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Aventure/Epopée
Jmeri : À la recherche du silence perdu
 Publié le 11/04/18  -  10 commentaires  -  2550 caractères  -  79 lectures    Autres textes du même auteur

Aventure cévenole.


À la recherche du silence perdu


Des vestiges de silence ont été découverts dans les Cévennes, près du mont Aigoual,

annonce Pujadas au Journal de vingt heures.

Il n’en fallait pas plus pour réveiller l’Indiana Jones qui dormait en moi.

Sandwich, chandail, motocyclette vintage et on the road

pot pot pot pot…

sur les routes parfumées de vent et de gentiane

accompagnés par le nuage de fumée bleue du moteur…


Me voilà arrivé, pioche à la main et manches retroussées.

Mais en guise de silence c’est une fanfare de bruits qui m’accueille :

chants des cigales, vocalises des merles, cliquetis des fourchettes, éclats de rire,

braiments d’ânes, sonates de Chopin… un vrai chaudron de bruits.

Il fallut attendre la nuit et le voisinage des chouettes pour enfin trouver les premières traces de silence,

sous le tilleul Louis XIV qui fait office de pare-étoile (et de tisanière).


Lentement le silence envahit la nuit. À pas feutrés. Comme les Sioux.

Sous la grande voûte étoilée de profondeurs et de mystères.


Silence limpide

Transparent

Parfait


sauf… lirilorilirilorilirilori…


sauf cette agaçante flûte d’eau qui coule dans la fontaine

J’efface.

Silence parfait

Cosmique


sauf… frout frout frout frout…


Sauf ce petit froissement de feuilles contre mon oreille.

J’allume la lampe. Un hérisson me regarde de ses yeux en perles d’obsidienne, étonné de voir cette énigme ébouriffée devant lui.


– Chasseur mental ? il demande, en remuant sa truffe de nez.

– Non, je réponds.


Puis il continue son chemin d’étoiles, de brin d’herbe en ver luisant

en portant son armure préhistorique sur le dos.


Silence parfait.

Absolu.

Primal.


BRRRRAOOOOUUM !!!!!!

Soudain là-haut le grand Vaisselier tombe par terre

les étoiles se fracassent en un million de morceaux

la montagne tremble de frayeur

l’espace retient sa respiration

la chouette rentre sa tête dans les épaules


Puis plus rien. (Sans doute une scène de ménage là-haut)


Silence à nouveau

Cristal.

Pur


Tip… tip… tip top… tip… top… top… tip… tip…


Moment choisi.

Les feuilles du tilleul se mettent à pianoter

d’abord timidement, du bout des doigts

jeu chromatique sur clavier de soie

scherzo pour une nuit d’été

pour une pluie d’étoiles

puis accelerando…

puis subito vivace…

Vite un abri !


Dans le caveau, la famille huguenote* me regarde d’un air amusé.


Silence parfait.

Sépulcral !


________________

* Les huguenots réfugiés dans les Cévennes enterraient leurs morts dans des cabanes mortuaires sur la propriété.


 
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   Louison   
13/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup la poésie qui se dégage de ce texte. La recherche de ce silence parfait qui n'existe pas et que le narrateur trouve dans ce caveau "habité".

Le rythme de l'écriture est très agréable.

Merci pour ce bon moment de lecture.

   kreivi   
19/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Léger, pétillant, plein d'humour.
les onomatopées (ancêtres du langage) viennent rythmer le récit de touches champêtres.
J'adore ce petit hérisson curieux.
Et ce vaisselier qui tombe !
Bref, croustillant comme un croissant qui sort du four.

* lu déjà en poésie. et donc apparemment refusé de l'autre côté.

   Hananke   
11/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Ce texte à mi-chemin entre la nouvelle et la poésie en prose
m'a bien amusé. Pas facile à trouver le silence, le vrai, celui qui, peut-être, résonne chez les sourds.
Le scénario est bien construit, de la nature au tombeau, l'auteur
nous décrit tous ces petits bruits auxquels on ne pense même plus,
de soit trop les avoir écoutés ou trop oubliés.
Les silences de nos maisons trop isolées nous fait souvent passer
à coté de l'essentiel : les petits murmures de la Vie.

   plumette   
11/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Il n'a pas du être facile pour l'auteur de faire un choix de catégorie !
est-ce une nouvelle? Une poésie en prose? il y a un petit soupçon d'aventure avec ce départ en mobylette vintage, j'ai bien aimé l'économie de mots, les images suscitées par cette aventure singulière.
une jolie idée, avec un traitement léger, mais pas si léger au fond.

Merci pour ce dépaysement!


Plumette

   GillesP   
11/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé ce texte à mi-chemin entre la nouvelle et le poème en vers libres. La première phrase m'a tout de suite accroché. L'ensemble est plein de légèreté, d'humour discret et de poésie.
Je l'avoue, c'est le titre qui m'a, au départ, poussé à lire cette nouvelle. Je me suis dit: "qu'est-ce que c'est que cet auteur amateur qui ose reprendre dans son titre le monument proustien?" Je m'attendais à un texte présomptueux d'un auteur sûr de son génie... Eh bien, pas du tout, c'est un texte tout en retenue, empli d'humilité et d'humanité, que j'ai découvert. En ce sens, le titre est bon, puisqu'il m'a poussé - pour de mauvaises raisons, je le concède - à découvrir votre texte.
Au plaisir de vous relire.
GillesP

   Brume   
11/4/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Jmeri

Texte lu et commenté dans la catégorie poésie.
J'avais écrit en EL un commentaire d'enfer et mis un passionnément!!! Ça été supprimé.

Bref. Quelle est la définition du silence finalement ?
Votre nouvelle me répond que le silence parfait n'a rien à voir avec le silence de mort. Mais le silence c'est entendre le son de la nature, des bruits sains, doux, et purs.

Je commente rarement les nouvelles. Mais j'ai été séduite par l'ambiance, la musique, et toute la vie qui s'exprime dans votre monde merveilleux.

Coup de coeur pour " lirilorilirilorilirilori "

   hersen   
11/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte dont on ne sait vraiment s'il est nouvelle ou poésie. Mais qu'importe, il nous emmène dans les sons perdus, le silence n'est là que pour les mettre en valeur.

Un texte très inventif !

merci de cette lecture !

   Lulu   
11/4/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Jmeri,

j'ai adoré parcourir ce texte poétique et ce chemin "à la recherche du temps perdu". C'est frais et léger, agréable et délicieux...

On suit aisément le narrateur avec ses yeux, son engouement, et son sens de l'aventure assez vite. Si au début je me suis dit que la référence à Indiana Jones n'allait pas me plaire, j'ai été conquise dès les vers suivants et me suis représenté le narrateur "sur les routes parfumées de vent et de gentiane"...

J'ai aimé le choix du vocabulaire et des images, comme "un vrai chaudron de bruit", par exemple, ou les "vocalises de merles" , ainsi que les type de phrases qui par leurs longueurs inégales donnent un beau rythme d'ensemble en portant à merveille la voix du narrateur. Ainsi l'entendrait-on presque raconter, comme dans un conte : "Lentement le silence envahit la nuit. A pas feutrés. Comme les Sioux." Je n'ai pas lu à haute voix, mais il y a une belle dimension orale dans ce texte.

Puis, les images donnent envie de découvrir la région..., même si partout l'on pourrait voir "la grande voûte étoilée de profondeurs et de mystères. C'est dit de façon si simple que l'on atteint à une poésie que je trouve particulièrement magnifique.

Je ne vais pas tout relever : tout ou presque illustre pour moi une belle aventure poétique : "ce petit froissement de feuilles contre [...] l'oreille", ou encore ce "Vaisselier [qui] tombe par terre"...

En fait, je me suis juste demandée où vous alliez nous entraîner avec les éléments du vingt heures de Pujadas au tout début, et c'est le seul regard septique que j'ai pu avoir sur tout cet ensemble admirable. Mais à la relecture, je comprends mieux ces premiers mots et leur choix.

Vous parlez, par le truchement du narrateur, de la vie avec ses silences, et ce qui la fait. Et il est bien agréable de se dire que c'est aussi cela, tout cela.

Je relirai ce texte avec plaisir, assurément.

   Jmeri   
13/4/2018

   Goelette   
13/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une lecture qui m'a ravie (au deux sens du terme)
Dès la première phrase on pénètre de plain-pied dans VOTRE univers fait d'humour, de poésie, de narration où chaque touche nous conduit sans jamais plus nous lâcher jusqu'à l'excellente chute.
Les lignes font alterner sans choquer des ambiances bien différentes comme ces "routes parfumées de vent et de gentiane (mais)
accompagnés par le nuage de fumée bleue du moteur…" comme ce "tilleul Louis XIV... pare-étoile (et tisanière)
J'adore ce mélange raffiné de styles, de genres : poésie ? nouvelle ? Les deux et qu'importe. Je vais vite aller découvrir d'autres oeuvres et en tout cas merci pour cette belle page.

Goélette


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