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Réalisme/Historique
Jocelyn : Un jour comme les autres [Sélection GL]
 Publié le 13/09/19  -  8 commentaires  -  27619 caractères  -  48 lectures    Autres textes du même auteur

Des centaines d'enfants se retrouvent chaque jour à la rue. Ce ne sont que des jours comme les autres.


Un jour comme les autres [Sélection GL]


Cinq heures trente, un cordon bleu chante dans l’arbre. Makenga se dérobe calmement à son sommeil. Il fait encore noir. Elle doit puiser de l’eau pour les enfants de madame, la femme de son père. Elle ne tarde pas à quitter le divan du salon. Quelques courbatures. Un bon étirement ferait probablement du bien. Hum, rien ne vaut se dégourdir dûment les membres. Bon faut y aller, de l’eau vite !

Dehors le climat gèle les côtes. Elle passe un pagne marron sur ses épaules, couvrant ainsi tout son haut pour se mettre à l’abri du froid.

Après six heures, la REGIDESO coupe l’eau. Il faudrait en puiser pour tout le monde comme il en est encore temps. Il y a déjà une file d’attente devant le robinet de la cour commune. La femme du propriétaire de la cour la toise. Ce n’est pas nouveau. La femme du propriétaire de la cour est la meilleure amie de sa marâtre. Makenga ne répond rien à cette grimace, elle baisse juste les yeux. À force, elle a déjà fini par en avoir l’habitude.


Dehors les premiers commerçants ambulants commencent déjà à vociférer pour signaler leur passage. Un nouveau jour accablant vient une fois de plus de se lever à Kinshasa. L’impression qu’ils s’amassent tous les uns sur les autres comme des feuilles mortes.


***


Six heures juste. Mbodi dort encore dans le divan du salon quand les enfants de sa marâtre sortent de leur chambre. Ils doivent aller à l’école, comme d’habitude. Sa marâtre l’invite à laisser le divan aux enfants légitimes de son père. Il s’en va poser par terre son corps et s’adosser contre un mur du salon. Sa marâtre dépose soigneusement sur le divan encore chaud les uniformes tout pimpants de ses enfants. L’exhalaison de leurs parfums saisit avec grâce les narines à peine réveillées de Mbodi. La fragrance lui inocule le goût sans bout des études.

Il n’ira pas avec les autres en tenue bleu-blanc. Son père a cessé de financer sa scolarité voilà maintenant deux ans. Ça paraît être une décision définitive. Certainement que sa belle-mère y est pour quelque chose…


La journée risque d’être longue, une fois de plus, pour Mbodi. Ses deux mains solidement posées sur ses joues émaciées, il regarde ses demi-frères. Il ferait peut-être mieux d’aller jouer avec ses amis du marché Gambella. Seul remède pour lui à l’étirement douloureux et ennuyeux du temps.


La marmite paraît grelotter sur le réchaud. L’eau qu’elle contient bout. Le couvercle dansant au rythme de la vapeur laisse filer des sonorités assorties au silence précaire du petit matin.

La marâtre de Mbodi verse une partie de l’eau chaude dans le seau multicolore. La danse du couvercle est interrompue. Elle collecte ses enfants en direction du robinet. Le temps est assez frisquet pour se laver avec de l’eau fraîchement fournie par la REGIDESO. Il ne faut surtout pas que les petits légitimes du père attrapent froid.

Dehors les activités commencent dans un concerto de bruits allant crescendo. Un pousse-pousseur remonte les allées, signalant à tue-tête sa présence. Des moteurs de motos et de taxis-bus vrombissent par intermittence mécanique agencée. On entend çà et là des chuintements des balais qui rasent le sol et des voix diffuses qui fredonnent à volonté les dernières chansons religieuses parues sur le marché. Toutes des voix de femmes.


Les trois enfants du père de Mbodi ont pris leur douche. Ils rentrent dans le salon, emmitouflés dans leurs serviettes immaculées, attendant que leur mère leur applique de la lotion hydratante avant de soigneusement les parer pour l’école.


***


Six heures trente, Makenga a fini de laver ses frères. Elle les habille avant de leur servir leur petit déjeuner. L’école, elle n’y va plus depuis le décès de sa mère. Sa nouvelle mère ne soutient pas sa scolarisation. Logique. C’est la fille de sa rivale, même morte. Aucune nécessité de l’envoyer à l’école pour qu’elle y apprenne à l’insulter en français. Elle est probablement plus utile en cuisine que dans une salle de classe…

Après que ses frères, ou pour être plus explicite, ses demi-frères, s’en sont allés étudier, elle restera s’occuper de la maison.


L’ambiance est assez calme comme d’habitude. Les fils de son père échangent entre eux mais rien de bien intéressant. Ils bavassent juste à mi-voix, parlant de leurs enseignants et de leurs condisciples. Les fredaines des derniers jours. Les histoires de l’école pour la plupart. À les entendre, Makenga se remémore l’époque où elle portait elle aussi l’uniforme. De vagues souvenirs d’un passé assez lointain. Huit ans. Le temps qu’ont mis ses deux frères pour en arriver là.

Elle ne parle plus jamais de ses regrets de n’être pas allée bien loin dans sa scolarisation. De toutes les façons que faire ? Sa belle-mère avait des arguments assez solides pour convaincre son géniteur de ne pas jeter son argent par la fenêtre en l’envoyant étudier. Après tout, c’est une fille. Elle est bonne pour le mariage…


Les fils de son père ont fini de se nourrir. Ils enfilent leur sac à dos, direction l’école. Makenga les prend par la main. La journée va être longue pour elle aussi.


***


Sept heures. La marâtre de Mbodi est allée accompagner ses enfants à l’école. Le divan est à nouveau vacant pour lui. Il est tenté de continuer son sommeil. Mais la petite sœur de sa marâtre se réveille à son tour. Elle doit nettoyer la maison.

Mbodi est engourdi. Il n’a guère d’autres choix que d’affronter la brise du matin à l’extérieur. Pas moyen de compter sur ses guenilles pour le couvrir. Il enroule ses bras autour de son corps à la recherche de la moindre source de chaleur fournie par ses côtes.


Dans la cour commune tout le monde est debout. Sauf quelques fainéants qui font leur grasse matinée. Çà et là des gens brossent les dents. D’autres nettoient leurs chaussures. Il y a déjà une file d’attente devant la douche. Des femmes avec leurs pagnes sur la poitrine s’échangent des nouvelles des derniers jours. Des hommes en culotte, torse nu, avec leurs serviettes sur les épaules, parlent politique ou football. Le petit chien de la cour fouille dans les poubelles comme à son habitude.

Mbodi ramasse ses billes pour se verser matinalement dans sa principale distraction. Le sol est encore humide sous l’effet de la rosée. Pieds nus, il emménage l’espace, trace les circuits et installe ses jouets. Une fois tout l’espace bien disposé, il commence. Ça fait tic, tic. Des billes transparentes sautent et fusent. Son occupation le fait bien.


***


Makenga a laissé à l’école les fils de son père. Elle rentre à la maison. À son arrivée, ce dernier est déjà debout. Il déjeune au salon. Elle le salue en toute politesse, il acquiesce comme à son habitude. Il faudra attendre que tout le monde ait fini sa besogne pour pouvoir nettoyer la maison. Elle va s’asseoir sur le divan dans l’entre-temps. Elle reçoit une gifle surprise à l’oreille. Sa belle-mère. Comment peut-elle oublier de sortir le matelas des petits au soleil alors qu’elle sait très bien que ce sont de vraies fontaines nocturnes ? Doit-on le lui rappeler à chaque fois ? Quelle obtuse alors ! s’exclame la femme exaspérée.

Le gros matelas pèse sous ses minuscules bras. Elle le traîne jusqu’à l’extérieur. Le soleil n’a pas encore germé. Il faudra attendre, encore attendre. Déjà de grosses gouttes de pisse dégoulinent du gros tas de mousse et arrosent le sol encore humide sous l’effet de la rosée. Elle l’a placé sur le mur de la clôture, le gros matelas. Ce n’était pas facile.

Maintenant, il y a la serpillière. Les installations sanitaires ne se nettoient pas seules. Surtout lorsque personne ne veut le faire dans toute la cour. Surtout aussi lorsque la femme du propriétaire de la cour est la confidente de la marâtre. Toutes semblent s’accorder pour que Makenga nettoie les merdes de toute la parcelle. Elle le fait sans manifestement rechigner. Elle n’a pas d’autres choix que de se plier à la volonté de ces dames désobligeantes et revêches.


Tout le monde a fini sa besogne et assouvi son besoin d’usage des W.C. Tout le monde libère la cour pour vaquer à ses occupations journalières. Hormis peut-être les deux trois fainéants qui font encore leur grâce matinée.


***


Dix heures juste, Mbodi va retrouver ses camarades au marché. Ceux qui ne sont pas allés à l’école comme lui. Principalement des titis désœuvrés dont les parents, d’une manière ou d’une autre, ne savent pas assumer leurs responsabilités.

Ils vont lancer le tournoi de jeux de billes. La seule source de revenu de Mbodi. Le pari quoi. Avec ce qu’il y gagne, il arrive à se payer à manger. À la maison personne ne lui laisse jamais rien. À croire qu’il n’y existe même pas. Un enfant fantôme en fait.


Toute la bande est réunie. Il va y avoir du monde. On ne peut pas dire que Mbodi soit forcément le meilleur des joueurs. Il sait juste se débrouiller. Mais à ces jeux de billes, au-delà de la dextérité et de la précision, il y a parfois le sort qui joue aussi. Il est tout de même positif. Il croit en lui. Il va sûrement renverser tous ses adversaires un à un comme des dominos et sortir de là avec un solide liquide. De quoi se remplir la panse jusqu’au lendemain peut-être. Enfin, il y croit…


***


Dix heures trente, Makenga a fini de cuisiner. Elle dispose la table pour toute la famille. Tout est fin prêt. Ah ! Un creux. Rien n’a frôlé son gésier depuis la veille. Elle s’installe dans un coin de la cuisine pour racler les gratins obstinés à s’accrocher aux marmites noircies par la braise. Il y a là de quoi satisfaire toute l’institution de son ventre avec un supplément bien dû d’un bon gobelet d’eau fièrement fournie par la REGIDESO.

Après le manger, il faut reposer un peu le corps. Être une ado bonne à tout faire ne signifie pas être un robot pour autant. Elle n’a pas arrêté de travailler depuis le lever du jour. Elle s’adosse contre le mur de la cuisine dans le petit coin qu’elle avait conquis pour se restaurer. Juste le temps de fermer les yeux et voilà qu’apparaît sa belle-mère visiblement indignée.

Tu n’as donc rien d’autre à faire petite fainéante ? qu’elle lui lance. Tu viens dormir dans ma cuisine et tu veux me laisser me taper toute seule tout le reste des travaux, c’est ça ?

J’ai déjà tout fait, essaie de rétorquer opiniâtrement la gamine. Grossière erreur de sa part.

Ferme ta gueule petite insolente si tu ne veux pas que je t’arrache la langue ! Va nettoyer mes chaussures, vite !

Elle se dépêche dans la chambre des parents sans plus rien laisser sortir de sa bouche. Elle a forcément retenu la leçon. Il y a dans cette chambre grande et lumineuse comme une file d’attente de chaussures de tout genre. Elles trônent sur le porte-chaussures, sous le lit, derrière la porte, partout ou presque. Elle s’empresse de les récolter pour les traîner dehors au pied du robinet.


***


Onze heures trente, Mbodi entend gronder son ventre. C’est un rappel. Il n’a rien mangé depuis vingt-quatre heures. Un dernier coup et puis merde. Il a niqué tout son fric. La chance n’a visiblement pas souri aujourd’hui. Mais ça, l’estomac ne peut pas le comprendre. Tiens, il y a Marc qui passe au coin là-bas. Marc c’est aussi un ami, même si ce n’est pas forcément la même chose. Il faut vite l’aborder. C’est un gars sympa, ce Marc. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu cuisiner chez eux aujourd’hui ? Du riz et du poisson ? Miam ! Mbodi a la bouche inondée de bave. Il faut dire que son imagination n’y est pas allée de main morte.

Marc a tout compris. Il l’invite à partager son repas. C’est vraiment un gars sympa ce sacré Marc. Des potes comme lui, ça ne court pas les rues.

Mbodi met en suspens la suite de son jeu. En plus il n’a plus aucun sous pour espérer continuer. De toute façon, quelle importance ? Aujourd’hui il va manger chez Marc.


Ils y arrivent, ce n’est pas bien loin dans le quartier.

La maman de Marc dévisage l’hôte de son gamin. Comme d’hab quoi. Ça se voit qu’elle ne doit pas beaucoup l’aimer. Mais Marc, lui, tient à son ami alors, elle peut bien souffrir que son petit garçon mange avec un autre petit garçon qu’elle ne peut pas blairer. En plus ce n’est pas comme si ça arrivait chaque jour. Les autres fois, Mbodi mise toujours sur ses paris pour se mettre quelque chose sous la dent. C’est aujourd’hui seulement que la chance lui a fait faux bond.


Les autres petits, eux, ils vont voler. Ce n’est pas méthodiquement à dire que chez eux ils sont aussi des enfants fantômes comme Mbodi, mais c’est juste qu’ils le font et puis c’est tout. Il y a des besoins bien accessoires qu’il faut bien satisfaire comme se payer des bonbons, des biscuits, des chocolats et des jouets tout neufs.

Mbodi, lui, a peur de voler. La dernière fois qu’il s’était fait attraper, sa marâtre lui avait passé la main au brasier. La cicatrice, il risque de la porter toute sa vie durant.


Le plat de la mère de Marc est un véritable régal. Dommage qu’elle-même n’aime pas le petit gars. Qu’est-ce qu’il a bien pu lui faire ? Peu importe. C’est que la journée est passée pour Mbodi aujourd’hui. Reste plus qu’à continuer de jouer. Il faudra emprunter un peu d’argent à parier. Mais à qui ? Certainement pas Marc ! Quand on te donne la main, va pas chercher tout le reste du bras…


***


Onze heure trente. Makenga a fini de nettoyer toutes les chaussures de madame la femme de son père. Elle a même aussi nettoyé celles des enfants de son père et de son père lui-même. Coup de cirage, brossage et consort… Il faut maintenant aller chercher les gamins à l’école. Ils ne sortent pas avant douze heures trente.

Il convient cependant d’éviter de faire attendre les enfants légitimes de son père. Sinon, bah, elle sait ce qu’elle risquerait.


Le soleil est ardent comme à son habitude. On a presque l’impression d’être des bouts de viandes à griller. Makenga s’abrite quelque part à l’ombre d’un mur, le regard perpétuellement braqué vers la grille de l’école. Il faut attendre.

Soudain apparaît un homme. Grand, chic, élégant avec un sourire au coin des lèvres comme un trophée fièrement exhibé. Il la salue. Elle le regarde. Bof, qui est-ce ? Certainement encore un gars qui veut lui faire la cour. Elle n’en a cure de toute façon. Elle détourne le visage et rend son regard à la grille de l’école. Mais l’homme insiste, ce qui est tout à fait normal. Elle le regarde de nouveau. Un bel homme, bien bâti. Mais que lui veut-il ? Rien de grave. Il veut juste lui voler son nom. Non, il veut un échange de nom. Il commence par lui donner le sien. La voix qui transporte ce message se cogne contre la paroi auditive de Makenga. Elle a entendu comme un quelque chose. Rien de bien important. Elle reprend son regard et le rend à la grille, une seconde fois. Mais l’homme ne s’en va pas pour autant. C’est la première fois qu’elle tombe sur un aussi borné. Ou plutôt qu’un aussi borné tombe sur elle…

C’est décidé, elle ne va plus le regarder. C’est fini. Bientôt les enfants de madame sa belle-mère feront irruption depuis l’autre côté de cette grille à l’horizon. Il ne faut pas qu’ils la voient en compagnie de cet individu. Qu’est-ce qu’elle entend ? L’homme ne veut pas s’en aller. Il a perdu sa route ou quoi ? Bon, un dernier regard. Que lui veut-il au juste ? Il veut lui voler son numéro de téléphone. Mais comment veut-il lui voler quelque chose qu’elle ne possède pas ? Pourquoi insiste-t-il à ce point ? Elle respire. Un soupir. Un très grand soupir. L’homme insiste pour qu’ils gardent contact. Mais comment vont-ils garder quelque chose qu’ils n’ont jamais pris ?

Quelle teigne lui alors !

Il traverse la route, enfin seule. Mais que fait-il ? Il se rend chez le marchand en face. Pour quoi faire ? Il a pris un stylo et un bout de papier chez le marchand en face. Que diable y gribouille-t-il ? Pourvu qu’il ne revienne pas après. Ah merde ! Il revient après pour lui tendre le papier. Il y a dessus un numéro de téléphone et un nom. Les siens probablement. Makenga le regarde après avoir lancé un coup d’œil plus ou moins curieux au contenu de ce bout de papier.

Il paraît cool le gars. Collant mais cool. Elle prend finalement le bout de papier avec le numéro. Peut-être que ça l’aidera à lui foutre la paix. Et puis oui, ça a semblé aider le gars à la laisser tranquille. Il s’éloigne peu à peu et disparaît dans la foule des parents qui viennent les uns après les autres attendre la sortie pour ramasser leurs enfants. Maintenant qu’il n’est plus, le gars, Makengo y repense. C’est plutôt beau gosse le type. Un joli cul, faut bien le reconnaître. Il doit faire la vingtaine. Un peu vieux pour une fille de son âge. Mais très commode. Maintenant qu’on y est, elle se rend compte qu’être vierge à seize ans, ce n’est pas très commode ça.


Douze heures trente-cinq, le sifflet retentit, c’est la sortie.

Deux petites têtes émergent de la foule en bleu et blanc toute badigeonnée. Les enfants de son père. Les uniformes qui ce matin même étaient propres comme une âme expiée ne sont plus que ruine sur le corps. Des taches de jus, des traces de main et de craie ont pris d’assaut la quasi-totalité des territoires en tissus. Rien que la partie qui naguère était enfouie dans la culotte témoigne de ce que ces chemises étaient blanches à l’origine.

L’un de ses demi-frères lui tend un papier. Bien que lisant à tâtons, elle arrive tout de même à discerner le mot réunion des parents inscrit dessus. Quinze heures trente. C’est dans environ trois heures. Leur mère sera probablement en mesure de s’y rendre. D’un coup elle empoigne les deux enfants de son père. Direction la maison.


***


Treize heures. Mbodi observe ses amis jouant aux billes dans le marché. Il veut emprunter de l’argent pour se lancer lui aussi dans la partie, mais ça ne lui semble pas très possible. Il croupit déjà sous le poids d’une montagne de petites dettes. Quelle guigne la journée d’aujourd’hui alors ! Et ce soleil qui grille la couenne…

Tchetche, un de ses potes, lui propose un type d’alternative assez pratique. Faire la manche sur la place Victoire. Des petits de son âge le font et sa paie bien. Les gens de bonne volonté ne manquent jamais de s’afficher parmi les centaines qu’ils abordent en moyenne une après-midi. En plus, Victoire, c’est un peu loin. Sa marâtre ne va pas l’y voir. Elle est bien trop occupée à prendre soin de ses enfants après tout.

Ils s’organisent en bande. Une dizaine de têtes environ. Les principes de base sont assez clairs. Afficher une mine de chien battu et se révéler collant comme une sangsue. Dernière chose, les cibles faciles à retenir : les jeunes filles qui ont toujours quelque chose à demander au bon Dieu et des garçons accompagnés d’une jeune fille. Des couples pour être plus clair. C’est noté. Si tout se déroule comme prévu, à la fin de la journée, Mbodi sera en mesure de payer ses dettes et de financer les prochains paris.


***


Makenga est arrivée à la maison avec les deux enfants de son père. Elle tend le bout de papier à sa marâtre.

C’est quoi ça encore ? lui demande-t-elle d’un ton sec.

Une réunion de parents, mère.

Qui ça mère ? Je ne suis pas ta mère, idiote… ! C’est à quelle heure ?

À quinze heures mè…

Ton papa ne sera pas rentré d’ici là, dit-elle en singeant, mais toi tu fais quoi ? Va donc à cette réunion !

Mais…

Il n’y a pas de mais, idiote ! Je ne veux plus t’entendre. Tu vas à cette réunion, point barre !


Seize heures moins le quart, la réunion des parents prend fin. Makenga franchit le seuil de l’école parmi l’amas de personnes épuisées par les élucubrations du directeur des études. Direction à présent la maison. Quelles autres corvées l’y attendent ? Elle ressasse ses tâches comme un récital dans le cœur. Soudain apparaît un homme. Curieux. C’est le même que celui de midi. Makenga le regarde avec étonnement. Il arbore un sourire qui se dit charmeur sur les lèvres, le même sourire que tantôt.

Toi ? lui demande la jeune femme comme prise au dépourvu.

Oui… Et je suis tout autant surpris de te revoir exactement au même endroit que tantôt.

Makenga ne répond pas, un peu confuse.

Visiblement cet homme semble ne pas l’épier. Dommage. Ça lui aurait plu sinon. Plutôt beau gosse, le gars. Fringant. Son parfum est si apaisant du coup. C’est la première fois qu’elle sent un homme de si près. Ça semble lui faire de l’effet.

Tu veux prendre un verre ?

Un verre ?

Oui un verre. Tu sais, c’est ce qu’offrent les gens quand ils veulent parler…

Parler de quoi ?

Tu me plais. Accorde-moi juste quelques minutes. Un verre, ça ne tue pas en général, si ?

Makenga hésite un brin, mais il semblerait que cette fois-ci, c’est tout son corps qui désire ce verre au final. Après tout, c’est juste à côté le bistrot. Un verre, décidément, ça ne tue pas…

L’homme est plein de finesse, droit. Il dégage une aura de confiance. Tout le sens de Makenga en est saisi. Visiblement, elle tombe déjà amoureuse, la petite.


Le bistrot donne sur la rue, avec la poussière, la fumée et les bruits des véhicules tous azimuts en arrière-fond. Il y a de la musique un peu partout et des gens qui passent. Ce jeune homme parle. Il n’arrête pas de parler. Il dit des choses que Makenga n’écoute qu’en partie. Elle est focus sur son visage et laisse s’envoler son imagination de petite rêveuse ingénue. Son cœur bat. Un peu différemment depuis quelques minutes. De temps en temps il la gratifie de son sourire charmeur. Le même sourire. Ça n’a pas changé. Elle y répond aussi avec un plus timide. Le courant s’installe peu à peu. Les barrières semblent s’ébranler faisant place à l’intimité. Elle veut en savoir plus sur lui à présent.

Un petit garçon coupe court à la symbiose naissante du béguin. Il demande un peu d’argent au gentleman. Celui-ci lui pose des questions survolées sur ses parents. Il lui répond qu’il est orphelin. Il a une cicatrice sur la main. Une marque de brûlure. Le prétendant de Makenga lui tend quelques billets de banque. Le visage du petit s’illumine à la vue de la somme. D’un coup il se retire à grandes enjambées, laissant derrière lui une floraison de remerciements s’étirant à chacun de ses pas.


Dix-sept heures tapantes. Makenga est surprise par le temps. Elle doit filer sinon sa marâtre la tuera de ses propres mains. L’homme la prend par l’avant-bras. Il s’approche d’elle. Cette proximité la déstabilise. Les battements de son cœur s’accélèrent et ses paupières s’alourdissent. Il veut l’embrasser. Elle pose sa main sur la poitrine de son conquérant. Pas maintenant… Une prochaine fois peut-être lui fait-elle savoir timidement.

Une petite bise sur la joue. C’est tout ce auquel il aura droit. Elle s’éloigne, se hâtant à chaque pas. Ils se promettent de se revoir. Il attendra qu’elle l’appelle…


Dix-sept heures et demie, Makenga arrive à la maison après son petit tête-à-tête avec le charmant jeune homme. Le soleil a faibli dans le ciel. On dirait un roi qui fixe ses sujets dans un regard épuisé par le temps. À la maison tout est calme. Tout le monde est au salon. Y compris son père. Tiens ! Il est rentré tôt aujourd’hui, celui-là.

Mais quel silence tout de même ! C’est bizarre tout ça. Elle tente de dire bonjour mais rien. Le silence avale aussitôt le son de sa voix. Seul le ton sec de sa marâtre vient au bout de l’inquiétante mutité dans laquelle elle a trouvé tout le monde.

Où étais-tu ?

À la réunion de pa…

Ferme-la petite imbécile ! Tu tentes de mentir à tes propres parents ? Gérôme, je t’avais dit que ta fille est une filoute. Maintenant tu me crois ? Makenga, je t’ai demandé d’assister à la réunion de tes frères, ai-je été idiote de te faire confiance ? Tu as préféré me l’enfoncer dans le dos et aller faire ta putain ? Tu voudrais nous revenir avec une sale grossesse à la maison un de ces quatre si ce n’est pas déjà fait… ?

Makenga tente de l’ouvrir mais reçoit gracieusement une gifle qui la plaque au sol. Le petit bout de papier que lui avait rendu son Don Juan tombe par terre. Sa marâtre s’en empare.

Qu’est-ce que je disais ? Un numéro de téléphone…

Dans tous ces chahuts, son père reste coi, silencieux comme elle l’avait trouvé, avec un air un peu perdu. Makenga lui lance un regard désespéré, dans l’espoir d’une intervention, d’un quelque chose, enfin, peu importe… Makenga le regarde, il ne dit rien. C’est sa femme qui multiplie les mots par centaines. On n’entend plus qu’elle dans toute la parcelle.

Quand finalement plus rien ne semble sortir de sa bouche, toute l’attention se tourne vers Gérôme. C’est au père que revient le mot final. Tout le monde le regarde. La mégère va s’asseoir. Les autres enfants sont consignés dans leurs chambres. Ils lorgnent à travers le rideau.

Finalement Gérôme se racle la gorge, un air visiblement dépité. Il montre la porte à Makenga. Elle constate amèrement que ses affaires avaient déjà été mises là…


***


Seize heures et quart, toujours rien. Mbodi fait la manche mais en vain. Tout le monde semble l’ignorer. Il est accablé. Il pense déjà à renoncer. Un dernier coup d’œil, un dernier tour, qu’est-ce qu’il voit ? Un couple assis dans un bistrot. L’homme parle, le charmeur. La femme paraît suspendue à ses lèvres. Dernière tentative, Mbodi les approche. Il fait sa mine de chien battu. L’homme semble cool. La femme regarde. L’homme lui pose des questions. Il lui demande où sont ses parents. Il ne peut pas dire la vérité, il doit mentir. Il dit qu’il est orphelin. La jeune femme à côté le regarde d’un regard profond. Elle constate qu’il a une cicatrice sur la main. Mais personne ne lui pose de questions sur cette marque de brûlure. Tant mieux pour lui. Il n’aurait pas eu de mensonges à fabriquer sinon.

Décidément, l’homme met la main à son porte-monnaie et en sort quelques billets de banque tout frais. Rien qu’à les voir, ils sont largement supérieurs à tout ce qu’il aurait espéré gagner en une semaine de mendicité. Il prend les jambes à son cou, larguant derrière lui toute une armée de remerciements. C’est l’aubaine. Il va pouvoir jouer demain et manger à sa guise. Que dis-je ? Il va pouvoir jouer au petit boss demain.

Dix-huit heures tapantes. Fin du travail. Le gang se réunit et le boss fait la ronde. Chacun lui verse quarante pour cent de sa collecte. La prochaine fois, il présentera beaucoup moins que ce qu’il aura gagné, c’est certain.

Dix-huit heures et demie. Il rentre à la maison. Il y a longtemps que le soleil avait fait place à la lune encore vêtue de sa robe orangée tirée vers le bronze. Son père est déjà rentré. Sa marâtre cuisine à l’entrée dans la cour. Dès qu’elle l’aperçoit, elle hèle soudainement.

Hé, toi tu viens d’où comme ça ?

J’étais avec mes amis à jouer maman…

La ferme petit menteur, voleur ! On t’a vu à Victoire ! Tu faisais quoi à Victoire ?

Tu mendias… Mbodi, pourquoi tu nous insultes à ce point ? C‘est toi le voleur dans cette maison. C’est maintenant toi le menteur, le mendiant, le voyou… ! Je ne vais rien dire. Je laisse ton père décider. Cette fois-ci je n’en peux plus. Tu risques de pervertir mes enfants. C’est soit toi ou moi dans cette maison…

Mbodi cherche désespérément les yeux de son père. Il a l’air furieux. Très furieux. Il paraît en conflit tout au fond de son cœur. Il ne sait visiblement pas où mettre la tête, quelle décision prendre. Alors se lève d’un cran sa femme, elle rentre dans la maison et en ressort avec le petit sachet qui contient toutes les affaires du petit gars.


Ce n’est qu’un jour comme les autres. Dimanche matin, les deux marâtres iront témoigner à l’église…


 
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   poldutor   
8/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Belle et triste histoire de misère ordinaire dans un pays pauvre africain.
Les deux enfants du premier lit sont traités comme des domestiques par la nouvelle épouse du père ; homme veule et lâche dominé par sa femme, qui finit par se débarrasser des deux ainés dans l'indifférence du mari. Cette histoire très bien construite, bien écrite est très agréable à lire, elle évoque l'histoire de Cendrillon à la puissance deux... mais qui se termine moins bien. C'est hélas souvent le cas lors de remariage, les enfants du premier lit sont malmenés par la marâtre si leur père n'est pas à la hauteur.
Merci pour ce moment triste mais bien humain.
Cordialement.
poldutor en E.L

   hersen   
14/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Ce n'est pas la première fois que je lis des textes dont je suppose le, les auteurs africains.

Voilà. j'ai adoré, au-delà ce certains petits problèmes, j'ai adoré une spontanéité dans l'écriture qui donne une impression d'authenticité.
j'ai tout simplement l'impression d'être dans la pièce où l'auteur écrit et de suivre le méandre de ses mots.

Ses mots : justement, des mots inattendus, des expressions très efficaces, une façon de dire à la fois surprenante, mais si juste.

Quelquefois des petits problèmes de pronoms, masculin-féminins, enfin des petites choses que j'oublie sans problème.

Un texte qui à la fois me dépayse, me fait entrevoir tant entre les lignes.

En période normale, j'évaluerais ce texte "beaucoup" pour ce que je dis plus haut.
Puisque nous sommes en EL, et que j'aimerais favoriser la publication de ce texte, j'évalue "passionnément plus".

   FANTIN   
14/8/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Une Cosette africaine dont les Thénardier exploiteurs seraient son propre père, indifférent et lâche, et sa marâtre, modèle de cruauté et d'inhumanité, digne héritière de celle de Cendrillon.
Mais le garçon, dans le même cas que le sien, n'est pas vraiment mieux loti. L'une et l'autre sont frère et sœur de malheur et d'injustice.
Ce "jour comme les autres", dans son horreur banale qui se répète, fait s'indigner à juste titre. Cela peut sembler exagéré à des lecteurs occidentaux, pourtant, qui a vécu suffisamment longtemps sur le grand continent sait bien que ces situations n'ont rien d'exceptionnel, aussi révoltant que ce soit.
Le récit, par son sujet, mérite donc largement d'être lu. Sa construction en parallèle pour les deux "héros", avec leurs routes qui se croisent à leur insu, fonctionne plutôt bien.
Là où le bât blesse à mon avis c'est au niveau de l'écriture qui recèle bien des maladresses d'expression dont pâtit le texte ("rien ne vaut se dégourdir dument les membres"; "le climat gèle les côtes"; répétitions de "sa marâtre"; "le goût sans bout des études"; "l'eau qu'elle contient bouillit"; "elle collecte ses enfants", et ainsi de suite tout du long)et c'est bien dommage. Un rigoureux travail de réécriture serait la bienvenue il me semble, mais cela en vaut la peine.
Je proposerai volontiers l'appréciation "Assez bien", juste milieu entre "un peu" et "bien", mais elle ne figure pas dans la liste!

   veldar   
13/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Jocelyn

Voilà un joli texte tout en fraîcheur qui sort agréablement des clous. Une triste histoire, remplie de fatalisme, d'attentes et d'espoirs. Ces deux gamins s'en sortiront. Comme ils le peuvent. Ils sont doués pour la survie. J'ai aimé le dépaysement. Les images sont évocatrices, il suffit de se laisser porter par les odeurs, l'ennui, les couleurs, la poussière, la boue comme le style parfois heurté, surprenant, différent mais très souvent poétique.
Bonne chance pour la suite.

   maria   
13/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jocelyn,

Des enfants, des adolescents lisent ils des textes sur Oniris ?

Non ! Dommage .

Cette nouvelle les éclairerait sur notre notre monde, leur monde.

En schématisant, peut-être, je dirai que cette histoire donne à réfléchir sur le décalage incroyable entre une enfance au Sud et celle au Nord.

Une lecture agréable, malgré quelques maladresses d'écriture.
Je n'ai pas compris la phrase :
" Il y a de quoi satisfaire toute l'institution de son ventre avec un supplément bien dû d'un bon gobelet d'eau..."

Merci pour le partage et à bientôt.

   plumette   
13/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jocelyn,

Un texte prenant et dépaysant autant par l'écriture que par le fond du récit qui se déroule en Afrique à une époque dont on ne sait pas si elle est totalement contemporaine?
je me suis très vitre attachée au sort de Makenga et de Mbodi, décrit en parallèle.
La forme maintient l'attention, avec le déroulé de la journée et l'alternance des récits en courts chapitres.
Makenga et Mbodi partagent le sort des enfants mal aimés par leur marâtre et délaissés par un père d'une grande lâcheté.

En tant que fille Makenga est au service de la nouvelle famille de son père et cantonnée dans les tâches les plus humiliantes.

Quant à Mbodi, il est tout simplement indésirable.

je pense tout de même nécessaire de relever que certaines tournures alourdissent le texte. Il y a de belles images, des trouvailles et une fraîcheur d'écriture , mais cela ne marche pas à tous les coups!

j'ai relevé:

- Makenga se dérobe calmement à son sommeil
-rien ne vaut se dégourdir dûment les jambes
-l'exhalaison de leurs parfums saisit avec grâce les narines à peine réveillées de Mbodi
- La fragrance lui inocule le goût sans bout des études
- Elle collecte les enfants en direction du robinet
-Mbodi ramasse ses billes pour se verser matinalement dans sa principale distraction

Il est question aussi de la bouche inondée de bave de l'enfant. Je suggère salive à la place de bave qui concerne plutôt un animal.

pas facile de trouver un équilibre entre une écriture qui garde sa personnalité propre et un texte qui puisse être lu sans accroc.

Bonne continuation

   Corto   
14/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Ce texte nous montre combien la condition de certains enfants en pays pauvre est parfois peu enviable.

La non-scolarisation, l'exploitation par le travail quotidien au service des adultes etc. Ce qui se traduit par ce qu'on appellerait chez nous de la maltraitance, régulière, continuelle, systématique.

Les personnages adultes qui vivent aussi dans la misère ont mis en place des réflexes de domination et d'exploitation surtout si comme ici la mère de l'enfant est décédée.

"Être une ado bonne à tout faire ne signifie pas être un robot pour autant" c'est du moins ce que pense l'enfant. Malheureusement la réalité est plus cruelle.

"C’est que la journée est passée pour Mbodi aujourd’hui" est significatif d'une vie dont il n'y a rien à attendre, si ce n'est la pauvreté, la violence, la débrouille y compris dans la mendicité, voire la prostitution presque inévitable.

Le tableau ici décrit se base sur des réalités qui même si elles sont extrêmes, correspondent au vécu de nombreux enfants.

Su la forme chacun aura constaté qu'un gros travail de réécriture serait nécessaire pour en faire un texte cohérent et répondant aux critères de notre langue.

Néanmoins le fond mérite qu'on y porte attention.

   Alcirion   
15/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une très agréable lecture ce matin. Le style sobre et précis m'a beaucoup plu. Les petits événements détaillés s’enchaînent et le lecteur se laisse porter.

Sur le fond, j'ai apprécié l'histoire qui rend compte des rapports familiaux souvent très durs (que j'ai eu l'occasion d’observer en Afrique centrale). La misère est décrite sans... misérabilisme :) ce qui rend la lecture intéressante, prenante.

Une très bonne illustration de la situation de survie permanente avec laquelle les populations de ces pays doivent composer depuis près de soixante ans. Un sentiment de stagnation qui ne laisse aucune perspective d'avenir réellement différent.

Au Gabon, lorsqu'un problème arrive, on soupire et on dit :
"On va encore faire comment ?"

Et puis on fait...


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