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Sentimental/Romanesque
jphil : La promesse
 Publié le 24/02/10  -  17 commentaires  -  11627 caractères  -  174 lectures    Autres textes du même auteur

"J'ai longtemps hésité à t'écrire cette lettre..."


Ce récit fait écho à la nouvelle de Jaimme "J'habite une maison enchantée. Et je pleure tous les jours", avec l'aimable autorisation de son auteur.


La promesse


J’aimais ta voix. Grave. Basse. Avec ce grain un peu rauque qui disait des blessures secrètes, des histoires inconnues, des deuils inavoués. On se demande toujours ce qui nous a séduit en premier chez l’autre. Ta voix. Et ton regard. Un regard qui démentait discrètement l’assurance ensoleillée de ton sourire. Ce sourire conquérant, carnassier, un peu trop facile, qui venait relever les commissures de tes lèvres comme un masque posé sur tes incertitudes et tes hésitations. J’ai aimé cela, aussi. Cette pudeur. Plus tard, je la qualifierai de mensonge, de lâcheté… Le malheur vous rend lucide, et la lucidité rend l’amour plus poignant, plus douloureux. Car je t’aimais. Je t’ai aimé longtemps après que tu m’as déçue. Puis j’ai appris. À te désaimer. À déconstruire mon amour pour toi. À me protéger de mes sentiments, à m’en détacher, pour ne plus souffrir de ton indifférence, de tes mensonges, de tes sourires, de tes trahisons. J’ai appris. Ou j’ai cru apprendre…


Tu m’as aidée. Sans le vouloir. Tu ne me parlais plus. Ne me regardais plus. L’ombre dans laquelle tu m’as recluse m’a sauvée, peu à peu. Du fond de mon silence, je t’observais. J’étudiais les masques que tu prenais, ton indifférence affectée, ton aisance affichée quand elles t’appelaient à la maison. « C’est pour moi, Chérie, le bureau… » murmurais-tu en haussant les épaules pour me signifier ta lassitude. Pitoyable menteur. Comme les hommes sont naïfs et bêtes. Je t’observais, je te voyais revenir de tes rencontres éphémères, le regard empli du souvenir de ces autres, leurs silhouettes flottant encore entre tes bras ouverts, le parfum de leurs corps gravé dans ta peau. J’enregistrais tout cela, mais je n’en souffrais pas. Pas assez. Ou pas encore. Je me sentais presque confortée par tes retours successifs. Je me croyais invincible, puisque tu me revenais chaque fois… La lumière revenait avec toi. Tu me parlais à nouveau, tu me souriais, tu me regardais et tu me désirais, je le sais. Tu t’étonnais presque de me trouver si belle encore. Et j’aimais cette surprise que tu n’avouais pas, cette redécouverte qui ne disait pas son nom. La fébrilité de tes gestes te trahissait chaque fois. Tes mains réapprenaient ma chair, ton corps investissait le mien, se le réappropriait avec un plaisir renouvelé. Une gourmandise intacte. Tu m’aimais à nouveau.


Et puis, brusquement, j’ai senti que tu m’échappais. Tu ne distribuais plus des miettes de ton temps dans ces hôtels qui abritent les rencontres sans avenir, entre deux draps froissés, entre deux rendez-vous professionnels. Non, tu t’abandonnais dans le lit d’une autre. Tu lui donnais ton temps, nos nuits. Tu ne la baisais pas, celle-là, tu lui faisais l’amour. Elle envahissait tes silences, elle assombrissait tes regards quand, malgré tout, tu revenais encore, par habitude, par obligation. Elle dansait dans ta mémoire. La légère mousseline qui lui couvrait la peau faisait battre tes tempes. Ses yeux d’un noir presque fiévreux m’ont rendue transparente, invisible. Je l’ai su dès que je l’ai vue, ce soir où je vins te chercher au bureau. Elle décorait le couloir qui menait à vos services. Penché vers elle, tu la faisais rire. Un rire un peu gras, obscène, qui l’avilissait. Notre rencontre, une mauvaise scène de boulevard. Tu parus étonné, embarrassé plutôt. Tu ne m’attendais pas. Tu ne me souhaitais pas. Femme légitime et trompée, j’étais pourtant l’intruse. Sarah. Son prénom épinglé sur sa robe vaporeuse, comme une poupée de vitrine. Une hôtesse d’accueil parmi tant d’autres. L’ironie de la dénomination ne m’échappait pas. La banalité de la trahison blessa mon orgueil. Et je me concentrai sur cette blessure, sans en être dupe, pour le confort relatif qu’elle me procurait, pour l’écran qu’elle projetait entre moi et cette autre douleur, indicible, terrifiante, ce poison dont l’amertume gangrenait déjà mon cœur, ce gouffre insondable où je me refusais à tomber encore...


Belle, évidemment. Tu as toujours eu du goût pour choisir tes femmes. J’en étais presque fière, avant, quand l’instinct me mettait en présence de l’une ou l’autre de tes conquêtes. Mais froide, aussi. Je l’ai su avant toi. Avant elle, même, peut-être… Tu as du goût, mais tu ne sais pas nous juger. Tu m’as trompée souvent. Mais tu t’es trompé plus lourdement encore. Tu as vu en elle l’espoir d’une seconde vie, plus belle, plus folle, plus libre. Elle n’a vu en toi qu’une liaison passagère, agréable peut-être, utile sans doute. Elle t’a menti bien plus que tu ne l’as fait avec moi. Ce soir-là, tu n’es rentré que pour mieux repartir, pour « prendre ton envol » m’as-tu dit avec une cruauté que tu aurais pu m’épargner. Je n’ai pas pleuré. Je suis restée droite, figée dans un silence qui m’a servi d’armature, pour tenir debout jusqu’à ton départ. Tu parlais fort. Tu criais, même. Ta voix avait changé. Toi aussi. Ou bien, peut-être te voyais-je enfin comme tu étais vraiment. Si prévisible, si banal. Puisant dans la colère le courage de me quitter enfin. Et tu l’as fait. Sans que je tente un geste pour te retenir. Je n’en suis pas fière. C’est ainsi, voilà tout.


Tu es parti trop vite. La sonnerie du téléphone m’a sortie de ma torpeur. Le répondeur s’est mis en marche. La musique de David Bowie a soudain envahi l’espace. J’ai souri malgré moi, repensant à ton insistance pour intégrer ce titre Ashes to Ashes en fond sonore, riant comme un gosse des réactions de tes parents… Un silence. Lourd. Sa respiration. Son hésitation. Elle n’a rien dit. Pas une parole. Mais j’ai compris. Comment expliquer l’étonnante, l’irrépressible intuition que j’éprouvai alors ? Dans ces mots suspendus, dans ce souffle arrêté, j’ai su avec certitude qu’elle allait rompre. Sans espoir de retour. Sarah m’a volé ma douleur cette nuit-là. Je ne pouvais m’empêcher de penser à toi qui roulais sous la pluie. Vers elle. Vers cet avenir ensoleillé dont tu rêvais, auquel tu croyais. Je n’en tirai aucun sentiment de vengeance. J’étais trop fatiguée pour ça, anesthésiée par l’énorme impression de gâchis qui m’avait saisie. J’imaginais vos retrouvailles, ta stupeur, ta déception… Mais peut-être m’étais-je trompée, peut-être avais-tu deviné. Dans les replis obscurs de ta conscience, peut-être avais-tu compris sans même qu’elle ne te le confirme. Je ne le saurai jamais. Je n’ai plus envie de savoir désormais…


C’est la gendarmerie qui m’a prévenue. On m’a indiqué le nom du centre hospitalier où l’on t’avait conduit. J’ai attendu longtemps. J’avais confié notre fils Tony à ma sœur, et je suis venue te rejoindre. Je n’ai su qu’au bout de plusieurs jours, peut-être plusieurs semaines, je ne me souviens plus. A.V.C. Coma total. Chances de réveil : inconnues. Activité cérébrale : nulle. Je n’ai pas réagi. Les médecins ont été soulagés. Pas de crise de larmes, pas de rébellion. J’ai écouté sagement les différentes informations, j’ai repris mon manteau que j’avais laissé sur le siège et j’ai quitté la salle après un bref « merci », d’une voix de petite fille bien élevée. Et je suis rentrée chez nous, ce chez nous dont tu t’étais enfui, où tout parlait de toi, encore. J’ai regardé la photo de notre fils qui me souriait en brandissant vers moi une gaufre, un flocon de chantilly sur le nez. Et j’ai choisi. De te quitter. Ce jour-là, je me suis promis que nous serions heureux. Sans toi.


Je suis pourtant venue souvent, au début. Ma décision était prise, mais je n’imaginais pas te laisser te réveiller seul. Je guettais un indice, un signe de vie humaine derrière cet enchevêtrement de fils et de tuyaux, cette présence oppressante de machines sans âme. Puis j’ai cessé d’attendre. D’espérer. Mais je venais toujours, dans une sorte d’automatisme que je m’expliquais mal. Pour Tony peut-être, pour qu’il sache que son père existait encore. Il m’a accompagnée quelques fois, puis il y a renoncé. « Y a entraînement de foot » a-t-il prétexté quand je lui demandai pourquoi. Un autre jour alors ? « Tu sais, M’man, j’ai… j’ai plein de trucs à faire… » Il a baissé les yeux. Je n’ai pas insisté. Dois-je le dire ? Moi, j’avais appris à aimer le bruit régulier des appareils, qui berçait mes somnolences dépressives. Puis j’ai fait comme notre fils. Je me suis créé d’autres obligations. J’ai redécouvert la liberté qu’on trouve à s’engager ailleurs. J’ai repensé à ma mère que le veuvage avait délivrée d’une vie trop établie. Je me souvins le lui avoir reproché à l’époque, estimant qu’elle trahissait mon père et l’oubliait bien vite. Mais je la comprenais mieux à présent. Comme elle, je n’effaçais rien, mais je savourais sans hypocrisie la joie de disposer à nouveau de mon temps, de ma vie.


Je rencontrai Bruno quelques années plus tard. Doux. Compréhensif. Il n’a cherché à remplacer personne. Son humilité, sa simplicité m’ont conquise. Tony l’a adopté si vite que je me suis demandé si nous n’avions pas manqué quelque chose dans son éducation… Je plaisante bien sûr. Notre fils est beau, mais surtout, c’est une belle personne. Il te plairait, je crois… L’Argentine était une destination un peu folle, une de ces opportunités dont on rêve sans y croire vraiment, qu’on imagine sans penser y être confronté un jour. Mais la boîte de Bruno ouvrait une succursale à Buenos Aires, et la tentation de l’inconnu a été la plus forte. Nous y sommes heureux. Notre adaptation a été simplifiée par la facilité de Bruno à nouer des relations. Et je me suis surprise moi-même à aller naturellement vers les autres. Tu vois, ma licence d’espagnol, dont tu moquais gentiment l’inanité, a fini par m’être utile. Je souris parfois en pensant qu’il m’a fallu parcourir tant de distance pour éprouver enfin le sentiment d’être à ma place.


Quand on m’a appris que ton état de conscience n’était pas si insignifiant que tous le pensaient, je n’y ai pas cru tout d’abord. Je ne comprenais pas. Tant de scanners, tant d’examens et aucun qui n’ait su déceler ces fragments de vie dans ton crâne ! Puis j’ai pensé à tous ces jours passés à attendre ton réveil, ces heures où je te racontais notre fils, et j’ai été heureuse de savoir que tu m’entendais. J’ai songé aussi à ma dernière visite, à ces mots maladroits que j’avais prononcés et je m’en suis voulu de n’avoir rien senti, ni deviné. Peut-être ne t’aimais-je pas assez… Puis j’ai pensé à elle, enfin, qui t’avait accompagné toutes ces années sans jamais être venue te voir. Et je t’en ai voulu un bref instant de m’obliger à ressentir encore ces sentiments de jalousie et d’orgueil mêlés que je croyais disparus… Mais ça n’a pas duré. Tout cela est si loin. Et j’aime penser que tu n’étais pas seul, perdu dans le noir tout ce temps.


J’ai longtemps hésité à t’écrire cette lettre. Je ne voyais pas l’utilité de revenir sur ce passé lointain. Plus de vingt ans déjà… Et qu’aurais-je pu te dire, sinon que je te souhaitais le meilleur, quand bien même ce vœu me semblait fade, et si dérisoire face à l’insoutenable de ce que tu as vécu, de ce que tu vis encore… Puis, j’ai pensé à Tony, à ce que j’éprouverais à ta place. Je lui ai parlé de toi. Je veux qu’il lise cette lettre avant que je te l’envoie. Les enfants savent si peu de la vie de leurs parents, de ce qui a animé leurs espoirs, leurs sentiments, leurs déceptions… Je veux qu’il sache qui j’étais, qui nous étions quand nous nous sommes aimés. Je ne sais s’il a l’intention de venir te voir. Il ne m’a rien dit et je ne le lui ai pas demandé. Sa décision lui appartient. Je reste volontairement discrète sur sa vie. Il t’en fera part s’il le souhaite. Mais je veux cependant que tu saches que j’ai tenu ma promesse. Notre fils est heureux…


 
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   ANIMAL   
13/2/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
Une belle histoire d'amour et de mort, bien traitée, bien écrite, que j'ai lue d'une traite.

Le thème, tout ce qu'il y a de classique, est ici bien servi par une narration douce-amère. Une vie racontée dans une lettre, sur un ton mélancolique dont on ignore s'il provient du caractère de l'héroïne ou du fait que, quelque part, elle éprouve encore quelque chose pour cet homme dans le coma.

Garde-t-on 20 ans quelqu'un dans cet état si aucune famille proche ne vient plus ? Je l'ignore. Ca me parait un peu long tout de même. Et puis j'aurais aimé que transparaisse plus d'émotion quand elle parle de Tony et de Bruno.

A part cela, un bon moment de lecture.

   Electre   
27/2/2010
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel -
Le nom de Sarah m'a transpercée la poitrine, tu sais, un de ces coups violents qu'on ressent lorsqu'on lit certains passages de livres. Lorsqu'on comprend enfin. Ce pincement douloureux, preuve que l'auteur a merveilleusement réussi son coup.

L'écriture est sublime.
Ce sont des passages entiers que j'ai relu...pour avoir le plaisir de savourer encore la musicalité de tes mots. C'est qu'ils touchent l'émotion avec tant de délicatesse qu'elle naît tout en douceur, sans heurt.

"Tant de scanners, tant d’examens et aucun qui n’ait su déceler ces fragments de vie dans ton crâne !" c'est bête, c'est ma préférée.

"Et j’aime penser que tu n’étais pas seul, perdu dans le noir tout ce temps." Pour avoir envie de lui crier qu'elle a raison, je devais être vraiment bien envoûtée par ce que je lisais non ?

J'exagère ? Même pas.

Et maintenant ?

Lire les deux en parallèle pour comprendre enfin vraiment ? Lire les deux en parallèle ou ne rien lire du tout. Alors on va faire ça, toujours regarder l'autre face :

D'abord les failles que l'on devinait chez lui (charlie?), ses défauts, ses faiblesses, elles sont ici exposées par les paroles indulgentes mais réalistes de la femme qui l'a aimé. Cette femme à qui j'en ai voulu lorsqu'elle l'abandonnait, dont je salue le courage, la compassion et la force si bien exprimée désormais.

Ensuite, l'illusion qui s'envole en découvrant la réalité de Sarah.

Enfin, il y a cette phrase qu'il dit, lui, depuis son coma "ton amour était réel". Et je suis heureuse, malgré moi, de découvrir qu'il ne se trompait pas.

Il y aurait encore beaucoup à dire, je m'arrête là.

jphil. Merci.

{Edit} Oui, j'aillais pas laisser ça comme ça. Même si j'aurais pu. C'est encore plus impressionnant de savoir que cette histoire n'a pas été écrite par le même auteur. Bravo, jphil !

   Marite   
14/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Belle histoire de vie, admirablement écrite. Tout a été raconté, même les non-dits. Cette présentation en paragraphes facilite la lecture et permet au lecteur de suivre le cheminement de l'esprit
de la narratrice. Pas d'apitoiement ou de reproches dans cette lettre. Juste ce qui sera nécessaire au destinataire pour qu'il fasse, lui aussi, son bilan.
Une phrase a retenu mon attention: "Je souris parfois en pensant qu’il m’a fallu parcourir tant de distance pour éprouver enfin le sentiment d’être à ma place." Mes félicitations à l'auteur.

   coquillette   
15/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour

J'aime beaucoup les deux premiers paragraphes. J'ai lu la nouvelle avec beaucoup de plaisir mais les deux premiers paragraphes sont tout simplement beau pour la sensibilité à fleur de peau qu'ils dégagent.

"Tu as toujours eu du goût pour choisir tes femmes." j'aurais préféré conquête pour souligner leur intemporalité mais bon... elle, visiblement, n'est pas dans cet état d'esprit.

"un signe de vie humaine" sans doute en référence au bib-bip des appareils électroniques, oui, mais là je ne sais pas, le terme me gêne.

"Puis j’ai fait comme notre fils. Je me suis créé d’autres obligations." j'aime beaucoup cette phrase qui a elle seule explique le comportement du fils et le dédouane en instillant malgré tout, tout le chagrin qu'il éprouve sans le dire (chapeau !)

"sinon que je te souhaitais le meilleur, quand bien même ce vœu me semblait fade, et si dérisoire face à l’insoutenable de ce que tu as vécu, de ce que tu vis encore…" => "sinon que je te souhaitais le meilleur" me laisse rêveuse quant à la double interprétation possible que ce "quand bien même ce voeu me semblait fade" ne parvient pas à faire disparaître.
Une femme délaissée ne pardonne jamais tout à fait, ce me semble, alors je ressens les mots avec dedans beaucoup d'ironie, une pointe assez douloureuse, d'ailleurs et aussitôt je me dis mais en fait, il a très bien pu se réveiller ? Que nenni ! "de ce que tu vis encore..." ha.

"avant que je te l’envoie." avant que je ne te l'envoie ? Le ton est soutenu partout, calme, posé. Je le voyais plus comme ça... affaire de goût...

La fin est très jolie, très douce-amère. Nostalgique. Comme tout le texte d'ailleurs.

Bonne continuation à l'auteur.

   Pat   
15/2/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen +
C'est intéressant cette perspective sur le texte de Jaimme. Le style est assez différent, toutefois, et le ton aussi, bien évidemment. C'est bien écrit, rien à dire de ce côté-là. Par contre, je trouve ça un peu lourd par moment (trop insistant) et assez froid au niveau des sentiments de la narratrice (trop intellectualisé). Mais vu ce qu'en avait dit Jaimme dans sa nouvelle (bien qu'il la fasse rire quand elle annonce la rupture), c'est peut-être voulu.

Je n'éprouve pas d'empathie à l'égard de la narratrice, contrairement à tes autres textes, jphil. Je n'aime pas trop le fait qu'elle mette tout sur le dos de son mec et qu'elle se donne le beau rôle, même si elle admet qu'elle a été trop tolérante. C'est ça qui me gêne, cette espèce de froideur, de détachement qu'elle dégage. Du coup, son histoire avec son second mec, j'ai du mal à y trouver des sentiments.

C'est trop bien écrit, trop maîtrisé. Pas de place pour la douleur (il ne suffit pas de le dire, il faut qu'on le sente...), pas d'ambiguïté, de passion. Ça ne veut pas dire que c'est une mauvaise chose, surtout si c'est ce genre de ressenti que tu veux faire passer. J'ai pensé à Catherine Deneuve (dans ce qu'elle dégage, comme quelques autres actrices françaises). Et j'ai un peu de mal avec ce genre de personnage. Surtout quand le point de vue énonciatif est celui-là. L'instrospection, je pense que c'est un peu lourd quand il n'y a pas de respirations avec un changement de perspective.

Sinon, aucun problème au niveau de la forme (style, structure), même si j'ai accroché par endroits sur le vocabulaire (recluse, inanité, par ex.) qui me semble souvent trop soutenu (ça rajoute à cette impression de maîtrise). Le rythme est pas mal, avec ces phrases courtes, qui change par rapport à d'autres textes. Je pense quand même qu'un peu d'aération (dans la forme), de moments de dérapages, d'émotions plus perceptibles m'auraient rendu la lecture plus agréable.

   jaimme   
24/2/2010
Quand Jphil m'a contacté pour me faire part de ce projet, j'ai été flatté. Je connais un peu le talent du stakhanoviste de la correction et je savais qu'il en ferait quelque chose de bien. Je ne le prends pas comme un hommage. Peut-être une part d'amitié (arrête de rougir Jphil!).
C'est une impression curieuse de lire un texte dont on se sent quelque part le père. On ressent une dépossession aussi... Quelque chose de curieux entre plaisir et contrariété.
Plaisir: Jphil s'est contraint à travers mon texte. Et il s'en est très bien sorti. Je ne vois pas d'incohérence.
Plaisir: la femme correspond assez bien à ce que j'imaginais moi-même. Je l'avais décrite sans le faire: elle restait en-dehors de l'histoire en fait. Presque un accessoire indispensable, mais seulement un accessoire puisqu'elle est sortie de la vie de mon personnage depuis longtemps et qu'il est amoureux de Sarah. D'une Sarah en tout cas. "Hôtesse d'accueil"? Curieux choix à mon goût, car alors la narratrice devient la femme vertueuse face à la femme de moralité douteuse. Un peu facile, je trouve.

Contrariété? Un bien grand mot. J'imaginais une femme qui aimait son mari, mais face à l'adversité, face aux années qui passent, qui finit par baisser les bras et refait sa vie. Humaine, simplement. Or ici je n'ai pas ressenti d'amour véritable. C'est vrai qu'elle écrit bien des années après... Mais dire dès le départ "ce qui nous a séduit en premier chez l’autre", employer l'expression "l'autre"... met une distance très froide avec cet homme qu'elle dit avoir aimé.
Il y a deux choses que je voudrais relever:
- cette lettre, elle va la faire lire à son fils, or le début est quand même de l'ordre de l'intime, non?
- on passe trop rapidement, je trouve, sur la période de l'attente à son chevet, on arrive trop rapidement sur l'annonce de son "réveil".
Enfin un détail: le terme "fébrilité" ne me semble pas être du registre de l'amour.

Voila, je vais me garder de noter. C'est trop compliqué pour moi. Mais c'est un bon texte. Il manque surtout, en définitive, une forte empathie pour cette femme. Exercice très périlleux puisque c'est elle-même qui écrit... et surtout à un homme qu'elle n'aime plus. Une lettre de justification à un voyageur du passé. Qu'elle imagine capable de comprendre. Mais qui est dans un état psychologique extrêmement troublé. Pour le moins.

Merci Jphil!

   alifanfaron   
25/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Une écriture excellente. Un ressenti énorme. Il y a dans cette lettre une telle facilité à comprendre les émotions des personnages que ça en devient gênant. Je me suis senti voyeur. D'entrer si facilement dans cette vie, j'étais presque mal à l'aise.

Et on sort des clichés. Ici, pas de larmes. Juste ce constat. Le temps a fait son oeuvre. Voilà tout. Ce texte respire la maturité. La maturité et une certaine sagesse qui s'exprime ici par un détachement. Un détachement qui ne signifie pas ne plus aimer, ne plus éprouver. Juste l'intelligence de constater qu'il y a des choses qui ont été, d'autres qui sont et d'autres encore qui seront. Derrière la banalité de cette phrase (la mienne...) il y a pourtant quelque chose qui m'échappe (je suis nostalgique au possible). j'entraperçois dans ce texte un autre "chemin" qui s'appellerait sérénité.

Enfin, ton style change Jphil. Les phrases se raccourcissent. Le rythme s'en ressent. Il est en plus en parfaite adéquation avec la fausse lenteur du texte. Pas d'emballement. Pas d'excès. Tout est mesuré. Analyse à froid. Ce détachement fait presque mal quelque part. Mais comme on le comprend, on l'admire.

Chapeau bas!

   florilange   
26/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Très beau texte, qui se lit aisément. Il répond assez bien à celui de jaimme. C'est vrai que, malgré les mots, on n'y sent aucune émotion, mais cette histoire a déjà 20 ans, il ne reste qu'1 souvenir d'amour. Et 1 enfant. Pour cet enfant, elle a décidé de vivre &, tant qu'à vivre, autant le faire le moins mal possible. C'est probablement ce qu'elle aurait fait en cas de veuvage or c'est ici tout comme. Ce qu'elle vit avec le 2nd homme est peut-être moins passionné, mais + serein. Le déroulement de sa pensée est logique. Comme ses actions l'ont été. Rien à dire sur le fond, ni sur la forme. Merci,
Florilange.

   Anonyme   
6/6/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
J'ai lu les deux, forcemment, et forcemment j'ai comparé. J'ai hésité à commenter, j'ai relu et après tout, l'objectif étant le commentaire...

D'ans l'autre nouvelle, le travail est plus difficile : il s'agit de prendre un fait divers, de l'interpréter, de le transformer un peu, on dirait presque une allégorie dans le sens où ce fait réel, ce coma si long on pourrait le voir de diverses manières comme quelqu'un qui se réveillerait pour exister grâce à la lumière de la belle Sarah après une longue période obscure. Le pari n'était pas si évident et l'exercice d'en faire une nouvelle non plus.

Ici, c'est un récit, une confession ou une lettre, très introspectif. L'exercice, même si c'est assez bien écrit est plus facile, ça m'a fait penser à une divagation. Ce n'est pas le même procédé et c'est moins... C'est plus des comptes, un bilan en somme, et ça a à mon sens, le défaut d'être vu dans une lorgnette unique, mais le genre, la lettre, veut ça. Sauf que dans l'épistolaire, quand c'est rendu public, le lecteur est en droit de s'attendre peut-être à davantage de neutralité, de projection vers l'autre à qui on écrit, et puis il a manqué l'expression de l'amour, même caduque, ce qui ne manque pas dans l'autre nouvelle, ni pour la jolie Sarah ni pour l'épouse qui s'en va.

Bref, le courrier, même bien tourné, ne fait pas une nouvelle aboutie.

Edit : je ne sais pas si j'ai le droit de faire ça, je pense que oui, puisqu'à la relecture je revalorise mon avis sur ce texte. Très peut-être trop littéraire, ce qui il est possible assombrit mon impression. Toutefois, la lettre en relisant, je la trouve très humaine, dans ses chemins faussés, dans ce qui est dit, de réel, d'imaginé, c'est au final un pendant intéressant. Reste ce style très soutenu, ce n'est pas critiquable, et certains passages à la relecture, je les ai trouvés beaux de littérature, ce qui au départ m'a semblé alourdir le texte. Et si ça le renforçait ?

   Incognito   
26/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Pas évident de commenter !
J'ai aimé. Je sais, c'est insuffisant comme commentaire, mais que dire ?
C'est délicat. On explore les bons comme les mauvais sentiments. C'est développé sans jamais donner l'impression de redites.
La sincérité et l'apaisement propres à un recul de vingt ans sur les faits me paraissent tout à fait crédibles. Je suis parvenu à la fin sans l'espérer ni la redouter. Je veux dire que je n'ai jamais eu la tentation de sortir du texte par ennui, mais que je n'ai pas eu non plus la déception de le terminer en ayant l'envie de plus. Ce n'était pas trop long, ce n'était pas trop court, c'était juste ce qu'il fallait.

J'ai toutefois noté une petite chose qui ne va pas du tout pour moi et qui me met en pétard lorsque je la rencontre en tant que lecteur. Pas grand chose en fait, un "micro-problème" :
Lorsque vous introduisez le personnage du fils, il vous est nécessaire d'indiquer son prénom parce que vous y revenez ensuite et que le lecteur doit alors savoir de qui l'on parle. Mais la manière dont vous le faites ne me parait pas du tout crédible. La mère s'adresse au père en parlant de leur fils commun en ces termes : "J'avais confié notre fils Tony à ma soeur..." Pourquoi devrait-elle le spécifier au père qui comprend forcément de qui il s'agit ? Il me semble que jamais la mère n'aurait écrit cela. Elle aurait écrit "J'avais confié notre fils à ma soeur" ou plus vraisemblablement "J'avais confié Tony à ma soeur".
Donc, voilà, vraiment pas grand chose à dire de négatif.

Merci pour cette lecture.

   Xrys   
27/2/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen
Bon j'ai bien aimé le premier paragraphe Sauf la phrase on se demande toujours ... Je ne suis pas en accord avec celle ci. En fait on sait. Ce qu'on se demande c'est ce qui chez nous séduit l'autre je crois, mais je respecte la vision de l'auteur.

Pour la suite cette femme se lance dans une série de justifications mais comme si elle était accusée comme si elle se défendait Et c'est l'impression que j'ai à la fin du récit : cette femme est encore passive elle l'a toujours été, elle a subi l'amour de cet homme, ses infidélités, ses retours, son départ son coma (et là elle est encore passive car elle ne le quitte que quand elle a un autre homme).

Et je ne sais vraiment pas justement à la fin de la lettre qui elle était, je n'ai aucune idée des sentiments qui l'animent qui l'ont animée.

Alors je m'interroge sur l'utilité de cette lettre, c'est une lettre bien écrite, elle se lit facilement, mais moi je ne vois personne l'écrire ni la recevoir...

Et puis aussi une petite réticence sur le fait qu'elle la fera lire à son fils ...

Bref un peu déçue finalement

Xrys

   Anonyme   
28/2/2010
Commentaire modéré

   Selenim   
2/3/2010
 a trouvé ce texte 
Faible -
Un texte mollasson, gluant et gnangnan.

Je me suis rapidement retrouvé englué dans ces réflexions mièvres et autocentrées qui tournent en rond avec une remarquable précision.

Il y a plusieurs lieux communs assez croustillants, je ne cite que les premiers :

l’assurance ensoleillée de ton sourire.
comme un masque posé sur tes incertitudes et tes hésitations.


Je dois admettre que je suis très surpris par la médiocrité de ce récit. L'auteur ne m'avait jusqu'alors pas habitué à ça. Je ne comprends pas cet excès de sirop et ce manque de subtilité. Ici tout est basique dans l'évocation, grossier dans l'énonciation. La finesse des sentiments est balayée par un vocabulaire assez pauvre et des phrases aseptisées. Il y a un manque flagrant de poésie dans l'expression des émotions et de la douleur.

Le passage que je trouve le plus représentatif du texte est :

Le malheur vous rend lucide, et la lucidité rend l’amour plus poignant, plus douloureux. Car je t’aimais. Je t’ai aimé longtemps après que tu m’as déçue. Puis j’ai appris. À te désaimer. À déconstruire mon amour pour toi. À me protéger de mes sentiments, à m’en détacher, pour ne plus souffrir de ton indifférence, de tes mensonges, de tes sourires, de tes trahisons. J’ai appris. Ou j’ai cru apprendre…

J'ai trouvé ce passage digne d'un bon opus Harlequin (si, si, il y en a des bons). C'est mou, mielleux, constellé de formules pré-mâchées. Je ne vois aucune subtilité dans l'évocation des sentiments ; les ficelles sont tellement grossières, le vocabulaire si simpliste et les émotions si fades. J'ai vraiment eu du mal. Le point positif, c'est que ce texte ne m'a pas laissé indifférent. Il m'a fallut plusieurs lectures pour en venir à bout tant ces phrases happaient ma volonté de continuer.

Cette écriture est à ce point étouffante que je dois avouer ne pas avoir fait attention à l'histoire. Un comble.

Un texte qui me semble ne pas être venu naturellement à l'auteur, peut-être trop enfermé dans les contraintes qu'il s'était imposé.

Selenim

   Val   
2/3/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen
J'ai aimé jusqu'à l'accident... Après j'ai décroché.
Bien vu l'adultère du mari vu, ressenti et retranscrit par la légitime, mais cela m'aurait presque intéressé d' avoir l'autre poids sur la balance, l'adultère vu, ressenti et exposé par le mari... aussi.
La confrontation des deux points de vue quoi, exercice périlleux certes, mais là, on est forcément obligé de se ranger du côté de l'épouse bafouée, pas le choix !
On apprend rien de nouveau sur le sujet, mais c'est assez joliment décrit, avec délicatesse et tendresse. La suite, la nouvelle vie de l'épouse etc... j'ai trouvé ça profondément ennuyeux.

   marogne   
4/3/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Une très belle lettre, et un bel hommage à la nouvelle de Jaimme.

J’ai été un peu désarçonné par ce rythme haché (surtout au-début), ces phrases syncopées, ces mots lancés comme ça. Mais l’histoire est prenante, et on suit, même si la respiration manque quelquefois, pour savoir où l’on va finir.

On sent – je ne sais pas si c’est voulu – comme un regret dans cette façon d’écrire le début de cette lettre, la surprise sans doute d’apprendre qu’il était capable d’entendre, et que donc il l’a entendue. Et puis tout le reste pour se justifier, pour lui faire sentir qu’il était le fautif, et surtout pour lui dire, à ce presque légume, qu’il avait tout perdu ce soir là, la « vie », sa famille, sa maîtresse. Une vengeance si dure, il est toujours cloué dans son lit, qu’elle dit haut l’amour qu’elle avait eu de lui, ou plutôt la haine tenace de la trahison.

Je ne sais pas pourquoi, j’aurais attendu un peu plus de cœur, un peu d’empathie après 20 ans…. Mais non, elle persiste et signe, et termine par un coup de pieu….

   Luluberlu   
17/3/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Un belle écriture, un texte chaotique comme la vie et l'amour ; la ponctuation y contribue et là, elle ne m'a pas gênée.

Citation :
j’ai redécouvert la liberté qu’on trouve à s’engager ailleurs.
Cette phrase m'a fait sourire malgré la gravité du sujet traité ; il y a de quoi gloser à propos de cette liberté.

Quelques lieux communs mais on passe facilement dessus.
J'en suis ressorti un peu... comateux.

   Thomas-Darell   
12/4/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
C'est simple, pur, "on s'y croirait" !

Du mal à accrocher au début, je me suis tout d'abord dit que c'était parti pour du nombrilisme un peu cliché, une lettre de petite amie comme on en reçoit hélas parfois. Puis les petits détails et de jolies tournures pour exprimer la déception, le mépris parfois, l'espoir, tout cela m'a gagné à la cause de cette lettre ...

   placebo   
1/5/2010
 a trouvé ce texte 
Bien -
un ton doux et lancinant à la fois, écho aux malheurs passés de cette femme. "les hommes sont naïfs et bêtes". que sont les femmes alors, à assister comme elle à la désagrégation de leur couple, dans un mélange de froide analyse et de douleur contenue ?

très beau. je l'avais lu une première fois sans en être vraiment ému, la lecture de la nouvelle de jaimme et mon nouvel atterrissage ici (aléatoire) m'apportent une autre lumière. bien sûr il n'y a pas d'action, c'est très sentimental. mais c'est une lettre (peut être aurait-il fallu le mentionner au début autrement que dans le résumé, que certains ne lisent pas avant) et elle remplit magnifiquement son rôle

néanmoins, pas totalement convaincu, je ne saurai dire pourquoi... je cherche, je cherche... ah peut être le ton triste, on dirait qu'elle va mourir. et le passage sur la rupture, que je n'ai pas bien compris. mais de belles expressions... dur à noter tout ça. finalement, je crois (à regrets) que cette nouvelle ne me marquera pas tant que ça, c'était un petit voile soulevé sur une scène grave, belle, et silencieuse.

bonne continuation, placebo

 

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