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Science-fiction
Jano : Arborescence
 Publié le 28/06/14  -  9 commentaires  -  42875 caractères  -  117 lectures    Autres textes du même auteur

« Or, tandis que notre planète, obéissant à la loi fixe de gravitation, continue de tourner dans son orbite, une quantité infinie de belles et admirables formes, sorties d'un commencement si simple, n'ont pas cessé de se développer et se développent encore ! »

Charles Darwin


Arborescence


Kasem a faim. D'aussi loin que ses souvenirs remontent il a toujours eu faim. Son existence et celle de ses congénères se résument à une quête perpétuelle de nourriture. Leurs ventres vides les aiguillonnent sans cesse, les poussent constamment à se déplacer. Manger, une obsession.

Il est devant le groupe, flaire, tâte autour de lui, les sens aux aguets. Ils se sont aventurés dans un secteur inconnu dans l'espoir de trouver quelque chose à se mettre sous la dent. La galerie basse qu'ils empruntent les oblige à progresser lentement, à quatre pattes. Soudain un frôlement furtif près de sa main gauche. Son bras se détend comme l'éclair, attrape le rat, l'étouffe en lui brisant les os d'une poigne féroce. Vite, il accélère pour distancer les autres, se mettre à l'écart. Mais sa prise n'a pas échappé à l'ouïe exercée de Panom. Au moment où Kasem sort en trombe de la galerie il lui saute dessus et tous deux roulent sur le carrelage. Coup d'épaule du premier pour se dégager. Les voilà maintenant face à face, muscles tendus, prêts à se bondir à la gorge. Panom grogne sourdement, d'un timbre rauque, profond, qui a le don d'intimider ses adversaires. C'est le chef du groupe, le plus fort, folie que de lui résister ! Il a déjà tué avec sauvagerie des membres qui osaient le défier.

Kasem se rend compte de son audace, la peur l'envahit. Pour calmer la colère de Panom avant qu'il ne soit trop tard, il lui tend le rat aussitôt arraché des mains. La tension retombe. Satisfait le chef s'éloigne alors dans un recoin, dos au groupe, puis dévore la bête à pleines dents.

Assis à distance respectable, tous attendent en salivant la fin du repas de leur dominant. Kasem a ravalé sa déception, ce n'est pas la première fois qu'on lui dérobe sa nourriture quand ce n'est pas lui qui use de ces méthodes. L'agitation du jeune Niran qui gratte furieusement la base d'un mur attire maintenant son attention. Cette odeur acidulée, il la connaît bien. Niran a déniché un nid de blattes ! À l'unisson la bande se rue, joue des coudes pour atteindre les insectes qui s'échappent en masse de leur cache éventrée. Au milieu des cris et de la bousculade chacun essaie d'en récolter un maximum en passant à l'aveugle les mains sur le sol. Kasem s'en remplit la bouche à n'en plus pouvoir, mâche les carapaces et avale avec délectation le suc un peu amer qui en jaillit. Ça ne vaut pas la chair grasse d'un rat mais c'est mieux que rien. Maudit Panom, s'il pouvait…


* * *


Une immensité d'étoiles se déplie devant mon regard impatient. Je suis au comble de l'excitation car nous ne sommes plus très loin. Dès que nous aurons passé Proxima Centauri nous aborderons les parages de l'objectif tant espéré. Toute ma vie j'ai attendu ce moment, toute mon existence je l'ai consacrée à la réalisation de cette mission : nom de code Alya, retour à la planète-mère, celle qui a abreuvé mon enfance d'images paradisiaques gravées sur les mémo-disques.


Hypnotisé par les cadrans, je n'ai pas vu Aileen24 qui m'a rejoint :


– Alors ?

– On s'approche. Dans une dizaine d'heures nous toucherons au but.

– Tu n'as pas peur ?

– Peur ! Peur de quoi ?

– D'être déçu, il y a si longtemps.

– Certes, elle a dû changer d'aspect mais peu importe. C'est notre patrie à tous, nos racines, nous devons savoir ce qu'elle est devenue.


Suspendu au-dessus de moi je le devine songeur.


– Nous aussi nous avons changé. Les premières générations d'exilés n'ont plus rien à voir avec nous, tu le sais.


Je commence à comprendre où il veut en venir.


– Continue.

– C'était leur terre, pas la nôtre. Et tout ce qu'ils ont réussi à faire c'est de la bousiller. Nous ne sommes pas redevables de ce tas de cailloux. Je n'ai aucunement cette fascination que tu éprouves Brynn11.


Je n'ai pas le temps de répondre qu'il s'éloigne déjà en flottant le long des coursives. Son opinion me trouble, ébranle mes certitudes car il n'est pas le seul à penser comme ça. Ils sont nombreux à ne pas partager mon enthousiasme, à considérer notre mission comme inutile.

Vraiment, je ne les comprends pas. Mon espèce a dû bien changer, en effet, si elle dédaigne retrouver ce qui faisait les merveilles de la planète bleue. Comment n'ont-ils pas envie de voir de leurs propres yeux les océans, les forêts, la couleur dorée des déserts de sable ou la blancheur immaculée des pôles ?

Mais peut-être ont-ils raison après tout, peut-être que l'espoir m'aveugle. Il y a des chances infimes que tout cela existe encore.


* * *


L'eau s'écoule au goutte à goutte d'une canalisation percée. Kasem ouvre une large bouche pour recueillir le précieux liquide et nettoyer ses papilles du goût âcre laissé par les blattes. Sa faim demeure vivace. Il lui faudrait quelque chose de plus consistant.

Emboîtant le pas de Panom, le groupe s'est remis en route. Ils enjambent des monceaux de poutres métalliques avant de s'engouffrer dans un long couloir, interminable. Ils arrivent à une intersection balayée par des courants d'air avec encore des couloirs, à droite et à gauche. Panom s'est arrêté, il se redresse, flaire attentivement les effluves apportées ici. Un frisson parcourt le groupe. Kasem a senti aussi. Odeur forte, puissante, qui ne peut venir que d'un tas de chair en décomposition et les rend tous frénétiques. Kasem et les autres tournent sur eux-mêmes pour localiser la source de l'odeur.

Il n'y a que Panom qui reste immobile, narines dilatées, oscillant lentement de la tête. D'un coup il s'engage en trombe dans le couloir de droite, aussitôt suivi par ses comparses. Des cris d'excitation accompagnent cette furieuse course vers le bas d'où les émanations semblent s'accentuer. Une ribambelle d'escaliers encombrés de gravats sont descendus avec précipitation. Survolté, le groupe atterrit enfin sur les quais. L'odeur s'y déploie dans toute son ampleur comme la promesse de ventres pleins. La charogne gît sur le flanc ; sans doute un animal blessé venu d'en haut qui s'est caché là pour mourir. Mais… un imprévu. Ils ont été devancés par des étrangers !


Panom et les siens se figent. L'autre clan a déjà commencé la curée, accroupi autour de la bête morte. Ces individus se mettent d'emblée à grogner en sentant les nouveaux arrivants. Plusieurs se redressent en découvrant les dents. Panom jauge la situation, il hésite. Sept d'un côté, six de l'autre ; le rapport de forces est légèrement en leur faveur. Le rat dans l'estomac il n'a pas franchement faim mais derrière lui les autres poussent, gémissent, piétinent d'impatience. C'est le leader, il doit assumer sa position. Tous comptent sur sa force. Et puis cette pièce de viande, si rare en ces lieux ! Sa décision est prise en serrant les poings, ce sera l'affrontement.


* * *


Il a fallu beaucoup de persuasion pour convaincre le Conseil de détacher trois vaisseaux du Cercle. Cependant il n'avait pas le choix au risque de bafouer la constitution fondatrice. Il y était clairement formulé que tous les moyens devaient être mis en œuvre pour une réimplantation durable sur la Terre. Le flou entourant les modalités de ce retour, le traumatisme de l'exil encore présent dans les esprits, virent sa date sans cesse repoussée. En réalité, si bien acclimatée à sa nouvelle existence, ma communauté n'a jamais ressenti de caractère d'urgence.

Déterminés, les partisans du retour n'ont jamais baissé les bras, passant le flambeau aux générations suivantes pour qu'enfin un beau jour nous puissions faire voter la mission Alya. Disposant des compétences requises, j'ai naturellement été nommé commandant de cette flottille d'exploration.

Au sein de l'équipage qui m'accompagne tous n'ont pas la même motivation. La Terre est pour eux synonyme d'un âge obscur de guerre et de violence que nous avons dépassé. Depuis des millénaires que nous sommes partis nos conditions de vie dans le cosmos sont maintenant idéales, notre société harmonieuse. Nous avons ce qu'il faut autour de nous pour subsister éternellement. Les étoiles nous apportent une énergie inépuisable et les astéroïdes les minerais nécessaires. Nous maîtrisons techniquement la synthèse d'éléments chimiques indispensables à notre survie.

Songeur, j'observe ma main où je peux voir les veines qui palpitent à l'intérieur, suivre l'emplacement blanchâtre des os. L'absence de lumière naturelle a rendu notre peau diaphane ; nos squelettes dégagés des contraintes de la pesanteur sont devenus fins, délicats comme du verre. Par rapport à nos ancêtres nous avons aussi doublé de taille, comme si l'espace demandait plus de grandeur.

Le rayonnement cosmique fit des ravages chez les premiers exilés, beaucoup succombèrent de cancers et de leucémies. Ceux qui survécurent transmirent à leur descendance des caractères génétiques modifiant profondément leur organisme. Aujourd'hui il semble que les mutations se soient interrompues, nous ne relevons plus d'anomalies chez les nouveau-nés. A priori nous avons atteint le stade d'une parfaite osmose avec l'environnement. Autant de facteurs qui m'interrogent, qui me taraudent l'esprit : sommes-nous encore véritablement des humains ?

Seul un retour à nos origines peut apporter des réponses. Je veux découvrir cette mère que nous avons abandonnée en catastrophe, savoir si elle reconnaîtra ses enfants, si elle est restée aussi belle qu'à travers les images que nous délivrent les mémo-disques.

Le point qui ne cesse de grossir sur l'écran radar augmente mon appréhension.


* * *


Sans attendre davantage Panom s'est jeté sur l'individu le plus costaud du clan adverse. Les coups pleuvent, les ongles griffent, les dents mordent. Ses partenaires l'ont suivi en vociférant. Mêlée générale dont la furie obéit à une faim inextinguible.

Avant de sauter à corps perdu dans le combat Kasem s'est armé d'une pierre retirée du ballast. Il s'en sert pour frapper de toutes ses forces à droite, à gauche. On entend des os craquer, du sang jaillit. Rapidement des protagonistes abandonnent la lutte en se tenant le bras ou en claudiquant. D'autres s'enfuient terrorisés. L'engagement se termine aussi vite qu'il avait commencé avec la victoire des assaillants. Kasem constate la seule présence de Niran à ses côtés, le reste du groupe est mort ou parti se cacher loin dans les ténèbres. Quant à Panom, après avoir fracassé les crânes de deux adversaires, il n'a pu éviter la frappe d'un méchant pieu qui lui a perforé le ventre. Il agonise.

Kasem s'approche de lui, la main crispée sur sa pierre. Une respiration faible mêlée à un gargouillis s'échappe de la bouche du moribond. L'occasion rêvée ! Il lève un poing vengeur, hésite puis se ravise. Quelque chose qui ressemble à de la pitié retient son geste. Au bout du compte il abandonne Panom à son triste sort pour revenir vers Niran, souffrant d'une plaie à l'épaule. Kasem entreprend alors de lécher la blessure pour la nettoyer et cimenter des liens qui vont désormais les unir. Il n'est jamais bon d'être seul sous terre.

Enfin les deux rescapés peuvent déguster la viande et ne s'en privent pas, dévorent avec délectation des jours de disette. Le bruit jubilatoire des mandibules résonne à plein dans l'obscurité. Soudain Kasem relève la tête, renifle, inquiet, détecte un corps qui remue dans un renfoncement. Encore dans l'ivresse du combat il bondit sur l'odeur qu'il reconnaît comme appartenant au clan adverse. Assommé dès l'entame de la lutte, l'individu recouvre maintenant ses esprits. Kasem n'a pas l'intention de lui offrir la même commisération qu'à Panom et brandit sa pierre. Mais passée la première odeur qui a déclenché son hostilité une autre, différente, plus subtile. Perplexe, il retourne l'inconnu recroquevillé sur lui-même pour découvrir… une femelle ! Il abaisse le bras, surpris. Les femelles sont rares ici, enjeux de rivalités brutales entre les mâles. La dernière du clan est morte il y a bien longtemps.

Les senteurs qui émanent de Malee perturbent Kasem, réveillent des instincts primaires, guère sollicités. Son pénis qui se met à durcir le pousse à la pénétrer. Mais elle se défend, se débat si farouchement qu'elle lui griffe la joue. La gifle qu'elle reçoit en retour annihile sa résistance et permet à Kasem d'entreprendre son coït. Soulagé, il laisse la place à Niran qui attendait patiemment son tour, excité lui aussi par l'appel des hormones féminines.

Cet imprévu consommé, les deux mâles reviennent à leur festin. Quand Malee, libérée des ardeurs viriles, s'approche aussi de la charogne Kasem se met sourdement à grogner. Audacieuse, elle maintient son avancée et plonge une main rapide dans les entrailles de l'animal pour en arracher un morceau. Kasem laisse faire. La voilà maintenant accroupie à leurs côtés en train de mastiquer. C'est un embryon de clan qui vient de naître.


* * *


Elle n'est plus aussi bleue, les océans ont nettement diminué. La couverture nuageuse me semble également moins dense. Avec émotion j'aperçois la Lune, son satellite mythique, inspiratrice des poètes de l'Ancien Temps. En fait je ne lui trouve rien de particulier. Sans doute que les hommes d'alors, cloués sur place, devaient être émerveillés par les corps célestes.

Nos trois vaisseaux sont maintenant en orbite autour de la Terre, les instruments nous donnent une foule d'informations. Tout le monde est à son poste, analyse et décrypte les données reçues. J'attends impatiemment les rapports avant de décider de la marche à suivre. Je garde les yeux rivés sur elle, me demande par quel mystère elle a pu engendrer la vie. Des planètes j'en ai vu des centaines, de toute nature, aucune n'abritait la moindre bactérie, le moindre ferment de vie. Il faut que mes pairs comprennent que nous sommes en face d'une exception, une perle rare, qui plus est notre berceau.


– Commandant ?

– Oui.

– Nous avons les premiers résultats.

– Allez-y.

– Nous constatons des modifications conséquentes par rapport aux valeurs conservées dans les archives. La température moyenne est aujourd'hui de 19 degrés, en augmentation de 4 degrés. Changement également de la composition atmosphérique où les taux d'oxygène et d'azote sont en nette diminution, 15 et 71%, au contraire du dioxyde de carbone qui atteint un niveau plutôt élevé de 700 ppm.

– Respirable ?

– À évaluer mais asphyxie probable sur le long terme. Nous expliquons la baisse d'oxygène dans l'atmosphère par une réduction importante du couvert végétal, même chose pour les taux critiques de vapeur d'eau qui…

– Passons, passons, on sait ce qui est arrivé. Des traces de vie ?

– Nous sommes trop haut pour détecter des formes animées, il faut se rendre à la surface.

– C'est bien mon intention.

– Nous relevons par ailleurs une stratosphère fortement endommagée, l'ozone filtre insuffisamment le rayonnement ultraviolet.

– En parlant de rayonnement, où en est-on de la radioactivité ?

– Variable selon les endroits mais relativement négligeable. Le temps a effacé la contamination.

– Enfin une bonne nouvelle. Ce que vous m'annoncez n'est certes pas reluisant mais pas insurmontable non plus. Un équipement adapté peut suffire à une première colonisation.

– Vous oubliez une chose commandant.

– Quoi donc ?

– La pesanteur, elle, n'a pas changé, toujours d'environ 1 g. Nous serions en grande difficulté sitôt le pied posé sur le sol.


Je me lève de mon siège, agacé. Je sais pertinemment que nous ne pouvons plus supporter la gravité terrestre. Les conditions de vie en apesanteur ont fragilisé à l'extrême nos squelettes, atrophié considérablement nos muscles. Nous sommes devenus les pâles reflets des hommes robustes d'antan. Il est possible de trouver des solutions pour respirer et nous protéger des ultraviolets mais cette maudite gravité nous condamne aux exossatures, éternellement. Nous serons toujours rivés à cette armature métallique si nous voulons revivre sur Terre. L'idée m'est insupportable. J'aurais tellement aimé courir en toute liberté, sentir le vent dans mes cheveux, me rouler comme un enfant dans les hautes herbes des prairies. Du rêve, rien que du rêve…


Je m'entends ordonner d'une voix froide :


– Quoi qu'il en soit nous devons continuer l'exploration, il nous faut plus d'éléments. Préparez deux navettes pour nous rendre au sol. Les exossatures nous permettront de progresser.


* * *


Ils sont sur leurs talons. Kasem entend leurs cris de ralliement résonner dans les tunnels. Combien sont-ils ? Dix ? Vingt ? Bien largement supérieurs à eux. Quand cette meute est arrivée sur les quais, attirée par l'odeur du sang, il pensait qu'elle se contenterait de finir la charogne et leur ficherait la paix. Prudemment il s'était d'ailleurs retiré avec Niran et Malee en attendant que les inopportuns mangent et puis s'en aillent. Mais voilà, il y en a un qui a senti les odeurs de Malee, qui aussitôt s'est mis à piailler d'excitation alertant ses congénères. Que des mâles !

Le trio a senti le danger venir et a détalé sans demander son reste. Trop tard, la bande de prédateurs s'est lancée à leur poursuite, pugnace.


Kasem a le cœur qui cogne fort dans sa poitrine, escorté des respirations haletantes de ses deux partenaires. Il a voulu un moment frapper Malee pour qu'elle cesse de les suivre et ainsi écarter la menace mais il s'est attaché à elle, ne veut pas la perdre. C'est un bien trop précieux. Il faut plutôt trouver un moyen de semer ces furieux qui sont à leur trousse. Une seule solution, la fuite vers le haut !

Il se précipite vers des escaliers en fer, les monte quatre à quatre. Dans sa précipitation Malee se cogne, trébuche. Kasem lui attrape la main et la tire avec force pour qu'elle reprenne sa course. Ce bref ralentissement permet à l'assaillant le plus proche de sauter sur eux comme une bête enragée. Il tente d'agripper l'enjeu de sa convoitise mais reçoit un violent coup de poing de la part de Kasem. Il s'effondre.

Les fuyards poursuivent alors leur progression effrénée vers les niveaux supérieurs en empruntant des séries d'escaliers puis des couloirs aux pentes inclinées. Le jeune Niran commence à exprimer des signes d'angoisse, il s'arrête, regarde en arrière, gémit à l'adresse de Kasem. Celui-ci sait. Il sait qu'en haut c'est l'inconnu, l'interdit, que personne, non, personne n'en est jamais revenu.

Le peuple sous terre éprouve une terreur sans nom vis-à-vis de la surface, une peur enfouie dans l'inconscient collectif. On ne va pas en haut, on ne peut aller en haut, c'est inconcevable. Pourtant aujourd'hui ça devient une question de vie ou de mort ! Qui sait si leurs poursuivants se contenteront de Malee et ne les massacreront pas emportés dans leur furie ?

Sa décision est prise, Kasem n'hésite pas à passer les derniers portillons rouillés, suivi par Malee qui ne lâche plus son protecteur. Le souffle grandissant qu'ils ressentent sur le visage annonce la proximité de l'extérieur. Plongé dans le doute, Niran multiplie les allées et venues, avance puis recule, geint quand il entend les poursuivants, se décide enfin par la force des choses. En trombe il rejoint le couple qui a débouché à l'air libre.


Les sens aux aguets, ils sont d'abord assaillis par une foule de senteurs inconnues. Ils ne cessent de lever le nez en l'air, submergés par ces nouveaux parfums entêtants. On dirait qu'il n'existe pas de limite autour d'eux, ni mur, ni plafond, une sensation d'immensité domine. Leur peau sensible est également sollicitée par des informations diverses d'où ressort une impression de douceur. La température est beaucoup moins fraîche qu'en bas, tout comme ce qu'ils ont sous les pieds. Ce n'est pas dur, froid, mais au contraire étrangement tiède, d'une souplesse incroyable.

Mais la perception la plus choquante, c'est le bruit ! Ça vient de partout, de toutes les directions, une multitude de sons graves, aigus, courts ou prolongés qu'il est impossible de localiser tellement ils sont denses. Niran ne peut supporter ce déferlement sonore et se colle les mains sur les oreilles. Tremblante, Malee se blottit contre Kasem qui est rempli de sentiments contradictoires ; soulagé d'avoir semé leurs poursuivants mais terriblement effrayé par ce vaste inconnu.


Ça chante, pépie, grince et stridule, se mêle et se rajoute pour se perdre dans la nuit étoilée où brille, tout en haut, un splendide croissant d'argent.


* * *


Les océans ont diminué de moitié, rendant nos vieilles cartes totalement obsolètes. Les fonds marins se confondent maintenant avec les plateaux continentaux. À la place d'étendues bleues nous apercevons du sable à perte de vue, ponctué ici et là d'épaves de gigantesques méthaniers rongés par le sel et brûlés par le soleil. Quand nous survolons l'eau, elle se réduit à des mers intérieures de couleurs sombres.

Poursuivant notre progression nous voyons des taches de verdure sporadiques, morcelées, apparemment concentrées dans les zones montagneuses. Sans doute que l'atmosphère doit y être plus fraîche et les précipitations encore existantes. J'ai la gorge nouée quand, au fond d'une dépression, nous distinguons les vestiges d'une métropole aux ramifications tentaculaires. J'ordonne au pilote de descendre la navette de quelques pieds.

Nous sommes maintenant au-dessus d'immeubles éventrés, de ponts détruits exhibant leurs ferrailles comme des amas de viscères, de longs rubans d'autoroutes mangés par le désert. On peut encore voir les points d'impact, de larges auréoles aux bords vitrifiés. Un peu partout elles parsèment la surface de la planète, immondes verrues qui refusent de disparaître. Comment ont-ils pu faire ça ? Je serre les poings et les maudis, les maudis de tout mon être, de tout cet espoir qui s'échoue sur ce sol en désolation. L'éventualité d'une recolonisation s'éloigne, j'imagine difficilement mes semblables quitter le confort du Cercle pour affronter des conditions si hostiles. Il faudrait une armée d'utopistes…


– Commandant, des signes de vie !


Je bondis :


– Quel type ?

– Le bio-scan a déjà recensé une pléthore d'insectes, quelques petits organismes mais ici le signal est différent ; créatures de taille supérieure. Nous localisons la source d'émission mais sommes trop en altitude pour affiner.

– Très bien. Atterrissage sur objectif.


Je deviens nerveux, se pourrait-il… ? Non, impossible, l'humanité a quitté en catastrophe un enfer il y a six mille ans. Chaleur et radiation ont tout anéanti. Sans doute de gros animaux particulièrement résistants, je suis curieux de voir leur apparence. Peut-être nous apporteront-ils des éléments sur l'acclimatation en ces lieux. L'espoir me reprend.


Les deux navettes se posent dans un nuage de poussière. J'enrage d'être prisonnier de l'exossature avec un encombrant respirateur sur le visage. Ce n'est pas comme ça que j'imaginais les retrouvailles avec la Terre ! Tant pis, nous n'avons pas le choix. D'abord évaluer la situation et ensuite trouver des solutions.

Les portes de la soute s'ouvrent lentement en même temps que l'émotion indescriptible qui m'envahit. La voilà enfin, la matrice, mère des hommes ! Une luminosité forte m'oblige à baisser le masque polarisé. Impatient, je lance le mouvement :


– Section une, en avant !


Les huit exossatures se déplient, étendent leurs membres dans le claquement sec des démultiplicateurs et le bourdonnement des vérins. Nous sommes engoncés dans ces enveloppes de métal que nous avons appris à maîtriser avec précision, qui augmentent considérablement nos capacités physiques ; en totale fusion avec la machine. Si c'est le prix à payer pour fouler le sol terrestre, autant l'accepter.


– Que dit le détecteur ?

– Six degré nord-est mon commandant, à environ 800 mètres.

– Les cibles se déplacent-elles ?

– Apparemment non.

– Tant mieux, allons-y.


Nous soulevons du sable avec nos pas mécaniques, en ordre serré vers ces mystérieuses créatures. Je note que l'environnement n'est pas aussi aride qu'on aurait pu le croire vu d'en haut. En fait il existe une maigre végétation dominée par des épineux, des cactées, par endroit des touffes d'herbes jaunâtres. Quelques arbustes aussi, des amas de broussailles. Sur ma gauche je visualise les ruines d'une bâtisse à la cour encombrée de carcasses de voitures. Des crissements de cigales ou je ne sais quoi emplissent l'air surchauffé. De toute évidence les insectes ont largement survécu, à l'instar des dizaines de sauterelles qui sautent devant nous. Un lézard sur un caillou m'indique que les reptiles sont également présents. Tout ceci est de bon augure, la vie est là, reste à trouver des bestioles plus grosses. Nous arrivons justement sur l'objectif.


– Commandant… commandant, ce… ce sont des bipèdes !

– Quoi ?

– Voyez-vous même, c'est incroyable !


Alan48 me tend le bio-scan. Sur l'écran, aucun doute. La forme infrarouge, les formes devrais-je dire car il y en a trois, ne peut prêter à confusion. Deux sont recroquevillées, peu visibles, mais la troisième est debout. Debout sur deux membres et droite, droite comme un être humain !


– Bon sang, où sont-ils ?

– Derrière ces rochers, on dirait qu'ils se terrent dans un trou. S'ils nous ont repérés on doit leur faire peur.

– Il faut les sortir de là, préparez l'attracteur.


Les pensées se bousculent à toute vitesse dans ma tête, je sens que nous tenons quelque chose de proprement ahurissant, une découverte qui risque de bouleverser les fondements de notre mission. Il y aurait donc des survivants, une descendance réchappée de l'apocalypse ! Le Conseil ne va pas en croire ses oreilles. Gardons la tête froide, ce ne sont peut-être que de vulgaires singes, une espèce quelconque de primates. Pourtant, cette position verticale, a priori seuls des êtres humains peuvent la tenir ! Je n'en peux plus d'attendre, il faut que je sache.


– Alors ?

– C'est bientôt prêt commandant, nous orientons le rayon à l'intérieur de la cavité, sur l'individu le plus proche, celui qui est debout.


Nous nous tenons en face d'une espèce de grotte formée par un empilement de rochers. L'obscurité et sa profondeur nous empêchent de voir ce qui se passe dedans. La sueur ruisselle sur nos fronts. Intégrée dans l'exossature la climatisation peine à tempérer les ardeurs du soleil. Un moment je me demande comment vont réagir ces inconnus une fois devant nous, deux mètres de chair et de métal.


– Attracteur opérationnel commandant.

– Parfait. Préparez-vous à recueillir la cible, pas de gestes brusques, gardez-la immobilisée dans un premier temps.

ACTION !!!


* * *


Quand le jour s'est levé, le feu du ciel s'est abattu sur les trois fuyards. Ils n'ont pas compris d'où venait cette chaleur grandissante, rapidement insupportable. Une clarté douloureuse inondait leurs cerveaux, poignardait leurs rétines atrophiées comme autant de flèches incendiaires. Paniqués par cet ennemi invisible ils se sont mis à courir dans tous les sens, à chercher un endroit protecteur pour échapper aux morsures brûlantes. Ils se seraient volontiers engouffrés à nouveau sous terre mais l'affolement les a désorientés, incapables de revenir sur leurs pas. Heureusement Kasem est parvenu à capter des émanations d'humidité, non loin d'eux, et ils se sont alors glissés dans cette anfractuosité. Rampant et s'écorchant les genoux ils ont gagné le fond du trou, plus vaste, où l'obscurité et une fraîcheur bienfaisante les a un peu calmés.


Maintenant leur bouche est sèche, leur peau rougie par le soleil. Plaintive tel un petit animal, Malee lèche les parois humides, imitée par ses compagnons d'infortune. Kasem se rend compte que la situation est désespérée. La faim les tenaille mais ils ne peuvent sortir de cet abri. La chose qui brûle dehors, qui donne mal à la tête, les en empêche. Jamais il n'a connu ça. Quand ils sont sortis des profondeurs talonnés par la meute elle n'était pas là. Il en déduit qu'elle va peut-être partir, qu'il suffit simplement d'attendre, alors ils retrouveront le sous-sol qu'ils n'auraient jamais dû quitter.


De longues heures passent où le trio sombre dans un état léthargique, écrasé par une température suffocante qui s'insinue jusqu'à leur repaire. Ils halètent, soupirent, allongés sur la terre qui leur apporte un peu de frais. Soudain Niran se redresse, alerté par du bruit à l'extérieur. Des sons étranges, qui viennent de s'arrêter, tout proches. Attentif il avance légèrement vers la sortie, tend l'oreille. Rien. Et puis ça recommence, encore plus près ! Cette fois-ci un sifflement aigu, qui sort Malee et Kasem de leur torpeur. À peine ont-ils levé la tête qu'une intense lueur frappe Niran de plein fouet, l'entoure d'un halo fluorescent et l'entraîne à l'extérieur ! Il rugit comme un diable, se débat, tente de s'accrocher aux aspérités de la roche mais est inexorablement tiré en arrière. Kasem s'agrippe à ses jambes pour essayer de le retenir. L'attraction est si forte qu'il est entraîné à son tour ! Il prend peur et lâche prise. Impuissant il entend alors Niran hurler à fendre l'âme, hurler encore, calciné par l'astre à son zénith. Une écœurante odeur de chair brûlée se répand dans l'atmosphère. Terrifié, il rejoint à toute vitesse le renfoncement où l'attend Malee pleurnicharde.


Ils redoutent le pire accrochés l'un à l'autre, tremblants de tous leurs membres. Durant quelques minutes plus rien ne se produit. Puis à nouveau la lueur réapparaît, illumine leur abri d'ondes verdâtres, se pose sur le couple qui a alors l'impression d'être enserré dans un étau. De la même manière que la fois précédente la lueur se met à reculer entraînant ses proies avec elle. Là aussi les gesticulations de Malee et Kasem sont sans effet, ne peuvent les délivrer de cette gangue luminescente qui implacablement les emporte vers l'extérieur. Ils ressentent déjà la chaleur du jour. S'attendant à être carbonisé Kasem se recouvre le visage de ses bras dans un réflexe dérisoire. Non ! Le voilà propulsé dans un espace hermétique, Malee aussi ! Stupeur…


Craintif, il tâte de ses mains ce nouvel environnement, lisse, sans odeur. Quand il réalise qu'il ne peut en sortir la colère remplace la peur et il se met à cogner avec violence. Prenant son élan il se jette à droite, puis à gauche afin de briser cette prison. Mais elle commence à bouger, ce qui stoppe net ses tentatives. Des sons, du mouvement, une sensation d'avancer. Il s'aperçoit alors que Malee lui tient la main, son souffle chaud contre l'épaule. Cette présence à ses côtés fait retomber sa tension, calme ses nerfs à vif. Il n'est pas tout seul, elle est avec lui à partager son malheur et il a envie de la protéger.


Au bout d'un temps qui paraît interminable aux deux captifs les secousses s'accentuent, ils se sentent ballottés dans toutes les directions. Kasem entendrait presque des élocutions de ses congénères mais ce n'est pas le même ton ni la même articulation. Enfin les trépidations s'arrêtent. Silence. La température retrouve un niveau agréable. Kasem flaire autour de lui, colle son oreille à la paroi. Où sont-ils ?


* * *


– Mesdames et messieurs du Conseil, nous sommes en mesure de vous donner les premiers résultats de la mission Alya.

– Nous vous écoutons Brynn11.

– Le faisceau d'éléments que nous avons recueilli laisse à penser qu'une recolonisation de la Terre serait compliquée mais pas insurmontable. Les relevés atmosphériques montrent en effet quelques perturbations : dégradation du trioxygène avec hausse importante de la température, composés gazeux saturés en dioxyde de carbone. Les océans ont fortement diminué, leur valeur en salinité est considérable cependant l'eau douce est encore présente, particulièrement dans les massifs montagneux. Nous avons aperçu à plusieurs reprises des zones de végétation de type semi-désertique voire méditerranéen dans le meilleur des cas. Il est probable que des nappes phréatiques subsistent encore, des forages seraient nécessaires pour…

– Hum, nous verrons ça. Parlez-nous des formes de vie rencontrées.

– Oui, c'est étonnant, les radiations postnucléaires n'ont pas tout anéanti, loin de là. Incontestablement ce sont les insectes qui ont le mieux résisté, ils pullulent. Les reptiles aussi, relativement en grand nombre. Nous avons repéré par ailleurs des trous et des terriers qui laissent supposer que des rongeurs ou de petits mammifères fouisseurs existent également. Pour en revenir aux insectes, leur apport en nourriture protéinique doit être pris en compte dans le cadre d'une réimplantation…

– S'il vous plaît Bryann11, nous vous demandons un rapport, un état des lieux, pas vos considérations personnelles !

– Excusez-moi.

– Bien. Avez-vous trouvé d'autres éléments dignes d'intérêt ?


Le voilà, le voilà le moment tant attendu ! Je jubile, certain de mon effet. Les vénérables vont tomber de leurs fauteuils.


– Mesdames et messieurs du Conseil, j'ai une annonce de la plus haute importance, une révélation qui risque de redéfinir notre place dans l'univers et par là même l'avenir de notre communauté. Nous avons la preuve formelle, je dis bien formelle, qu'il reste encore des femmes et des hommes sur la Terre !


Stupéfaction totale. Comme je savoure cet instant ! Je me délecte de leurs mines déconfites, de leurs yeux effarés, ces incrédules qui ont toujours pris les partisans du retour pour d'incurables utopistes, pire, de dangereux illuminés. Eux qui ont toujours dénié à la matrice sa capacité de résurrection, persuadés qu'elle n'était plus qu'un champ de ruines. Fort de ma trouvaille j'ai brisé un dogme, rompu des siècles d'obscurantisme. Je fais brutalement redescendre nos dirigeants d'une position qu'ils croyaient exceptionnelle. Non, nous ne sommes pas seuls, d'autres Homo sapiens subsistent !


– Bry… Brynn11, êtes-vous certain de ce que vous avancez ? Mesurez-vous la portée de votre déclaration ?

– Absolument, et pour corroborer mes affirmations je vais vous présenter les deux spécimens que nous avons recueillis.


Murmure d'étonnement dans l'assemblée.


– Malheureusement nous avons perdu un individu dans l'opération. Il s'avère, pour des raisons qui restent à éclaircir, qu'ils ne supportent pas les rayons du soleil. Nous ne pouvions le savoir et lors de sa capture l'individu a été brûlé au troisième degré. Il en est mort. En prenant des précautions adaptées nous avons pu collecter deux autres individus, un homme et une femme, actuellement confinés dans une chambre stérile.

– C'est incroyable, incroyable ! Pour l'amour du ciel montrez-les nous !

– Bien sûr mais une dernière chose. Ils… comment dire… ils n'ont pas vraiment notre aspect ni même… ni même celui de nos ancêtres. Sans doute l'effet des mutations radioactives. Attendez-vous à un choc.


Je me tourne vers mon assistant.


– Allumez la caméra cinq.


Il faut quelques minutes pour que les images de la vidéotransmission partent de l'orbite terrestre pour atteindre les confins galactiques où demeure le Cercle. Je sais déjà ce que vont ressentir ceux de ma race en contemplant les rescapés. La même répulsion devant ces corps glabres, d'une saleté repoussante ; le même saisissement à la vue de ces doigts hypertrophiés, ces globes oculaires vitreux ; la même consternation face à leur évidente animalité. Voûtés et jambes fléchies, je m'interroge sur leur capacité à tenir une station debout prolongée.


Les réactions ne se font pas attendre.


– Brynn11, êtes-vous sûr que ces… ces créatures soient humaines ?

– J'ai partagé votre scepticisme. Cependant les prélèvements sanguins prouvent en tout point que nous partageons un génome identique. Il n'y a que ces mutations morphologiques, surprenantes il est vrai, qui nous différencient.

– Mais enfin parlent-ils ?

– Non, je ne crois pas. Pour le moment nous n'avons entendu que des vocalises informes. Ils sont terrifiés dès que nous les approchons. De toute évidence l'humanité d'après l'apocalypse a fortement régressé. Il est probable que des milliers d'années au sein d'un environnement hostile, ajoutées aux conséquences du bain radioactif, aient abouti à une dégénérescence intellectuelle.


Puis ce fut le début de discussions houleuses à n'en plus finir. Le Conseil, ébranlé dans ses certitudes, s'affronta pour décider de la conduite à tenir. Une partie clama que la Terre ne remplissait toujours pas les conditions d'un retour, qu'il était illusoire de forcer le destin et que nous avions pris une voie différente. Ils prenaient pour exemple ces deux malheureux que nous tenions captifs pour démontrer que l'homme d'antan n'avait plus sa place et que seules des aberrations pouvaient s'acclimater.

Au contraire enthousiastes, d'autres rétorquèrent que si des humains survivaient nous en étions potentiellement capables aussi avec nos moyens techniques. Ils proposèrent de commencer par l'implantation d'une base, de tenter l'expérience avec des volontaires motivés. J'étais évidemment d'accord avec cette proposition même si je ne voyais pas comment nous pourrions régler le problème de la pesanteur sur nos organismes.

Finalement aucune décision ne fut prise. Trop bouleversé, le Conseil avait besoin de plus de temps pour digérer l'information. On m'ordonna de ramener le couple au sol et de regagner dans les meilleurs délais le Cercle.


* * *


Avec l'équipage nous avons choisi un endroit qui semble offrir une meilleure qualité de vie à nos protégés, non loin du lieu d'extraction : une maigre source, un bosquet rabougri près d'une falaise percée d'une grotte. Après le regrettable incident qui a occasionné des brûlures mortelles à un des leurs nous prenons garde à leur offrir un abri sûr. Je ne comprends d'ailleurs pas leur intolérance aux ultraviolets ni surtout leur quasi-cécité. S'ils se terrent le jour et sortent la nuit pour chasser, comment ont-ils pu perdre la vue ? Les animaux nyctalopes ne sont pourtant pas aveugles ! Il n'y a qu'une existence permanente dans un milieu obscur qui pourrait justifier de cette anomalie. Autant de questions qui mériteraient d'autres expéditions.

J'observe la grotte dans la falaise et j'ai une drôle d'impression. L'humanité demeurée sur Terre est finalement revenue à son point de départ évolutif. Elle qui avait atteint un sommet technologique la voilà maintenant réduite à regagner la protection d'une caverne. Ironie du sort ! Je me demande si elle sait encore faire du feu…


– Commandant, le caisson est prêt.

– Approchez-le de la grotte. Doucement.


Le treuil dépose délicatement le caisson, juste devant l'entrée. Il n'y a plus qu'à ouvrir la porte pour libérer nos deux spécimens que j'imagine complètement perdus. Une dernière fois je les observe à travers le hublot. Des humains… ça. Si nous recolonisons la planète, qu'allons-nous faire de ces pauvres bougres ? Je frémis. Il y a un risque non négligeable. L'histoire a montré que les conquérants avaient peu de pitié pour les peuples arriérés.

Tiens, le mâle a deviné ma présence, il se dirige vers le hublot ! Ils sont pratiquement aveugles mais de toute évidence ont développé d'autres facultés. Son visage difforme, balafré de cicatrices, se découpe dans l'ouverture. Il me sent, lui aussi s'interroge, j'en suis sûr. Je ne sais pas pourquoi mais j'approche mon visage du sien, quelques centimètres nous séparent maintenant. Le voilà qui pose un doigt sur la vitre, j'en fais autant. J'ai la sensation de le toucher, simulacre de contact. Des sentiments divers m'envahissent. Ce n'est pas possible qu'il soit devenu complètement dégénéré, il doit rester une part de raison enfouie. Sur cette pensée je me recule, il est temps. Adieu mon ami.


– Levez la porte !


Pareil à des fauves à qui on ouvrirait la cage, le couple se précipite dans les profondeurs de la caverne. On ne les voit déjà plus. J'éprouve un sentiment de tristesse, comme si j'avais perdu des cousins éloignés sitôt les avoir rencontrés.


– Commandant ! Commandant ! Mouvement détecté !

– Quoi ?

– En direction de l'ouest.

– Bon sang, passez-moi les jumelles.


J'ai le cœur qui s'accélère. Dans l'objectif, en effet, une colonne de poussière qui se dirige droit sur nous. Je ne distingue rien de plus. Il faut réagir, vite, c'est peut-être un danger et il est trop tard pour embarquer dans les navettes. Je lance mes ordres :


– En formation de combat ! Armez les plasmas !


Disciplinés, mes hommes disposent aussitôt leurs exossatures en ligne de front. Les canons à plasma jaillissent des bras métalliques, pointés sur la menace.


– Ne tirez qu'à mon ordre !


Nous attendons, nos armures étincelantes au soleil. La colonne de poussière s'approche à un rythme lent. Malgré la tension à son comble je remarque un rapace qui tourne au-dessus de nous. Il reste donc des oiseaux… Enfin j'aperçois plusieurs formes qui se succèdent, on dirait… on dirait des… des sortes de chariots ! Éberlué je reprends mes jumelles. Oui, c'est bien ça, des chariots comme il en existait dans l'ancienne Amérique ! Tractés par des quadrupèdes que je ne parviens pas à identifier. Des chevaux, non, trop petits, des ânes peut-être. C'est incroyable ! S'il y a des chariots, il y a forcément des conducteurs !


Je me détache sans m'en rendre compte de la ligne de front.


– Commandant, prenez garde !


J'ignore l'avertissement, hypnotisé par cette vision démente – je compte six chariots – qui vient de s'arrêter à dix mètres de nous. Un personnage descend du chariot de tête, suivi par d'autres. Je vais à leur rencontre et ils font de même. Je n'en crois pas mes yeux. Des hommes, des femmes, des enfants, identiques aux gens du temps de la catastrophe ! Semblables, parfaitement semblables ! L'homme est corpulent, il porte un chapeau de paille et une barbe. Je n'ai jamais vu de vraie barbe ! Il y a longtemps que cet attribut a disparu de notre patrimoine génétique. Quand il s'adresse à moi je reste pétrifié ; pétrifié par ces paroles articulées, le timbre de la voix :


– Hé ben, quel accueil ! Vous pouvez pas baisser vos pétoires, on n'est pas des cannibales vous savez ? On vous a vus traverser le ciel alors on a fait aussi vite qu'on a pu pour vous rattraper. Mais avec ces vieilles carnes on avance pas vite, Ha ! Ha ! Ha !


Je ne comprends pas ce qu'il dit et le questionne à mon tour :


– Qui êtes-vous ?

– Hein ? Oula, on cause pas la même langue ! Normal vous me direz, depuis le temps. Dites donc, vous avez drôlement changé, et puis dans vos bidules… vos machines là, on devinerait jamais que vous êtes de la famille. Ah ! Ah ! Ah !

– Je ne vous comprends pas. Nous allons chercher des traductions dans la mémobanque.

– Quoi ? Purée, je capte rien ! Bref, je vous présente ma femme Monique, mes deux fistons Jean et Vincent, de sacrés garnements. Tiens, dis-leur quelque chose Monique, nos cousins sont de retour. Ah ! Ah ! Ah !

– Bienvenue messieurs, on savait que vous reviendriez un jour. Voulez-vous une tasse de thé ?


 
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   socque   
26/5/2014
 a aimé ce texte 
Bien
La fin en pirouette me laisse plutôt insatisfaite, pour moi elle brise l'ambiance : j'aimais bien l'idée de l'humanité en complète régression sur la planète mère, pendant que dans l'espace les "cousins" s'adaptaient au milieu.
Ce qui me chagrine surtout, c'est que les gens dans les chariots soient "normaux", comme nous ; j'aurais bien vu, comme dans une nouvelle de Philip K. Dick que j'ai lue il y a bien longtemps, une humanité divisée en clans très différents selon les niches écologiques, les mutations accélérées par les radiations, et tout ce petit monde se faisant une guerre acharnée chacun persuadé de représenter la dernière "vraie" humanité. Bon, ce n'est pas votre choix, vous préférez désamorcer à la fin l'élément dramatique. Comme lectrice, je trouve cela dommage mais bien sûr c'est vous qui voyez.

Sinon, les thèmes ne sont pas franchement nouveaux (cf. ma remarque plus haut sur la nouvelle de Philip K. Dick), mais plutôt pas mal déclinés, j'ai trouvé, la description du clan des troglodytes plutôt prenante. Vous parvenez à distiller les informations de contexte nécessaires sans trop assommer la lectrice que je suis, je trouve que ça vient assez naturellement.

   Neojamin   
29/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Jano,

Tout d'abord, merci pour ce récit. Agréable à lire, un style sobre qui permet de bien s'accrocher à l'histoire.
L'idée n'est pas trop novatrice mais, ne l'ayant pas eu, je ne peux que te féliciter! Pas mal cette vision d'un malheureusement trop possible futur...
J'avoue avoir grandement apprécié l'histoire des "sous-terriens", bonne description, bon rythme...Par contre, j'ai été moins emballé par le récit du narrateur, trop de cliché, trop de commentaires qui, à mon sens, n'apportent rien au récit et en disent trop. J'aime bien quand il y a un peu plus de mystère, que l'auteur nous laisse deviner les causes et les raisons.
J'ai relevé plusieurs explications qui m'ont parues peu nécessaire et qui ralentissaient le rythme du récit:
- "Vraiment je ne les comprends pas.....tout cela existe encore")
- "le rayonnement cosmique....humains")
- " Je me lève de mon siège....rien que du rêve")
- "comme je savoure cet instant....subsistent")
D'une manière générale, j'ai trouvé ce récit trop commenté, cassant parfois le rythme.

De bonnes trouvailles que j'ai relevé, la rencontre avec la femme, l'invention des exossatures (malgré la redondance des critiques du narrateur à son égard), l'idée des hommes sous terre, bonne cohérence avec l'évolution génétique des humains dans l'espace, les os fragiles, la résistance à la pesanteur...

Quelques incohérences:
- "position verticale" et plus tard "voutés, jambes fléchies"
- "Quand il réalise qu'il ne peut en sortir la colère remplace la peur et il se met à cogner avec violence" La colère le pousserait plus à cogner avec violence et non la peur selon moi.
- Et surtout, cette idée que des milliers d'années sont passées...vu qu'il y a eu modification génétique et pourtant, le narrateur s'enthousiasme comme s'il avait lui-même connu la Terre ! Ce n'est qu'un point de vue mais un peu plus de détachement de sa part permettrait de marquer plus fortement ce "bond temporel" que le héro effectue.
- La fin, j'ai l'impression qu'elle a été rajouté après coup, elle ne me semble pas s'inscrire dans le récit...cette rencontre m'apparait trop "cliché" et ma foi un peu décevante par rapport au reste!

Quelques critiques donc mais qui ne diminuent en rien le travail accompli. Je ne peux que te féliciter. Il y a matière pour écrire un roman avec ces histoires de modifications génétiques et les chemins possible de l'évolution humaine!
Merci.

   ili   
30/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je suis d'accord avec les commentateurs précédents en ce qui concerne la fin, mal trouvée — compte tenu du niveau de ce qui précède et de la longueur que cela pourrait prendre, c'est compréhensible. Du reste, le rythme est prenant ; l'alternance des deux points de vue contrebalance pour moi les longueurs sus-citées.

Le grand attachement qu'a le narrateur pour la Terre pourrait être mieux expliqué, peut-être en détaillant légèrement cette évocation des poètes de l'Ancien Temps.

Suggestions de virgules qui, à mon avis, manquent
il n'avait pas le droit (virgule) au risque de bafouer la constitution fondatrice.
Mais passée la première odeur qui a déclenché son hostilité(virgule) une autre, différente, plus subtile.
s'approche aussi de la charogne (virgule) Kasem se met sourdement à
et ne les massacreront pas (virgule) emportés dans leur furie ?
Ils redoutent le pire (virgule) accrochés l'un à l'autre
Quand il réalise qu'il ne peut en sortir (virgule) la colère remplace la peur et il se met à cogner avec violence.

j'observe ma main où je peux voir les veines qui palpitent à l'intérieur formulation maladroite (« à l'intérieur » + « où » )
Il s'aperçoit alors que Malee lui tient la main, son souffle chaud contre l'épaule. à éventuellement reformuler aussi ?

dévorent avec (la ?) délectation des jours de disette.
S'il vous plaît Bryann11, ; voulu ?

Dans l'ensemble j'ai trouvé le texte agréable à lire, bien que la science-fiction me rebute habituellement. Merci pour ce beau travail.

   Pepito   
30/6/2014
Bonjour Jano,

Forme : il semble difficile de peaufiner un texte si long, d'ou quelques maladresses et longueurs.
"Une immensité d'étoiles se déplie devant mon regard impatient." slaaaaashfrrrrr!
"Suspendu au-dessus de moi je le devine songeur." le rapport entre le début et la fin de la phrase m'on amusé.
"Panom s'est arrêté, il se redresse (modif de temps ?), flaire attentivement les effluves apportées ici." apportées là-bas, il ne les sentiraient pas.
"Il a fallu ..., j'ai naturellement été nommé commandant de cette flottille d'exploration" présentation loooongue, digne d'un compte rendu de réunion
"dévorent avec délectation des jours de disette." ??
"Un lézard sur un caillou m'indique que les reptiles sont également présents." les cailloux aussi ;=)
"– En formation de combat ! Armez les plasmas !" oh, putaingue .... les Pokémons !
"Panom et les siens se figent. L'autre clan a... serrant les poings, ce sera l'affrontement." çà c'est bien rendu.
"(La Lune) En fait je ne lui trouve rien de particulier." bien vu

Fond :
"Manger, une obsession." j'ai toujours cru que c'était un besoin.
"y a six mille ans" erreur classique, donner une durée. En plus d’être inutile, on a toujours des grincheux (comme moi) pour dire que c'est trop long ou, comme ici, trop court.
"Puis ce fut le début de discussions houleuses à n'en plus finir." alors çà c'est super bien rendu pour le coup... le genre de passage que l'on saute sans se retourner

Je ne suis pas entré dans le texte, trop de "cahots" dans l'écriture.
Puis les irradiés qui sortent juste au moment ou les autres rappliquent, mhhh.
Quel intérêt de ramener les 3 "trucs" dans le vaisseau ?
Pas malins les explorateurs du dimanche...

Bon, en résumé, ils sont partis et ils reviennent... et on leur paye un coup à boire... du thé ? berk, salauds de terriens !

Une autre fois surement, pour d'autres Ombres de Nankin. ;=)

Pepito

   Shepard   
1/7/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Jano !

Vous dites que votre texte est peu commenté, mais laissez donc un peu de temps...! J'ai vu votre texte, voulu le lire (j'adore la SF) et je n'ai pas eu le temps, mais ce n'était que partie remise car maintenant c'est fait. Entre parenthèse, je ne comprends pas pourquoi internet s’adapterait plutôt à des formats court...? Pour ceux qui ont mal aux yeux en lisant sur un écran, pensez à diminuer la luminosité lors des lectures prolongées ça vous fera un plus grand bien (je le fais moi-même, habitué à me lire les longues publications scientifiques dans les grandes largeurs, vous verrez la différence !).

Pour en venir à l'histoire. Je ne l'ai pas vraiment trouvée longue, disons standard (40000 caractères je considère ça comme "moyen"). Disons que ni pas un gage de bonne ou mauvaise qualité à mon avis.

Je commencerais en disant que le récit, dans sa globalité, m'a fait passer un moment appréciable, à l'exception de la fin qui m'a fait tomber de ma chaise, mais j'y reviendrais...
Je vais continuer à m'attachant à la partie "science" de la S.F.
L'idée des terriens qui mutent de manière différentielle est au centre du récit, j'ai justement eu du mal à y accrocher. Je m'explique :
- On comprends que la terre a été ravagé par une catastrophe nucléaire à l'évocation des "radiations" (guerre à priori bien que ça pourrait être autre chose).
- Alors je veux bien que cela cause des difformités, qu'avec le temps on puisse s'y adapter (en partant du principe que ça ne rende pas stérile), mais pourquoi serais-ce débilitant ? Pourquoi ce retour à un état quasi-préhistorique alors que les restes de technologie jonchent visiblement encore le sol, comment peut-on "oublier" tout ça ? Ca ne me semble pas très crédible à mon goût.
Ensuite il y a les "mutants de l'espace" :
- Pourquoi les humains partis dans l'espace n'ont-ils simplement pas fait des exercices physiques réguliers avec des compléments en calcium (comme le font les cosmonautes aujourd'hui lors des séjours spatiaux prolongés) pour ne pas avoir de problèmes musculaires et osseux ? Problèmes qui engendrent beaucoup d'autres problèmes de santé. Ça me parait beaucoup moins risqué que de sélectionner hypothétiquement une palanquée de mutations.
- Il reste les rayonnements cosmiques, mais j'imaginerais assez facilement qu'une civilisation capable de voyager dans l'espace à des vitesses suffisantes pour établir des colonies après proxima du centaure puisse se protéger des rayonnements cosmiques (il existe déjà aujourd'hui des recherches sur le sujets). Mais bon pourquoi pas...
- Le point qui me chagrine plus étant qu'à priori il est très difficile pour un mammifère de se reproduire en apesanteur (le foeutus aurait des problèmes d'orientations pendant la gestation et cela causerait des fausses couches), donc difficile d'imaginer des mutations causées par les rayons cosmiques transmissibles à la descendance pendant un très long voyage.
- Après vous allez me dire, il n'est pas clairement explicité que de quelconques colonies existent, il existe peut-être uniquement une flotte. Mais ça ne change pas grand chose au fait que l'espèce aurait difficilement pu survivre (en l'absence de reproduction, difficile de gérer les vaisseaux pendant des millénaires).

Voilà du coup j'ai eu du mal d'emblée avec cette histoire, mais l'idée d'alterner les deux "visions" m'ont gardé, j'avais envie de voir ce qui allait se passer une fois les cousins retourné sur terre.

J'ai encore été déçu à ce niveau. La rencontre entre les "terriens" et leur cousins de l'espace est très indirecte, au final il n y a pas vraiment de tentative de communication ou quoique ce soit. On envois un "rayon tracteur", mais qu'est-ce donc ? Une manière de manipuler la gravité ? Alors pourquoi n'utilisent-ils pas le même genre de technologie pour leurs vaisseaux ? Après le rayon tracteur hop dans la boîte. Encore qu'il y avait un côté "safari" qui laissait une fin qui me satisfaisait jusqu'à... L'arrivée improbable et impromptue d'une bande paysan sortie de nulle part ? Cela pose une importante question sur pourquoi la moitié de la population agonise au fond des trous, et pourquoi une autre se porte parfaitement bien en vivant à l'époque victorienne ? A la rigueur on s'attendrait à ce qu'une partie se saisisse de la technologie restante et se soit protégé des radiations pendant que l'autre est forcée de vivre enterrée, mais dans ce cas pourquoi ce retour en arrière technologique une fois de plus ?

Je pense avoir tout dit, pour la forme il y a déjà eu quelque remarques et j'ai pas vraiment relevé de grosses maladresses... Je l'ai lu sans problèmes et comme déjà dit, pas vraiment ressenti les 40000 caractères... Bon j'espère ne pas voir trop l'air d'un pinailleur (quoique je dois en être un...) au niveau de la rigueur scénaristique. Je dois dire que j'ai du mal avec la S.F qui n'est pas aussi solide sur la partie science et la partie fiction, et celle-ci m'a laissé un petit goût d'"unfinished business" au niveau de la partie science et une erreur sur la fin pour la partie fiction.

   Cat   
2/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Jano,

Vous avez bien fait de tirer la sonnette d’alarme. J’ai A.D.O.R.E. !

C’est de la SF, alors les invraisemblances ne m’impressionnent pas le moins du monde. Je dirais même que pour les voir – si elles existent - il faudrait qu’elles soient de la grandeur de la Tour de Babel, au moins, pour que ma lecture soit perturbée.^^

Je trouve l’idée géniale que les petits hommes verts - dont nous craignions tous l’arrivée chez nous un de ces quatre matins - soient des terriens ayant quitté leur planète mère en urgence lors de désastreuses manœuvres, qui reviennent sous des traits méconnaissables après six mille ans d’exil forcé.
Six mille ans qui ont transformé les uns en ET exossaturés et les survivants de la grande catastrophe en homo sapiens de la première heure tendance talpa.
J’aime comment vous expliquez leurs multiples transformations, j’aime leur adaptation réussie dans le cosmos et j’aime aussi le rôle de Malee auprès de Kasem. Il amène la touche de douceur nécessaire – comme quoi tout n’est pas perdu – au peuple sous la terre.

C’est tout ceci que j’ai adoré. Vous racontez l’histoire à merveille, elle tient en haleine et votre écriture est parfaite.

Pour moi votre nouvelle serait digne de côtoyer d’autres ouvrages chez les libraires, à condition toutefois que vous m’expliquiez la fin. Je la trouve trop abrupte et surtout je ne la comprends pas très bien, pour ne pas dire pas du tout, même si je pressens un happy end comme j’aime.

Merci pour tout cela.

Cat
Dans l’attente d’en savoir davantage

   Coline-Dé   
8/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jano
( je ne sais plus où on en est des convenances : on se tutoyait, non ?)
J'ai trouvé cette histoire assez bien ficelée, à quelques points près dont la toute fin, comme l'ont déjà souligné plusieurs commentateurs.
En particulier les troglogytes sont extrêmement bien rendus, je trouve passionnante cette limite indécise entre l'homme et la bête, ce qui demeure bestial chez l'homme, ce qui est presque humain chez la bête et toutes les suppositions qu'on peut faire là-dessus.

Plus convenue la partie retour vers la terre : on dirait que tu nous fais un digest de tes lectures SF et non que tu t'imagines dans la situation... ( bon, on a le droit d'être plus spéléologue qu'astronaute, hein !)
Mais c'est un peu trop bourré de clichés, ne serait-ce que la fameuse Proxima Centauri (un lacanien pourrait nous en raconter une tartine sur la fortune dont elle jouit en littérature...) qui a été mise à toutes les sauces. Trop explicatif aussi. Je préfère l'immersion directe dans l'univers souterrain.
L'utilisation de l'apesanteur a donné lieu a des formules qui m'ont laissée dubitative : des coursives dans un "vaisseau" spatial ? Et surtout celle-ci : Suspendu au-dessus de moi je le devine songeur. Songeuse je suis aussi... ;-))

Si je résume mon impression : je ferais beaucoup plus confiance à ton instinct qu'à ton raisonnement ! Les passages où tu évoques "une certaine idée de l'homme" sont convenus, alors que c'est très vivant, intéressant, juste, quand tu nous parles de Kasem, Panom et Malee.
Allez, un petit effort : libère le sauvage qui est en toi et tu vas nous écrire des chefs d'oeuvre !

   matcauth   
15/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Jano,

j'ai bien aimé, l'écriture est comme toujours de qualité, le rythme bon et l'histoire cohérente.

Malheureusement, elle oscille entre Nouvelle et roman, et on n'est pas en condition pour lire cela lorsqu'on vient sur Oniris. Sur un recueil de nouvelles, bouquin à la main, oui, pourquoi pas. Mais là, non. De ce fait, on ne se prend pas trop d'attaches pour les personnages, ils paraissent lointains, anonymes, et peu importe ce qui leur arrive, finalement, il y a trop de distances pour que ça nous touche. Mais dans le format nouvelles, il était difficile de faire mieux, je le sais bien.

Le côté déjà vu de l'intrigue m'a également un peu rebuté, même si la fin, pour le coup, est originale. un peu trop peut-être, un peu trop abrupte, également.

Bref, j'en reviens à ce que je disais, le format nouvelles convient peu, et c'est peut-être ça le problème principal de ce texte.

Mais je note le travail de documentation, la conception de l'intrigue, et l'écriture, bien sûr.

   jfmoods   
17/10/2016
Le titre ("Arborescence") est bien choisi et le récit d'anticipation ouvre un vaste et fascinant champ de réflexion sur l'avenir de l'humanité et sur l'altérité. Le personnage central, marqué par la nostalgie du passé, des origines, est attachant et le lecteur peut s' identifier à lui. Vos textes savent éveiller le questionnement, la curiosité.

Cela étant posé, on trouve, dans cette nouvelle, des passages à améliorer au niveau de l'expressivité...

- "Manger, une obsession." -> Manger : une obsession.

- "Maudit Panom, s'il pouvait… -> Maudit Panom ! S'il pouvait…

... et des maladresses de construction.

- participiale à revoir : "Suspendu au-dessus de moi je le devine songeur." -> Suspendu au-dessus de moi, il me paraît songeur.

- préposition obligatoire avec le verbe : "...si elle dédaigne retrouver ce qui faisait les merveilles de la planète bleue." -> si elle dédaigne de retrouver ce qui faisait les merveilles de la planète bleue.

- enrichissement de la phrase : "En réalité, si bien acclimatée à sa nouvelle existence, ma communauté n'a jamais ressenti de caractère d'urgence." -> En réalité, si bien acclimatée à sa nouvelle existence, ma communauté n'a jamais ressenti le caractère d'urgence d'une expédition.

- remplacement par une relative qui évite une certaine confusion : "pour revenir vers Niran, souffrant d'une plaie à l'épaule." -> pour revenir vers Niran qui souffre d'une plaie à l'épaule.

- suppression d'une relative qui alourdit le propos par le glissement de l'article défini vers l'article indéfini : "Les portes de la soute s'ouvrent lentement en même temps que l'émotion indescriptible qui m'envahit." -> Les portes de la soute s'ouvrent lentement, en même temps qu'une émotion indescriptible m'envahit.

- ajout d'une préposition : "Des crissements de cigales ou je ne sais quoi emplissent l'air surchauffé" -> Des crissements de cigales ou de je ne sais quoi emplissent l'air surchauffé

- remplacement du mot subordonnant : "De longues heures passent où le trio sombre dans un état léthargique..." -> De longues heures passent, pendant lesquelles le trio sombre dans un état léthargique...

- enrichissement de la phrase : "Ils se seraient volontiers engouffrés à nouveau sous terre mais l'affolement les a désorientés, incapables de revenir sur leurs pas." -> Ils se seraient volontiers engouffrés à nouveau sous terre mais l'affolement les a désorientés, les a rendus incapables de revenir sur leurs pas.

Au-delà de ces quelques remarques, ce qui m'a véritablement dérangé, c'est la ponctuation du texte. J'ai déjà eu l'occasion, en d'autres lieux, de vous faire cette remarque. Je ne comprends toujours pas le choix qui est le vôtre de considérer que l'auteur d'un texte en prose peut le ponctuer à sa convenance, comme bon lui semble. La lecture à voix haute devrait donner le la, indiquer la place de ces demi-pauses. La virgule est un jalon indispensable à la compréhension optimale d'un texte, à sa respiration interne. Prenons, dans ce récit, trois exemples précis où elle est absente et devrait se trouver...

- mise en apposition de l'adjectif qualificatif : "Satisfait, le chef s'éloigne..."
- phrase commençant par un adverbe : "Soudain, un frôlement furtif près de sa main gauche."
- phrase commençant par un complément circonstanciel : "Au milieu des cris et de la bousculade, chacun essaie..."

Enfin bon... J' dis ça ! Je suis un dinosaure, un vieux réac.

Merci pour ce partage !


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