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Sentimental/Romanesque
JMCO : La méridienne jaune
 Publié le 26/05/18  -  6 commentaires  -  4508 caractères  -  74 lectures    Autres textes du même auteur

Les souvenirs ont toujours une bonne raison d'être oubliés.


La méridienne jaune


Souvent, mère se reposait sur la méridienne jaune que nous sortions dans le jardin. De ma fenêtre, je pouvais la voir alanguie, avec au bout de la main, son livre à secrets que partout elle emmenait.


Sa mort tenait le livre fermé. Il est resté ainsi. L'histoire inconnue se continuait ailleurs.


La vie. Et je suis retourné à mes travaux sur ces objets si particuliers et si banals que sont les chaises : antiquaire et restaurateur je suis. Comme pour les marins, pour qui chaque corde est nommée, je connais les chaises par leurs noms devenus mes rêves. Je me berce dans des berceuses, tourne autour des bornes, ne m'assois jamais sur une caquetoire, partage les mots sur une causeuse, laisse quelques clientes user de ma chaise à vertugadin en espérant qu'elle l'abandonne et confesse mes pauvres péchés dans un confessionnal qui, paradoxe plaisant, est aussi une bergère à oreilles, évidemment sourde. Par contre, nul n'est autorisé à utiliser mon « Ever-Ready » plus communément appelé WC de voyage qui suscite rires, moqueries et stupeur à la lecture du nom du fabricant, L. Vuitton.


De toutes mes chaises, j'ai un attachement particulier pour les méridiennes que j'appelle de leur nom ancien, veilleuse, du temps de Louis XV. Mère aimait les méridiennes, la sienne reste ma jouvence et a conservé, malgré l'âge, son jaune éclatant. Le jaune des vacances d'été, le jaune du réconfort mais aussi de la trahison insidieuse, de la fausseté.


J'aimais à m'y allonger, et même à m'y pelotonner proche de cette mère qui me manque tant. J'aimais aussi glisser mes mains entre les coussins jusqu'à ce jour fatidique où mes doigts se sont arrêtés sur un obstacle fin et dur. D'entre ses plis aimés, ma main curieuse a sorti une carte postale, un tournesol. À son verso, des mots comme un abysse, un couteau dans le cœur, des mots rouge sang, gras et étalés, un « je t'aime » puissant, coupant et affirmé d'un « L » présomptueux.


À qui et pour qui était cette carte ?


En évidence sur ma table de nuit Louis XV, elle est restée dans le temps de l'attente. Quelques amies éphémères l'ont retournée, à leur perplexité, nulle réponse. Après tout, on ne lit pas le courrier d'un autrui inexistant.


Alors pourquoi ce jour ai-je eu le désir d'ouvrir, enfin, le livre de maman ? Où était-il ? Une hésitation. Les souvenirs ont toujours une bonne raison d'être oubliés. Ah oui ! dans le tiroir de la table de nuit. Les curseurs avaient joué, leurs résistances : un vain rempart à ma curiosité. Le livre, jamais feuilleté, jamais violé, était à moi. Des pages d'écriture fine et blanchie, des phrases ajourées de mots échappés, des esquifs pour le naufragé.


« Aujourd'hui, accoudée à l'embarcadère, pied sur l'horloge aux aiguilles molles, j'attends le nocher qui me fera traverser le fleuve sombre.

Sont-ils possibles les... d'une fin amputée ?

Sur mes lèvres reposent les soupirs. Délié de l'ombre par vos doigts, le plaisir écume et fleurit en un débordement, et s'abîme, dans le tourniquet de votre souvenir.

Vous ne l'ignorez pas, je suis... Dans ma petite voiture, je fuyais l'abandon... un chemin enneigé... et je montai pour ne pas sombrer. Je montai pour garder la tête hors de l'eau.

L'enchantement de votre corps doux et... ma main sur votre peau et l'espace... en un jardin merveilleux. Je l'arpente, hésitant, tantôt comme une enfant, tantôt en proie à un désir sauvage. Qui et où apprend-on les caresses ?

Explorer vos corps, les passés, les à venir. Mes yeux courent sur l'horizon de vos... La pulpe de mes doigts... votre peau... Nous avons partagé les sentiments, vous ne...

Vivre ce temps, vous êtes une si belle personne.

Vous m'offriez où naissent vos rêves colorés, intimité bien plus secrète que celle des corps. Le merveilleux d'une joie entière… »


Des pages tournées, deux cartes impatientes s'échappèrent vers la liberté rendue. « Les Contamines » marquée d'un « Juillet la nuit, ta peau si douce à mes lèvres » et une carte d'opportunité stylisant une moisson libellée « Que toi et le rire de la vie renouvelée » ; toutes deux signées du même « L » maintenant honni.


Père ne s'appelait pas « L ». Je suis né en avril. Mon prénom est Loïc et si mes intonations sont celles de mon père, mes traits ne sont que de ma mère. Qui était ce « L » dont je suis la mémoire mêlée d'infamie et d'amour ?

Ma mère était une femme.

C'est ainsi que naissent les doubles nécessaires.

Depuis, j'ai vendu la méridienne jaune, je me suis marié. Elle s'appelle Lina.


 
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   vb   
26/4/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,
je n'ai pas beaucoup aimé ce texte. Il m'a paru un peu trop ampoulé mais surtout non abouti. Il me laisse sur ma faim. J'aurais voulu en savoir plus à propos de ce narrateur, ce fils à maman, très conservateur, à la morale étriquée.
J'ai trouvé l'énumération des noms de meubles anciens beaucoup trop longue. Comme je ne suis pas antiquaire j'aurais dû, pour chaque mot, aller au dictionnaire. Je n'en ai pas eu le courage. J'ai juste consulté le cnrtl pour apprendre le sens de méridienne que je ne connaissais pas.
Le journal de la mère ne m'a pas paru très agréable à lire à cause de la quantité de trois points qui rompent le rythme de la lecture.
"antiquaire et restaurateur je suis" est une tournure qui m'a semblé en première approche un peu lourdingue mais qui de fait correspond bien au narrateur. À la relecture on comprend mieux l'intention de l'auteur, mais je trouve personnellement qu'il faudrait donner plus de volume au personnage du narrateur pour mieux comprendre pourquoi le fait d'avoir découvert que sa mère a eu une aventure et que son père légal n'est pas forcément son père naturel pousse le narrateur a rejeter sa mère jusqu'à vendre la méridienne jaune qu'il semblait idolâtrer comme une relique, une icône de sa mère.

   plumette   
26/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
ce texte diffuse une ambiance surannée qui m'a été plutôt désagréable.
j'ai bien aimé cette manière d'entrer dans l'histoire par "l'objet", la méridienne qui permet au narrateur d'évoquer son goût pour les sièges avant de dévoiler ce qui le préoccupe. D'abord un indice, trouvé dans la méridienne, un indice qui ouvre les pensées : cette "mère" qui était-elle vraiment?

et puis, un jour, le "courage" d'aller voir de plus près. J'ai bien aimé également ces bribes de journal, ces phrases entamées qui ne se terminent pas, ces points de suspension en écho à tout ce qui reste obscur, plausible, incertain.

Ce texte est finalement assez prenant parce qu'il propose un alliage subtil entre fond et forme.

A-t-il fallu que ce narrateur découvre qu'il était peut-être la mémoire de ce L " mêlée d'infamie et d'amour " pour quitter enfin cette mère "absente" perdue dans son carnet à secrets ?

Plumette

Ps après publication: je me relis et découvre avec stupéfaction mon lapsus! Il fallait lire "plutôt agréable" à la place de " plutôt désagréable"! J'aime bien , en général, ces textes qui nous viennent du passé, dans un langage "raccord" avec ce passé et l'image d'une mère alanguie sur sa méridienne jaune m'évoque des souvenirs visuels ( mais c'était ma grand-mère!)

   Perle-Hingaud   
26/5/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,
Une lecture tranquille et… reposante !
C'est un style assez précieux, le pompon pour "antiquaire et restaurateur je suis.", mais sinon, j'aime bien le catalogue des chaises, et l'histoire est cohérente avec le style. Les points de suspension sont pour moi des parties que le narrateur n'arrive pas à déchiffrer dans les lettres.
En conclusion, une histoire nostalgique qui manque à mon goût de naturel, mais agréable à parcourir.
Merci pour cette proposition !

   BlaseSaintLuc   
26/5/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Par ou commencé ? Bon qui est donc ce fils antiquaire, qui adule puis rejette sa mère sous prétexte qu'elle as eu un amant, pas assez d'infos sur le personnage, et trop sur des chaises qui quoique faisant le lien par le biais de la méridienne et le métier du conteur, ne font pas avancer l'histoire beaucoup plus que nous et les histoires de chaises fussent elles percée. Trop de saccades dans le texte, trop de trous dans le livre secrets de sa mère, on est curieux, on était là pour qu'il nous les livre, on m'a reproché de dire que certains poèmes eut méritaient un développement en nouvelles, ici, on a parfois l'impression que l'auteur voulait être un brun poétique dans l'évocation de cette mère pourtant rejetée. Pourquoi le personnage qui rejette apparemment sa mère (symbolisé par la vente de cette méridienne qu'il aimait tant) à t'il appelé sa fille LINA, en mémoire d'un père naturel, qu'il n'a pas connu ? Trop de questions sans réponses, trop de saccades, sans raisons.

   PierrickBatello   
28/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Lu d'une traite, j'ai apprécié le style: il y a un vrai parti-pris de l'auteur. On est loin d'une écriture blanche et insipide; même si ses rotondités peuvent agacer les modernes lecteurs qui aiment comprendre chaque mot dans un vocabulaire limité à 2000 unités. J'ai aimé aussi l'histoire, comment elle est amenée, par le meuble qui transmet son passé. C'est une très bonne entrée en matière.

J'ai moins apprécié le passage de la lecture du livre de sa mère. Là, j'aurais aimé plus rentrer dans l'histoire de cette femme. Avoir plus d'images concrètes mais l'auteur est resté dans un style poétique, un peu trop à mon goût à ce moment-là du récit.

Néanmoins, je regrette la brièveté de la nouvelle, j'en aurais bien repris du rab.

   Donaldo75   
21/6/2018
Bonjour JMCO,

Je ne sais que penser de ce texte. Même si le sujet, celui de cette méridienne, ne me passionne pas réellement, la lecture est envoutante, un peu comme quand on regarde la télévision sans pouvoir s'en empêcher alors que le documentaire ne déchaine pas les foules.

Et la fin m'a paru juste surréaliste, décalée, hors sol.

Étrange, cette sensation de lecture et cette impression de ne pouvoir résister à un texte qui est, je trouve, bien écrit.


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