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Fantastique/Merveilleux
Jean-Claude : Le voleur de brume
 Publié le 03/10/18  -  16 commentaires  -  8055 caractères  -  63 lectures    Autres textes du même auteur

Quel est le véritable secret de la danse de brume ?


Le voleur de brume


La lumière s’éteint, plongeant la salle dans l’obscurité et révélant un halo rouge dans les airs, plus sombre qu’un soleil couchant. Soudain, accueillis par la clameur du public, des rubans lumineux tombent en tourbillonnant de cet astre, de la brume écarlate qui se déroule pour déposer sur la scène une jeune femme, Tanssija. Un genou à terre, elle salue les spectateurs qui l’ovationnent.


La danseuse de brume, nue comme le veut son art, se lève en écartant les bras et le brouillard luminescent se drape autour d’elle en volutes qui peu à peu dessinent des pétales d’un iris dont elle devient le cœur, premier mouvement d’un ballet éthéré à la seule lumière de la brume.


De ses mains, Tanssija trace un cercle aux nuances indigo qui se dissipe dans un nuage pourpre. Ses bras entrelacent des courbes aux reflets dorés, le signe de l’infini répété plusieurs fois. La danseuse effectue un saut complexe où pieds et mains se mêlent comme pour déchirer la brume qui recouvre maintenant la scène. Un murmure s’élève. Elle a sculpté une silhouette d’ombre masculine qui la rejoint comme le ferait un partenaire, et tous deux se lancent dans une chorégraphie défiant la gravité, traçant dans la brume une fresque multicolore de formes abstraites…


Le spectacle achevé, Tuomari, ébloui, se joint aux applaudissements nourris. La danseuse, dont la peau semble absorber la brume rétractée autour d’elle, s’incline en révérence.


Mais Tuomari n’est pas là pour le plaisir, il a une enquête à mener. La lumière inonde à nouveau la salle.


Dans un dernier salut, Tanssija recule pour disparaître. Tuomari remarque alors la tristesse qui décolore le visage de la jeune femme, si rayonnante durant la danse.


Quelques minutes plus tard, emmitouflée dans une robe de laine, Tanssija accueille dans sa loge Tuomari qui observe sur ses joues des chemins de larmes. D'un geste blasé, elle l’invite à s’asseoir.


— Que puis-je pour vous, Juge enquêteur ?

— Quelles étaient vos relations avec Aurinko ?


La jeune femme lève les yeux au ciel.


— J’aurais dû me douter que vous veniez pour son suicide.


Tuomari fronce les sourcils.


— Il n’est pas exclu que ce soit un meurtre. Après tout, avant son décès, il était le danseur de brume vedette. Sa mort vous profite, en quelque sorte.


Tanssija éclate d’un rire affligé.


— Il me semble que vous n’avez pas enquêté sur la mort de Sielu qui était danseuse vedette avant que ce soit le tour d’Aurinko.

— Il est vrai.

— Pour imaginer que j’ai pu voler la brume d’Aurinko et, par extension, celle de Sielu, vous ne connaissez rien aux danseurs de brume.

— Je l’admets, souffle Tuomari. Pourquoi parlez-vous de vol, de suicide ?


Tanssija inspire profondément.


— Savez-vous comment on devient danseur de brume, Juge enquêteur ?

— Non, hormis quelques rumeurs auxquelles j’ai du mal à croire.

— Le danseur de brume est en fait un couple.

— Un couple ?

— Un couple de danseurs, unis dans la vie, unis dans leur art, ce qui est la condition préalable pour être invités au Temple des Brumes. Là, si l’on parvient à convaincre les maîtres que cette union est définitive et inaltérable, on est initiés à la danse de brume, mais sans brume dans un premier temps. Il y a un prix à payer et on ne le découvre que trop tard. Sans qu’on sache comment s’opère la sélection, l’un des deux partenaires devient la brume, une brume qui ne quittera plus le danseur restant.


Tuomari ne peut retenir son étonnement.


— Vous voulez dire…

— Que ma brume est mon époux et que je ne le retrouve qu’en dansant.

— Vous me confiez là un terrible secret.


La jeune femme soupire.


— Ce n’est pas un secret mais personne ne veut vraiment savoir. Pour répondre à votre question, si un danseur perd sa brume, il n’a plus de raison de vivre.

— Vous sous-entendez donc qu'Aurinko a perdu sa brume et…

— Pour Aurinko, je ne sais pas, mais j’ai vu Sielu totalement désespérée qui prétendait qu’on lui avait volé sa brume.

— Comment est-ce possible ?

— Je l’ignore, maugrée Tanssija. Sielu est partie si vite que je n’ai pas eu le temps de lui poser de questions. Je ne croyais pas cela possible. En fait, je n’y avais jamais pensé. Un prêtre du Temple pourrait peut-être capturer une brume mais je n’en suis pas certaine.


Tuomari, contrarié, hoche la tête. Quoi qu’il cherche, le Temple sera avare d’informations. Et le coupable n’en est pas forcément issu. Sans compter que la danseuse lui a peut-être brodé une histoire. Mais à y réfléchir… Alors qu’il était encore étudiant en droit, neuf ans plus tôt, les trois meilleurs danseurs de brume de l’époque avait mystérieusement disparu. Et si cela remontait plus loin ? Un voleur, ou tueur, en série ? Si Tanssija n’a pas menti, elle est donc elle aussi en danger. Par chance, la formation de juge enquêteur inclut le développement de talents spéciaux. Il peut devenir une simple ombre, imperceptible pour qui n’est pas spécifiquement attentif. Une surveillance discrète…


Deux soirs plus tard, un bruit de chute réveille Tuomari qui, bien que sous forme d’ombre, s’est assoupi. Tapi dans un angle de la loge, il repère tout de suite un homme, en tenue ecclésiastique du Temple des Brumes, se pencher sur le corps inerte de Tanssija. Le prêtre porte un bocal ouvert près d’une oreille de la jeune femme et murmure une incantation. Un brouillard s’élève autour de la tête de la danseuse et s’approche du bocal devant lequel il semble hésiter. Le prêtre scande plus fort ses mots jusqu'à ce qu’il referme le récipient sur la brume captive.


Tuomari, tétanisé par les événements, réagit enfin. Toujours sous forme d’ombre, il s’élance, bouscule le prêtre qui laisse échapper le bocal dont le verre explose au contact du sol. La brume libérée regagne son hôtesse. Le prêtre, furieux, ayant repéré l’ombre du juge enquêteur sur le mur, sort de sa robe une petite planche, se précipite pour la glisser sous l’ombre et épingler cette dernière avec une punaise d’or. Tuomari lance un cri silencieux. Les ombres ne font pas de bruit. Il est prisonnier, cloué à la planchette, et disparaît avec elle dans la poche du prêtre.


Le juge enquêteur ne sait pas combien de temps dure son voyage mais, quand il revoit la lumière du jour, quelqu'un pose la planchette sur une table à côté de deux bocaux de verre. Si, en tant qu’ombre, Tuomari ne peut pas faire de bruit, ni s’évader puisque punaisé, il voit et entend très bien. Derrière le verre des récipients, la brume s’agite et dans chacun il croit deviner un visage torturé. Tanssija avait donc raison. Il y a bien un voleur de brume. Tout en espérant que la danseuse ait survécu, il se demande comment se tirer de ce mauvais pas.


Un prêtre entre dans la pièce. Malgré sa position, Tuomari reconnaît l’aube écarlate aux liserés dorés. Le Grand Maître du Temple des Brumes ! Mais, ce qui surprend le plus Tuomari, c’est le visage sans âge qu’il se refuse à identifier tant c’est incroyable. Pourtant, il l’a vu et revu sur les étendards officiels du Temple. Kerääjä, son fondateur, un bon millier d’années plus tôt, ou son parfait sosie.


L’homme pose son regard sur l’ombre et sourit.


— Bonjour Juge enquêteur. Tu es le premier à parvenir jusqu'ici. Je t’en félicite. Je suppose que tu as des questions à me poser, mais comme tu n’es pas en état de parler, je vais tâcher d’y répondre. Tout d’abord, je suis bien celui auquel tu penses.


Kerääjä attrape un bocal pour en boire goulûment le contenu et le repose en faisant un clin d’œil en direction de l’ombre clouée.


— Eh oui. La brume est le secret de la vie éternelle. J’en ai cycliquement besoin. La danse n’est que le moyen de la fabriquer. C’est pour cela que j’ai créé le Temple.


Tuomari s’agite, en vain, alors que Kerääjä se délecte de la seconde brume. Le prêtre attrape ensuite la planchette en ricanant.


— En rendant sa brume à Tanssija, tu n’es pas intervenu inutilement. Elle se remet. Tu lui as offert neuf ans de vie. Mais en attendant, je dois me nourrir. Dévorer une ombre compensera partiellement la perte de la brume.


 
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   Louison   
17/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Même si le fantastique ne fait pas partie de mes lectures de prédilection, j'ai été emportée par l'histoire et les personnages. Les descriptions sont plutôt bien faites puisque j'ai vu Tanssija danser avec a brume. J'ai un peu moins aimé la fin avec ce Maître qui boit goulument les brumes, j'aurai aimé que ce soit plus subtil, qu'il n'y ait pas de clin d'oeil pour que l'atmosphère soit plus sombre.
Un bon moment de lecture cependant, je vous en remercie.
Louison en EL

   izabouille   
20/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Commençons par la forme :

L'utilisation du temps présent et le côté explicatif m'ont un peu dérangée. Au départ, je croyais lire un article sur la danse de brume écrit par un journaliste. Le côté romanesque manque un peu, surtout quand on est dans le genre fantastique. Cela dit, les explications de la danse de brume sont très bien écrites, j'ai assisté au ballet et j'ai très bien visualisé cette danse.

Concernant le fond, j'ai bien aimé cette idée de la danse de brume et le secret qu'elle cache, c'est crédible et bien amené. L'histoire en elle-même est bien trouvée, elle m'a emportée et la fin m'a surprise.
Merci pour ce bon moment de lecture

   Sylvaine   
24/9/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le début de la nouvelle, l'évocation de la danse envoûtent, d'autant que l'écriture est de qualité. Tout fonctionne à merveille, en fait, jusqu'aux explications données par le prêtre. C'est alors que la clef du mystère déçoit : elle paraît trop facile, trop attendue; on retombe sur une histoire d'élixir de longue vie, en soi assez banale. Et le dénouement est trop rapide, pas assez préparé. On a un peu l'impression que vous ne saviez plus comment terminer votre histoire, et que vous êtes allé au plus facile. Dommage : l'idée de départ est belle et originale, mais vous n'avez pas su maintenir cette qualité jusqu'au bout.

   Cat   
3/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jean-Claude,

La féerie m’a prise par la main dès la première ligne pour m’entraîner dans son halo de brume. L’intro est de toute beauté, jusqu’à la danse et son lâcher de brume final, je nage littéralement dans un moment de bonheur aux auréoles magiques et colorées.
C’est beau, c’est très beau !

Avec une telle inspiration qui te tombe du ciel ainsi, tu as dû vraiment prendre ton pied à l’écriture, Jean-Claude !
Un vrai moment de grâce à vivre, je suppose ?

Ensuite, le suspens m’attise avec l’enquête menée sur la mort du danseur de brume vedette. Et là encore je rêve du merveilleux pour l’expliquer, mais voilà qu’après l’idée géniale de l’enquêteur qui d’hombre devient ombre, cela s’embourbe dans le convenu facile. Un peu comme si après cette inspiration magique du début tu n’avais pas eu la patience d’attendre pour trouver une fin à la hauteur.

Du coup, mon appréciation est mitigée car ta fabuleuse promesse du début me laisse sur ma faim…

Je repasserai donc noter plus tard (ou pas), après avoir mieux soupesé l’équilibre fragile entre mon régal du début et ma déception.

En attendant, merci pour ce "voleur de brume"

Cat indécise

EDIT : je reviens et coupe la poire en deux. :))
Ecris une fin égale au début et je te garde au chaud un passionnément +++

   Willis   
3/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très bien écrit. Une histoire plaisante.
Mais le dénouement est bâclé, dommage. J'aurais préféré la séquestration de l'enquêteur, pendant les neuf années de sursis octroyées à la danseuse, puis l'amnésie.
J'ai apprécié la plume alerte.

   Thimul   
4/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une histoire très originale.
Cette originalité tient surtout dans l'idée du couple constitué par le danseur et sa brume.
Je trouve que la révélation de ce mystère, d'une extrême poésie, devrait survenir à la fin, car c'est cela qui fait toute la beauté de cette histoire. Tout nous dire après la scène initiale (géniale par ailleurs) m'a gâché un peu le plaisir.
A la séquence danse, révélation sur la brume, enquête et séquestration finale, j'aurais préféré : Danse, enquête, séquestration et révélation finale.
En tout cas merci pour cette lecture bien agréable.

   Bidis   
6/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une fort belle histoire que j'ai dû relire plusieurs fois avant de sortir... d'un brouillard. Les noms des personnages étaient trop exotiques pour moi, je les oubliais d'une phrase à l'autre et ensuite, je ne savais plus qui était qui.
A part cela, j'ai passé un très joli moment en compagnie de ce texte poétique, addictif et cruel.

   SQUEEN   
6/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le côté poétique est agréable, il est là tout du long, les explications s'y intègrent parfaitement. Très équilibré comme texte, j'ai beaucoup aimé. Vous nous emmené très loin malgré la brièveté (relative) de cette nouvelle, vous réussissez à nous brosser tout un monde sophistiqué, léger, dangereux et onirique. Merci

   Alcirion   
6/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Décidément, tu sais trouver des bons titres qui donnent envie de lire la nouvelle.

J'ai bien aimé l'histoire, limpide et bien développée. Le petit bémol, sans doute, c'est que c'est très expliqué, même si c'est compliqué de trouver le bon dosage.

Un texte mystérieux dans l'introduction, les réponses viennent petit à petit et conduisent le lecteur à un moment agréable.

Bonne continuation !

   Jean-Claude   
6/10/2018

   Thierry.X   
9/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Même si la littérature fantastique n’est pas mon domaine de prédilection, j’ai trouvé ce récit prenant et l’écriture imagée captivante. Très vite nous sommes entrainés dans une danse envoutante qui ne nous lâche plus jusqu’au dénouement. L’auteur sait parfaitement rendre le mystère qui plane autour de cette intrigue, dommage que la fin soit un peu brutale et moins poétique que le reste du texte.

   nanardbe   
9/10/2018
 a aimé ce texte 
Bien
On se laisse prendre par les personnages…

Très chouette merci pour ce moment ;-)

   Lulu   
9/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jean-Claude,

J'ai beaucoup aimé l'imaginaire et l'imagination qui court et se développe dans le texte et notre esprit en lisant cette nouvelle… La danseuse, au départ, semble être d'un autre temps, et au coeur d'un tableau vivant qui prend forme peu à peu jusqu'à nous toucher. Les couleurs n'y sont pas pour rien. Vous les développez suffisamment pour que l'on se représente l'ensemble de manière claire et belle. Il y a, assurément, de la poésie dans ce regard porté sur le personnage.

La brume comme personnage, ou presque, il fallait y penser… J'ai trouvé l'idée géniale, belle et séduisante.

Vous me confortez dans mon appréciation du genre. Le fantastique me plaît vraiment beaucoup.

Relativement à l'intrigue, j'ai aimé cette plongée dans un univers de spectacle et d'énigme…

C'est, par ailleurs, fort bien écrit. Il y a un ton, une voix narrative qui se fait entendre avec plaisir.

Tous mes encouragements.

   Anonyme   
12/10/2018
Bonjour Jean-Claude,

J'ai buté sur la première phrase, il m'a manqué une respiration entre l'obscurité et le halo.


L'idée de la brume est magnifique. Toute le paragraphe sur la danse est intense, j'aurais aimé prolonger mon ravissement. Malheureusement il me semble que ce texte, si riche en possibilités, souffre cruellement du format court. Dès que le dialogue et l'enquêteur surgissent, tout est trop rapide, à mon goût. En dehors des qualités d'écriture, je vois donc dans ce texte un synopsis pour le début d'un bon roman.

Merci pour le partage.

   Donaldo75   
17/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jean-Claude,

J'ai beaucoup aimé l'histoire de la danse de la brume, le couple de danseurs et tout ce qui va avec. C'est très poétique comme vision de la danse et en même temps très oriental (du moins, dans la juste lignée de l'idée que je me fais de l'Orient millénaire, vu de ma petite fenêtre d'Occidental).

Le suspense est bien développé et la narration s'avère fluide. Le style est comme toujours léché; j'ai eu un peu peur au début parce que les phrases étaient plutôt longues (c'est un peu l'hôpital qui se moque de la charité vu que j'ai le même défaut de gourmandise dans mes propres nouvelles) mais ensuite tout est redevenu facile à lire.

La fin est maline; une pirouette à la Jean-Claude, aurais-je tendance à dire si j'étais de ces jeunes insolents qui peuplent mon quartier et déclarent que Johnny Halliday est mort (c'est pas vrai, dis, Jean-Claude ?).

Bravo !

Don

   stefan   
1/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un univers fantastique proche du merveilleux asiate, façon "Histoires de fantôme chinois". Le style est aérien et limpide, et la danseuse de brume est une belle idée. Je reste un peu sur ma faim quant au final.


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