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Fantastique/Merveilleux
Jano : Il n'est pas prudent pour une femme de s'aventurer seule dans le delta du Danube
 Publié le 27/01/18  -  13 commentaires  -  19898 caractères  -  132 lectures    Autres textes du même auteur

Le delta du Danube est situé dans le nord de la région historique roumaine de Dobrogée et au sud de la province ukrainienne du Boudjak, en Bessarabie méridionale. Encadré entre les limans saumâtres du Sasyk, c'est le deuxième plus grand des deltas européens après celui de la Volga. C'est aussi une région naturelle protégée et classée au patrimoine mondial. Le reste n'est que superstitions...


Il n'est pas prudent pour une femme de s'aventurer seule dans le delta du Danube


Elle est heureuse, engourdie par un état vaporeux qui la berce de douces sensations. Un vent tiède s'amuse avec ses cheveux et court sur sa peau bronzée. La nature n'est jamais aussi agréable qu'en ces fins de journées estivales, quand les ardeurs du soleil s'atténuent. De toute part monte le chant des insectes nocturnes, étrange mélopée qui fait vibrer l'atmosphère. Des vols d'hirondelles en profitent, qui frôlent la nappe liquide pour happer les araignées d'eau. Sur sa gauche elle débusque un héron, élégant, qui pioche de façon mécanique la vase de son long bec. Plus loin c'est un cervidé, en lisière de forêt, qui a repéré aussi Nadia mais ne bronche pas, rassuré par ses gestes lents.

Elle est heureuse et en même temps nostalgique. Les vacances se terminent, il faut rentrer, retrouver la triste monotonie du quotidien, dire adieu à ce pays si attachant. Il lui était impossible de repartir sans s'immerger une dernière fois dans ces lieux magiques. Alors elle a laissé ses deux copines de voyage, préférant la piscine de l'hôtel, et a rejoint le delta, seule, aux abords de la Mer Noire, là où l'eau et la terre se mêlent pour former un univers particulier.

La pagaie s'enfonce à intervalles réguliers dans l'eau calme. Il n'y a que le clapotis des gouttes qui en retombent pour troubler le silence. En l'absence de vent, le canoë progresse sans difficulté, fend à bonne allure la surface. Lors d'une excursion nautique précédente, Nadia avait repéré un affluent qui l'avait intriguée par sa teinte. Chargé d'un limon ocre, il sortait de la forêt et se diffusait dans le fleuve en arabesques colorées. Le guide qui les accompagnait avait piqué sa curiosité en précisant qu'il venait d'un étang reculé, un lieu disait-on où les pêcheurs n'aimaient pas se rendre.

Elle réfléchit. Il lui reste deux bonnes heures avant la tombée du jour, de quoi jouer les exploratrices. Autant finir le séjour en beauté s'amuse-t-elle. Sa décision prise, elle accélère le rythme et abandonne la voie principale pour remonter l'affluent. Un mélange d'appréhension et d'excitation la gagne. Elle sait qu'il n'est pas prudent de s'aventurer ainsi dans les méandres d'un delta, sans avertir personne, mais la témérité a toujours fait partie de son caractère. Et puis elle veut encore vivre des moments forts, à emporter précieusement dans sa mémoire pour combattre la grisaille citadine.

À contre-courant, elle doit insister sur la pagaie. Les rives se rapprochent, chargées d'une végétation dense qui finit par former une voûte au-dessus de sa tête. La luminosité s'assombrit. Des lianes pendent, mollement étirées par les eaux. Elle doit louvoyer entre les branches immergées et comprend la réticence des pêcheurs à passer par là. En plein effort, la sueur perle sur son front. Ce tunnel de verdure qui se referme sur elle commence à l'oppresser, elle se sent enveloppée d'une ambiance lourde, inquiétante. Les coassements plaintifs des batraciens qui s'amplifient et résonnent ne sont pas là pour la rassurer. C'est la voix des marécages, des étendues stagnantes, loin de toutes zones habitées. Elle hésite, envisage un instant de renoncer puis décide de se fixer un cap en regardant sa montre. Encore dix minutes de navigation, si elle n'atteint pas l'étang tant pis, elle fera demi-tour !

Comme pour répondre à son anxiété, elle voit la rivière s'élargir, repousser sur les bords la pénombre angoissante. Au bout, un vaste miroir d'eau qui se confond avec l'azur, ceinturé d'une couronne de roseaux. Enfin l'étang ! Nadia pousse un ouf de soulagement, accélère pour rejoindre son objectif. Elle a réussi.

Elle pose en travers de l'esquif sa pagaie devenue lourde et s'affale en arrière. Une libellule aux reflets métalliques, curieuse, atterrit sur la proue. Livré à lui-même, le canoë dérive au milieu d'un tapis de lenticules vert émeraude. Les yeux mi-clos, la jeune femme s'imprègne du calme et de la beauté de cet endroit sauvage, en respire à fond le parfum de liberté. Elle aimerait prolonger ce moment indéfiniment, elle est si bien. Pourquoi... pourquoi alors ressurgit le mal ? Sans prévenir, sournois. Veut-il lui interdire tout bonheur, même dans les instants de grâce ? Émanation d'un corps en souffrance qui vient rappeler qu'elle ne peut pas être heureuse, jamais ! Cette maudite infertilité qui assèche son ventre ruine son existence, synonyme d'une maternité impossible. Une condamnation, injuste, réduisant son état de femme à un manque perpétuel.

Troublée, elle se redresse et se remet à pagayer avec énergie, comme pour échapper à cette fatalité, la repousser loin derrière elle. De toute façon il est temps de rentrer.

Pour regagner son point d'arrivée elle entame un arc de cercle sur l'étang. À sa gauche, une bande de canards apeurés s'enfuit de manière pataude. L'humeur entachée, ils parviennent à la faire sourire. Elle a toujours trouvé amusantes leurs petites pattes qui fouettent l'eau à toute vitesse avant l'envol. Soudain une masse sombre, énorme, crève la surface, jaillit haut dans les airs pour engloutir un malheureux volatile ! Sa retombée claque comme une détonation en soulevant une gerbe d'eau.

Nadia reste bouche bée, tétanisée. L'attaque s'est déroulée en une fraction de secondes, si vite qu'elle n'a pu identifier l'agresseur. Bon sang, qu'est-ce que c'était ? Elle passe en revue tous les carnassiers d'eau douce qu'elle connaît mais ses connaissances en la matière sont maigres. Un brochet, oui, sans doute. Mais de cette taille, c'est possible ? Ça avait la longueur d'un dauphin ! Prudente, elle s'approche des lieux de l'attaque. Des plumes ballottées par les flots témoignent de ce qu'elle a vu. Un silence pesant s'est abattu sur le lac, même le bruit de fond des insectes s'est arrêté net. Nadia cherche encore, recense méticuleusement la faune du delta et trouve, une évidence ! Elle revoit les photos de pêcheurs accrochées au mur chez le loueur de canoës, des photos qui l'avaient d'ailleurs écœurée : trois hommes pour porter la bête, le gourdin qui servit à l'assommer et une foule impressionnée autour. Elle se rappelle des paroles du guide, assurant que son propre chien fut entraîné dans les profondeurs par une de ces terrifiantes créatures. Un être à la mesure du Danube : le silure !

Elle frémit. Cet animal est repoussant, espèce de poisson-chat à la peau verdâtre, gluante, la tête hérissée de barbillons. Ses yeux sont minuscules au contraire de sa bouche, disproportionnée. Savoir que ce monstre rôde dans les parages lui fait froid dans le dos. D'autant plus que celui-ci a l'air d'avoir une taille hors norme. Sans plus attendre elle se remet à pagayer, vite. Ce n'était pas une si bonne idée de venir par ici. Les coups de rame énergiques font glisser le canoë à bonne allure. Il n'est plus qu'à une dizaine de mètres de la sortie quand un choc, sous la ligne de flottaison, brise son élan. Nadia lâche un juron. Dans sa précipitation elle a dû heurter un bois flottant. Elle espère ne pas avoir endommagé la coque et repart, attentive aux obstacles. Un peu plus loin à nouveau un choc, brutal, au point de la faire tanguer dangereusement ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Il doit y avoir un affleurement rocheux à cet endroit, le canoë racle. Elle lâche la pagaie et se met à genoux, appuyée sur le rebord pour scruter le fond. Penchée du mieux qu'elle peut, elle essaye de percer l'eau trouble. Une ombre volumineuse lui passe juste sous le nez...


– Mon dieu !


Décharge d'adrénaline, elle se redresse comme si elle avait été électrocutée. Le silure ! C'est donc lui qui frappe le canoë ? Mais pourquoi ? Incrédule, elle observe la surface de l'eau, ne détecte plus aucun mouvement. Si ça se trouve il a juste cherché à l'intimider, prenant l'embarcation pour un intrus venu empiéter son territoire. C'est la seule raison possible.

Pour ne pas provoquer davantage la bête, elle recommence à pagayer, tout doucement, la pale effleurant la nappe liquide. Crispée, Nadia retient son souffle, à l'affût de la moindre turbulence. Ses yeux sont rivés sur l'affluent qui ne se rapproche pas assez vite. Elle y est presque. Le canoë va s'engager sur la voie du retour quand reprennent les attaques ! Cette fois-ci un véritable déchaînement de violence, succession de coups de boutoir concentrés à l'avant du bateau qui le détournent de sa direction. La jeune femme hurle, se cramponne pour ne pas être renversée. À travers les éclaboussures elle voit avec terreur le dos noir du silure qui charge le canoë, qui s'éloigne, reprend de l'élan et fonce à nouveau avec rage. L'agression dure plusieurs minutes, une éternité, puis se termine subitement. Recroquevillée à l'arrière du bateau, tremblante de tous ses membres, Nadia relève alors la tête. Elle a été repoussée au centre de l'étang !

Piégée, c'est la première pensée qui lui vient à l'esprit. Tout porte à croire que le silure refuse qu'elle quitte les lieux. Enfin merde, elle allait partir, lui foutre la paix, qu'est-ce qui lui prend ? Il doit y avoir une explication, quelque chose de rationnel qui motive ce comportement agressif. Bon, en attendant ne pas s'affoler. Elle fouille le petit sac à dos qu'elle a emmené et attrape son portable. Pas de réseau, évidemment. Fallait s'y attendre au beau milieu d'une réserve naturelle. La nuit commence à tomber, elle réfléchit. Audrey et Karine restées à l'hôtel vont s'inquiéter de ne pas la voir revenir, le loueur de canoë aussi. Ils vont donner l'alerte, c'est sûr. L'ennui c'est qu'elle s'est écartée de l'itinéraire classique, ils ne chercheront pas au bon endroit. Le delta est un labyrinthe humide, entrelacs aux mille ramifications. Quelle idiote ! Qu'est-ce qui lui a pris de jouer les aventurières ? Elle a bonne mine maintenant, mais comment pouvait-elle imaginer ce qui est en train de lui arriver ?

C'est alors qu'elle sent comme une présence qui l'observe, regard insistant posé sur elle. Elle sursaute quand elle le voit, juste à côté. Immobile, la tête hors de l'eau, il la fixe intensément. Le mouvement saccadé des barbillons sur sa face trahit une agitation intérieure. Elle est pétrifiée, ce silure est colossal, bien plus gros que ceux des photos. Il pourrait la mettre en pièces s'il le voulait. Puis la peur laisse place à la colère, ça reste un poisson, un putain de poisson qui la met dans une situation stressante.


– Qu'est-ce que tu veux ? Barre-toi saloperie, laisse-moi partir !


Au son de la voix les barbillons se figent, une bouche béante et le silure repart dans les profondeurs. Elle frissonne. Il est immonde, sa gueule si grande... Il ne veut quand même pas la dévorer, personne ne s'est jamais fait bouffer par un silure ! Enfin, elle croit. Les genoux repliés contre la poitrine, elle se sent gagnée par une envie irrépressible de pleurer. L'environnement qui s'obscurcit avec l'arrivée du soir augmente son désarroi. Les nerfs lâchent, elle sanglote, perdue, désespérée. Il va falloir attendre l'arrivée des secours dans la nuit, prier pour qu'ils la retrouvent. Et s'ils ne parvenaient pas à la localiser ? Non, non, ses copines ne la laisseraient pas tomber.

Elle essuie les larmes de son visage, tente de se calmer. Pleurer ne sert à rien, il faut s'organiser, surmonter cette épreuve. Voyons, elle n'a pas grand-chose dans son sac : une veste légère, une gourde à moitié vide, quelques biscuits énergétiques et son appareil photo. Sourire désappointé. Elle qui voulait une sortie exceptionnelle pour clôturer son séjour, la voilà servie ! Si elle en réchappe elle n'est pas prête d'oublier, encore faut-il quitter cet affreux cauchemar. Et, tiens, si elle essayait d'atteindre la berge plutôt que la rivière ? En choisissant une autre trajectoire, son agresseur ne broncherait peut-être pas ? Admettons que ce soit une femelle qui protège un endroit précis, son lieu de nidification par exemple, ou bien ses petits qui tournent dans la zone qu'elle cherche à traverser. Mais oui, bien sûr, ça doit être ça ! Son attitude belliqueuse deviendrait alors compréhensible. Ensuite, une fois à terre, Nadia n'aurait plus qu'à porter le canoë et le remettre à flot plus loin.

L'espoir la ranime, ce scénario tient la route. Néanmoins elle reste craintive. Pour l'instant tout est calme, si elle bouge à nouveau elle redoute une autre attaque. La dernière fois elle a bien failli passer par-dessus bord. Que se passerait-il dans l'eau aux prises avec ce monstre ? Cette éventualité la paralyse. C'est alors que les moustiques s'élèvent des eaux dormantes, noria d'insectes affamés.

Nadia blêmit quand elle entend les premiers sifflements aigus, elle n'y avait pas pensé ! Comme dans tous les marécages et étendues stagnantes, les moustiques pullulent dans le delta. Les conditions leur sont extrêmement favorables. Bientôt un véritable nuage mouvant se forme au-dessus de l'étang, grossit et ne tarde pas à s'abattre sur l'infortunée. Dénuée de répulsif, c'est une proie vulnérable. À toute vitesse elle enfile sa veste pour se protéger le haut du corps mais le short laisse les jambes découvertes. Déjà plusieurs moustiques s'y sont posés, voraces, commencent à piquer. Fébrile elle claque les endroits assaillis. C'est au tour de son cou et de sa figure d'être maintenant pris d'assaut, sa chevelure vrombit d'insectes emmêlés ! Elle se démène mais sait que le combat est vain. Si elle ne bouge pas d'ici elle va être dévorée. Plus le choix, il faut rejoindre la rive à tout prix !

En désespoir de cause, elle opte pour une stratégie susceptible de tromper le silure. Elle s'empare du bidon qui assure la flottabilité du canoë en cas de retournement, de toutes ses forces le jette au loin. Par ce moyen elle espère détourner son attention et avoir le temps d'atteindre la terre ferme. Aussitôt après, elle se rue sur la pagaie et rame telle une forcenée. Un clair de lune providentiel lui permet de s'orienter. Son cœur bat à tout rompre. Jamais elle n'a pagayé avec autant de fougue, de hargne, c'est sa vie qui est en jeu ! Elle pioche à droite, à gauche, à droite, à gauche, fuite éperdue vers la délivrance. Et puis... et puis tout va très vite.

La brusque apparition d'une masse surgie des eaux, auréolée par la lueur nocturne, qui s'abat lourdement sur l'embarcation. Celle-ci vole en éclats, pulvérisée. Livrée brusquement à l'étang, Nadia essaie tant bien que mal de surnager. Elle aperçoit paniquée le silure qui lui fonce droit dessus. Réflexe de défense, elle frappe l'animal avec la pagaie qu'elle n'a pas lâchée. Vif malgré sa taille, il happe l'arme dérisoire dans sa gueule et lui arrache des mains. La voilà à sa merci. Elle se lance alors dans une nage brouillonne vers la berge, dernière issue. Tentative qui ne va guère loin, le silure est déjà sur elle, la recouvre de son corps gluant et la bloque entre ses nageoires pectorales. Elle ne peut se défaire de cette puissante étreinte qui l'entraîne par le fond. Il veut la noyer ! Énergie du désespoir, elle se débat, griffe les flancs de la bête monstrueuse, essaie de mordre. Tout ce qu'elle parvient à faire c'est accentuer encore la pression des nageoires. Alors l'impensable ! La jeune femme sent quelque chose qui cherche à s'insinuer entre ses cuisses. D'abord elle ne comprend pas mais les tentatives persistent. Une poussée pour déchirer le short et forcer son intimité ne peut plus la tromper, il tente de s'introduire en elle ! L'horreur décuple le peu de souffle qui lui reste, elle veut se détacher en le repoussant des deux bras mais elle est au bord de l'inconscience, à peine lucide pour ressentir l'organe qui parvient à ses fins et se vide en longs jets glacés.

Vainqueur, le silure relâche son emprise, libérant Nadia, anéantie, qui tombe lentement vers les profondeurs. Un voile noir estompe une à une les parcelles de son esprit. Elle ne peut voir la masse qui se glisse sous elle pour la remonter à l'air libre.

Ses poumons se déploient, avides d'oxygène, la ramènent à la vie par une toux douloureuse. Elle suffoque, crache, secouée par des hoquets lui font vomir de l'eau saumâtre. Quand elle se rend compte, hébétée, qu'elle est sur le dos de son agresseur, la voici déjà près de la rive. Il la fait chuter dans la vase mais elle est incapable de se lever. Avec son énorme crâne, il la pousse alors pour la rapprocher davantage de la terre ferme. Effondrée, elle tourne un visage défait vers lui. Leurs regards se croisent sous le scintillement des étoiles. Dans celui du silure, intense, brille un éclat indéfinissable. Ultime vision car elle perd connaissance...

Il la contemple encore un instant, sans bouger. La forêt humide du delta s'est remise à murmurer, le temps de la tragédie, silencieuse. Puis de vigoureuses ondulations de la queue l'arrachent à la vase. Son dos luisant fend les eaux quelques instants, pour finir par disparaître dans les secrets insondables de l'étang.

Au loin, on entend le rotor étouffé d'un hélicoptère, accompagné d'un faisceau lumineux qui balaie le sol.


* * *


– Nadia !


Éblouissante, la lumière lui sature les rétines. Elle ouvre péniblement les paupières. Ce blanc, une chambre d'hôpital.


– Nadia, c'est nous.


Audrey, Karine, elles sont là. Audrey lui serre la main avec émotion.


– On a eu si peur, on croyait que tu t'étais noyée !


Elle tente de rassembler des pensées éparses.


– Où... où suis-je ?

– À l'hôpital de Tulcea, les gardes de la réserve t'ont retrouvée par hélicoptère.


Ils l'ont retrouvée. Elle aurait dû... elle aurait dû rester dans le canoë.


– L'avion, on a raté l'avion, souffle-t-elle.

– On s'en fiche, il y en a d'autres ! Le principal c'est que tu sois vivante.

– Mais qu'est-ce qu'il s'est passé Nadia, enchaîne Karine ? Les gardes ont vu les débris de ton canoë.


Comme un puzzle qui prend forme, les souvenirs de la soirée lui reviennent un par un avec son lot d'incompréhensions, de refus d'admettre l'inconcevable. Le delta du Danube, si beau, cette expédition téméraire et... l'attaque. Il... il l'a violée, ce poisson monstrueux l'a violée ! C'est ça... c'est donc ça qu'il voulait ?


– J'ai été attaquée.


Stupéfaction.


– Quoi ?! Mais par qui ?

– Faut le dire aux flics ! lance Audrey, virulente, en se dressant d'un bond.


Les mots sortent avec difficulté de sa bouche pâteuse.


– Non, non, ça ne servirait à rien. C'était… c'était un animal, un genre de silure... énorme. Il a cassé le bateau.

– Ça alors, on devrait avertir les gardes, cette bestiole peut recommencer !

– En tout cas l'endroit où on t'a retrouvée a mauvaise réputation, c'est ce qu'on nous a dit, s'étonne Karine.


Ce ne serait donc pas la première... Elle regarde son ventre, pose les deux mains dessus. Il y a quelque chose qui bouge à l'intérieur, elle ne saurait l'expliquer mais elle en est certaine. Une alchimie s'opère, des organes longtemps en sommeil sont en train de s'activer. Elle se demande si cette nuit irréelle dans le delta ne l'a pas rendue folle, complètement folle. Comment une fécondation serait-elle possible ? Et si c'était le cas, que va-t-il sortir de cette union improbable ? Une image la rattrape ; le dernier regard du silure, tellement humain. Et puis... et puis il ne l'a pas laissé mourir. Quelque chose d'incroyable s'est noué là-bas, elle ne veut plus chercher à comprendre. Ce qu'elle sait, ce que lui crie sa féminité, c'est qu'elle porte enfin la vie ! Un large sourire se dessine sur son visage.


– Je... je ne crois pas qu'il soit méchant, le silure. Il m'a aussi sauvée.


Surprises, Karine et Audrey se regardent sans mot dire, ne comprennent pas cette mine extasiée, soudaine. Une attitude étrange à mettre sur le compte du traumatisme, nul doute.


– On va te laisser, tu dois encore te reposer.

– À tout à l'heure ma belle !


Petits signes amicaux de la mains et elles sortent.


La porte se ferme. Les yeux rivés sur le plafond, Nadia voit passer une ombre louvoyante, colossale.


 
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   Jean-Claude   
27/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Les descriptions (d'action y compris) manquent un peu de vie, ou de fantaisie. Je les trouve "clinique".
Ceci dit, ça se lit bien.
J'ai aimé l'idée, l'histoire.
J'ai toutefois une réserve quant au passage du viol subi au plaisir d'être mère et la reconnaissance éprouvée par Nadia ainsi que la silhouette au plafond. Cette partie mériterait d'être retravaillée.

---

Quelques détails parmi d'autres, parfois entre {}...

Le pronom "qui" ne fonctionne pas avec un verbe et une virgule intercalés : "Des vols d'hirondelles en profitent, qui frôlent la nappe liquide pour happer les araignées d'eau."
Une formulation plus adaptée : "Des vols d'hirondelles en profitent pour frôler la nappe liquide et y happer les araignées d'eau."

"Plus loin{virgule} c'est un cervidé, en lisière de forêt, qui a repéré aussi{aussi repéré} Nadia mais {celui-ci} ne bronche pas, rassuré par ses gestes lents."

"Alors{virgule} elle a laissé ses deux copines de voyage, préférant la piscine de l'hôtel{formulé ainsi c'est Nadia qui préfère la piscine ou, a minima, on a un doute : 'qui ont préféré' lève l'ambiguïté}, et a rejoint le delta"

Il faut les virgules d'incise : "un lieu{virgule} disait-on{virgule} où les pêcheurs n'aimaient pas se rendre."
Mais je préfère : "un lieu où, disait-on, les pêcheurs n'aimaient pas se rendre."

"Elle a réussit{réussi}."

"Émation{Émanation} d'un corps en souffrance"

Ici, cet enchaînement dit que ce sont les canard qui ont l'humeur entachée : "À sa gauche, une bande de canards apeurés s'enfuit de manière pataude. L'humeur entachée, ils parviennent à la faire sourire."

Attention aux changements de niveau de langage :"Mais de cette taille, c'est{est-ce} possible ?"

---

Au plaisir de vous (re)lire

   Tadiou   
2/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
(Lu et commenté en EL)

Quelle belle et émouvante histoire !

La mise en place, l’avancée sur l’eau, les bruits, l’atmosphère, les insectes, les pensées successives de Nadia, l’angoisse et la volonté de ne pas renoncer même quand la nuit tombe … : c’est peint avec une belle maîtrise, avec des mots choisis qui me permettent de bien visualiser la scène et de me croire carrément sur place.

Le lecteur est intrigué par le mot « infertilité » qui semble incongru dans le contexte et qui se révélera tellement important.

Les attaques successives sont racontées avec force et sobriété, tout comme l’effondrement progressif de Nadia qui se bat autant qu’elle le peut.

Le dénouement de l’agression m’est, évidemment, totalement surprenant. Du réalisme on passe au fantastique.

La fin est très douce. De la tendresse flotte.

De belles émotions, une montée en tension savamment distillée.

Sans doute différents niveaux de lecture : le monde animal est-il si éloigné du monde humain ? Une leçon de vie, de force, de courage, d’optimisme. Volonté farouche de s’interdire le renoncement, le désespoir, quelles que soient les circonstances. Toujours se battre. Croyance en une bienveillante Providence...

Un texte très riche qui m’a fait vibrer…et méditer.

Merci donc et à vous relire avec plaisir.

Tadiou

   Eccar   
3/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
C'est une bonne nouvelle que vous m'avez donné à lire. Déjà le décor, très peu visité en littérature, en tous cas dans mes lectures, puis cette petite balade qui tourne au cauchemar, brr, angoissante à souhait.
Je me suis laissé emporter très vite par vos mots, au point de ne plus me rendre compte que je lisais, et cela c'est le signe d'une belle écriture, d'une fluidité irréprochable. Les images apparaissent comme dans un film, les phrases disparaissent et la magie intérieure opère, reconstruit l'aventure grâce à l'imaginaire personnel, c'est très fort, envoûtant.
Et puis, il y a la touche fantastique, une réponse à la souffrance de la jeune femme, la nature qui vient à son secours d'une manière un peu... rude. En tous cas, c'est incroyable, mais on y croit.

Du très bon travail pour moi.
Bravo à vous.

Eccar

   kreivi   
27/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jano.
J'ai passé un bon moment à lire cette aventure dans le delta. (d'autant que je connais la région et mangé la soupe de poissons faite avec l'eau du fleuve)
J'ai bien aimé le récit, le suspens qui se resserre. (m'a fait penser à Hemingway et à Jaws de Spielberg).
Peut-être un poil trop long mais peu importe.

Par contre la fin m'a lassé sur ma faim.
J'aurais préféré une fin qui ouvre l'imaginaire plutôt que le réel dun hôpital.

Ensuite le titre en lui-même est le résumé de l'histoire. Là aussi j'aurais attendu un titre plus mystérieux, plus frappant.
Amitiés.

   plumette   
28/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jano,

je suis passée à côté de cette nouvelle en EL car le titre m'a agaçée! trop long, laissant supposer une mésaventure spécifiquement "féminine" J'ai évidemment pensé à une agression sexuelle et de fait, il en est question dans ce texte. mais il s'agit de bien autre chose aussi.
un très bon récit d'aventure qui fait pleinement ressentir au lecteur la montée en tension et l'étrangeté de cette attaque par un poisson ( aux allures préhistoriques)
Une vraiment bonne écriture au service de l'histoire qui bascule dans le fantastique.
Bon! je ne suis pas trop convaincue par le dénouement. Comment dire: oui, on est dans le fantastique avec ce poisson violeur, mais il s'agit tout de même d'un viol et j'ai une petite gêne du retournement de Nadia qui éprouve sur le champ la joie d'avoir été ensemencée!

A vous relire sûrement

Plumette

   SQUEEN   
28/1/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J’ai bien aimé la mise en place du décor, de l’atmosphère, de l’humeur, sans urgence, on prend son temps avant d’aborder le viol, qui est j’imagine la scène centrale de cette nouvelle. La violence est choisie alors qu’en « fantastique et/ou merveilleux » on aurait pu s’attendre à une autre manière (plus créative) de féconder l’héroïne. Le silure y va fort d’ailleurs : traquée, paniquée, à moitié noyée et violée, puis abandonnée dans la vase, c’est cher payé il me semble pour connaître les joies de la maternité apaisée. Et puis être pénétrée par un être froid et visqueux, peut-être qu’en « horreur/épouvante » ? Ce texte se lit facilement malgré sa longueur, l’écriture est fluide mais un peu froide à mon goût. La fin un peu courte. Comme Plumette le titre m’a dérangée… peut-être un petit côté paternaliste, et puis je ne sais pas si un homme aurait pu mieux faire face à ce silure, l’avait quand même l’air costaud et on ne connaît rien de ses préférences sexuelles… Merci.

   Jano   
29/1/2018

   hersen   
29/1/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Jano,

j'ai une grosse difficulté dans ce texte provenant du viol aboutissant à une grossesse et que la maman en soit bien contente ! En l'état, pour les questions qu'elle pose, je trouve cette histoire inaboutie.
Car pour que ce point soit "acceptable" il aurait fallu qu'elle continue bien davantage dans son élan fantastique. Qu'il y ait un point qui me fasse, sans aucun doute possible, admettre l'attitude la mère face à sa grossesse ( une infertilité avérée ne rend pas prête à tout. Il fallait que tu montes plus au créneau)
D'accord, on est dans une histoire fantastique. Donc le violeur est un monstre des plus écoeurants. Oui. Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle dans la vraie vie.

j'ai le sentiment que l'histoire ne sait pas trop sur quel pied danser.

le fait que tu postes une photo de bébé nageur sur diaponiris m'a plus perdue qu'autre chose. C'est donc ça la fin de l'histoire ? non, je n'achète pas !

Au fait, mais là c'est le choix de l'auteur, donc OK : pourquoi le silure use-t-il de violence ? Il aurait pu séduire cette femme, non , Elle aurait été consentante. (remarque, je me demande si ce serait vraiment moins dégoutant :))

Par contre, une écriture sans problème. On lit sans s'en rendre compte...

   Shepard   
30/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Jano!

Cela faisait un moment que je n'avais pas lu ta plume... Hé bien voilà une agréable surprise, un bon texte. C'est bien rythmé et ça n'en fait pas trop, mais c'est possiblement la force et la faiblesse du récit... (j'explique)

Tout d'abord, je reconnais un basculement dans le fantastique très bien maîtrisé. Pour tout dire, on peut facilement oublier le genre du texte jusqu'à son dénouement. Oui, c'est glauque... Et c'est un bon point, de ne pas limiter le récit, d'aller au fond des choses (si j'ose dire...).

Mais voilà, le contrecoup du style dépouillé qui a servit à l'écriture, c'est qu'on aurait pu apprécier plus de terreur/dégoût/folie/bonheur, ou bien tout à la fois. L'action est là, aussi intense qu'elle peut, mais manque de profondeur (émotionnelle) pour un acte qui pourrait briser n'importe qui, on ressent pas trop le choc. Peut-être la faute à la fin rapide - certes on peut arguer la limite de caractères mais c'est de l'arrangement... Finalement avec 1000 de plus le récit aurait pu gagner beaucoup (à mon avis, bien sûr). En distribuant tout dans le ressenti de Nadia, peut-être même aussi pour amener un peu mieux cette histoire de stérilité pourtant clé du récit.

Bon, l'équilibre d'un récit, ce n'est pas évident... Parfois on se concentre sur l'idée principale et on grapille sur le reste... Pourtant, les petits détails qui entourent l'idée peuvent lui donner une puissance bien accrue.

Globalement, j'ai aimé! Mais attention a être 'trop' direct après que l'action soit résolue... Cette fin c'est un peu 'bon c'est fait... maintenant que tout a été dit je vais pas tergiverser, voilà la fin, merci'. En contraste total avec le début qui prend le temps de poser le suspense et le décor (joli, au demeurant =)).

   moschen   
30/1/2018
Deux choses à mon sens nuisent à rendre cette histoire attachante, l'usage de la troisième personne et le choix du protagoniste aquatique.

Mon premier réflexe a été de m'enquérir du mode de reproduction des silures.

Le lecteur assiste au spectacle au travers des yeux du narrateur qui nous donne des explications. Cela freine le rythme.

Avez-vous songé à un homme sirène ou quelque chose du genre ?

Le poisson n'aurait qu'un seul but, de féconder et ce dans la violence. Puis il sauve sa proie de la noyade, on comprend qu'il souhaite protéger sa progeniture. Enfin il pose un regard silencieux sur elle. Genre King kong. Ce n'est pas assez épais pour un second rôle.

Avez-vous songé à pousser l'histoire jusqu'au moment où le personnage féminin procède à la ponte des œufs enfin du résultat. Genre alien. Kong alien... ma culture fantastique est très réduite.

Je pense qu'il aurait été possible d'élaborer autour de son problème d'infertilité.
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Des vols d'hirondelles en profitent. ?

Comme dans tous les marécages... Ce sont des explications à éviter...

Le temps de la tragédie silencieux.. le lecteur doit ressentir quelque chose mais ce quelque chose ne peut pas être servi sur un plat par le narrateur.

Il la contemple. Encore un instant silencieux...

... Retrouvée par hélicoptère ? Par ?

Le delta du Danube si beau...

http://siluremax.free.fr/dotclear/index.php?2006/06/29/14-la-reproduction-du-silure

   Cat   
31/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jano,

C'est une histoire fantastique que j'ai bien aimé faire vivre au travers de mon imagination. Peut-être parce que j'ai été mise en condition très favorable par le beau bébé nageur de la photo entrevue ces jours derniers (?)

Je ne sais l'expliquer, mais il y a quelque chose de fascinant dans cette aventure, comme si elle était une parabole à laquelle il ne manquerait que sa leçon de morale...

Le hic, Jano, je crois, c'est d'avoir voulu en faire un mélo, au lieu d'en faire un conte de fée moderne et original, du genre la Belle et la Bête. Car dans cette union improbable, à bien y réfléchir, le silure n'est pas extrêmement agressif, ni brutal. Certes, il ne demande pas l'avis de la belle, mais toute la délicatesse qu'il emploie pour la ramener sur la berge, et le regard qui l'accompagne ont quelque chose d'irrésistiblement tendre, comme si ce poisson laid et dégoûtant était le bras du bon karma de Nadia, celui qui allait faire son bonheur en comblant son vœu le plus cher. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle ne songe pas un instant qu'elle puisse abriter un monstre en son sein.

Question écriture, après le titre long, trop long à mon goût, et des tournures de phrases relou dans les premiers paragraphes, elle s'envole et rend bien vivantes les diverses scènes.

Je lirai bien une suite.

En attendant, merci pour le partage


Cat

   Louis   
1/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
En quel lieu mieux situer l’action de ce récit, sinon, effectivement, dans le delta d’un fleuve ?
Là, l’eau se marie avec la terre, s’accouple avec elle, et devient mer, et se change en « mère ». Là, l’eau du fleuve fertilise la terre, et débouche sur la Mère, « aux abords de la Mer noire, là où l’eau et la terre se mêlent pour former un univers particulier ».

On comprend alors que le principal protagoniste du récit, Nadia, qui souffre de stérilité, aime s’attarder en ces lieux symboliquement porteurs des idées d’accouplement et de fécondation ; lieux où s’accomplit, métaphoriquement, ce qui ne peut se réaliser en elle, une maternité.

Au milieu de l’étang mystérieux, dans un coin « reculé » du delta, les pensées de Nadia ne s’évadent pas, mais au contraire se concentrent sur sa douleur, sur ce manque qui la fait souffrir : «cette maudite infertilité qui assèche son ventre ruine son existence, synonyme d’une maternité impossible ».

Nadia pénètre dans les profondeurs du delta qui, par sa forme, rappelle l’appareil génital féminin ; elle explore, aventureuse, ces zones peu fréquentées, comme si elle s’introduisait dans les méandres des trompes de Fallope, à la recherche de ce qui provoque son infertilité, et de ce qui pourrait l’en libérer.

L’apparition du silure est vécue comme un fantasme, comme une illusion, qui se donne l’apparence de la réalité mais n’est que production de l'imagination de Nadia, fantasme déterminé par le désir de se libérer du mal qui gâche sa vie de femme.

Les excès de ses dimensions, « une masse sombre, énorme », « une ombre volumineuse », « ce monstre », « ce silure est colossal », classe le poisson parmi les animaux légendaires, en font une chimère.

Le silure, « être à la mesure du Danube », possède la taille, la force, la puissance du fleuve qui féconde la terre pour parvenir à la mère ; capable d’arroser le ventre « asséché » de la terre, il en est l’incarnation allégorique.
De nombreux mythes et légendes voient dans les fleuves la miction d’un géant. Leur eau fertilise, en métaphore d’un écoulement séminal, le silure prend alors l’aspect d’un énorme spermatozoïde capable de pénétrer, par sa puissance, l’ovocyte.
Agressif, violent, violeur, il doit être « sauvage », il doit bousculer Nadia, doit forcer dans son ventre ce qui reste bloqué, le barrage qui empêche la fécondation.
Le « beau Danube bleu » s’est muté, un temps effet mère, en monstre hideux.
Rêve éveillé de Nadia.
Nadia, dont le nom rappelle celui des Naïades de la mythologie grecque. Naïade, fille de l’élément liquide, fille de l’eau, Nadia trouve en elle sa « féminité », et ce qui la féconde.

Son sourire, lorsqu’elle a l’impression de « porter enfin la vie » montre que l’accouplement, qui n’est que fantasme, était autant redouté que désiré.
Pour trouver sa « féminité », il lui a fallu passer par l’animalité, plus précisément par le monstrueux (le « menstrueux »). À une situation anormale, répond une anormalité.

L’ambivalence des sentiments de Nadia, à la fois l’horreur de subir un viol monstrueux et le désir de fécondation, ne permet pas d’insister sur l’un ou l’autre de ces deux aspects. Le texte se tient dans une ambiguïté entre le fantasmatique et le réaliste, et il s’y porte assez bien.

Merci Jano

   Donaldo75   
15/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jano,

La nouvelle est bien menée, avec une narration rythmée, du suspense, un soupçon de terreur et une once de mystère. L'histoire est improbable mais c'est ça le fantastique. La fin est courte mais ne m'a pas parue expédiée. Bref, c'est plaisant à la lecture. J'ai longtemps craint pour la vie de Nadia.


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