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Humour/Détente
jphil : On a volé Catherine Deneuve !
 Publié le 06/01/10  -  20 commentaires  -  28839 caractères  -  176 lectures    Autres textes du même auteur

N'écoutez pas les fâcheux : quand on écrit, tout peut arriver !
Ce récit est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels n'est cependant pas tout à fait fortuite.


On a volé Catherine Deneuve !


- Venez vite ! On a volé Catherine Deneuve !


L’annonce venue du salon nous a cloués sur place. Pétrifiés. Ma mère me tournait le dos, penchée au-dessus de l’évier à laver la salade. J’ai vu ses épaules tressaillir faiblement avant de fléchir. Mon père s’est levé brusquement pour la soutenir. Chiara, ma jeune sœur, a mis sa main devant la bouche pour étouffer un « Oh ! » de stupéfaction. J’enregistrai ces menus détails sans même m’en rendre compte. Mes doigts d’affamé avaient suspendu leur rythme saccadé sur la table de la cuisine. Mon père, en homme responsable du bien-être de la cellule familiale patiemment édifiée, a lancé en direction du salon :


- Arrête de dire des bêtises, Lulu, et viens plutôt ici, on va manger, avant de poursuivre d’une voix rassurante à l’intention de ma mère, il a de ces idées parfois, ce gosse. On a dû piquer la statue de cire du musée Grévin, je vois que ça…

- Mais même si c’est ça, c’est quand même très grave… a commencé ma mère d’une voix atone en se retournant lentement, le visage ravagé par l’appréhension, les mains crispées sur le tablier qui lui servait de torchon.


Elle n’a pas pu aller plus loin :


- Puisque je vous dis qu’on a volé Catherine Deneuve ! V’nez voir ! Vite ! a répété mon petit frère d’une voix que l’agitation faisait grimper dans les aigus.


Cloués, disais-je. Le choc. Mais ce second appel nous a comme réveillés de notre léthargie post-traumatique. Une bousculade à la Dubout, chacun cherchant à devancer les autres, faisant barrage de ses mains, ses bras, ses jambes, ses fesses même, pour prendre l’ascendant, soufflant, pestant, feintant, poussant, tirant, ahanant, sans plus d’égard pour l’âge, le sexe ou le statut de ses concurrents, déterminé à franchir la porte en tête, coûte que coûte. Dans une confusion indescriptible de râles, de claques, de morsures, d’injures étouffées, de chaises renversées et de vaisselle brisée, nous nous sommes précipités au salon. Mon frère nous y attendait, trépignant d’excitation debout sur le divan, tout gonflé de suffisance et de marshmallows, les yeux écarquillés de surprise et de satisfaction mêlées à la vue du double spectacle que lui offraient la télé, mais aussi notre progression mouvementée dans le couloir.


Quand nous déboulâmes enfin tous dans la pièce, Lulu, telle la vigie prophétique et obèse de quelque navire en perdition, désigna d’une main potelée l’écran de télévision où le dernier présentateur en vogue au brushing impeccable délivrait la funeste nouvelle, sans avoir à l’évidence la moindre idée de l’impact qu’elle produisait dans notre famille : « … Nous venons d’apprendre la disparition de la star qui était attendue sur le plateau de Michel Drucker pour l’enregistrement d’une émission exceptionnelle qui devait lui être consacrée. Sa famille est très inquiète. Sa fille Chiara aurait interrompu le tournage de son dernier film en Italie pour regagner la demeure familiale et attendre un appel d’éventuels ravisseurs. La police se refuse à tout commentaire, mais on sait de source informée qu’une enquête a été diligentée en urgence, à la demande du Président de la République. Voilà ce que nous pouvons vous dire pour l’instant, mais nous reviendrons sur cette affaire dès que nous aurons de nouveaux éléments… »


« Mon Dieu ! » a murmuré ma mère en s’extirpant de la mêlée. Les mains jointes en signe de prière, titubante, elle s’est avancée vers le poste de télévision où le visage en format géant de Catherine Deneuve semblait lui sourire à elle, Monique Frambert, à elle uniquement. Elle a tendu une main tremblante jusqu’à toucher l’écran. Nous observions fascinés – encore un peu essoufflés aussi – ce face à face improbable, dans un silence chargé d’émotion et de crainte. Puis l’image de la star a disparu brusquement. Retour au présentateur suave et lisse. Recouvrant ses esprits, ma mère s’est tournée vers mon frère toujours perché sur le canapé et, d’une main leste, elle lui a envoyé une gifle bien sonore qu’elle a ponctuée d’un « On l’a pas volée, elle a disparu : quand cesseras-tu de dire n’importe quoi ?! » avant de retourner d’un pas lourd vers la cuisine. Nous nous sommes tous regardés. Mon frère se frottait la joue en grimaçant pour refouler ses larmes. Quand elle a ajouté d’une voix sèche « Allez, venez manger, ça va refroidir ! », nous avons tous compris que plus rien ne serait comme avant, que quelque chose s’était irrémédiablement brisé. La disparition de la star menaçait d’entraîner à sa suite dans le gouffre, ni plus ni moins que l’équilibre déjà fragile de cette maison de fous que nous avions l’inconscience d’appeler une famille.



-O-



Je vous sens sceptique. Vous vous dites « Mais qu’est-ce que ça peut bien leur faire ce qui arrive à Catherine Deneuve ? » Et, si l’héritage familial me fait un peu tiquer sur la désinvolture de la formulation choisie, je ne suis pas loin de penser comme vous. Seulement voilà, vous ne savez pas tout et je crois que l’heure d’une explication est venue. Mes parents se sont rencontrés en 1964, devant une salle de cinéma qui présentait Les parapluies de Cherbourg. Ce fut un coup de foudre, entre eux, mais aussi pour l’actrice. Mon père trouvait que sa dulcinée ressemblait à la jeune comédienne. Et voilà bien la preuve qu’il l’aimait, car ma mère pourrait plus facilement passer pour la sœur de Josiane Balasko que pour le clone de la grande Catherine (je parle bien sûr ici de la star française et non de la tsarine, bien qu’une même réputation de froideur puisse créer la confusion un bref instant dans l’esprit du profane). Naturellement, je n’ai pas connu ma mère dans sa jeunesse mais, sur tous les clichés précieusement conservés, le doute n’est guère permis et il faut vraiment avoir les yeux de l’amour, ou vouloir assouvir un fantasme bien particulier, pour imaginer le moindre point commun entre l’actrice et ma génitrice, autre que leur appartenance au même sexe.


Mon père, victime d’une douce malédiction qui semble frapper tant d’hommes, a donc aimé toute sa vie une femme qui n’était qu’une illusion et quand, de loin en loin, dans ces moments où les passions les plus fortes connaissent inévitablement un début d’essoufflement, l’ardeur des premières années commençait de s’émousser, un changement de coiffure de l’actrice, une couleur différente ou bien un simple régime, reproduits à l’identique par Monique Frambert, ravivaient le feu de leurs amours qu’un nouvel enfant venait consacrer. Je fus le premier de ces fruits de la conquête ou de la reconquête amoureuse. On me prénomma Christian, sans que le hasard ou quelque raison secrète préside à ce choix. Quelques années plus tard, un nouveau venu s’annonça dans la famille. « Pourvu que ce soit une fille ! » s’exclama mon père quand il apprit la nouvelle, confondant dans un même élan inclination personnelle et vœu d’une progéniture semblable à celle de l’actrice. Ma sœur Chiara vint donc assourdir de ses jérémiades incessantes le confort douillet de leur union, et la tendre torpeur de notre trio par la même occasion. Sa naissance mit un terme ô combien bruyant à une période où les films de la star, comme les sentiments de mes parents, avaient semblé plus fades, presque attendus, sans grand relief ni vraie surprise.


Enfin, plus récemment, tandis que Catherine Deneuve égrenait les saisons avec Téchiné, mon père retrouvait en sa femme des trésors qu’il semblait avoir oubliés et lui faisait sans y prendre garde, à un âge plus que respectable, un tout dernier enfant auquel mes parents, pris de court, n’eurent tout de même pas l’audace de donner le nom d’un des chats de l’actrice (bien que l’idée, aussi saugrenue qu’il y paraisse, fût sérieusement débattue avant d’être abandonnée, presque à regret). Après quelques heures de recherche frénétique dans la filmographie de la grande prêtresse de leur amour, ils décidèrent de prénommer le petit dernier, Lucien, le condamnant, songeais-je alors, à traîner à vie le redoutable surnom de Lulu. Je vous laisse le soin de deviner de quel film ils ont extrait ce prénom d’une désuétude cependant toute relative, à bien y repenser, tant le retour à l’ancien et à la brocante connaît un vrai succès. Mais pour combien de temps, semble souvent se demander mon jeune frère, qui étouffe son désarroi sous des quantités de nourriture tout à fait déraisonnables, même pour un futur sumo.


Dans la demeure familiale, pas une pièce n’échappe à ce culte cinématographique dédié à l’actrice sous les formes les plus diverses, et les plus discutables, qui vont de l’affiche de film grand format mise sous verre à la carte postale dédicacée, en passant par la photo de tournage conquise de haute lutte dans un salon pour fans professionnels ou la tenue fétiche portée dans tel ou tel film jusqu’à, mais oui, le papier peint des toilettes où le visage énigmatique de la comédienne vous observe fixement, dans une sérigraphie à tendance warholienne du plus bel effet…


Aux heures rebelles de l’adolescence, quand épris de liberté, je voulus marquer ma différence et affirmer mon indépendance, je pris le risque inouï d’accrocher sur le mur de ma chambre un poster d’Isabelle Adjani, provoquant dans la famille un séisme tel qu’il faillit emporter les fondements mêmes de notre bonne entente filiale. Au bout de quelques semaines de guerre froide et de regards assassins, craignant pour mon intégrité physique, je dus me résoudre à décrocher le portrait honni, qu’une main vengeresse avait entre-temps affublé au feutre indélébile d’une grossière paire de moustaches. Je vous épargnerai le mot tout aussi grossier qui accompagnait l’agression picturale. Je me contentai dès lors d’affecter nonchalamment une préférence prononcée pour la filmographie de Françoise Dorléac. On a les révoltes qu’on mérite…



-O-



Voilà à quoi je pensais en roulant, aux premières lueurs du jour, dans les rues désertes de Paris à la recherche d’un kiosque déjà ouvert, sommé par ma mère en pleine crise d’insomnie de rapporter toutes les éditions qui ne manqueraient pas de traiter de l’enlèvement. Le vent de la nuit terminait sa course dans les reflets bleutés de mon pare-brise. J’étais épuisé. La soirée avait été longue et voir pleurer ma mère pour autre chose que mes frasques d’adolescent de près de trente ans était un fait dont j’avais perdu l’habitude. Je somnolais donc au volant de ma vieille Austin Cooper d’occasion, la laissant me porter jusqu’à la place Vendôme, comme un dernier hommage à cette image du luxe français qu’incarnait aussi la star, quand une silhouette surgit brusquement devant mes phares. J’entendis un cri. J’en poussai un moi-même, par politesse, avant de piler. Je n’eus pas le temps de me remettre de mes émotions. La portière passager s’ouvrait déjà, une femme s’engouffra dans la voiture, m’ordonnant d’un ton pressé :


- Foncez, vite !


Son parfum, lourd et riche de fragrances épicées, envahit l’habitacle – réduit, certes – en quelques secondes. Stupéfait, j’obéis machinalement et démarrai en trombe, avant de me tourner vers ma passagère. Je manquai défaillir : Catherine Deneuve était assise à côté de moi ! Oui, vous avez bien lu, Catherine Deneuve !!! Belle de jour, La grande bourgeoise, Tristana, et tant d’autres figures mythiques du cinéma réunies en une seule, bien réelle celle-là, qui venait de prendre place à mes côtés, dans un espace si exigu que je ne pouvais pas ne pas la toucher, malgré les objurgations de Marco Ferreri*. J’en oubliais de respirer. Son épaule effleurait la mienne. Tétanisé, je pilai derechef. Catherine – je décidai d’emblée de l’appeler par son prénom, pas de cérémonie entre nous, elle s’était tout de même invitée dans ma Mini, chez moi donc en quelque sorte, car tout le monde sait le rapport affectif intime que les hommes entretiennent avec leur voiture, symbole de leur puissance, extension de leur virilité, etc., même si personnellement je réfute ce dernier point, le modèle choisi dépendant plus, dans mon cas, des contingences matérielles inhérentes à ma vie d’éternel étudiant que de toute symbolique sur la taille de… enfin, vous savez quoi – Catherine, donc, se retint de justesse au tableau de bord, manquant se fracasser le front contre le pare-brise.


- Eh ! Mais qu’est-ce que vous faites ? Foncez, je vous dis !


Cette fois, je ne fis pas un geste, me contentant de la regarder, fasciné de pouvoir contempler de si près l’idole familiale. « Tu vis sans doute l’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune » songeai-je avec solennité. Je devais avoir un air extatique, ou dément, à la fixer ainsi avec une telle intensité. Son regard a reflété cette même incertitude inquiète qu’elle avait dans le film de Jean-Loup Hubert, vous savez, celui où Bernard Giraudeau la poursuit dans les galeries couvertes de la ville de Nantes... La reine blanche, oui, celui-là ! J’ai senti qu’elle hésitait, j’ai vu du coin de l’œil sa main chercher la clenche d’ouverture. Non, elle ne pouvait pas disparaître déjà. À nous deux, ma Catherine ! Hors de question que je te laisse m’échapper si vite (oui, dans l’urgence, mes vils instincts de mâle dominant ressurgirent). Je redémarrai donc sans attendre et tentai, pour la mettre en confiance, d’afficher l’air détaché, un peu débonnaire, qu’aurait pu avoir Philippe Noiret en pareilles circonstances.


- Merci, me dit-elle d’une voix circonspecte. Je comprends que vous ayez été surpris, mais je n’avais pas d’autre solution. Plus de taxi à cette heure-là et je ne savais pas qui appeler. Mon agent est injoignable et les autres ne sont pas au courant…

- Comment ça ?


J’avais trouvé le ton juste, intéressé mais sans plus. Daniel Auteuil dans Les voleurs.


- Euh… je ne sais pas trop par où commencer.


Catherine semblait confuse. Elle me jeta un regard en biais, un de ces fameux regards dont elle a le secret, qui ont la faculté de raconter tout autre chose que les mots qu’elle vous dit (c’est pas de moi, mais de Truffaut, excusez du peu), de ces regards qui vous restent en mémoire longtemps après que le film est terminé. Eh oui, inutile de le nier mais vous l’aviez déjà compris, des années de vénération familiale m’avaient moi-même contaminé : j’étais conquis. J’attendis en silence. Elle parut hésiter encore quelques instants, se mordillant nerveusement la lèvre supérieure comme elle faisait si souvent quand elle était inquiète ou indécise. C’était si adorable ! Puis elle se lança :


- Voilà, c’est un peu compliqué à expliquer, mais… vous avez suivi les infos ?


Je hochai la tête. Elle poursuivit :


- Donc, vous savez… En fait, c’est…


Elle s’arrêta, puis reprit, visiblement agacée de ne pouvoir expliquer mieux les choses :


- Si c’était à refaire…


Peine perdue. Elle se tut à nouveau. Son regard sembla se perdre dans les profondeurs du jour qui se levait. Les rues qui défilaient se réveillaient à mesure que nous roulions. Je cherchai rapidement dans la galerie de ses partenaires masculins celui dont l’attitude correspondrait à la situation, mais je n’en trouvai pas. Je risquai une improvisation :


- Que s’est-il passé ?


Pas terrible, mais ça pouvait aller. Les dialogues n’étaient pas non plus toujours très brillants dans ses films. On ne tourne pas avec Buñuel tous les jours.

Elle soupira profondément.


- Oh, c’était une idée absurde de mon agent.

- Comment ça ? On ne vous a pas vraiment kidnappée, vous ne vous êtes pas échappée au risque de vous faire tuer ? À votre ton, j’ai cru qu’ils étaient à vos trousses.


Elle se mit à rire.


- Vous regardez trop de films, vous ! Non, rien de si dramatique, personne n’est à mes trousses. J’avais juste peur que quelqu’un me reconnaisse, bien qu’à cette heure… Et quant au reste, l’enlèvement, les médias, c’était simplement une idée marketing !


J’étais abasourdi.


- Mais… mais, dans quel but ?

- Eh bien, c’est tout simple, je vieillis. Elle arrêta d’un geste mes tentatives de dénégation polie. Si, si, je vous assure, je vieillis ! Quand on est jeune, on a beau le savoir, on reste intimement convaincue que ça n’arrive qu’aux autres, qu’on y échappera, mais non… Vieillir, c'est difficile à vivre pour n'importe quelle femme, mais pour une actrice, c'est emmerdant. Très très emmerdant ! Et les comédiennes qui vous disent le contraire sont des menteuses ! Cela reste douloureux. En même temps, on s'en veut de souffrir pour ça, puisque c'est la vie. Mais dans la vie, tout le monde n'est pas confronté à son image comme l'est une actrice. Certains jours, c'est dur, et on souhaiterait un peu plus de douceur. Elle soupira. Mais c’est comme ça, un beau matin, on réalise que les couvertures de magazine se font plus rares, les propositions des réalisateurs aussi… Mon agent, cet idiot, a pensé qu’un kidnapping me permettrait de retrouver une sorte de « fraîcheur médiatique ». C’est son expression favorite, ajouta-t-elle en riant d’un rire sans joie. Je devais disparaître quelques jours. Ensuite, on aurait inventé un scénario pour ma réapparition. Il m’avait prêté son appartement pour la nuit et je projetais de rejoindre un endroit moins exposé au petit jour, mais ma voiture est tombée en panne. Je ne pouvais pas rentrer chez moi à cause de la presse, alors voilà…

- Pourquoi n’avoir pas appelé ?

- Qui aurais-je pu appeler ? J’ai donné leur congé aux domestiques par souci de discrétion, mon agent est aux abonnés absents, mes rares amis ne sont pas en ville, il n’y avait personne… personne…


Le ton sur lequel elle prononça ces derniers mots me glaça. Comme elle semblait seule et désemparée à cet instant. Involontairement, les images du lieu du crime me revinrent en mémoire, cette scène si poignante où elle apparaît au matin dans son imper écru, les cheveux mouillés, l’air égaré… Je me repris, nous n’étions pas dans un de ses films.


- Mais… pourquoi avez-vous accepté ?


Elle sourit. De ce beau sourire empreint de lassitude qui m’avait toujours chaviré, bien que je fisse souvent l’indifférent pour ne pas paraître trop sentimental.


- Pourquoi… ? Oh, je suppose que j’étais désespérée…


Elle resta songeuse un long moment. Je n’osais plus rien dire.


- Allons ! reprit-elle enfin en se redressant, l’existence n’est pas un conte de Noël. Oui, je sais, s’anima-t-elle en se tournant vers moi comme si j’avais protesté, on dit un conte de fées, mais moi je préfère un conte de Noël, allez savoir pourquoi, à cause de l’hiver peut-être, la chaleur des maisons, les illuminations, les rires des enfants, les balades où l’on sort bien emmitouflé. Une fois, quand j’étais plus jeune, j’ai failli mourir dans la neige, je vous jure, je m’étais perdue... Pourtant, l’hiver reste ma saison préférée, même si ça passe trop vite. Mais tout passe toujours trop vite, la jeunesse, la beauté, la vie, la vie surtout...

- Vous… vous êtes très différente de ce que j’imaginais…

- Comment ça ? Ce fameux aspect « Fière et glaciale », vous voulez dire ? Combien de fois ai-je été traitée de "jolie, blonde et froide" ? Je l'ai tellement entendu que je ne l'entends même plus.

- Pas forcément froide mais plus distante… enfin, vous voyez quoi. Et là, vous me parlez comme si de rien n’était, vous dites « emmerdant », c’est… c’est surprenant…

- Mais moi aussi, cela me surprend figurez-vous ! J'ai du mal à comprendre comment, après toutes ces années, les gens peuvent encore avoir de moi une image aussi figée. Quand j'entends "Elle est glacée, bourgeoise", je me dis que les gens jugent beaucoup sur l'apparence... Parfois, ça me fait sourire, mais souvent je trouve sidérant qu'on parle de moi comme si j'étais la reine de France. Je crois au contraire que je suis quelqu'un d'assez naturel et d'assez direct.


Le silence s’installa de nouveau. Je craignis de l’avoir froissée. Après quelques instants, elle poursuivit son monologue, lucide et désabusée :


- Quand les gens vous connaissent depuis très longtemps, il n'y a rien à faire, c'est difficile de les surprendre. Il y a tant d'a priori… Entre l'expérience, la notoriété et les films, les gens attendent que vous correspondiez à l'image qu'ils se font de vous. Mais, vous savez, je ne me regarde pas vivre. Je ne me juge pas, je vis tout court. Je n'essaie pas de m'imaginer par les yeux des autres, je ne m'occupe pas de moi-même sous cet angle-là. Je vis les choses beaucoup plus impulsivement, plus instinctivement qu'on ne le croit peut-être, il n'y a pas de volonté de ma part de vivre dans une tour d'ivoire.


Elle s’arrêta, semblant chercher quelque chose du regard.


- Il n’y a pas de cendrier dans cette voiture ?


Je ne relevai pas la condescendance de la question.


- Si. Là, tenez… mais…

- Quoi ? Ah non, vous n’allez pas me sortir « On ne fume pas dans ma voiture » j’espère ! Cette phrase a le don de m’agacer !


« Peut-être pas la reine de France, mais autoritaire quand même », songeai-je tout en me concentrant sur la route. Elle sortit un paquet de cigarettes de son sac, en prit une, l’alluma fébrilement, la porta à ses lèvres et rejeta la fumée dans un long soupir de satisfaction. Je me retins de tousser, me bornant à descendre ma vitre le plus discrètement possible.


Elle avait plongé dans une contemplation rêveuse, et quelque peu enfumée, de la ville encore assoupie. Au bout d’un moment, elle reprit comme si de rien n’était :


- J’aime beaucoup ces premières heures de l’aube, quand on croit que tout est encore possible… Vous saviez que dans certaines tribus d’Afrique, on pense que les âmes perdues profitent de ces instants magiques pour venir saluer les vivants ? J’adore la poésie de ces croyances…


Je ne répondis pas, me contentant de hocher la tête en signe d’adhésion, envoûté par cette voix au timbre si particulier, cette couleur si personnelle qu’elle donnait aux mots, cette élocution rapide, ce murmure un peu saccadé qui forçait l’attention. J’entendais le chant du monde, là, dans ma voiture de gnome. Cette femme me parlait et tout mon univers s’éclairait, embrasant mes possibles de flambeaux magnifiques. Ça valait bien la perspective d’un cancer des poumons d’ici une trentaine d’années.


- Ah, on approche, fit-elle en regardant les immeubles défiler à travers la vitre. Vous voudrez bien tourner à droite au prochain feu ?


C’était trop beau pour durer. J’aurais voulu prolonger l’instant. L’espace d’une seconde, j’envisageai de l’enlever réellement pour quelques heures et de l’emmener jusque chez nous. L’idée était séduisante, pour diverses raisons, mais je la chassai aussitôt de mon esprit : Catherine ne méritait pas ça. J’obtempérai donc et m’arrêtai quand elle me le demanda. Avait-elle senti la nostalgie qui me gagnait déjà… ? Elle posa sa main sur mon bras.


- Voilà, c’est là que je suis censée rester cachée, dit-elle doucement. Il faut que j’arrange tout ça. En attendant, vous ne me trahirez pas, n’est-ce pas ?


Elle pencha son beau visage vers moi. Je crus un instant qu’elle allait m’embrasser. Cette seule perspective manqua emporter le peu de lucidité qu’il me restait. Tu es belle, si belle que te regarder est une souffrance…** Avais-je prononcé distinctement ces mots ou les avais-je seulement murmurés dans le secret de mon âme ? Je sentis mon cœur se liquéfier. Apparemment inconsciente du trouble qu’elle faisait naître en moi, Catherine me sourit à nouveau avant de répéter :


- N’est-ce pas… ?

- Vous ne devriez pas faire ça, vous… vous êtes une trop grande actrice pour vous abaisser à ce genre de choses, bredouillai-je, tout le monde vous apprécie, je vous assure…


Elle continuait de me dévisager avec gravité.


- Mais… mais, je vous le promets, je ne dirai rien.

- Merci, murmura-t-elle.


Après une brève hésitation, désignant d’un geste vague ce qui nous entourait, elle ajouta :


- C’était vraiment un drôle d’endroit pour une rencontre, non ?


Je perçus dans sa voix une modulation à la fois tendre et amusée qui m’avait échappé jusque-là. Une grande actrice, à n’en pas douter. J’étais trop ému pour répondre. N’est pas Gégé qui veut. Je sentis la caresse de ses doigts sur ma joue, le souffle de ses lèvres contre les miennes. Son parfum enivrant me fit frissonner. Je baissai un instant les paupières pour savourer pleinement ce moment de grâce, en proie à des sentiments d’une intensité presque douloureuse. Quand j’ouvris à nouveau les yeux, le froid de son absence me saisit. Elle avait de nouveau disparu. Elle ne s’était même pas enquise de mon prénom… Je restai un long moment immobile, inspirant profondément l’air autour de moi. Elle était là encore, dans ces grains d’or qui saupoudraient mes songes de dormeur éveillé. Anéanti, je me laissai dériver dans le fleuve ambré de mes souvenirs qui très bientôt, je le savais déjà, se teinteraient d’irréalité…


Dans un état proche de l’hébétude, je roulai jusqu’à l’appartement familial où ma mère m’attendait. À peine eus-je ouvert la porte que je la trouvai devant moi, vociférant à demi hystérique :


- Les journaux ? Où sont les journaux ?!


Je n’eus pas le temps de répondre. Mes bras ballants parlaient pour moi. Exaspérée, elle me gifla violemment sans cesser de hurler. Mais je n’écoutais plus. Je songeais à ces quelques minutes d’intimité avec Catherine, si fragile et si belle encore. Catherine… Sa voix, son regard, ses lèvres…


Jamais ma mère ne saurait la raison du sourire mélancolique que j’arborais ce matin-là, tandis que je restais planté devant elle à frotter ma joue endolorie.



Paris, décembre 1999.




* Référence au film de Marco Ferreri « Touche pas à la femme blanche ! »

** Phrase prononcée par Jean-Paul Belmondo dans « La sirène du Mississippi », de François Truffaut.



-O-




Illustration de l’auteur de la nouvelle



Note de l’auteur :


Afin de donner plus d’authenticité au dialogue, mais aussi par jeu, je me suis permis d’y insérer certains propos réellement tenus par l’actrice au cours de différentes interviews. Je les ai parfois légèrement modifiés pour les intégrer au récit, mais je l’ai fait en ayant le souci de ne pas les dénaturer. Afin de ne pas parasiter la lecture, je n’ai pas voulu marquer de renvoi à chaque extrait cité, mais vous trouverez ci-dessous les différentes citations, sans modification, ainsi que les différentes publications dont elles sont issues.



« Je ne me regarde pas vivre. Je ne me juge pas, je vis tout court. Je n'essaie pas de m'imaginer par les yeux des autres, je ne m'occupe pas de moi-même sous cet angle-là. »

Jours de France - 1970


« Je vis les choses beaucoup plus impulsivement, plus instinctivement qu'on ne le croit peut-être, il n'y a pas de volonté de ma part de vivre dans une tour d'ivoire (d'abord, je ne vis pas dans une tour d'ivoire), mais j'en donne l'impression. »

Écran - 1978


« Mais combien de fois ai-je été traitée de "jolie, blonde et froide". Je l'ai tellement entendu que je ne l'entends même plus. »

Elle - 1981


« Quand les gens vous connaissent depuis très longtemps, il n'y a rien à faire, c'est difficile de les surprendre. Il y a tant d'a priori. »

Les Cahiers du Cinéma - 1986


« Entre l'expérience, la notoriété et les films, les gens attendent que vous correspondiez à l'image qu'ils se font de vous, que vous soyez toujours... »

Livre « Portraits choisis » - 1993


« J'ai du mal à comprendre comment, après toutes ces années, les gens ont de moi une image figée... »

Les Inrockuptibles - 1996


« Vieillir, c'est difficile à vivre pour n'importe quelle femme, mais pour une actrice, c'est emmerdant. Très très emmerdant ! Et les comédiennes qui vous disent le contraire sont des menteuses ! [...] Cela reste douloureux. En même temps, on s'en veut de souffrir pour ça, puisque c'est la vie. Mais dans la vie, tout le monde n'est pas confronté à son image comme l'est une actrice. Certains jours, c'est dur, et on souhaiterait un peu plus de douceur… »

Télérama - 1996


« Quand j’entends "Elle est glacée, bourgeoise", je me dis que les gens jugent beaucoup sur l’apparence… Certes, c’est un métier où elle compte et où plein de choses viennent entraver ce que l’on est. Parfois, ça me fait sourire, mais souvent je trouve sidérant qu’on parle de moi comme si j’étais la reine de France. Je crois au contraire que je suis quelqu’un d’assez naturel et d’assez direct. »

Studio Magazine - 2005


 
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   aldenor   
2/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien -
L’idée de cette famille vouant un culte à Catherine Deneuve est une trouvaille. Si j’étais cinéaste je bondirai dessus et vous commanderai un scénario. Le titre aussi est bien trouvé.
La construction en trois parties est efficace, mais manque peut-être de chute ; la conclusion me laissant un petit goût d’inachevé.
Enfin, même sans les notes, le travail de recherche est évident et appréciable.
Le traitement :
Juste une impression d’ensemble : un certain manque d’économie, pas pour les phrases longues, que je trouve bien tournées ; n’empêche que le style pourrait être plus incisif.
L’écriture est tout de même soignée. J’ai bien aimé : « …Lulu, telle la vigie prophétique et obèse de quelque navire en perdition, désigna d’une main potelée… » ou encore « …l’équilibre déjà fragile de cette maison de fous que nous avions l’inconscience d’appeler une famille. », et d’autres…
Quelques fautes de ton dans la première partie, tantôt trop, tantôt pas assez :
La scène dans laquelle la famille se précipite au salon : Facile à dire « A la Dubout » et puis d’aligner une série d’actions impersonnelles en misant sur le fait que le lecteur imaginera lui-même le reste. Je pense qu’il fallait mettre les personnages en situation (qui pousse qui, qui joue des fesses ; décrire les mimiques, les interjections, les frustrations…) pour en faire une authentique scène à la Dubout.
J’ai trouvé le ton outré dans : « le visage ravagé par l’appréhension, les mains crispées sur le tablier qui lui servait de torchon. » Même dans le contexte. Apres tout à ce moment du récit la mère pense que c’est la réplique du musée Grévin qui a été volée.
« …nous avons tous compris que plus rien ne serait comme avant, que quelque chose s’était irrémédiablement brisé. » : là aussi ça me parait exagéré.

   florilange   
2/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
Difficile de croire que l'annonce de la disparition de l'actrice ait pu provoquer un tel bouleversement dans une famille. Mais ce sont des choses qui existent, certains fans d'Elvis sont bien pires, et les événements sont amenés et expliqués avec assez d'humour (l'amour aveugle du père) pour que ça passe.
La "rencontre" du narrateur et de l'actrice est encore plus difficile à croire (trop de hasards) mais bon, on n'est pas dans le réel.
J'aime bien le fait d'avoir bâti les dialogues en piochant les phrases de l'actrice dans des articles de journaux. Je trouve drôle, aussi, que le narrateur essaie d'adopter des attitudes d'acteurs dans la filmographie de C. Deneuve. Le tout dénote une documentation sérieuse du sujet, l'auteur est donc un fan, d'autant qu'il n'y a pas de vraie chute, la nouvelle est un prétexte à parler de son actrice préférée.
Le texte n'est pas désopilant mais il fait sourire et entraîne sur un rythme qui ne faiblit pas. Il est bien rédigé et se lit facilement malgré sa relative longueur.

   jamesbebeart   
2/1/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Une idée de départ amusante- peut-être pas suffisamment originale- mais le traitement est plutôt décevant dans l'ensemble. L'auteur vit par procuration, par pellicule interposée et la créature de ses rêves finit par sortir de l'écran...L'écriture n'est pas toujours très légère et la chute de l'histoire ne semble pas aboutie ; elle aurait nécessité davantage de travail, me semble-t-il. Bref un ressenti plutôt mitigé.

   NICOLE   
3/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien -
Avant de prendre connaissance de la note de l'auteur, je n'avais relevé aucune des citations, puisque je ne lis pas la presse féminine, quel qu'en soit le sujet effleuré.
J'ai donc abordé le texte comme un gentil conte, au sujet plutôt original, amusant, à force d'être outré (surtout dans la peinture de la famille).
Ensuite, l'idée que cette histoire pourrait résulter de quelquechose de moins léger que le délire facécieux auquel je l'attribuais a un peu terni mon amusement. Je crois que j'aurais été plus à l'aise sans la série de notes, qui a pour conséquence d'ancrer le texte dans la réalité, le privant de la légéreté qui faisait son charme.
Mais jusque là, je m'étais amusée...

   jaimme   
3/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
On sent que l'auteur est amoureux de Catherine Deneuve. Ou alors c'est l'impression (gagnée) qu'il a voulu donner.
Moi la "Grande" Catherine me laisse totalement indifférent. Pourtant ce récit m'a donné envie de mieux la connaître. La fragilité exprimée, certainement.
Bravo pour le jeu des références aux interviews. On sent que la nouvelle a été travaillée, dans le bon sens du terme.
Ce que j'aime le plus dans cette nouvelle c'est le glissement du comique vers le sentimental. Du rêve à la réalité. Mais sans jamais sortir du rêve en fait. Toutes ces personnes qui vivent par procuration, si nombreuses...
Belle écriture. Quelques tournures un peu lourdes à mon goût. Un comique qui se cherche entre délire visuel et décalage un peu plus raffiné, à cause du vocabulaire soutenu. Mais j'aime bien cet esprit Bidochon (très condescendant quand même) de la famille amoureuse de Deneuve. Caricaturale comme un film, car ces gens vivent une caricature. Une vie sans finesse. Alors que, sans doute, l'actrice est une personne bien plus délicate.
Personnage/acteur.
La présence du portrait tend à soutenir mon impression d'un auteur fan lui-même de l'actrice.
Celle-ci reste sur un piédestal car elle y gagne une humanité qui séduit le personnage principal. Un beau jeu d'écriture donc sur le réel et l'imaginaire. L'actrice représente le réel, paradoxalement.
Mon reproche principal est de visualiser un tel travail d'écriture que le ressenti, à mon goût, est atténué par le désir de bien écrire. Le percutant, le poétique, passe au second plan derrière le bel ouvrage. Ainsi je trouve qu'il y a plus de force dans: "si fragile et si belle encore" que dans la citation de Truffaut. Eh oui!
Bon, c'est mon goût, et j'assume.

Au final, une belle lecture entre amusement, réflexion et sentiments forts.

   MissGavroche   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
Merci pour ce moment de légèreté. L'idée est originale et prendre une actrice comme Deneuve plutôt qu'un chanteur de rock l'est encore plus.
Concernant le style, quelques lourdeurs ça et là, des phrases parfois trop longues mais rien de vraiment impardonnable. Quand on entre dans l'histoire on ne veut plus en sortir, on veut comprendre le pourquoi de cet engouement familiale, on a envie que Catherine reste encore un peu plus...

   Anonyme   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour Jphil

Pourquoi Catherine Deneuve ?
Justement, à mon humble avis, parce que... l'on se l'on se pose la question. C'est un premier bon point.

L'écriture est soignée. Vous connaissez manifestement le mode d'emploi de la langue française.
Dans la première partie, les phrases s'allongent pour produire un effet comique, mais c'est un peu contre-productif.

En revanche la seconde partie est jubilatoire. Celle où le narrateur explique le comment du pourquoi du culte que voue la famille à la grande actrice.
La mère lui ressemble-t-elle comme le pense son mari ? Ou ressemble-t-elle à Josiane Balasko comme la voit son ingrat de rejeton ?
Au lecteur de se faire son propre cinéma.

Dans la troisième partie, la plus longue, l'humour cède la place à une intéressante analyse psychologique en forme d'hommage à la grande Catherine.

Ce changement de registre montre la richesse de la palette de l'auteur mais nuit à l'homogénéité de la nouvelle.
Par ailleurs tout à fait honorable.

   widjet   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Une histoire assez sympathique et divertissante à défaut d’être franchement drôle.

Humour à la « Rochefort » plutôt efficace (même si l’auteur abuse des digressions qui, à force, parfois noie le ressort comique) et suffisamment rythmé. En bon cinéphile (même si je ne suis pas fan de Deneuve) j’ai apprécié les clins d’œil cinématographiques que JPHIL a intelligemment parsemé sans nous prévenir (« Conte de Noel » de Desplechin ou encore « Drôle d’endroit pour une rencontre » de Dupeyron ou encore « Ma saison préférée » de Téchiné…et j’ai dû en zapper)
Mais au-delà du caractère humoristique, le texte a aussi un autre niveau de lecture qui moi m’interpelle. Cela nous rappelle aussi combien les vedettes sont avant tout des personnes comme les autres avec aussi « ses médiocrités » (la petite et amusante allusion de « l’emmerdant » en témoigne) qui souvent (une fois les projos éteins) peuvent être aussi terriblement seules et incomprises (le passage où Catherine est désemparée le mentionne aussi). Mais la démystification de l’actrice est assez soft (l’auteur étant lui-même peut-être un fan, il ne voulait pas trop abîmer son « mythe »).

Même si je regrette un peu cette manie qu’a l’auteur d’interpeller le lecteur (que j’avais aussi « déploré » dans le « sexe des anges », désolé je ne suis pas convaincu par l’efficacité de ce genre de manœuvre, mais c’est tout à fait personnel) et si certains effets comiques tombent à l’eau (c’est assez frustrant d’ailleurs car l’idée y était : je fais notamment référence au passage sur la symbolique de la Mini… L’idée est amusante mais la tournure employée disons, n’est pas percutante et annule la drôlerie, d’ailleurs j’ai souvent remarqué chez l’auteur, un trop plein de « verbatim » qui parfois alourdit les scènes ou les tirades ayant pour objectif de faire rire) tandis que d’autres scènes plus « violentes » surprennent (les gifles maternelles – et la dernière surtout – détonnent un peu dans un registre humoristique, enfin bref…), je trouve que JPHIL vient de signer son meilleur opus.

Certes, j’ai moins accroché le début et la partie familiale qui ne m’a pas franchement amusée (pas assez incisif), mais l’ensemble, sans prétention et plutôt bien écrit (il y aurait encore à couper quelques rajouts inutiles pour gagner en percussion et avoir un style soutenu tout le long, mais bon je vais cesser de pinailler…) est un hommage à l’actrice et aussi à tous les cinéphiles et par extension au 7ème art. Je suis client donc. Enfin, si certains (comme moi) regrettaient que l’auteur ne se lance pas dans un registre plus léger, celui-ci corrige joliment le tir.

Merci, donc

W

   LEVENARD   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Etonnez-vous après cela que Mikael Jackson meurre ? Il fait ce qu'il peut pour apparaître lui aussi un jour dans une nouvelle ? On est humain que diable !

Le début, la mise en place est réjouissante. Une vraie bousculade ( la référence à Dubout ajoute bien sûr du visuel à la chose). Des personnages en parfait décalage avec leur idole...
L'écriture est efficace, racée, musclée, percutante.

Je ne goûte pas toutes les références aux fims évoqués par ignorance, mais je constate que cette ignorance n'enlève rien à l'histoire, même si elle empêche une véritable mesure de la performance de l'auteur.

Enfin, je salue l'allusion à "Touche pas à la femme blanche". Quand reverrons-nous ce délire ?

   Myriam   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
Deux nouvelles en une...
La première, immersion dans une famille un peu barge, hystérique et touchante, comme on en croise souvent en cinéma ou littérature, ne m'a pas convaincue vraiment.
Le style manque à mon goût de cette légèreté désabusée et ironique qui m'aurait fait rire.
Les phrases sont trop longues, veulent trop en dire. Juste un exemple: "Mon frère nous y attendait, trépignant d’excitation debout sur le divan, tout gonflé de suffisance et de marshmallows, les yeux écarquillés de surprise et de satisfaction mêlées à la vue du double spectacle que lui offrait la télé, mais aussi notre progression mouvementée dans le couloir."L'idée est drôle mais la phrase trop laborieuse.


La deuxième, la rencontre... là j'ai adoré. Les phrases s'allègent,
les dialogues sont émouvants et les réflexions du héros sonnent pour le coup juste et drôle, dans l'auto-dérision notamment.


La fin l'a vraiment émue.
"Je restai un long moment immobile, inspirant profondément l’air autour de moi. Elle était là encore, dans ces grains d’or qui saupoudraient mes songes de dormeur éveillé. Anéanti, je me laissai dériver dans le fleuve ambré de mes souvenirs qui très bientôt, je le savais déjà, se teinteraient d’irréalité…"... magnifique.

Un beau thème, qui mêle plusieurs réflexions, le star-system, le vieillissement, l'idolâtrie, le rêve; des personnages qui existent joliment, et sont crédibles.
A part les restrictions sur la première partie, j'ai apprécié cette lecture!
Amicalement,
Myriam.

   alifanfaron   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Délirant. Délirant au niveau de l'idée et du traitement réaliste. J'aurais trouvé trop facile de finir sur une fin dite "de film". J'aime cette fin là, simple, sans éclat, qui donne toute sa crédibilité au texte. Catherine s'en va (que pourrait-elle faire d'autre honnêtement???), le perso se prend une volée de claques par sa mère frénétique. C'est la vraie vie quoi (du moins dans cette famille).

Et justement, parlons en de la mère. Elle et ses paires de claques sont jubilatoires. De même que les détails tout au long de l'histoire qui sont très justement choisis et qui donnent au texte une singularité et une légèreté fort appréciable.

L'écriture enfin est très élaborée, en dépit de quelques phrases (trop) longues (à mon gout).

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle fraîche. Les citations intégrées tant de Deneuve que des autres (celle de Truffaut est excellente) s'intègrent parfaitement au texte.

Enfin le titre suscite à lui seul un grand intérêt.

Un enchantement.

   Perle-Hingaud   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Ah mais c’est très très bien, ça… Tu devrais te lâcher plus souvent, jphil, y’a pas de doute ! Bon, je te fais un commentaire au fil de la lecture :
Première partie excellente, très visuelle, cette famille me plait beaucoup. J’aime le détail de la mère qui lave sa salade, et l’affliction causée par la terrible nouvelle est très bien rendue. J’ai eu le sentiment que cette partie avait été rédigée rapidement, d’un premier jet, elle paraît très spontanée (c’est une qualité, je te signale). Et merci, grâce à toi, j’ai découvert la différence entre chamallow et marshmallow…
Deuxième partie : Aie : le « je vous sens sceptique » casse le rythme. Ben non, justement, je n’étais pas du tout sceptique, moi, mais à fond dedans… Il me semble que prendre à témoin le lecteur n’apporte rien. Je trouve la phrase : « et, si l’héritage familial… » indigeste, limite incompréhensible.
Heureusement, l’histoire repart. Là, on sent qu’il y a du travail, les références aux films et répliques sont subtiles et l’écriture est à nouveau pétillante. Ce ton continue pour notre bonheur dans la troisième partie. Mention spéciale pour les extraits de dialogues cités par le narrateur. Ce qui est particulièrement bien fichu, c’est que, comme nous connaissons tous Catherine Deneuve, nous imaginons parfaitement la scène avec son ton de voix si singulier.
Quelques relance du narrateur m’ont parues lourdes (« mais…mais, dans quel but »), mais je chipote. L’idée d’intégrer des passages d’interviews est une trouvaille. Bizarrement, ces répliques sont parfois un peu « artificielles» !
Le coup de la taille de la voiture : ça, c’est du jphil, on se croirait en cours de récré… et c’est réjouissant.
La chute est impeccable, rien à dire.
En conclusion : quel éventail de talents ! Entre le sexe des anges et Catherine Deneuve, mon cœur balance. J’apprécie l’idée qu’une nouvelle sans prétention puisse avoir ce fond de réflexion, avec différentes thématiques : personnage réel/ fantasmé, rapport acteur/ amour du public, jeu des média, âge du capitaine... La prochaine fois, tu tentes le théâtre ? Je garde donc une marge de progression dans ma notation…

   Kaos   
6/1/2010
Commentaire modéré

   Lhirondelle   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonsoir Jphil

J'ai passé un agréable moment à lire ta nouvelle... L'écriture est fluide. Je me suis laissée emporter par le côté "délirant" de ton récit avec une préférence pour le début... La vision que j'ai eu de cette famille m'a bien fait "sourire"...
Au plaisir de te relire
et bonjour à Catherine au cas où tu la croiserais à nouveau :)

Amicalement

L'hirondelle

   Siebby   
6/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Le fond est assez tiré par les cheveux sur cette famille vivant dans l'adoration d'une vedette, mais ma foi pas déplaisant.

Je n'ai rien à redire sur la forme, elle est concrète et logique.

Le style appartient bien à un écrivain émérite. J'ai aimé mieux connaître cette bourgeoise glaciale à travers ce récit. Je félicite l'auteur pour ses recherches et son illustration, qui font de ce texte un texte entièrement abouti.

S.

   Filipo   
7/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé ce récit échevelé, à l'humour très visuel (surtout en première partie) et où l'on sent une formidable connaissance de la vie et l'œuvre de Catherine D. On ne s'ennuie pas une seconde, on est poussé à lire encore et encore (personnellement, le texte aurait pu être plus long que ça ne m'aurait pas gêné), ce qui est à mon avis un signe de grande qualité, tant d'écriture et de style que d'invention dans la narration.

Effectivement, certaines phrases sont un peu longues. Mais pour les digressions, elles sont savoureuses, à mon gout ! C'est fin, travaillé, marrant, plaisant à lire. Une seule remarque : peut-être encore trop d'adverbes, en enlever allègerait un peu (mais c'est peut-être moi !)

En tout cas, je suis conquis, et prêt à relire du JPHIL :-)

   emilie   
7/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Je suis fan de Catherine Deneuve et je me retrouve assez ds ces réactions un peu extrêmes!! Je pense que mes nerfs ne tiendraient pas le choc!!! Je partirais peut être même à sa recherche!!...
Par contre Catherine se moquant des on-dits etc, ce faux enlèvement ne me parait pas très plausible bien que j'adore cette petite nouvelle!!

Merci pour ce bon moment!

   elleonore   
8/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour Jphil,
Je ne suis pas très connaisseuse de la filmographie de Catherine Deneuve, mais je le déplore à la lecture de cette nouvelle, certes fantaisiste, mais intelligeamment nourrie de références cinématographiques et extraits d'interviews.
Fantaisiste, puisque à la fois la "disparition marketing" et l'apparition soudaine de l'actrice dans l'Austin du narrateur, sont hautement improbables. Mais c'est bien évidemment un parti pris. Et j'ai beaucoup aimé lire ce récit, truculent, plein d'une ironie aussi grinçante que jubilatoire, et très bien écrit à mon goût malgré la longueur de certaines phrases.
Bravo aussi, au passage, pour l'illustration.

   veldar   
13/1/2010
 a trouvé ce texte 
Bien
Merci à l'auteur
Première remarque :
"Penchée au-dessus de l'évier à laver la salade" : l'évier est réservé à cet usage exclusif ?
"Arrête de dire des bêtises, Lulu, et viens plutôt ici, on va manger, avant de poursuivre d’une voix rassurante à l’intention de ma mère, il a de ces idées parfois, ce gosse." Des problèmes de ponctuation rendent cette phrase indigeste.

"faisant barrage de ses mains, ses bras, ses jambes, ses fesses même, pour prendre l’ascendant, soufflant, pestant, feintant, poussant, tirant, ahanant" il m'aurait été plus aisé de lire "de ses mains, de ses bras, de ses jambes," etc... et un point virgule après ascendant ?

"L'impact qu'elle "produirait" ?
"et, d’une main leste, elle lui a envoyé" elle est dispensable.
La digression concernant la mini et ce que le narrateur en pense est longue, trop longue et n'apporte rien à ce récit.
On me prénomma Christian... sans que le hasard... ? Catherine a eu un fils très jeune qui s'appelle Christian Vadim, l'auteur l'aurait-il oublié ?
"longtemps après que le film est terminé." soit ?

L'irruption de Catherine donne son véritable souffle au récit. L'écriture en est est plus légère, plus agréable.
La présence de Catherine rend le narrateur encore plus falot, l'actrice est vive, resplendissante, vivante, il est atone. Mais avec une mère (et une famille) pareille, le contraire eut été étonnant.
L'étude des personnages, leurs interactions, leur personnalité est réussie.

Apprécié la discrétion des allusions à la filmographie de l'artiste outre celles expressément citées, je précise.
Une histoire plaisante bien que l'entrée en matière soit pesante.

   Anonyme   
30/1/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen
Un fantasme amusant que réalise l'écriture ?

C'est possible, mais ce n'est pas si drôle et il manque une distance nécessaire avec le réel. J'ai eu l'impression d'un rêve d'adolescence mis en scène, adroitement d'ailleurs, mais qui ne m'a pas donné d'émerveillement. Affaire de goût, d'autres certainement adoreront.

Cela reste toutefois sympathique.

   Mistinguette   
13/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Une histoire plaisante à l’humour subtil, certes difficilement imaginable. Par contre les dialogues sonnent justes et en les lisant j’entendais la voix de la belle Catherine. J’ai particulièrement apprécié le passage du poster d’Isabelle Adjani. Sympa aussi le coup des prénoms… Un regret à la fin, la star aurait pu se fendre d’un bisou sur la joue du jeune homme… En résumé un agréable moment de lecture, MERCI.

 

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