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Fantastique/Merveilleux
Jano : Vulkan
 Publié le 12/01/17  -  13 commentaires  -  45686 caractères  -  93 lectures    Autres textes du même auteur

C'est l'histoire de trois voltigeuses, d'un monstre immature et de l'agonie d'un monde.


Vulkan


D'abord faible puis gagnant en puissance, la corne lança son long mugissement. L'appel de l'aube. Engourdies par le sommeil, des ombres voûtées sortirent alors une à une des masures pour se diriger vers le ponton. L'obscurité encore présente, chacune portait une lanterne pour guider ses pas. Elles attendirent, rassemblées au-dessus de l'eau, dans un silence émaillé de toussotements. La corne s'était tue. Bientôt, des clapotis se firent entendre, annonçant l'arrivée des passeurs. En effet des barques apparurent qui émergèrent lentement de la brume. À la poupe, debout, se tenaient de maigres silhouettes se servant d'une longue rame. Dans un ballet bien rodé, elles passèrent en ordre successif au bord de l'escalier du ponton, récoltèrent une grappe d'ombres transie par la fraîcheur matinale, puis repartirent sans mot dire sur le lac.

Une dizaine se suivait ainsi, fendant l'étendue liquide jusqu'à atteindre un rivage bordé de roseaux. Là, elles déposèrent les ombres que l'astre levant éclaira pour donner un visage : des hommes, pâles et émaciés, dont les mains calleuses trahissaient un labeur ingrat. Une fois débarqués, ils abandonnaient les lanternes dans une caisse en bois pour les remplacer par des outils et du matériel divers. Ils prenaient alors un sentier sinueux, rocailleux, qui grimpait à l'assaut des hauteurs de Vulkan. Facile au début, le chemin se transformait après une centaine de mètres en une montée éprouvante, rude, tirant sur les mollets et accélérant les respirations. La végétation dense, qui profitait de l'humidité lacustre, laissait progressivement place à un maquis rabougri, remplacé à l'approche du sommet par une terre désolée, noire, jonchée de scories. La bouche de Vulkan faisait déjà sentir ses exhalaisons corrosives et malodorantes qui irritaient les yeux, les poumons, empoignaient les gorges d'une étreinte étouffante.

Les derniers pas si pénibles, c'est soulagée que la procession arrivait sur la bordure du cratère. Une pause ; pour s'abreuver, se couvrir le nez et le bas du visage avec des foulards, unique protection contre les gaz. Il ne restait plus qu'à descendre au fond, à l'aide d'une sente au milieu des éboulis tracée par d'innombrables passages.

En bas, ils pouvaient sentir sous leurs pieds vibrer les grondements sourds de Vulkan, sa colère contenue depuis des temps immémoriaux. Ils n'y prenaient plus garde, se dispersaient vite en groupes de travail. Les uns se rendaient vers de conséquentes plaques jaunâtres collées aux roches – du soufre – qu'ils fracturaient sans tarder à coups puissants de pioches. Derrière, d'autres récoltaient avec leurs pelles les morceaux de blocs ainsi détachés pour remplir les hottes de porteurs. Ployant sous la charge, ces derniers se rendaient vers une zone plane et dégagée et y déversaient leur contenu. Au bout d'une heure de cette chaîne laborieuse, s'amassait déjà un amoncellement à l'odeur putride.


* * *


Au village, la corne se remit à mugir. Signal du deuxième rassemblement. Cette fois-ci des jeunes filles, aussi bavardes qu'étaient silencieux les hommes, qui sortaient des maisons comme des grappes d'oiseaux s'échappant de leurs cages. Elles convergèrent également en direction du ponton où patientaient les passeurs, revenus de la rive opposée. Sur le trajet elles se regroupaient par affinités, entre gloussements et éclats de rire. Un trio en particulier semblait plonger dans une discussion animée. La plus grande, Kusuma, longs cheveux noirs, raides, avec une frange, teint mat et yeux finement bridés, levait les bras au ciel :


– Je vous préviens les filles, si Agus nous refile encore cette vieille carne je lui rentre dedans !


Ayni, la plus jeune des trois, une petite frimousse espiègle, tenta de calmer sa camarade qu'elle savait impulsive :


– Il n'y a pas de raison, tu sais bien que ça change toutes les semaines. Normalement ce matin on passe à une autre monture.

– Mouais, rajouta la dernière des trois – Mawar, si jolie qu'elle ne comptait plus ses soupirants –, vu comment ils s'entendent ces deux-là, m'étonnerait pas qu'Agus nous refasse un sale coup.

– Y a pas intérêt ! rugit Kusuma. Si jamais...

– Chut, on arrive aux passeurs.


Une vieille crainte habitait les villageois en leur présence. En fait ils étaient auréolés de mystère, d'autant plus que leurs visages étaient dissimulés par de profondes capuches. Ils ne résidaient pas au village mais aux abords du lac, dans des masures où jamais personne ne s'était aventuré. Ils étaient déjà sur place quand la masse de réfugiés vint s'installer en catastrophe. Des accords secrets se nouèrent alors entre eux et les caciques, ainsi qu'on nommait les chefs, et ils se mirent au service de la communauté.

Devenues silencieuses, les trois amies rejoignirent la file, quand vint leur tour s'assirent sur les bancs humides d'une barque. Le cortège flottant prit un autre cap que celui des hommes, naviguant vers des marécages asséchés. On pouvait y distinguer des baraques et une dizaine d'enclos où se tenaient des formes massives.

Leurs passagères débarquées les unes après les autres, les passeurs s'évanouirent dans la brume lacustre. On ne les reverrait plus qu'en fin de journée pour un processus inverse. Sur la terre ferme, le jacassement du groupe de jeunes filles repartit de plus belle. Toutes se réunirent devant la baraque du maître des lieux : Agus, le gardien des ptéros.

La porte s'ouvrit et celui-ci apparut dans sa splendeur ventripotente, suivi d'un estropié qui tenait un carnet à la main. Ici ne servaient que des mâles incapables d'aller récolter le soufre, soit à cause d'infirmités congénitales, soit parce que Vulkan les avait brisés un jour ou à force trop abîmé les poumons.

Graisseux, ses yeux plissés enfoncés dans les orbites, poings sur les hanches, Agus contemplait l'assemblée des jeunes filles avec un sourire satisfait :


– Bonjour mes chéries.

– Bonjour Agus ! répondirent-elles en chœur, hormis Kusuma qui baissa la tête sans desserrer les dents.

– Belle journée, vous allez pouvoir voler sans problème. Les sentinelles nous annoncent une légère progression de la gangue sur le secteur cinq. L'équipe en charge devra alimenter davantage son pulvérisateur.

– Oui Agus !

– Bien, nous allons procéder à l'affectation des ptéros.


Chacune retint son souffle tant l'octroi de ces animaux, dont elles connaissaient les capacités physiques, restait un élément déterminant pour leur sécurité. Elles étaient trente-six jeunes filles appartenant à la classe des voltigeuses, réparties par fractions de trois. Il y avait donc douze équipes auxquelles il fallait associer une monture.

L'estropié tendit le carnet à Agus. Jubilatoire, conscient du stress qui montait en face de lui, il commença son annonce :


– Alors, voyons, voyons... Équipe une, vous aurez Ajib. Équipe deux, vous aurez Fazrul. Équipe trois, vous aurez Hafeez.


Ayni, sourcils froncés, se pencha vers ses deux copines et chuchota :


– C'est pas juste, l'équipe deux a encore Fazrul. C'est le meilleur des ptéros.

– Allons, ricana Mawar, tu sais bien que cette garce d'Haliza ne recule devant rien pour s'attirer les faveurs de ce gros porc.

Pouah, dégueulasse !


Imperturbable, Agus poursuivit la lecture de sa liste et arriva enfin à nos intéressées. Quelqu'un qui l'aurait bien connu aurait pu lire un éclair mauvais dans ses yeux :


– Équipe huit, vous aurez Taïb.


Jusqu'ici attentive, Kusuma bondit comme un ressort trop longtemps comprimé :


– Quoi !? Vous nous donnez Taïb ? Mais... mais c'est un immature, il n'est pas suffisamment dressé !


En vérité, ce n'était pas le premier accrochage entre ces deux qui se détestaient cordialement. Kusuma avait contesté à plusieurs reprises, pour diverses raisons, les décisions du gardien. Ulcéré, il avait fini par se plaindre aux caciques et elle avait reçu un blâme, avec menace d'exclusion des voltigeuses.

Agus pensait donc lui avoir définitivement cloué le bec, il se rendit compte que ce n'était pas le cas. Du coup il s'empourpra, les veines de son cou se dilatèrent sous la colère. S'il y avait bien une chose qu'il ne supportait pas, c'était qu'on remette en cause son autorité !


– Kusuma ! Encore toi ! Quand est-ce que tu vas apprendre à fermer ta petite gueule ?!


Aussi rouge que lui, elle continua sur sa lancée :


– Vous voulez notre perte, c'est ça ? La semaine dernière nous avons eu Kazur, tellement vieux qu'il pouvait à peine voler, et maintenant un immature !

– Tais-toi ! Tais-toi ! Sale peste ! C'est ma décision et on la discute pas !


Mawar tira en arrière Kusuma, furibonde.


– Arrête Kusuma, arrête. On va avoir des problèmes.

– Des problèmes ? Mais c'est lui qui nous les crée les problèmes !

– Arrête j'te dis, ça suffit ! C'est comme ça et on n'y peut rien.


Vibrante d'indignation, Kusuma sortit du groupe des jeunes filles en donnant un coup de pied rageur contre un caillou. Surveillée du coin de l'œil par Agus, maintenant de mauvaise humeur, qui continua d'égrener les affectations et termina de façon tonitruante :


– Accomplissez sans faillir votre tâche, vous en connaissez l'importance... et celles qui ne sont pas contentes peuvent toujours aider leurs mères au village !


Kusuma fit volte-face, prête à lui cracher une bordée d'injures, mais la main de Mawar qui se posa aussitôt sur sa bouche l'en empêcha :


– Stop, on passe à autre chose !


Elle se dégagea en maugréant :


– J'en ai marre, marre, moi aussi j'vais aller voir les caciques.

– Ça ne sert à rien, tu le sais bien. Agus est malheureusement indispensable. Allons plutôt voir notre bébé ptéros !


Cette boutade réussit à les dérider et, contre mauvaise fortune bon cœur, elles prirent la direction des baraquements. Dans le local approprié, elles se munirent de l'équipement nécessaire pour partir en mission. En ressortant, Ayni aperçut son cousin. Un éboulement dans le cratère l'avait enseveli il y a de ça quelques années. Ressorti vivant mais privé de l'usage du bras droit. Lui aussi avait vu Ayni et se précipita à leur rencontre :


– Salut les filles, dit-il tout essoufflé. J'ai appris pour Taïb. C'est moche mais ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas si mal tombées.

– Tu plaisantes ?

– Non, non, vraiment. Son apprentissage n'est pas terminé, c'est sûr, mais il est jeune et fort.

– Un peu trop jeune, ricana Kusuma.

– Tu es la plus douée des pilotes, pas vrai ? argumenta le garçon. Tu parviendras à le dompter et à en faire ce que tu veux, j'en suis certain.

– On verra, où est-ce qu'il est ?

– Suivez-moi.


S'aidant de l'épaule, il ouvrit le lourd portail qui donnait accès aux enclos. Déjà, une forte odeur flottait dans l'atmosphère ; mélange d'animaux, de fumier et de poissons, la nourriture privilégiée des ptéros. Des cliquetis de chaînes, ici et là, indiquaient les préparatifs du départ, chaque équipe en train de harnacher sa monture. Devant l'enclos de Fazrul, elles croisèrent les regards moqueurs d'Haliza et ses coéquipières.


– Petite garce, marmonna Mawar, nous on ne se fait pas tripoter par un gros tas.


Enfin elles parvinrent à l'animal qui leur était destiné. Une personne ignorant tout des ptéros aurait été saisie d'effroi de prime abord. Trois mètres au garrot, une envergure d'aile démesurée, un crâne prolongé d'un long bec droit à petites dents, surmonté d'une crête osseuse ; le tout posé sur deux pattes trapues aux griffes acérées. Quand elles étaient au repos, les ailes, membranes de peau, se repliaient sur les côtés comme deux immenses faux. Un monstre du fond des âges...

La couleur de la crête, à peine rouge carmin, révélait le jeune âge de Taïb. On voyait qu'il n'avait pas atteint son entière maturité, pourtant gage de la bonne réussite de ces missions à risque. Kusuma l'observait attentivement, jaugeait les muscles qui rattachaient la voilure au corps, la solidité de la colonne vertébrale :


– Je rentre la première, intima-t-elle.


Dès qu'elle ouvrit la porte grinçante de l'enclos le ptéros s'agita, se redressa dans un fracas de chaînes, la tête de profil pour mieux dévisager l'intrus. Son œil craintif restait rivé sur Kusuma, épiant le moindre de ses faits et gestes. La domestication des ptéros n'était jamais chose aisée, mieux valait demeurer prudent au début. Gare aux attaques imprévisibles !


– Tout doux mon beau, tout doux, articula Kusuma d'une voix calme.


Elle s'approcha davantage, fit courir sa main sur le flanc de l'animal qui fut parcouru d'un frisson en retour. À l'abri de la barrière, ses compagnons retinrent leur souffle, subjugués par cette première rencontre. Kusuma était maintenant face à la bête, son visage levé vers le sien. Elle entendait le rythme profond et régulier de la respiration. Elle fit alors ce qu'elle seule avait l'audace de réaliser : bras tendus, elle attrapa fermement le bec du ptéros pour lui faire baisser la tête. Acte de soumission auquel il ne résista pas. Elle put alors appuyer la paume de sa main sur le front du monstre apaisé. Triomphante, elle se tourna vers les trois spectateurs, béats d'admiration :


– Je pense que ça devrait aller.

– Youpi ! s'exclama Ayni, qui en bondissant à pieds joints provoqua aussitôt un recul effrayé du ptéros.


Mawar lui jeta un regard noir :


– Bon sang, fais attention Ayni !

– Oups, désolée...


Kusuma ne perdit plus de temps et commença à sangler l'animal. Ses équipières la rejoignirent pour lui prêter main forte, en priorité caler la selle double sur le dos. Chaque voltigeuse avait un rôle précis. Kusuma était la pilote chargée de diriger le ptéros, positionnée à l'avant, à califourchon sur la base du cou. Idem à une cavalière, elle disposait de rênes mais aussi d'un bâton avec un pic en fer pour stimuler sa monture. Plus en arrière, la selle double, transversale, avec du côté gauche Ayni et du côté droit Mawar. À elles de récolter le soufre. Pour cela elles utilisaient un filet aux mailles solides, suspendu par une corde sous le ventre du ptéros. Quand le filet était rempli il se refermait comme une nasse, avec la possibilité de vider d'un coup son contenu.

Kusuma vérifia le mors dans la gueule de Taïb, tandis que les autres finissaient de serrer les dernières sangles. Des équipages prenaient déjà leur envol, tournoyaient un moment au-dessus des baraquements puis filaient comme des flèches en direction de la bouche de Vulkan.


– Allez, dépêchons-nous les filles, s'impatienta Kusuma, la gangue n'attend pas !


Avant de grimper sur sa selle, Ayni fit une bise sur la joue du garçon :


– Au revoir cousin.

– À bientôt, soyez prudentes !


Ces mots dits, il libéra le ptéros de ses chaînes et recula prestement. Tendue, Kusuma donna alors un léger coup de bâton sur les flancs du ptéros en lançant l'ordre du départ :


– Va Taïb, va !


Le monstre secoua la tête, ouvrit grand son bec et poussa une plainte rauque. Kusuma redonna un coup, un peu plus ferme, accompagné des talons. Taïb se redressa alors, de toute sa taille, déplia ses ailes immenses qui débordèrent de l'enclos. Sa position verticale obligeait les voltigeuses à s'allonger sur l'encolure pour ne pas être renversées, cramponnées aux pommeaux des selles.


– Va Taïb !


La deuxième injonction fut la bonne. Le ptéros fit plusieurs bonds sur ses pattes afin de prendre de l'élan, et d'une vigoureuse impulsion s'arracha du sol. Il rasa la zone d'envol puis en deux battements d'ailes s'éleva dans les cieux. Sous eux, le paysage se rétrécit à grande vitesse. Au contraire de ses partenaires qui fermaient les yeux à ce moment-là, Kusuma les gardait grand ouverts, subjuguée par l'enivrante impression de s'affranchir de la pesanteur.

Le vent lui fouettait le visage, affolait ses cheveux. Elle sentait œuvrer entre ses jambes la musculature de l'animal. Oui, assurément il était fort, fonçait droit devant, rattrapait déjà son retard sur ses congénères. Peut-être n'était-ce pas un si mauvais choix après tout ? Il fallait cependant le voir aux manœuvres, voler n'était pas le plus compliqué. Les entraînements des juvéniles s'effectuaient avec un seul dresseur sur le dos. Aujourd'hui, pour la première fois, Taïb portait trois personnes ! Bien qu'on choisît exprès des jeunes filles pour leurs petits gabarits, le poids total n'était pas insignifiant. Sans compter la charge de soufre à venir...


– Alors ? demanda Mawar d'une voix forte pour se faire entendre.

– Pour l'instant ça va, répondit Kusuma. Il se dirige bien, on n'a pas l'air de le gêner.

– J'espère que ça ira dans le cratère.

– T'inquiète pas, je gère !


Elle se retourna avec un air malicieux.

Pff, quel casse-cou celle-là, songea Mawar, jamais peur de rien ! Ce n'était certes pas son cas, elle qui osait à peine regarder la forêt défiler en dessous. À croire que Kusuma ignorait les nombreux équipages qui s'étaient écrasés, ou pire, avaient sombré dans le marasme mortel de la gangue. Ayni ne valait pas mieux, tétanisée, son visage poupin déformé par le vent. Dire qu'elle venait juste d'avoir treize ans ! Tout ça à cause de ce fléau venu d'on ne sait où, qui envoyait les hommes s'épuiser et poussait les adolescentes à prendre des risques insensés pour le combattre. Un brusque ralentissement du ptéros l'arracha à ses pensées, Kusuma venait de tirer sur les rênes pour amorcer la descente à l'intérieur de Vulkan. Phase délicate. Mawar croisa le regard d'Ayni et y lut la même appréhension.

Ses ailes de peau étendues comme des voiles, guidé par les mains sûres de sa pilote, Taïb se laissait tomber maintenant en cercles concentriques, frôlant les parois abruptes. Le plus compliqué n'était pas tant d'éviter de percuter la roche que de se laisser piéger par les fumerolles irritantes. Si la bête restait trop dedans, elle pouvait être complètement désorientée. À l'instar des hommes se protégeant avec des foulards, les voltigeuses avaient d'ailleurs pris soin de recouvrir leurs voies respiratoires d'écharpes en tissu.

Sans encombre, Kusuma fit atterrir sa monture sur l'espace dégagé, là où s'amassait le tas de soufre extrait par les hommes. Deux autres équipes de voltigeuses les avaient précédées, qu'Ayni et Mawar rejoignirent en sautant avec agilité. Elles se saisirent de pelles dédiées à ce travail, à la hâte remplirent leur filet. Réellement la partie la plus pénible de la mission, car il fallait faire vite pour laisser place aux voltigeuses suivantes qui patientaient en haut. Mais les pelles étaient lourdes, la chaleur étouffante et cette écœurante odeur d'œufs pourris ! À chaque fois elles remontaient sur les selles exténuées, en nage.


– C'est bon, les filles ? interrogea Kusuma, s'occupant de maintenir le ptéros, mal à l'aise dans ce milieu hostile.

– Oui, tu peux y aller.


La pilote redonna alors de la voix et du bâton pour faire décoller Taïb, alourdi d'une dizaine de kilos supplémentaires. La semaine dernière, le vieux ptéros fatigué obtenu par la fourberie d'Agur avait raté deux fois son envol. Peur bleue pour notre trio. Les hommes à leur rescousse, il avait fallu vider la moitié du filet pour parvenir enfin à quitter les entrailles de Vulkan. En contrepartie, elles durent augmenter les rotations et ne rentrèrent aux enclos qu'à la nuit tombante.

Taïb ne connut pas ce problème, pressé de fuir cet endroit inquiétant. De rapides battements d'ailes l’extirpèrent du cône de lave, remplacé aussitôt par un équipage en attente.

Le ciel était bleu, dégagé de tout nuage. Après la fournaise des fonds, l'altitude devenait un havre de paix. Le trajet jusqu'au pulvérisateur permettait aux voltigeuses de souffler et de se détendre un peu. De boire aussi, grâce aux gourdes logées dans les sacoches. Mawar se pencha pour vérifier l'arrimage du filet. Il se balançait mollement dans les airs, suspendu à sa corde.


– Il est trop bien ce ptéros ! s'extasia Ayni, les joues encore écarlates par l'effort fourni.

– J'approuve, pour l'instant il m'obéit au doigt et à l'œil.

– Pourvu que ça dure !

– S'il continue comme ça, en cinq tours on aura terminé.

– Chouette !

– Mes amies je crois qu'Agur nous a fait un beau cadeau.

– Faudra remercier cette boule de graisse à notre retour !


Les joyeux éclats de rires des trois camarades se confondirent avec le sifflement aigu du vent.


* * *


Ce furent les paysans, les premiers à découvrir la contamination. Du jour au lendemain, ils remarquèrent sur leurs plantations une poudre blanche, persistante, qui provoquait à terme le dépérissement des feuilles. Alors qu'habituellement une maladie était spécifique d'une plante, celle-ci ne faisait aucune distinction, s'attaquait à tous les végétaux. Ils s'aperçurent par la suite que le feuillage des arbres était aussi touché, au point de donner aux forêts une couleur dominante vert pâle.

Inquiets, les paysans ne tardèrent pas à réagir, se mirent à épandre en abondance des sacs de chaux éteinte. Le dépôt blanchâtre marqua un temps d'arrêt, quelques semaines, puis repartit de plus belle comme si ce traitement avait décuplé sa vigueur. Les villageois virent alors leurs potagers envahis, puis leurs vergers, par ce qui ressemblait de plus en plus à une forme de moisissure. Par déduction on pensa au soufre, bien connu pour contrer les invasions cryptogamiques, hélas trop tard ! Il se révéla efficace localement mais impuissant à grande échelle. Impossible d'éradiquer la totalité de ce champignon microscopique. Sa virulence, sans égale, pouvait anéantir une récolte en trois jours. Les fines pellicules du début se muaient en un épais duvet, gluant, filamenteux, recouvrant les tiges et bloquant la photosynthèse de manière irrémédiable. L'épouvantable restait cependant à venir et se produisit dans la paisible Contrée du Levant.

Un groupe déterminé de villageois avait décidé de s'enfoncer dans la nature infectée pour tenter de comprendre ce qui se passait, mesurer l'ampleur des dégâts et trouver un remède. Mal leur en prit ! Blêmes, suffocants, ils revinrent précipitamment au village, décédèrent au bout de quelques heures dans d'atroces convulsions. Asphyxiés. On réalisa qu'il ne fallait surtout pas s'aventurer dans les lieux où la moisissure était abondante, où elle dégageait une forte concentration de spores mortelles pour les poumons.

Alors ce fut l'exode. Peur et famine poussèrent des milliers de gens sur les chemins, qui fuyaient les régions atteintes par ce qu'on appelait dorénavant : la gangue. Il n'y avait pas d'autre nom pour qualifier cette chape poisseuse qui recouvrait toute chose. À certains endroits même, on eût dit un tapis de neige sale s'étendant à perte de vue.

La population se dispersa dans de petits sanctuaires, des lieux encore indemnes de contamination, souvent protégés par une géographie particulière. Anticipant la progression de l'ennemi, elle imagina des parades pour le repousser, du moins le contenir un tant soit peu. Les pulvérisateurs à soufre remplirent cette fonction cruciale.


– On arrive ! avertit Kusuma, qui piquait droit sur celui, précisément, que son équipe alimentait.


Le huitième des douze pulvérisateurs était facilement identifiable car non loin coulait le déversoir du lac ; une rivière aux eaux claires et tumultueuses. L'ensemble des machines formait une ligne de défense circulaire qui protégeait une zone de plusieurs kilomètres carrés. Des murs de pierres sèches assuraient la jonction pour former une barrière continue. Du ciel, on voyait cette tache verdoyante, avec en son centre le village lacustre dominé par Vulkan.

Ce système permettait de tenir à distance l'avancée terrestre de la gangue, mais n'empêchait pas la contamination par les airs. Quand les vents soufflaient forts, des grains de spores ne manquaient pas de venir se déposer sur les cultures. Vigilantes, des équipes de femmes et d'enfants qui quadrillaient le terrain se hâtaient d'épandre du soufre sur les traces repérées.

Juchés sur des collines, véritables bijoux de l'ingénierie humaine jamais aussi performante que face à un danger, les pulvérisateurs pointaient leurs longs tubes vers l'agresseur. Pareils à de gigantesques soufflets de forge, actionnés par un système complexe d'engrenages et de contrepoids, ils réduisaient d'abord le soufre en poudre pour ensuite le projeter au loin en de larges panaches. À la manœuvre, des servants expérimentés, qui orientaient les angles de tirs selon les avancées de la gangue. Choc frontal de deux adversaires où les attaques perpétuelles de l'un se heurtaient à la défense énergique de l'autre. Entre, une bande de terre à vif, stérile, rongée par des épandages innombrables. Un statu quo s'était établi ici depuis de longues années, au prix d'efforts quotidiens de la part des assiégés.

Les servants aperçurent les voltigeuses en approche et leur firent des signes amicaux. Ils se dirigèrent vers une plate-forme, lieu de réception du soufre. Taïb devait s'y poser, attendre que le filet soit vidé puis repartir pour un second voyage. Cet atterrissage il ne l'avait encore jamais effectué, mais au vu de son assurance dans le cratère Kusuma était confiante. Trop confiante. Ce qu'elle avait oublié, c'était la présence du pulvérisateur, machine imposante... et bruyante ! Les engrenages, mus par des bœufs, entraînaient vers le haut le contrepoids. Au sommet de sa course, celui-ci retombait lourdement pour actionner le soufflet. Comprimé, le soufre était alors éjecté via le tube dans une forte détonation ; habituelle pour les voltigeuses, effrayante pour le jeune ptéros. Quand elle retentit au moment où ils arrivèrent, surprit, il fit une violente embardée. Kusuma manqua être désarçonnée, se rattrapa aux rênes pour ne pas chuter. La gueule douloureusement tiraillée, Taïb vira alors d'un coup sur le flanc. Décrochage ! La portance dans les airs n'étant plus assurée, il partit en vrilles, droit sur la gangue.


– Kusuma ! Kusuma ! Fais quelque chose ! hurla Mawar, arc-boutée sur sa selle.


Le sol se rapprochait à toute vitesse. Munie de tout le sang-froid dont elle était capable, la jeune fille frappa des talons, piqua l'animal de son bâton ferré, n'hésita pas à incliner son poids pour rétablir la situation. In extremis, elle parvint à faire se déployer en simultané les ailes de Taïb, freinage en catastrophe qui leur fit éviter de justesse la cime des arbres. Las, ce ralentissement brutal arracha Ayni de son siège, la pauvre déjà malmenée. Elle partit dans les airs.


– Ayni ! Non !


Horrifiées, Mawar et Kusuma virent la cadette de l'équipe tournoyer comme un papillon fou, les bras écartés. Scène inconcevable qui donnait l'impression de se produire au ralenti. Elle disparut dans les frondaisons blanchâtres du bord de la rivière, son écharpe perdue continuant à flotter au vent.


– Ayni, c'est pas... c'est pas possible ! s'effondra Mawar en pleurs.


Kusuma scrutait les contrebas, la gorge nouée, les poings crispés sur les rênes au point d'en avoir les phalanges blanchies. De rage et de désespoir, elle avait forcé Taïb à descendre au plus près de la forêt, l'obligea à tourner encore et encore au-dessus du point de chute. Elle lui en voulait, et à elle aussi, de n'avoir prévu son geste de frayeur. Elle refusait d'entendre les appels éloignés des servants les exhortant à revenir vers eux. Soudain... un miracle : Ayni !


– Elle est là !

– Quoi ?

– Là, dans la rivière !


Agrippée à un bois flottant, leur coéquipière était entraînée par les flots impétueux, disparaissait sous les remous pour ressurgir plus loin. Nul doute, les branches avaient amorti et dévié sa chute. Tombée dans l'eau, ça lui avait sauvé la vie mais mise dans une situation tout aussi critique. Comment la sortir de là ? Le courant était fort, l'éloignait à grande allure du territoire protégé. À la même vitesse Kusuma suivait sa dérive du ciel, réfléchissait à un moyen pour la récupérer. Mawar regarda derrière elle :


– On s'éloigne. Kusuma on s'éloigne, je ne vois presque plus la limite !

– Je sais. On n'a pas le choix, il faut récupérer Ayni. Tu ne veux quand même pas l'abandonner ?

– Non, bien sûr que non, mais... on va y passer toutes les trois, finit-elle dans un murmure.


La réalité c'est que les forces de Taïb n'étaient pas inépuisables. Il y avait déjà une certaine mollesse dans le mouvement des ailes. Kusuma avait bien remarqué qu'il multipliait les phases de vol plané pour s'économiser, signe qui ne trompait pas. Quand il se sentirait trop fatigué, quoiqu'elle fasse, il se poserait au sol, inconscient du danger. Trouver une solution, vite ! Et puis Ayni ne surnagerait pas indéfiniment...

Le filet qui pendait sous le ptéros, Ayni pouvait s'y accrocher ! D'abord vider le soufre – ça soulagerait Taïb – ensuite s'approcher au maximum de la malheureuse. Kusuma ne voyait pas d'autre alternative. Réflexion faite, ce n'était peut-être pas une bonne idée de jeter le soufre. Il alourdissait le filet, le rendait moins mobile et plus facile à attraper. C'est décidé, elle tenterait le sauvetage comme ça.


– On va descendre pour qu'elle s'accroche au filet !

– Si bas ? Mais on va s'empoisonner.

– Il y a moins de spores au-dessus de l'eau. Remets ton écharpe.


Le ruban liquide en ligne de mire, la pilote s'allongea alors sur l'encolure et fit piquer du nez son ptéros. Comme un faucon fondant sur sa proie. Pourvu qu'Ayni comprenne la manœuvre, pria Kusuma.

La petite voltigeuse avait bien repéré l'équipage en approche, répondit par des signes de main désespérés. Elle réalisa trop tard que Taïb allait faire un rase-motte, n'eut pas le temps de se préparer. Tel un boulet, le filet passa à fleur d'eau, à un mètre sur sa gauche.


– Rhaa, loupé ! pesta Kusuma. On recommence ! Elle a dû comprendre ce qu'on voulait faire.


Mawar connaissait trop bien l'impétuosité de son amie pour savoir qu'elle ne renoncerait pas, quitte à s'abîmer dans les eaux froides. Du suicide, elles allaient mourir.


– On va trop vite, elle ne peut pas l'attraper !


Focalisée sur son objectif, Kusuma ne répondit pas et replaça sa monture dans l'alignement de la rivière. Cette fois-ci, la naufragée ne perdit pas de l'œil la course du ptéros. Quand elle se rendit compte que la trajectoire de l'animal n'était pas bonne, le tout pour le tout, elle lâcha le tronc qui la soutenait pour se décaler. Kusuma tira fermement sur les rênes, stoppa Taïb qui moulina des ailes en faisant du surplace. L'élan perdu, la charge de soufre s'immergea dans l'eau. En deux brasses énergiques, Ayni l'atteignit pour s'y cramponner.


– Allez Taïb, allez !


Le jeune ptéros mobilisa toute sa musculature pour reprendre de l'élan et s'arracher de la rivière qui lui fouettait les pattes. Ses deux membranes en action soulevaient des gerbes d'écume. Quelques secondes qui parurent une éternité aux trois amies. Enfin au prix d'un ultime effort, il parvint à se défaire de l'agitation furieuse des flots.


– Elle tient ! C'est bon ! se réjouit Mawar.


Assise sur le filet, les mains enserrant la corde noueuse qui passait entre ses cuisses, Ayni lui adressa un sourire crispé.


– Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

– Taïb est épuisé, je le sens. Il ne pourra pas regagner le lac. Il faut se poser au plus vite.

– Se poser, mais où ?

– J'ai pensé aux Monts-Vieux, on n'est pas loin.

– Les Monts-Vieux, mais ça nous éloigne encore !

– As-tu une autre solution ?


Non, Kusuma n'avait pas d'autres solutions. Elle observait le tapis blanchâtre qui s'étendait en contrebas, prêt à les avaler corps et âmes. Cette région dévastée, c'était la leur avant. Quand elle commença à être gangrenée, sa population avait gagné un peu de répit en se réfugiant sur une élévation rocheuse. Trop inhospitalière, elle l'avait cependant abandonnée pour rejoindre le lac.

C'était cet îlot de granit dominant le paysage que Kusuma espérait atteindre. Masse minérale à la végétation absente, délaissée par la gangue.

Le soleil était à son zénith quand les voltigeuses y parvinrent. Ayni bondit de son assise improvisée, juste avant le ptéros qui atterrit lourdement. Aussitôt, les trois jeunes filles se précipitèrent pour s'enlacer avec effusion, des larmes de joie plein les yeux.


– Bon sang Ayni tu nous as fait peur !

– On te croyait perdue.


Après cette épreuve intense, la petite rescapée déversa son émotion, pleurait et riait en même temps :


– Vous... vous ne m'avez pas abandonnée... merci... merci.

– C'est ça être équipières, claironna Kusuma, toujours solidaires, surtout dans les moments difficiles !

– Là, j'avoue que t'as fait fort, opina Mawar. Je ne sais pas comment tu fais pour rester aussi calme.

– L'expérience ma chère, il suffit de...


Une terrible quinte de toux venant d'Ayni l'interrompit. La cadette tomba à genoux, pliée en deux, secouée par des toussotements rauques qui ne voulaient plus s'arrêter. Blêmes, Mawar et Kusuma se regardèrent sans mot dire. Elles avaient compris, pas la peine de chercher. Ayni était infectée ! Sa chute dans les arbres, au contact des spores, n'avait pas pardonné. Une évidence que ses camarades n'avaient pas prévue, n'avaient pas voulu envisager. Elle se recroquevillait maintenant sur elle-même, grelottant de tous ses membres.


– Tu... tu es trempée, je vais te chercher une fourrure, articula Kusuma, qui partit fouiller dans les sacoches, ce faisant cacher aussi sa détresse.


Anéantie, Mawar demeurait bras ballants, pétrifiée par la vision cauchemardesque de sa camarade dont les heures étaient dorénavant comptées. Il n'existait pas de remède contre une inhalation massive de spores. Rien, on ne pouvait rien faire ! C'était la mort à coup sûr. Ayni se tourna alors vers elle, les bouclettes de sa chevelure humide collées sur le visage :


– Ne me regarde pas... pas comme ça. Je t'en... je t'en prie. Je sais que je suis atteinte. C'est pas grave, vous... vous m'avez quand même sauvée.


Éperdue de chagrin, son amie se jeta sur elle, la serra fort dans ses bras :


– Tais-toi, Ayni, par pitié ! On va te soigner. J'te jure, on va te soigner !

– Tu sais bien que c'est impossible.


Un silence pesant couvrit leur désespoir. On n'entendait plus que Taïb qui engloutissait les poissons donnés à l'instant par sa maîtresse. Un courant d'air plaintif, venu d'en bas, caressait l'arrondi des rochers.

Revenue à leurs côtés, Kusuma enveloppa d'une fourrure la malade avec une infinie douceur, lui passa le revers de la main sur les joues.


– Je suis contente de m'éteindre avec... avec vous, lui sourit Ayni. Toute seule dans la gangue, ç'aurait été horrible.

– Chhht petite sœur, t'es pas encore partie.


Elle fit un geste discret à Mawar, pour l'entraîner à l'écart. Debout au bord de la falaise, un sinistre décor en guise de panorama, les deux jeunes filles restèrent d'abord silencieuses. Kusuma prononça alors d'une voix froide :


– Je vais le tuer.

– Quoi ?

– Je vais tuer Agus à notre retour, j'en fais le serment. C'est de sa faute tout ça ! On aurait eu un ptéros expérimenté, il n'aurait pas eu peur du bruit du pulvérisateur.


Elle avait sorti de son fourreau le poignard qu'elle portait au niveau des reins, dans sa ceinture, et le faisait tourner nerveusement entre ses mains. Ses yeux bridés n'étaient plus que deux fentes de colère. Mawar baissa la tête :


– Ça ne nous rendra pas Ayni. Elle est perdue.

– Il le paiera, je l'égorgerai comme un sale porc qu'il est !


La peine de Kusuma s'était muée en une rage incalculable, à la mesure du mal qu'elle ressentait. C'était sa façon à elle de ne pas s'écrouler, abattue par la tristesse.


– Ce n'est pas le moment de penser à la vengeance, il faut la ramener auprès de sa famille. Elle doit finir avec ses proches.

– Oui... bien sûr.


Mawar repartit vers Ayni, laissant sa coéquipière fixer le vide, les yeux embués. Et cette pourriture de gangue, songea-t-elle, quand est-ce qu'on s'en débarrassera ? La vie était si douce avant son apparition. Elle maudissait ce magma sournois qui gâchait leur existence depuis tant d'années et dévorait les êtres aimés.

C'est alors que son attention fut attirée par une bizarrerie, à l'ouest, sorte de protubérance émergeant de la forêt. L'éloignement ne lui permettait pas de bien distinguer, mais a priori, ça ressemblait à une énorme boule. Elle n'avait jamais rien remarqué de pareil.


– Mawar, viens voir !


Elle lui désigna la direction de la chose étrange. À son tour, Mawar resta perplexe :


– C'est quoi ce truc ?

– J'en sais rien. En tout cas c'était pas là avant.

– Faut aller voir.


Toutes deux se retournèrent. C'était Ayni qui venait de parler, aussi intriguée qu'elles.


– Hé, ça va les filles. J'suis pas encore morte, se crut-elle obligée de rajouter devant leurs mines déconfites.

– On voulait te ramener à la maison, rejoindre ta famille, confia Mawar.

– Vous croyez que c'est mieux qu'ils assistent à...


La toux recommença, sporadique, cruelle, qui entrecoupa de spasmes les paroles de la petite voltigeuse :


– … qu'ils assistent à ma souffrance. Tant que je tiens sur mes jambes, je veux vous suivre. Comme... comme on a toujours fait. Après, d'accord... ramenez-moi chez mes parents.


Kusuma évalua la distance :


– Bon, ça n'a pas l'air très loin. On y sera vite. On regarde ce que c'est et après on rentre.

– Ça marche !


Elles se tapèrent les mains plusieurs fois, dans un ordre et un croisement de bras bien étudiés. Leur signe de ralliement. Ce code amical eut le don de les dérider un bref instant, souvenir d'une époque insouciante. Et c'est l'esprit un peu moins lourd qu'elles enfourchèrent à nouveau l'animal volant.

Le repos et la nourriture avaient requinqué Taïb qui s'élança sans problème, se contenta de plonger des Monts-Vieux toutes ailes déployées. Elles avaient décidé de conserver les kilos de soufre, elles le déposeraient au pulvérisateur sur le retour. Malgré le drame qui les frappait, elles n'oubliaient pas la priorité de leur mission. Une brèche dans la ligne de défense et c'était la fin pour tous.

Kusuma essayait de ne pas se faire envahir par ses pensées morbides, mélange de désespoir et de rancœur. Le décès d'Ayni la briserait, c'était certain, elle ne savait pas si elle pourrait s'en remettre, si elle aurait encore envie de remonter sur un ptéros sans la compagnie joviale de sa camarade. Pourtant, qu'elle aimait ça ! La vitesse, cette sensation de dominer le monde, l'adrénaline dans les situations périlleuses qui la rendait euphorique. Dans le bleu du ciel elle se sentait toute puissante, loin du tracas des choses terrestres. De toute façon, quand Agus baignera dans son sang elle sera enfermée, alors...

Elle se força à chasser ces ruminations, jeta un coup d'œil à l'arrière, inquiète, pour observer Ayni. Pâle, mais qui se tenait bien en selle. Combien de temps résisterait-elle à l'invasion de ses poumons ? Ne pas traîner. Elle piqua le cuir du ptéros pour accélérer.


– On dirait un champignon ! s'exclama Mawar.


En effet, parvenu à proximité, la protubérance ressemblait à un champignon, de ceux qu'on trouvait dans les champs pâturés par le bétail, mais celui-ci d'une dimension titanesque, colossale ! Pas un champignon avec un long pied, le chapeau plat et rond, plutôt une espèce à base courte et trapue, allant en s'évasant pour former un globe quasi parfait.

Kusuma guida Taïb autour de cette forme incroyable, d'une dizaine de mètres de haut. Les filles constatèrent que l'enveloppe du globe était toute fendillée, béante par endroits, laissant apparaître un amas considérable de spores à l'intérieur ; un réservoir de spores qui n'attendaient qu'un coup de vent pour se disséminer dans les environs ! Se pourrait-il... l'idée traversa Kusuma :


– C'est peut être ça qui contamine la région !

– Il y en a d'autres, là-bas !


Dans le lointain, troubles, elles aperçurent deux autres spécimens. Assurément il devait y en avoir partout, bubons répugnants poussant sur un sol torturé. Mawar conseilla :


– Il faut en informer les caciques, ils sauront quoi faire.


Sidérée par cette découverte, Kusuma ne l'entendit pas de cette oreille. D'abord elle ne comprenait pas pourquoi personne n'avait remarqué ces horreurs auparavant, mais constatait surtout qu'elle avait l'ennemi à sa portée, vulnérable, plus facile à combattre que la gangue diffuse. Si c'était réellement ces champignons géants à l'origine de tous leurs maux, il fallait les éradiquer ! Sans attendre ! En tout cas, ça valait la peine d'essayer.


– Oui, on va les informer, grinça-t-elle, mais celui-là, j'vais l'crever !


La fièvre du combat s'infiltrait déjà dans son corps.


– Préparez-vous à plonger ! hurla-t-elle.

– Quoi ?

– Mawar, dès qu'on passe au-dessus du champignon, largue le soufre. Il faut qu'il tombe pile à l'intérieur de cette espèce de boule, je compte sur toi !

– Mais t'es complètement folle !

– Fais c'que j'te dis ! On a peut-être trouvé la solution pour tuer cette saloperie !


La belle Mawar interrogea du regard Ayni, blanche comme un linge, qui haussa les épaules. Un geste qui signifiait : tu la connais ! Ça ne servait à rien de discuter, déterminée comme elle semblait l'être, Kusuma n'en démordrait pas et leur temps était devenu trop précieux.

Contrainte, Mawar dénoua alors une fine corde de l'anneau de sa selle. Reliée à la sangle d'ouverture du filet, elle permettait en tirant d'un coup sec de libérer tout son contenu. Une procédure d'urgence qui avait évité plusieurs crashs à nombre d'équipages. Quand les conditions climatiques étaient trop mauvaises, ce procédé par largage permettait aussi de fournir le soufre aux pulvérisateurs sans se poser. Aux servants de ramasser les blocs épars.

Un rôle dévolu à Mawar, qui ne s'en sortait pas trop mal. Les fois où elle avait dû l'utiliser, elle avait fait mouche, envoyant le soufre pile où elle souhaitait. Il s'agissait en fait de bien synchroniser la vitesse du ptéros et l'instant propice pour tirer sur la corde.

Ici, c'était autrement plus compliqué. Elle devait viser la fissure la plus large pour envoyer le soufre au fond ; cible réduite, avec un seul essai !


– Ralentis Taïb, sinon j'y arriverai jamais ! pesta-t-elle contre sa pilote.


Kusuma stabilisa le vol du mieux qu'elle put, laissa planer sa monture de façon rectiligne. À l'aplomb du champignon phénoménal, Mawar se pencha à demi dans le vide. Une main la retenait au pommeau de la selle, l'autre serrait nerveusement la corde. Comble du stress. Fissure, largage ! Dans un cri de fureur, elle tira sur la corde comme si sa vie en dépendait. Les blocs de soufre chutèrent, groupés, pareils à une giboulée de grêles. Les uns tombèrent à travers la fissure, réussite ; les autres à côté, mais joie, trouèrent la mince enveloppe du globe ! À la plus grande satisfaction des voltigeuses, tous s'enfoncèrent dans l'épaisse couche de spores.


– Ouaiiis ! Bravo Mawar ! T'es la meilleure ! exulta Kusuma.


Avec un soupir de soulagement, la viseuse reprit une position confortable :


– Merci. On fait quoi maintenant ?

– On rentre. Il n'y a plus qu'à revenir dans quelques jours voir comment il aura digéré ça. M'étonnerait qu'un champignon apprécie beaucoup cette nourriture !


La voix épouvantée de Mawar lui glaça alors le sang dans les veines.


– Ayni ? Ayni ? Oh non, elle s'est évanouie !


Elle se retourna, vit son amie affaissée sur sa selle, dangereusement ballottée.


– Attrape-la, vite ! Elle va tomber !


Mawar se précipita, franchit à plat-ventre la colonne vertébrale du ptéros pour s'asseoir derrière sa camarade inanimée. Une mousse blanche, colorée de traînées rouges, suintait de la bouche d'Ayni, coulait à grosses gouttes le long du menton. Éprouvée par cette vision, Mawar la cala entre ses genoux, collée à son ventre, l'entoura chaudement de ses bras :


– Ne pars pas Ayni, p'tite sœur, je t'en supplie, ne pars pas ! sanglotait-elle en la couvrant de baisers.

– C'est bon, tu la tiens ? Elle... elle n'est pas morte ?

– Non... mais rentre... dépêche-toi.


Kusuma préféra ne plus se retourner, au ton de Mawar elle devinait que la cadette vivait ses derniers instants. Il n'y avait plus qu'un espoir, infime, qu'elle gardait secret : les passeurs, ces individus mystérieux, pourraient-ils sauver Ayni ? À sa connaissance, personne ne les avait jamais sollicités, par crainte, superstition, parce qu'il était interdit de leur parler. Tabou qu'aujourd'hui elle envoyait valser. Pour son amie, elle ne reculerait devant rien. Dès son arrivée elle irait frapper à leurs portes, quoi qu'il en coûte ! S'il n'était pas déjà trop tard... Comme pour affirmer sa décision, elle redonna du talon sur les flancs de sa monture.

Muni de cet instinct qui permet aux animaux de se repérer où qu'ils soient, Taïb n'eut pas besoin de plus. De larges brassées d'ailes les propulsèrent vers le territoire protégé, concrétisé à l'horizon par une ligne verte. Façon d'exprimer son contentement, il claqua à plusieurs reprises son bec effilé.

En se rapprochant, Kusuma vit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Une épaisse colonne de fumée, sombre, tourbillonnante, s'élevait dans l'azur. Elle semblait provenir du centre de la contrée. Au niveau du pulvérisateur, elle ne distingua aucun servant. Si, dans un chariot lancé à toute allure ! Ils quittaient leur poste, mais pourquoi si vite ? Les voltigeuses les dépassèrent.

Et maintenant des ptéros, avec leurs équipages, qui volaient en pagaille, donnaient l'impression de ne savoir où aller. En bas, sur le miroir du lac, une nuée de petits points qui signifiait autant d'embarcations, toutes convergeant vers le village. C'était la panique. Panique dont il était aisé d'en comprendre la cause : Vulkan, depuis des siècles endormi ; Vulkan, aujourd'hui se réveillait !


 
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   socque   
17/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je suppose que ce texte est le début d'une histoire complète ; je l'évalue isolément, sans tenir compte de sa "fin" forcément en queue de poisson.

Je ne suis pas très adepte de la "fantasy", avec dragons et héros pilotes (les ptéros étant ici appar'emment un hybride dragon-rapace), mais je reconnais que le récit m'a vraiment intéressée. Le contexte est mis en place avec assurance, de manière pas trop didactique ; on est tout de suite plongé dans l'histoire, les caractères sont nettement établis (un peu archétypaux à mon goût, mais enfin c'est aussi le genre qui veut ça), l'écriture énergique.

Une question : pourquoi personne n'a-t-il pensé auparavant à se servir des ptéros pour explorer la région contaminée et essayer de comprendre ?

Bref, pour moi le texte est réussi et fait passer un bon moment, ce qui est déjà bien.

   Perle-Hingaud   
12/1/2017
J'ai passé un bon moment à lire ce texte: j'ai aimé l'imagination qu'on y trouve, le rythme, les descriptions. Les personnages pourraient être davantage travaillés, mais on a le temps, dans un roman... ah... mais en fait, non, c'est une nouvelle ?!
Le texte s'interrompt en plein milieu d'une action, rien n'est résolu... pour moi, ça ne va pas. Une nouvelle n'a pas forcément besoin de chute, mais alors, elle respecte d'autres codes (personnages peu nombreux, action resserrée): ce n'est pas le cas. Je pense que c'est le point faible de ce texte: en roman, je suis prête à poursuivre ma lecture !
Du coup, je n'évalue pas, cela n'aurait pas grand sens.

   Leverbal   
13/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Sur le fond, j'ai un peu de mal à juger de l'originalité du texte, ne lisant pas de fantasy d'habitude. Alors j'ai pensé à Avatar, avec ces ptérodactiles, ces espèces végétales géantes et ces autochtones aux yeux bien caractéristiques. Ça m'a un peu gêné au début, mais ensuite l'histoire décolle avec l'épidémie de gangue et ça passe vraiment au second plan. Le début est un peu aride, du fait qu'aucun personnage ne soit présenté. Peut-être qu'en faisant une description plus détaillée de Vulkan ça serait mieux passé. L'articulation des chapitres est très réussie, on s'interroge sur l'origine de toute cette organisation en se laissant guider très naturellement, puis le chapitre sur la gangue révèle la situation de manière claire et assez complète. Manque peut-être juste une notion de période pour déterminer depuis combien de temps la situation actuelle perdure. On se pose effectivement la question de l'absence d'exploration en ptéros. De même, pas de raison à ce que les passeurs n'aient pas été sollicités au sujet de la gangue plus tôt. Tabou religieux? Racial? Mais cela contribue aussi à maintenir l'intérêt pour l'histoire :-)
Sur la forme, la qualité est là, c'est une langue maîtrisée et fluide. Deux choses m'ont un peu gêné: trois ou quatres phrases comportent des élisions de verbe que j'ai trouvé abruptes. Si c'était pour alléger le style, j'aurai sans doute scinder les phrases plutôt que d'utiliser cette solution. Après c'est une préférence propre à chaque auteur. L'autre chose qui m'a fait tiquer est le "T'inquiète je gère." Ça m'a vraiment fait sortir du récit, j'ai eu d'un coup l'impression de lire du Disney ou une série pour ado, vraiment dommage. D'autres expressions sont un peu limite mais pas autant. En tout cas je pense qu'il y a un petit effort à apporter pour que les dialogues collent davantage à l'univers décrit.
Globalement l'histoire démarre bien et on a envie de connaître la suite, pas de souci à ce niveau là!

   Francis   
13/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai vraiment envie de lire la suite ! Voilà un scénario idéal pour un roman fantastique ou une bande dessinée ! La qualité de l'écriture permet de se représenter les décors, l’escadrille des héroïnes et tous les autres personnages. Sur l'action principale : le combat contre la gangue, se greffent la chute d'Ayni, la découverte des champignons titanesques, le réveil de Vulkan... Ces événements donnent de la vie au texte et alimentent le suspens. J'espère retrouver Kusuma et ses amies pour de nouvelles aventures.

   vendularge   
14/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Jano,

J'ai beaucoup aimé lire ce texte, que j'ai hésité à commencer, le genre ne m'est pas familier. Ici, la construction permet de de susciter puis d'augmenter l'intérêt pour cette histoire et ces voltigeuses, l'écriture est très efficace et complètement adaptée à ce type de récit. Bref, j'aimerais lire la suite (si elle existe).

Merci pour ce travail

vendularge

   plumette   
14/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'avantage de n'être pas familière d'un genre, c'est qu'il y a un effet de surprise qui, lorsqu'il est servi, comme ici par un excellent sens de la narration, emporte le lecteur.
Je n'ai pas décroché du texte dans ma première lecture, tenue en haleine par l'histoire et ses développements.
L'auteur entretient l'intérêt du lecteur en l'obligeant à se poser des questions qui sont résolues au fiur et à mesure: En quoi consiste le travail des jeunes filles? quel est l'objectif de ce travail? Les informations sont délivrées dans un tempo que j'ai trouvé très bon.Cela me fait l'effet d'une construction narrative travaillée avec des rebondissements successifs bien amenés.

le texte est bien écrit, les descriptions très évocatrices et le personnage central de Kusuma attachant et bien campé. Un peu de caricature peut-être ( également pour Agus) mais cela ne m'a pas trop gêné.

Avec un peu de recul, voici quelques observations plus dans le détail.

- sur la forme: les dialogues. Le vocabulaire employé est très "actuel" Je me suis demandée s'il était toujours bien adapté aux situations décrites et à l'action. en particulier, ce – T'inquiète pas, je gère ! qui est un tic de langage assez agaçant!
- sur le fond: je me suis demandée comment il était possible que ce soit les jeunes filles qui découvrent les champignons. j'ai trouvé invraisemblable qu'elles aillent satisfaire leur curiosité alors que Ayni est à l'agonie

Et puis ce texte n'est pas fini!! Vous nous laissez en plan là au milieu de la gangue et avec cette petite Ayni à l'article de la mort, c'est pas sympa! j'espère qu'elle sera sauvée!

Bonne continuation, pour notre plaisir!

Plumette

   Anonyme   
14/1/2017
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Bonsoir Jano,

J'ai l'impression que vous avez cumulé tout ce qu'il ne faut pas faire dans une nouvelle. Au lieu d'éliminer le superflu, vous en avez rajouté, encore et encore... Je parle de ces longueurs descriptives et narratives, mais aussi des multiples personnages qui, même s'ils sont secondaires, finissent par prendre une part trop importante dans l'histoire.

Pour être franc, je me suis ennuyé à un point tel que j'ai du lire cette nouvelle sur deux jours pour ne pas tout laisser tomber. Je pense que ce format - je ne parle pas simplement de la longueur mais du nombre d'informations et des situations - serait plus adapté à celui d'un roman qu'autre chose. Je tiens à le souligner ici afin que les choses soient claires : la longueur n'est pas rédhibitoire dans une nouvelle si celle-ci respecte certaines règles élémentaires propres à ce type de format - ce qui n'est pas le cas ici pour les raisons évoquées plus haut - mais c'est un irritant de plus dans le cas contraire, au point d'en devenir imbuvable (excusez-moi pour ce terme et pour l'ensemble de ce commentaire mais il m'est difficile de décrire autrement ce que je ressens à l'instant où j'écris). Ce que je veux dire est qu'il ne faut pas y voir une attaque ou de la méchanceté, simplement de la franchise, en espérant que ces critiques amènerons à une réflexion, ce qui est leur seul et unique but.

Bref, je disais que la longueur n'était pas rédhibitoire. Preuve en est avec le maître absolu du genre (à mon sens), Stephen King, et ses multiples recueils de nouvelles, tels que "Minuit 2" et "Minuit 4" (encore que ce type de nouvelles correspondent plus à des novellas), "Différentes saisons" ou encore "Brume". Certaines d'entre elles (je parle des nouvelles), dépassent les 40 000 mots - je parle bien de mots, non de caractères - pourtant il est pratiquement impossible de quitter notre lecture avant d'être arrivé au bout, tant les histoires sont passionnantes.

Cordialement,

Wall-E

   Marite   
15/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pour une aventure c'en est une ! Une fois commencée, impossible de s'arrêter. Aucun temps mort dans l'action, la situation est très bien décrite et on se retrouve très vite sans problème dans ce monde fantastique avec la sensation d'être aux côtés des trois héroïnes sur le dos du jeune ptéros. Et puis, le mystère des passeurs pour traverser les brumes recouvrant le lac est astucieusement rappelé à la fin de cette partie. C'est certain, ils vont avoir un rôle important à jouer. Enfin, c'est dans cet état d'esprit que me laisse cette lecture que je n'ai pas du tout trouvé trop longue.
Au niveau de l'écriture, un seul petit bémol pour moi, certains mots ou expressions: " Bonjour mes chéries ... Pouah ... dégueulasse ... Oups " m'ont fait sortir du monde étrange dans lequel j'étais déjà embarquée. J'aurais mieux apprécié des mots plus excentriques.
Ah ! sur ma lancée j'étais prête à continuer l'aventure et donc un brin de déception à la fin mais vite effacé car je crois comprendre qu'il y aura une suite.

   Alcirion   
15/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Jano,

Je rejoins les remarques des autres commentateurs sur l'aspect plus roman que nouvelle de ton texte : à partir de l'univers très riche que tu as construit, tu aurais peut-être pu envisager de raconter plusieurs histoires indépendantes, ce qui te procurait l'avantage de livrer les révélations, précisions, descriptions au fil des textes : c'est juste une idée, bien sûr, mais ça t'aurait permis un début plus fluide, plus léger. Là, les lecteurs (et encore plus ceux qui ne sont pas familiers de l'imaginaire) ont beaucoup d'informations à assimiler sur les premières pages.

Pour le reste, j'ai bien aimé le texte : il y a tout ce qu'il faut pour faire une bonne histoire, de l'imagination, de bonnes idées (plus SF que Fantasy d'ailleurs), des dialogues vifs qui donnent de l'épaisseur aux personnages. A mon sens, les amateurs d'imaginaire te suivront sans problème. Le petit plus, c'est que c'est également abordable pour un public adolescent.

Un bon moment, on attend la suite !

   Jano   
20/1/2017

   Anonyme   
30/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,
J'ai beaucoup aimé votre nouvelle, roman en devenir ...
Il est toujours délicat de poser le contexte et les codes d'un monde fantastique, dans cette "nouvelle", c'est très réussi, je suis passée des ombres à la lumière et tout s'est éclairci peu à peu dans mon imaginaire de lectrice.
Le choix de "Vulkan" emmène déjà dans une certaine idée de ce monde.
Vous déposez dans votre texte, beaucoup d'éléments qui savent créer une attente du lecteur, je ne parle pas de la fin qui ne se veut pas comme telle.
Le mot gangue m'a un peu arrêté dans la lecture en début de texte. Peut-être qu'un qualificatif mystérieux la connotant négativement m'aurait évité cet arrêt. J'ai cherché le sens alors que je ne l'ai pas fait pour les autres mots mystérieux...
Concernant les personnages, Aym et "Mawar, si jolie", j'aurais aimé juste un ou deux éléments descriptifs physiques, votre texte m'ayant entrainée dans "une lecture cinématographique".
Trois petits points notés:
- le narrateur est omniscient et dans l'ensemble de votre texte, il ne prend pas les lecteurs pour témoins, or dans les expressions: "arrivés enfin à nos intéressés " et "peur bleue pour notre trio", le lecteur semble participant, complice direct, est-ce votre choix ?
- les ptéros ayant un bec, l'utilisation du mot gueule m'a ensuite semblé étrange
- "entre ces deux qui se détestaient" entre deux et qui ,sans doute une précision à ajouter.
Concernant les dialogues, au vu des commentaires lus, sans caricature langagière, peut-être serait-il intéressant d'introduire quelques expressions parlées propres aux jeunes de ce monde.

Comme je l'ai évoqué en début de commentaire, tous les éléments de ce monde me donnent envie de lire une suite.
Merci pour le voyage.
Nadine

   Thimul   
17/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je me suis laissé embarquer par cette histoire bien construite.
L'univers est très "fantasy" mais pourrait également être une oeuvre d'anticipation. Il est crédible et parfaitement bien décrit
Les personnages ont pas mal de potentiel je veux dire par là qu'ils ouvrent sur beaucoup de questions concernant leur propre histoire, et moi, ça me plait particulièrement.
Je trouve l'écriture équilibrée, sans longueur mais avec ce qu'il faut de description quand on se lance dans un récit d'un autre monde.
Enfin l'histoire est vraiment très très bonne. Il y a de quoi faire un roman:
(Attention Spoiler)
D'où viennent ces champignons?
Les caciques sont-ils au déjà au courant et utilisent-ils la gangue pour rester au pouvoir ? Si oui ça ouvre la porte sur une rébellion possible.
Qui sont véritablement les passeurs ?
Peut-on imaginer une quête pour trouver un remède à la gangue et sauver les personnes contaminées ?
Bref ce récit ouvre sur une multitude de possibilités et j'aimerais bien connaître la suite et même si possible un début.
Car au total, j'ai vraiment eu l'impression d'un extrait de roman et, si le reste est du même tonneau, je le dévorerais volontiers.
Aller, au boulot !

   YvanDemandeul   
27/5/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Merci Jano pour cette histoire captivante. Sommes-nous sur la Terre ou sur une autre planète ? Dans un passé très ancien ou dans un futur très lointain ? Le style est intéressant. Les descriptions sont remarquables. Les personnages dignes de figurer dans les bandes dessinées ou les films de science-fiction les plus modernes. Quel bon choix, cette fin apocalyptique au cours de laquelle le volcan, sorte de monstre tout puissant, réduit à néant tous les efforts de ces pauvres humanoïdes pour préserver leur monde si fragile qui était déjà au bord de l'anéantissement.


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