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Réalisme/Historique
jensairien : Normandiques
 Publié le 28/01/08  -  13 commentaires  -  2925 caractères  -  11 lectures    Autres textes du même auteur

Ce petit texte très court pourrait avoir une suite. À voir.


Normandiques


L’hôpital est comme posé au milieu de nulle part. Le temps est gris et sale, le ciel bas. Quelques arbres déplumés, chétifs et blêmes, font comme des ratures de stylo sur un formulaire vierge. Les rues sont vides, les quelques passants qui s’y aventurent, crispés à leur col de manteaux, le visage impénétrable. Ici pas de nuances de couleurs si ce n’est cette espèce de tonalité gris lavasse. Le monde rêvasse…


Des voitures pourtant, qui vont et viennent dans les allées bétonnées ; les seules vraies traces vivantes de cette planète pétrifiée.
On a claqué les portières, emmitouflés dans nos parkas, et rejoint le hall d’entrée. Le sourire bienveillant des infirmières, les brancardiers à l’œil salace, troisième étage, porte 73.


C’est une chambre d’hôpital comme on en trouve dans la plupart des hôpitaux. Les quatre murs y sont les mêmes qu’ailleurs, le petit cabinet de toilette à l’identique, la même armoire en fer, le même lit à barreaux. Le même radiateur et, au dessus, la même large fenêtre. Presque la même vue qu’ailleurs. Trois frondaisons dégarnies se balancent contre le ciment du ciel, et pour elle – condamnée sur sa couche – à peu près tout ce qu’il lui reste du monde.
Son regard s’affole en nous voyant entrer. Comme un oiseau pris au piège, un furet acculé dans les rets du chasseur, le cœur battant. Mais son corps est impassible ; son esprit, vif, impétueux, broyé sous une congère.


Cette maladie a un nom. Elle, un petit appareil, sorte de calculatrice fixée au montant du lit, qui la relie au monde perdu. Elle tape d’un doigt terrible, le seul qui encore lui obéisse, des mots qui s’inscrivent sur une fine bande plastifiée. Lettre après lettre, vingt six caractères comme vingt six plaies, les mots se dévident comme un rébus et s’enrubannent en phylactères. D’entre nos mains, sitôt parcourues, ne sachant qu’en faire, de ces mots qui d’ordinaire si bien s’envolent, les bandelettes glissent lâchement sur la couverture sans plis du lit.
Et elles deviennent alors comme les scories dans l’atelier du menuisier. Et effectivement il y a comme une odeur de sciure dans cette chambre. Une odeur de bois mort, une odeur de cercueil. Et c’est comme si, s’épuisant sur son appareil, elle rabotait son propre cercueil. Un cercueil qui ne voudrait pas dire son nom.


Isabelle est restée avec elle. Moi qui ne la connais pas, moi qui n’a aucune chance de la connaître, plutôt que de rester là, accolé à la fenêtre avec mon sourire couillon, je suis sorti.
Je les ai laissées toutes deux, Isabelle et son ancienne amie. Claque la porte. Tu te retrouves dans un couloir sinistre avec autant de portes fantômes. Claque les portes, tu te retrouves, dehors, sur un parterre de graviers, éthéré comme un plateau lunaire. De petits engins mobiles se déplacent dans une étrange chorégraphie avec une lente science, et voici la vie. Et c’est cette vie qu’il nous faut fuir. Demain l’espoir.


 
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   pounon   
28/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ambiance de fin de vie bien décrite et imagée, par contre les bandelettes me feraient plutôt penser aux copeaux qu'aux scories du menuisier puisqu'il est question de cercueil.

   marogne   
28/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé, même si ce n'est pas forcément une lecture pour un lundi matin. Ca fait vécu, mais la langue met une touche de poésie, et d'intemporel sur le texte.

Effectivement, "scories" m'a arrété, mais c'est peut être le seul reproche que je ferais.

   Bidis   
28/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’ai été surprise par la fin trop abrupte de ce texte. Et c’est dommage parce que l’atmosphère y est, le décor est planté, j'attendais l’intrigue avec intérêt.

Pour moi, « scorie » signifie déchet d’une opération quelconque, donc ce mot ne m’a pas gênée ici..

Par contre, je me permets deux petites remarques :
- « des ratures de stylo sur un formulaire vierge » : je trouve excellente la métaphore arbres = ratures de stylo. Mais le formulaire vierge sur lequel s’inscriraient ces ratures fait penser à un désert, une plage, une étendue… Or on est dans une rue.
- « Une odeur de bois mort, une odeur de cercueil. Et c’est comme si, s’épuisant sur son appareil, elle rabotait son propre cercueil. Un cercueil qui ne voudrait pas dire son nom » : répétitions non agréable à la lecture. J’aurais enlevé le premier cercueil (« une odeur de cercueil »), je trouve que "une odeur de bois mort" suffit.

   victhis0   
28/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
très beau texte avec tout ce qu'il faut d'émotion retenue ; çà sonne effectivement tellement juste qu'on ne peut que croire à la malheureuse authenticité de ce récit.
je partage la rmeaque sur la page vierge, de mon pont de vue mal à propos.
Félicitations, et sincères condoléances...

   jensairien   
28/1/2008
merci pour le commentaires attentifs. Quelques remarques
1/ c'est du vécu c'est vrai
2/ merci pour les copeaux à la place des scories, j'en prends bonne note
3/ pour la réflexion de Bidis, je dirais juste qu'un formulaire vierge n'est pas une feuille vierge. C'est normalement un papier plein de questions et considérations administratives imprimées ainsi que de cases à cocher. (enfin c'est comme ça que je le voyais)

   clementine   
28/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Petite tranche de vie.
Pas un très beau jour, l'ombre de la mort est présente avec son cortège de noirceurs.
Personne ne veut mourir dans ce décor, on voudrait tous( je crois)quitter ce monde entouré des siens les plus proches et de notre décor familier, sa maison, sa chambre, son lit.
Tu nous as bien immergé dans l'ambiance triste de ton texte.
C'est bien écrit, un peu court peut être, comme parfois la vie .

   Scrib   
1/2/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai très apprécié ce déploiement de sensibilité et d'émotions

   Anonyme   
17/2/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Des petits détails prouvent que tu connais bien les hôpitaux...
Me trompe-je?

L'ambiace est poisseuse à souhait, la poésie bien présente.

T'en dis pas mal en peu de lignes.

Une réussite!

   widjet   
28/2/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Lugubre et d'une grande mélancolie. Une nouvelle qui se ressent et qui sonne juste, vrai. C'est du vécu et ce n'est guère étonnant. On ressort de cette lecture mal à l'aise. L'exercice est donc réussi.
Enfin le "demain l'espoir" a quelque chose de presque cynique. Volontaire ou pas?

Auteur étonnant qui surgit là où on ne l'attend pas....

Widjet

   xuanvincent   
19/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Le sujet, dur, me paraît bien traité et l’histoire m’a intéressée.

Je n’ai pas tout de suite saisi de quoi souffrait la patiente. C’est à ce moment que j’ai davantage apprécié ce récit.

Notons que la maladie - le locked-in syndrome - n’est pas nommée mais en lisant le passage on comprend bientôt de quelle terrible maladie il s’agit.

J’ai apprécié la première phrase. Egalement la fin.

Détail : « moi qui n’a aucune chance » : coquille : « moi qui n’ai »

PS : Ce court récit m’a rappelé le poignant témoignage « Le Scaphandre et le papillon, de Jean-Dominique Bauby.

   Flupke   
2/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un peu de chipotage : j’aurais souhaité davantage de précision ou quelques clés sur la maladie, mais peut-être cela aurait affecté le ton du texte. Mais je trouve que cette visite et les émotions ressenties sont vraiment très bien décrites. J’ai bien aimé l’image des arbres à travers la fenêtre qui sera ce qu’elle gardera du monde extérieur. Cela met en relief la fixité et l’immobilisme. Merci de nous avoir fait partager en moins de 3000 caractères cette émotion par procuration.

   Anonyme   
1/3/2009
Si cette maladie à un nom pourquoi ne pas le donner ? D'un autre côté, quelle importance, le nom ? Pourtant j'aimerais savoir. peut-être que ça me permettrait d'être plus à côté de cette personne qui souffre.
Les descriptions sont à la fois très belles et très dures.
Je sais ce qui se passe, je vois la tête du gars qui sort en claquant la porte, je sais ce qu'il ressent puisque je lis cette nouvelle. Le narrateur me la confie pour que j'y jette un oeil à cette souffrance rentrée, donc je suis impliquée et pourtant je reste dehors.
Ca me laisse cette impression que de toute façon, quoi que je puisse dire, ressentir, ça ne l'atteindra pas, et ça n'arrangera pas les choses.

   Anonyme   
1/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Mis à part "copeaux" et "moi qui n'a(i)", le texte est bien écrit.
Sensible et poétique aussi.
Merci
Bébert l'affreux
Ps Bravo pour les ratures de stylo


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