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Fantastique/Merveilleux
Jedediah : Coup de foudre
 Publié le 27/03/08  -  10 commentaires  -  9107 caractères  -  40 lectures    Autres textes du même auteur

Il faut toujours se méfier des inconnus... Surtout ceux qu'on rencontre en discothèque.


Coup de foudre


- Qu'est-ce que tu dis ?


La musique m'avait obligé à me pencher pour lui parler dans l'oreille. D'un geste brusque, elle me repoussa, et avant de me tourner le dos, elle s'écria :


- Tu m'ennuies ! T'es pas mon genre !


Encore une qui se refusait à moi. C'était déjà la troisième de la soirée. Pourtant, cette fois-ci, c'était elle qui m'avait abordé en premier. Mais elle avait très vite déchanté. Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. J'étais bourré. Un peu trop, peut-être.


Et cette musique de merde. Je ne supportais pas la musique techno. Autant taper dans des casseroles avec des cuillères en bois. Mais cette foutue discothèque ne diffusait que ça. Soirée de merde en perspective.


Samuel me prit par le bras. Il souriait bêtement, du même sourire niais qu'il arborait toujours quand il s'agissait de se payer ma tête.


- Alors, David ? Tu t'es encore pris une crampe, on dirait ?


Pauvre con. Il n'avait jamais eu ce genre de problèmes, lui, avec sa plastique plus qu'avantageuse et sa gueule d'ange. Aucune fille ne lui résistait jamais. Il avait perdu sa virginité à l'âge de treize ans, quand il était parti se cacher dans les toilettes avec la fille du directeur.


Je le repoussai furieusement. Combien de jeunes vierges il allait dépuceler dans sa voiture après la fermeture, je m'en fichais royalement. J'avais autre chose à faire que de l'entendre me raconter sa vie. Il cria quelque chose, puis éclata de rire. J'allai vers le bar. Un petit verre allait me faire du bien. Seulement un petit remontant. Mais des gens faisaient la queue pour acheter de quoi se saouler. Tant pis. Je n'avais de toute façon plus envie de danser.


Samuel, Régis, Cédric... Tous les trois avaient la chance d'être casés. Même si Samuel était cocu et trompait sa fiancée, et que Cédric sortait avec une sorte de mégère complètement hystérique. Moi, j'avais la vingtaine passée, et toujours rien. Aucune fille pour se réveiller à mes côtés le matin. Personne à qui offrir de fleurs à la Saint-Valentin. Mais j'avais un sale caractère. J'avais toujours manqué de charisme, d'humour... et de patience.


Un pauvre type devant moi, habillé n'importe comment, était déjà trop saoul pour articuler correctement. Le serveur ne comprenait rien. Sûr qu'il allait mal finir sa soirée, celui-là. Mais j'avais soif, putain. Je ne savais vraiment pas ce qui me retenait de lui décocher un coup de pied dans les parties.


Un videur m'écarta de son chemin, et deux filles même pas majeures, l'air de deux putes, en profitèrent pour me griller la place. Le regard assassin que je leur lançai n'y changea rien.


Et puis merde. J'avais assez bu comme ça. Au diable cette discothèque de misère.


J'essayai déjà de me faufiler vers la sortie. Je criai pour qu'on me laisse passer, mais j'étais bousculé de toutes parts. Personne ne m'entendait. Saloperie de musique. Pas étonnant que les jeunes aient de plus en plus de problèmes d'audition.


Arrivé près de la porte, je m'immobilisai soudain. Une fille me regardait. Quand mon regard plongea dans le sien, elle me sourit. Pétasse. Encore une qui allait se foutre de ma gueule.


Mais non. Sans la quitter des yeux, je me dirigeai vers elle. Je n'avais jamais vu pareille beauté de toute ma vie. Et c'était à moi qu'elle était en train de sourire. Un grand type baraqué me rentra dedans à pleine allure, et m'envoya rouler par terre. La honte. En signe de solidarité, plusieurs types éclatèrent de rire. Mais le videur était déjà là pour remettre de l'ordre.


Ce fut elle qui m'aida à me relever. Ses mains étaient douces et froides. À nouveau, mon regard fut happé par le sien. Ses yeux étaient bleu azur, et si beaux. Ils s'accordaient parfaitement avec ses longs cheveux blonds. Non. Blancs. Ou presque. Je voulus la remercier. Mais je n'arrivais plus à parler. Son sourire s'élargit encore.


Comme dans un rêve, la musique changea soudain. Du rock. Du putain de bon rock. Ça, c'était de la musique. Autre chose que la tektonik.


Des gens qui sautent dans tous les sens. Je me laissai entraîner moi aussi. Et elle aussi. On se tenait par les mains, et je la regardais. La lumière des projecteurs faisait apparaître ses cheveux tantôt verts, tantôt rouges. Mais ses yeux gardaient leur éclat bleuté. Elle était magnifique. Et elle me souriait.


Un groupe de filles s'écarta sur notre passage. Je reconnus les deux gamines qui m'avaient dépassé dans la file. Elles restèrent à me dévisager. La musique s'accéléra encore. Je descendis mes mains sur sa taille. Elle posa les siennes sur mes épaules. J'étais aux anges. Je souris moi aussi. J'avais sûrement l'air bête. Peu importe.


Un couple s'arrêta de danser pour nous laisser passer. On zigzaguait dans tous les sens sans personne pour nous arrêter. Je vis Régis. Et Samuel. Eux m'avaient déjà vu, et faisaient les gros yeux. Sûr qu'ils étaient jaloux, tous les deux. Je venais de leur voler la plus belle fille de la soirée. Pauvres imbéciles. Voilà ce que ça leur apportait de se moquer de moi.


Je voulus aller près des néons à lumière noire. J'aimais bien voir mes vêtements flasher. Mais elle décida de monter sur l'estrade. Pourquoi pas. Me montrer devant tout le monde. J'allais leur en mettre plein la vue.


Le rêve se poursuivit. Quasiment tout le monde descendit de l'estrade. Il ne restait plus qu'elle et moi. Je vis des gens applaudir, d'autres nous regarder d'un air étrange. Sans doute frustrés de se voir voler la vedette. Régis, Samuel et Cédric me faisaient de grands signes. Ils me demandaient de les rejoindre. Bande de pourritures. Ils la voulaient pour eux seuls. Mais je n'allais pas leur céder aussi facilement. L'occasion était trop belle.


La musique s'arrêtait déjà. Mais un morceau des Red Hot Chili Peppers relança l'ambiance. Je restai encore quelques minutes sur l'estrade, puis elle voulut descendre. J'avais du mal à détacher mon regard du sien. Mais je voyais Samuel qui continuait à me faire des signes. Qu'il aille au diable.


Une bande de gothiques se déhanchaient furieusement à quelques mètres de moi. L'un d'eux comprit que je le regardais, et me fit un signe de croix. Ridicule. J'éclatai de rire.


Elle ne comprit pas pourquoi. Mais elle souriait toujours.


Je l'aimais. C'était absurde. Pourtant, en ce moment précis, je l'aimais vraiment. Un véritable coup de foudre. J'ignorais toujours son nom, mais son regard parlait pour elle. Elle était tout ce dont j'avais toujours rêvé. Je le savais. Tout simplement.


Délicatement, elle pressa ses lèvres contre les miennes. Son baiser était froid, mais c'était si bon. Je me penchai pour l'embrasser à mon tour.


Samuel m'empoigna le bras.


- David ! Arrête tes conneries ! Lâche cette fille !


Je me dégageai sans difficulté. Mais il insista. Il la prit par une épaule. Elle cessa de sourire, et se tourna vers lui. Elle n'avait pas l'air offensé, ni même en colère, mais Samuel écarquilla les yeux et s'en alla, sans un mot. Visiblement, le message était passé. C'était moi qu'elle voulait. Moi seul.


Je voulus lui offrir un verre. Elle ne répondit pas, mais il était clair qu'elle avait soif. Elle m'entraîna vers le bar. Les gens s'écartèrent sur notre passage. Plus besoin de faire la queue. Sans la quitter des yeux, je commandai au serveur un double whisky-coca. Je sortis un billet de ma poche. Il pouvait garder la monnaie. Je vidai mon verre d'une seule traite. Elle aussi. Inutile, pourtant. Plonger mon regard dans le sien suffisait à m'enivrer.


Elle voulait danser. Encore et encore. Je la suivais, partout où elle m'entraînait. Plusieurs fois, je retournai sur l'estrade avec elle. Plusieurs fois, aussi, Cédric et Régis hurlèrent mon nom. Mais je les entendais à peine.


L'alcool me faisait tourner la tête. À moins que ce ne soit elle.


Je dansais plus facilement. Plus de bousculade. Beaucoup de monde avait quitté la salle. L'heure de la fermeture approchait. C'était bien dommage. Cette discothèque n'était pas si mal que ça, finalement. Je profitais à fond des derniers instants, des derniers slows. Mes yeux ne la quittaient plus.


Puis la musique s'arrêta pour de bon. Le silence auquel elle fit place était assourdissant, par comparaison. Il n'y avait plus personne, ou presque, hormis quelques fêtards complètement saouls. Samuel, Cédric et Régis étaient partis sans moi.


Sans réfléchir, je l'emmenai à ma voiture. L'air dehors était glacé. Ses mains aussi. Elle souriait toujours. C'était la pleine Lune.


Je ne fus pas long à retrouver ma voiture. Je m'installai côté chauffeur, elle sur le siège à côté. J'avais un peu dessaoulé. J'allais enfin savoir son nom. On pourrait se revoir.


Quand elle se tourna vers moi, elle ne souriait plus. Les larmes aux yeux, elle ouvrit la bouche, et me murmura dans le creux de l'oreille :


- Je suis désolée...


C'étaient ses seules paroles de la soirée.


Je n'avais jamais remarqué ses dents auparavant.


Trop tard ; déjà elle se penchait à mon cou. Je sentais son souffle froid contre ma peau.


J'étais incapable de bouger.


Je la laissai faire.



 
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   strega   
27/3/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Ahhhh, Uranium, j'avais juste besoin de ton texte. Merci d'avance.

Tout d'abord, j'ai aimé cette manière tout à fait naturelle de décrire l'ambiance et les sentiments de David. C'est tout à fait ça, se faire trainer en boîte par des "copains" alors qu'on sait d'avance que ça va être long, très long...

La rencontre aussi est presque drôle, je me suis facilement mise à la place de David, bien que lui étant un homme.

La description des clients de la boîte m'a faite beaucoup rire, les poufs de service, les fashions, les autres, et ce couple improbable au milieu d'eux.

Je regrette juste d'avoir trouvé si tôt pour la jeune femme, surtout à cause du regard, et les "gothiques" (pseudo, fakes...etc) ont supprimé mes éventuels doutes à son propos.

L'écriture est très agréable et j'avais moi aussi la tête qui tournait.

   Filipo   
28/3/2008
Je trouve que la lecture de ton texte coule particulièrement bien. L'ambiance "boite techno" est retranscrite de façon convaincante... le looser est plus vrai que nature.

J'aime bien la progressivité de la fascination exercée sur la victime, et le sentiment de perte de repère, qui entraine vers la fin, inéluctable.

Beau texte, même si l'intrigue est effectivement un peu "minimale"... Le style fait plutôt penser à une sorte de "clip" sur fond de musque Rock :-)

   Anonyme   
3/4/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'ambiance, la progression dans les relations, le suspense, tout y est pour en faire un texte passionnant à lire et à relire. Très sobre. L'idée de "clip" (voir commentaire de Filippo) est très séduisante. On pourrait en faire un genre à part entière...

   Anonyme   
3/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Texte qui tient en haleine...
écriture fluide qui coule noire sur les phrases courtes, coupées..

Bon je me suis aussi assez vite douté de la fin (des indices ici et là)

J'ai lu ça comme un bon scénario, disons Tarantino à ses débuts :D

   widjet   
3/4/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ennuyeux quand le lecteur a de l'avance sur le déroulement du texte. C'est mon cas hélas (j'avais lu un texte similaire sur Oniris il y a peu). La tension est assassinée dès le début. Pas de la faute à l'auteur....Faute à "pas de chance" sur ce coup là Uranium :-))

Sinon je ne trouve pas que le style et la forme soient particulièrement inventifs ou enthousiasmants. Des répétitions et une simplicité trop "simple" oserai-je dire empêchent le sujet d'être sublimé. Et puis, un dénouement 100% prévisible comme je l'ai dit.

Déception donc mais en rien déshonorant :-)

Merci et surtout continue ! :-)))

Widjet

   Flupke   
7/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bon je sentais qu'il y a avait qqchose de pas très clair et j'avais hâte d'arriver à la fin. Mais je n'ai rien vu venir :-)

   Anonyme   
12/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Les filles de Camaret ne sont plus ce qu'elles étaient.
J'ai bien aimé ce texte qui m'a rajeuni de plusieurs décennies. C'était au bon temps du rock-en-roll...

Merci Uranium. Tu viens de me faire passer un bon moment.

   Anonyme   
14/2/2009
Joli ! J'ai revécu des instants passés et oubliés.
Bon, je dois être une naïve congénitale, j'ai bien noté les mains froides, le signe de croix de la gothique mais prise par le texte, un peu fatiguée quand même par les aller et retour entre le bar, la piste et les sunlights, j'ai pas vu arriver la fin.
Je m'attendais à une catastrophe mais pas à celle-ci.
Bravo pour ces instants de nostalgie, c'est pas que je sois si vieille que ça, mais le disco me manque trop snifff.
"Aucune fille pour se réveiller à mes côtés le matin. Personne à qui offrir de fleurs à la Saint-Valentin", c'est touchant, un soupir dans la cacophonie et c'est bon.

   Anonyme   
15/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Le problème c'est que l'on sent très vite que la fille est louche, tu la rend trop rapidement "énigmatique" je trouve, alors la fin n'est pas vraiment une surprise.
Sinon, j'aime bien ton personnage un peu désabusé, un peu cynique, trop lucide, et qui aime le Rock^^ , et puis finalement tu arrives à nous faire croire, au moins un instant, qu'il reprend confiance en l'existence, ça aussi j'ai bien aimé.
Une jolie histoire. Je suis juste déçue par ta fin.
Dommage.
Pour moi, il n'est pas forcément nécessaire de chercher l'exception des personnages dans le surnaturel.

   marogne   
11/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je n’ai pas vu le film…. Pas lu les livres…..

En tout cas un texte dans l’air du temps, mais amusant à lire. On comprend assez vite comment cela va se terminer, mais bon, cela n’enlève rien au plaisir de la lecture.


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