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Humour/Détente
Lacarpe75 : Les lettres des mots d'amour (1 à 9)
 Publié le 17/08/13  -  7 commentaires  -  8739 caractères  -  133 lectures    Autres textes du même auteur

Préambule

Ces quelques lettres, formellement identifiées par notaire, nous ont été confiées par un collectionneur privé désireux de conserver l’anonymat.

Ces bribes d’unions sont des preuves irréfutables que parfois il se passe « bien des choses » lorsque des êtres humains se rencontrent.


Les lettres des mots d'amour (1 à 9)


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Donald,


Sans abuser de votre gentillesse, il me serait agréable que vous acceptiez ma requête.


Je souhaiterais récupérer mes lettres d’amour. Plus particulièrement celle du 12 juillet 2012 dans laquelle je vous avouais sans détour :


« Donald, je vous aime. »


J’en aurais besoin de toute urgence… pour quelqu’un d’autre !


Merci d’avance.


Chantal.


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Madame,


Votre tenue austère

Du chignon au tailleur

Donne à votre extérieur

Une expression sévère.


Fort heureusement ;


Vous portez à merveille

Les jupons à dentelles,

Les dessous qui égayent

Vos attraits naturels.


Brodés rose et de blanc

Au soyeux chatoyant

Leurs lignes régulières

Font de vous ma rosière.


Est-ce déshonorant

De citer sans décence

Ces dessous en nuance

Qui vous vont comme un gant ?


En détournant mes yeux

De leur juste chemin

En envoûtant soudain

Mes desseins vertueux,


Du haut de votre estrade

Vous êtes responsable,

Pour preuve indiscutable

Mon bulletin déplorable.


Cet affligeant constat

Expliquant les raisons

Des mauvais résultats,

Voici ma suggestion ;


Serait-il inconvenant

De me changer de place

Sans m’éloigner pourtant

Si possible bien en face ?


Jérôme Chourasse (10 ans)

Premier rang

Rangée du milieu



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Zamedi zept zeptembre



Cher Zean-Zacques,


Mon cœur zaigne que z’en est zaisissant.


Vous êtes zi beau. Si zenzoué et plein de zoie. Tellement… zensuel,


C’est la gorge zerrée que z’ai pris la dézision de vous avouer un défaut zidérant.


Une anomalie zuperflue, mais je vous zassure, zans aucune importance.


Vous êtes si zimple et si zuste que ze zais que vous me pardonnerez.


Ze vous avoue ce défaut : ze louche.


Z’attends avec impazience votre dézision.


Amicalement


Zécile


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Vers d’antan


Lui (1885)


Quelle ne fut ma surprise

Au sortir de l’école

De croiser ce regard

Qui envoûte et cajole

Aux douceurs de la bise

Au tranchant du poignard.


Elle (1886)


Mon regard aigre-doux

Que vous estimez tant

M’a avoué hier soir

Sa rencontre avec vous

Je vous prie de me croire

J’étais pas au courant.


Lui (1890)


Il serait hypocrite

De soustraire à vos yeux

Mes sentiments si fous

Ces brûlots qui m’habitent

Qui s’embrasent et bien mieux

Vous implorent à genoux.


Elle (1891)


Maman a bien reçu

Votre belle épitaphe

Qu’elle a deux fois relue

Corrigeant l’orthographe

Elle m’a promis bientôt

De vous écrire un mot.


Lui (1892)


Mon amie, mon amour

Ma seule faute ici-bas

Ne tient pas du discours

Mais bien d’un cœur qui bat

Qui remue ciel et terre

Pour vous voir, pas vot’ mère.


Elle (1895)


Cette nuit au manoir

Venez me retrouver

J’attendrai dans le noir

Au balcon du premier

Accrochez-vous au lierre

Le mur en est couvert.


(rien)


Elle (1897)


M’auriez-vous négligée ?

M’auriez-vous oubliée ?

J’attendis presque nue

Cela toute une année

Une bronchite aiguë

Me retient désormais.


Lui (1900)


Mon absence est normale

J’écris de l’hôpital

D’une seule main valide,

Sous mon poids votre lierre

En cédant sans mystère

M’a poussé dans le vide.


Elle (1910)


Mon ami presqu’amant

Vos manières je pardonne

Si vous me rejoignez

Au plus vite même avant

Chez ma tante à Boston

Où l’on va me soigner.


Lui (1911)


Votre lettre gentille

Au parfum si magique

Réveilla mon ardeur,

Malgré mes deux béquilles

Et mes plâtres comiques

Je serai là à l’heure.


(rien)


Lui (1912)


Du bateau pour Boston

Retenez bien le nom,

J’ai déjà le billet

Soyez là sur le quai,

Beau et grand magnifique

Il s’appelle TITANIC.


Fin



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Ma colombe,


Ne pouvant plus attendre

Une réponse de vous

À tous mes billets doux,

Cette nuit de novembre

Implorant votre amour

J’ai mis fin à mes jours.


La saison de l’automne

Au ramage irradié

Aux rousseurs qui rayonnent,

Une chance rêvée

Accordée à mon cœur

Pour finir en douceur.


Avec pour tout bagage

Des souvenirs de vous

Qui rempliront ma cage

À six pieds en dessous

De charme et de lumière

De chaleur pour l’hiver.


Il me serait pénible

De vous savoir amère

Mon cœur encore fragile

À la santé précaire

Dans tout son désarroi

Ne le supporterait pas.


Vous suppliant à terre

D’éviter le détour

En venant sur ma tombe

Me souhaiter le bonjour

Même dans un cimetière

Je rougirais de honte.


Mais si vous exigez

Cet entretien ultime

Je serais plus à l’aise

Dans un endroit intime.

Que penser du café

En face du Père-Lachaise ?


J’y serai demain, à dix heures du matin


Jean Stratège


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Pierre,


Désolée !

Je ne suis pas d’accord.

Le physique n’a rien à voir là-dedans. Parfaitement !

Tu me déçois profondément.


Bien au contraire, je le trouve très séduisant ton strabisme convergent.

Ça change totalement des « face à face » classiques.

Ton regard change des autres. Une sacrée différence !

Et que tes yeux soient jaunes… Où est le problème ?

Tout le monde ne peut pas en dire autant.

N’en rajoute pas je t’en prie.


Que ta barbe pousse en biais, c’est un détail… Pfuittt.

D’ailleurs ça ne m’étonne qu’à moitié. J’ai le net sentiment que tu le fais exprès.

En revanche, je n’ai pas de solution immédiate pour les genoux que tu as derrière et non devant. Mais j’y réfléchis sérieusement.


Sans t’accuser de faire ton intéressant, avoue que tout cela n’est pas banal ? Tu le fais exprès ou quoi ?

Afin de ne pas ternir cette première rencontre par une seconde encore plus accablante, un léger recul me semble nécessaire.

Compte tenu de ton charme fou et de tes nombreuses qualités intérieures, je suis certaine qu’un jour prochain, tu rencontreras l’âme sœur.

Je serai alors inconsolable. Mais il sera trop tard.

Je ne m’en relèverai jamais. Vraiment !

Rien que d’y penser, la tristesse me monte aux yeux.

Pour cette unique raison, je préfère qu’on en reste là.


Amandine


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Chère Amie,


Non que vous ne soyez laide

Un tantinet disgracieuse

D’apparence un peu raide

La silhouette ennuyeuse,


Ce courrier sans clémence

Risque fort je le crains

De provoquer chagrin,

Sincères condoléances.


Mon imagination

Se trouve démunie

À la seule vision

De nous deux dans un lit.


Un simple maquillage

Mesuré, délicat,

Suffirait ça et là

À vous rendre agréable.


De mode surannée

Votre robe allongée

N’est pas pour arranger

Votre allure affligée.


Pour toutes ces raisons

Je préfère décliner

Sauf si vous m’accordez

Un temps de réflexion


De quelques décennies,

Le temps de m’habituer

De me faire à l’esprit

Que nous serons mariés.


Puis-je vous demander

Une faveur singulière,

Le jour où vous viendrez

De passer par derrière ?


Mes voisins du dessous

Ne comprendraient pas bien,

Bras dessus - bras dessous,

Que j’exhibe un boudin.

Madame La Mort : bien à vous.


Charles (86 ans)


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Madame Martin,



Dans l’espoir que votre anesthésie

N’expédie à jamais dans l’oubli

Ces instants d’absolue frénésie

Partagés par nos corps en folie.


Très bon rétablissement.



Collectif : Service analgésique

Permanence de la nuit du 5 avril


Pierre, Roger, François, Jacques, Luc, Geoffroy, Roland, Abel,

Victor, Frédéric, Olivier, Raoul, Ignace, René et tous les autres…


----------------------------------------------------------------------------


Félix,


Tu m’offris en partant

Un souvenir adorable,

Quel merveilleux instant

Ce divorce à l’amiable !


Comparé au mariage

À tous ses artifices,

Aux années conjugales

Et tous ses sacrifices,


Cette séparation

Rehausse ton blason

Le poussant vers les cimes

De ma plus haute estime.


Du passé antérieur

Autant d’années gâchées

D’énergies gaspillées

À vouloir le bonheur,


Pour découvrir enfin

Notre satisfaction

Il suffisait d’un rien

Notre séparation.


Me serait-il possible

D’énoncer un avis

Pour le moins enhardi

Sans briser cette idylle ?


Nous revoir fréquemment

Repartir à zéro

Nous séparer souvent

Tous les jours s’il le faut.


Marguerite


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   Anonyme   
17/8/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai passé un bon moment avec ces exercices épistolaires mêlant l'espoir, l'exaltation, la déception, le tragique, et malgré l'humour, la dérision et le cynisme que l'on peut y trouver, je suis bien souvent parvenu à imaginer des bouts de vies des émetteurs et de leurs destinataires.

Exercice doublé d'un exercice de style qui n'est pas pour me déplaire. La transcription du zozotement à l'écrit est difficilement crédible, s'agissant de prose épistolaire, mais la chute rigolote permet de le pardonner. La lettre du vieil homme à la faucheuse a quelque chose d'attendrissant.

Tout cela est très rafraîchissant et tranche agréablement avec les productions habituelles.

   placebo   
17/8/2013
 a aimé ce texte 
Bien
1 à 9 - peut-être y aura-t-il une suite ? Cela ancre l'incipit en tout cas :)

J'ai bien aimé. Certaines sont forcées et improbables, mais autant ça ne passe pas trop avec le zézaiement ou la première, autant les lettres échangées à plusieurs années d'intervalle sont assez comiques.

J'aime bien la variété des situations, des âges ; l'amour est partout. Mais se tuer pour lui… ah la la, heureusement certains (presque) suicidés ont compris qu'ils pouvaient tirer parti de la situation ^^

Pas vraiment poésie, pas vraiment nouvelle, c'est divertissant et reste le principal. Je ne suis pas nostalgique des lettres d'amour, ça reste plus long à écrire et à languir que de parler dix minutes avec la damoiselle… :)

Bonne continuation,
placebo

   brabant   
17/8/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Lacarpe75,


Oui, c'est pas mal, vous avez la lettre bien pendue... et le service épistolaire évite les blancs gênants tout autant que le rouge au front.

Je suis bien certain que ce collectionneur a trouvé ces échantillons amoureux dans une brocante ; ça m'a donné envie de faire moi-aussi les vide-greniers. C'est encore sous les toiles d'araignées qu'on déniche les vrais poètes.

Cette collection privée en est la preuve :)

Si cela est... Faites-nous confidence de vos prochaines trouvailles :)

Quel que soit leur âge vos Amours ont en effet une belle plume... Puissent-ils emplumer ce petit portefolio d'un joli couvre-chef d'indien ! C'est tout le mal que je lui souhaite pour vous accueillir en ce lieu rêvé...


Lol

   Pepito   
18/8/2013
Bonjour Lacarpe septante cinq,

Au mot "amour" j'ai failli fuir... heureusement j'ai eu un doute et attaqué la lecture :

Voilà un recueil délicieux. C'est drôle (ze louche), mignon comme tout (l'écolier), serein (passez par derrière), et plein d'autres choses encore...

J'ai éclaté de rire à quelques chutes que je n'ai pas vu venir.

Bref, un réel plaisir de lecture et je vous en remercie.

Zezito

   Anonyme   
30/8/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Lacarpe75,

alors là, j'ai pris mon pied si je puis dire ! J'ai adoré. Même si j'étais moche (ben oui, j'ose croire que je ne le suis pas !), j'aimerais recevoir ce type de lettre qui me demanderait de me faire très discrète et de passer par derrière ! De jolies trouvailles.

Si un jour vous déposez
sur le chemin d'Oniris
quelques lettres anonymes
pensez à me les envoyer
je me ferai un plaisir
de les décacheter

fateata

   chVlu   
22/5/2014
arggggggggggggg !!!!!
j'ai commencé par le numéro 2 et suis arrivé par lui ici. J'aurais pas du !!!! du coup j'ai juste souri.

Ça m'apprendra à remonter le temps.

alors félicitation pour la série. et maintenant je vais espérer que des passages sur 1 et 2 feront 3.

   carbona   
10/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai beaucoup ri et ce n'est pas souvent lors de mes lectures alors merci !

Des lettres d'amour variées, insolites et pour certaines assez amusantes. Les chutes sont pour la plupart excellentes.

J'ai au départ un peu craint la forme poétique mais pas de souci, ça se lit très bien et c'eut été dommage de faire autrement.

Le coup du collectif de l'hôpital est un peu osé à mon goût.

Celle du Père-Lachaise, j'ai dû relire deux fois, il me manque quelque chose pour bien saisir.

La nana qui zozotte, excellent !

Pas trop aimé celle de Charles 86 ans même si elle contenait de bons passages.

Mes préférées : 1 - 3 - 4

Merci pour cette idée originale et très divertissante. A vrai dire j'en demanderais bien encore !


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