Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Science-fiction
Jano : Le soleil d'Adonaï
 Publié le 02/06/12  -  13 commentaires  -  29109 caractères  -  104 lectures    Autres textes du même auteur

« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. » (Charles Darwin)


Le soleil d'Adonaï


L'antigrav filait toutes voiles dehors, propulsé par les photons du soleil d'Adonaï. L'ombre effilée suivait l'infini moutonnement du champ dunaire. Chassé par le souffle de la carène métallique, le sable s'éparpillait en flocons pulvérulents.

Quand les Falaises Bleutées apparurent au loin, ondulantes de chaleur, l'appareil ralentit progressivement sa course. Ici se blottissait la ferme de Joshua, protégée des rayons ardents par l'imposante masse minérale. Tout autour, une rangée concentrique de serres réfléchissait la lumière comme autant de miroirs.

L'antigrav se posa en douceur dans le léger sifflement des voiles rétractables. Joshua attendit que le nuage de poussière se dissipe puis il s'extirpa de l'habitacle. Il commença à sortir des sacs pesants de la soute quand une femme, drapée de vêtements amples, le rejoignit :


– Tu as fait bon voyage ?

– Pas vraiment, j'ai aperçu des Natifs au niveau du corridor de Samarie.

– Encore ?

– Oui, c'est étrange, je ne sais pas ce qui leur prend. Ézéchiel dit qu'ils se sont même approchés de sa ferme.

– Il t'a bien donné les semences ?

– Juste trois sacs. Il aurait eu des problèmes d'approvisionnement. Je l'ai trouvé bizarre.

– Comment ça bizarre ?

– Moins bavard que d'habitude, surtout il ne portait pas ses lunettes de protection.

– C'est de la folie, il va se brûler les yeux !

– Je sais, je lui ai dit. Il m'a répondu que les ultraviolets ne le gênaient plus.


En silence, ils déchargèrent les derniers sacs. Après les avoir rangés dans l'entrepôt, Joshua se dirigea seul vers les serres. L'éolienne battait lentement l'air surchauffé de ses immenses pales.

La respiration des plantes l'accueillit comme une bouffée moite. Il dénoua le chèche qui lui entourait la tête, posa ses lunettes et retira ses gants. La présence du végétal avait le don de l'apaiser, calmait son esprit quand il était en proie à des préoccupations. L'atmosphère humide chassait l'aridité cruelle d'Adonaï et le renvoyait aux souvenirs heureux de la planète-mère.

Joshua sentait au fond de lui que quelque chose ne tournait pas rond. Trop de petits détails qui s'accumulaient depuis quelque temps lui faisaient craindre le pire. Il avait la sourde intuition qu'une menace pesait sur la colonisation mais il était bien incapable d'en identifier l'origine. Le réseau humain qui peuplait sporadiquement la surface d'Adonaï était encore bien fragile, à la merci du moindre déséquilibre.

La solidarité entre les colonies était capitale, or il avait remarqué qu'inexplicablement les liens se distendaient. Elles avaient tendance à se replier sur elles-mêmes, à vivre de plus en plus en autarcie. Un relâchement similaire pour les habitats isolés, les gens ne se rendaient plus beaucoup visite. Sans parler des réunions du Sanhédrin en train de sombrer dans l'oubli. Ces assemblées qui réunissaient deux fois par an les représentants des colonies lui semblaient pourtant essentielles pour assurer la cohésion de la communauté. Personne ne s'inquiétait qu'elles tombassent en désuétude.

Il y avait aussi les apparitions étonnantes des Natifs et l'étrange attitude d'Ézéchiel. La solitude, les conditions extrêmes régnant sur Adonaï pouvaient faire vaciller la raison. Ça ne pouvait être le cas de ce colon endurci, rompu à toutes les épreuves.


Pensif, Joshua arpentait les alignements de bacs, caressant sur son passage le feuillage des précieuses plantes culinaires. Arrivé au bout de la serre, il s'agenouilla près de la pompe qui puisait l'eau dans les profondeurs. Il sortit un tournevis de sa poche pour en régler le débit millimétré. Par-dessus tout, il aimait entendre le gargouillis rassurant du liquide parcourir les tuyaux d'alimentation. L'eau fossile d'Adonaï était une bénédiction qui avait permis à son peuple de s'installer.

C'est en se relevant qu'il le vit, face à lui, grand, mince, la peau doré, les yeux translucides.


Le souffle coupé, Joshua eut un mouvement de recul, serrant de toutes ses forces le tournevis. Le Natif demeurait immobile.


– Qu'est-ce que vous voulez ? Comment êtes-vous entré ?


Joshua savait que ses paroles ne servaient à rien. Le peu de chose qu'on avait appris sur les autochtones c'est qu'ils ne parlaient pas, du moins qu'ils ne s'étaient jamais adressé aux humains. Il fallait pourtant qu'il s'exprimât devant cette intrusion.


– Allez-vous-en ! Vous n'avez rien à faire ici !


Le Natif ne bougeait pas, sinon un infime balancement latéral. C'était la première fois que Joshua se trouvait aussi près de ces êtres insaisissables qui avaient toujours fui les tentatives de contact. Les nouveaux arrivants avaient essayé de communiquer avec eux, peine perdue. Dès qu'on tentait de les approcher, ils s'évanouissaient comme par enchantement dans les sables brûlants du désert. Davantage préoccupés à assurer leur survie, les colons finirent par s'en désintéresser complètement, jusqu'à ces derniers temps où l'on rapportait de tous côtés leurs fréquentes apparitions.


Celui-ci ne montrait aucune animosité mais Joshua demeurait sur ses gardes. Il était frappé de la ressemblance avec le genre humain. Seules la taille, la couleur des téguments et la forme des yeux les différenciaient. Des yeux d'un éclat intense qui fascinaient Joshua, qui lui renvoyaient un sentiment indéfinissable.


– Mais enfin que voulez-vous ? Je ne peux pas deviner si vous ne parlez pas !


Le bourdonnement de la ventilation remplissait un silence oppressant. Tout à coup le balancement du Natif s'accentua, prit de l'ampleur. Il se mit curieusement à onduler sur lui-même, le corps entier parcouru d'une série de frémissements. Ce mouvement étonnant le fit s'éloigner doucement, à reculons, et il disparut bientôt parmi l'épais feuillage des plantations.

Bouche bée, Joshua resta pétrifié. Reprenant brusquement ses esprits il se rua vers l'extérieur.


– Myriam ! Myriam !


La clarté aveuglante du soleil le stoppa en plein élan, l'obligeant à protéger son regard de la main. Il reprit sa course vers la ferme en appelant à pleins poumons. De loin il vit avec terreur les fenêtres de l'habitation grandes ouvertes. Il devait être arrivé quelque chose pour que Myriam laisse ainsi s'engouffrer la canicule.


– Myriam !!!

– Je suis là.


Joshua s'arrêta net. Assise sur la margelle du puits, elle le regardait en souriant.


– Pourquoi cries-tu comme ça ?

– Mais… mais Myriam, ton équipement, tu n'as pas ton équipement !


Le vent agitait mollement sa belle chevelure qu'elle ramena en arrière de ses mains fines et bronzées. Elle regardait Joshua d'un visage lumineux.


– Toi non plus.


Il s'aperçut en effet qu'il avait oublié sa tenue dans l'urgence. Étonnamment la morsure du soleil ne lui semblait pas insupportable.


– Il y avait un Natif dans la serre ! C'est incroyable, ils se mettent à pénétrer nos lieux de vie.

– Il t'a agressé ?

– Non, il était là, il me regardait, c'est tout. Puis il est parti comme un courant d'air.

– Les Natifs ne sont pas méchants.

– Qu'en sais-tu ?

– Je le devine.


Le comportement de Myriam intrigua Joshua. Il émanait d'elle un calme surprenant, en totale contradiction avec les événements. Et puis… et puis il la trouvait si jolie, si attirante à la lumière du jour, délivrée de l'encombrante tenue de protection. Troublé, il reprit d'une voix forte :


– Ne restons pas là, c'est dangereux. Nous sommes restés trop longtemps exposés au rayonnement. Au fait, les fenêtres sont grandes ouvertes.

– Oui, je sais. La climatisation me donnait froid.


Joshua se figea, interloqué.


– Enfin Myriam, depuis quand as-tu froid dans la maison ? Et puis il suffisait de baisser la climatisation, pas d'ouvrir tout en grand. La chaleur est entrée maintenant !


Elle ne répondit pas, baissa la tête et lui attrapa la main. Ils regagnèrent ainsi la ferme que l'ombre grandissante de la falaise commençait à envelopper. Le soleil entamait sa progression vers l'autre face d'Adonaï. Privés d'énergie, les panneaux solaires ralentirent leur rotation puis s'immobilisèrent. L'obscurité recouvrait graduellement des paysages austères façonnés par une aridité implacable.


Dégagés de la chape de plomb torride, les colons avaient l'habitude de s'accorder quelques libertés. C'est dans une fraîcheur retrouvée que les occupants des fermes environnantes se rencontraient. Dans la joie et la bonne humeur, les discussions allaient bon train jusqu'à tard dans la nuit. Joshua se souvenait avec nostalgie de cette période insouciante où les antigravs encombraient la cour de sa ferme. Mais depuis peu, plus personne ne sortait de chez soi hormis par stricte nécessité.

Assis devant son poste de télécommunication, il ne se décidait pas à l'allumer. Il avait pourtant beaucoup de choses à dire, d'inquiétudes à partager. Qu'est-ce qui se passait chez les autres, les Natifs y faisaient-ils aussi des incursions ? Il fallait qu'il sache. Avec conviction, il tourna le bouton et s'empara du micro. Dès que le grésillement électronique emplit la pièce, une sensation inexplicable l'envahit. Une lassitude, un renoncement, l'envie irrépressible de se taire. Son doigt hésita puis interrompit définitivement la fréquence.


Myriam posa doucement sa main sur son épaule.


– Tu ne proposes pas aux Lichtman de passer ?

– Ça fait des semaines qu'on ne les a pas vus.

– Justement, il faut bien que quelqu'un fasse le premier pas. Je dis ça pour toi, tu as l'air angoissé. Moi je me satisfais très bien de la solitude.

– C'est ça le problème Myriam. Tu ne te rends pas compte, ce n'est pas normal, pas normal du tout ! Pourquoi on ne se voit plus comme auparavant ? Pourquoi les relations se coupent entre les gens, entre les colonies ? Mais bon sang qu'est-ce qu'il se passe sur cette foutue planète ?!

– Les comportements changent Joshua, je crois qu'il faut s'adapter.


Elle s'éloigna, le laissant prostré sur la chaise, la tête dans les mains, l'esprit confus. Ses pensées s'entrechoquaient, s'égaraient dans les méandres de son cerveau. Il avait du mal à faire des associations et à en tirer des déductions logiques. Des phrases s'ébauchaient, laborieusement, puis éclataient comme des bulles de savon. Tout son raisonnement semblait paralysé, engourdi d'une étrange torpeur. La fatigue ou l'émotion devaient l'avoir sérieusement atteint. Il partit se coucher d'un pas lourd.


* * *


Une lueur inhabituelle le réveilla en pleine nuit. Contrairement à son habitude, Myriam n'avait pas abaissé les stores et la clarté nocturne pénétrait la chambre.

Les yeux mi-clos, il se leva sans faire de bruit et se dirigea à tâtons vers la cuisine. Il se servit un verre d'eau. Myriam est vraiment étourdie en ce moment pensa-t-il, c'est bien la première fois qu'elle oublie de descendre les stores.

Au moment où il s'apprêtait à le faire, une ombre dehors attira son attention. Intrigué, il s'approcha de la fenêtre pour mieux voir. La montée d'adrénaline qui lui brûla la poitrine fut tellement brusque qu'il en échappa son verre. Un Natif ! Il se plaqua contre le mur, la respiration haletante. « C'est pas vrai, le revoilà ! » Il tenta de se calmer, de prendre une décision, vite. En caleçon, il s'engouffra dans les couloirs à quatre pattes pour ne pas être repéré, ouvrit la porte de l'atelier avec mille précautions et s'empara de son fusil-laser. Les sens en éveil, le cœur battant à tout rompre, il sortit par l'issue de derrière.


La nuit était douce. La luminosité rougeâtre d'Ashkelon, la grande nébuleuse, baignait délicatement les formes d'Adonaï. Les Falaises Bleues ressemblaient à des orgues gigantesques, prêts à lancer une partition en l'honneur de la voûte étoilée, scintillante, traversée de météorites fugitives. Le chant plaintif des lézards du désert se mêlait à cette ascension unanime vers l'espace.


Dissimulé par le pylône de l'éolienne, Joshua se sentit défaillir. Ce n'était pas un Natif qui rôdait, mais deux, trois, quatre… toute une bande ! Ils déambulaient silencieusement entre les bâtiments, de cette façon si particulière qui donnait l'impression qu'ils ne marchaient pas mais glissaient sur le sable.

Dans leurs déplacements ils se rencontraient parfois. Alors ils s'arrêtaient, une brève phosphorescence illuminait l'intégralité de leurs corps puis, impassibles, ils reprenaient leur chemin. On aurait dit un ballet exécuté au ralenti à la lueur des astres, empreint de grâce et de mystère.


Joshua tripotait nerveusement son laser, incapable de prendre une décision. Les mots de Myriam lui revinrent en mémoire : « Les Natifs ne sont pas méchants. » Peut-être, mais alors qu'est-ce qu'ils fichaient là ? Ils n'avaient pas à franchir les limites de sa propriété.

Il envisagea d'envoyer une décharge au-dessus d'eux, pour leur faire peur, mais il appréhendait leur réaction. Ces créatures, dont on ne savait rien, ne risquaient-elles pas de se montrer hostiles si on les effrayait ? Elles étaient tellement nombreuses…

Il décida d'attendre, de ne tirer que si un Natif essayait de s'introduire dans la maison.


En changeant de position pour mieux les surveiller, la crosse du fusil heurta par mégarde le pylône en fer. Le choc résonna comme un gong, déchirant le silence et stoppant instantanément les Natifs. Joshua blêmit. Tous s'étaient retournés vers lui ! Ils entamaient maintenant une progression commune vers sa position. Un cauchemar. Il voulut fuir mais ses jambes ne lui obéissaient plus, complètement tétanisées, dans l'impossibilité d'exécuter un seul geste. C'était comme si sa volonté l'abandonnait devant l'avancée inexorable de ces êtres longilignes. À leur tour ses mains ne lui répondirent plus et lâchèrent son arme. Malgré tous ses efforts pour mobiliser ses muscles il tomba à genoux, le menton sur la poitrine, conscient mais totalement paralysé.


Les Natifs étaient arrivés autour de lui, formant un cercle mouvant de plus en plus rapproché. Effondré, Joshua ferma les yeux, attendant le coup de grâce.

Mais à la place de coups, ce fut des attouchements qu'il ressentit, à peine perceptibles. Sur le visage, les bras, le torse, des effleurements lui indiquaient que les Natifs passaient leurs doigts sur son corps, aussi légèrement que des pétales. Une sensation indescriptible le submergea et des images se mirent à affluer en masse dans son esprit.


Il voit le souffle de la Matrice répandre sa lumière bénéfique sur le peuple des confins dans l'osmose des mille et une sources…


Il voit le vent surgissant des limites balayer les étendues poudreuses où naissent les rumeurs du crépuscule…


Il voit les éléments…


Il voit le vivant partager la poussière, le sable, l'éclat du rocher à l'unisson des nombres vitaux…


Il voit les palpitations de l'ombre…


Il voit ses frères, ses frères, lui et ses frères, ses frères, ses frères et lui…


Il voit le chant de la Matrice célébrer l'éternité du monde, la valse des quatre forces dans les yeux clairs de ses enfants…


Il voit…


Il voit un morceau de fer descendre du ciel, des choses animées qui en sortent…


Il voit la Matrice se couvrir de formes inconnues…


Il ne comprend pas.


– Joshua ! Joshua !


Une voix lointaine. Un halo aveuglant puis un visage. Le doux visage de Myriam.


– Joshua réveille-toi, je t'en prie !


Péniblement, il rassembla des pensées éparses.


– Où… où suis-je ?


Myriam se jeta sur lui, l'enlaça avec fougue, les joues baignées de larmes.


– Dieu soit loué, tu es revenu à toi ! Oh Joshua, j'ai eu si peur, si peur !

– Que s'est-il passé ?

– Je t'ai retrouvé ce matin, évanoui dans le sable. Je n'arrivais pas à te réveiller. J'ai voulu appeler de l'aide par radio, personne n'a répondu.

– Personne n'a répondu ?

– Non, les Lichtman, les Abentsour, Ézéchiel, aucun n'a répondu. J'ai tenté le poste de secours de Givatayim, rien non plus.


Il resta quelques minutes hébété, un brouillard tenace dans la tête. Par bribes, les événements de la nuit lui revinrent en mémoire. Les Natifs ne l'avaient pas tué. Ils ne voulaient pas la mort des humains, c'était maintenant une certitude.


– Joshua, qu'est-ce que tu faisais dehors avec ton fusil-laser ?

– Les Natifs, cette nuit, il y en avait partout ! J'ai voulu les faire fuir.

– Ce sont eux qui t'ont assommé ?

– Assommé, non. Tu avais raison, ils ne nous veulent pas de mal. En fait je crois qu'ils essaient de mieux nous connaître.


Il se redressa, chancelant :


– Il faut absolument avertir les autres ! Nous sommes restés trop longtemps passifs. On ne peut plus continuer comme ça.


Fébrile, il s'enferma dans la pièce où se trouvait la radio, essayant toutes les fréquences possibles et multipliant les appels aux quatre coins de la planète. Il monta sur le toit, vérifia l'antenne plusieurs fois et recommença ses tentatives. Sans succès, Adonaï demeurait désespérément muette. Ni les fermes isolées ni les colonies ne donnaient plus aucun signe de vie.

Ses pressentiments se confirmaient, quelque chose d'anormal se produisait et a priori tous les foyers de peuplement étaient touchés. Il fallait qu'il aille se rendre compte par lui-même. Il annonça à Myriam son départ imminent :


– Je dois comprendre pourquoi personne ne répond. Ce ne sont peut-être que des perturbations électromagnétiques. Je vais à Givatayim éclaircir ce mystère et demander une convocation du Sanhédrin. Il faut prendre des décisions au sujet des Natifs, vite.


Le soleil était déjà haut dans le ciel, dardant ses rayons cruels sur l'immensité nue. Attendant son maître, l'antigrav étincelait de mille reflets, comme un oiseau métallique aux ailes repliées. Revêtu de la combinaison en vigueur, Joshua monta dans l'engin. La mise en fonction des batteries déclencha le déploiement des voiles photoniques semi-rigides. Alors qu'il s'apprêtait à déclencher l'impulsion verticale, il vit Myriam sortir en courant de la ferme, agitant vigoureusement les bras. Il ouvrit le cockpit :


– Qu'est-ce qu'il y a ?

– Tes lunettes, tu as oublié tes lunettes de protection !

– Mes… ah oui, mes lunettes ! Merci, je ne m'en étais pas aperçu.

– Reviens vite.

– Promis, je t'embrasse.


Gorgé d'énergie, l'antigrav s'éleva dans l'azur, pivota vers l'horizon puis fila comme un éclair. Des lames de feu tombaient du firmament.

Le désert défilait avec une monotonie obsédante. Seules de graciles colonnes de verre venaient rompre par endroit ce morne paysage. Des millénaires de fournaise avaient vitrifié des monticules de sable, sculptés par les caprices du vent en fragiles pilastres minéraux. À la tombée du jour, l'amplitude thermique en éclatait quelques-uns, remplissant les nuits d'Adonaï de multiples échos de cristal.

D'ordinaire charmé par ces agglomérats transparents, Joshua n'y prenait garde, plongé dans d'incessantes ruminations. Des images, des sons, des mots se bousculaient sans interruption dans son esprit. Les visions qu'il avait eues avec les Natifs revenaient avec leur lot d'interrogations puis s'évanouissaient au vent brûlant du désert.


Une ligne d'éoliennes qu'il distingua au loin l'extirpa de ses pensées. Il reconnaissait l'exploitation de la famille Rosenfeld, la plus proche de son domicile, où l'envie lui prit de se poser. Peut-être avaient-ils des renseignements à lui apporter.


Il descendit par paliers pour se poser devant l'habitation principale, tout près de l'antigrav familial. La porte était grande ouverte mais personne ne sortit pour l'accueillir. Il pénétra à l'intérieur en s'annonçant :


– Abel, c'est Joshua ! Abel !!


Dans la cuisine le couvert était dressé, les aliments intacts. Il parcourut chaque pièce, enjambant les jouets des enfants disséminés un peu partout, mais ne trouva âme qui vive. Il avait l'impression que la maison venait d'être abandonnée à l'instant.

Il sortit alors pour se diriger vers les bâtiments agricoles. Dès qu'il vit les ouvertures des serres béantes, son inquiétude grandit. Laisser l'atmosphère torride s'immiscer dans ces lieux humides signifiait à coup sûr la destruction rapide des cultures. Un spectacle de désolation confirma ses craintes. Desséchées, flétries, les plantes pendaient lamentablement dans leurs bacs. Les rigoles d'alimentation charriaient un filet d'eau sale encombré de déchets. La serre était à l'abandon.

Dans toutes, Joshua rencontra les mêmes dégâts, les mêmes dommages irréversibles qui lui étreignirent le cœur. Qu'était-il donc arrivé pour que les Rosenfeld délaissent ainsi un outil indispensable de subsistance ? La présence de leur antigrav prouvait pourtant qu'ils n'avaient pas quitté les lieux. Il revint devant la ferme et les mains en porte-voix se mit à crier :


– Abel ! Deborah ! Où êtes-vous ?


Il n'eut pour réponse qu'une bourrasque qui souleva un tourbillon de sable fin. Il se prit alors à espérer que pour une raison ou une autre, la famille avait rejoint Givatayim par des moyens de locomotion extérieurs.

Angoissé par ce silence de mort, il regagna précipitamment son antigrav. Au moment où il se glissa dans l'habitacle, il crut apercevoir la forme évanescente d'un Natif s'éclipser derrière un mur. Il attendit un peu, perplexe, mais comme rien ne bougeait plus il décolla.

Crispé sur les manettes, il força l'allure de son appareil qui se mit à fuser comme un trait d'argent. Des ondes de chaleur s'élevant du sol troublaient le jour incandescent.

Au bout d'une heure de vol, il parvint à Givatayim, la plus importante colonie de ce secteur d'Adonaï. Vu du ciel, on distinguait clairement son harmonieuse structure géométrique. Un ingénieux système d'irrigation avait permis l'éclosion d'une vaste palmeraie, protégeant des champs de céréales sélectionnés pour leur résistance au climat. Des hectares de serres recouvraient les environs, abritant précieusement fruits et légumes les plus variés. Toute la capacité d'adaptation du génie humain s'exprimait ici, oasis imprévisible dans un monde hostile.

D'emblée Joshua remarqua des anomalies. Givatayim était normalement une fourmilière débordante d'activité abritant une population conséquente. Or il ne voyait aucun antigrav en suspension, aucun mouvement d'aéroglisseur au sol, nulle manifestation d'êtres vivants. Les passages qu'il fit à basse altitude confirmèrent ses craintes. À l'instar de la ferme des Rosenfeld, Givatayim semblait totalement désertée par ses habitants. Une irrésistible détresse l'envahit, ses yeux s'embuèrent de larmes : « Ce n'est pas possible. Pas possible. Mon Dieu que s'est-il passé !? »


Il tourna encore et encore, au-dessus des allées silencieuses, des habitations vides, des zones de cultures abandonnées. En périphérie de la colonie, les avancées du sable avaient déjà commencé à submerger les palissades.


En désespoir de cause, il se posa sur le toit en terrasse d'un imposant bâtiment blanchi à la chaux. Auparavant se déroulaient ici les réunions du Sanhédrin. Il espérait y trouver des indices, quelque chose qui expliquerait l'inconcevable.

Ses pas qui descendirent l'escalier résonnèrent, lugubres. Parvenu dans la Salle du Conseil, les fauteuils proprement alignés devant l'estrade lui rappelèrent une foule de souvenirs. Il se remémora les assemblées houleuses des premiers temps, quand les colons étaient partagés sur le devenir de la communauté. Certains arguaient que les conditions extrêmes régnant sur Adonaï ne pouvaient permettre une implantation durable, qu'il fallait repartir. D'autres, plus optimistes, mettaient en avant les inépuisables quantités d'eau souterraine autorisant la pérennité d'une installation. Le débat fut tranché quand il s'avéra que le combustible nucléaire d'Haskala, irrémédiablement dégradé, ne permettait plus sa remise en fonction. Les colons étaient définitivement bloqués sur cette planète torturée.


Il ôta son équipement pour lire de vieux comptes-rendus qui s'espaçaient progressivement dans le temps. Il savait que les réunions s'étaient distendues avant ces événements. À l'époque tout allait bien, personne n'avait pris garde à ce coupable relâchement. De toute évidence c'était un signe annonciateur.

Malgré ses recherches, il ne trouva pas de documents susceptibles d'expliquer la brutale disparition de ses pairs. Complètement désemparé, il sortit dans les rues de Givatayim en criant, hurlant, dans le fol espoir d'attirer quelqu'un. Seuls le sifflement lancinant du vent, le claquement de tôles dilatées par la chaleur lui répondirent.

Il songea un moment à une épidémie fulgurante mais l'absence de cadavres, le cimetière qui ne montrait pas d'enterrements massifs infirmèrent cette hypothèse. Pour une raison incompréhensible l'ensemble des habitants s'était évaporé.

D'un coup il se mit à penser à Myriam et la crainte le saisit. La gravité de la situation ne permettait pas qu'il la laisse plus longtemps isolée.


Bientôt l'antigrav laissa derrière lui le fantôme d'une colonie naguère florissante.


Malgré son désir de rejoindre au plus vite Myriam, un besoin impérieux le poussa à modifier sensiblement sa trajectoire pour piquer vers l'Haskala. Une décision qui faisait écho à des images obsédantes : « Il voit un morceau de fer descendre du ciel, des choses animées qui en sortent. »


Il y avait si longtemps. C'était un enfant quand il foula la première fois la surface d'Adonaï, serrant les mains émues de ses parents. La passerelle déversait à flot continu des gens remplis d'appréhension mais aussi d'espoir après des années d'errance dans l'espace. Chassés de la planète-mère par une féroce oppression politique, la communauté des Yehoudim espérait trouver ici un havre de paix.

Malgré des conditions particulièrement difficiles ils avaient réussi, à force d'abnégation, à créer une société viable, libre et égalitaire. Oui, ils étaient devenus heureux… jusqu'à maintenant.


La navette spatiale gisait sur le flanc, à moitié ensablée. Jamais les colons n'étaient parvenus à réamorcer la fission nucléaire, anéantissant toute échappatoire.

Joshua fixait ce mastodonte d'acier comme s'il espérait y trouver des réponses. Le soleil ruisselait sur son visage, ses mains, les parties découvertes de son corps qu'il ne prenait plus la peine de protéger. Le cours de sa pensée redevenait confus, fragmenté, encombré d'incohérences. L'anxiété avait laissé place à un curieux détachement, une sorte de renoncement à comprendre ce qui se produisait. Il lui semblait voir les choses à travers une gamme d'émotions qu'il n'avait encore jamais ressenties. Rien n'était plus clair.

Le malaise s'amplifia quand, après s'être arraché de la contemplation d'Haskala, il reprit les commandes de l'antigrav. Il dut se concentrer quelques instants avant de retrouver ses automatismes de pilote. Le décollage fut laborieux, mal assuré, à tel point que l'appareil tangua dangereusement sur le côté. Joshua sentait qu'il perdait irrémédiablement le contrôle de soi. L'écheveau de son être se dévidait à la vitesse d'une bobine dont on tirerait le fil. C'est toute son identité qui se morcelait en une mosaïque de fragments carbonisés par les rayons solaires.


Soleil, poussière…


Ombre et lumière…


Il était trop tard pour l'éviter quand la dune de sable obscurcit soudainement son champ de vision. Le choc fut violent, brisant l'antigrav en deux et propulsant Joshua dans les airs. Le sol meuble amortit heureusement sa chute mais il demeura inanimé, les bras en croix, offrant son corps meurtri à l'astre impitoyable.


Quand il reprit connaissance, la nuit commençait à tomber. Étonnamment il n'éprouvait aucune douleur, à vrai dire il se sentait bien, merveilleusement bien. Il se redressa, constata que sa veste était en lambeaux et la jeta à terre. Sans accorder un regard aux débris de l'appareil, il reprit à pied sa progression vers les Falaises Bleutées. Une seule idée occupait son esprit : Myriam l'attendait.


Délivrées des affres du jour, les créatures du désert annoncèrent le crépuscule par une mélopée lancinante. Un vent tiède caressait le corps de Joshua qui se laissait porter au gré du relief ondulé. Il aperçut plusieurs Natifs arpentant aussi les dunes, silhouettes effilées ne prêtant aucune attention à sa présence.

La masse sombre des falaises lui confirma la fin de son trajet. Un voile laiteux environnait des structures cubiques qu'il reconnut comme étant l'endroit où il retrouverait Myriam. Quelque chose de familier tournait en haut d'une forme rectiligne mais il ne se souvint plus du nom.

Il n'eut pas à la chercher longtemps. Discrète, Myriam allait et venait parmi ces étranges constructions. Elle devina son arrivée et se glissa lentement vers lui. Une félicité sans borne envahit Joshua, remplissant tout son être d'une intense vibration. Sous la lueur diaphane des étoiles, leurs longs doigts fins s'emmêlèrent :


– Tu vois, il ne fallait pas s'inquiéter. La Matrice veille sur nous.

– Oui, j'ai entendu son appel. Laisse-moi te regarder, tu es si belle.


Elle lui sourit illuminée d'une douce phosphorescence, plongeant ses yeux translucides dans les siens.










 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
16/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai beaucoup aimé les descriptions de la planète, notamment les colonnes de sable vitrifié éclatant parfois sous le choc thermique... une belle imagination.
La transmutation des humains me paraît un peu brutale : certes il y a des signes annonciateurs (la distension peu à peu des liens entre les colons), mais on dirait que tout se passe en deux-trois jours ! Je renâcle un peu devant la soudaineté du processus. Peu importe pour moi, cela dit, l'histoire est sympathique, servie par une écriture visuelle.
Un bémol sur l'explication de la fuite de la communauté pour cause de persécutions politiques : pour moi, une simple phrase en passant c'est trop ou pas assez. Dans l'économie du récit, il me paraîtrait préférable soit d'occulter complètement les raisons du voyage, soit de rendre sensible le traumatisme initial.

   Pattie   
23/5/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai bien aimé l'ambiance de cette histoire. Certains détails m'ont gênée : la particularité de cette planète, c'est la puissance de son soleil, dangereuse pour les humains. Or quand ils s'adaptent, ils sortent sans protection, ouvrent les fenêtres, oublient leurs lunettes, et même si ça les étonne, ça ne les choque pas tant que ça (enfin, je n'ai pas perçu que ça les choquait). J'étais plongée dans l'histoire, et moi, ça m'a fait comme si soudain, on pouvait respirer sous l'eau et que bon, on se disait "Ah mince, j'ai oublié ma bouteille d'oxygène".
Encore un détail qui m'a gênée : on parle de l'esprit communautaire des colons, mais on ne le sent pas assez (à mon goût). Ils sont depuis longtemps en train de perdre le contact les uns avec les autres sans que ça ne les perturbe trop. Le héros le déplore, mais il n'a rien fait avant pour l'empêcher.
Sinon, j'ai apprécié ma lecture.

   Palimpseste   
2/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Je suis assez hermétique à la SF, donc mon avis est à relativiser.

Notamment, je me demande toujours pourquoi la SF fait un usage sur-abondant de prénoms plus ou moins hébraïques et d'éléments plus ou moins Biblo-compatibles...

Sur l'histoire, il manque un peu de perspective psychologique. La réaction des humains contre les Natifs est un peu simplette, de même que l'atonie face à des événements qui sont pourtant soulignés (délitement des liens sociaux, oublis progressifs des équipements de protections ou des lunettes, etc.).

Le coup d'aller à la bibliothèque du Sanhedrin est un peu "cheveux sur la soupe": on pourrait penser qu'il n'y a pas accès comme ça, ou qu'en tout cas, ce n'est pas normal qu'il y accède aussi facilement.

La fin se laisse prévoir facilement, mais dans le film Titanic aussi, alors ce n'est pas forcément un problème... Mais comme c'est prévisible, il faudrait l'amener avec plus de finesse, notamment pour savoir s'ils s'aimeront toujours ou non.

Pour ce qui est de l'écriture, c'est impeccable et de belle facture, comme tout ce que j'ai lu de Jano auparavant.

Bonne continuation !

   alvinabec   
2/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Le récit est tout à fait attachant. L'histoire s'accepte pour ce qu'elle est.
Il me semble que l'atmosphère étrange ainsi l'oppression que ressent le héros gagneraient à plus de précision.
Utiliser des prénoms de l'ancien testament renvoie le lecteur à la création d'Israel, est-ce in fine l'intention du texte?
On note une surabondance d'adjectifs...à élaguer donc.
Sans doute aucun, l'auteur maniera avec plus de circonspection les poncifs ou, du moins, les renouvellera-t-il pour son prochain écrit.
A vous lire...

   brabant   
2/6/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Jano,


Un monde de S F n'est pas toujours facile, il faut se l'approprier avec son vocabulaire et ses codes ; il faut que ça en vaille la peine ; on peut le faire quand on s'embarque dans roman, le voyage y est long. Il y a retour sur investissement.

Mais dans une nouvelle, sitôt commencée sitôt terminée, un tel effort est-il rentable ? Alors il faut que ça soit clair, sinon on n'investit pas.


Le texte ici semble clair, aussi clair qu'un désert est dénudé. Et les seuls extra-terrestres y sont des natifs (quoi de plus logique) pas bien compliqués puisqu'ils ne parlent pas et se contentent de phosphorer sortant principalement la nuit.

J'aurai pourtant besoin de votre science :
- Qu'est-ce exactement que cette "matrice" ?
- Les migrants du texte sont-ils comparables ou assimilables aux migrants de l'Exode ? Les noms sont-ils significatifs dans le sens de signifiants ?
- J'ai pas bien compris la fin : les migrants mutent-ils pour devenir des natifs à leur tour ou bien leur exode est-il terminé et réintègrent-ils la matrice cette exoplanète ayant à voir avec Adonaï, nom de Dieu dans la Bible ?


Brabant qui n'a passé ni un bon ni un mauvais moment et croit qu'il vaut mieux rester prudent avec le "soleil d'Adonaî".

Pas envie de me brûler les yeux moi !

lol

   Pepito   
4/6/2012
J’ai bien aimé la description du décor, malgré quelques tournures peut-être à revoir « onduler sur lui-même » (on ondule difficilement ailleurs), « tanga dangereusement sur le côté » (on ne tangue que d’avant en arrière), « il perdait … le contrôle de soi » ( ?), …

Les patronymes rappellent furieusement une très ancienne saga de Fantasy, commencée 1500 avant JC, dont on n’a pas écrit grand-chose depuis 1300 ans**, mais qui reste pourtant la plus célèbre du genre (à défaut d’être la meilleure). Je suppose qu’il faut donc prendre cette nouvelle comme une suite possible.
Si c’est une allégorie d’évènements actuels à propos de colonies dans un désert et une proposition d’assimilation totale du « peuple élu* » par les natifs, alors là bravo.
Même si la notion de matrice reste curieuse (et un poil usée).

Sinon, ben, c’est pas mal quand même.

Pepito

* j’ai toujours adoré cette curieuse inversion de démocratie.
** Édition : oups, j'avais oublié le dernier épisode.

   AntoineJ   
5/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Il y a tout (ou presque) : un monde étrange, des extra terrestres, des bons sentiments, ..un style travaillé et un scénario réfléchi.
Pourtant cela manque de souffle, de puissance, trop de facilité dans la logique de l'histoire, trop de maitrise des mots ...

   Jano   
10/6/2012

   SetsunaSoul13   
11/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonsoir! (ou bonjours, si on considère que 2h du matin...enfin bref!)
J'ai lu cette histoire en me laissant bercer, de belles tournures de phrases et beaucoup d'images, j'ai pu m'imaginer Adonai comme si j'y etais.
Malheureusement, quelques unes de ces images, trop "détaillées" ou "poétiques" (abstraites) pour bien entrer en résonnance avec moi, m'auront egarées a quelques endroits, rendant difficile mon retour en imersion : peut-etre l'histoire gagnerait-elle un peu a se simplifier , par des phrases plus énergiques, et moins longues, alambiquées.
L'apathie du peuple me semble, a moi, bien introduite, meme je n'ai pu m'empecher de me demander si le hero n'aurait pu se rendre compte de quelque chose avant (ca parait soudain, comme s'il se reveillait d'un coup et remarquait que tout partait a la derive) on a envie de dire "mais avant, t'etais ou? Comment la cité a pu se vider sans que tu ne vois rien venir?"
En somme, j'ai passé un agreable moment, quoiqu'un peu labrieux et espere, de tout coeur, pouvoir relire de ta prose magique! (faire apparaitre de si belles images avec des mots, chapeau!)

   Anonyme   
22/10/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Comme certains camarades qui ont déjà commenté, j'ai trouvé l'action un peu rapide, les événements s'enchaînent très (trop ?) rapidement.

Mais le plus important c'est que l'histoire est prenante, on a envie de lire la fin.

Un peu plus de détails et c'est un très bon texte. ;)

   Narcisse   
24/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour.


Un texte agréable à lire, quelques descriptions empreintes d'une poésie sans prétention ni fioriture, une ambiance bradburyenne qui prête à la nostalgie et qui, par le propos du récit (la désagrégation de la communauté, la dissolution des êtres...) fonctionne à plein : par un effet de rebours, la nostalgie qui se dégage de l'écriture annonce « par avance » la perte de quelque chose, la tristesse de l'effacement.

Je ne m'attarde pas sur d'éventuelles transitions un peu rapides, pour me contenter de faire deux remarques :

1.Contrairement à beaucoup de lecteurs, apparemment, j'ai beaucoup apprécié l'introduction d'éléments de l'univers juif dans ce récit. C'est à mon sens une des idées brillantes de ce texte, et qui fonctionne à plein (en tout cas pour moi) : aussitôt, après quelques allusions à l'ascendance juive des personnages et de la communauté, mon imagination s'allume et se projette en amont du récit pour tenter d'expliquer cette ascendance. Sont-ce des survivants échappés d'un nouvel holocauste ? Est-ce une coïncidence ? Cette planète fait-elle figure de nouvelle Terre promise ? Est-ce une variation sur le thème du Juif errant, qui passerait d'une diaspora mondiale à une diaspora interstellaire ? C'est, je trouve, à mettre au crédit de l'auteur que d'avoir su distiller ainsi, sans lourdeur ni explication fastidieuse, goutte à goutte, cet univers qui naît dans l'imagination du lecteur. Pour ce qui me concerne, il a su appuyer sur le « bon bouton ».

2.J'ai été très touché par la fin, un choix je pense assez casse-gueule mais pleinement réussi : l'idée, mise en récit, que malgré l'effacement des personnalités, malgré la dissolution de leur moi dans un ensemble spirituel communautaire, ces deux êtres (l'homme et la femme) continuent d'être aimantés l'un par l'autre, inexplicablement, par delà l'oubli, eh bien ça a ému mon âme de midinette.
Donc : félicitations.

   Anonyme   
30/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Belle histoire, servie par une belle écriture. On y glisse plaisamment, et j'ai l'impression que j'aurais pu atterrir n'importe où, cela aurait été tellement doux que je n'aurais rien remarqué, et repris ma vie comme de rien, heureux de m'être envolé. Il y a eu un remous, toutefois... Au moment où Joshua appelle son ami Abel, j'ai eu un sursaut : "Mais mon Dieu, ils ont tous des noms juifs !" et de ce moment j'ai eu du mal à me reprendre mon assise, me demandant sans cesse le lien entre juifs/Israel et Natifs/Palestine (c'est la première chose qui m'est venu à l'idée, mais il semble que cela ait plutôt à voir avec l'Exode).
Bref, la transformation est un peu rapide à mon goût... Le matin Ézéchiel ne porte pas ses lunettes, le lendemain soir, ils se sont tous transformés en autochtones... La soudaineté de la chose est encore plus visible par l'abandon de leur repas par les Rosenfeld (bien qu'Abel semble encore traîné dans le coin, sous sa forme de Natif).
J'ajouterai qu'il y a des choses qu'on aimerait voir développée : la Matrice par exemple... j'ai envie de dire, "what the fuck ?"... Les planètes ayant une certaine forme de conscience, avec un "contrôle" des organismes s'y développant plus ou moins accentué selon les ouvrages, c'est un classique, mais la prise de position de celle-ci m'a troublé : en général, la planète communique avec les habitants humains, et le "contrat" établi les modifie sans leur enlever une certaine indépendance... Ici, la décision a été prise de façon arbitraire et unilatérale, ce qui est... troublant.

   Zalbac   
10/1/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il est étonnant de s'étonner que certains évènements ne collent pas avec la réalité dans le cadre d'un texte de SF !
(Mathusalem a-t-il veécu 969 ans ?)
A mon avis, il est parfaitement évident qu'il s'agît d'un récit de l'Exode. Quant à l'adaptation rapide au milieu, cela me rappelle un texte de... ?? où le héros frôle la mort par inanition, la planète et les restes de civilisation étant absolument incompatibles avec le métabolisme humain jusqu'à ce que...
(L'absence de bandeaux "spoiler" empêche de discuter d'un texte sans que ceux qui ne l'ont pas lu soient trahis par les commentaires.
C'est bien écrit, les descriptions très réussies, encore un texte qui présente assez de professionnalisme pour mériter l'édition ! +++


Oniris Copyright © 2007-2018