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Policier/Noir/Thriller
Jano : Vengeance
 Publié le 09/09/11  -  16 commentaires  -  8709 caractères  -  168 lectures    Autres textes du même auteur

Il y a des faits qu'on ne peut oublier.


Vengeance


Deux heures maintenant que Bernard cherchait son troupeau, scrutant à la jumelle les pentes herbeuses qui dominaient le vallon. D'habitude, à ce moment de la journée, les brebis prenaient le frais sous la grande vire du Gabizos. Manifestement elles avaient été dérangées. Peu de chance que ce soit l'ours, il ne rôdait pas si haut dans les estives, encore moins en pleine journée. Peut-être des vautours qui s'étaient attaqué aux agneaux. Depuis l'interdiction des aires d'équarrissage, la faim les rendait agressifs. Bernard releva son béret pour s'éponger le visage. Il faisait chaud et lourd en cette fin d'après-midi du mois d'août.


- Allez les chiens, allez, on va les trouver, bon Dieu !


Gueules ouvertes, les deux border collies ne ménageaient pas leurs efforts, montant puis redescendant sans relâche les combes et dévers du relief. De brefs jappements trahissaient leur excitation. Bernard regardait avec inquiétude les nuages qui s'amoncelaient au-dessus des sommets. Dans ce coin des Pyrénées, les orages étaient fréquents à cette saison. Il fallait récupérer les bêtes, coûte que coûte, avant que la foudre ne les affole et ne les précipite dans quelque ravin. Ça arrivait plus souvent qu'on ne croit, ce genre d'incident.


À l'aide de son bâton ferré, le berger grimpa prestement un versant escarpé où il savait qu'il aurait une vue d'ensemble. Parvenu sur une crête battue par les vents, il reprit ses jumelles et tenta de calmer sa respiration saccadée. Balayant d'un mouvement circulaire le secteur où les brebis étaient censées paître, il distingua enfin de lointaines taches blanches. Sans attendre, il dévala la pente en sifflant les chiens.


- Bari ! Louka ! Par là, vite !!!


Les amas de nuages prenaient en altitude une teinte sombre de mauvais augure. On ne distinguait déjà plus les pointes acérées des pics.


Les brebis s'étaient réfugiées en lisière de forêt, sans doute rendues nerveuses par le changement de temps. Rarement elles descendaient si bas. Bernard s'étonna de ce comportement, se demandant si ça annonçait un orage plus violent que les autres.

Arrivé à proximité, il lança les deux borders qui entreprirent leur travail ancestral, cerner le troupeau puis l'amener vers la direction voulue. En longue procession, celui-ci se remit lentement en branle dans un concert de bêlements.


On entendait sourdre les premiers grondements du ciel.


La pluie commençait à tomber dru quand les bêtes regagnèrent enfin la protection de leur enclos. Soulagé, Bernard put se mettre à l'abri avant que les éléments ne se déchaînent.

Des trombes d'eau s'abattaient avec force sur la bergerie. De tous côtés les roulements de tonnerre se succédaient, amplifiés, répercutés par les parois rocheuses. Comme de gigantesques flashs, des salves d'éclairs crépitaient sans interruption. Fureur d'une atmosphère électrique.


Une luminosité rougeâtre baignait étrangement la montagne.


- Hé bien les chiens, c'était moins une ! grommela Bernard en allumant le poêle à bois.


Il n'avait plus qu'à attendre que l'orage se calme avant de commencer la traite du soir. Assis sur un banc, il resta pensif en caressant la tête de Louka. Il s'apprêtait à attiser le feu quand, soudain, plusieurs coups furent distinctement frappés à la porte.


Les chiens se précipitèrent, aboyant avec rage. Bernard se dressa d'un bond. Il ne bougea plus, fixant l'entrée. Les coups redoublèrent d'intensité. Le berger se décida enfin à réagir :


- La paix, les chiens !!! Qui est là ?


À travers le vacarme de l'orage, il perçut une voix sans en comprendre les mots. Méfiant, il hésita encore puis se décida à tirer le loquet pour ouvrir la vieille porte en bois.


Un homme recouvert d'un poncho ciré se tenait dans l'embrasure, la figure dissimulée par sa capuche. Il était grand, maigre, Bernard distingua une barbe grisonnante.


- Excusez-moi de vous déranger, j'ai été pris par l'orage. Pourriez-vous m'abriter le temps que ça se calme ?


Bernard se rassura. Un randonneur égaré, c'était monnaie courante en cette saison estivale.


- Bien sûr, entrez.


L'homme pénétra dans la bergerie, ôta son poncho trempé et déposa avec lassitude son sac à dos :


- Bien aimable à vous, je n'y voyais plus rien avec ce déluge. Pas très rassuré non plus, la foudre tape dans tous les coins.

- Oui, un sale orage. Vous alliez où ?

- J'essayais d'atteindre le refuge du Haugarou en passant par le col de Bazès.

- Fichtre, vous en êtes loin ! Il y a bien une heure et demie de marche encore.

- Tant que ça ? J'ai dû mal calculer mon horaire.

- Tenez, asseyez-vous. Je vais vous servir du café chaud. J'en garde toujours une casserole sur le poêle.


Pendant que l'homme s'installait, le berger l'observait à la dérobée. Son visage lui semblait vaguement familier.


- Vous êtes de la région ? lui demanda-t-il.

- Du tout, je suis du Nord. Je suis venu passer une semaine dans les Pyrénées.


Bernard déposa les tasses sur la table et sortit un morceau de fromage :


- Vous allez me goûter ça, ça va vous requinquer. Du pur brebis, c'est moi qui le fais.

- Volontiers, vous avez de bons fromages par ici.


Durant la dégustation, il y eut un moment de silence. On entendait les bûches crépiter faiblement à l'intérieur du poêle. Dehors, la pluie ne cessait de tomber. Bari avait posé sa tête sur la cuisse de l'homme et fixait avec insistance les morceaux de fromage. Compréhensif, celui-ci finit par lui en céder un bout. Puis il s'essuya la bouche et s'adressa à son hôte :


- Ce n'est pas trop dur de vivre seul en pleine montagne ?

- Bah, je ne suis là que le temps des estives, trois mois tout au plus. Le reste de l'année je suis en bas, dans mon exploitation.

- Vous êtes tranquille ici, personne pour vous poser de problème.

- Ça c'est sûr.

- Le refuge idéal pour quelqu'un qui aurait des ombres sur la conscience.


Bernard releva le buste, légèrement troublé :


- Que voulez-vous dire ?

- Disons que c'est un bon endroit pour se faire oublier.


Le ton de l'homme avait changé. Il regardait fixement le berger.


- Peut-être, j'en sais rien, moi je n'ai rien à me reprocher.

- Vraiment ? Julie Malsieu, ça doit vous dire quelque chose ?


Dehors, une bourrasque décrocha un volet qui vint heurter violemment le mur. Le choc ébranla la cabane.

La figure de Bernard se décomposa. Des flots d'images se bousculèrent dans son esprit. Il se leva brusquement :


- Ça y est, je sais qui vous êtes ! Je savais que je vous avais déjà vu !!! Vous… vous êtes son père.

- Hé oui, j'étais à ton procès salopard. Dur de se retrouver en face de son passé.

- J'ai été jugé !!! Sept ans de taule, j'ai payé pour ce que j'ai fait !

- Tu devais en faire neuf. C'est bien pour ça que je t'ai loupé. Je ne m'attendais pas à ce que tu sortes si tôt, mais, tu vois, j'ai fini par te retrouver. Ta nouvelle vie n'y a rien changé. Tu pensais donc qu'un père pouvait oublier le viol de son enfant ?


Bernard se rua vers la porte qu'il ouvrit en grand :


- Foutez-moi le camp ! J'ai plus rien à voir avec tout ça.

- Tu vas te rasseoir bien calmement et en profiter pour faire sortir les chiens. On est en train de leur faire peur.


L'homme s'était redressé, à sa main l'éclat métallique d'un révolver. Bernard blêmit, il sentit ses jambes se dérober. Après le passage des chiens, il referma lentement la porte sur une rafale de pluie et de vent.


Ils se faisaient face dans une tension extrême. L'homme articula d'une voix chargée d'émotion :


- Tu as payé ta dette à la société mais pas à notre famille. Julie est brisée à jamais. Pour le bonheur qu'elle ne pourra plus atteindre, je t'apporte le prix du sang.


La première détonation fracassa le genou du berger qui s'écroula en hurlant :


- Pu… putain, mais vous êtes dingue !!!

- Ça, c'est pour la douleur que tu lui as fait subir. Je t'apporte en plus ce qu'elle n'aura jamais, l'oubli.


La deuxième déflagration se mêla à un lointain coup de tonnerre et projeta la cervelle de Bernard contre la cloison.


Porté par les vents d'ouest, l'orage s'était éloigné. Seules quelques gouttes frappaient la toiture par intermittence. Partout bruissaient les ruisselets d'une terre gorgée d'eau.


Le révolver pendu au bout du bras, l'homme resta longtemps immobile devant le corps allongé. La flaque visqueuse qui s'épandait vers ses pieds le fit sortir de sa torpeur. Il reprit son sac à dos, renfila son poncho et sortit de la cabane maintenant silencieuse. Sur le perron, il vit la brume du soir qui montait de la vallée, les nuées qui se dissipaient au-dessus des monts.


Il se dirigea vers l'enclos aux brebis, libéra l'ouverture, puis s'enfonça à pas lourds dans la nuit tombante.



 
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   Lunar-K   
21/8/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Difficile de juger ce texte, fort dépouillé. L'ambiance est, en très peu de mots, particulièrement bien rendue : la montagne et la solitude du berger, ainsi que cet orage violent et, tendant en cela vers le fantastique, annonciateur d'un drame à paraître. A ce niveau, purement descriptif, ce texte est franchement réussi selon moi.

Mais arrive l'histoire du viol et de la vengeance du père... et là je ne sais plus trop quoi en penser. D'un côté, je trouve cela trop brusque. Aucun background ne vient apporter de la consistance à cette histoire qui semble dès lors sortir de nulle part. Mais, d'un autre côté, cette absence d'information s'accorde parfaitement avec le ton descriptif de la première partie : on ne sait rien de l'avant, rien de la psychologie des personnages, on observe, simplement...

Cohérence ou consistance, il me paraît clair qu'on ne pouvait ici avoir les deux... Et cela, il faut le reconnaître, ne manque pas de charme. En tant que lecteur, on reste plus ou moins étranger aux évènements du récit, mais pas distant pour autant. La description suffit à nous faire entrer dans le texte tout en nous interdisant toute connivence avec les personnages, si bien qu'on a presque l'impression d'être là, mais impuissant...

Soit, j'aime bien malgré tout. Malgré le manque de consistance des personnages et du récit de vengeance. Je pense que si on parvient à faire une croix là-dessus (car, après tout, il semble qu'on en soit bien obligé...), on peut retrouver cette jubilation, assez semblable au voyeurisme, d'un intrus qui observerait des évènements dont il ne connait absolument pas l'histoire, les protagonistes ou les enjeux. C'est un parti pris assez original et intéressant, et qui, je le répète, n'est certainement pas sans charme.

   socque   
23/8/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Un instantané sinistre assez efficace, je trouve, mais l'histoire me paraît sans surprise. Cela dit, j'ai apprécié le début du récit avec la quête des brebis, la crainte de l'orage ; cette partie, à mon avis, était convaincante.

   Mistinguette   
26/8/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
Pas évident d’insérer du suspens dans un récit aussi court. Et pourtant l’auteur a réussi ce tour de force, j’ai trouvé la tension palpable. Les descriptions peaufinées de l’atmosphère orageuse y sont sans doute pour beaucoup.
J’ai aussi énormément apprécié l’écriture. La plume est vive et experte, très agréable à lire.

En ce qui concerne les dialogues, je les ai trouvés réalistes.

J’aurais préféré un dénouement moins radical, quelque chose qui pourrisse la vie future du malfaiteur et ne pénalise pas les animaux, mais je respecte le choix de l’auteur.

Dans la phrase : « Ça arrivait plus souvent qu'on ne croit.. » Je me demande s’il n’y a pas un problème de concordance de temps.

Un grand MERCI pour ce très bon moment de lecture.

   Pascal31   
31/8/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Un petit récit pas mal fichu : l'auteur sait créer une ambiance, même si je trouve dommage que le titre déflore l'intrigue et que celle-ci ne soit pas des plus originales.
La tension dramatique n'est pas assez intense et les personnages ne sont qu'effleurés. Pourtant, avec un thème pareil, on serait en droit d'attendre de plus fortes émotions...
Malgré cela, le récit se lit facilement, sans ennui, et laisse une assez bonne impression générale.

   widjet   
9/9/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Le titre annonce la couleur. Parfois, c’est bien. Ici, ça fonctionne, c’est efficace.

Je n’ai rien contre ce genre de texte, ni sur cette intention première qui va à l’essentiel : un type se venge. Point barre.

Certains pourraient trouver ça simpliste, sans grande surprise, frustrés de ne rien à se mettre d’autre sous la dent que ce qui est annoncé. Moi pas. Pourtant, je suis déçu et je m’en explique.
Je trouve que l’auteur manque son but à savoir écrire un texte sec, brutal, cru. En un mot, impitoyable.

Le texte aurait pu (et même dû selon moi) être dans sa forme beaucoup plus épuré, froid, métallique que ça même si je sens que l'auteur a travaillé dans ce sens là, mais c'est insuffisant selon moi (à ce titre le dialogue est à revoir entièrement, tant il est trop riche et sur-explique à outrance - comme dirait Mc John McLane dans Piège de Cristal « quand on flingue, on ne raconte pas sa vie » même si je note que l’auteur a bien pensé à ne pas coller de « ! » dans le discours du vengeur).

Compte tenu de l’objectif recherché, à savoir écrire un texte sans concession (tout en faisant réfléchir) sur la justice personnelle (sauf si je me trompe, mais je crois que l'auteur souhaitait aussi que lecteur se pose finalement la question "est-ce que le berger méritait vraiment de mourir ?" sous entendu, n'avait-il pas assez payé et peut-être avait-il vraiment changé et était devenu un homme bon ?), le personnage aurait du être sinon mutique mais beaucoup moins « justificatif » (le passage « Tu devais en faire neuf. C'est bien pour ça que je t'ai loupé. Je ne m'attendais pas à ce que tu sortes si tôt, mais, tu vois, j'ai fini par te retrouver. Ta nouvelle vie n'y a rien changé. Tu pensais donc qu'un père pouvait oublier le viol de son enfant ? » est carrément de trop et fait sauter le caractère « Charles Bronsonnien » du justicier sans parole et sans pitié) et plus sombre. Sans parler du le silence (« personnage » sous exploité qui aurait permis de laisser le temps à la victime et aussi au lecteur de donner des éléments sur l’identité du visiteur – avec la mise en scène de flash-back furtifs et mystérieux) ait un véritable rôle dans ce climax qui tourne trop court. Au final, pas de tension.

Mille fois dommage d’être passé à côté d’un texte sur un sujet intéressant (le châtiment d’un côté, la rédemption ou la seconde chance de l’autre) d’autant plus que le début est intéressant et plus ambigu qu’il n’y parait (bien vu et subtil de la part de l’auteur de faire apparaitre la douceur et l’apparente bienveillance du berger – sa relation avec ses chiens semble en témoigner – en contraste avec ce qu’on apprend par la suite sur son passé).

Voilà mon impression

W

   brabant   
9/9/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Bonsoir Jano,

Eh bien, voilà un justicier profondément humain puisqu'il libère les brebis et ne tue pas les chiens... (lol)

Le comportement des chiens, qui aboient furieusement en premier lieu et semblent apeurés (?) ensuite, m'étonne. Je les vois plutôt retrousser les babines et défendre leur maître en pressentant le danger.


Curieusement on ressent plus d'empathie pour le berger que pour le justicier/vengeur ; avez-vous réussi à souligner sa douleur ?
Il est froid, méthodique. Serait-ce l'attitude d'un père ?


Texte bien écrit, écriture maîtrisée (sauf "chaud et lourd" redondants). Mais beaucoup de questions restent ouvertes. Ce berger chevronné ne l'est pas tant que ça (trois mois d'estive depuis quelques années), l'hospitalité dans la montagne (on a l'impression d'une petite vieille derrière sa porte -lol-), le viol qui semble trop enfoui dans sa mémoire.

L'histoire, qui en jette c'est certain, est peut-être à resserrer pour résister à une lecture fouillée.

   alifanfaron   
10/9/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Bonjour,

Un titre qui annonce la couleur. Etant donné la taille du texte, difficile de s'attendre à des rebondissements. Et pour cause, il n'y en a pas. Cela ne m'aurait pas dérangé si la rencontre entre les deux hommes avaient été plus réussi, à mon goût, c'est-à-dire avec un versant (j'adapte mon vocabulaire!) psychologique plus approfondi. Je m'explique.

Les phrases que le père prononcent sont des phrases qu'il a vraisemblablement répétées, préparées. On l'imagine ruminant sa vengeance pendant neuf longues années... J'aurais imaginé qu'avec l'émotion, tout ne sorte pas aussi distinctement. Là, rien. Un tueur froid, avec un côté professionnel (il ne parle pas). Pas de soulagement après non plus, pas de contre-coup (même si l'on peu imaginer qu'il surviendra après). Même si j'aime parfois quand l'auteur laisse une marge de manœuvre au lecteur, ici, cela ne me semble pas volontaire, ni opportun.


Après, deux trois détails:
- sous un poncho, il est peu évident de distinguer un gros et grand bonhomme d'un grand sec. Cet élément de description aurait pu être gardé mais rapporté dans la bergerie, au moment où le père enlève ses affaires et pose son sac.
- les chiens, je les aurais plus imaginer sortir les dents quand le père élève la voix... et cela même si les border collies ne sont pas des chiens impressionnants.
- "Fureur d'une atmosphère électrique." Cette phrase nominale est étrange;

Au niveau du style enfin, l'écriture est assez neutre. Peut-être qu'un rythme un peu plus saccadé dans la deuxième partie, pour faire écho à l'orage et pour faire monter la tension, aurait été le bienvenu.

Au final, un texte simple qui aurait mérité, il me semble, d'être un poil plus travaillé.

   Melilot   
10/9/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
L'écriture est agréable, l'intrigue est efficace mais les personnages sont presque inexistants ce qui fait que je ne me suis attachée ni à l'un ni à l'autre.
Si, encore, on peut comprendre le désir de vengeance du père, on ne sait rien de ce que le violeur est devenu psychologiquement à part qu'il est berger.
C'est peu pour ressentir le moindre sentiment quand il est assassiné.
Ce texte, bien construit ne m'a malheureusement procuré aucune émotion.

Un petit frisson cependant :

"Dehors, une bourrasque décrocha un volet qui vint heurter violemment le mur. Le choc ébranla la cabane.
La figure de Bernard se décomposa. Des flots d'images se bousculèrent dans son esprit. Il se leva brusquement"

J'ai bien aimé le télescopage des éléments et des sentiments.

   Anonyme   
11/9/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Un texte bien écrit, qui se visualise bien et se lit d'une traite.

Cependant,

le titre annonçant directement le clou de l'histoire, on n'a pas vraiment de surprise. Et je pense que c'est dommage. On comprend très vite où le père veut en venir.

J'ai trouvé surprenant la réaction du berger lorsqu'il dit au père venu venger sa fille :" Foutez-moi le camp ! J'ai plus rien à voir avec tout ça". (si j'avais été à sa place, j'aurais été terrorisée, mais bon, c'est personnel...).

Par contre je m'attendais moins à ce que la deuxième déflagration l'atteigne directement à la tête. Je m'attendais à ce qu'il le fasse souffrir davantage et plus longtemps.

une bonne lecture cependant.

   toc-art   
13/9/2011
Bonjour,

ce texte est bien écrit surtout dans la première partie. j'ai été moins convaincu lors de la confrontation entre les deux personnages. J'ai notamment tiqué sur cette phrase : "Ils se faisaient face dans une tension extrême. " je la trouve maladroite et je pense que la tension devrait être palpable pour le lecteur sans qu'il y ait besoin de la souligner.

la confrontation, je le disais, ne m'a pas convaincu car je trouve l'attitude du père peu crédible, terriblement froide et impersonnelle, alors qu'en même temps, vous soulignez sa voix chargée d'émotion, ça ne me parait pas cohérent. Mais je n'ai aucune expérience de ce genre de situation, c'est juste une impression de "ça colle pas, là". De même, je me dis que le berger rendu à la porte aurait été bien inspiré de tenter sa chance en s'échappant sous l'orage plutôt que revenir sagement se faire tuer (en effet, les intentions du père d'en finir semblent évidentes).

Et puis, pourquoi vendre la mèche dès le départ ?

Reste une écriture très efficace dans le descriptif, selon moi. Bonne continuation.

   Meleagre   
17/9/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
La première lecture m'avait laissé un sentiment mitigé ; j'ai voulu laisser reposer tout ça, et y revenir, pour mieux l'analyser.
Ce texte ne manque pas de qualités. La première partie est bien écrite. J'ai pas mal entendu parler de montagnes et de bergers ces derniers temps, et ce passage sonne juste. On croit voir ces paysages escarpés, on sent la tension du berger à la recherche de son troupeau, à l'approche du soir et de l'orage. Et ce début oriente vers des pistes qui seront finalement abandonnées : je pensais que la nouvelle s'appuierait plus sur ce quotidien du berger, sur cette tension, et expliquerait peut-être pourquoi les bêtes se sont égarées, si elles ont senti une menace, un phénomène extraordinaire qui les a fait fuir... Mais non, ce passage semble là pour faire monter la tension, et montrer la solitude du berger, et la suite expliquera cette solitude.

Mais la tension retombe dans la deuxième partie, où pourtant elle devrait être à son comble. Et c'est sans doute un problème de style.
En effet, le scénario se tient, et est assez noir pour pouvoir tenir le lecteur en haleine : à la faveur d'un orage, un inconnu entre dans la cabane du berger, lui révèle enfin qu'il est le père d'une fille que Bernard a violée, et la venge en le tuant.
Mais le personnage du père est assez contradictoire. Ce personnage de tueur hésite entre deux. Ses explications ("Tu devais en faire neuf. C'est bien pour ça que je t'ai loupé. Je ne m'attendais pas à ce que tu sortes si tôt, mais, tu vois, j'ai fini par te retrouver. Ta nouvelle vie n'y a rien changé. ") font penser à un homme qui insulterait sa future victime, la provoquerait avant de l'achever, qui laisserait libre cours à sa rage, à sa haine. Mais, si tel est le cas, cette rage est trop contenue, trop narrative. Je pense plutôt que l'auteur a voulu camper un tueur froid, expéditif, sans émotion, qui se venge par un acte et pas par des paroles. Mais alors, il parle trop, il explique trop. Ses paroles enlèvent le poids de sa menace (le pistolet à la main), la force de la vengeance : un meurtre froid et muet aurait eu plus de force. Et ce jeu sur les années (7 ans, 9 ans) n'apporte pas grand chose, finalement.

Outre ce flou sur le personnage, le style ne met pas assez en valeur la tension. Le narrateur se fait assez froid, expéditif, comme le tueur lui-même. Et cela, ça me gêne plus. Surtout que la tension est mentionnée, deux fois dans la même ligne : "Ils se faisaient face dans une tension extrême. L'homme articula d'une voix chargée d'émotion". Mais nommer cette tension, cela ne suffit pas à la faire naître. Et je ne la sens pas.
A mon avis, cela tient en partie à ce que ce passage est trop rapide, et surtout que les parties narratives sont trop courtes. Entre le moment où Bernard croît avoir déjà vu le visage de l'homme, et le moment où il reconnaît le père, cela va trop vite. Ce moment pouvait susciter beaucoup d'émotions contradictoires et intenses ; il n'en est rien. Bernard devrait sentir, au fur et à mesure, que sa fin est proche ; j'imagine qu'à ce moment-là, on doit ressentir pas mal d'émotions, violentes, intenses, désespérées. Or, celles-ci ne sont mentionnées que brièvement, par le biais de sensations physiques, ce qui est assez réducteur et peu évocateur (comme si on voulait montrer une tension sans la ressentir) : "La figure de Bernard se décomposa", "Bernard blêmit, il sentit ses jambes se dérober". Tout au plus on évoque des souvenirs : "Des flots d'images se bousculèrent dans son esprit." A mon avis, il fallait s'appuyer là-dessus, montrer ces flots d'images, raconter des bribes de souvenirs, esquisser des visages, des scènes qui apparaissent dans la mémoire du berger. Et cela pouvait créer de la tension.
Sinon, c'est une bonne idée de mêler la violence des éléments à la violence de la scène, mais cela pouvait être davantage travaillé.

Bref, cette nouvelle avait des éléments pour faire un bon texte ; mais la deuxième partie peut sans doute être retravaillée pour gagner en tension, en force.

   alvinabec   
19/9/2011
Style très fluide, on voit bien les Pyrennées, ça coule tout seul. On pouvait s'attendre à qqe chose avec l'orage, le déplacement incongru du troupeau, mais non, c'est une histoire d'hommes. Et la force du début de votre texte tombe un peu. Le dialogue trop convenu, la chute atone manquent leur cible alors que le rythme est très bon. A vous lire...

   Bidis   
13/1/2012
 a trouvé ce texte 
Bien -
Nouvelle bien écrite et imagée mais manquant de substance dans l'intrigue.
Comme celle-ci est réduite à sa plus simple expression - celle du titre - il aurait fallu donner beaucoup plus d'étoffe, de chair, à chacun des protagonistes pour susciter l'intérêt du lecteur.
Mais l'environnement, le climat, l'atmosphère sont agréablement rendus.

   MonsieurF   
12/2/2012
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Un texte assez moyen je trouve, parce que le style a trop peu de relief.
L'histoire tout à fait classique reste tout de même de bon aloi. Elle est simple, efficace, et colle bien au lieu.

J'avais peur au début de ma lecture de tomber sur un quelque chose de plus "drame rural" ou "qu'elle est belle la montagne". Non une histoire de vengeance simple et sans fioritures qui se laisse bien lire c'est ce qu'est ce texte.

Je regrette un peu l'orage qui a un côté un peu Deus Ex Machina, parce que si cet événement climatique n'avait eu lieu, il n'y aurait pas eu d'histoire, mais chacun ses artifices finalement et pourquoi pas celui-ci ?

J'ai par contre un gros reproche à faire au style. Il est assez lourd, mal assuré, presque comme une rédaction par moment: "es nuages qui s'amoncelaient au-dessus des sommets" ou "Tu as payé ta dette à la société "
sont deux exemples parmi d'autres. l'auteur gagnerait justement à se détacher de ces formules toutes faites ce serait un plus dans sa narration.

   jeanmarcel   
17/2/2012
 a trouvé ce texte 
Bien
Dépouillé, efficace, d'une très grande simplicité, un beau texte qui va à l'essentiel : intéresser le lecteur. Tel quel il peut servir de base à un roman policier champêtre mais, à mon avis, il se suffit à lui même. En faisant court, l'auteur gagne en sécheresse et ne rentre pas dans les détails, c'est certainement son choix et le pari est gagné. Compliments pour cette agréable moment de lecture.

   Kayahuasca   
27/3/2012
 a trouvé ce texte 
Très faible -
C'est le reproche que je peux faire en général, c'est qu'il y a un manque d'histoire, un manque flagrant d'originalité. Mais pourrais-je faire mieux? Le style! un peu naïf, sans vraiment de dimension. Les dialogues! à creuser... DU coup, j'ai l'impression qu'il ne se passe pas grand chose.


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