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Réalisme/Historique
Jano : La vestale outragée
 Publié le 27/02/12  -  11 commentaires  -  12511 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur

Quand les affres de la création obscurcissent l'esprit.


La vestale outragée


« Avez-vous bientôt terminé monsieur ? Je me sens un peu lasse. »


Il ne répondit pas, concentré sur la tunique qu'il peaufinait par petites touches. Les mouvements d'une étoffe lui réclamaient beaucoup d'efforts, toute sa dextérité était alors mise en œuvre. Il releva la tête, fixa avec attention le tracé d'un pli puis effleura de nouveau la surface de la toile. Emportée par les ondulations soyeuses du pinceau la pâte s'étalait délicatement en dégradés successifs.


Juchée sur l'estrade, Marthe ne distinguait que des cheveux grisonnants et le sommet d'un béret informe. De temps à autre apparaissait un visage aux yeux plissés, sourcils froncés, scrutant telle ou telle partie de son corps puis disparaissant aussitôt derrière le cadre.


Elle avait froid. Comme d'habitude le vieux pingre ne chauffe pas suffisamment son atelier, pensa-t-elle. Totalement absorbé par son œuvre elle se demanda même s'il ressentait une quelconque fraîcheur. Quand il était ainsi plongé dans sa peinture elle avait l'impression de ne pas exister, de n'être plus qu'une statue sans âme. Ses directives étaient brèves, sèches, en début de séance, puis le silence s'installait jusqu'à la fin de la pose. Un silence pesant que seuls rompaient de sourds grommellements quand le peintre se heurtait à des difficultés techniques.


Elle entendait le passage des fiacres dans la rue, le martèlement des sabots sur les pavés, les échos des crieurs de journaux qui introduisaient un peu de vie dans ce lieu figé. Elle ne put s'empêcher de tourner la tête vers la fenêtre.


« Gardez la pose bon Dieu ! » Confuse, elle reprit vite son allure hautaine de vestale ; le regard vers le feu sacré, une main sur la poitrine, l'autre en offrande, la posture empreinte de recueillement. Elle n'avait qu'une vague idée du rôle qu'elle incarnait, tout ce qu'elle savait c'est que la scène se situait à l'époque de l'Empire romain. De toute façon elle s'en fichait, ce qui lui importait c'était les dix sous reçus. Elle en avait bien besoin en ce moment. Avec émotion elle pensa à son julot qui travaillait dur pour un salaire de misère, qui partait à l'aube pour revenir la nuit tombée, leur petite bicoque partagée avec ses parents sur les pentes de Belleville et l'espoir inavoué d'un enfant. Elle ne pouvait arrêter ces séances, bien qu'interminables et éprouvantes pour son corps.


Augustin Philidor avait eu son heure de gloire. Membre de l'académie des Beaux-Arts, fervent admirateur de David et digne représentant de l'École néoclassique, il comptait plusieurs chefs-d'œuvre à son actif. Le Salon de 1834 lui avait réservé un véritable triomphe et il se souvenait comme si c'était hier des critiques élogieuses à son égard : « Jacques-Louis David a trouvé un éminent successeur en la personne de monsieur Philidor qui reprend avec grâce et talent les canons de la peinture classique. Il n'est de plus belles œuvres que celles qui s'inspirent de l'esthétisme irréprochable des anciens, de plus nobles tâches que de porter les valeurs immuables de l'antiquité : l'absolue pureté des lignes, la rigueur des formes, le sens de la tragédie. Oui monsieur Philidor, sur les chemins difficiles et escarpés de l'art, l'Académie peut s'enorgueillir de vous compter en son sein, vous qui savez redonner à la peinture française toute sa grandeur d'âme. »


Songeur, il repensait à cette époque bénie où il croulait sous les commandes. Respectueux, les jeunes peintres venaient lui demander conseil et on se l'arrachait dans les réceptions bourgeoises. Puis il passa de mode.


Le réalisme, qui mêlait de nouvelles sources d'inspirations, supplanta progressivement la peinture académique formelle et rigide. L'histoire antique et les thèmes mythologiques ne rencontrèrent plus l'adhésion du public.


Augustin s'essaya tant bien que mal à ce nouveau courant mais ne rencontra qu'un modeste succès d'estime. Il n'arrivait pas à transcender sa peinture dans une veine qui lui semblait bien dérisoire au regard de ses attachements passés. Il admirait pourtant Corot et Millet, issus comme lui de l'école néoclassique, mais ne parvenait pas à se hisser à leur niveau malgré ses efforts désespérés.


Les commandes se firent plus rares ; portraits de famille ou simples paysages venant décorer les hôtels particuliers de riches négociants n'y connaissant rien en peinture. Son ressentiment, dissimulé, explosa sans retenue avec l'arrivée des impressionnistes aux alentours de 1860.


Autant il pouvait comprendre et même éprouver un profond respect pour le réalisme et ses interprétations du quotidien, autant l'impressionnisme, trop éloigné de ses critères d'artiste, n'éveilla en lui que répulsion et mépris. Comme beaucoup d'autres il s'était rendu goguenard au Salon des Refusés. « Pour voir », « Pour se moquer » disait-il. C'est profondément ébranlé qu'il en était ressorti. L'utilisation audacieuse de couleurs vives, les jeux de lumière d'une subtilité désarmante, la façon de peindre qui ne montrait pas mais suggérait, tout avait choqué ses convictions les plus intimes. Pétri d'une austère formation classique, il ne pouvait admettre que l'on brise ainsi les règles élémentaires du dessin, les concepts de la beauté picturale tels qu'il les entendait pour laisser libre cours à des ressentis indéfinissables.


« C'est un scandale ! » tonna-t-il de retour chez ses confrères. « Comment sa Majesté a-t-elle pu autoriser l'exposition grotesque de ces jean-foutre ?! Je vous l'affirme, c'est une injure aux règles du bon goût ! ». Mais dans les regards pensifs de ses vieux amis qui caressaient machinalement leur barbe, Augustin comprenait qu'une page se tournait. Il refusait de l'admettre, mais en son for intérieur il sentait bien que ces jeunes loups aux dents longues avaient du talent, beaucoup de talent… et l'avenir devant eux. Les yeux écarquillés de la foule qui se bousculait dans les allées du palais de l'Industrie avaient déjà tout dit. Avec douleur son intuition lui susurrait à l'oreille son déclin inéluctable.


Alors Augustin Philidor s'éloigna davantage de la vie publique, s'enfonça dans une réclusion de plus en plus dommageable.


Marthe sursauta.


« Ah monsieur Monet, vous en voulez de la couleur, vous allez en avoir ! » Tonitruant derrière son chevalet, le vieux peintre s'était soudain enflammé. « Je n'ai pas dit mon dernier mot, croyez-moi, je n'ai pas dit mon dernier mot ! La voix des anciens ne s'effondrera pas sans résister. Je le sais, David me regarde, David me soutient. Ô mon maître, je vous en conjure, donnez-moi la force de faire plier l'arrogance de ces paltoquets ! »


Augustin était soudain pris de frénésie. Il changeait continuellement de pinceaux, sa palette dégoulinait de pâtes en excès ; ses gestes, d'habitude amples et assurés, devenaient saccadés, pleins de nervosité.


Effrayée, Marthe le vit d'un seul coup jeter avec colère ses outils à travers la pièce. « Bon sang je n'y arriverai pas ! » Il se redressa, fit quelques pas en arrière, regarda longuement la cape tombant sous les épaules de Marthe puis revint vers le tableau. Il s'empara alors d'une brosse plate qu'il plongea furieusement dans une cupule de rouge carmin.


Les tuniques d'une blancheur immaculée des vestales pouvaient aussi se compléter d'un léger pardessus, sorte de cape traditionnellement pourpre. Augustin tenait beaucoup à cet attribut vestimentaire pour jouer sur le contraste des couleurs. Plus finement, il voulait opposer la pureté virginale symbolisée par le blanc avec la violence d'un incarnat évoquant les conséquences d'une transgression. Toute la force de son tableau reposait sur cet antagonisme. Toute sa revanche sur les courants modernes devait s'exprimer à travers l'absolue perfection de cette composition. Par l'entremise d'un ancien admirateur siégeant au Conseil municipal, il avait décroché cette commande pour orner une salle de réception de l'Hôtel de Ville. Les scènes inspirées de l'antiquité avaient encore – pour combien de temps ? – les faveurs de l'administration.


Pour Augustin c'était l'occasion inespérée de revenir à la lumière, de clamer à la face du monde que le néoclassicisme n'était pas mort. Loin des couloirs feutrés des hôtels particuliers ou l'anonymat des maisons bourgeoises, la haute société qui passait à l'Hôtel de Ville était un public à sa hauteur. Mais pour cela il fallait frapper les esprits d'une toile incomparable.


Les odeurs puissantes de vernis et d'essence de térébenthine montaient à la tête de Marthe. Elle y était pourtant habituée mais aujourd'hui elle se sentait particulièrement faible. Des menstruations abondantes la taraudaient depuis la veille, tenaillant son bas-ventre de spasmes qu'elle tentait difficilement de contenir. Parfois la souffrance l'emportait et lui arrachait une grimace. Sa position statique n'arrangeait en rien son inconfort. Tout ce qu'elle souhaitait maintenant c'était l'interruption de la séance pour rejoindre au plus vite sa demeure. Seule une décoction de plantes était susceptible d'apaiser ses douleurs de femme. Encore fallait-il que le vieux se décide à la lâcher !


« Monsieur, je vous en prie, en avez-vous encore pour longtemps ? »


La réponse fut cinglante : « Taisez-vous donc ! Vous ne voyez pas que je m'échine à rendre cette diable de cape présentable ? Ce pourpre foutredieu, ce pourpre ! Ce n'est pas du carmin, ni du vermillon qui affadirait l'ensemble. Et si... non... la garance ne peut aller, c'est certain. Peut-être qu'en mélangeant les deux... oui, c'est ça... voyons ce que ça peut donner. »


Et il disparut de nouveau derrière le châssis sans prêter plus attention à Marthe qui, décidément, n'en pouvait plus. Sa vue se brouilla, ses membres lui parurent de plus en plus lourds, incapables de la supporter davantage. Malgré ses efforts désespérés elle se sentit doucement partir : « Aaah m... monsieur je... je défaille ! » Dans un souffle elle s'écroula de tout son long sur l'estrade.


Le pinceau en l'air, Augustin resta pétrifié. Ce n'était pas tant la perte de connaissance de son modèle qui l'arrêta que la rigole écarlate qu'il apercevait distinctement suinter sur une jambe. En effet, des sous-vêtements défaits par la chute s'échappait libéré le sang utérin.


Il s'approcha, les yeux rivés sur l'entrecuisse de la malheureuse. « Bonté divine » murmura-t-il en s'agenouillant. Dense, d'une intensité fascinante, la couleur tant convoitée s'étalait mollement devant lui. Ce fut d'emblée une évidence ; l'hémoglobine, que nulle pâte n'était en mesure d'égaler, ne pouvait que s'accorder avec la notion de sacrifice symbolisée par la prêtresse romaine.


Subjugué par cette révélation, il se précipita sur sa palette qu'il nettoya rageusement d'un coup de chiffon. Revenu près du corps inanimé il ramena d'une main tremblante la tunique jusqu'à la taille. Puis il sortit un couteau à peindre de sa blouse et, avec mille précautions, racla la peau souillée. La précieuse substance, à laquelle il enjoignait systématiquement quelques gouttes d'huile de lin, était déposée au fur et à mesure sur la palette. Il devait à tout prix éviter la coagulation et donner du liant à cette matière exceptionnelle.


L'intérieur de la cuisse proprement débarrassé des sécrétions, Augustin retourna à son ouvrage, tenant sa palette comme s'il eut porté le divin Graal. Le cœur battant, il rajouta une pincée de pigment grenat au mélange visqueux. Le résultat était à la mesure de ses espérances. Enfin il avait trouvé le bon équilibre ! Un rouge profond, insondable, illuminé de reflets pourpres. Une couleur unique se prêtant admirablement à son sujet. Il voyait déjà ces beaux messieurs de l'Hôtel de Ville s'ébahir devant une maîtrise de la peinture aussi aboutie. Assurément son purgatoire était terminé, bientôt il reprendrait une place injustement perdue.


Cette perspective réjouissante le relança corps et âme dans la confection de son œuvre. Tout semblait plus facile. Sous les coups de pinceaux redevenus limpides la cape prenait rapidement forme. Malgré tout une impression étrange habitait Augustin Philidor, un malaise désagréable qu'il ne parvenait pas à expliquer. Il lui semblait que la vestale lui souriait, mais un sourire d'une infinie tristesse. D'un hochement de tête il chassa ce trouble puis continua avec délectation d'étaler la précieuse couleur en larges aplats.


La pénombre commençait à gagner l'atelier en même temps que s'estompaient les rumeurs de la ville. Dehors, on allumait les réverbères à gaz les uns après les autres.



 
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   socque   
7/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une histoire étrange... J'aime bien ce choix d'une époque qu'on retrouve peu, me semble-t-il, dans les textes actuels ; de ce point de vue, l'écriture rend bien l'ambiance à mon avis, les dialogues me paraissent naturels et cohérents. Quelques imparfaits du subjonctif aux endroits adéquats n'auraient, me semble-t-il, pas nui.
Je ne vois pas trop l'utilité de la "coda" de la fin, à mon avis le texte aurait fort bien pu se terminer sur "aplats". Affaire de goût, bien sûr.

Au final, un texte dépaysant, bien écrit à mon avis, au sujet original... que demande le peuple ?

   macaron   
7/2/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une excellente nouvelle! Vous avez trouvé un juste équilibre entre le sujet et ses personnages, le décor et son époque. L'intrigue mince, un rien cruelle à la Maupassant me réjouit pleinement. Quant à l'écriture, limpide, délicate, délicieusement classique, elle ne peut que servir votre oeuvre. C'est une évidence pour moi, la littérature et la peinture se marient magnifiquement. Votre texte, particulièrement réussi, en est une nouvelle fois la preuve.
ps: J'ai lu récemment de Pierre Lamallatie:"121 curriculum vitae pour un tombeau". Peinture et littérature. Pas mal aussi.

   matcauth   
10/2/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

malgré mes réticences à lire tout ce qui touche à la peinture, j'ai été ici intéressé, plus que ça même, par la qualité de ce texte si bien documenté et sans aucune faille historique.

Ce qui ne gâche rien, c'est que l'histoire est bien construite et la plume qui l'anime, sans failles.

J'ai pu constater que l'épisode où le sang mélangé à l'huile lin est utilisé comme peinture est lui aussi authentique, ce dont je doutais. Comment ai-je pu douter ! au vu de ce que j'avais lu avant...

Votre histoire m'a permis de reconstituer un petit morceau d'histoire, de rendre vivant cette période charnière de la peinture, de comprendre les sentiments des peintres classiques face à la "nouvelle vague" des jeunes loups impressionnistes réunis dans des cafés pour discuter tandis que lui est là, seul avec ses grommellements.

Seul petit reproche, je trouve que le décor de l'atelier n'est pas posé en quantité suffisante. J'aurais aimé imaginer de façon plus concrète ce lieu où se passe l'ensemble de l'histoire. On aurait aimé en savoir plus aussi sur notre héroïne (héroïne malgré elle!)
Voilà ce qui arrive quand on écrit une si belle histoire : on en veut plus !

   alvinabec   
27/2/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Le texte est équilibré, le ton adéquat pour les deux protagonistes de la scène ici rapportée, le rythme idem.
Et un vrai travail de sémantique pour un parler fleurant bon son 19eme siècle.
Un bémol sur le paragraphe " les tuniques d'une blancheur...faveurs de l'administration" qui me semble presque trop explicite; enfin affaire de goût.
Le fluide incarnat roulant sur la cuisse...une très belle image, fine et bien trouvée. C'est délicieux de perversité, tout peut servir pour reconquérir une gloire ternie.
Pourquoi ne pas terminer la nouvelle sur cette trouvaille? Il me semble que le léger remords éprouvé par le peintre n'apporte rien à votre texte, au contraire.
A vous lire...

   Charivari   
27/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je reprends, en partie, ce que je t'ai dit ailleurs...

Historiquement, tout tient remarquablement la route. il y a juste une erreur, et de taille... En 1863, au salon des refusés, il s'agit de Manet qui a fait le scandale, avec le déjeuner sur l'herbe", tandis que Monet et les impressionnistes ne se font connaitre que 10 ans plus tard, à l'occasion de l'exposition organisée par le photographe Nadar. Bref : il suffirait juste de remplacer une seule lettre, O par A, donc, Monet par Manet dans la phrase « Ah monsieur Monet, vous en voulez de la couleur, vous allez en avoir ! », et ça marche parfaitement, d'autant que le contexte, à la fois historique et pictural est parfait. Je crois que ça vaudrait la peine de demander ce changement en post-publi, parce que c'est vraiment dommage.

J'ai beaucoup aimé la première partie, pour cette raison, et aussi parce que c'est très bien écrit, et très vivant à la fois. Un style très agréable, sans fioriture inutile, mais qui s'adapte bien pour un récit historique. L'idée du sang pour faire la peinture rouge est très bonne, ça m'a fait penser, bien sûr au "parfum" de Suskind. Je ne sais pas si c'est possible, niveau peinture, parce que le sang, à mon avis "caille" facilement, mais ça n'a pas d'importance, on est dans le fantastique et ça marche très bien, d'autant que les techniques picturales sont bien décrites, de manière documentée.

Je regrette juste qu'on ne voie pas assez la folie, peu à peu, s'immiscer chez le personnage. Et la fin m'a parue beaucoup trop abrupte, par contre. C'est un défaut que j'ai déjà vu à d'autres occasions chez toi : je me souviens notamment de "Cernunnos", une super ambiance, et paf, une chute trop rapidement menée...

Donc je pense que tu as ici une super base pour faire quelque chose de très bien, il suffirait que tu prennes plus de temps sur la seconde partie.

   brabant   
28/2/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Jano,


Bien vu ! Il fallait certes un peintre pompier pour illustrer ce texte, j'aurais en ce sens vu, à l'instar de Matcauth, un atelier plus vaste, un peu comme une caserne (lol) où Marthe eût pu grelotter et se crisper à foison.


Le cycle des menstrues et ses conséquences m'ont fait craindre le pire, ce sont là affaires de femmes dont les hommes évitent, et c'est sage, de se mêler. Ce modèle me semble donc bien peu appliqué, or il faut l'être pour ce genre de peinture (mythologique).


Bon, à un certain moment le récit frise un peu trop l'histoire de la peinture, ce qui alourdit le récit. Mais ce moment de vulgarisation picturale ne sert-il pas aussi l'atmosphère ?


Car l'atmosphère de votre texte est bien campée, elle fait admirablement Second Empire, celui de la perpétuation du monde bourgeois et le doux nom d'Augustin Philidor est remarquablement de cette époque. J'aime bien quand on travaille les noms : Marthe la vestale et Augustin le pompier, bravo !



Mais votre nouvelle vaut surtout et devient une réussite quand le modèle prend vie sur la toile. Nul doute qu'il s'en échappera la nuit venue... et qu'au petit matin on retrouvera le peintre indélicat mort entre ses draps froissés, le visage extatique et couvert de sang, une tunique d'un pourpre incomparable lui faisant une écharpe de feu autour du cou...

Ce texte à sa façon me fait penser à la Vénus d'Ille de Mérimée qui aimait à distraire Eugénie avec ses histoires corses.


Bravo Jano !

A faire illustrer sans attendre par Tardi...

   Selenim   
28/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai trouvé ce texte plutôt paradoxal. Étant profane en matière de peinture, j'ai souvent décroché rapidement quand un texte traitait de cet art. Ici, la nouvelle est courte et se veut économe en coups de pinceaux.

Le récit en lui-même ne m'a pas particulièrement emballé, car la trame est plutôt mince. Séance de peinture chez un artiste vieillissant, séance qui oscille entre les vapeurs d'un passé glorieux et petits soucis de Marthe, modèle sanguin. On se laisse bercer par la monotonie du rythme et même le rebondissement final ne parvient pas à générer un léger électrochoc.

C'est plaisant, sans plus, l'écriture fait son travail, sans plus. Il manque à mon gout un élément qui dénote, quelque-chose pour emballer la machine si bien huilée.

Donc pour moi, un texte à la chute originale mais qui manque de rythme et d'identité.

Selenim

   jeanmarcel   
6/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Un beau récit, un petit peu trop tranquille cependant.
J’ai apprécié le côté pédagogique, car je suis un profane, mais je trouve l’ensemble triste, presque sinistre.
Pourquoi continuer son art si la foi et la passion sont absentes ? La jalousie et le courroux sont-ils de bons moteurs pour continuer à peindre ? Le sang d’une jolie vestale peut-il redonner du talent à un tâcheron ? Ce sont des thèmes qui ne me font pas rêver mais je reconnais que l’auteur à un style enlevé.

   andadia   
6/3/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je dois avouer qu'il y a une qualité dans l'écriture qui est indéniable. C'est enlevé, très bien construit, le vocabulaire est très bien choisi, à la limite technique, certains mots m'étaient inconnus.
Les descriptions, lieux et époques sont bien rendues, mais je reste un peu désabusé et déçu par la fin.
Certes cette envie de revenir au devant du tableau (si je peux me permettre) l'amène à user de ce sang, mais je trouve que vous n'insistez pas assez sur son désespoir ou au moins sur la rivalité qui aurait pu s'opérer en lui entre le fait de venir au secours de la belle et d'user de ce sang. Cela reste néanmoins un écrit de très belle facture que j'ai aimé lire, malgré le thème qui n'est pas des plus porteur.

   Renaud   
24/4/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un bien-parler, rehaussé de quelques mots techniques et une tension qui aurait pu commencer dès le premier paragraphe. L'explication du malaise du modèle devrait être donnée tout de suite, avant le monologue de Philidor.

Je pense que le lien entre le conservatisme persévérant, le désir de succès mondain et la trouvaille de la couleur rouge aurait dû être développé. En l'état, l'intrigue me paraît anecdotique, quoique un peu choquante et donc "efficace", dans la mesure où le peintre ne songe pas à porter secours à son modèle défaillant. La phallocratie et la réification de la femme auraient dû être développées aussi.

Pour finir, je ne sais pas si les néo-classiques s'attribuaient ce nom. Cette mention m'a paru être un défaut de subjectivité.

   AntoineJ   
23/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien
cela m'a fait penser à "Mon nom est Rouge", roman d'Orhan Pamuk, écrit en 1998 pour le thème et la façon de l'aborder.
l'équilibre entre l'histoire, l'Histoire et les personnages est bon, le style est parfait.
manque une touche de "tendresse" ou de "vie" pour que je puisse m'attacher plus à cet artiste ... la nouvelle est peut être trop focalisée sur le thème ce qui lui donne moins d'impact


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