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Sentimental/Romanesque
Lariviere : Ce jour-là
 Publié le 08/01/08  -  9 commentaires  -  50296 caractères  -  125 lectures    Autres textes du même auteur

C'est l'histoire d'un homme qui, ce jour-là, se prépare à partir à la pêche.


Ce jour-là


« Savons-nous ce que serait une humanité qui ne connaîtrait pas la fleur ?... »

Maurice Maeterlinck



Ce jour-là, il s’était levé d’excellente humeur.


Cette nuit, il avait rêvé d’une nouvelle variété de rose, sans épines.


Au saut du lit, il avait écrasé une araignée, et avec elle ; il avait impitoyablement détruit les désagréments noirs, filandreux, velus qui auraient pu venir tisser leurs funestes toiles sur le jour naissant…


D’ailleurs, autant le dire tout de suite, à l’entrée de chez lui était inscrit « propriété privée », « attention au chien », « interdit aux colporteurs » ainsi que « villa piégée » ce qui signifiait qu’ici, c’était une maison sans histoire, sans toile, sans salissure, une maison convenable, propre, rangée, sérieuse, soignée, entretenue, astiquée, décrassée, dépoussiérée, dirigée de façon drastique par le système nerveux central qui s’occupait personnellement de l’hygiène physique et de la santé mentale et ceci à l’aide de multiples objets ménagers utiles au nettoyage comme des balais, des plumeaux, des chiffonnettes, des détergents, des aspirateurs et des serpillières ; menant la chasse à tout ce qui pouvait venir salir, faisant pour cela religieusement appel avec la solennité de circonstance, au sens de l’honneur sanitaire, à la coordination psychomotrice, à l’esprit pratique, mais aussi à la morale, à la conception rurale, à la mentalité campagnarde et ne les oublions pas, aux bêta récepteurs des circuits catécholamines…


Hier déjà, avait été une journée joyeuse.


Ce matin, alors que la rosée phosphore s’estompait doucement et que l’aube venait à peine de disparaître au profit du véritable jour, le soleil fleurissait déjà haut dans le ciel, déflorant par l’épandage de ses rayons la fraîcheur matinale, posant ainsi la perspective d’une belle journée de chaleur.


L’homme était d’excellente humeur.


S’il était d’une humeur aussi joviale, c’était d’abord parce que c’était dans sa nature…


Ensuite, de plus, d’ailleurs, oui, pourquoi pas, là encore, autant l’avouer , c’est aussi parce que, comme les trois derniers matins qui s’étaient gracieusement écoulés et qui avaient suivi l’ouverture de la pêche, la France n’avait subi aucune invasion de criquets, l’Iran n’était toujours pas doté de l’arme nucléaire, la fonte des neiges de l’Arctique ou de l’Antarctique n’avait pas encore englouti la Provence, les chars Chinois n’étaient pas aux portes de Paris, le prix de l’essence et de la baguette restait stable (bien qu’élevé), les inondations n’avaient pas touché la région depuis de nombreuses saisons et surtout, surtout, le soleil était au rendez-vous, la barométrie excellente, le vent était quasiment absent, les abeilles dansaient, les oiseaux chantaient et la densité de l’air s’affichait parfaitement idéale, légère et vaporeuse, bref… le temps était au beau fixe, suffisamment réchauffé pour que l’on puisse dire sans prendre trop de risques, que c’était la chronique d’une belle journée annoncée...


À l’intérieur ou à l’extérieur un arc-en-ciel de couleurs coulissait dans un flux tendu de mélodies.


De petits rouges-gorges insouciants, peints aux couleurs rougies de l’automne, défiaient dans la cuisine les lois des réalités bidimensionnelles, crevant l’espace en ébrouant leurs cous chétifs encore coagulés par l’aurore sur le bois éclaboussé de flammes et d’épis de blé d’une chaise en osier. Des gerbes de fleurs et de buissons illuminaient les murs de couleurs printanières.


L’homme regardait ce spectacle. Comme de coutume… Dans un bien être qui avait germé d’instinct, simplement, sur des lèvres encore plus simples, constituant un socle de chair lisse, une zone à la fois douce et râpeuse, un champ de lavande déjà moissonné, légèrement crevassé par les aléas climatiques et les mises en jachères perpétuelles. Un sourire s’était donc posé spontanément, sans apparat ni tergiversation, sans malignité ni fioritures, en contrebas d’une terrasse de derme en demi-lune ouateuse qui ne portait pas de moustache.


Cette scène des petits oiseaux venant féconder l’atmosphère comme les porteurs désinvoltes de météores ensoleillés, l’inspira suffisamment pour enraciner sa bonne humeur et faire bourgeonner à ses lèvres des primevères de musicalité… Les pousses frémissantes qui partaient d’un intérieur profond et mystérieux, avaient à la fois des effluves de contemplation, de jour nouveau, d’écho cacophonique au chenal d’intemporalité et d’un je ne sais quoi de bonheur, de béat, de beau et d’énigmatique.


L’homme passa dans un geste de chasse-neige, le pouce et l’index sur ses moustaches… Ceci de façon relativement déconcertante, puisque des dites moustaches, cela n’est peut être pas passé inaperçu aux personnes ayant jusqu'à présent pratiqué une lecture attentive, il n’en avait pas.


Un sifflotement gai comme celui du pinson et serein comme celui du serin sortit alors des interstices rétrécis, presque cicatrisés de ses berges labiales.


Arrivé dans la cuisine, ce qui fut rapide voire instantané puisqu’il y était déjà, il se servit un café et y rajouta un joyeux cumulus de lait.


Il changea le disque de son trente-trois tours cérébral, n’étant pas assez branché ni assez moderne pour avoir des disques laser, pour remplacer le sifflotement de pinson par un air de musique classique rendu célèbre par André Rieu. Ensuite, il s’appliqua à tartiner des biscottes. Il fit cela avec toute la délicatesse que lui permettaient ses doigts épaissis, durcis par le soleil, tout en écoutant racler avec un certain plaisir la pointe saphir de ses neurones sur le vinyle rayé et crissant de sa mémoire qui insistait sur le refrain vulgarisé, massacré, désossé de Vivaldi et par extension des terminaisons nerveuses de son bras, sur les épaisses couches de beurre allégé qui venaient s’étaler énergiquement sur trois surfaces planes de seigle et de son, ceci pour faciliter le transit, et dépourvu de sel, cela pour atténuer la tension exagérée de ses vaisseaux… Car depuis que le décret médical était tombé, implacable, méthodique, dans les roulements de tambour de son muscle cardiaque et la voix grave et solennelle de son docteur, faisant ainsi toute la lumière sur l’état de son système vasculaire, sur son souffle au cœur, maximum au foyer mitral et sur son hypertension modérée mais quand même, il avait décidé d’arrêter de fumer définitivement, d’acheter un tensiomètre automatique, de déplacer son corps expéditionnaire en mission de pêche avec un petit souffle de joggeur, d’arrêter la charcuterie, les pieds-paquets et le camembert et enfin, de lire le dernier livre du grand professeur émérite, humaniste et cardiologue Alain Deloche Comme un éléphant blanc auquel il avait préféré celui de Martin Janvier Je surveille mon taux de cholestérol en mangeant de l’espadon
En clair, il avait décodé tant bien que mal le jargon médical et décidé de surveiller son alimentation, de prendre soin de son corps, d’éviter tout excès, et de faire attention à ses artères.


À mille lieues au-dessus de tout ça, ce qui constitue une ascension atypique, brutale, et imprévue dans le récit pouvant provoquer chez le lecteur une poussée vers le haut désagréable potentiellement responsable sur sa personne de nausées et de haut-le-cœur dont l’auteur assume pleinement les responsabilités mais pas les frais de teinturiers hypothétiques, respirez, ne vomissez pas, vous êtes arrivés, le Créateur contemplait aussi la scène pendant sa propre pause déjeuner… Celui-ci, pourvu d’un naturel vicieux et voyeur, restait malgré tout, allez savoir pourquoi, animé de bonnes intentions… Ainsi, il posait un regard bienveillant sur cet homme. Un regard toujours de haut, supérieur ou égal (ce qui s’expliquait par la distance de mille lieues environ…), mais un regard qui restait rempli de compassion et de considération.


Le créateur comprenait cet homme. Il le comprenait d’autant mieux, qu’un jour, au cours d’une discussion menée à bâtons rompus dans les allées du Paradis, un illustre inconnu qu’il avait d’abord pris pour Albert Einstein et ensuite pour Jean Lefebvre, lui avait dit ceci :


- Si tu veux comprendre quelqu’un, lis ses livres préférés et écoute sa musique favorite !...


Et l’éternel avait lu les livres favoris de l’homme et écouté sa musique préférée, en mettant les adjectifs dans cet ordre, car il préférait. Il avait donc écouté la musique préférée de l’homme, faisant ainsi preuve de sa grande faculté d’abstraction et de résistance à l’adversité et ensuite, il avait lu ses livres favoris, notamment ceux de Martin Janvier, malgré la difficulté qu’il avait eue pour se procurer son fameux best-seller : L’art de la pêche au Nerval en eau douce et aux embouchures du Rhône , chef d’œuvre écrit et publié uniquement en langue occitane… Ce type de thème de lecture, fit s’interroger un temps le créateur sur la passion qui unissait Martin Janvier et l’homme dans une même direction, celle de la pêche aux gros poissons à pointes…


Mais ainsi, le créateur avait effectivement compris l’homme.


Ce qu’il comprit alors en premier et très vite, c’est qu’indéniablement, ce n’était pas quelqu’un de très intelligent…
Mais qu’importe !… Au diable, l’intelligence !... s’était-il écrié (le créateur) dans un accent inconnu (celui du divin)… Il avait fait un rapide inventaire de la vie de l’homme en se servant de son cahier biblique de comptabilité et de ses produits en croix. Ayant de bons restes, il était très vite arrivé à faire un complexe et savant calcul d’addition et de soustraction des aléas métaphysiques et en retenant trois chiffres après la virgule, le créateur éternel et tout puissant en avait déduit, dans la colonne réservée au crédit, que l’homme était un homme bien, jovial, méritant, croyant et pratiquant catholique malgré une foi pudique et effacée, ce qui expliquait qu’il pratiquait pour cela les rites religieux avec parcimonie et qu’on ne le voyait que rarement, pour ne pas dire jamais à la messe du dimanche. Ce qu’il menait avec assiduité, et notamment le dimanche, c’était une vie passionnée par les petits plaisirs naturels que constituaient pour lui, l’horticulture, en particulier l’élevage des roses de toutes les couleurs, et surtout la pratique ritualisée et sacrée de la pêche, art aquatique qui lui procurait une jouissance extrême, le mettant ainsi en contradiction flagrante avec les préceptes de l’idéologie chrétienne. En réalité, c’était un homme inachevé mais comblé, sans rancune, propre sur lui, possédant de nombreuses vertus dans un cœur en poupée russe et en pétales de roses, et secrètement rempli d’empathie stratifiée que la vie n’avait pas réussi à catalyser, à transformer chimiquement en quelque chose de bon, de communicable et d’utile pour ses semblables… Tant pis… s’était dit le créateur… Une autre fois, peut-être…


À mille lieues en dessous de tout ça, à l’abri des nausées vagales, de l’alchimie des poupées et de la métaphysique, des vomissements littéraires des lecteurs et des cogitations comptables du divin, l’homme se délectait par avance du déroulement apaisant de sa journée… Il regardait dans un papillonnement volatile de méninges, d’éclaboussures dorées et de chérubins, les rayons déjà jaunes pénétrer avec allégresse les pores vitrés de la cuisine…
Il grignota sa biscotte beurrée qu’il avait préalablement agrémentée d’une demi-cuillère de confiture à la fraise. C’était sa femme qui l’avait confectionnée et mise en conserve l’année dernière. Elle était délicieuse.
Puis, il se mit à boire tranquillement son café au lait avant qu’il ne refroidisse trop.


Brusquement, une inquiétude le traversa. Il leva les yeux…


Immobilisée au mur par un clou et une morphologie en plâtre, une poule avait suspendu son vol et martelait de son bec inanimé, l’écoulement du temps, qui restait imperturbablement sourd aux injonctions poétiques de Lamartine et qui continuait donc le sien, de vol, contre vents et marées, contre mauvaise fortune bon cœur, et contre toute attente, grignotant comme une mite gloutonne et un peu perverse, la vie des hommes dans une fuite en avant qui laissait des cicatrices… L’homme, quant à lui, pour arrêter le temps quand il en ressentait le besoin, cultivait les roses de son jardin.


Mais là…

L’homme n’avait plus de temps à perdre…


Déposant, avec un calme qui masquait son empressement, le bol, le rond de serviette, le couteau où l’on pouvait voir par stries les légères traces de beurre allégé enrichi en Oméga 3, et la petite cuillère dans l’évier, il se précipita dans le salon.



D’un clic mené au centre de la télécommande, sur l’unique bouton rouge, la télévision s’alluma et le feu de cheminée, entraîné par les sarments de vigne qui s’étaient embrasés instantanément dans un claquement sec, suivit le rythme.


Les crépitements du bois encore humide et les voix nasillardes formatées se firent entendre dans le grésillement de la cheminée et du poste de télévision...


L’homme dans son fauteuil de velours vert marron monta le son pour suivre le journal télévisé. Il le fit de façon suffisamment raisonnable pour ne pas réveiller sa femme qui dormait encore, car il était à peine sept heures du matin et que c’était un dimanche.


La voix et l’image agréablement formatées du présentateur de JT se déroulaient impassibles à la vitesse de son prompteur :


Grande catastrophe maritime au large de…, Lituanie, les gardiens de zoos aimeraient…, Caracas, l’espoir d’un accord pourrait peut-être…, À Sarreguemines, un patient de l’hôpital psychiatrique en… Viennes, décrite comme déprimée par son divorce elle met…, Bogota nouvelle bousculade meurtrière dans une…, Casablanca en alerte maximale depuis le…, Ukraine, les déçus de la révolution orange sont dans…, Birmanie, malgré la tension croissante pas d’inquiétude pour les…, À New York, sommet international sur… Humanitaire, le professeur Deloche et la chaîne de l’espoir opèrent un enfant au… Et maintenant, un reportage pour vos vacances, Athènes se remet progressivement et compte ses…


S’ensuivait un reportage touristique sur le Péloponnèse…


« Mais que m’importe à moi ce reportage barbant, se dit l’homme… Si je veux aller en Grèce, par exemple, j’irai chercher les renseignements moi-même… »


L’homme n’aimait guère les reportages culturels et encore moins les nouvelles internationales qui faisaient de tous les peuples de la planète, des voisins de paliers trop bruyants à ses yeux et ses oreilles…
Quand il entendait le mot culture ou bien le nom d’un pays qui résonnait comme un barbarisme irritant au détour d’un sujet, sans hésitation, il sortait sa télécommande…


… À plusieurs reprises, il appuya sur le bouton… Ainsi, le jeu des émotions instantanées orchestré par la zappette, vint renforcer sa joie de vivre tout en brouillant un instant le champ visuel, coupant et redistribuant capricieusement les cartes, au gré des humeurs pulsatiles et des envies du moment…


Il se serait bien servi un verre de pastis, mais il était trop tôt. Se rappelant facilement puisqu’elle ne l’avait pas quitté depuis plus de soixante ans, son excellente humeur du matin, il décida comme d’habitude de ne pas laisser le moindre interstice par lequel le regret aurait pu s’insinuer, forcer un passage, s’engouffrer subrepticement, écrasant, touffu, prurigineux ou pointu, avec le risque panique d’assombrir ses pensées et creuser ainsi en amont une faille, une fêlure hypothétique, une ouverture inopportune sur… Il coupa donc l’élan de ses hésitations, ne laissa pas de place au doute, évita le tout avec malice et agilité et opta pour un petit verre de cognac.


Le moment tant attendu arriva, où coïncidèrent le désir limbique et les images hertziennes et où enfin, le bulletin météo du matin vint conforter le sentiment de bonheur déjà grand qu’éprouvait encore, ce jour-là, l’homme assis dans son fauteuil.


Il ralluma le feu dans la cheminée et éteignit la télévision. Il se rassit un instant, sourire aux lèvres, verre à la main, pour savourer intérieurement les informations ainsi distillées par la météo et par l’alcool. Son esprit lymphatique, fouetté par le Cognac, se perdait dans une contemplation idiote, profonde, simple, vernis d’allégresse, laissant balader son regard transparent dans les circonvolutions de la pièce et de son bien-être ; puis s’arrêta brusquement… se figea : … Un magnifique brochet taxidermisé (encaillé ?), un mètre huit centimètres, casaque d’argent, gueule dentée impressionnante, onze kilos deux cent trente grammes, qu’il avait pêché dans la matinée du treize mai mille neuf cent soixante-dix-huit, trônait fièrement au-dessus du salon comme un trophée de guerre qui lui aurait valu la médaille du mérite de la pêche si celle-ci avait existé. … L’homme dans son fauteuil but une petite gorgée de Cognac de ses lèvres pincées qui s’entrouvraient à peine… Un sourire discret réapparut… Il continua à laisser glisser son regard sur la surface chaude du salon, alors que les souches d’oliviers et les sarments de vigne continuaient à crépiter dans la cheminée. Au-dessus de celle-ci, se trouvait une photographie dans un cadre de verre.
C’était l’agrandissement géant d’une photo. Une photo assez vieille.
Elle représentait un soldat sur un superbe cheval blanc. Le cavalier posait au milieu d’un décor de sable jaune que l’on devinait brûlant et où l’on apercevait, en arrière-plan, de grands arbres exotiques dont faisaient partie quelques arbres à dattes… La couleur sépia, légèrement orangée de la photographie, que donnaient à la pellicule les techniques de développement photo des années soixante, venait renforcer cette sensation, à la fois sèche et moite, de chaleur cramoisie.


Le cavalier était en tenue de spahi algérien. C’était un jeune homme blanc. Son visage, impassible et statique, admirablement cuivré, fermé et imperturbable, ne laissait rien passer de ses sentiments véritables.Dessous le « Haïck », grand chèche de coton blanc d’une dizaine de mètres de long qui s’enroulait autour de la tête du cavalier pour le protéger du sable, on voyait s’échapper des yeux perçants, plissés et préoccupés qui semblaient scruter une ligne d’horizon imaginaire. Par-dessus, recouvrant le cavalier de la nuque jusqu’au postérieur de sa monture, le « burnous » de drap garance était une immense cape à capuchon, dont le volume bouffant et coloré donnait un sentiment de puissance, de fougue, d’invulnérabilité au cavalier.
Celui-ci portait le pantalon ample et immaculé, traditionnel et réglementaire, appelé « sarouel ». Ceinture de laine rouge enroulée autour du bas du gilet et du haut du pantalon, dragonne de sabre et sabre à la ceinture. Au-dessus de ses lèvres, luisait une épaisse moustache châtain. Sa posture droite et fière, suggérait une attitude de sérieux exagéré et de gravité feinte. Les traits de son visage exprimaient une grande solennité que l’on sentait outrancière. Le dessus du chèche blanc, étiré anormalement de chaque côté du crâne, avait été modelé pour ressembler à la coiffe d’un bicorne de l’armée impériale. La main enfouie dans son veston, le visage droit et dur, les fossettes creusées, le menton ferme, le jeune cavalier s’amusait avec grand talent à parodier ainsi Napoléon Bonaparte, dans les gravures où celui-ci était encore général lors de la campagne d’Égypte. La moustache venait rajouter la petite pointe de contraste et de ridicule nécessaire à la scène…


Une gorgée de cognac vint redonner vie aux couleurs jaunies des images…


Dans un fondu enchaîné involontaire, se mêlant au feu de la pièce sur l’arête rétinienne, il surgit dans le champ de vision de l’homme un fer à cheval, un étrier, une cravache, un cuir étincelant du temps où… Un soufflet… En dessous de tout cela, se trouvait le rebord en chêne de la cheminée comme une ligne d’horizon vernie de noir.
Dessus : une bougie éteinte en forme de pyramide faite en cire d’abeille… Un arc de triomphe emprisonné dans une coquille où coulait une tempête de neige… Une médaille dans un cadre de verre…Un casse-noix… Un vase en étain… Une sensation désagréable, à laquelle il ne prêta pas attention, se déposa alors sur sa nuque… Une sensation punctiforme, éphémère qui le dérangea… Une brûlure…


Soudain, un petit bruit de volet à la fois proche et lointain se fit entendre dans la chambre à coucher…


L’homme revint à la réalité joyeuse de sa journée et s’écria en direction du bruit :


- Tu as entendu Magali ? Il va faire beau aujourd’hui ! Le temps est splendide !...


Il termina d’un trait son verre de cognac. Le posa sur la petite table en bois à côté du fauteuil. N’eut même pas l’envie ou le besoin de s’en resservir un deuxième. Se leva… Et sortit du salon comme il y était rentré, c'est-à-dire en sifflotant, heureux et gai comme un pinson…


Dans le couloir donnant sur les parties intimes de la grande maison, qui comprenaient les commodités et la salle de bain mais aussi les chambres, il faisait très froid… Cela contrastait étrangement avec l’ambiance chaude et feutrée du salon… Le couloir était long. Tellement long que la lumière naturelle venait mourir à petit feu, faisant progressivement place à l’obscurité qui envahissait le couloir, par cercle, donnant l’impression bizarre de descendre et de s’enfoncer dans un tunnel, dans une galerie, un passage, étouffé par une tapisserie orangée dont les grains oppressants transformaient les murs en fresques de sable effritées et brûlantes… Tout cela provoquait une désorientation dans le temps et dans l’espace, donnait l’incroyable sensation d’avancer dans ce couloir comme on avancerait sans assez de torches, dans l’allée centrale d’une pyramide qui mènerait dans un pharaonique emballement des sens, à la chambre nuptiale, à la cellule royale, à l’éternité et au trésor inviolé d’une chambre funéraire saturée de mystère et de secret… On pouvait apercevoir, au fond du couloir dans la pénombre, la porte entrouverte de la chambre à coucher…


Soudain, quelque chose le piqua au cou…


Quelque chose de froid comme l’acier, de fugace et de fulgurant comme un dard… Quelque chose d’extrêmement douloureux.


Il pensa tout de suite à un hyménoptère… Se passa la main sur la nuque…. Ne sentit aucune trace d’un aiguillon. D’une rougeur…


Il chercha en vain quelque chose de velu et de bourdonnant, se promenant à l’aveugle sur son échine…


Alors qu’il anticipait l’apparition d’un œdème… Une porte, actionnée par un courant d’air, claqua violemment derrière lui…


L’homme jura… Un frisson intense, glacé, le traversa brusquement…


Il faudra bon Dieu que je pense à m’occuper de l’isolation thermique se dit il…


Il prêta l’oreille… N’entendit pas de bruit venant de la chambre… Il se rassura en se disant que sa femme s’était probablement recouchée comme d’habitude et que tout ce vacarme ne l’avait pas dérangée…
Il décida de monter au premier, pour profiter de la chambre, jadis occupée par les enfants qui se faisaient de jour en jour, d’année en année, aussi rares que distants. C’était devenu par la force des choses et des destinées, une chambre d’ami qui était d’ailleurs très rarement occupée. Le fenestron de la montée d’escalier permettait à nouveau le passage des rayons et le remplissage de chaleur. Le parquet grinça sous ses pieds.


Il entra dans la salle de bain avenante.


Dans la salle de bains où les nénuphars envahissaient le décor vert et marécageux des carreaux, l’homme passa sans s’arrêter devant les grenouilles coassantes au crépuscule et surtout, étant très pudique, devant son image dans le miroir.


Ici, permettons-nous de nous arrêter un instant, à son insu, non pas sur les coassements de grenouilles qui n’intéressent personne (encore que), mais plutôt sur cette image de l’homme dans le miroir.


Si l’auteur se permet cette intrusion délicate et sacrilège dans le récit (mais après tout, c’est aussi le sien…), c’est aussi pour formuler un avertissement sur ce qui va suivre :


Certaines scènes, relatant avec un souci du détail qui se veut minutieux et explicatif, l’apparence physique et extrapolée du personnage, sont susceptibles de choquer les âmes sensibles ou plus exactement, ennuyer profondément les lecteurs fatigués par autant de palabres descriptives inutiles, survenant qui plus est, dans une position aussi impudique que statique…


Il serait pourtant dommage, malgré les risques, de ne pas se payer le luxe de nous arrêter ici, sur cette image de l’homme dans ce miroir, pour en disséquer les traits et assouvir notre besoin viscéral de curiosité, ce qui nous est permis aujourd’hui par la banalisation du voyeurisme, la déliquescence (relative) des mœurs, le procédé de capture des images issu des nouvelles technologies numériques, mais aussi et surtout par la liberté infinie et jubilatoire des techniques narratives.


Néanmoins, l’auteur, ayant tout à fait conscience de ses penchants aussi maladifs et incontrôlables, qu’indigestes pour le lecteur, invite donc lesdits lecteurs désireux de s’épargner telle torture à reprendre le cours du récit là où il se fait plus fluide c'est-à-dire à l’astérisque cité plus loin, au lieu dit, première ligne, majuscule de début de phrase et de début de paragraphe, construit en ces termes :


… * En résumé, c’était un homme…


Dans l’image du miroir son corps.


Celui-ci débutait par une poitrine large, bien développée, qui rappelait ce qu’avait été sa vie de travailleur et qui annonçait une constitution robuste.
Son corps était celui d’un homme enjoué et optimiste, énergique et volontaire, qui avait passé la majeure partie de sa vie à fournir chaque jour un travail physique conséquent et ce faisant, avait contribué à modeler l’ensemble de sa silhouette en une masse ferme et charpentée.
Un léger embonpoint malgré tout, à peine visible et dû au relâchement inévitable de ses muscles abdominaux, faisait une petite saillie sous son survêtement bleu clair.
Il mesurait actuellement, un mètre soixante-quatre centimètres, ce qui faisait mentir sa carte nationale d’identité où il était stipulé parmi de multiples choses indiscrètes, qu’il était de Nationalité Française, qu’il portait à l’époque une moustache châtain, qu’il vivait depuis toujours sur sa commune de naissance et surtout, qu’il mesurait un mètre soixante-huit centimètres.
Une radiographie du thorax face/profil effectuée lors de son départ à la retraite, montrait un tassement vertébral de D9 et D10 ce qui expliquait de façon catégorique la perte de deux centimètres…


Les lecteurs les plus concentrés (il en reste peut-être…) l’auront compris d’eux-mêmes, il restait encore à expliquer la perte de deux autres centimètres par rapport à la taille inscrite sur papier d’identité, car là encore la médecine n’expliquait pas tout.


Elle ne pouvait pas plus expliquer, qu’il se mit à se lisser avec un plaisir non dissimulé ses moustaches qu’il n’avait plus depuis que sa femme lui avait avoué, dans les premières années de leur mariage, ne pas aimer en général, mais encore plus sur lui, le port de ces urticants et touffus attributs masculins… Il les avait rasés sans hésitation. Depuis, il s’était senti délivré…


Malgré tout, comme une espèce de réflexe pavlovien, un tic joyeux, inconscient, indélébile, il avait gardé ce geste niais, incontrôlable, qui consistait quand il était en joie ce qui arrivait souvent, ou en réflexion, ce qui était plus rare, à marquer sa profonde satisfaction en passant ses doigts sur l’emplacement virtuel où se tenait jadis une épaisse moustache châtain, parfumée de tabac et d’anis étoilé, de rire gras et de jambon-beurre, mais néanmoins entretenue et soigneusement centrée entre sa lèvre supérieure et son nez.


Dans l’image du miroir, le reste de son visage.


Ses cheveux étaient d’un brun clair tirant désormais sur le roux du sucre de canne. Cet aspect roussi et écrasé, résultant de l’usure provenant de ses années passées sous le soleil grésillant, lui donnait devant, où ils étaient plus clairsemés, aplatis et rendus rares par l’âge, une brillance extrême, alors que derrière la nuque, où ses cheveux étaient franchement embroussaillés et encore légèrement longs, le brillant se transformait en un gras assez dense, presque huileux…


Son front massif, large et imposant, faisait penser dans le zodiaque, à celui du bélier...


Ses yeux bleu-gris déconcertaient par leur aspect de sentiments délavés et de douceur fébrile. Ils étaient comme fabriqués d’un mélange de céramique et de sang, quelque peu éteints tout en restant malgré tout vivement scrutateurs. Ils laissaient transparaître dans leur pigmentation d’acier et ses furtives zébrures, une époque en filigrane où ils avaient dû être très perçants, avec une puissance de réflexion peut-être impulsive mais importante, un percutant sulfureux, que l’âge, l’anxiété ou l’effort avaient poli et amorti, d’année en année, surtout en réalité depuis l’année dernière, les maîtrisant désormais et les tempérant magistralement dans leurs feux sacrés…


Son nez, de forme grecque, était légèrement affaissé et crochu, dessinant une faible virgule sur la médiane de son visage. Il avait la cloison nasale faiblement déviée de son axe depuis une chute de cheval survenue dans sa jeunesse, alors que son père lui inculquait rudement les rudiments de la cavalerie civile…


Ses oreilles étaient petites, parfaitement faites et bien placées.


Les pommettes vernies de cire par l’astre jaune étaient devenues légèrement osseuses. Elles creusaient un fossé profond entre son crâne et ses joues, accentuant encore ainsi, l’enfoncement de ses yeux.


Les favoris qu’il avait portés dans les années d’impétuosités juvéniles avaient disparu en même temps que sa moustache ; définitivement…


Ses lèvres anormalement serrées, semblaient suturées et tirées à l’extrême, ce qui donnait l’impression fausse que la lèvre supérieure jouissait d’une position de force sur sa concubine. Ses lèvres d’un aspect blanc cassé, étaient tissées d’un fil de gel, comme calcifiées, et imprimaient une lividité qui contrastait étrangement avec le reste de son visage. Elles étaient révélatrices d’un homme qui, par sa culture, son éducation, ses mœurs, ne se laissait pas facilement aller au bavardage. Elles se tenaient contractées, mutiques, venant jouer ici le rôle de vigilantes veillant sur un périmètre intérieur, gardiennes impitoyables d’un sanctuaire vermeil qui ne devait pas s‘épancher, prendre le risque de se briser, de se crever et de couler comme un œuf, conscientes par expérience et par la sagesse donnée par l’avancée de l’âge, des difficultés, des tourments et des perditions que pouvaient entraîner si l’on n’y prenait pas garde, la moindre des paroles…


Ses dents, quand elles étaient découvertes par un rire impromptu et sonore, étaient blanches, plutôt belles et agréables, sans être rangées avec régularité.


Son menton était légèrement proéminent, comme un croissant de lune légèrement fendu en son centre, laissant de chaque côté du sillon, refouler deux petites dunes jaunes, puis, comme animé par une bourrasque inattendue, se relevait dans un jaillissement en pointe de sabot.


Son visage de façon générale était plein et plutôt rond, fort à l’exemple de son front. Ses joues restaient amples. Le teint de celles-ci avait viré du bronze merveilleux à la couleur ictérique, et le métal claironnant de l’âge d’or avait fait place à un jaune cireux, cabossé par les reliefs des ailes du nez et des blêmes silhouettes labiales, ce qui lui donnait des zones de contrastes marqués où ressortait un teint de souche d’arbre, un teint mat, épais, légèrement olivâtre.


Son visage était donc, un peu sombre, jauni et dénaturé par l’âge…


Ses mains étaient fortes. Elles témoignaient là encore, de son parcours d’homme simple. De sa vie de labeur placide. Elles étaient munies de longs doigts épais et lourds. Les espaces interdigitaux, les paumes, la pulpe, étaient comblés et renforcés par la corne rugueuse qui s’était déposée laborieusement avec le temps. Ses poignets étaient basanés, et certaines cicatrices créaient de toutes parts, des lignes de vie grossières, sclérosées et légèrement ternes, mais dont les chenaux de chairs bombées s’affichaient exubérants, créant ainsi des sillons à l’envers, postées vers le ciel, de façon outrancièrement visible. Sur ses doigts, de petites entailles noir émeraude, comme de petits coups de becs de minuscules corbeaux, montraient les multiples coupures oxydées occasionnées par ses deux passions : la pêche, le sécateur et l’élevage de roses.



* En résumé, c’était un homme qui avait passé avec succès les soixante-quatre printemps. Il bénéficiait avec un plaisir indéfectible de sa retraite et pouvait ainsi s’adonner quotidiennement à de multiples attouchements sur la personne de sa canne à pêche. Il adorait la pêche. Il pratiquait donc avec une lubricité des plus légales son sport favori, puisqu’il était pourvu d’une carte d’autorisation départementale de pêche, appelée permis de pêche, implacablement mise à jour de ses cotisations.


Aux toilettes, il se déchargea avec une certaine aisance et beaucoup de plaisir des seules contrariétés, d’origines organique et intestinale, qui auraient pu assombrir de façon temporaire son excellente humeur.
Il ponctua cette délivrance plénière et excrémentielle par un nouveau sifflotement de pinson qui ne le quitta plus ainsi que par la vaporisation artificielle d’un parfum de violette qui nuisait un peu à la couche d’ozone mais qui avait l’avantage incontestable de masquer les mauvaises odeurs.


Devant le lavabo, qui occupait de façon condescendante et légèrement moraliste une position située au-dessus de la faïence, une glace là encore, le toisait d’un reflet qui sentait le camphre… À l’abri des odeurs, des réflexions et du jugement des miroirs, il se frotta les mains avec frénésie improductive et sans savon, c'est-à-dire comme un enfant impatient d’aller jouer dans le jardin.


Il sortit sur le perron, pour humer avec avidité l’air encore légèrement frais…


Le soleil brillait à bonne distance de la terre et dans le parc de la maison, la vie avait repris son intensité maximale. Une activité à la fois frénétique et sereine animait paisiblement la nature, la laissant valser dans ses occupations éblouissantes, dans une insouciante orchestration, dans un rythme inaltérable et séculaire. Un tournis plein de mansuétude et de tranquillité.


L’animal et le végétal piaillaient mélodieusement leurs amours programmées et leurs joies instinctives. Les papillons, simulant l’ivresse, voletaient en faisant la cour aux lys et aux lilas, tout en ayant l’élégance de ne pas oublier les plantes en fleurs. Les coléoptères et les scarabées, comme Sisyphe jadis, roulaient consciencieusement et patiemment leurs petits tas de bouses séchées. Les araignées chassaient, postées en embuscade…


Les criquets et les sauterelles, moutonniers des grands espaces miniatures, avaient entamé leurs journées casanières qui consistaient à diluer de leurs crissements le temps et les brindilles encore tendres.


Dans le ciel bleu, au-dessus des arbres verts qui s’étendaient dans les airs comme les ramifications merveilleuses d’un poumon, le règne hasard s’employait à construire sur les points cardinaux, de fabuleux édifices, des cathédrales, des royaumes, des empires, aussi fantastiques qu’éphémères, se renouvelant sans cesse comme les rêves et les respirations…


Comme un peintre à l’inspiration aléatoire, le majestueux hasard, régent incertain du grand n’importe quoi régnait en maître et modelait sur l’immense toile céleste les quelques nuages blancs dont les reliefs, pourtant délimités avec précision, se redéfinissaient éternellement dans des portraits et un bestiaire éblouissant.
Ainsi flottait, épars dans le bleu unanime, au-dessus de l’homme et du monde, les singularités vaporeuses du réel imaginaire. Celui-ci se manifestait dans un ordre non chronologique et de façon non exhaustive par :


- un lion babylonien à trois pattes

- une harpe à l’esthétique cubiste

- une rose blanche sans épines

- une colombe unijambiste

- Roméo et Juliette version après guerre

- un hérisson pilote automobile

- un éléphant borgne et sans défense

- un rostre de scarabée accroché à une poulie en argent

- Michael ange rasé de près

- une mouflette avec des gants de boxe

- un pull-over tissé en grappe de raisin blanc

- un énorme pou suçant le ciel avec avidité

- ainsi qu’une machine à laver le linge de marque Thompson et de couleur blanche dont la position incongrue du tambour et l’absence de bouton ne permettaient pas l’essorage…


Soudain, comme des biscottes pressurisées par une main trop ferme, les nuages s’effritèrent.


L’homme, en réalité, n’avait rien suivi de ces formes vaporeuses et n’avait pas pu jouir du spectacle merveilleux que lui avaient offert généreusement les doux alizés matinaux… Car l’homme, depuis longtemps, avait oublié les alizés et ne connaissait que le mistral. Il ne regardait plus les nuages avec amusement comme les enfants le font, mais il les regardait plutôt avec l’œil expert du climatologue nourri par l’expérience et anxieux de sa journée. La part des anges, du merveilleux, le rêve et les restes d’enfances lui avaient été arrachés par l’existence à coup de pioches, de labeurs, de deuils, de tragédies diverses et pour remonter encore un peu plus loin, à coup d’instructions civiques approximatives teintées de morales chrétiennes rudimentaires, de règles d’écoles, de maximes patriotiques et de cravaches paternelles, bref, à coup de tout un tas de décorum criard et socio-éducatif censé le faire rentrer avec mention très bien et douleur méritante dans le monde terne mais réel des adultes. Passage qu’il avait plutôt bien réussi d’ailleurs, récompensé à la clef par un mariage heureux et fertile, une foi catholique matinée d’interrogations mais intacte, un travail harassant mais honnête, une décoration militaire, quelques cicatrices, un esprit enjoué, une personnalité portée sur les loisirs naturels comme la pêche, la belote, l’horticulture ou l’entretien domestique et surtout par un parcours sanitaire exemplaire que n’était venu entacher jamais, au grand jamais, aucune maladie sexuellement transmissible. En revanche, un esprit réfractaire à tout imaginaire, conséquence directe de cette éducation trop rigide, en avait depuis longtemps tracé les stigmates irréversibles.


Ici, l’homme ne fut pas inquiété. Il savait reconnaître les nuages amis ou ennemis, comme un radiologue sait reconnaître une tumeur maligne floconneuse d’une opacité ganglionnaire bénigne ou un tassement vertébral chez un homme qui lissait constamment les reliquats fantômes d’une moustache.


De retour sur la terre ferme, le regard de l’homme se porta sur l’allée de roses qu’il entretenait si bien et ne s’attarda pas sur l’herbe sèche, où deux petites fourmis s’exténuaient sans succès à transporter une miette de pain désespérément statique, tiraillée dans deux directions opposées. Il s’avança. Se baissa… Et cueillit trois roses.


À cet instant, si l’homme et l’auteur de ce récit avaient été poussés par une quelconque approche sarcastique, on se serait arrêté, plutôt que sur la cueillette des roses, sur ces deux fourmis et leur miette. On aurait pu alors faire un parallèle intéressant entre cette observation entomologiste et l’existence humaine. Il en aurait certainement découlé une réflexion pertinente sur l’absurde et le ridicule de notre condition, sur la futilité molle qui se couchent parfois dans le lit de nos acharnements, sur ce besoin humain de palper l’infini et de sentir les déchirures, sur l’avidité veine qui nous anime parfois à nous arrêter sur des fleurs ou à conserver des fantômes, sur cette constatation désabusée mais réelle que l’homme n’est rien, vraiment rien, une miette proche de la scission, un reflet dans un miroir, une épine rouge sur la mappemonde, un léger grain sur les écharpes bigarrées du temps, un bouton d’or où les pétales et les espoirs à peine éclos se fanent, une piqûre d’aiguille, une serrure compliquée et pointue qui ouvre toujours sur la même éternité faite d’inconnu, d’infini envisagé et de soie noire… On aurait donc pu faire cela, l’homme, l’auteur et vous-même, on aurait pu ensemble se pencher un tant soit peu sur cette pelouse sèche, sur ces fourmis, sur nos vies et nos consciences en lambeaux sur la rose des vents, perdus dans une immense fourmilière, égarés dans des fourmillements indescriptibles, embourbés dans des broussailles, des chemins épineux et des sables mouvants, englués dans nos impuissances et nos errances de Minotaures, dans nos illusions et nos désillusions, déconcertés, contrariés par l’hallucinante et vertigineuse rapidité avec laquelle nous passons si rapidement du pourpre cri gonflé de la naissance au masque livide et creusé de la mort, ayant été obligés de tirer une fois de trop sur notre vie, aussi fragile qu’une miette, avec les mors douloureux de l’existence jusqu’à l’écartèlement… On aurait pu alors réfléchir un peu plus sérieusement et se pencher sur le déterminisme socioculturel qui encercle nos parcours mystérieux d’animaux sociables, mais aussi sur le servage emmêlé de l’inné et de l’acquis, sur nos reliquats terrifiants de bêtes refoulés, sur notre passion inexplicable du rose et du sang, et on aurait pu alors pour étayer, citer par exemple Pierre Bourdieu ou Jules Vallès ou Albert Jacquard, James Kerouac, ou Philippe Sollers, ou Emmanuelle Béart ou Théodore Monod, ou Annie Cordy et Groucho Marx, et rire alors…


Mais ce ne fut pas le choix de l’homme ni du grand créateur universel tout puissant, qui décida de ne pas regarder de trop près et de ne pas chercher les petites bêtes, même pas dans l’herbe sèche, et de mener ce récit dans le respect candide de l’homme et de sa passion pour la pêche, la belote et les roses, le créateur faisant preuve d’une grande tolérance envers l’homme et désirant pour cela, tout faire pour ne pas le contrarier ou le mettre dans l’embarras, souhait partagé par l’auteur qui sur ce point était aussi lâche que le créateur (peut-être encore plus…) et préférait lui non plus, ne pas trop regarder de trop près la pelouse sèche, la miette (qui commençait à se fissurer) et la vérité en face, surtout en macro. L’auteur désirait, en outre, montrer ainsi qu’il était au moins l’égal du créateur, ce qui est toujours flatteur d’un point de vue artistique. Il fut donc décidé de ne pas être trop regardant, de passer notre chemin comme si de rien n’était et surtout de ne se moquer de personne, même pas des fourmis…


Un parfum léger et agréable flottait sur ce petit monde, un parfum d’éternité, de paisible, de verdure et de violette, un parfum de volupté qui se vaporisait de façon naturelle, sans léser aucunement la couche d’ozone, sans faire fondre un peu plus la banquise, sans polluer de nitrate les nappes phréatiques, sans mettre le moindre coup de pied dans la fourmilière, sans remettre en cause le pacte écologique de monsieur N. Hulot, sans gêner rien ni personne, bref… En rendant tout le monde pour le mieux dans le meilleur des mondes, dans ces petits riens quotidiens qui forment ces petits touts extraordinaires de la vie terrestre.


L’homme, tout en préparant mentalement son matériel, regardait, d’un œil à la fois absent et contemplatif, le petit écureuil désormais familier qui bondissait sur les branches d’un pin parasol avec une prouesse de voltigeur du ciel, lui donnant un aspect de torche vivante, comme une allumette enflammée par les deux bouts, projetée avec violence et élasticité dans les fuseaux résineux de l’arbre.


Le bruit d’une cocotte minute lui cracha dans le crâne ses vapeurs bouillonnantes.


Il sortit aussitôt de son enthousiasme et rentra à l’intérieur… Il s’adressa de loin à sa femme :


- Magali !... Nom de nom, laisse ce repassage !... Et viens en pêche avec moi aujourd’hui, bon Dieu de bon Dieu !… Il va faire beau !


Il savait que sa femme ne viendrait pas, mais ce n’était pas grave, car il savait qu’elle n’aimait pas la pêche. Elle n’avait jamais aimé. Ce n’était pas nouveau et il le savait… Mais il savait aussi que si elle, elle n’aimait pas la pêche, lui… Il aimait sa femme…
Il ne l’avait jamais obligée à venir et ce n’était pas, ce jour-là, qu’il allait commencer.


Car plus que tout, il aimait passionnément sa femme. Assurément, il l’aimait… En y réfléchissant, il l’aimait même plus que la pêche.


Désormais, elle n’évidait plus les truites, mais ça non plus ce n’était pas important.


En sifflotant un air qui devait être celui d’une publicité pour un yaourt faisant chuter le taux de cholestérol, ou celle vantant les pouvoirs de rajeunissement d’un bonbon à la réglisse déconseillé voire interdit par son problème d’hypertension, il se mit à faire l’inventaire de son outillage de pêche et prépara son petit matériel qu’il conservait dans une boîte à outils. Il y avait là l’attirail complet du parfait petit pêcheur : il y avait une clé de douze, comme partout, au cas où… Il y avait du papier journal pour pouvoir conserver vers et poissons, provenant d’un journal réactionnaire dont nous tairons le nom mais qui correspondait parfaitement à la tâche fixée. Il y avait moult choses indispensables à la survie mentale du pêcheur : fils, plombs, hameçons, ciseaux, vis, bouchons, moulinets de rechanges, plus une pointe métallique qui ressemblait à une sardine de camping et qui était en réalité, une petite baïonnette retaillée où apparaissait quelques points de rouille malgré l’entretien indiscutable. De cette petite baïonnette raccourcie et rendue inoffensive, il avait fait un outil indispensable et polyvalent, un passe-partout, dont il se servait beaucoup en pêche. Il s’en servait pour des tâches très diverses, comme par exemple ouvrir sur place un poisson qui avait avalé l’hameçon trop profondément, retrouver la ligne ou le bouchon égaré perdu dans la vase, débusquer un poulpe dans sa tanière marine, chasser un crabe dans une fissure de roche, faire levier sur un mécanisme récalcitrant ou encore forcer l’accès verrouillé et réfractaire des lèvres nacrées d’un coquillage… Il fixa un instant la baïonnette.


Il ne sait pas pourquoi à ce moment, subitement, comme une balle traçante, l’espace d’un hennissement, l’image de l’embuscade et de ce village ensoleillé lui revint brusquement… Il ne put s’empêcher de revoir apparaître dans sa tête comme des lumières folles, les espadons assassins des spahis kabyles qui percèrent ce jour-là avec leurs baïonnettes, foies rates et viscères des villageois, femmes et enfants, alors qu’il avait fait la connaissance de Magali dans un village en fête, sous les lampions du Baletti, avec ses vingt ans tout neufs et ses moustaches, pendant la canicule et les murmures nocturnes des fontaines et que tout cela s’était passé juste l’année précédant son départ en Algérie…


Il se rappelait brusquement de cette patrouille dont il faisait partie, ce jour-là, dans le territoire fellagha, de cette embuscade, du sable et du sang sur sa moustache, de sa monture s’effondrant sous son poids, touchée mortellement, gisant dans une mare de sang, devenue subitement carcasse chevaline dans une vaste boucherie, sur un étal dégueulasse et râpeux de dune jaune, coagulant dans le soleil brûlant et l’enfer des grains, comme un plat épicé au Tajine, comme un couscous hurlant dans sa semoule…


La balle était passée à quelques centimètres de l’artère iliaque de l’homme, déviée en amont de sa trajectoire homicide par le cuir protecteur de la selle…


À son retour en métropole, dans son village, il avait retrouvé au milieu de ses sentiments épars, de ses interrogations, de sa décoration militaire, de ses cauchemars et de son barda vert olive, une baïonnette ternie et encombrante. Une baïonnette qui avait été nettoyée maintes fois, mais qu’il n’avait jamais réussi à débarrasser des véritables souillures. Il n’avait jamais parlé à personne de cette tragédie mais, sans savoir vraiment pourquoi, il avait gardé la baïonnette…
Il avait aussi gardé, ou plutôt retrouvé, sa place d’ouvrier des ponts et chaussées dans la même entreprise qui l’avait embauché avant son départ pour sa « mission de protection et de maintien de l’ordre » en Algérie, pendant son service militaire.
À son retour, il avait pu reprendre son travail, ses amis, le cours de sa vie et ainsi, continuer à creuser des routes sous le soleil… À creuser des tranchées. À danser sous les lampions. À vivre…
Ils s’étaient mariés, avec Magali, dans la joie de son retour et dans l’amour, un amour qui était resté intact et même, qui s’était retrouvé renforcé par les retrouvailles et la joie de laisser tout cela, la tragédie, l’horreur, loin, derrière lui, de l’autre côté de la méditerranée.


Le village, là-bas, ce jour-là, avait été rasé en représailles....


Il se frotta rapidement la nuque, se débarrassa de ces démangeaisons d’hyménoptères et regarda avec tendresse le portrait vitrifié de son épouse qui se tenait, brillante, sur la petite table du salon. À ses pieds, il avait posé trois roses rouges, d’une variété qu’il avait créée pour elle et qu’il avait cueillies, ce jour-là, malgré les épines.
Il jeta machinalement dans un relâchement du cadenas, la main encore posée sur la baïonnette, un œil sur le rebord de la cheminée où se tenait une urne en étain impeccablement astiquée, gravée d’un cœur et d’un bouquet de chardons…


L’idée de se laisser pousser la moustache à nouveau, ne lui avait même pas effleuré l’esprit, car l’idée même aurait été pour lui comme une espèce d’insulte, une tromperie, un sacrilège… Une profanation.


Et l’homme, tout en reposant délicatement le morceau de baïonnette émoussée, rouillée par endroits, mais étincelante, triturant silencieusement quelques plombs, se posait soudain indécis, pour lui-même, cette fameuse question :


- Vais-je mettre du 6 ou du 8 ?


Et, ce jour-là encore, le soleil brillait dans le ciel…



« Il n’y a rien de plus beau qu’une clef, tant qu’on ne sait pas ce qu’elle ouvre… »

Maurice Maeterlinck


 
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   jensairien   
8/1/2008
Une nouvelle bien trop bavarde et c’est sans doute dommage. L’idée, pourtant intéressante, se retrouve noyée sous ce déballage uniquement justifié par quelques bons mots. Toutes ces digressions épuisent l’intrigue. Le final de l’histoire ne méritait pas ça.

   Cassanda   
9/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien
... Bon... Je reprends mon souffle d'abord !

tu auras réussi un exploit que seul un auteur asiatique aura réussi avant toi, c'est de me faire relire les paragraphes deux fois pour comprendre ! J'ai souri à certaines de tes descriptions, t'ai maudit sur celles où en plein milieu, je me demandais de quoi on parlait.

Ton portrait de l'homme est grandiose, ce début de matinée, car ce n'est pas une journée mais quelques heures après le lever, est vraiment décrit dans ses moindres détails, mais je t'avoue que si l'idée est intéressante, je me suis perdue dans tes descriptions, et cela rend la lecture longue, très longue... comme tes descriptions.

Tes métaphores sont géniales, j'ai beaucoup aimé ton passage des rossignols et le mélange d'un lexique littéraire avec un lexique médical.
Petite parenthèse : dans ta phrase les "rouges-gorges insouciants, peints aux couleurs rougies de l’automne", j'aurais supprimé "rougies" car ça fait répétition avec le rouge de "rouge-gorge" et en automne les feuilles sont toujours rouge-orangé, mais c'est juste une petite remarque en passant...

Je félicite la beauté de ces dernières, leur technicité mais sacrebleu ! tu ne voudrais pas mettre des points de temps à autre, histoire qu'on puisse respirer ?

   Togna   
16/1/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quelle leçon ! En ce temps où beaucoup ne prennent plus le temps de bien écrire, de chasser le mot qui va bien, de lier l’humour subtil au sérieux du fond, de croire que d’aligner quelques mots pour construire une intrigue est suffisant, ça fait du bien de voir un auteur à l’écriture fouillée, riche en vocabulaire, métaphores, structures syntaxiques.

Il est rare qu’après le point final d’une nouvelle, j’en reste imprégné. « Ce jour-là » m’a laissé pensif et surtout m’a poussé à réfléchir encore sur l’égoïsme de l’oubli, sur la faculté de l’être humain à se nicher au sein d’un cocon de petits plaisirs pour oublier les bassesses de l’homme.
Au-delà du pessimisme, Lariviere met le doigt sur les déviations de notre civilisation (qui est peut-être une décivilisation), et je trouve cela bien. Encore plus lorsque c’est dit avec talent.

   Pat   
11/2/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Superbe !
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   macalys   
17/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Des descriptions sublimes au service d'une histoire touchante, un clin d'oeil taquin de l'auteur, un texte magnifique !

   aldenor   
16/2/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Je n’ai pas aimé le ton trop léger de certains passages (notamment les interventions en forme de clins d’oeil de l’auteur) qui cadre mal avec l’atmosphère du texte. Ni la description du personnage qui tourne á l’exercice de style.
Autrement c’est magnifiquement écrit. Fluide, fin, aérien.
L’ídée est saisissante aussi : Cette insistance sur la joie et les petits plaisirs de la vie, qui débouche sur un désert. Le désespoir siffloté. Ce texte m’a secoué.

   i-zimbra   
21/4/2008
J'avais déjà lu ce texte à sa publication et m'étais promis d'y revenir. Je rejoins jensairien et aldenor dans leurs critiques.
Voilà un homme qui écrase les araignées, vit dans une villa piégée, se parfume à la violette, et est jovial de nature. Pour donner une idée de ses petites manies ridicules, rien n'est mieux, bien sûr, que ces descriptions d'entomologiste, ces digressions inutiles, ces énumérations méticuleuses, agencées comme les vitrines de son joli salon.
Cette banalité sur pattes connaîtra-t-elle une fin affreuse, ou s'évaporera-t-elle, en bon ectoplasme ? Eh bien non, j'en suis déçu, c'est un beau gâchis, et je vois même qu'il est sympathique aux lectrices !
D'autres choses m'ont gêné. On ne peut pas laisser penser au lecteur qu'on va l'amener quelque part si on lui suppose de larges bâillements (« Les lecteurs les plus concentrés (il en reste peut-être…) »). Rien n'est lourd comme un auteur qui s'excuse de ses lourdeurs.
L'humour potache dont est parsemé le texte énerve plus le lecteur qu'il ne l'aide à patienter (« ce qui fut rapide voire instantané puisqu’il y était déjà », « mais après tout, c’est aussi le sien… », « un illustre inconnu qu’il avait d’abord pris pour Albert Einstein et ensuite pour Jean Lefebvre », etc., etc.). J'ai même parfois l'impression que l'auteur s'en sert comme pour s'excuser de ses brillants élans poétiques, comme un peintre qui mettrait une crotte de nez sur son tableau.
Alors, je ne suis pas choqué par un 18, je ne le serais pas non plus par un 2. Le talent, le travail, le style, l'intention, tout ça ne fait pas une œuvre.
Mais je suis persuadé que tu en es conscient, cher Lariviere.

   marogne   
31/1/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Comment commenter un texte de ce genre ? Et cela au-delà des quelques détails glanés au cours de la lecture et repris ci-dessous ? M’enfin, comme dirait Gaston, et le prénom annonce ce qui suit et ce que le nom pourrait qualifier, il suffit de s’y jeter…

D’abord louer la richesse du vocabulaire, richesse assumée, exposée, comme dans des vitrines où seraient exposés des bijoux qui d’en d’autres circonstances décoreraient des gorges superbes.

Ensuite reconnaître l’art de faire des phrases longues, magifiquement, et clairement ponctuées, dont la lecture à voix haute permet, ou doit permettre sans doute, de retrouver les grands accents des orateurs politiques passés, une bonne leçon sans doute.

Puis retrouver l'humour potache, celui des bons mots après les séances de cinéma, le sourire accroché sur le visage, celui qui dit "attention, je rigole, tout ça n'est pas sérieux", tandis que la compagnie c'est que celà l'est, et ne sait plus comment réagir - politesse.

Et enfin, comme cerise sur le gâteau, la réflexion sous jacente, néant, vie, bonheur, simplicité. Avec le clin d'oeil de celui qui sait combien tout celà est ridicule, mais il faut bien de toutes les intelligences.

Et puis on a envie d'ouvrir la porte par un clic, et de regarder tous ces bons mots s'envoler, en remerciant ...

Détails :
• « cette nuit » qui suit « ce jour-là » me semble inapproprié, le premier cité évoque le passé, le deuxième le présent
• « Une densité légère et vaporeuse’ ??
• « des sarments de vigne » encore humides ?
• « une voix » et une « image » qui se déroulent ?
• « venir EN pêche » ??

Juger (déjà si on peut se le permettre) de l’intelligence d’une personne sur la base de ce qu’il lit et écoute, surtout sur l’exemple pris dans cette nouvelle, est assez présomptueux, mais c’est sans doute pour démontrer le peu d’intelligence de ce créateur situé à mille lieux du monde réel…

   Anonyme   
1/7/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J'ai juste un bémol avec quelques redondances qui se pointent de ci de là (genre à la fin le sang dans la description de la blessure, suivi de la marre de sang...) mais on s'en fout...

Oui parce que tout ce flot de mots, tous ces retournements, tergiversations, etc ne parviennent pas à masquer la mort et la façon toute "de l'Homme" de l'appréhender.

J'ai aimé les petites touches surréalistes, j'ai aimé les titres de livres, le fait de citer Groucho et Emmanuelle Béart...

la confiture faite maison il y a un an sur les biscottes m'a mis la puce à l'oreille... puis le silence... malgré l'affluence de mots, ce silence omniprésent (malgré la télé zappette, malgré les sifflements).

J'ai apprécié les incartades de l'auteur dans le récit, les avertissements et les clins d'oeils.
Garance qui revient, j'aime bien ce mot et cette couleur.

C'est un véritable exercice de style, on visualise très bien l'intérieur, les fourmis, ...
je déplore cela dit le manque de roses qui m'apparait plus clair à la fin, bien que j'aurais voulu... des noms de roses, des senteurs de roses,...

La moustache ou son absence, comme la pêche est agréable à retrouver en touche récurrente. J'ai trouvé le parallèle intéressant avec un membre amputé qu'on ne peut s'empêcher de gratter (je sais il est pas dans le texte le parallèle, c'est moi qui le fais...). L'importance de la moustache.

Et la froideur de la baïonnette. Moi quand je l'ai vue pointer son bout de nez, j'ai su qu'on allait arriver à la fin... que tout serait dit.

Le tout me laisse une impression, comme quand on rend visite à une personne qui vit en home ou en maison de repos... comme une leçon de Carpe Diem. Une envie de fuir, loin de ça... de ne pas devenir ça (qui a dit : crise de la trentaine?)...
et en même temps une sorte de respect curieux.

Oui.
Une belle leçon de ce que peut devenir la vie après ça... une vie bien remplie ma foi.

Oui, moi qui aime les paradoxes, j'aime qu'on mette autant de mots pour dire... si peu finalement, mais tellement fort que les mots deviennent juste le prolongement d'une émotion, d'un vide.

Merci.
Es (le kiwi, la Licorne, Estelle2L koi!!)

PS: le - derrière l'Exceptionnel, c'est pour les répétitions (autres que celles qui se justifient par le récit ou servant le style). ça t'apprendra, t'auras qu'à tout relire et à les retrouver toi-même!

PPS: je kiffe les citations.


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