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Horreur/Épouvante
Jano : Un amour de parasite
 Publié le 04/11/15  -  14 commentaires  -  33918 caractères  -  169 lectures    Autres textes du même auteur

L'orgasme contre la bête.


Un amour de parasite


Le ferox palpite. D'abord les organes internes, profonds, puis progressivement ceux de la périphérie. Un par un, comme des lumières qui s'allumeraient à tour de rôle jusqu'à atteindre l'enveloppe externe qui frémit, capte les premières sensations. De la chaleur après ce long froid sidéral, des sons après le silence du vide. Autour fument les débris vitrifiés de la météorite qui l'a amené ici.

Le ferox est maintenant totalement éveillé, ses centres nerveux sont parcourus d'influx biochimiques qui commencent à traiter les informations reçues de l'extérieur. En priorité se débarrasser de la coque protectrice devenue inutile. Elle se fendille, se détache en plaques pour libérer le corps gélatineux qui s'échappe sur le sol. Un support identifié comme inerte, minéral, essentiellement composé de silice et d'oxydes divers que le ferox ne tarde pas à absorber, du moins ceux qui lui sont vitaux. Cette première assimilation lui apporte une énergie de base, fondamentale mais insuffisante pour atteindre le maximum de ses capacités. La faim est vivace, exponentielle, accapare toutes les fonctions. Il faut davantage d'éléments nutritifs pour se remettre de ce long voyage dans l'espace. Le ferox n'a d'autre choix que d'attendre. Attendre le passage d'organismes vivants qui lui apporteront des ressources complémentaires. La patience… inscrite dans son génome, partie constituante d'une espèce capable de se maintenir en stase des millénaires s'il le faut. Sur ce monde, il lui faudra moins de temps. Déjà le nouveau venu détecte, toute proche, une créature animée d'un mouvement ondulatoire. Aussitôt il part à sa rencontre.

Lorsqu'il est à son stade primitif, le déplacement du ferox est lent, maladroit, semblable au mercure à qui il est apparenté. En premier il se rassemble, se ramasse sur lui-même comme une grosse goutte d'eau, puis se déroule en fil liquide et ainsi de suite. De nature foncièrement invasive, le ferox n'est pas conçu pour se mouvoir seul. Il réclame un hôte qui le transporte et l'emmène au gré de ses besoins. Sans ce vecteur indispensable il demeure incomplet et fortement exposé.

La créature autochtone l'a aussi senti, qui vient droit sur lui. Tant mieux, les efforts de l'affamé seront moindres. Il a besoin d'une porte d'entrée naturelle, percer l'épiderme d'une proie est un recours extrême susceptible de provoquer des dommages. La créature qui vient à l'instant de le trouver et entreprend de l'avaler par brèves succions lui évite ce type d'introduction brutale. Le ferox est maintenant bien installé dans le système digestif, exactement ce qu'il demandait. Des fonctions annexes se déclenchent, réponses instantanées à ce milieu favorable. Il se démultiplie, se scinde en centaines de filaments microscopiques et via les flux sanguins envahit la totalité des organes de son infortuné agresseur. Celui-ci se fige brutalement, frappé de paralysie, hébété. Passé le choc de l'invasion, lentement, il reprend sa progression, au début de façon hasardeuse puis de plus en plus assurée. D'apparence identique, ce n'est pourtant plus le même. Nichée dans ses centres névralgiques une chose le manipule à sa guise, un intrus qui relève la température peu élevée du corps, le déplacement rampant, l'exploration de l'environnement à l'aide d'un appendice buccal bourré de récepteurs. Un vecteur rudimentaire, peu évolué, mais suffisant dans sa quête de meilleures proies. Le ferox doit puiser dans la chair de son hôte pour survivre, ce qui entraîne à plus ou moins long terme son dépérissement et nécessite donc un renouvellement incessant. Et après sa récente éclosion, il a une faim vorace ! Il se réprime pour ne pas vider d'un seul coup sa nouvelle enveloppe qu'il presse de chasser. L'animal qui croise leur chemin – un petit rongeur – en fait les frais, transpercé par deux crocs venimeux sans même avoir vu la menace. Englouti en entier la digestion devrait durer des heures, mais le ferox accélère le processus de liquéfaction et l'absorbe en une dizaine de minutes. Une véritable extase accompagne cet afflux de nutriments, sensation d'accomplissement, de régénération. Le parasite venu des étoiles se sent maintenant gonflé d'une énergie débordante, prêt à conquérir ce territoire rempli de promesses. Cependant le déplacement de son hôte ne lui plaît guère, pas assez rapide, rayon d'action limité. Il le pousse alors à prendre de la hauteur pour avoir une vue d'ensemble du secteur. Dans sa progression ascendante le long d'un arbre, son hôte tombe sur un nid imposant qu'il renifle de sa langue fourchue. Mal lui en prend ! Un couple de rapaces voit ses œufs menacés et fond sur lui. Serres et becs dehors, les oiseaux le piquent, le lacèrent et dans leur acharnement finissent par le tuer. Surpris par la virulence de l'attaque, le ferox ne réagit pas. Quand son hôte devient inerte, il comprend qu'il a cessé de vivre et perdu dès lors tout intérêt. Sans plus de retenue, il aspire les composants organiques du cadavre qui en devient complètement ratatiné, fripé tel un sac vide. L'assimilation terminée, le ferox regagne l'extérieur en s'écoulant par la bouche, sous le regard perplexe des rapaces encore ébouriffés. Une rapide évaluation des corpulences en face de lui et il s'agglutine au pied du mâle. Celui-ci n'a pas le temps de se reculer que l'une de ses pattes est touchée. Où que ce soit dans l'univers, quand un être vivant est au contact d'un ferox il peut s'estimer condamné ! Rien ni personne ne peut se défaire de sa gangue implacable.

Pris de panique le rapace bat des ailes, donne des coups de bec sur la substance gélatineuse pour lui faire lâcher prise, en désespoir de cause s'envole avec cette chose accrochée à la patte qui remonte inexorablement vers son corps. Pour le ferox la situation est difficile aussi. Les coups de bec lui font mal, soudain il se sent en apesanteur, désorienté. Il lui faut vite s'introduire, tant pis pour la voie naturelle ! Parvenu à l'abdomen couvert de plumes il s'affine, durcit son extrémité et telle une pointe transperce la peau. Le rapace lance un cri de douleur, fait une terrible embardée. Conséquence inévitable d'une intrusion de ferox, ses centres nerveux sont instantanément paralysés, le voilà qui chute comme une pierre vers le sol. Le choc ne pardonne pas.

Mal contrôlé, ce parasitage laisse le ferox un moment groggy. Il lui faut du temps pour se remettre d'aplomb, aidé par le contenu du rapace qu'il ingurgite avidement. Retour à la case départ. Le voilà à nouveau sous son apparence originelle ; masse visqueuse, vulnérable, disposant de piètres réserves pour subsister. Ardents, les rayons du soleil le brûlent, lui qui vient d'une planète sombre à l'écart des astres. Ses capteurs détectant un endroit plus frais, il se répand à l'ombre de buissons salvateurs. L'attente, encore. Si elle dure, il n'aura d'autre choix que de se remettre en stase, ce long sommeil. Il ne veut pas regagner cet état végétatif dont il sort à peine. Bouger, vivre, manger ! Ce lieu a priori riche en ressources lui a donné plein d'espoir. Patience… Patience…


* * *


– Bon sang qu'il fait chaud !


Carole s'arrête pour s'éponger le front. Le crissement continu des cigales emplit l'air surchauffé. Appuyée contre une murette en pierres sèches qui la soulage un peu du sac à dos, elle se tourne vers son compagnon :


– Tu ne souffres pas de la chaleur, toi ?

– Si, bien sûr, ça tape dur. Tiens, bois, lui dit-il en tendant sa gourde.


Pendant qu'elle s'hydrate Jérôme sort une carte.


– Okay, l'intersection n'est plus très loin. Une centaine de mètres je dirais. Ensuite y a plus qu'à se laisser porter jusqu'au village.

– Ouais, ben au village on fera une pause.


Il la regarde en souriant.


– Promis ma chérie.


Son sourire fait toujours autant craquer Carole. Pourtant elle se demande ce qu'elle fait ici, à suer sang et eau sur ce maudit sentier qui n'en finit pas. Citadine dans l'âme, peu sportive, elle n'a pas l'habitude de marcher aussi longtemps en pleine nature, de plus sous un soleil de plomb ! S'il ne la rendait pas aussi folle, ça ferait un moment qu'elle aurait tout envoyé valdinguer.

Mais voilà, leur union est récente, encore fraîche, elle a beaucoup de choses à prouver et certainement pas le décevoir. Quand il lui a proposé cette excursion, ravie de l'accompagner dans ce qui semblait être une passion pour lui, elle a dit oui sans hésiter. Son enthousiasme du début s'est vite érodé contre la caillasse et les dénivelés pentus de ce paysage aride.


– On y va ? lance-t-il après avoir replié la carte.

– Attends, j'ai envie de pisser.


Histoire de grappiller quelques minutes de repos supplémentaires… Elle se débarrasse de son fardeau encombrant, attrape des feuilles de papier hygiénique et s'écarte du chemin. Après s'être assurée que personne ne puisse la voir, elle s'accroupit à l'abri d'un buisson.

Effluves organiques toutes proches, le ferox sort aussitôt de sa léthargie ! Une proie, volumineuse, forte capacité alimentaire. Il glisse vers la source d'émission. Une ouverture béante dans la chair semble l'attendre, pas besoin d'effraction cutanée. Il s'amasse sous cette proie inespérée, reçoit des projections de liquide chaud mais ne s'alarme pas, déterminé. D'un coup il se détend comme un ressort, au plus profond de la faille ! Carole a juste le temps de pousser un cri avant de se figer, une main en l'air tenant le papier.


– Carole ! Carole ! Qu'est-ce qu'il y a ?!


Jérôme se précipite, découvre Carole statique, le regard fixe, bouche ouverte, comme tétanisée. Il la secoue par les épaules :


– Un serpent ? Tu t'es fait piquer ?


Elle ne répond pas alors il ausculte son corps à la recherche d'une morsure, baisse les chaussettes pour voir les chevilles, regarde les mains, les poignets. Rien. Elle a toujours cet air hébété, incompréhensible.


– Carole, réponds-moi ! Merde, faut aller voir un médecin. Allez, mets-toi debout !


Il l'aide à se redresser, lui remonte le short et la ramène vers le sentier. Il se dit qu'elle a peut-être attrapé une insolation, ça expliquerait cette attitude confuse, l'absence de réaction. Voilà qu'elle se met à bredouiller :


– Je… je… où… où on est ?

– Mon dieu Carole, c'est Jérôme. Je suis là, je suis là ! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

– J'sais pas. J'ai… j'ai mal au ventre.

– Attends, tiens, assieds-toi là. T'as dû faire une insolation.


Le ferox entame sa progression irrésistible dans les viscères, se démultiplie pour conquérir la totalité de l'organisme. Les heures d'attente dans la chaleur l'ont tellement affamé qu'il absorbe sur-le-champ de la substance, une petite quantité pour ne pas mettre en péril ce nouveau vecteur. Carole accuse le coup, pâlit brutalement et s'évanouit dans les bras de Jérôme affolé :


– Carole ! Carole ! Non, reste avec moi !


La panique le submerge. Il est en train de la perdre mais ne peut rien faire, impuissant, isolé dans la nature. Il ne réfléchit plus, la soulève et s'apprête à courir au village demander de l'aide. Juste à ce moment elle rouvre les yeux et le coupe dans son élan :


– Qu'est-ce… qu'est-ce que tu fais ?

– T'as fait un malaise, il faut aller chercher du secours.

– J'ai faim… j'ai très faim, murmure-t-elle.


Il la dépose dans un endroit ombragé, se rue sur les vivres du sac à dos pour attraper une barre énergétique. Serait-il possible qu'elle n'ait fait qu'une simple hypoglycémie ? Ça le rassurerait, il connaît les effets de ce coup de pompe et sait qu'un apport de sucres suffit à remettre d'aplomb. Il l'observe, soucieux, pendant qu'elle mâche avec lenteur. Un peu de couleur lui revient aux joues.


– Tu te sens mieux ?

– Un peu mieux oui. J'sais pas ce que j'ai eu.

– Une hypoglycémie je pense, t'as dû trop forcer, le soleil, tout ça…

– Tu crois ?


Elle se redresse sur un coude, grimace et pose les mains sur son ventre.


– Putain, j'ai quand même vachement mal au ventre.

– De toute façon faut pas rester là, t'es capable de marcher jusqu'au village ? Je vais prendre ton sac à dos.

– Ça va aller.


En réalité elle n'a envie que d'une chose, c'est d'aller vomir dans les fourrés et de s'affaler comme une loque, le temps que ça passe. Mais elle doit faire bonne figure, lui prouver qu'elle est une fille courageuse qui ne se laisse pas abattre facilement. Pas question de lui offrir un aspect pitoyable ! Au prix d'un terrible effort elle se lève. Prise de vertige elle ferme les yeux, respire fort. Ignorant le regard inquiet de Jérôme, elle attaque alors vaillamment le chemin.

Le ferox est à son stade ultime de ramification, arborescence infiltrant les moindres organes de sa proie. Quand il parvient au système nerveux central, il réalise qu'il a affaire à une entité supérieure, très évoluée. Jamais il n'a rencontré un tel niveau de complexité. D'habitude il prend facilement le contrôle de la créature parasitée, ne fait plus qu'un avec elle et supplante sa volonté. Lui-même est d'une intelligence rudimentaire, celle-ci tournée vers la survie et les stratégies adaptatives qui vont avec. Raisonnement basique, opportunisme, font de lui un prédateur efficace sans état d'âme. Ses capacités d'abstractions sont quasi nulles, sa pensée s'arrêtant aux moyens directs d'obtenir de la nourriture. Aussi est-il désemparé devant cet impressionnant entrelacs de connexions neuronales. Quelle est la zone qui permettrait de diriger son hôte ? Dénué de repère il va être obligé d'agir à tâtons. Cependant sa priorité ne change pas ; envoyer le vecteur au sein d'une concentration alimentaire puis l'ingérer et passer à un autre spécimen. Rapidement, car il a faim…

Carole est soudain prise de violents maux de tête. S'il n'y avait les premières maisons qu'elle aperçoit, elle aurait crié de s'arrêter.

Mais enfin merde, qu'est-ce que j'ai ? fulmine-t-elle, déçue et furieuse de tout gâcher. En tout cas Jérôme a l'air vraiment inquiet, ça veut dire qu'il tient à moi, essaie-t-elle de se consoler. Quand même… de la… c'est vraiment… man… manger… pas de chance… que… qu'est-ce que je raconte ? Maintenant elle a du mal à penser, à réfléchir, les mots s'enchevêtrent et se mélangent dans sa tête. Son pied heurte un caillou, elle trébuche. Jérôme qui l'observe à la dérobée remarque son trouble :


– Ça va Carole ?


Curieusement elle tourne la tête du côté opposé, le visage hagard.


– Hé Carole, je suis là !

– Continuer… de par gauche… l'arbre… moi ensemble.

– Quoi ? Mais qu'est-ce que tu dis ?


Il stoppe, s'approche d'elle et lui prend les mains. L'attitude de Carole l'angoisse à nouveau, elle donnait l'impression d'aller mieux pourtant. Il la sent confuse, perdue et décidément ne sait plus quoi penser sur l'origine de ses maux.

Le contact des mains entre elles provoque une sorte d'électrochoc chez le ferox. Sa perception liée intimement à celle de sa proie, il ressent tous les stimuli même s'il ne les traduit pas de la même façon. Certains sens sont plus aiguisés, d'autres inopérants. Il demeure sourd, aveugle, au contraire de l'odorat et du toucher extrêmement développés. Des fonctionnalités indispensables auxquelles s'ajoutent ses propres caractéristiques comme la détection d'infrarouges.

Quand la peau de Jérôme touche celle de Carole, ça signifie pour le ferox qu'il est à proximité immédiate d'une deuxième source de nourriture. Affamé, il devrait par automatisme vider son hôte et se projeter sur l'opportunité qui se présente. Mais quelque chose le retient, d'inexplicable, qui annihile totalement son agressivité et le met en attente. Jamais il n'a éprouvé ce phénomène qui étouffe sa pulsion prédatrice.

La jeune femme paraît se réveiller, elle regarde les mains chaudes de Jérôme qui enserrent avec émotion les siennes. Une envie de fondre en larmes, de se blottir dans ses bras pour être rassurée. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive, complètement déboussolée, agitée à l'intérieur par des sentiments flous et contradictoires. Deviendrait-elle folle ?

Pour calmer le désarroi qui transparaît dans ses yeux, Jérôme l'enlace tendrement et lui caresse les cheveux :


– Ça va aller, t'inquiète pas, ça va aller.

– Qu'est-ce que j'ai Jérôme ? souffle-t-elle, des sanglots dans la voix.

– Un coup de fatigue, rien qu'un coup de fatigue. T'inquiète pas ma chérie.


Il jette un œil sur le village.


– On y est, on va trouver un docteur.


La tenant par les épaules, elle, tête basse, ils pénètrent des ruelles assoupies par la chaleur estivale. Aux balcons de vieilles maisons en pierres pendent des guirlandes de géraniums. Dérangé, un maigre chat détale devant eux. Ils parviennent au centre du village, une placette ombragée par d'imposants platanes où coule discrètement une fontaine. À côté d'une boulangerie, un bar étale quelques tables et chaises.


– On va s'asseoir ici, boire quelque chose et demander l'adresse d'un docteur.

– J'ai une folle envie de Coca, parvient-elle à sourire.


La démarche nonchalante d'un homme pas pressé, le patron vient à leur rencontre :


– Qu'est-ce qu'ils veulent boire ces messieurs-dames ?

– Bonjour, un Coca-Cola pour madame et pour moi une menthe à l'eau suffira. Dites-moi, il y a un docteur par ici ?

– Un docteur ? Fichtre, vous n'en trouverez pas au bourg ! Le plus près est à Castellane.

– C'est loin Castellane ?

– Environ une vingtaine de kilomètres. Vous avez des ennuis ? dit-il en remarquant le teint livide de Carole.

– Non, rien de grave, merci. On va se débrouiller.


Dubitatif, le patron regagne le bar pour préparer la commande. C'était prévisible, songe Jérôme, ce village est trop petit pour abriter un cabinet médical. Soucieux il observe Carole, ses traits tirés, son regard perdu. Quand la consommation est servie elle l'avale d'un trait, comme si elle n'avait pas bu depuis des jours. Il réfléchit aux solutions possibles et n'en voit qu'une seule :


– On va appeler un taxi pour rejoindre Castellane.

– Quoi ? On va pas faire ça ?

– Écoute, on n'a pas le choix, tu es trop malade.

– Et la balade ?

– Rien à faire de la balade, je suis inquiet. Ça me préoccupe vraiment ce que tu as.


Moment de silence où Carole se renferme, ruminant de sombres pensées. Toujours cette obsession de rester avec lui, quoi qu'il en coûte, de poursuivre leur première expérience en commun. Alors que sa faiblesse physique devrait émousser son attachement, elle éprouve au contraire un besoin impérieux de ne pas le lâcher. Elle reprend la parole :


– Je me sens mieux Jérôme.

– Ouais, t'as dit pareil tout à l'heure avant de tomber dans les pommes.

– J't'assure, je vais mieux. Le miracle du Coca sans doute, je suis maintenant en pleine forme ! se force-t-elle à blaguer.


Il n'est pas dupe mais son insistance le touche. Il la trouve courageuse, tenace pour une fille des villes. Il savait bien qu'elle n'avait pas l'habitude des longues excursions mais elle avait tellement insisté pour le suivre ! Le résultat c'est qu'elle a présumé de ses forces.


– Bon, ce qu'on va faire c'est s'arrêter pour aujourd'hui. On va dresser la tente dans le coin, près du village au cas où. Si demain matin tu n'as pas retrouvé la forme, je dis bien la grande forme, on file direct à Castellane. Okay ?

– Okay ! clame-t-elle rayonnante avant de se pencher au-dessus de la table pour lui coller un baiser fougueux.


Dans un froufrou désordonné, une bande de pigeons chutent des platanes et se posent sur la place, leurs têtes dodelinantes en quête de miettes à picorer. Proche du couple, une table est prise par une vieille dame accompagnée d'une femme plus jeune. Cette dernière se lève, prend la direction des toilettes. Dos tourné, Carole ne l'a pas vue et s'absente à son tour pour se rafraîchir. Elle se retrouve devant une porte close au sous-sol du bar et doit donc patienter.

La patience du ferox est quant à elle mise à rude épreuve. Sa dernière tentative d'alimentation réprimée pour des motifs obscurs, il doit absolument trouver une proie. La disette met tous ses sens en alerte, le rend extrêmement agressif, prêt à bondir sur n'importe quoi. Si rien ne se présente d'ici peu, tant pis pour son enveloppe, il la videra jusqu'à la moelle ! Carole ne peut savoir que la jeune femme qui sort à l'instant des toilettes lui sauve la vie, détectée immédiatement par le ferox qui agit comme l'éclair. Parmi son redoutable arsenal, il dispose d'une faculté d'attaque à distance qui lui permet de ne pas s'extirper du corps habité. Cela demande son contrôle total et Carole perd alors son libre arbitre, la conscience annihilée. Elle se rue sur la jeune femme, une main autour du cou et l'autre agrippant les cheveux, la plaque avec violence contre le mur. De sa bouche grande ouverte jaillit un bouquet de filaments grisâtres qui transperce les yeux de la victime, s'insinue dans les narines, les profondeurs des oreilles, plonge en gargouillis immonde dans la gorge ! La victime glisse sur le carrelage, terrassée par l'emprise des canaux nourriciers qui la sucent encore et encore. Bientôt gît un cadavre racorni, semblable à une momie desséchée. Toujours inconsciente de ses faits et gestes, penchée sur la malheureuse, Carole se redresse alors, les filaments regagnant progressivement l'intérieur de sa bouche. Tel un automate elle remonte les escaliers. La lumière du jour l'arrache à sa torpeur, hésitation, puis elle aperçoit Jérôme.


– Ça va ? s'enquiert-il.

– Ça va… ça va. J'ai même une pêche d'enfer !

– Tu déconnes ?


Un voile traverse l'esprit de Carole, une impression désagréable. Tout d'un coup l'endroit lui paraît effrayant.


– Non c'est vrai, j'me sens super bien mais partons maintenant, s'il te plaît.


Ces mots à peine terminés, elle s'empare de son sac à dos, le jette sur ses épaules et s'éloigne à grandes enjambées. Surpris, Jérôme n'a que le temps d'abandonner de la monnaie sur la table et de se lancer à sa suite.

Dans la tête de Carole règne la plus grande des confusions, conséquence des tergiversations du ferox. Rassasié, débarrassé de la première de ses préoccupations, il se focalise en effet sur les bouleversements qui perturbent ses réflexes. Depuis qu'il s'est immiscé dans l'activité cérébrale de cette créature complexe, des élans inconnus auxquels il ne sait pas répondre traversent ses centres décisionnels. Lors de ses parasitages, il a toujours facilement pris l'ascendant sur l'instinct de son hôte. Mais là ce n'est plus de l'instinct, c'est autre chose, mouvant, insaisissable, qui lui envoie des flots d'images et des émotions inhabituelles. Ainsi il ne comprend pas pourquoi la présence de la deuxième créature – celle qu'il a épargnée – lui procure cette sensation incompréhensible d'apaisement, de bien-être. Alors qu'il ne devrait songer qu'à la vider de sa substance, il préfère la garder vivante auprès de lui. Jamais il n'a agi de la sorte. Cet être ébranle son équilibre, il faut qu'il se rende compte encore.

Carole s'arrête brusquement. Jérôme qui suivait l'allure rapide manque lui rentrer dedans :


– Hé, tu pourrais prév…


Mais les mains de sa compagne, imprévisibles, qui se posent sur son visage lui coupent la parole. Elle a de nouveau une expression indéchiffrable, comme si elle n'était plus là, absente. Même ses yeux ont pris une teinte foncée, inquiétante, que Jérôme ne lui connaît pas. Pour la première fois un sentiment de crainte le saisit. En fait il ne la connaît pas vraiment cette fille. Se pourrait-il qu'elle soit dérangée, une malade mentale ? Il fait un pas en arrière :


– Mais qu'est-ce que tu fabriques bon sang ?


La vive intonation de la voix réveille Carole, repousse simultanément la volonté du ferox dans ses retranchements. Elle retire ses mains comme si elle s'était brûlée :


– Je… je ne sais pas… pardon.

– Merde Carole, ça va pas du tout cette histoire ! T'as vraiment un drôle de comportement !

– Pardon… pardon…


Une boule lui monte à la gorge, un trop-plein de détresse qu'elle ne peut plus retenir, qui explose en larmes ininterrompues. Elle s'effondre dans la poussière, au milieu du chemin, secouée par les sanglots.

Animé d'une sourde colère, par l'envie que tout cela cesse, Jérôme se met à observer les alentours. Ils sont à la périphérie du village, au niveau de terrasses anciennement cultivées. Le soleil termine sa course et se rapproche de la ligne d'horizon, il est trop tard pour entamer quoi que ce soit. Le mieux à faire, c'est de planter la tente sur la zone herbeuse qu'il vient de repérer et demain basta ! Ils iront chez le docteur, en suivant il la ramènera chez elle.

Un coup ça va, un coup ça va pas, ras le bol à la fin ! Il la regarde toujours en pleurs. Quand même, c'est bien étrange… qu'est-ce qu'elle peut bien avoir qui la rende comme ça ? Son énervement s'apaise et il s'agenouille à côté d'elle, lui passe un bras autour de la taille :


– Allez viens, on va se reposer. Je crois qu'on en a bien besoin.

– Oui… parvient-elle à articuler d'un pauvre sourire mouillé.


Pendant que Carole se calme doucement, Jérôme entreprend de dresser la tente sous la frondaison d'un olivier centenaire. Les ardeurs du jour s'atténuent, substituées par une température plus clémente. La faune endormie durant les heures chaudes s'éveille alors. D'abord les coassements plaintifs des crapauds sonneurs s'élevant des endroits humides, rejoints peu de temps après par les stridulations des grillons.

Carole déroule tapis de sol et sacs de couchage tandis que Jérôme recherche du petit bois pour le feu. Sur la route principale qui mène au village, une procession de véhicules attire son attention. Sur leur terrasse en surplomb, il a une bonne vue d'ensemble et peut distinguer deux voitures de gendarmerie précédées d'une ambulance.


– Carole, y a des flics qui vont au village !

– Ah ?

– Il y a une ambulance aussi.


Elle vient voir à son tour.


– Il a dû se passer quelque chose.


La pénombre mangeant les formes, ils n'en discernent pas davantage. L'agitation en contrebas s'efface dans un noir à peine troué par quelques lampadaires. Vaguement troublés, ils reviennent à leurs occupations.

Une heure plus tard, un feu vigoureux envoie des nuées de flammèches vers les étoiles sous les regards pensifs du couple. Assis sur de grosses pierres, le repas est avalé en silence. De toute évidence le cœur n'y est plus. Jérôme hésite sur la conduite à tenir du lendemain, Carole sent avec désespoir qu'il est en train de se détacher d'elle. Et puis il y a toujours ce vertige dans sa tête, cette difficulté à raisonner qui l'angoisse terriblement. Elle a entendu parler de cette maladie psychiatrique, la schizophrénie, qui provoque de graves troubles de la personnalité. Elle sait que c'est une pathologie qui survient chez des sujets jeunes, comme elle. Ça expliquerait la sensation qu'elle a d'être habitée, d'être bousculée par des pensées contradictoires. Mais enfin ce n'est pas possible ! se persuade-t-elle. Il y aurait eu des signes avant-coureurs. Sa mère disait toujours qu'elle avait « la tête bien faite », bien campée sur les épaules. Elle n'a pas pu devenir folle du jour au lendemain ! Tout ça c'est depuis son malaise dans l'après-midi. Ce malaise brutal qui l'a mise à plat et dont elle n'arrive pas à se remettre. Pourtant, physiquement elle se sent mieux, elle a même une furieuse et singulière envie de… de tout dévorer. Ça y est, ça recommence ! Elle sent monter des pensées confuses… de tout dévorer… une grande sauvagerie qui ne lui appartient pas… de tout dévorer… elle serre les poings, ferme les yeux pour refouler ce magma bouillonnant qui la terrifie… de tout dévorer… le renvoyer au plus profond de son être, là où il n'aurait jamais dû sortir, l'effacer, l'abolir de son esprit !


– Carole, ça va ?


Elle redresse la tête brusquement, ses yeux ont repris une teinte foncée, les traits de son visage sont durs, figés.


– Ca… Carole, ça va ? Réponds-moi !


Elle se met debout, sans lâcher du regard Jérôme qui comprend avec inquiétude qu'elle renouvelle une crise. Bordel, qu'est-ce qu'elle nous fait encore ? se demande-t-il sur ses gardes. Les lueurs du feu de camp illuminent une partie du corps de Carole, l'autre demeure enfouie dans l'obscurité. Il n'ose pas comprendre quand elle se met à ôter son pull, puis son tee-shirt, la poitrine dénudée tendue vers lui. Le pantalon qui glisse ensuite sur les chevilles lui fait bel et bien réaliser ses intentions :


– Mais… tu es sûre que…

– Cccchhhhhut… susurre-t-elle, un doigt posé sur sa bouche.


Il se sent pétrifié, envoûté par le désir de la jeune femme qui entreprend de lui retirer ses vêtements un par un sans qu'il puisse opposer de résistance. Un frisson lui glace l'échine quand elle le pousse sur l'herbe et s'allonge, conquérante, sur son corps.

Leurs langues qui s'emmêlent attisent davantage le ferox, ses terminaisons nerveuses en synchronisation avec celles de Carole, qui reçoit en abondance des molécules de salive et des fragments de muqueuse buccale. Fébrilement il les assimile, les analyse, pour tenter de comprendre les réactions anormales que le partenaire de son vecteur provoque chez lui. Premières réponses : il y a des différences biochimiques et des concentrations inégales d'hormones. Les mains de Carole qui caressent Jérôme le renseignent par ailleurs sur des dissemblances anatomiques. Quelques nuances, beaucoup de similitudes. D'où vient alors l'attraction qui le trouble ? Cette impression d'euphorie ? Que… que se passe-t-il ?! DANGER ! Le vecteur est attaqué ! Le deuxième organisme est en train de s'introduire !

Sur le coup le ferox est désemparé, l'engourdissement dans lequel il baignait est soudain remplacé par une peur aiguë. Réflexe de défense, il concentre et métamorphose une partie de sa matière dans l'œsophage de Carole ; pas de canaux nourriciers cette fois-ci mais de redoutables pointes effilées prêtes à perforer le crâne de l'agresseur. Il commande d'ouvrir la bouche pour les propulser mais, à la place, un soupir, une espèce de plainte sort de la gorge ! Un son qui ne respire pas la frayeur, plutôt le plaisir, l'expression d'un immense plaisir. Désamorcées, les pointes menaçantes se liquéfient. Fusionné au cerveau de son hôte, le ferox a la confirmation qu'il y a une absence de danger, bien au contraire, un afflux massif de protéines engendre une volupté exponentielle. Un ravissement qu'il commence aussi à éprouver.

Le voilà perdu, déboussolé. Les deux créatures sont maintenant en pleine frénésie, son hôte perforé par un appendice spongieux du congénère. Malgré la fougue de leur acte, il a compris que ce n'était pas un combat mais reste incapable d'en déduire la signification. Scissipare, la reproduction sexuée lui est complètement étrangère. Tout ce qu'il sait c'est que son vecteur est hors de contrôle, sourd à ses commandements. Lui-même est dans un état second, saturé d'informations, de sensations, transporté dans une dimension lascive qu'il n'a jamais éprouvée. Soudain, une lame de fond, un paroxysme de jouissance inonde les centres nerveux de son hôte, fait vibrer l'intégralité de l'organisme ! Il reçoit de plein fouet cette onde d'une incroyable intensité qui déborde les récepteurs de son réseau neuronal. Court-circuit, il décroche ! Les minuscules parcelles de son entité se détachent les unes après les autres des endroits où elles étaient implantées, se réunissent autour du noyau central qui, à son tour, se déloge du cerveau et migre vers l'estomac. Le ferox y retrouve un peu ses esprits, encore secoué par la décharge. Que s'est-il passé ? Comment le partenaire de son vecteur a-t-il pu provoquer pareil phénomène ? Un éclaboussement de délice, une extase ! Encore plus fort que la satisfaction d'absorber de la nourriture. Il faut absolument rejoindre cet être, ses ressources doivent être considérables. Plus d'hésitation qui tienne, c'est le moment de changer d'hôte.

Impatient, le ferox ne prend pas le temps de se sustenter avant sa sortie. Revenu à son état d'origine, ça lui demanderait une réimplantation fastidieuse qui risquerait de voir filer son nouvel objectif. Sans attendre, il glisse en amas visqueux vers l'orifice le plus proche. Son mouvement n'est pas sans effet sur Carole qui est brutalement parcourue de spasmes douloureux. Grimaçante, elle se détache de son homme en sueur. Se rajoute une irrépressible envie de vomir. Pliée en deux, de cruels hoquets lui tenaillent l'estomac. Jérôme, qui flottait dans une douce torpeur après cette union passionnée, est ramené au tragique de la situation. Il s'apprête à lui apporter de l'aide mais fait un bond en arrière quand, dans un râle effrayant, une masse glaireuse est expulsée de la bouche ! De ce vomi dégoûtant étalé au sol se dressent alors de fines excroissances en balancements oscillatoires. Le jeune homme reste pétrifié d'horreur, bouche bée, saisi par l'écœurement, l'incompréhension. Les filaments cessent tout à coup leurs oscillations pour s'orienter vers lui, inclinés à l'unisson dans sa direction. Jérôme sent le danger, une intuition, et attrape l'extrémité d'un bâton en train de se consumer. Heureuse initiative car sa position repérée, le ferox se rue à l'attaque ! Vif comme l'éclair le jeune homme ne réfléchit pas et plonge rageusement le bout du bâton dans l'agresseur. Il a l'étrange sensation de percer une méduse. Le ferox est stoppé dans son élan, transpercé par un élément dur qui lui fait mal et dont il tente de se débarrasser en opérant une scission de son corps. Trop tard. Il est déjà soulevé, projeté dans les flammes du brasier ! La souffrance est aussi vive que l'a été le plaisir dans le corps de son dernier hôte. Il brûle en bouillonnant.

Jérôme accourt auprès de Carole, l'enlace de ses bras. Tous les deux sont encore nus. Le visage enfoui dans ses cheveux, il la berce comme un enfant :


– C'est fini mon amour, c'est fini.


Du brasier incandescent s'élève une épaisse fumée bleue, d'odeur acide, qui se dissipe lentement dans les hauteurs d'un ciel étoilé.


 
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   carbona   
4/11/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Quelle histoire !

Alors j'ai eu du mal à m'y atteler, j'ai lu le premier paragraphe au moins trois fois en renonçant à la suite puis me suis forcée et ça en valait quand-même la peine.

Par la suite, j'ai ri, j'ai été intriguée, je ne regrette pas ma lecture.

Tout d'abord, la présentation du ferox est pour moi assez repoussante car elle reste obscure, je n'ai d'ailleurs toujours pas saisi de quoi il se nourrissait réellement. En ce sens, le premier paragraphe est vraiment dur à lire, c'est confus, compliqué, je me suis demandée sur quelle planète on était quand alors vient le premier signe de vie avec les animaux, donc à ce moment-là ça commence à me plaire. Vient ensuite la présentation du couple de randonneurs, là je suis plongée dans le texte, c'est bon.

La réaction de l'homme m'a fait rire à plusieurs reprises, c'était agréable. J'ai aimé, au cours de la lecture, cette situation où la femme est "empoisonnée", malade et où l'homme la prend pour une dingue. Elle-même d'ailleurs se prend pour une dingue. Une situation qui retranscrit bien des scènes réelles de maladies non reconnues ou non identifiées.

J'ai néanmoins du mal à comprendre pourquoi le ferox ne bouffe pas la femme, visiblement, l'homme émane des choses spéciales qui l'en empêchent, mais c'est pas très convaincant.

Le ferox tout chose, pendant la scène d'amour est aussi un peu comique et pas très vraisemblable.

Et pour la fin, je ne pensais pas que le ferox était si fragile, si vulnérable en fin de compte, j'ai été un peu surprise et déçue.


Je pense que ce texte gagnerait à fournir une explication plus claire et transparente du fonctionnement du ferox et j'aurais bien vu une durée de vie plus longue de cette "chose" avec d'autres péripéties parce que quand-même ça m'amusait bien.

Merci pour votre texte.

   Shepard   
15/10/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Plusieurs remarques sur la forme. Dans l'ensemble le style est agréable bien que certaines phrases pourraient êtres raccourcies pour rendre la lecture plus fluide. La phase d'introduction est un peu longue. Et il y a plusieurs détails qui m'ont dérangés :

(un peu d'ergotage)

"le déplacement du ferox est lent, maladroit, semblable au mercure à qui il est apparenté" -> Apparenté au mercure... C'est comme on disait 'l'homme est apparenté au carbone'. Ça ne veut rien dire, le mercure ne se reproduit pas c'est un élément chimique.

"De nature foncièrement invasive, le ferox n'est pas conçu pour se mouvoir seul" -> J'aurais dis, parasite.

"La créature autochtone l'a aussi senti, qui vient droit sur lui." -> Confus, on ne comprend pas vraiment ce qui est en train de se passer.

La suite, quelques expressions qui pourraient êtres améliorées à mon avis :

"Le crissement continu des cigales" -> Bon je vis dans le sud, ça ne ressemble pas à un 'crissement'. Heureusement...

"La démarche nonchalante d'un homme pas pressé" -> Si la démarche est nonchalante, alors l'homme n'est pas pressé, c'est un pléonasme.

"il faut qu'il se rende compte encore" -> Pas très joli.

"par l'envie que tout cela cesse" -> A l'oral c'est étrange, mais pourquoi pas.

"Quand même, c'est bien étrange" -> La phrase en elle même est tout à fait correct. Mais c'était pour revenir à la remarque que j'ai faite au début ; plusieurs phrases pourraient simplement êtres raccourcies pour alléger. Ici 'Quand même, c'est étrange' suffit. Après, c'est un choix de style, je préfère aller au plus simple mais c'est à vous de voir.

Pas d'autres remarques majeures sur l'écriture, encore une fois, dans l'ensemble c'est plutôt bon.

Au niveau du fond : Il y a un paradoxe entre le 'questionnement' perpétuel du ferox (surtout à la fin) et le fait qu'il soit décrit comme une entité primitive incapable d'abstraction.

La fin tombe de façon précipité. Si la scène d'amour est amusante, la suite est trop rapide. Comment l'homme sait-il que 'tout est terminé' après autant d'évènements ? Je n'arrive pas à croire qu'il soit serein après avoir rencontré un être extra-terrestre capable de parasiter d'autres humains ! D'ailleurs, on pourrait même supposer que ce que crache la femme n'est qu'une toute petite partie de l'iceberg et que tout ne fait que commencer, au contraire. De fait, la chute est un peu trop légère.

Le reste du récit est plaisant, on navigue entre humour et horreur, comme une sorte de film Z. On ne se prend pas la tête et ça fait sourire. Les personnages ne sont pas mémorables mais remplissent leurs rôles.

   Agueev   
4/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un bon mélange d'Alien et du Cinquième Elément. J'admire toujours l'imagination des auteurs de science-fiction pour leurs trouvailles surréalistes ! Une nouvelle que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire même si on sent arriver le point faible du ferox.

   Perle-Hingaud   
4/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé cette nouvelle très drôle, mais compte tenu de la catégorie, ce n'était peut-être pas le but de l'auteur ? Pourtant, il y a un peu du "Retour des tomates tueuses" dans cette histoire.
L'écriture est rythmée et sèche, elle sert le propos mais ne retient pas l'attention. Le présent est bien choisi.
En tout cas, cette lecture était agréable, merci !

   alvinabec   
4/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jano,
Ah, ça nous fait du changement, ça nous fait du changement...
Alien dans une retrouvaille symbiotique en une matrice accueillante, j'ai beaucoup aimé.
Et le personnage du compadre (Jérôme) qui subit tout ça sans bien savoir que cette jouissance le dépasse...la vie, la mort, le doute.
Quand même les ferox sont transcendés par l'échange de fluide au point d'y laisser leur attention carnivore mollir...ça nous donne une chute toute simple 'allez mon amour c'est fini' et le méchant brûle en enfer.
J'ai trouvé le texte drôle dans son ensemble, des approximations langagières, le style parfois un peu lourd à force de vouloir traquer le détail. Du coup, je pense que ça gagnerait à être allégé.
Je suppose que vous avez passé un moment jubilatoire à l'écrire.
A vous lire...

   nemson   
5/11/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Bon, le paragraphe de lancement m'a ennuyé, écriture parfaite(j'ai envie de dire hélas) mais le style clinique n'est pas ma tasse de thé. j'ai voulu faire l'effort par respect pour l'auteur de lire le reste mais, et tu vas probablement me trouver totalement débile, passé le "Bon sang" de démarrage, expression que je n'ai pas vu utilisée depuis 1974: l’amorce d'un chapitre, surtout le premier (en dehors de ton intro) est primordial, il va donner le ton l’atmosphère du reste c'est presque un la de diapason. Fin bref , je disais que tu va trouver ça débile mais je suis tombé sur un personnage prénommé "Jerôme"... et dans mon système de pensés, de références quelqu'un qui prénomme Jerôme son personnage ne peut pas faire des étincelles par la suite( ok lancez moi des cailloux j'assume). j'ai donc fini ton texte en diagonal au cas où... mais d’étincelles point. reste le fond ou l'histoire, mais ça je laisse le soin à ceux que ça intéresse de la juger, pour moi c'est l’écriture d'abord et si elle et au service d'une bonne histoire tant mieux c'est un plus . je sais que ce commentaire n'est pas très constructif et je comprendrais qu'il soit modéré, mais bon ton"jerôme" n'est pas passé.

   phoebus   
4/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà un ouvrage, une besogne d'écrivain: un souci du détail, un concentré d'idées. Une sorte de fluidité dans les descriptions qu'on croit voir un film. L'un des paradoxes d'un tel travail réside justement dans son équilibre entre deux valeurs: une réflexion d'archéologue pour décrire les mouvements, les déplacements de l'alien (le réveil du début est décrit de façon magistrale) et une grande rigueur dans la narration.

   Anonyme   
6/11/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai pris un énorme plaisir à lire cette nouvelle, d'une qualité tout à fait remarquable. Et dire que j'ai failli passer à côté... Que l'on pense à "Alien" où à autre chose, l'intrigue est rondement menée, et je suis sidéré du niveau littéraire de cette formidable nouvelle de science-fiction, d'une intelligence rare.

Wall-E

   Jano   
7/11/2015

   Coline-Dé   
7/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Beau boulot, m'sieur ! On suit sans décrocher les pérégrinations de la saleté de bestiole, et le passage des sensations du ferox à celles de son hôtesse se font en douceur sans problème.
Le début est peut-être un poil trop long, je ne suis pas sûre qu'une nouvelle ait besoin d'un tel luxe de détails " techniques" ( tu veux trop nous y faire croire, en quelque sorte !)
Mais qu'est-ce que t'as après les nanas pour leur faire subir des trucs aussi zarbi ? ( je me souviens d'un beurk qui m'avait échappé à propos d'une pôv fille qui se faisait engrosser par un silure, et que tu imaginais contente de pouponner peu après, gneee !!!)
Bon là je n'ai pas le même beurk parce que je trouve l'idée du plaisir comme thérapeutique souveraine à la fois drôle et vraiment intéressante.
Et je pense aussi que ton écriture progresse. Elle est encore trop froide à mon goût, trop en surface, mais elle s'est assouplie.
D'ici quelques années, je pense que j'arriverai à adorer ! ;-)))

   YvanDemandeul   
8/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Lecture agréable.
Style percutant.
Cette machine à tuer, ce parasite instinctif qui finit par s'humaniser en succombant à des émotions est remarquable !
Pour la description des conditions de la randonnée pédestre, on sent le vécu personnel !

   hersen   
10/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Jano,

Le début ne m'a pas emballée et j'ai failli décrocher.
La suite m'a confirmé que je n'avais pas besoin de grandes explications sur le ferox.
Par contre, qu'il tombe de l'oiseau dans les buissons m'a redonné de l'allant.
En fait, les explications sur le ferox au fur et à mesure de l'histoire, à travers ce qui se passe pour Carole, me semble suffisantes et plus dynamiques.
L'histoire se tient ( enfin, pour ce que je sais maintenant d'un ferox...) et l'attitude des deux personnages est bien combinée au regard de ce parasite. ( Je veux dire Carole qui veut prouver quelque chose à Jérôme et celui-ci qui est perplexe devant l'attitude de son amie. Les deux, d'ailleurs, séparément, envisagent un dérangement mental )
L'idée est originale, véhiculant l'idée que le plaisir et l'amour peut chasser beaucoup de désagréments, pour ne pas dire plus.
La fin est un peu rapide et je trouve que Jérôme s'en remet plutôt bien ! Un peu trop facilement.

Bon, ceci dit, il y a pour moi quelque chose de perturbant dans la lecture à partir du moment où ils font un feu. Pour moi, pour le vivre chaque été, le feu est un danger permanent. Comme auparavant on parle de stridulations de cigales, de grosse chaleur, je n'ai aucun mal à imaginer la sécheresse du sud, où les feux sont interdits à une période donnée. Ce qui s'est passé dans ma tête, c'est que le danger du feu a occulté le danger du ferox. J'ai lâché la fiction pour revenir à des choses plus prosaïques.
Même si j'ai bien compris qu'en cas de feroxite, il faut avoir un feu sous la main !

La nouvelle est plutôt agréable à lire, peut-être un poil lourde quelquefois.

   ameliamo   
11/11/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Il doit reconnaitre, le mot parasite contenu dans le titre du texte, a retardé, un peu, ma décision de le lire, parce que j’ai une répulsion organique face de ce sorte des êtres vivants. Mais, le texte est formidable dans tous points de vue. En premier lieu, il a une force extraordinaire de faire voir en détail non seulement l’action mais aussi la psychologie des personnages, même s‘ils ne sont tous des humaines. Le sujet est effrayant est absolument original, en prouvant une imagination débordante. Le style, évidement exceptionnel. C’est une nouvelle de très bonne qualité et très bien écrite, qui dénote une grande capacité littéraire.

   amethystev   
10/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai passé un agréable moment de lecture en vous lisant! Vos descriptions nous permettent de nous faire une idée assez précise de cette horrible créature qu'est le ferox... Les sensations ressenties par le parasite apparaissent comme très réalistes, on dirait vraiment qu'on est à l'intérieur de son esprit. La façon dont il commence à ressentir des émotions humaine est aussi très bien traité.

J'ai cependant été déçue par la fin. L'extraterrestre mis à mort par le feu, vraiment? C'est trop facile et cliché. Considérant la qualité du reste de la nouvelle, je suis certaine qu'il y aurait eu moyen de faire plus original...

Merci beaucoup pour cette lecture. Je vous relierais avec plaisir.


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