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Fantastique/Merveilleux
Jano : L'oublié
 Publié le 07/03/15  -  14 commentaires  -  29215 caractères  -  167 lectures    Autres textes du même auteur

Un matin je me suis réveillé seul, désespérément seul. Il a fallu survivre, envers et contre tout.


L'oublié


Il y en a de plus en plus ; par groupes de trois, quatre, parfois davantage. Ça devient de véritables meutes, affamées et agressives. Je me déplace constamment avec mon fusil-mitrailleur en bandoulière et des chargeurs plein les poches. Les autres animaux pénètrent rarement dans la ville, ils ont encore la peur de l'homme inscrite dans leurs gènes. Mais les chiens, saloperies, il y en a partout ! Les rues résonnent de leurs aboiements, jour et nuit. Parfois je craque et je les arrose copieusement de plomb du haut de ma fenêtre. Ça me soulage. Je n'aurais jamais pensé qu'ils allaient devenir la menace prépondérante de ma nouvelle existence.

Pour l'instant ils me foutent la paix, j'ai pris soin de bloquer toutes les ouvertures de l'hypermarché et de sa galerie commerciale. J'y vais régulièrement. La première fois j'étais comme un gamin à qui on donne les clés d'un immense coffre au trésor. Je ne savais où donner de la tête, débordé par cette masse d'objets que j'avais toujours rêvé de m'offrir. J'ai même pensé un moment établir ici mes quartiers, j'avais tout sous la main. De quoi subsister des années. Mais ces allées vides, cet espace immense qui ne résonnait plus d'aucun bruit, ça a fini par me foutre les jetons. J'ai préféré me calfeutrer dans une chambre douillette d'un hôtel cinq étoiles, au cœur de la ville.

Je mets des boîtes de conserve dans mon sac à dos, des pâtes, du sucre, du lait en poudre, deux bouteilles d'eau minérale. Je termine en choisissant un bon vin, je n'ai que l'embarras du choix. Si ça continue je sens que je vais devenir alcoolique. En revenant vers la sortie, je fais un saut dans le magasin multimédia. J'attrape un CD d'un vieux groupe de rock – nostalgie quand tu nous tiens –, deux films dont un documentaire. J'ai un besoin viscéral de contempler d'autres paysages, d'autres spectacles que mon univers de béton. Ça ira. Avant de regagner l'extérieur, je regarde s'il n'y a pas des clebs en maraude puis j'enfourche ma moto, une Yamaha flambant neuf. Je ne me refuse rien, et puis quoi encore ! J'ai vite abandonné l'idée de conduire une voiture tellement les routes sont encombrées de véhicules immobilisés. Impossible de circuler sans un deux-roues. Déçu, vraiment. J'étais parvenu à me dégoter une superbe Jaguar, un rêve, défoncée au bout de cinq bornes sur un plot en béton en cherchant à contourner un camion par le trottoir. Tant pis, il faut s'adapter.

J'arrive sur le périphérique et réduis ma vitesse. Il y a deux jours, un scooter couché en travers de la chaussée m'a surpris ; joli vol plané heureusement sans gravité. Je dois faire très attention à ne pas me blesser, il n'y aura personne pour me soigner. Cette idée m'angoisse beaucoup, je suis à la merci du moindre pépin physique susceptible de virer au cauchemar. Une rage de dent par exemple, putain, comment je ferai ? Je me vois mal me passer la roulette tout seul ou tenter un arrachage. Brrr, j'en frissonne. Heureusement il y a des pharmacies à chaque coin de rue, suffit de trouver le bon traitement.

Je traverse un quartier lugubre, complètement dévasté par les incendies. Il y en a eu énormément au début, ça cramait de partout. Des casseroles laissées sur le feu j'imagine, ou des courts-circuits, des machines sans maintenance, j'en sais rien. Je me souviens des épaisses colonnes de fumée qui s'élevaient aux quatre coins de la ville, l'odeur âcre, suffocante. Une atmosphère de fin du monde, j'étais carrément affolé, terré dans une cave. Ça a duré une quinzaine de jours puis tout ce qui devait brûler a brûlé, laissant derrière des champs de ruines. Quand je pense aux centrales nucléaires, si ça se trouve je baigne dans un nuage radioactif. Bah, au point où j'en suis !

Me voilà dans ma rue. Je slalome encore entre quelques voitures et stoppe devant mon hôtel. Ah il est beau, je ne me suis rien refusé ! Du luxe, du strass et des dorures à tous les étages ! Il n'y a que le ronronnement du groupe électrogène qui rompt un peu l'ambiance, j'étais bien obligé si je voulais de l'électricité. Sans courant je ne tenais pas, c'est sûr. Revenir à l'âge de pierre m'aurait fusillé le moral. J'ai pris l'habitude de m'annoncer quand j'arrive dans le hall, pour déconner, pour me donner l'impression de parler à quelqu'un.


– Bonjour tout le monde, c'est moi !


Je me dirige vers l'accueil où j'ai laissé la clé de ma chambre.


– Comment allez-vous Nestor ? Une belle journée n'est-ce pas ? Donnez-moi la 145 s'il vous plaît. Merci mon brave.


Puis, en sifflotant, je monte au deuxième étage en saluant bien bas les demoiselles évanescentes que je croise dans l'escalier. Une fois dans mon nid cossu, je dépose le sac à dos et j'attrape une bière dans le frigo. Affalé dans un fauteuil, les pieds sur une table basse en acajou, je sirote ma boisson. Combien de temps vais-je endurer cette situation ? Dire qu'avant, introverti, peu loquace, je n'aimais pas beaucoup les gens. La compagnie des autres me fatiguait rapidement, même mes amis je ne les supportais qu'à petites doses. Venait toujours un moment où j'avais besoin de me retrouver seul. Au boulot, pareil ; les discussions futiles, les rires gratuits, tout ceci finissait par me peser énormément. Je faisais des efforts pour m'intégrer au collectif alors qu'en réalité je n'aspirais qu'au calme et au silence. Il y a des gens qui craignent la solitude, qui ont un besoin viscéral de communiquer. Moi c'est le contraire, je me considère comme un asocial, en difficulté dès qu'il y a du monde. Merde, aujourd'hui tout ceci a bien changé ! Je donnerais n'importe quoi pour parler de la plus infime connerie, de la pluie et du beau temps, du rhume du fils de la voisine ou des rhumatismes de ma grand-mère. Discuter, dialoguer avec quelqu'un, sortir de ma caboche un instant, rien qu'un petit instant. Je ne pensais pas qu'on pouvait être dépendant des relations humaines à ce point, qu'échanger avec son prochain c'était aussi se sentir exister. Ma capacité d'autosuffisance est largement dépassée, me voici telle une âme en peine qui quémande la parole.

Allons, trêve de ruminations, je ne dois pas me laisser abattre sinon c'est la dépression assurée. Tant que j'aurai l'instinct de survie dans les veines je lutterai jusqu'au bout. Tiens, justement, je n'ai presque plus de gazole pour le groupe électrogène, je dois aller siphonner des réservoirs.

J'attrape un tuyau, deux bidons de vingt litres et je redescends dans la rue. Je repère une fourgonnette à un feu. Pas la peine de forcer le bouchon du réservoir, les clés sont sur le tableau de bord. Je m'agenouille, plonge le tuyau, aspire en prenant garde de ne pas avaler le carburant. Pas très rapide mais effi… AAAH… un chien… un putain de chien me saute dessus ! Je ne l'ai pas vu venir ! Je roule au sol avec la bête, ses mâchoires accrochées au col de mon blouson. D'un réflexe je lui balance le bidon dans le ventre, il lâche prise. J'en profite aussitôt pour me ruer dans la cabine de la fourgonnette. À peine le temps de refermer la portière que sa gueule ouverte s'écrase contre la vitre. Heureusement elle tient bon. Ils sont trois, dont un dangereux doberman. Je vois leurs côtes saillir à travers les flancs. Quel con, quel con, je n'ai pas emporté mon fusil ! Je le sais pourtant que je ne dois jamais quitter mon arme ! Me voilà en mauvaise posture maintenant, entouré de ces enragés. Ils bondissent sur les portières, le capot, rayent d'horribles crissements la carrosserie. Aboiements furieux. J'essaie de me remettre de mon émotion, mort de trouille. Il n'y a plus qu'à attendre et prier, prier pour que les vitres résistent encore sinon c'est la fin. Grâce à Dieu ils cessent leurs attaques et se contentent de tourner autour de la fourgonnette. Je crois qu'il y en a un qui s'est couché dessous. Pour couronner le tout la nuit commence à tomber. Obligé de prendre mon mal en patience, ils finiront bien par se lasser. Je me touche le cou, que des griffures superficielles, le col m'a protégé. Machinalement, puisque je n'ai rien d'autre à faire, j'allume la radio. Comme d'habitude, l'éternel grésillement ; sur chaque onde, chaque fréquence.


Réveil en sursaut, bon sang, je me suis endormi ! J'ai froid, j'ai faim, quelle heure est-il ? J'essuie la buée contre la vitre et regarde à l'extérieur. Le léger rosissement du ciel m'annonce que l'aube n'est pas loin. Et ces damnés clebs, ils sont où ? Je me contorsionne dans la cabine pour épier dans toutes les directions. Aucun mouvement. Dès qu'il fait plus clair je me lance, je ne passerai pas une heure de plus enfermé. Il y a trois cents mètres jusqu'à l'entrée de l'hôtel, j'ai intérêt à piquer le sprint de ma vie. J'attends encore un peu puis j'ouvre doucement la portière, prêt à la refermer au moindre signe d'alerte. Ça a l'air calme. Allez, go ! Je fonce sans regarder autour de moi, grimpe à toute vitesse les marches et pousse violemment la porte tournante de l'épaule. Sauvé !

Mon irruption fracassante dans le hall a fait détaler les rats qui s'y promenaient. Une belle saloperie ça aussi ! La disparition des humains a laissé le champ libre à toutes les bestioles qui gravitaient autour d'eux. Je ne cherche plus à comprendre pourquoi du règne animal seuls mes congénères se sont volatilisés… et pourquoi pas moi. Un cauchemar. Peut-être qu'un jour je vais me réveiller, peut-être qu'un jour j'aurai l'explication sur ma seule présence.


* * *


J'aime meubler mon temps en arpentant les musées de la ville. Contempler des œuvres diverses et variées me donne l'illusion de retrouver un monde perdu, me ramène un peu dans la chaleur de l'humanité. Lentement je me déplace entre des statues de marbre, fais courir ma main le long des hanches délicates de Vénus, caresse la tête figée d'Apollon. Devant un tableau monumental rempli de personnages joyeux, insouciants, j'ai l'idiote envie de sauter à l'intérieur pour les rejoindre. Privilège dérisoire de ma situation, je peux prendre et toucher les objets sans risquer une réprimande. Je ne m'en prive pas, feuilletant avec délectation une bible médiévale ornée de magnifiques enluminures, me coiffant d'un casque de conquistador dans une salle d'armes ou jouant à faire de grands moulinets avec une épée de chevalier. Plus loin, je fais glisser entre mes doigts des bijoux, des pierres précieuses, de l'orfèvrerie de tous âges.


– Vive le roi ! je crie une couronne royale sur la tête.


Dans ces moments je suis comme un gosse, j'oublie qu'un vide béant m'environne. Je songe avec tristesse que tout ceci finira par pourrir, bouffé par les rats ou rongé par l'humidité. Un dernier tour chez les peintres modernes puis je ressors du musée, les sens aux aguets. Ma dernière mésaventure avec les chiens m'a rendu particulièrement vigilant, en plus du fusil-mitrailleur en bandoulière j'ai dorénavant un flingue à la ceinture que je ne quitte jamais. Je remarque d'ailleurs un malheureux corniaud en train de renifler des parterres de fleurs. Sans hésiter, je lui explose la tête. Il y en a trop, je ne les supporte plus et j'avoue que ça me défoule. Les chats sont nombreux également, mais au moins ils me foutent la paix.

Sur ma moto, je file en suivant les allées d'un parc désert, passe à côté d'un jardin d'enfants rempli de tricycles et de poussettes abandonnés. Il y a des visions plus marquantes que d'autres. Je longe les berges du fleuve qui traverse la ville avec toujours ses péniches coincées en travers des ponts. La première grande crue sera un désastre.

Poursuivant mon trajet, je reconnais des établissements que j'ai dévalisés. Au début de ma solitude, incrédule, je me suis dit que tout le monde allait revenir d'un coup, d'une façon aussi soudaine et imprévisible qu'ils avaient disparu. Fébrile, j'ai alors amassé un tas de pognon, une quantité faramineuse de bijoux. Riche, j'étais riche jusqu'à la fin de mes jours ! Mais les mois s'écoulant, j'ai bien dû me rendre à l'évidence. Mes semblables ne reviendraient jamais. La richesse ne se mesurant qu'à celle d'autrui, j'étais en possession d'un pactole inutile.

Perdu dans mes pensées, je passe devant une enseigne qui me plonge dans un drôle d'émoi. Ça fait si longtemps… Allons, pourquoi avoir honte ? Je suis seul, désespérément seul, sans quiconque pour me juger. Je fais demi-tour et reviens en trombe vers le sex-shop entraperçu. J'enlève mon casque et rentre à l'intérieur. Les femmes me manquent ; leurs beautés, leurs charmes, leurs étreintes. Le solitaire n'est que la moitié d'un être humain, il ne peut s'accomplir sans la présence de l'autre genre. Quoi qu'il fasse, il n'atteindra jamais la plénitude morale et physique qu'apporte l'union du couple. C'est ainsi, la nature a créé deux sexes pour qu'ils se complètent, pas pour que l'un se traîne misérablement comme moi.

Je feuillette des magazines pornographiques, déambule entre des rangées de DVD exploitant le vice et la luxure sous toutes ses formes. J'en prends quelques-uns pour les regarder plus tard à l'hôtel. Devant une vitrine remplie d'objets hétéroclites, je m'arrête, fasciné. Une créature blonde en silicone, la bouche grande ouverte, obscène, me fixe de ses yeux sans âme. Son anatomie factice réveille en moi des pulsions trop longtemps contenues, élan incontrôlable. Je cède, arrache la poupée de son emballage, me vide à n'en plus finir dans ce corps glacé. Jamais je n'aurais pensé en venir à de telles extrémités. Non, pas très fier…


* * *


J'ai décidé de quitter la ville. Elle grouille de chiens, de rats ; les blattes que j'étais parvenu à contenir sont en train d'envahir mon étage. Le monde animal prend sa revanche, grignote le terrain laissé vacant. Tant pis pour le confort, l'électricité, l'assurance de trouver de la nourriture. De toute façon des supermarchés il y en a partout, avec des produits secs pour m'alimenter sans crainte encore des années. Je n'en peux plus de cet univers de béton, de ferrailles, ce décor sinistre. Si je reste ici je vais devenir fou. Il faut absolument que je voie autre chose : de la verdure, des forêts, des prairies, la mer ! La mer devient une véritable obsession, comme un appel irrésistible, puissant, une lame de fond qui m'emporte. J'ai une déraisonnable envie de fouler du sable fin et de respirer l'odeur des embruns, à m'en gaver les poumons. Je sais pertinemment qu'il y a des risques, que je vais m'exposer, affronter des menaces qui n'existent pas en ville, mais je suis arrivé à un point tel où ça m'est égal. L'instinct de survie qui m'habitait au début, qui guidait mes faits et gestes, se transforme lentement en stratégie du désespoir. Je le sens. Plus très sûr d'avoir envie de lutter ; de lutter contre l'absence, les fantômes. D'ailleurs qui sait, je vais peut-être rencontrer des rescapés ? À part les tentatives de communication par radio, je n'ai jamais vraiment cherché.

J'ai mûrement réfléchi au nécessaire que je devais emporter, sur un deux-roues c'est plutôt limité même si j'ai rajouté des top cases. En fait je vais prendre un matériel de campeur mais sans tente, ça me fera gagner de la place. Je n'aurai qu'à dormir dans les maisons.

Le réservoir est plein, les bagages solidement arrimés. J'ai revêtu une véritable combinaison de motard avec des protections aux coudes, aux genoux et à la colonne vertébrale. Sensation d'être dans une armure. Le casque à la main, je regarde une dernière fois ma chambre d'hôtel. Sûr, j'avais fait du bon boulot ! S'il n'y avait pas eu toutes ces bestioles et cette furieuse envie de foutre le camp, j'aurais encore pu rester des années ici à me la couler douce, il ne me manquait rien. Attendre la fin dans de bonnes conditions, peinard, à m'emmerder prodigieusement… Je referme la porte. En passant devant la réception, je dépose ma clé sur le comptoir.


– Adieu mon bon Nestor, j'me casse. J'en ai ras le bol de cet endroit, vous comprenez ? Je pars à l'aventure, plein sud, vers l'océan et advienne que pourra. Promis, je vous enverrai des cartes postales. Ciao la compagnie !


Une poussée sur le kick de démarrage et je m'éloigne dans un nuage de fumée. S'extirper du centre-ville est compliqué, je ne cesse de louvoyer entre la masse de véhicules immobilisés. J'atteins des faubourgs jamais traversés et vient ce que je craignais. Alertés par les pétarades de la moto, surgissent de nulle part une vingtaine de chiens faméliques. Ils ont un court moment d'hésitation puis, à l'unisson, se jettent à mes trousses ! Je blêmis, lance aussitôt les gaz. La moto se cabre, manque me désarçonner mais je parviens à reprendre l'équilibre et me rue sur les boulevards. La prudence n'est plus de mise. À toute allure je slalome entre les obstacles, la meute sur les talons. Un gros chien tous crocs dehors jaillit d'une ruelle et me fait soudain face, je ne ralentis pas et le percute de plein fouet. Il roule sur le bas-côté. Un autre plus rapide est sur ma gauche, bondit sur moi, me rate de justesse. Je monte sur les trottoirs, franchis les pelouses, les places, priant pour qu'il n'y ait pas un embouteillage trop dense qui m'empêcherait de passer. Heureusement, en me dirigeant vers la périphérie je rencontre des voies moins encombrées. Dans le rétroviseur je constate avec soulagement que mes poursuivants sont en train de lâcher prise. Je ne relâche pas mon accélération pour autant, il peut y avoir encore des attroupements. Sortir de cet enfer au plus vite.

Il n'y a qu'à mon arrivée sur l'autoroute que je réduis la vitesse pour finir par m'arrêter, le moteur au ralenti. Je me retourne pour regarder la ville ; grise, noircie, définitivement morte. La salope, elle m'aura chassé avec férocité. De toute façon je n'avais plus rien à y faire.


* * *


C'est incroyable comme je me sens revivre. Comment ai-je pu passer deux années enfermé dans une agglomération sordide ? Les paysages verdoyants qui défilent, la course des nuages dans le ciel, les odeurs, les champs de blé caressés par le vent, les fleurs sauvages, multicolores, tout me remplit d'un bonheur que je croyais définitivement éteint. Je m'aperçois que j'étais obnubilé par ma survie et oubliais simplement d'exister, d'apprécier les quelques parcelles de plaisir encore accessibles ; animal aux abois. La nature qui défile sous mes yeux me redonne la vitalité qui me manquait tant, me regonfle d'une énergie débordante. Euphorique, j'en finis par chanter à tue-tête à l'intérieur de mon casque :


Je n'ai pas peur de la route, faudra voir, faut qu'on y goûte. Des méandres au creux des reins et tout ira bien. Le vent nous portera. Ton message à la Grande Ourse et la trajectoire de la course. Un instantané de velours, même s'il ne sert à rien. Le vent l'emportera. Tout disparaîtra mais le vent nous portera !


Pourtant, malgré ma joie, des visions éparses ne manquent pas de me ramener au tragique de ma condition, dont cet avion crashé près de l'autoroute, gigantesque oiseau de métal désarticulé. Je réalise que le jour de l'extinction tout ce qui volait a dû s'écraser, tomber en pluie comme des mouches. Pour avoir entendu les épouvantables bruits de collisions venir des bouches de métros, des gares, vu les enchevêtrements de trains et rames compilés en amas de tôles, je savais que les voies ferrées avaient subi l'apocalypse. Mais les avions, je n'y avais pas encore songé.

Je trace comme un bolide, me jouant facilement des voitures disséminées. Comme si j'avais le feu aux trousses j'avale les kilomètres, impatient d'atteindre la grande bleue. Seules les gares de péage, qui m'obligent à lever les barrières à la main, freinent mon envol.

À la tombée du jour, je quitte avec regret ce large ruban de macadam pour pointer sur mon objectif. J'ai dans l'idée de revenir à un endroit de la côte qui avait enchanté mon enfance. Besoin de revoir des images du passé. Du coup je roule plus prudemment, grand bien m'en fait car très vite je bute sur un poteau télégraphique couché en travers de la route. Je le contourne. La pénombre s'accentue quand je traverse une forêt, trouée par le faisceau lumineux de ma moto. Merde, j'écrase les freins ! Sans crier gare, une bande de sangliers vient de me débouler sous le nez. Une douzaine de bêtes. Mon cœur s'emballe. Je me saisis du fusil-mitrailleur accroché au flanc de la bécane et le pointe sur les bêtes. Une seule qui bronche et je les allume. Ouf, indifférente à ma présence, la harde passe son chemin. Je relâche lentement la pression sur la détente, soulagé. Bon, okay, j'ai compris, premier bled je m'arrête pour la nuit.

Les ombres d'un village peu de temps après exaucent ma demande. Au jugé, je stoppe devant une bâtisse qui se découpe, massive, dans l'obscurité. Je descends de la moto, ankylosé par le trajet et pénètre dans la demeure. Fusil dans une main, lampe torche dans l'autre. Vague odeur de renfermé, de vieux bois. J'explore méticuleusement le rez-de-chaussée puis monte à l'étage. Les lattes de l'escalier craquent sous mes pas. À l'instant où j'entre dans une chambre à coucher, le vol épars d'une chauve-souris me frôle la tête. Elle s'échappe par la fenêtre laissée ouverte. L'éclairage de ma lampe dévoile une rangée de photos sur une commode. Des visages souriants, jeunes et moins jeunes, qui me font un drôle d'effet, témoins douloureux d'une vie que j'ai côtoyée et ne reverrai jamais plus. Ma famille, mes proches, tous autant qu'ils sont, une malédiction les a projetés dans les limbes du néant. Sans explication rationnelle, j'en suis arrivé à croire que Dieu en a eu assez des hommes, balayés d'un revers de la main. Mais pourquoi me laisser ? Qu'ai-je commis pour mériter un tel enfer ? Ou alors m'aurait-il oublié, comme le chef d'un convoi oublie un passager ? Machinalement je ferme la fenêtre, redescends au salon pour m'y installer.

J'ai poussé le canapé qui me servira de lit devant une cheminée où brûle un feu vif. Sur mon réchaud à gaz finissent de cuire des pâtes. Affalé, j'en suis à la moitié de la bouteille de vin que j'ai trouvée à la cuisine. La tête commence à me tourner. J'avale rapidement mon repas, l'esprit rempli d'idées confuses. Le silence m'oppresse, aussi pesant que la noirceur qui suinte des murs, rompu par les hululements plaintifs d'une chouette au-dehors. Mal à l'aise, je me lève pour insérer un CD dans le lecteur que j'ai emporté avec moi. De la musique, du son, vite, pour chasser ce sentiment insupportable de solitude. Tandis que des accords hypnotiques envahissent la maison, je m'allume un long cigarillo. Bientôt des volutes savoureuses montent au plafond, accompagnées par la lueur des flammes qui déforment la pièce de spasmes rougeoyants. La musique, son empreinte sur nos sens… Je suis passé à la vodka, troisième verre. L'alcool m'enfonce.

Glissé dans ma ceinture, mon revolver me gêne. Je le retire, le soupèse, caresse le canon froid et métallique d'où s'exhale une odeur acide de poudre. Si j'osais… si j'arrêtais ce calvaire qui ne rime à rien, avant qu'il ne m'arrive forcément une tuile que je ne pourrais surmonter. En finir, rejoindre les autres. Courage. J'appuie l'arme contre ma tempe, ferme les yeux… DONG ! DONG ! DONG ! bordel DONG ! DONG ! je bondis comme un ressort DONG ! DONG ! DONG ! vide le chargeur en direction du bruit DONG ! DO…

Nom de Dieu, j'ai du mal à reprendre mon souffle. Une pendule. Juste une damnée pendule. Mais c'est pas possible, qui l'a remontée ?


– Hé, y a quelqu'un ?


Pas de réponse. Je me saisis de ma lampe torche, refais un tour complet de la baraque, de fond en comble. Rien, strictement rien. À croire que ma présence a réveillé la mémoire des lieux.


* * *


Mal au crâne, bouche pâteuse, envie de dégueuler. J'ai abusé hier soir, trop bu. Je me redresse sur un coude, remarque le flingue posé à côté du canapé. Mes yeux dévient vers la pendule qui m'a flanqué une sacrée frousse. Bon sang, je l'ai pas loupée ! Les balles ont fracassé le panneau en bois, réduit en éclats le cadran. J'imagine que le mécanisme a dû se décoincer subitement. Une belle pendule pourtant, ancienne, finement ouvragée, transmise de génération en génération. C'est mal la remercier de m'avoir sauvé la vie. Qu'est-ce qui m'a pris ? Faut que j'arrête de boire. Le suicide j'y viendrai peut-être, quand j'en aurai marre de traîner mes guêtres en solitaire, mais là je dois voir la mer, absolument. Il n'y a plus que ça qui compte.

Un café, quelques biscuits et je rassemble mes affaires en refoulant tant bien que mal une nausée tenace. En sortant de la maison, je tombe nez à nez sur un âne en train de brouter dans la cour.


– Salut pépère ! T'es heureux toi, hein ? T'en as rien à foutre de tout ça tant que t'as à bouffer, pas vrai ? En vérité j'te le dis, j'aimerais être à ta place.


Cette rencontre amusante me remet de bonne humeur, un peu de vie après le désespoir de la nuit. Les bagages fermement sanglés, le moteur vrombissant, je repars de plus belle vers mon objectif.

Il n'y a pas de doute, c'est la campagne ! Je ne compte plus les vaches, les moutons, parfois les chevaux qui déambulent en totale liberté. Il y en a tellement qu'il faut faire attention à ne pas leur rentrer dedans. Ça me fait penser qu'il y a une éternité que je n'ai pas mangé de viande rouge. Il doit bien y avoir des cochons quelque part, quand j'aurai un moment j'en descendrai un.

J'ai aussi repéré quelques chiens errants mais ils ont l'air inoffensifs. La nourriture doit être plus abondante par ici.

Au fur et à mesure de ma progression le paysage change. Les forêts denses de feuillus sont progressivement remplacées par de vastes étendues de pins maritimes, à l'ombre desquels pousse un épais tapis de fougères. Le relief s'aplanit, des zones sableuses apparaissent. La route au début sinueuse devient rectiligne, par malheur totalement obstruée à une vingtaine de kilomètres de ma destination. Sur des hectares, les pins sont couchés comme fétus de paille ; barrage inextricable. J'essaie de passer par la forêt mais très vite je m'ensable. Obligé de descendre de ma monture, de pousser comme un forcené. Effort inutile, la moto est trop lourde, trop chargée. Pas le choix, je suis forcé de débarquer mes affaires. Je continuerai à pied en emportant le strict minimum, hors de question de rebrousser chemin si près du but.

Il fait chaud. Le soleil darde des rayons qui ne réchauffent plus personne sinon moi. Rapidement en sueur, je me débarrasse de ma combinaison de motard devenue insupportable. Les chablis ralentissent ma progression, m'obligent à me faufiler entre des amas de branchages. En milieu d'après-midi, je commence à sentir des effluves iodées. Sourire. Mon pas s'accélère, une excitation grandissante me gagne, semblable à celle que je ressentais gamin quand la voiture familiale abordait les derniers kilomètres d'un long trajet. J'atteins le camping sous la pinède qui me voyait arriver la peau pâle au début des vacances, bronzée à la fin. Je m'arrête, lève la tête, écoute… ce bruit… profond, régulier, unique entre tous, comme les lentes pulsations d'une éternité. L'atmosphère en est pleine, rend compte de son immensité : c'est lui, le ressac ! J'en deviens fou, balance mon sac à dos, mon fusil, me rue à toutes jambes vers cet appel irrésistible. Je traverse en courant la petite station balnéaire et ses baraques en bois envahies par le sable, reconnais la pizzeria où nous avions l'habitude de déjeuner, la boutique de souvenirs. J'enlève mes chaussures, grimpe courbé la dune qui marque le cordon littoral. Dans un ciel éblouissant de lumière filent des goélands argentés. Bon Dieu, enfin la mer, si bleue, si belle ! Je m'affale sur les genoux, transporté par cette vision tant espérée. J'ai cette pensée stupide ; elle n'a pas bougé. Elle en a vu défiler des créatures vivantes, de toutes sortes, de toutes tailles, évanouies les unes après les autres dans la nuit des temps mais elle, elle est toujours là.

Mon regard se pose sur la plage où des parasols et des serviettes abandonnées côtoient un amoncellement de détritus, où des embarcations léchées par les vagues gisent sur le rivage. J'aperçois un énorme cargo, au loin, drossé contre une digue. Ici et là miroitent des planches de… mais… mais il y a quelqu'un ! Une explosion dans la poitrine. Fébrile, j'attrape mes jumelles. C'est un parasol, planté droit, qui a attiré mon attention. Les autres sont renversés pêle-mêle. Oui, il me semble distinguer une personne dessous, immobile, des objets m'empêchent de voir correctement. Hallucination ? Méprise ? Je dévale la dune tel un furieux pour en avoir le cœur net, trop vite, me casse la figure et fais un roulé-boulé. Du sable plein les cheveux je me relève, reprends ma course vers l'incroyable. Peur, peur d'être déçu. À dix mètres du parasol je ralentis ma course, épuisé, essoufflé. Pauvre imbécile ! Une souche, blanchie par les embruns, qui tend ses excroissances comme deux bras décharnés. J'y ai cru…

Je dois donc finir seul, dernier témoin d'un monde disparu. Mon destin sans doute. Entre mes doigts je laisse filer doucement une poignée de sable chaud. Sur la bande de sable humide, un crabe maladroit tente d'éviter le flux des vagues. Mon regard se noie dans un lointain brumeux. Étrangement je me sens calme, apaisé.


 
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   Neojamin   
20/2/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

C'est un long texte, donc je vais décomposer mon commentaire suivant chaque partie.

D'entrée, le décor est posé. À mon avis, ça manque un poil de description pour aider le lecteur à s'imaginer la ville... Le style est posé, situation post-apocalyptique. L'auteur n'en dit pas trop dès le début, c'est un bon choix, on verra par la suite.
Ce qui est difficile dans ce genre de texte, c'est la cohérence... Voici un doute qui m'ont assailli immédiatement:
- L'auteur le précise après : «tout ce qui devait brûler a brûlé». Mais le supermarché est encore intact ? C'est une incohérence qui m'a d'entrée empêché d'y croire.

Sur la forme, j'ai noté plusieurs commentaires qui semblent sortir de la tête de l'auteur et non du narrateur. Ces phrases peu originales m'ont sans cesse extirpé du feu de l'action, c'est dommage. Exemples :
- « Si ça continue je sens que je vais devenir alcoolique»
- « nostalgie quand tu nous tiens»
- «il n'y aura personne pour me soigner»
- « Cette idée m'angoisse beaucoup»
- «Ah il est beau, je ne me suis rien refusé !»
La liste est longue, je pense qu'un nettoyage de ces commentaires «bateaux» permettrait au texte d'être plus vif, plus captivant.

Fin du premier chapitre. «peut-être qu'un jour j'aurais l'explication sur ma seule présence.» Inutile de le préciser, nous avons compris...
C'est bien écrit, on se laisse prendre dans l'histoire malgré la surabondance de commentaires personnels.
Par contre, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Will Smith et I am Legend...

Deuxième partie
Question ? S'il se sent si seul, pourquoi tuer tous les chiens ?

Même remarques au sujet des commentaires qui sont pour moi trop explicites et me sortent à chaque fois du vif du sujet. Exemples :
- «La richesse ne se mesurant qu'à celle d'autrui, j'étais en possession d'un pactole inutile.»
- «Le solitaire n'est que la moitié d'un être humain...»

Troisième partie
- «À toute allure je slalome entre les obstacles, la meute sur les talons.» Sacrément véloces les chiens...

Quatrième partie.

Je ne comprends pas ce commentaire : «si j'arrêtais ce calvaire qui ne rime à rien,» Il ne semble pas si triste tout le long du récit et, soudain, ça ne rime à rien ? L'idée du suicide me semble maladroitement amenée.

Cinquième (et dernière?) partie

Le héros veut juste voir la mer... c'est sa seule quête au final et tout ce texte ne mène qu'à ça. Pourquoi pas. Si c'est le début d'un roman, on peut imaginer qu'on en saura plus après, si ce n'est qu'une nouvelle, je trouve dommage de s'arrêter comme ça. Le ton utilisé dans tout le texte laisse présager une explication... et je reste donc sur ma faim. C'est un peu plat comme chute et décevant je dois l'avouer. Ce n'est que mon ressenti bien entendu!

Il reste que j'ai pris plaisir à lire ce texte qui mériterait juste selon moi de nous emmener plus loin. Je me permets de préciser qu'en ôtant bon nombre de commentaires trop explicites, vous pourriez rendre l'histoire plus prenante encore. Un bel effort en tout cas je vous encourage à continuer sur cette voie!
Merci

   Anonyme   
20/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour. Oh, oh, n'auriez vous pas fait un petit saut dans ce documentaire génial " Population zéro, un monde sans homme" qui trône depuis quelques temps parmi d'autres images d'apocalypse sur YouTube.
En tous cas, si c'est le cas, vous vous y êtes engouffré avec un tel bonheur que vous nous en restituez une vision fictive de haut niveau.
Bravo pour cette balade en enfer. "L'enfer, c'est les autres", parait-il, mais en vous lisant leur absence est bien pire.
L'écriture est parfaite, vive, fluide, sans fioriture, sans recours aux pesants dicos, en bref, tout m'a plu dans cette nouvelle. Sauf...
J'ai eu tout le temps de ma lecture cette sensation d'arpenter le story-board de ce documentaire cité plus haut. Une autre fin était possible, mais c'est vous qui avait décidé de celle-ci.
En tous cas, bravo pour cette histoire qui ne fait pas sentir ses presque 30000 caractères. Aucun ennui, j'ai passé un excellent moment.

   Asrya   
7/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"Ça me fait penser qu'il y a une éternité que je n'ai pas mangé de viande rouge. Il doit bien y avoir des cochons quelque part, quand j'aurai un moment j'en descendrai un. "
--> plutôt étrange votre viande rouge ; passons.

Un thème qui n'a rien d'original - s'apparentant d'ailleurs davantage à de la Science Fiction qu'à du Fantastique/Merveilleux mais bon, ce n'est qu'un détail.
Je me suis très rapidement projeté dans votre univers que vous décrivez à la perfection, peut-être aidé par certaines œuvres qui traitent également ce genre d'aventures, dont les souvenirs se sont peu à peu immiscés dans mon esprit.
Je fais notamment référence, d'un point de vue cinématographique, à "Je suis une Légende" ; dont l'ambiance s'apparente assez fortement à celle que vous nous racontez.
Vous y ajoutez une part de mystère et de rêve. Mystère car la raison de cette solitude n'est jamais évoquée. Cela ne me déplaît pas.
Par curiosité j'aurais probablement aimé en savoir davantage, connaître ce qui aurait pu mettre fin à l'humanité (enfin presque), mais cette élision a son charme ; je m'y suis laissé perdre.
De rêve, d'espoir, d'apaisement, de vie, avec cette touche subtile, revivifiante qu'apporte la mer et ses ressacs ; bercement d'un "nouveau né"

Au final, une nouvelle qui reprend un thème "récurent" de la Science Fiction : la fin de l'humanité, un seul survivant ; mais qui s'écoule dans une dimension plus "spirituelle" malgré le désespoir vain d'une solitude inconfortable.

Vos descriptions sont habiles, qu'il s'agisse de l'environnement ou du personnage ; votre style d'écriture est fort louable, prenant, séduisant. Attention peut-être aux actions répétées (les attaques des chiens notamment) qui font réapparaître un même type de vocabulaire, de tournures de phrase, qui donnent une certaine lassitude à ces événements.

En tout cas, j'ai passé un excellent moment à vous lire,
L'univers m'a plu, vos pensées aussi,
Au plaisir de vous lire à nouveau.

   Anonyme   
8/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jano... Pas vraiment client du "fantastique" je me suis pourtant laissé prendre par l'ambiance de cette nouvelle...
Seul dans la ville, seul au monde sans savoir ni pourquoi ni comment, c'est un sujet en soi mais, en ce qui me concerne, j'aurais aimé que ça ne soit que l'introduction d'un roman car la porte est ouverte à une suite et dans l'état actuel du texte le lecteur lambda que je suis reste sur sa faim... Dommage, à moins que nous ayons un jour L'oublié, acte 2 ?
En attendant cette éventualité il me reste à laisser vagabonder mon imagination... Merci Jano !

   mbh   
8/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Qui ne s'est interrogé sur ce qu'il ferait s'il était le dernier survivant ? De ce côté-là cette nouvelle est parfaite : elle répond à notre interrogation. Je n'ai pas trouvé d'invraisemblances. Tout est parfait. Histoire impeccablement racontée sauf que... on ne sait pas ce qui s'est passé et c'est très frustrant et, en plus, j'ai l'impression que l'auteur m'a laissée en plan, sauf à imaginer que c'est le début d'un roman ??? Sinon, c'est long mais un peu court quand même.
D'un autre côté, nous ne savons déjà pas pourquoi nous sommes là, c'est beaucoup demander à un auteur d'expliquer pourquoi nous ne sommes plus là... sauf un.

   Perle-Hingaud   
9/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Jano,

Le titre comme l’incipit sont bien trouvés, ils me donnent envie de poursuivre.
En même temps, la catégorie choisie désamorce de suite le suspens : il n’est pas oublié par sa femme, il est… réellement seul au monde. Oublié du désastre. Du coup, les références à d’autres lectures ou à des films surgissent, obligatoirement.
La première idée est bien trouvée : l’allié historique de l’homme, le chien, devient son prédateur.
Autre bonne idée : « J'ai un besoin viscéral de contempler d'autres paysages, d'autres spectacles que mon univers de béton. ». J’aurais plutôt imaginé qu’il veuille voir d’autres humains, même virtuels, mais enfin.
« Une rage de dent par exemple, putain, comment je ferai ? » : très réaliste. Pas mal ces allers-retours entre manques psychologiques et problèmes concrets.
J’aurais bien aimé savoir où sont passés les corps ? Enlevés, disparus, ou tout simplement à l’état de squelettes (mais là, bizarre de ne pas les mentionner). Non pas que l’explication de la cause de la situation soit nécessaire, à mon avis : on part d’un postulat, on vous suit et c’est bien.
« Une atmosphère de fin du monde, » : ça, c’est assez drôle !... puisque c’est la fin du monde, de ce monde-ci du moins.
« Pas très rapide mais effi… AAAH… » : ce passage est bon, je trouve. Pas évident de retranscrire une action dans ce mode de narration, au présent, en monologue intérieur. Votre écriture est équilibrée, littéraire mais tout de même crédible.
« Il y a des visions plus marquantes que d'autres. » super : le non–dit est impeccable.
« C'est ainsi, la nature a créé deux sexes pour qu'ils se complètent, pas pour que l'un se traîne misérablement comme moi. » pour le coup, c’est le contraire, là : paragraphe beaucoup trop explicatif, je pense. Le suivant est meilleur, l’action vaut l’explication.
Il y a tout de même quelque chose qui m’étonne (je suis à la description de sa fuite à travers les embouteillages) : pourquoi, justement, autant d’embouteillages ? Les gens ont-ils cherché à fuir, et dans ce cas, pourquoi pas lui ? Comment peut-il ne pas être au courant de la raison du cataclysme dans ce cas ? Se réveiller seul au monde dans un environnement inchangé et ne pas comprendre, ok, mais là, s’il y a eu panique, il devrait s’en être rendu compte, non ?
« des gares, vu les enchevêtrements de trains et rames compilés en amas de tôles, je savais que les voies ferrées avaient subi l'apocalypse. Mais les avions, je n'y avais pas encore songé. »… même remarque.
Il y a du suspens à l’entrée dans la vieille maison, vous relancez l’intérêt. Hum, la pendule qui sonne après deux ans… mais ça interrompt à point ce personnage qui hésite à en finir mais n’est pas du tout dépressif. L’idée est efficace mais son vecteur (la pendule) un peu moins.
« J'imagine que le mécanisme a dû se décoincer subitement. » trop explicatif et tiré par les cheveux. Ce serait plus simple d’imaginer bêtement une pendule à piles, non ? ça doit bien exister…
Ahhh, le retour à la mer, à nos origines… symbolique et adapté.

En conclusion, c’est une belle lecture, l’écriture est très agréable (même si vous expliquez un peu trop), je bute juste sur quelques détails dans le scenario. Vous revisitez un thème classique avec un plaisir communicatif. Merci !

   Shepard   
9/3/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Salut Jano !

Un récit fantastique ? Ah je vois quand même une inspiration post-apocalyptique presque SF, ça me rappelle une autre de vos nouvelles. Fan de Fallout et autres ?

J'ai trouvé le fond de l'histoire bien : une fin du monde sans fin du monde (pas d'explosion, de zombis, de super virus...) juste une disparition massive - qui pour le coup justifie bien le fantastique -.

30000 caractères qui se lisent très bien (les séparations sont bien posées).

Il y a par contre une chose qui m'a dérangé : la logique du personnage. Je veux dire, tout le monde disparaît du jour au lendemain, et le type n'a pas cherché plus loin qu'en triturant des ondes radios ? 2 ans resté au même endroit, en faisant les mêmes choses ? (il n'a même pas dressé un animal de compagnie !?) Pour le coup il devrait être dépressif à 100% et ça ne se ressent pas trop. En fait, je me serais attendu à un type complètement givré, qui s'invente des amis, qui parle avec un bot sur smartphone ou je ne sais quoi, n'importe quoi pour se donner de la substance. On ne ressent pas de trauma (bon il parle à un room service fantôme, mais ça ne va pas plus loin que ça) : je veux dire, les gens ne sont pas morts, ils ont disparus, ça n'a aucun sens logique, le cerveau devrait exploser.

Du coup, je trouve le passage du 'suicide' un peu bizarre, qui aurait eu plus sa place après le 'faux-espoir' de la fin.

Au final, l'absence d'explication sur le pourquoi de tout ça ne me dérange pas, car on reste centré sur le personnage. Mais voilà, peut-être un peu plus de mélancolie (des souvenirs précis ?), un véritable sentiment d'abandon menant à une psychose. Donc je me retrouve face à un texte bien écrit avec un bon potentiel mais je reste incrédule sur le personnage.

   Francis   
12/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Les loups sont entrés dans la ville livrée aux animaux. Au lendemain d'un cataclysme ( au lecteur d'en imaginer la nature), tout est chaos.
Les bêtes féroces ont pris le pouvoir. J'aime cet antihéros, ultime survivant de l'apocalypse. Je l'ai suivi jusqu'à l'océan sans trouver le voyage trop long.

Comme vous le souhaitez, je développe un peu plus ma pensée. Pourquoi les loups ? Pour comprendre ce chaos j'ai pensé à la chanson de Réggiani "les loups.
"Le ciel devenait sauvage
Le béton bouffait l'paysage..
Dès que la peur hante les rues
Les loups s'en viennent la nuit venue..."
Ainsi le héros serait l'ultime survivant d'un conflit opposant l'humain aux" barbares" . Tout comme les héros grecs de la mythologie (Thésée) il affronte les chiens, les blattes, les rats...
C'est bien sûr une interprétation personnelle.
J'ai aimé cette nouvelle !!!

   Anonyme   
11/3/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une nouvelle "Fantastique" à la lisière de la Science-Fiction, mais qui est bien du Fantastique. Ce qui se justifie par l'absence d'explication concernant la disparition totale du genre humain, mis à part le héros. En revanche, si la fin du monde avait été le résultat d'un conflit nucléaire, d'une météorite géante ou d'un virus 100 % mortel, etc., cela aurait relevé de la Science-Fiction.

Cette nouvelle m'a fait penser à l'adaptation cinématographique d'un roman de Richard Matheson, "Je suis une légende", adaptation qui n'a d'ailleurs rien à voir avec le roman lui-même, mais passons...

Cela me fait aussi penser au best-seller de Cormac McCarthy, "La route", également adapté au cinéma (pratiquement fidèle en tous points, pour le coup !)... A ceci près que les hommes n'ont pas totalement disparu...

Je pense également à une autre nouvelle de Richard Matheson, extrêmement courte (3 pages en version poche), "Moutons de panurge" ; l'histoire d'un homme qui assiste à un long défilé de moutons allant tous se jeter à la mer, sans aucune explication, le tout dans une atmosphère de fin du monde...

Mais passons, parce que les références ne manquent pas...

J'ai vraiment été emballé par ce texte, d'abord parce que j'ai toujours été attiré par ces atmosphères de fin du monde, mais surtout parce que la nouvelle est bien écrite. On sent l'écriture aboutie. Le dénouement laisse songeur parce qu'il n'offre aucune échappatoire au héros. En somme, il n'y a aucune explication logique - ni même le moindre début d'explication - sur ce qu'il s'est passé, ni aucune solution.

Cette nouvelle foisonne de détails et l'on s'imagine bien à la place du héros.

De loin la meilleure nouvelle que j'ai lu depuis longtemps !

   molitec   
12/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un moment agréable, je ne me suis pas ennuyé en lisant cette nouvelle, bien au contraire, et ce malgré la longueur relative du texte.
Peu être que je me trompe, mais j’ai senti qu’il ne manquait pas grand-chose a ce texte pour qu’il soit une partie d’un scenario par exemple, ou bien l’inverse : une partie de scenario enrichie et transformée en nouvelle, enfin je ne suis pas très sur, c’est surtout l’effet accrochant de cette nouvelle qui m’a fait penser a ça, avec les effets auditifs et les descriptions du narrateur. Cette remarque est vraiment subjective, je ne m’y connais pas en scénarios, juste un ressenti, d’ailleurs je considère ce texte comme une œuvre littéraire avant tout.
J’aime beaucoup ce style d’écriture, je trouve cette dernière belle, fluide, précise et vivace, et ça m’incite vraiment à lire d’autres textes de l’auteur.
Cependant, j’ai trouvé qu’il y a léger manque de pensées ou de réflexions profondes de la part du narrateur concernant ce qui aurait pu se passer, quelque chose d’extraordinaire s’est produite quand même ; certes, il se posait quelques questions de temps en temps en se demandant pourquoi il était le seul a rester, mais il n’y avait pas beaucoup de curiosité de connaitre la cause ; j’ai pense que peut être il y avait une réflexion profonde ou philosophique, et qui se cachait derrière l’intrigue même.
Merci pour ce très joli texte, a bientôt.

   Jano   
12/3/2015

   Coline-Dé   
13/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Le sujet a beaucoup été traité. Ce que j'ai apprécié c'est l'absence d'explications sur la disparition de tout le monde sauf lui et les animaux ( même cette absence de logique me plaît, elle est originale)
Le décor est bien posé, peut-être même un peu trop présent : je me demande si ce n'est pas en partie cela qui donne cet aspect comportementaliste au texte.
En revanche, ce qui m'interroge, c'est le flegme du personnage : je veux bien admettre que sur le coup il soit " sonné", mais au bout d'un certain temps, ça devrait commencer à cogiter dur... et non, il change d'air, un coup de blues voilà tout ? Ok, c'est un-mec-un-vrai ( je me moque un peu, c'est mon côté féministe !) mais ça ne l'a pas décervelé, si ? Il est bien toujours humain ? Sa vie passée, elle ne fait jamais un peu surface ? Tu aurais pu faire contraster sacrément et je pense que cela aurait donné et du relief et une plus grande émotion à ce texte sur la forme duquel je n'ai rien à redire...
Dommage d'avoir zappé cet aspect, à mon sens plus important que de savoir à quoi ressemble tel immeuble ou tel paysage.

   Anonyme   
6/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Long texte, avec malheureusement, peu de choses intéressantes. C'est du moins, mon avis, il est donc très subjectif. Je ne doute pas un seul instant que ce texte puisse plaire à d'autres lecteurs.
Mais, je voulais dire que le thème n'est pas très original et quelques éléments rendent le personnage principal très incohérent. Aussi, environnent n'est pas clair, et quelques expressions familières m'ont aussi gêné dans ma lecture, et j'ai donc eu du mal à entrer dans l'univers du texte.

   hersen   
10/5/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Je suis très mitigée. Dès le début, j'ai une impression de déjà lu/vu car la notion d'apocalypse en a inspiré plus d'un. Je ne suis donc pas dans un univers qui m'apporte des surprises. Ce qui change dans votre nouvelle par rapport aux autres oeuvres de ce genre, c'est que le narrateur est seul, de bout en bout. Il n'y a donc pas les agressions entre humains, chacun voulant défendre ou agrandir son territoire ou je ne sais quoi. Très bien. Pour moi c'est nouveau. Mais alors je trouve que notre survivant passe beaucoup de temps à s'occuper de son intendance et détails pratiques de la (sur)vie courante alors qu'on nous dit qu'il y a de tout pour longtemps dans les supermarchés. J'ai attendu tout au long de ma lecture que l'évolution des sentiments, de la psychologie du narrateur nous saute à la figure. Mais non, on suit un peu le ronron de son voyage. On a bien quelques petites traces, par exemple l'amas de richesse ou la poupée gonflable mais on dirait que l'auteur lâche vite tout ça pour en revenir aux chiens. Enfin, il est quand même TOUT SEUL ! L'exemple le plus frappant est le carillon de la pendule : il sursaute, ça le fait flipper enfin, tout ce qu'on veut, mais au final, il se dit juste que le mécanisme a dû se décoincer. J'aurais pensé qu'à partir de là il aurait remué ciel et terre pour rechercher d'éventuels survivants.
Néanmoins je dirais pour terminer que le style est très agréable, que ça coule tout seul. Et surtout, cette obsession d'aller au bord de la mer, j'aime bien la fin. "Les lentes pulsations d'une éternité " c'est très beau.


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