essaient de s’enfuir en traversant le Véser sont tués à coup de flèches, de rochers lâchés par les aigles ou même par des corps qui leur servent de projectiles. La tuerie dure plus de douze heures !


J’ordonne qu’un tumulus de crânes soit édifié au centre de la plaine. On y dépose quelques armes des ennemis vaincus. C’est un trophée à la gloire de l’empereur Tibère, à lui seul.

Je garde à l’esprit le fait avéré que certains de mes officiers se font un plaisir de raconter tous mes faits et gestes dans les antichambres du palais impérial.

Ils ne pourront omettre ce détail.

J’ai déjà eu mon compte d’ennuis avec notre auguste empereur, je ne voudrais pas qu’il croie que je veux être le nouveau Jules César. Mes troupes restent avant tout celles de Rome, pas celles du seul « Germanicus ». Je n’ai pas envie de revêtir la toge pourpre de l’empereur. Il faut qu’il le sache clairement.


Un aigle vient se poser au sommet de l’immense trophée et déploie ses ailes majestueuses. Mes hommes hurlent de fierté. Je sais qu’ils libèrent en même temps l’angoisse accumulée dans cette journée d’immortalité. Les cris s’éternisent.


La seconde bataille est presque une formalité. Je minimise mes pertes en utilisant au mieux les frondeurs, les archers et les lanceurs de javelot. L’affrontement final a lieu dans la forêt et les Germains, adossés à un marécage ne peuvent utiliser leurs longues lances.

J’en ai assez de cette tuerie sans éclat, il faut en finir le plus vite possible. J’enlève mon casque et incite mes troupes au massacre final.

Je veux la mort de ce peuple et ne plus revenir dans cette région pour avoir à les combattre à nouveau. Il n’y a pas de prisonniers.


***


- Et tu dis, Nitias, que c’est un homme merveilleux, l’image même de toutes les vertus ? Ce monstre sanguinaire ?

- Oui ! De toutes les vertus romaines ! Le courage, la piété, la fidélité.

- Je connais, je l’enseigne à mes élèves. Mais c’est le courage en politique, au combat. La piété, c’est juste de faire des sacrifices aux dieux et la fidélité va toujours à l’empereur. Ne crois-tu pas qu’il existe d’autres vertus ? L’attachement que tu portais à ton frère, l’amour de Réna, par exemple ? La générosité, la…

- Oui, me coupe-t-il. La fidélité quand tu es revenu pour m’apporter à manger. La fidélité quand tu vas me libérer d’ici. L’inverse de la trahison. De la trahison romaine.

- Tu as déjà évoqué cette trahison…

- Il est temps, effectivement, que je te raconte la fin de ma vie à Rome. Le reste n’est que combats pour agrandir l’Empire ou pour le préserver des invasions.


Germanicus nous a donc libérés de nos cages et nous sommes rentrés à Rome. Tibère a ordonné d’immenses fêtes pour notre retour.

Il a simplement « oublié » d’en instituer pour les victoires de Germanicus ! L’oubli est une force politique majeure.

Nous avons ensuite porté le combat jusqu’aux crachins de la Bretagne et aux soleils d’Arabie.

La seule chose qui nous préoccupait vraiment c’était la raréfaction des naissances, surtout parce qu’elles ne compensaient plus nos morts au combat.

Quand nous sommes passés du côté de Rome nous étions plus de cent. Trois siècles plus tard nous n’étions plus qu’une trentaine. Sans doute la vie hors de nos montagnes. L’air de Rome. Je ne sais pas…

Nous étions donc peu nombreux ce jour-là…



Récit de Nitias


28 février de l’année 380 de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Rome


Ce matin nous avions une convocation de l’empereur. Cela arrive régulièrement. Mais ce qui a mis la puce à l’oreille de Otros, notre chef, c’est le lieu de la rencontre.

La Basilique de Neptune sur le champ de Mars.

Pourquoi ? C’est un lieu clos. Avec un plafond. Nous le rencontrons toujours sur le forum, devant notre temple…


Otros est venu me voir hier soir. Il y avait aussi Réna et un autre jeune couple.

Il nous a fait part de ses craintes.

L’empereur Gratien, nous a-t-il révélé, a reçu un émissaire de l’empereur d’Orient, Théodose. Il ne connaissait pas la teneur du message, mais les positions religieuses de ce dernier sont notoires.

Théodose est un fanatique chrétien, plus encore que Gratien. Il a toujours refusé d’utiliser notre peuple dans ses combats. Le symbole du chrisme, formé par les deux premières lettres du mot christos, a même remplacé l’aigle sur ses insignes militaires. Il devient évident qu’il nous voit comme une survivance des anciens cultes et veut se débarrasser de nous.

Otros pensait que l’empereur allait nous annoncer officiellement que Rome ne voulait plus de nos services. Selon lui cela n’irait pas plus loin.

Mais notre chef est la prudence même : il voulait que nous partions, profitant de la nuit, dans quatre directions différentes.

Notre mission est vitale : survivre au cas où la rencontre serait un piège. Attendre quelques années, puis nous retrouver dans les montagnes au nord de l’Inde pour redonner naissance à un peuple libre.

Nous n’avons pas discuté.

Mais je n’ai pas obéi à tout. Je me suis caché dans les montagnes de Frascati, à quelques kilomètres de la Ville et en milieu de matinée j’ai vu la fumée.

Je me suis précipité à tire-d’aile.

La basilique de Neptune était un immense brasier.



- Et ensuite, Nitias ?

- Je suis parti vers le nord-ouest comme Otros me l’avait ordonné. J’ai erré jusqu’aux glaces du Jütland. Puis je suis allé vers le sud-est pour essayer de retrouver ma Réna.

Mais je ne l’ai pas trouvée. En revanche ma présence a été signalée et on a commencé à me traquer. J’ai échappé à plusieurs tentatives. Alors je suis parti dans des régions plus difficiles d’accès, sans trop m’éloigner de la partie du monde assignée à mon amour.


Puis un jour, mon cœur au désespoir, j’ai découvert ce temple désaffecté dédié à Mithra. Tu peux voir les bas-reliefs de taureau sur le mur du fond. Je pense qu’une légion devait être basée non loin et qu’ils ont aménagé cette grotte. Pendant quelque temps j’ai pu vivre tranquillement en chassant des brebis, mais quelqu’un a dû me voir car un matin ils sont passés à l’attaque.

Des centaines de soldats barraient la sortie, accompagnés de prêtres.

Je ne pouvais pas sortir mais ils n’ont pas réussi à entrer pour autant, je les ai tous tués, à chacune de leur tentative.

Ils ont fini par faire écrouler la montagne au-dessus de la porte.


Ce que je vais te dire maintenant, Hadrien, est le plus grand secret de mon peuple. Mais un secret n’a d’importance que s’il protège quelqu’un. Je dois être le dernier de mon espèce, alors…

Voilà. Nous les aigles, les grands aigles, ne mourons pas de vieillesse. Aucun d’entre nous n’a jamais connu la mort due à l’âge. Mon père me racontait que certains avaient passé les mille années lorsque nous vivions en haute montagne. Moi-même, au moment d’être enterré vivant, j’avais déjà dépassé les cinq cents ans. Mais rester ici sans nourriture c’était mourir de faim.

Je suis donc entré en stase. Nous pouvons faire ça en cas de besoin. Comme une hibernation infinie.

Je me suis réveillé plusieurs fois au long des siècles. À chaque fois à la suite d’un tremblement de terre. Mais aucun n’avait libéré le passage. Cette fois encore j’ai failli me rendormir puisque le passage est trop étroit. Mais tu étais là… avec ta pelle.



Il m’a fallu bien des jours pour dégager la porte. Jusqu’à l’automne. Le passage est ouvert maintenant.

Nitias m’a aidé à évacuer quelques blocs vers le fond de la grotte. Mais il n’est pas très fort quand il est au sol, comme les autres aigles, ses petits frères sans mots. Toute sa puissance au combat vient de ses piqués fulgurants et de sa capacité à soulever grâce à sa formidable portance. En fait je pense qu’il est plus léger que moi malgré sa taille incroyable.


Tout ce temps nous avons parlé.

J’ai assouvi une partie de sa curiosité sur le monde du vingtième siècle. Ce qu’il a le mieux réalisé, et le plus mal admis, c’est qu’il ne sera jamais plus le maître du ciel. En même temps il a réalisé qu’une autre vie s’offrait à lui. L’immortalité lorsqu’on passe à sa vie à combattre et qu’on peut mourir d’un jour à l’autre n’est pas l’immortalité de celui qui pourrait vivre indéfiniment.


- Que vais-je faire d’une infinie solitude ?


Il l’a répété presque chaque jour. Je lui ai donc parlé de notre amitié, d’un monde à découvrir. Des matins frais. Des merveilles qu’il ne connaissait pas. Il fallait lui parler…


Je ne pense pas qu’il ait une image claire de notre époque.


Moi non plus, d’ailleurs.


Je l’ai averti aussi que les hommes savaient voler et qu’il ne devait voyager que la nuit, en évitant les zones trop habitées qui pouvaient recéler des radars.


J’ai éteint petit à petit mon intérêt pour le monde romain. D’une admiration naïve je suis passé à un dégoût total. Cette société était d’une violence qui dépasse mon imagination.


Tous les deux ou trois jours je redescendais au village, je revenais le sac plein de nourritures et je disais à tout le monde que j’étudiais les rapaces et qu’il me fallait de la viande d’agneau pour les appâter. On m’aime bien à Saint-Paul et on me fiche la paix.

Et puis les premières fraîcheurs sont arrivées.

La rentrée des classes…

J’ai promis à Nitias, le dieu déchu, de revenir.

La dernière nuit nous n’avons pas parlé. Je suis resté blotti contre lui.


Au matin il a fallu que je parte. Mon bus était à midi.

Je me suis retourné tous les dix pas.

Il est longtemps resté sur le pas de la porte. À mi-chemin de ses deux vies.



Un an plus tard


J’arrive péniblement à l’entrée de la grotte. La porte est encore plus grande que dans mes souvenirs. Quelques buissons ont déjà commencé à miter le paysage.

Les villageois n’ont pas fait mention d’une grotte ou d’une porte lors de mon arrivée. Il faut dire que nous sommes loin des chemins de pâturage.


Es-tu là ?


Je pénètre dans cette immense bouche sombre.


- Nitias ? Nitias, mon ami ?


Il m’avait parfaitement entendu arriver. Les éboulis sont une alarme sans pareil.

Il s’était placé sur le côté et soudainement m’enlace de ses ailes pour me surprendre. Deux immenses voiles de tendresse dressent une tente de bienvenue autour de moi.

Pour avoir vécu avec lui pendant près d’un mois, je sais comment le faire trébucher. Je sais même qu’il est chatouilleux. Une bagarre d’amitié s’engage. Et nous roulons en riant tous les deux. Moi avec mon rire d’homme et mes larmes de joie. Lui avec son ricanement aviaire ridicule et ses embarras de plumes.

Il ritualise ces retrouvailles en fouillant mon sac, que j’ai pris soin au préalable de dessangler.

Il y trouve un beau gigot d’agneau.

Je sors mon thermos et me verse un café.


- Alors mon ami ? Comment as-tu passé cette année ?


Je ne sais lequel de nous deux a posé la question.

Nitias répond le premier :


- Il faisait trop froid cet hiver j’ai préféré dormir, mais ce printemps j’ai beaucoup voyagé. Très haut dans le ciel comme tu me l’as conseillé. Je vole vite et loin et… ma compagne n’est pas là. Pas dans tout le Sud de l’Europe… J’ai cherché partout. Je l’aurais sentie… Je suis triste Hadrien…

Je reste silencieux.

Et toi qu’as-tu fait ? Tu as joué au pédagogue ?

- Arrête Nitias, je t’ai expliqué qu’il n’y a plus d’esclaves qui s’occupent des enfants… Mais attends, tu es en train de te moquer de moi, non ?


Nitias me toise de son regard dont j’ai appris à connaître les expressions. Oui, il me taquine.

Je sais que je suis en train de sourire comme un idiot.

Moi qui n’ai jamais eu envie d’avoir ne serait-ce qu’une perruche…


- Eh bien, de mon côté, sale poulet, j’ai passé tout mon temps libre à faire des recherches en bibliothèque. Et j’ai découvert plusieurs choses. D’abord qu’il n’y a aucune mention d’aigles vivants qui auraient combattu avec les forces romaines. Aucune !

Je ne vois qu’une explication : Théodose, qui a imposé le christianisme comme religion d’État a dû utiliser la damnatio memoriae. La suppression totale de toute trace d’une personne après sa mort. Les inscriptions sont martelées, les statues détruites. Et pour vous, les aigles, on est allé encore plus loin, jusqu’à la falsification de tous les écrits. Comme nos plus vieux manuscrits ne remontent pas au-delà du IVe siècle… Je pense que toutes les mentions ont été transformées en aigles symboliques, en signes auguraux ou ont, purement et simplement, été supprimées. Un tel acharnement pathologique de la part du pouvoir religieux me remplit d’effroi !

- … Je suis donc la dernière et la seule « trace » de mon peuple.

- Peut-être pas !

- Que veux-tu dire ?

- Je me suis rappelé mes lectures de jeunesse. « Les mille et une nuits ». C’est un récit de contes persans collectés au IXe siècle. Les Perses ont succédé aux Parthes. Et dans ces histoires apparaît un oiseau immense, géant, l’oiseau roc ou Rukh.

- Tu veux dire qu’il est possible que, des siècles après mon emprisonnement, un aigle géant ait été vu au Proche-Orient ?

- Je ne sais pas, on parle d’oiseau, pas d’un aigle… Mais j’ai encore mieux ! Écoute ! En Nouvelle-Zélande on aurait vu des aigles géants ! C’est certain. Des aigles. Appelés aigles de Haast. Et capables de tuer des animaux de cent kilos ou plus. On les a aperçus jusqu’au XIVe siècle.

- Et c’est loin la Nouvelle-Zélande ?

- À l’autre bout du monde. Un refuge très sûr pendant bien longtemps. De nos jours je ne sais pas.

- Il faut que je parte tout de suite ! Immédiatement !


Nitias est très excité. Il trépigne et regarde déjà vers la sortie.


Mon cœur courbe l’échine.

Mais je le comprends. Je ne veux pas le retenir.

C’est mon ami et il a dans les yeux une des plus belles choses qui soit. L’espoir.


- Nitias, peux-tu attendre encore quelques heures ? S’il te plaît, quelques heures encore avec moi.

- …Oui, bien sûr. Non pas parce que je te le dois… Avant de partir, Hadrien, je vais te faire un cadeau. Et un cadeau ne se donne pas parce qu’on le doit.

Tu m’as appris la plus belle des vertus.

La confiance.

L’humus de l’amitié et de l’amour.


Nitias plie son dos.


- Viens mon ami, monte.


Le crépuscule est là, les ombres disparaissent, et j’espère en une nuit sans fin.



« Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles

Toute caresse toute confiance se survivent. »

Paul Eluard


 
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   Coline-Dé   
17/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est magnifique !
J'ai commencé ma lecture pleine d'appréhensions : je n'aime guère les récits de batailles.
Mais c'est bien autre chose, qui mêle érudition, fantastique et belle écriture. Merci pour ce moment de grâce, Jaimme !

   Lapsus   
17/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Donner cœur et chair aux aigles romaines, il fallait y penser.
C'était le prétexte et l'occasion de visiter et revisiter des grands moments d'Histoire avec un luxe de détails étonnant.
Des ombres naissantes de l'aube aux ombres mourantes du crépuscule, les récits successifs sont bien menés dans des styles très différents.
Le mythe des dragons chevauchés y a gagné des plumes à la manière complice de Nils Holgersson.

   NICOLE   
17/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est une lecture qui se mérite, pour moi, qui avais coutume de rêvasser prés du radiateur durant les cours d'histoire, encore plus que pour une autre. Entre le vocabulaire hermétique et les références historiques obscures (mea culpa encore une fois), j'ai bien du mal à m'accrocher.
Ensuite arrive la seconde partie. Là je me prends à trembler pour Hadrien (singulière cette orthographe, je n'aurais pas mis de H !), tellement touchant lorsqu'il prend conscience de son inutilité (« mon mouchoir sur son cou »).
Dès ce passage, je sais que je ne lâcherai pas.
Un petit détail quand même, juste pour faire ma pénible : combien peut il y avoir de quinquagénaires qui partent baguenauder le nez au vent dans la nature en amenant une lampe à acétylène avec eux ?
Rien de grave, il y a ici tout ce que j'aime : de petites touches d'humour (« trente-cinq adolescent, un poulet géant, même combat »), le tout saupoudré de poésie. Quand l'aigle abandonne les sobriquets moqueurs pour user de son prénom (Hadrien), j'ai pensé au Petit Prince, et plus particulièrement au passage où le renard consent à se laisser apprivoiser par l'enfant.
J'ai aimé que tu installe cette amitié dans la durée : une année scolaire sans se voir, et la complicité renait, comme un lien indéfectible, le fil conducteur de cette histoire, où la « fidélité » prend tout son relief.
« Mon cœur courbe l'échine » , belle image, qui parle de don et d'abnégation.
J'ai lu ce texte deux fois, et je sais que j'y reviendrai.
Sachant que je n'aime ni les récits historiques, ni les récits de bataille, je suppose que ça veut dire que c'est réussi, non ?

   Anonyme   
17/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Comme je l’ai attendue avec impatience cette nouvelle. J’ai guetté son avancement, attendu sa publication. Lorsqu’enfin elle a été là, je l’ai précieusement imprimée afin de la lire au calme. Là, couchée devant ma cheminée où brûlait le premier feu de la saison, je me suis plongée dans ce récit.

Attendre quelque chose avec impatience, se réjouir à l’avance de la voir se produire fait toujours courir le risque de la déception. Mais jaimme sait me surprendre et aller au-delà de ce que je peux imaginer. J’ai été comblée.

L’époque romaine n’était pourtant pas ma préférée, loin de là. Bien avant de lire cette nouvelle, comme le héros à son terme, je trouvais que « cette société était d’une violence qui dépasse mon imagination ». Les Agrippine et autres Messaline n’ont pour moi aucun attrait. Dans mon imaginaire, elles s’apparentent davantage à des dragons qu’à des femmes et à des mères.
D’ordinaire, j’ai donc beaucoup de mal à me passionner pour les récits qui se déroulent au cœur de cette pourtant glorieuse civilisation. Mais AQUILA n’est pas une nouvelle sur la Rome des Augustes. C’est un récit de confiance et d’amitié, d'amour et de tendresse. Ce sont là des valeurs et des sentiments que l’on ne peut imaginer dénicher à cette période où l’empire romain, lentement, glissait vers sa fin.

Cette révision de l’histoire me plait davantage que l’Histoire véritable à vrai dire. A coup de phrases courtes, diablement efficaces et très bien tournées, les mots ont pris vie.
L’exercice, toujours si délicat des descriptions de batailles est ici maîtrisé à la perfection, le scénario est aussi bien ficelé que les rubans décorant les cadeaux de Noël.
A cela s’ajoute l'’humour, toujours, comme marque de fabrique. Les saucisses en bannière, j'ai souvent souri. Je ne pouvais demander rien de plus.

En fait, les disputes amicales entre l’aigle et notre « vieillard » (Je ne suis pas d’accord, on n’est vieux qu’à partir du jour où l’on cesse de croire à la magie de l’enfance. Notre narrateur, n’a rien, mais alors là rien, d’un vieillard !) m’ont étrangement fait penser à celle de deux troublions onirien. Reste à savoir lequel des deux est l’Aigle…

A première vue ce texte est long, c’est vrai, mais il est découpé à la perfection et il file sans aucun effort sous les yeux. Il passe même trop vite, on voudrait qu’il dure encore. Absorbée, comme je l’étais, il aurait pu comporter vingt pages de plus, je n’aurais rien remarqué.

Merci jaimme. Merci pour cette promenade dans ce monde de loyauté. Merci pour cette rencontre sublime. Écris encore jaimme, vite.

Pour conclure, car il semblerait que je me sois encore attardée plus que nécessaire (cela devint une habitude), je n’aurais qu’une seule question, elle s’adresse au héros : la prochaine fois qu’un mur s’effondre, libérant un passage sous les montagnes, m’emmèneras-tu ?

   Selenim   
24/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un texte ambitieux qui n'a pas réussi à me faire décoller, la faute partagée entre incohérences de l'intrigue et écriture parfois boursouflée.

La première partie nous chausse des caligae d'un légionnaire romain lors dela fameuse bataille de Teutoburg. J'ai eu le plus grand mal a trouver une aspérité sur le texte tant celui-ci est décousu, l'écriture hachée, les phrases parfois ampoulées. D'un côté on navigue dans un flou total, les ellipses sont nombreuses et étouffent inlassablement toute tentative d'ambiance. Et on voit que l'auteur est passionné par son sujet, il battit son récit avec moult détails sur les cohortes romaines, ses légionnaires, ses tactiques et équipements. Ce contraste affiché entre flou généralisé et abondance de précision m'a découragé. Heureusement, la venue des aigles a éveillé mon appétit pour l'intrigue, dans cette introduction qui m'a replongé dans un amalgame fantasmé entre la scène introductive de Gladiator et la bataille des champs du Pelennor du Seigneur des anneaux.
J'ai noté, surtout dans le premier tiers du texte, des phrases alourdies à cause d'adverbes pesants.

Par la suite, lors du récit de Hadrien, on se retrouve aussi en face de ce contraste flou/détails.
Il y a toujours les mêmes ellipses, des éléments qui demanderaient à être développés sont traités de façon évasive.
Pourquoi ancrer l'histoire à une date précise, même l'heure est donnée ; alors que la narration enchaine les phrases courtes qui sont séparées par de grands laps de temps. Il règne une espèce de chaos, le texte semble émietté, exclusivement construit d'un assemblage de fragments éparses. La lecture est difficile car il n'y a d'unité, pas de fil conducteur narratif.


Après quelques heures qui m’ont rappelé à chaque pas la définition du mot « vieillard » dans mon vieux Larousse, « homme de plus de cinquante ans », je me suis accordé une pause saucisson.
Alors que mes pieds s’étaient enfin décidés à me rejoindre, un bruit immense m’a heurté, laissant mon Opinel immobile à trois doigts de ma bouche intelligemment ouverte.

Voici, entre autre, deux phrases ampoulées, inutilement alambiquées et empesées. Malheureusement, elles ne sont pas rares, et l'ensemble du texte, à part les passages concernants le passé Nitias, manque de naturel et de spontanéité.

Quand Hadrien arrive devant la porte, l'écriture trop froide n'a pas réussi a faire chauffer l'aspect fantastique, à le sublimer. La porte a jaillit de nulle part et on s'en moque un peu.
Si la porte a été dégagée par le tremblement de terre, comment Nitias a-t-il réussi à se nourrir durant son emprisonnement ?
Lors de la rencontre entre Nitias et Hadrien, les dialogues sont surréalistes et en deviennent presque comiques.
En quel langue ont lieu les dialogues. Latin ? Français ? Si oui, où Nitias l'a-t-il appris ?

Au centre de ma bulle de lumière je m’avance dans un silence manichéen.
Je n'arrive pas à visualiser ce que peut être un silence manichéen.

Mon cœur rappelle son existence organique en martelant un jazz.
Empesé, disgracieux.

- Tant mieux !

L’aigle, Nitias, s’est arrêté de manger et un morceau de viande sanglante pendant de son bec énorme, tourne son œil gauche vers moi. Il a l’air abasourdi, c’est du moins ainsi que j’interprète son immobilité.


Le « Tant mieux ! » me paraît à l'opposé d'une réaction «  abasourdi »

An 762 de la Fondation de Rome. Année 9 après la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ
Nitias est-il Chrétien ?


Par contre, j'ai aimé les passages où Nitias raconte son passé. L'écriture se fluidifie, elle gagne en spontanéité et en éloquence. Il y a dans ces moments une légèreté qui manque au reste de la nouvelle. J'ai ressenti dans ces instants le talent de conteur de l'auteur. Cette histoire est vraiment intéressante, étayée par des éléments historiques bien choisis qui rendent l'ensemble crédible.
Par contre, j'ai été dérangé par la théorie de Hadrien sur la suppression des textes de l'existence des Aigles. Les autorités religieuses n'ayant pas réussi à cacher des textes apocryphes et autres manuscrits de Qumram, je vois mal comment elles auraient pu faire disparaître totalement les témoignages sur les Aigles.


La bagarre dans la grotte, image de camaraderie virile sonne faux. Nitias avec son âge de Mathusalem semble bien puéril et décalé.

rire aviaire
Pas beau du tout.

Sur la fin, on a droit à une petite louche de pathos. Je ne blâme pas l'auteur car il est très difficile de faire du sentimental sans glisser vers le tire-larme. Et surtout, ceci n'est qu'une affaire de sensibilité et sensations.

Au final, je garderai l'image d'un texte décousu. L'auteur avait une idée ambitieuse en écrivant cette nouvelle. Malheureusement pour moi, ni les mots ni le ton général n'ont réussi à me toucher. Je suis resté extérieur à ce récit pendant de trop longs moments pour pouvoir l'apprécier.

En toute subjectivité

Selenim

   Marquisard   
17/10/2009
Commentaire qui vaut ce qu'il vaut : je n'ai pas réussi à me prendre au texte, trouvé l'écriture lourde (tournures pompeuses, vocabulaire idem, détails inutiles), mal adaptée selon moi.

Me suis arreté à : "5 avril 1959 Saint Paul sur Ubaye, France"

   Anonyme   
17/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ce récit est riche d'un vocabulaire recherché. Le fond de l'histoire est original, les aigles romaines, il fallait y penser. Néanmoins la forme n'est pas assez "structurée", je ne saurai dire si c'est le découpage des paragraphes ou autre chose qui rendent la lecture éprouvante.
J'ai relevé une incohérence majeure :
"alors que je loue ici depuis plus de vingt ans"
> "mes premières vacances, en 46" = 59-46 = 13 surtout que les deux phrases sont proches l'une de l'autre.
Il y a des commentaires lourds sur des lignes et puis des scènes dépeintes à la va-vite, l'enthousiasme peut-être.
N'empêche j'adore l'histoire qui est dépeinte. C'est une idée remarquable, un filon à exploiter. Franchement, Jaimme, si vous y attachez de l'importance, cette nouvelle mérite d'être retravaillée en profondeur et de renaître. Courage !

   florilange   
17/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce texte m'a rappelé des heures de traductions (latin & allemand), sur lesquelles j'ai transpiré pas qu'à peu près... Alors, a priori, la lecture ne m'emballait pas, d'autant que sa longueur me décourageait.
Pourtant j'ai lu jusqu'à la fin, avec intérêt. J'aime bien cette façon de réinterpréter l'Histoire, de cette manière fantastique.
Vrai que le style est parfoid précieux, voire ampoulé. C'est ainsi que les textes anciens se présentent à nous, quand on tente de les traduire : les aèdes & autres poètes antiques n'utilisaient pas le langage commun mais, au contraire, 1 langage choisi.
Alors, bravo.
Florilange.

   Perle-Hingaud   
17/10/2009
Bonsoir Jaimme,
Je suis désolée, mais j'ai eu du mal à lire ce texte. Trop érudit pour moi, surtout dans sa première partie. Je fais partie d'un lectorat de base, les termes techniques et latins m'ont rebuté. J'ai poursuivi ma lecture quand nous sommes arrivés à la période moderne, mais le fantastique n'a pas vraiment pris. Ton écriture est toujours belle, donc je suis allée jusqu'au bout, par curiosité, pour connaitre la chute (donc, malgré tout, j'étais quand même accrochée). J'ai hésité à commenter, je ne vais pas donner d'appréciation, j'en suis bien incapable...

   Myriam   
17/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel récit hallucinant!

Je suis transportée et bouleversée par cette histoire d'amitié rare.

Les références nombreuses à l'Histoire, parce qu'elles demandent une concentration certaine à la profane que je suis, m'ont incitée à me plonger corps et âme dans la nouvelle, et l'écriture brillante, imagée, tendre et emplie d'humour a fait le reste.

Dès le premier récit, je vivais la bataille avec passion.

Le passage au XXème siècle, intrigant, a lancé ma curiosité sur de nouvelles pistes.

Et, alors que prenait corps la rencontre improbable et magique, j'ai suivi les aventures de Nitias le cœur battant.

Et puis... cette fin si belle... j'en pleurerais...

Talent, poésie, tendresse, douceur et rugosité des mots, maîtrise stupéfiante du rythme, qui donne à chaque scène une musicalité différente...

Exceptionnel!

Merci Jaimme.

   Anonyme   
18/10/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Mwi, une grande ambition derrière ce texte, mais je rejoins totalement Selenim sur son commentaire... J'ai eu bcp de mal à arriver au bout, je trouve le style très doctrinal et pompeux (par moment), j'ai aussi une impression de décousu...

Puisque Sem a pris la peine du détail, je m'en dispense...

   mousange   
18/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel récit de fantasy-historique!
Une érudition remarquable que j'avais déjà pressentie dans les textes précédents de jaimme. Et quelle belle idée de faire vivre les aigles romaines! Là je suis admirative.
J'ai deux critiques. L'une de forme: les mots en latin n'auraient-ils pas été plus facilement "lisibles" en italiques?
Et surtout: c'est trop court, une telle histoire aurait été plus à sa place dans un roman ou une nouvelle bien plus importante, plus détaillée, là c'est un peu frustrant. J'aime bien avoir plus de détails.
Les incohérences de scénario? Je n'en ai pas vues. Oui, l'écart de temps de 13 ans. A corriger.
Bravo, une fois de plus jaimme.

   widjet   
19/10/2009
Bravo déjà à l’auteur d’avoir jusqu’à maintenant reçu 13 commentaires. Sur un texte aussi long, ce n’était pas gagné d’avance d’avoir un lectorat important. Pour ma part, et bien avant la parution de cette nouvelle, je m’étais déjà demandé quel serait le prochain texte (et le prochain thème) de l’auteur après la belle réussite –belle et selon moi méritée – de ces 4 opus sur « Dieu et la rentrée des classes ».
Toujours intéressant, stimulant (peut-être aussi un peu angoissant, qu’on soit pro ou amateur) d’être un peu « attendu au tournant » après avoir été (presque unanimement) salué sur ses premières œuvres. Créer de l’attente, cela prouve qu’on n’est pas insensible à ce que fait l’auteur.

Et c’est là que je me sens un peu merdeux, enfin confus. Je dois faire mes excuses à l’auteur. Je vais être franc : j’en ai lu trop peu (12 pages sur les 30 après impression) pour avoir une opinion tranchée. Disons que je n'ai qu'un début d'impression, imprécis, vague. Et peu emballante, j'avoue.

La faute à qui, alors ?
A moi, en partie. A mon manque curiosité (et de persévérance plus précisément). Je l’avoue : l’Histoire (avec un grand H) et/ou l'Heroic Fantasy, les grands récit d'aventures ne m’ont jamais beaucoup intéressé. L’histoire romaine (ou grecque), les grandes fresques, les épopées, les légendes, Heroic Fantasy, batailles bref, je suis pas client. C'est tout. Voilà, y’a des thèmes, des sujets de lecture (comme les biographies aussi…) qui n’éveillent en moi qu’un ennui poli. Pas de bol (pour moi j’entends), ton histoire entrait dans ce registre.

Ensuite, tu as à mon sens ta part de responsabilité dans le sens où tu n’as pas réussi à me faire oublier que je n’aimais pas ça. Pour donner un exemple à la con, je hais les courgettes, mais quelquefois quelqu’un (une amie, un cuisinier inconnu) arrive en y mettant un ingrédient ou en ajoutant sa patte, son style, sa méthode parvient à me faire tolérer le légume voire même (si il met plein de fromage ou des épices) à me duper au point que j’oublie durant le laps de temps que dure le repas que je hais la courgette. Tu vois ce que je veux dire, je pense.

Alors, disons que là, tu n’as pas réussi à me faire oublier que je goute très modérément à ce genre de récit. Peut-être (je dis bien peut-être) que si j’avais été happé dès le départ (comme par exemple cette première scène – d’ailleurs assez audacieuse, commencer par une scène d’action, sacré culot ! - j’ai eu du mal à la visualiser, à m’immerger dedans, à sentir l’odeur de sang, le souffle épique du conflit, bref à m’embarquer dans ce combat), peut-être aurais-je été tenté de passer outre mon hermétisme pour le genre "Merveilleux/Fantastique.

Je ne sais pas, je suppute…

Et puis dans cette première scène, un passage décalé, celui où l’Ambassadeur du Papa s’apprête à se tuer avec une dague, quelqu’un l’en empêche. En soit pourquoi pas, mais tu l’as exprimé d’une telle façon que ça rend le procédé sinon comique, assez déroutant (je cite ce passage : « Très vite le soulagement apparaît sur le visage du légat. De toute évidence le préfet semble avoir trouvé une alternative » . Deuxième phrase assez dispensable, d’ailleurs).
Idem pour « le projettent à plusieurs pas ». Ca m’a fait rire. Est-ce que le mot « pas » avait un autre sens à l’époque car, le verbe projeter dans un caractère violent et ce « plusieurs pas » ne rend pas bien tout ça (en terme de distance, pas sûr d’être clair).

Il y a aussi ce passage dramatique de la mort d’André. Après une phrase sombre (« D’abord l’André. Il n’a pas survécu. Le curé m’a demandé de rédiger le requiem pour les neuf victimes du village »), tu ajoutes celle-ci qui une fois encore me laisse perplexe et amoindri l’impact de la précédente : « Je fais moins de fautes que lui en latin et il l’a admis depuis mes premières vacances à Saint Paul, en 46. ». Personnellement, je ne vois pas ce qu’apporte ce rajout à part y ajouter un effet « léger ». Est-ce volontaire ?

Idem pour « cette pause saucisson ». J’avoue que cela me trouble beaucoup car je ne sais plus comment me situer (ou situer le ton du texte, le tien en quelque sorte) en tant que lecteur et par rapport à la dramaturgie qui est en place. J’ai comme qui dirait le « cœur entre deux chaises ».

Autre scène dont le rendue visuelle et dont l’intention (comique volontaire ?) m’échappe. L’affrontement avec l’aigle. Je n’ai pas ressenti de suspense, de tension. Trop vite, tu désamorces (exprès ?) le procédé. Tu commences assez fort :
« Il tend une patte immense vers moi et d’un coup foudroyant me plaque au sol. Mon sac à dos protège ma colonne vertébrale, mais ma poitrine est écrasée sous ces racines inamovibles. Une serre, sans doute l’avillon qui sert à éventrer les victimes, effleure ma trachée artère. Un seul mouvement de sa part et je suis mort ! »

Tu finis…par du burlesque :

« Sa prise se relâche, mais ses yeux fixes me clouent au sol avec la même puissance. Si j’en avais la force et l’impudence je rirais, car je trouve qu’il louche terriblement.
Il me retourne comme un mulot, d’un coup de bec éventre mon sac et, farfouillant, il a vite fait de trouver mon deuxième saucisson. Tout mon repas y passe. Un rien pour lui, ce qui semble l’énerver et mon sac est projeté dans l’obscurité. Je manque de partir avec lui, mais dans un bel acte de fidélité la courroie casse »


A ce moment là seulement, j’ai réalisé que c’était CLAIREMENT intentionnel (le reste de ce que j’ai lu confirmera cela). Je me suis dit que j’avais pas compris le truc, que j'étais passé à côté, quoi. Et ce depuis le début. Ma faute encore ...et un peu la tienne aussi (lol) prouvant que ce qui précédait n'était pas évident à catégoriser, un peu comme si toi même ne savait pas trop sur quel pied danser avec ton histoire et dans quel registre véritablement l'orienter. (J'interprète et extrapole un peu - beaucoup ? -. N'en tiens pas forcément compte, c'est un ressenti perso, pas nécessairement la vérité).

Ensuite...j’ai définitivement décroché (surtout toujours à cause de ce fameux ton, que je ne trouve pas pleinement assumé).

Point de vue du style, j’avoue que je n’ai pas été trop séduit. Ca manque quand même de simplicité, de fluidité ; ce qui aurait donné à certains passages une force, un impact plus important et un rendu visuel plus convaincant (c'est tellement important le visuel dans l'écrit et à fortiori dans le domaine que tu abordes).
Je passe vite fait sur les répétitions (par ex – j’ai compté 5 ou 6 fois – du verbe « hurler », tu pouvais trouver des synonymes - comme le mot « aigle » (« rapaces », « Oiseau de Jupiter » etc.. par exemple eut été préférables dans certains cas) ou le fait que tu sois parfois fâché avec les virgules.

N’ayant lu qu’un gros tiers, je n’évaluerais pas. Mais je tiens à te féliciter pour les efforts le fait d’écrire une histoire plutot nouvelle dans nos contrées (même si en tant qu’historien, cela te parle sans doute plus qu’à nous).

Merci donc

W
(qui attend ton prochain texte ;-)))

   Anonyme   
19/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jaimme

Une nouvelle aussi longue et en plus qui commence par un récit épique ... Passionnant.

Mais de toi j'attends le meilleur (désolée)
Alors la première partie m'a déçue. Je te dirai ce qu'on me disait à cette époque bénie des traductions grecques et latines : Ce n'est pas parce que c'ets antique que ce n'est pas vivant !
Et pour moi ce récit ne l'est pas assez, je n'ai pas humé l'odeur de la peur, de la poudre (comment cela y'en avait pas ? ) de la guerre et du sang. Sauf l'urine le long des jambes au début et curieusement cela m'a paru déplacé.
Bon le vocabulaire à mon goût aurait dû montrer moins d'érudition, le style être moins empesé Je pense que le défi que tu t'es lancé était trop grand pour que ton écriture ne s'en ressente pas au départ.
(exemple : chthonien dont tu aurais pu faire l'économie, mon talon se terre pas aimé je ne sais pas pourquoi...)

La scène de ralliement des Aigles par contre j'aurais aimé qu'elle soit plus ancrée dans le divin (ici il me semble qu'il pourrait s'agir d'une discussion de négociateurs modernes) J'aurais aimé que tu nous fasses partager ces moments magiques de l'antiquité où les dieux et les hommes étaient si proches, que tu fasse toucher au lecteur ces relations étranges que les hommes et les dieux avaient alors. (Ce sont bien des envoyés des Dieux ces aigles qui changent l'issue d'une bataille?)

J'i beaucoup plus apprécié la rencontre avec l'aigle bien qu'à mon avis, les premiers instants sont trop rapides. (hum quelques adjectifs un peu trop... de temps en temps..)
J'ai beaucoup aimé le moment où l'aigle commence à rire...

"Trente-cinq adolescents, un poulet géant, même combat ! "
ALors là non pour le coup je ne suis pas d'accord du tout et ce tait d'humour est bien dommage il me renvoie "à l'extérieur " du texte
Juste la sensation que l'aigle est trop vite apprivoisé. C'ets dommage quelque part

Pour le récit de Tiberium j'ai un peu le même reproche que pour l'entrée du texte : je ne sens pas assez l'odeur de la bataille , ni l'effroi quasi mystique que doivent susciter l'apparition des aigles..

J'ai beaucoup plus accroché au développement d el'amitié entre l'homme et l'aigle
"J’ai éteint petit à petit mon intérêt pour le monde romain. D’une admiration naïve je suis passé à un dégoût total. Cette société était d’une violence qui dépasse mon imagination."

Hum décidément le héros est bien réfugié dans l'antiquité, l'Histoire moderne nous offre bien des exemples d'abominations et il n'y a guère besoin d'imagination
Pour la fin je l'aurais aimé un peu plus pudique. Nous faire sentir combien le héros est solitaire avant peut être aurait aidé à comprendre sa réaction (et puis il va pas le garder tout le temps juste pour le voir pendant les vacances scolaires nomého)

Au final, c'est un texte que j'aime bien que je l'aurais préféré un peu plus long (notamment dans les descriptifs de batailles), moins pédagogue par endroit. J'aime bien le fait d'avoir octroyé à l'Aigle le statut de quasi dieu pour ensuite le rendre si dérisoirement humain (d'après mes souvenirs cela correspond exactement aux rapports qu'avaient les Antiques et leurs dieux). C'est un texte très ambitieux, avec énormément de travail.

Merci

Xrys

   Lylah   
19/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une très belle histoire qui m'a emmenée loin, dans le temps hors du temps, des dialogues qui conjuguent tendresse et humour.
La rencontre avec Nitias, l'aigle qui louche, (surréaliste, dites-vous ?!) est sans doute le passage que j'ai préféré mais aussi tous les échanges entre ces deux personnages hauts en couleurs. Les récits de bataille m'ont moins accrochée, mais je me suis laissé mener jusqu'à la fin sans ennui pour autant, tant la relation entre le narrateur et l'aigle m'a enchantée.
De la belle ouvrage, donc et un vrai talent d'écriture, dense et léger à la fois. Merci !

   Meleagre   
19/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonsoir Jaimme,

Moi aussi, j'attendais avec impatience cette nouvelle. Dieu et la rentrée des classes a suscité beaucoup d'attentes ; pas évident d'être à la hauteur ! Ici, tu réussis à nous surprendre, en écrivant une nouvelle totalement différente, et tout aussi intéressante à mon goût.
Cette rencontre entre le monde romain antique, violent, épique et conquérant, et le monde moderne, fait de technologies et de confiance, est très bien mené. La rencontre entre l'aigle Nitias et l'homme Hadrien (avec un H comme l'empereur romain) est savoureuse, touchante ; elle est racontée avec tendresse, émotion et humour. J'ai beaucoup aimé la plongé au milieu des combats, et cette façon de revisiter l'histoire à travers les aigles romaines. Au début, j'ai pensé à la terreur qu'ont due ressentir les Romains de Scipion l'Africain en découvrant les éléphants d'Hannibal. Mais les aigles sont peut-être des armes de guerre tout aussi redoutables.

Pour le style, Jaimme, tu as rompu avec la syntaxe disloquée, hachée de "Dieu et la rentrée des classes" (phrases courtes, nominales, style parfois familier). Ici, il y a des phrases qui coulent naturellement, mélodieusement, et qui servent heureusement le récit. Quelques unes (un peu au hasard) :
"Alors que l'aube anéantit nos espoirs d'une nuit sans fin, les ombres naissent au pied des chênes surpris de nous voir si nombreux." (Je n'ai compris toute la beauté et la portée de cette première phrase qu'après la lecture de l'ensemble du texte...).
"Une montagne de plumes chamarrées sort de l’ombre. C’est un aigle monstrueux !" "Ses plumes m’offrent une couche divine."

Mais certains passages me semblent encore à retravailler. On peut aller encore beaucoup plus loin dans l'épopée, pour rendre les combats spectaculaires, mouvementés et acharnés. Renforcer l'aspect terrifiant des combats permettrait de souligner le contraste entre ces combats et la rencontre, douce et harmonieuse, de l'aigle et de l'homme, le contraste entre la vie passée, belliqueuse, de l'aigle, et sa vie future, faite de tendresse et de confiance, ces nouvelles vertus.
Moi aussi j'ai été beaucoup touché par la fin de cette nouvelle ; j'espère que mes rêves me feront voler à dos d'aigle...

Merci Jaimme pour cette lecture passionnante

   misumena   
22/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour, Jaimme,

J'ai été passionnée, du début à la fin ! J'ai tout de même quelques remarques à faire... Mais je commence par ce qui m'a plu : j'ai lu une histoire, une vraie et bonne histoire, qui se tient, et qui se tient parce qu'elle est ancrée dans la précision historique. Avec, bien entendu, une idée géniale au départ.
Hadrien (moi, j'apprécie le "H" qui ramène à l'empereur romain, et, forcément, à Yourcenar, mais j'y reviendrai) est une réminiscence, lui aussi. L'année 1959 ne m'a pas semblé anodine, puisqu'elle permet à un tel homme d'exister, de s'exprimer en latin, de vivre dans un monde encore rituel. Et il me semble qu'elle permet effectivement le revirement d'Hadrien qui délaisse le monde Antique qui lui semble soudain trop atroce... Hadrien vit dans un village, une certaine douceur émane de ce qu'il raconte de ce village et de ses habitants... Pourrait-on en dire autant aujourd'hui ? En même temps, c'est un homme moderne, ouvert, curieux, qui partage avec Nitias le fait de ne pas se sentir vieillir. Ces deux-là sont faits pour se rencontrer. L'apparition de la caverne rappelle la découverte de Lascaux, et l'aigle... (au passage, un petit souvenir : l'aigle de Malpertuis, de Jean Ray)...oui, c'est un dragon et un dieu à la fois. Immortalité "expliquée" ou pas, on est bien dans le registre fantastique. Ça me va !
Le dialogue, en français ou en latin, a priori en latin, ne me gène pas : on est aussi dans le peplum, et dans les pepli (?), on parle anglais, c'est bien connu.
L'histoire, ensuite : au fond, de quoi s'agit-il ? D'amitié, de fidélité, d'apprivoisement. D'un génocide. De survivance, survivance de rites (Hadrien nourrit un Dieu, on est dans l'offrande), survivance d'une langue. Au delà, j'y vois une alerte écologique (ben oui, tiens, je peux pas m'empêcher) : diminution de la fertilité, destruction de l'animal par l'homme, morcèlement du territoire, nécessité d'une adaptation trop rapide. Nécessité de la présence animale pour l'homme, auusi. Les croyants y verront peut-être également la nécessité de la foi, mais ce n'est pas mon trip.

Les petits détails qui m'ont embêtée : dans la première partie, l'explication des termes. Pas la peine. Soit on a envie de savoir, et on fait une recherche (avec internet, c'est facile), soit on se laisse bercer par les mots. Cet aspect pédagogique est le seul accroc qui m'empêche de cliquer sur "exceptionnel". Je me rappelle ma lecture des "Mémoires d'Hadrien", ado. Horrible ! Je passais mon temps dans le dico. Et puis, j'ai laissé tomber et me suis laissé porter, ce que j'aurais fait ici également. En ce qui concerne le style, rien d'autre ne m'a choquée... j'aime ton style ! J'aime les changements de registre brusques, le surgissement de l'humour. Après tout, la vie, c'est ça aussi...
Ensuite, les dates qui ont déjà été relevées, mais une bidouille et il n'y paraîtra plus.
Et puis, le fait qu'Hadrien laisse s'écouler une année avant d'essayer de revoir Nitias. Pas logique.

Conclusion : tu as un scénario de film. Protège-le.

J'attends la suivante...

   Anonyme   
23/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour jaimme

J'ai du m'y reprendre à plusieurs fois pour lire ce texte.
Le début je n'ai pas aimé du tout. C'est... grandiloquent, mou, figé. Les images ne s'imposent pas mis à part le fait que j'ai vu en lisant ton texte, les premières images de Gladiator. Et Gladiator, pour moi, c'est pas rien...
Ceci dit, même avec en tête Russel Crow, j'ai décroché.
J'y suis retournée, parce que bon, c'est du jaimme, donc normalement c'est du solide.
Comme Selenim j'ai tiqué aux mêmes endroits mais à force de relire, j'ai effectivement vu que partout où je trébuchais, une explication me tendait les bras (la faim de l'aigle, notamment, et cette année de solitude encore passée à attendre)
Je n'ai pas aimé non plus du tout la description du tremblement de terre. Il n'y a pas de bruit (tu n'as jamais souffert d'otites ? jamais, jamais ? Veinard !) - oui parce que dans ce cas, la sensation de coton dans les oreilles on s'en souvient très exactement - passons.
Pas de poussière, pas d'appels à l'aide, rien que des brebis et plus tard, comme entre parenthèse, neuf victimes qui auront droit à un bref requiem.
Je crois, je suis même certaine, que cette nouvelle mériterait plus que 40 000 caractères. Le tremblement de terre en tout cas, n'en aurait pas souffert d'autant que, je l'ai lu en forum, tu as fait des recherches le concernant.
Donc : trop court.

Un détail : j'aimerai savoir pourquoi cette "montagne de tête" n'as pas de s à tête.

Dans l'épisode de la rencontre, j'ai retrouvé l'auteur. Très bien vu. Très bien imagé. A partir de là, j'ai commencé à moins souffrir.
Et je suis rentrée dans le récit.

La fin est superbe, pleine d'humanité, de douceur et de rêves. Et d'espoirs aussi.
En gros, je regrette que le texte n'ait pas été plus long, que la première partie n'ait pas su m'accrocher mais ce n'est visiblement que de mon fait.
Je reconnais le travail, le goût d'écrire et d'offrir en partage une belle histoire à laquelle cependant il manque, toujours pour mon goût personnel, de l'action, des odeurs, du bruit, de la fureur, de la souffrance et peut-être... du sang ?

   LeopoldPartisan   
30/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Réellement époustouflante que cette nouvelle. C'est super bien écrit et documenté, c'est très érudit. Le caractère des personnages est vraiment bien campé, l'on devine en quelques phrases qu'ils ont une histoire. J'adore aussi le côté fleuve de ce récit tout en méandre. Bravo je suis complètement fan. C'est vraiment l'une des meilleures nouvelles que j'ai lue depuis bien longtemps. Chapeau bas.

   Chene   
20/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Jaimme

Tu as de la chance que la météo particulièrement exécrable de cet après midi m'ait arraché à la confection de quelques boutures au jardin.
Bref, je me suis lancé dans ma deuxième lecture d'Aquila, histoire de prendre l'air et de l'altitude d'une autre façon.
De ma première lecture (la semaine dernière), je suis ressorti avec une impression très positive et la deuxième m'a convaincu d'avoir lu une nouvelle originale, celle d'un érudit qui mine de rien a rafraîchi ma mémoire sur l'histoire des légions romaines (oula, ça doit faire 40 ans que mes connaissances latines n'avaient pas été aussi malmenées). Ajouté à cela, un scénario hors du commun, et une construction qui mêle récit historique à l'épopée fantastique.

Ce qui me frappe dans ton écriture, c'est l'adaptation du style à ces deux aspects : on trouve d'un côté un style emphatique quand il est question des récits historiques, transcrits (traduits du latin ?) et le style que je qualifierai d'assez romantique quand il est question de l'épopée fantastique.

Si bien que, si mes souvenirs sont bons (du temps de mes 5 années de latin et des heures passées sur mon Gaffiot), j'ai retrouvé l'emphase d'un Plaute (Amphytrion), d'un Cicéron (La République) ou d'un Virgile (L'Enéide) dans ta façon d'aborder le récit guerrier. Et ce côté "antique" me plaît bien.

D'un autre côté, le contraste est saisissant avec ta manière de conduire l'épopée fantastique devenue plus romantique mais toujours de façon érudite, peut-être trop... Est-ce la crainte de ne pas rendre plausible cet aspect fantastique ? Ou tout simplement pour rester dans ce contexte latin ?

Que dire de plus si ce n'est qu'au fil de ma deuxième lecture je n'ai pu m'empêcher d'avoir quelques images de péplum en tête...

En résumé, et sans rentrer dans les détails à la loupe, je ressors de ces deux lectures avec une perception plus que positive.

J'imagine fort bien, ta nouvelle se transformant en un roman (en développant le contexte historique et en intégrant le narrateur comme témoin antique et actuel de cette épopée).

Au plaisir de suivre d'autres écrits de ta plume... et pour l'évaluation "alea jacta est"... Très bien +

Chene

   Nongag   
1/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Inégal, mais tout de même assez étonnant, ce long récit raconte une histoire assez captivante malgré ses imperfections. Une histoire étonnante, racontée avec imagination et érudition dans lequel l'auteur mélange connaissance historique et merveilleux avec une certaine habileté.

Mais, j'ai l'impression que malgré sa longueur, ce récit n'a pas été porté au bout de ses possibilités. La définition du personnage d'Hadrien manque de profondeur, ses choix face à sa découverte incroyable sont escamotés. Sa relation avec l'aigle est un peu plus développée mais reste tout de même un peu superficielle. Par contre l'aigle possède plus de densité, puisque son histoire est plus approfondie.

L’écriture est inégale. Si je peux admettre une certaine froideur dans les « récits historiques » (ce qui donne une impression passéiste réussie), je ne l’apprécie pas toujours dans la section moderne de la nouvelle. Des phrases un peu lourdes ponctuent le récit comme par exemple :
« Après maints toux et crachats dans mon mouchoir… »
« Alors que mes pieds s’étaient enfin décidés à me rejoindre, un bruit immense m’a heurté, laissant mon Opinel immobile à trois doigts de ma bouche intelligemment ouverte. »

Ce ton un peu pompeux donne au texte une froideur qui contraste avec l’histoire de chaude amitié qu’il nous propose.

Au niveau des dialogues, là aussi je perçois de grandes inégalités. Du ton solennel qui sied bien à la première rencontre succède des remarques « burlesques » (comme le remarque justement Widjet) qui jurent totalement avec l ‘ensemble… (« - On dit « une » aigle pour les enseignes romaines, espèce de poulet géant ! ») et m’ont même fait décrocher par moment de cette histoire.

Reste cet imaginaire, ce conte charmant et surprenant. Il y a beaucoup de travail déjà de fait mais je pense que l’œuvre reste à peaufiner. Il y a là, selon moi, le potentiel d’une nouvelle plus riche, plus élaboré, voir d’un court roman.

Merci pour ce moment d’évasion.

   otaku   
13/11/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Qui moriturus te salutat, Imperator (celui qui va mourir te salut, Empereur, formule qu’adressaient les gladiateurs avant les combats.)
J’ai trouvé votre texte, Imperator Jaimme, tout à la fois prétentieux et extrêmement maladroit. Bien sûr le vocabulaire savant, garde prétorienne au plastron clinquant (souvent trop), est bien réparti sur le territoire de ces lignes, mais escorté d’expressions si malheureuses que cela m’a empêché de poursuivre très loin ma lecture.
Mais bon, passons en revue les bras cassés de cette légion en déroute :
Jai lu que « les chênes sont surpris », et cela m’a immédiatement paru être de la littérature facile et factice ; une bouteille bon marché de poésie ordinaire en somme, et je n’ai donc pas été surpris que « l’urine coule le long de leurs jambes nues » juste après. Mais quel contraste peu élégant ! Depuis l’oxymore de Voltaire, avec sa « boucherie héroïque », il a été démontré irrémédiablement qu’on ne peut forcer un tel mariage entre sublime et ordure sans donner naissance à l’ironie. Or ce n’est pas votre intention ! Il est possible de mélanger les registres, mais il faut préparer le lecteur, sinon cette douche écossaise ne peut que l’échauder.
« Les billes de fronde » ne m’ont pas paru adaptées pour une bataille sanglante. Le mot « bille » me replonge immanquablement dans mon enfance. Me voilà parti, à la lecture de ce mot, dans une autre guerre, celle des Boutons.
« à moins de trente pas de l’adversaire », et à moins de huit lignes de là vous poursuivez :« les projettent à plusieurs pas ». C’est lourd, ces répétitions ! Vous faites mentir le dicton pourtant latin : bis repetita placent (Les choses répétées plaisent).
S’ensuit « mon talon se terre dans le sol », une expression qui me semble, et vous réussissez ce tour de force, tout à la fois impropre et être un pléonasme (se terrer au sol, forcément ! …) Et puis, neuf mots plus loin, comme s’il n’y avait pas suffisamment de lourdeurs, on trouve vos « genoux à terre ». Certes, ici, il s’agit d’un homophone, mais ces redites rendent la lecture rébarbative !
Dans le passage suivant, c’est la ponctuation que j’ai trouvé défaillante : « (…) dans les mollets […] face. Dans sa cuisse. Dans un ventre déjà mort. » Certains points pourraient être remplacés par des virgules, il me semble, même si cela n’est pas obligatoire. Et, parlons des « ventre[s] déjà mort[s] » ! S’ils le sont, comment se fait-il qu’ils se présentent à vos légionnaires… et à quoi bon les tuer encore…L’ensemble m’a semblé bien faible …, et c’est que, sans doute, la bouteille poétique du début a été ressortie pour l’occasion!
« Tordre et ramener. Baisser le bouclier. Remonter le bouclier. Enfoncer, tordre et ramener. » Que ce passage est lassant ! Sans doute, Imperator, avez-vous voulu nous faire comprendre qu’une mécanique de guerre était en action, mais il aurait été bien de révéler la légèreté et l’efficacité de votre art dans cette manœuvre.
Et puis j’ai trouvé quelques morceaux de choix dans cette partie de votre œuvre : -« Il ne faut pas que la lame reste coincée dans un os », encore une preuve flagrante de maladresse ! Faut-il prendre cette expression au premier degré ?
-« les tripes de l’Orient imprègnent nos sandales [et nos pieds de cochon] », voilà un ajout que je vous propose pour rendre plus appétissant l’ensemble ! Tout ça, pour dire que j’ai trouvé cette cuisine que vous nous avez servie de très mauvais goût !
Que signifie « l’arrivée de pas géants » ? Eclairez-moi, je vous prie.
Enfin « le choc mental fut si extrême » (et je ne ferai pas de remarque sur cette dernière expression pour ne pas vous exaspérer en remuant ma lame dans la plaie) que je n’ai pas pu poursuivre la campagne avec vous, Imperator. J’ai suivi votre «injonction de stopper » avec plaisir. (On pourrait faire une remarque sur le verbe « stopper » mais on a dit qu’on arrêtait…)

Dans mon empressement, j'ai fait une faute de frappe "celui qui va mourir te salue", évidemment avec un -e et pas un -t! [commentaire fusionné par la modération]


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[Passage modéré.
D'une part il remet en cause les choix éditoriaux du site, et d'autre part il sort du contexte du texte pour s'adresser directement à l'auteur de manière inadéquate]<\b>

   Tchollos   
30/11/2009
Ma foi, me voilà bien embarrassé car j'ai dû mal à me forger une opinion sur votre nouvelle, nom de Zeus. C'est très subjectif, mais je crois que ça manque un peu "d'équilibre", mot dont je doute encore de la définition d'ailleurs, ehm ehm... Disons que sur la longueur, mon plaisir de lecteur était inégal, partagé entre de vrais moments d'excitations et d'autres moments d'ennuis.

Un texte intelligent, "cultivé", plein d'informations. On sent vraiment la passion de l'auteur pour son sujet. J'admire vos connaissances, et surtout le soin avec lequel vous nous les distillez.

Un humour assez fin et bien réparti.

Un style brillant par moment, franchement personnel.

Et pourtant, il m'est arrivé de me déconnecter du texte. Sans doute à cause du sujet même, qui ne me touche pas beaucoup (et ça c'est totalement subjectif) mais aussi, parfois, à cause du style, parfois un peu "forcé", qui s'accompagne d'un rythme (stucture du texte) en dent de scie. En gros, pour faire simple, certains paragraphes touchent à la perfection en tout point alors que d'autres semblent un peu se perdrent en chemin.

Un beau texte bien qu'un peu froid, un très très belle écriture, un gros boulot (j'aime ça quand on ne se moque pas de moi et quand je sens que l'auteur a pris son temps et mis son coeur). Le rythme est un peu inégal, et le style est parfois emporté par un complexité inutile. Mais le talent est plus qu'évident.

   Flupke   
24/6/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour jaimme,

Absolument délicieux !!!

Un style impeccable, animé par un souffle épique. Ma raison s’est effondrée et je me suis laissé transporter par ces aigles fabuleux.

Ambiance Stargate/Gladiator très réussie, servie par une érudition impressionnante.

En vrac :

Bien aimé, mon frère de couvée.

Ce microcéphale de Varus sonne d’avantage grec que latin, mais bon … (olibrius peut-être ?)

Sur les flancs VIRGULE les cavaliers

As-tu en jpg /scan la page du vieux Larousse vieillard = homme de 50 ans stp ?

Des lectures à recommander/des conseils/des liens pour écrire une nouvelle historique ? ça me donne envie…

Merci pour ce superbe moment d’évasion.

Amicalement,

Flupke

   Maherpa   
12/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est magnifique ! Dans cette nouvelle, vous marchez sur les traces de David Gemmell et de son cycle " Le lion de Macédoine"

   Anonyme   
25/2/2014
Tout est souvent plus que la somme de ce qui le compose. Ce texte est un tout en soi. Comme Jaimme. Je perçois ce dernier comme une personne complète. Rarement vu conjugué en une seule entité autant d'empathie, de simplicité et de don de soi même. Ses textes sont des brèches dans l'ego. Ils nous poussent à ouvrir notre cœur pour y laisser entrer un peu de lumière. Merci. Ne serais-ce que pour osé la vulnérabilité.

   Alcirion   
25/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Un sujet qui me parle puisque que je suis passionné d'histoire romaine !
L'idée générale est intéressante, mais elle aurait du donner une vraie histoire à notre époque, un scnénario mystérieux par exemple.
Au contraire, l'histoire contemporaine, les dialogues entre l'aigle et le narrateur, servent surtout à justifier la structure et la cohérence générale : dans ce genre en particulier, il y a beaucoup d'informations à donner, historiques notmamment et une nécessité à tisser un lien cohérent entre deux univers.
De ce point de vue là, c'est réussi, le thème, l'ambiance, le style collent à l'histoire. Le ton un peu naïf me fait penser au côté aventure de certains auteurs français de SF (avant la vague cyber-punk ou apocalyptique des années 80).
Bref, un projet abouti, bien réalisé, dont l'histoire m'a laissé un petit peu sur ma faim. J'applaudis plutôt l'ambition et la prise de risque parce que l'exercice est très difficile.


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