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Louison : Une fourmi morte
 Publié le 07/10/17  -  9 commentaires  -  17791 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur

Quand le burn out n’est pas loin.


Une fourmi morte


Julie se demandait ce qu’elle faisait là, assise dans sa voiture, sur le parking d’Auchan. Elle se sentait désemparée. Elle était sortie du bureau à midi pour sa pause repas, préférant ne pas déjeuner avec ses collègues qui l’agaçaient prodigieusement aujourd’hui avec leurs blagues à deux balles. Elle se sentait complètement hermétique à leur humour potache. Ce qui l’amusait il y a quelque temps l’horripilait aujourd’hui. Son esprit était saturé par le travail en retard, les dossiers en attente, les courriers à traiter. Son impression profonde était qu’elle était seule dans sa barque à gérer du mieux possible tant de choses à la fois, pendant que ses collègues parvenaient aisément à traiter une tâche après l’autre, tranquillement ou presque. Il est vrai qu’il y avait une différence évidente, ils devaient rendre un dossier bouclé mais ils pouvaient s’organiser davantage, n’ayant pas ces délais inflexibles, ils avaient la possibilité de reporter quelques travaux à la semaine d’après voire davantage. Pas Julie. C’est pourquoi elle était sortie grignoter un sandwich dans le supermarché le plus proche, prise par une puissante envie d’évasion. Elle avait pris soin de noter mentalement le numéro de la travée où elle avait garé son véhicule. Puis, elle avait fait deux ou trois courses en mangeant son jambon-beurre, sans parvenir à libérer son esprit. Il lui restait quatre dossiers à traiter avant ce soir, et son chef avait oublié de réserver une voiture pour son retour de Berlin à 22 heures. Il fallait donc réserver le véhicule en urgence pour l’heure qui convenait et le système informatique avait sauté juste avant midi... super ! Et puis il fallait trouver une salle libre pour la réunion d’hier qui avait été déprogrammée et reconduite à demain matin, sauf qu’au dernier moment, il n’y avait plus de salle pour huit personnes, il fallait donc trouver une assistante sympa qui accepte de décaler sa propre réunion.


En sortant d’Auchan, Julie avait zappé le numéro de la travée où se trouvait sa C3. Elle avait arpenté toutes les places du milieu jusqu’au fond du parking, en vain, les bras chargés d’encombrants paquets. Lorsqu’elle avait enfin retrouvé la voiture, trois rangées plus loin que dans son souvenir, elle s’était enfoncée dans le siège, comme dans un refuge reconnu, elle tremblait de tous ses membres, les mâchoires crispées, écarlate, transpirante, affolée, stupide, vidée. Une irrépressible envie de vomir la tenaillait. Elle sortit de l’habitacle pour respirer, penchée au-dessus des petits buissons qui ornaient le terre-plein.

Des fourmis allaient et venaient dans une procession rapide, transportant de minuscules œufs blancs, comme Obélix des menhirs. D’autres rentraient et sortaient de la fourmilière, comme d’une bouche de métro aux heures de pointe. Julie observait l’agitation de toutes ces petites bestioles qui vaquaient à leur tâche respective, consciencieuses, fébriles, actives. Elles semblaient se concerter, avançant d’un côté, changeant de route, échangeant leurs avis grâce aux phéromones, puis se tripotant un peu les antennes histoire de communiquer davantage et se dirigeant ensemble dans la même direction avec leur lourd fardeau. Ce sont les ouvrières se disait Julie, elles n’arrêtent pas. Les soldats veillent à la sécurité de la communauté, les plus vieilles nettoient déchets et cadavres, ça bouge, ça s’agite, on dirait une ville en miniature. Ou une entreprise.

C’est vrai, pensait-elle, si j’observais l’entreprise d’en haut, j’y verrais plein de bonshommes et de bonnes femmes, qui s’agitent, circulent, travaillent. Si je prenais la loupe et que je regarde mieux, je verrais des gens assis à leur bureau, le visage sérieux devant leur ordinateur, leurs petits doigts agiles pianotant rapidement sur le clavier. Des dossiers sur les bureaux. Les plus organisés ont juste un document ouvert sur le plan de travail et ils sont à fond dans la lecture de leur papier, d’autres sont réunis autour d’une table et la conversation va bon train, il va probablement sortir plein d’idées de cette réunion, d’autres font une pause près de la machine à café pour un moment de détente. En se penchant plusieurs jours de suite sur cette communauté et en y approchant la loupe, c’est drôle, on repérerait, j’en suis sûre, celui qui bosse sans presque bouger du bureau, se tortillant une mèche en relisant un article compliqué qu’il va devoir défendre auprès de sa hiérarchie. Celui qui prend une mine accablée tant sa tâche est ardue, mais qui en fait est en train d’envoyer des vannes par chat à son collègue d’en face, ou de chercher sur Internet où il va passer ses prochaines vacances. Celui ou celle, bien évidemment qui s’arrache les cheveux en se demandant si oui ou non, on va arrêter de le déranger aujourd’hui parce qu’il a un reporting à envoyer dans deux heures et que rien ne colle, celui qui arpente les couloirs, un dossier sous le bras, la tête penchée en avant, l’air absorbé, le pas rapide. En fait, celui-là fera plusieurs fois le tour des étages, balade digestive peut-être. Est-ce que chez les fourmis, il y a aussi des faux-culs qui donnent l’illusion d’être « overbookés », bien vus par la hiérarchie, la technique étant éprouvée ? Pendant que d’autres jonglent avec un planning surchargé, sans que cela fasse de vagues. Julie avait l’impression que chez les fourmis, il y avait une honnêteté qui empêchait ce type de comportement. Julie était une de ces fourmis, laborieuse, mais fatiguée, épuisée. Peut-être finirait-elle par mourir au travail, et d’autres fourmis enlèveraient alors son cadavre, elles le jetteraient hors de la fourmilière, elle ne serait alors rien d’autre qu’une fourmi morte. Juste une fourmi morte.


Elle reprit la route du bureau. Les courses de Noël attendraient ce soir.


Le ciel lourd de neige semblait prêt à larguer ses flocons cotonneux, la température était subitement descendue et la météo prévoyait encore d’importantes chutes de neige. Les vacances d’hiver avaient débuté et les enfants décoraient joyeusement leurs premiers bonshommes de neige. Julie était sortie du bureau plus tôt, Noël approchait et elle n’avait pas encore fait ses achats de fin d’année et surtout elle n’avait aucune idée de cadeau pour qui que ce soit.

Il fallait s’activer pour trouver les présents qui feraient plaisir aux uns et aux autres.

Le sol rendu glissant par quelques résidus de plaques gelées l’empêchait d’avancer rapidement sur les trottoirs pourtant déneigés. La ville scintillait de mille lumières blanches et bleutées, les chants de Noël se répandaient le long de la rue principale, chacun se pressait aux portes des boutiques, les bras emplis de paquets multicolores. Le froid pinçait le bout du nez de Julie et elle ne sentait plus ses oreilles. Il lui restait deux heures pour tout boucler, s’il manquait deux ou trois bricoles, elle prendrait une heure demain midi.


En même temps, Julie pensait qu’elle avait encore pas mal de dossiers à traiter avant la fin de la semaine, il lui fallait anticiper également toute la dernière quinzaine puisque la société fermait ses portes et qu’il fallait donc poser ses derniers congés. Il lui fallait également prévoir qu’il n’y aurait pas de signataire début janvier, il fallait donc vérifier dès demain que tout serait bouclé et qu’elle pourrait obtenir les infos dont elle avait besoin. Le début d’année s’annonçait plus que chargé.


Julie se débarrassa de la corvée cadeaux en deux heures chrono, passa à la supérette prendre le fromage râpé en prévision du gratin de ce soir, Alain avait dû prendre le pain, tout était OK.

Où avait-elle garé la C3 ? Elle prit deux minutes pour se remémorer la scène du parking : en sortant de la nationale, elle avait pris la première route direction la mairie, puis… Le parking devant… ou derrière la mairie ? Ça y est, ni l’un ni l’autre ! Elle avait privilégié le parking souterrain en raison du monde qui circulait, ouf ça lui revenait et l’immense bouffée de chaleur qui l’avait envahie en lui serrant la gorge s’estompa aussitôt. Dans dix minutes elle serait à la maison. Dans quelques jours, elle serait heureuse de retrouver Émilie et les petits et d'enfin oublier les problèmes du bureau.

Depuis quelques semaines, le stress devenait pesant et envahissait toute sa vie. Ce n’était plus le bon stress qui permet de se donner des challenges et qui vous fouette le sang lorsqu’il s’agit de mener à bien une tâche d’envergure, non ça ressemblait davantage à une peur panique de ne plus parvenir à faire tout le travail dans les délais. Le rat qui lui bouffait le ventre quand la panique montait, le manque d’air, l’impression que le cœur allait exploser dans la poitrine, que peut-être elle allait mourir. Julie ressentait ces malaises de plus en plus souvent elle se sentait acculée par le temps et le plus difficile était de ne rien laisser paraître. Elle avait tenté d’en toucher deux mots à Arnaud, son supérieur, mais ça avait eu le même effet qu’un coup d’épée dans l’eau. Muriel, sa collègue la plus proche, lui avait fait comprendre que c’était à elle de tirer la sonnette d’alarme.


– Ton problème, lui avait-elle dit, c’est de ne pas savoir dire non.


Arrivée chez elle, Julie salua Alain et Emma, fit une rapide caresse au chien et annonça tout de go que ce soir, il ne faudrait pas compter sur elle pour faire le repas. On allait finalement commander des pizzas.


À 20 heures, le repas était expédié, Alain et Emma s’étaient chargés de débarrasser les trois assiettes et de ramasser les miettes sur la table basse du salon. Julie se sentait vidée.


– Bonne nuit, je vais me coucher, je suis fatiguée. Je téléphone vite fait à Monique et je dors. À demain, je vous aime, dit-elle en leur envoyant un bisou.

– Bonne nuit ! répondit Alain. Tu es sûre que tout va bien ?

– Oui, ne t’inquiète pas, les vacances approchent, ça va aller mieux !


Julie s’éclipsa, le chien sur les talons, ravi d’aller se coucher avec sa maîtresse aussi prématurément.

Après une douche rapide, elle rejoignit Foxy. Le chien faisait semblant de dormir, la tête posée sur l’oreiller de sa maîtresse.


– File à ta place ! lui souffla-t-elle dans l’oreille.


Le chien se poussa de mauvaise grâce, en soupirant suffisamment fort pour montrer son désaccord.

Julie se cala dans les oreillers, réajusta la couette et le plaid du chien, puis composa le numéro de son amie Monique.


– Allô, Monique, je ne te dérange pas ?

– Bien sûr que non, répondit Monique, il n’y a rien à la télé, je suis en train de boire mon pisse-mémère en lisant vaguement un vieux Biba ! Comment ça va ?

– Moyen ! Je me sens épuisée. Je n’en peux plus.

– C’est quoi, c’est ton boulot ? demanda Monique.

– Tu sais, ce boulot c’est moi qui l’ai voulu... Il me plaît, c’est juste que je déborde, on a récupéré les dossiers des USA, je n’ai pas assez de temps pour tout gérer dans le temps qui m’est imparti ! J’ai l’impression de ramer toute seule dans la pirogue pendant que d’autres près de moi se la coulent douce... Je n’y arrive plus.


Julie reniflait dans le téléphone, ses mains tremblaient. Elle aurait bien aimé pleurer, mais les larmes ne venaient pas.


Son amie, à l’autre bout du fil, ne savait quels mots trouver pour la rasséréner.


– Enfin, Julie, arrête de te mettre dans cet état pour le boulot. Ce n’est qu’un job et tu ne mets pas le monde en péril. Si tu regardais plutôt le chemin que tu as parcouru. Tu as évolué. À toi de dire stop, quand ça dépasse les bornes. Ton chef t’impressionne ? Dis-toi bien qu’aux chiottes, le pantalon baissé, il n’est rien d’autre qu’un trou du cul sur le trône ! Penses-y !

– Tu parviens à me faire rire, même dans les pires moments ! dit Julie en souriant.


Monique et Julie s’étaient connues en 1980. Elles avaient connu les mêmes années de galère, sans le sou. Elles avaient des souvenirs de bons moments pleins de fous rires, et d’autres, emplis de larmes.


– Tu te souviens, continuait Monique, quand pour le jour de l’An, on mangeait du pâté de foie en boîte en buvant de la piquette, ton frigo était vide, juste deux ou trois yaourts nature et un litre de lait, pour dire qu’il ne fonctionne pas pour rien...

– Oui, on ouvrait la fenêtre pour que les passants nous entendent, en s’exclamant : « Wahou, bon Dieu, ce foie gras est magnifique, mais où as-tu dégoté ce Sauternes, il est divin ! » Histoire que les voisins ne sachent pas qu’il n’y avait rien à becqueter. Mais on riait bien. Maintenant, je gagne mieux ma vie, même si ce n’est pas le Pérou. Seulement en trois ans à ce poste, je n’ai pas réussi à trouver deux heures pour organiser mes fichiers. J’essaie de prendre du recul, mais quand il y a plus de boulot que de temps, au bout d’un moment, c’est plus possible, et là c’est plus possible. Je l’ai dit à mon chef, qui est toujours en vadrouille, sa réponse a été : « Il vaut mieux trop de boulot que pas du tout ! » Quand les managers ont ce type de discours, tu ne peux rien faire, encore moins quand ils se prennent du temps libre au resto pendant trois heures, pendant que tu perds ton temps à gérer au téléphone les problèmes dus à ces absences au lieu de faire ton boulot. Je ne dors plus, je me réveille en sueur en ayant peur d’avoir laissé passer un délai.

J’en ai marre, c’est peut-être moi qui suis inapte, continua Julie en baissant la voix.

– Ma Julie, prends du recul, je ne sais pas comment te faire comprendre que tu as une vie à côté du boulot, t’en fais quoi ? À force, tu vas perdre Alain qui en aura ras le bol de te voir te coucher à 21 heures dans ton pyjama en pilou, et découcher à 3 heures du mat pour regarder la télé jusqu’à 6 heures.

– Non, il comprend. Il est triste de savoir que mes cauchemars me réveillent toutes les nuits, il sait que je lutte pour vaincre cette espèce de dépression naissante. Il m’a beaucoup aidée en début d’année quand je souffrais tant, tu te souviens ? Mes douleurs inexpliquées aux talons. J’ai passé plein d’examens, je ne pouvais plus rester debout, je faisais comme les chevaux, je restais sur un pied, puis sur l’autre, marcher était un calvaire. Qu’ont dit les médecins ? Rien ! C’est le stress, il faut vous reposer !


Julie retapa un peu ses oreillers qui avaient glissé, Foxy ronflait régulièrement. Ce chien, c’est zéro stress, pensa Julie en le recouvrant avec la partie du plaid qui pendait sur le côté du lit. Ceci provoqua un soupir d’aise et une détente des quatre pattes en même temps.


– Tu sais, ma Julie, continua Monique, je connais un truc super efficace contre le stress et les douleurs de toute sorte…


Monique avait pris sa voix coquine :


– L’amour ! Oui, faire l’amour sans restriction ! Juste les peaux qui se cherchent, se trouvent, se reconnaissent ! Tu fais l’amour comme une folle et tes problèmes s’envolent !

– Hum ! Ouais, tu as sans doute raison ! acquiesça Julie d’une voix molle.


Même si elles étaient les meilleures amies du monde, Julie avait du mal à avouer à Monique que cet aspect de sa vie de couple était un peu passé aux oubliettes, ces derniers temps. Le manque de sommeil et les perpétuelles angoisses nocturnes avaient eu raison de sa libido.

Alain avait beau lui répéter que faire l’amour dans un lit manquait de fun et qu’il fallait être plus inventif, elle savait que son esprit n’était plus libre pour cela. Fini les petits papiers dans la table de nuit où elle marquait : bon pour… « Une séance de caressothérapie », c’était leur truc, ça, la caressothérapie ou « une heure de sexe torride dans le lieu de ton choix » et autres coquineries qu’ils appréciaient il y a encore peu de temps. Julie se sentait dépossédée de son corps, de son esprit, vidée, triste, même si elle savait donner l’illusion autour d’elle. On la trouvait souriante, drôle, toujours de bonne humeur. Ce n’était qu’une façade, elle se sentait de plus en plus triste, inutile, désagréable, même, quelquefois.


Monique continua :


– Penses-y Julie. Moi, je m’offre des nuits d’amour torrides pour oublier que je n’ai pas de boulot !

– Oui, je suis égoïste, je ne pense qu’à moi et toi tu es au chômage, tu…

– Je vais bien, merci, j’ai de quoi voir venir… Bon Julie, je vais te laisser, j’ai rendez-vous demain à 8 heures pour une séance d’épilation au sucre chez ma voisine, Fatima, avec thé à la menthe et cornes de gazelle, que du bonheur.

– Bonne nuit, ma chérie. Merci encore. Je t’embrasse.


Julie reposa le téléphone sur la table de nuit, près de la revue féminine achetée ce matin. Son regard se posa sur le titre : « Comment vaincre le stress au travail – Apprenez à dire non ».

Elle chercha l’article et le lut en diagonale, des astuces pour organiser son emploi du temps, gérer les urgences, éviter les bureaux bruyants en open space… Elle connaissait tout cela par cœur, simplement comment dire à ses collègues : « Excusez-moi, j’aimerais que vous parliez moins fort au téléphone et pas tous en même temps, que vous me laissiez terminer ce que j’ai à faire avant de me donner de nouvelles urgences, que vous me laissiez deux heures pour faire du classement, le dossier machin attendra demain ; ah le délai est ce soir ? Tant pis, il fallait le dire avant, moi j’ai prévu de faire autre chose… » Que du blabla, on n’est pas au pays des Bisounours, il faut avancer, ou partir !

Elle allait lire le sujet plus à fond, quand même, au cas où…


L’autre article s’intitulait : « Mes droits – Comment faire un abandon de poste ».


En bas de page un encart publicitaire montrait les maisons bariolées de Cuba et ce texte en bandeau :

« Quittez tout, oubliez tout, offrez-vous un mois de rêve au pays du Che ».


Elle posa la revue, éteignit la lumière, un grand sourire aux lèvres.

Demain, je le fais. Je pars un mois à Cuba, seule et ils se démerderont. Je ne veux pas être une fourmi morte.



 
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   socque   
8/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Je trouve que la souffrance au travail et ses effets sont fort bien décrits dans ce texte ; j'ai ressenti ce qu'endurait Julie. Pour moi, le texte est réussi de ce point de vue.
L'analogie entreprise-fourmilière n'a rien de neuf, mais je la trouve bien posée.

En revanche, je ne suis pas convaincue par la fin : Julie, malgré sa lucidité quant à ce qui lui arrive, reste presque jusqu'à la dernière phrase du récit engluée dans sa logique de personne "indispensable" qui se veut responsable à elle seule de la bonne marche de tout... Alors, qu'un article qui ne dit rien de neuf + des photos de Cuba opèrent ce soudain renversement, j'ai du mal. Certes c'est possible (tout est possible) mais en l'occurrence, vous ne l'amenez pas de manière à ce que moi, en tant que lectrice, j'y croie.

   Donaldo75   
9/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
(Lu et commenté en EL)

Bonjour,

Cette nouvelle décrit bien le phénomène du burn-out dans l'entreprise, ainsi que le fonctionnement de cette dernière, une organisation nettement moins efficace que la fourmilière. L'image de la fourmi, par ailleurs, morte ou vivante, est bien vue. D'ailleurs, en sociologie des entreprises, elle correspond à une certaine forme de travail, d'acceptation de ses contraintes et de ses règles. Julie souffre de son travail, des imperfections chroniques de son management et de ses collègues, pour employer un euphémisme, tout en connaissant, inconsciemment, la solution à son problème.

Ce qui est bien rendu, c'est la peur de tout perdre, "le rat qui mange le ventre".

La fin est trop abrupte. De plus, les personnages secondaires sont anecdotiques, à l'instar d'Alain, quand même le mari de Julie, ou de Muriel. Seule Monique dispose d'un temps de parole suffisant pour donner de la consistance à son personnage. De ce fait, je pense que la nouvelle aurait pu être écourtée, le début étant assez redondant, pour permettre un meilleur équilibre.

   Asrya   
10/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Un thème qui mérite d'être abordé en tout cas, je n'en doute pas.
Après, peut-être que l'ensemble manque de matière et de réflexion ; de recul plus intense pour que le lecteur s'interroge davantage.
Au final, votre personnage ne veut pas être une fourmi morte, mais elle accepte d’être une fourmi (puisqu'un mois de vacances lui suffirait pour reprendre ensuite de plus belle).
Je ne suis pas certain que cette vision soit très optimiste.
En tout cas, j'essaie de faire de mon mieux pour qu'il y ait de moins en moins de fourmis dans ce monde (au sens de votre texte évidemment...)

Sur le style d'écriture, dans l'ensemble c'est correct, quelques répétitions de temps en temps qui sont un peu disgracieuses à la lecture, mais rien de bien méchant.

Par contre... pourquoi partirait-elle seule à Cuba ? Et son mari ? Sa fille ? Son chien ? Pourquoi s'en débarrasser ? Ne seraient-ils pas pour elle le remède à cette vie de fourmis ? N'est-ce pas là ce qui peut distinguer un travailleur (dans une entreprise ou autre) avec la vie des fourmis ?
J'ai trouvé ce manque de perspective un peu triste (c'est mon côté romantique, vie de famille etc.) comme si la solution à tout était la solitude.
Je ne suis pas certain que la décision de s’exiler loin des personnes qui l'aiment serait judicieux, d'autant plus qu'ils risqueraient de le prendre mal (même s'ils peuvent le comprendre, puisque Alain a l'air d'être un gaillard solide, droit et honnête, prêt même à renoncer aux joies de la chair pour soutenir sa femme ; c'est dire !).

Bon... au final, je pense que le sujet mérite d'être traité mais qu'il mériterait d'être davantage étoffé, approfondi, afin d'attraper le lecteur et de l'amener à se poser les bonnes questions :
Être fourmi ? Vraiment ?

Merci pour ce partage,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   SQUEEN   
11/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Thème difficile. Votre texte est descriptif et pas analytique, je pense que ça complique notre compréhension du problème. Comment décrire le ressenti? Le burn-out peut je crois difficilement se comprendre par l'énumération d'une quantité de tâches beaucoup trop importante il est vrai mais difficile à appréhender pour le lecteur. Je n’ai pas ressenti le malaise de votre personnage vous m’avez dit qu’elle souffrait vous m’avez expliquez pourquoi, moi je vous ai cru mais j’ai trouvé qu’elle avait l’air de plutôt fonctionner pas trop mal, tellement même qu’elle est capable de prendre la décision d’arrêter. Je pense qu’il vous faut retravaillé ce texte, la description de la souffrance n’est pas convaincante. En burn-out on n’est plus en capacité de voir la situation tel qu’elle est, on a plus de vision extérieure, c’est bien là la difficulté, on a le nez dans le guidon et se qui se passe en dehors on a du mal à le voir. J’ai trouvé que vous effleuriez le sujet, il faudrait, d’après moi, plus d’émotionnel pour que l’on se sente concerné par le sort de votre héroïne. Je ne suis doc pas rentrée dans l’histoire, malgré une écriture fluide mais un peu ennuyeuse.

   Ludi   
7/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonsoir Louison,

J’ai lu votre histoire jusqu’au bout, porté par la sobriété de votre style et par le souvenir pétillant de votre premier texte (Une soirée romantique). Vous avez un talent de rédactrice, il n’y a pas d’esbroufe dans vos mots. Vous savez témoigner, exposer des réalités… mais le romanesque peut-il se contenter de cela ?


Une femme vit une situation de burn-out au travail. Elle traîne dans sa voiture devant Auchan ou se change les idées en faisant quelques courses. Chez elle son mari est compréhensif, sa fille assez transparente, et son chien, fidèle au pied du lit. Une copine, plus malheureuse qu’elle financièrement, essaie même de la réconforter et de lui redonner la pêche. Pour finir, Elle a les moyens de se payer un mois à Cuba, puisque à la fin elle dit : Demain je le fais. Je pars un mois à Cuba… et non pas : Si seulement je pouvais me payer un mois à Cuba.

A partir de là, j’ai envie de vous dire, comme dans nos exercices de style à la Raymond Queneau : « développez une histoire. Car pour l’instant je n’ai lu que la matière de cette histoire, qui reste à écrire. J’ai la notice du burn-out, de la machine à épuiser, à rincer les hommes et les femmes, mais je ne vois pas le linge tourner à l’intérieur. Le romancier doit être dans la machine à laver, pas à l’extérieur.

Vous utilisez beaucoup de lieux communs, cette fameuse terre-glaise sociétale, pour fabriquer votre fiction : l’entreprise est une fourmilière, l’argent ne fait pas le bonheur, ce n’est parce qu’on a tout qu’on est heureux, une famille, une amie, un travail, de l’argent. La déprime ça ne se commande pas, ça n’est pas rationnel, etc… etc…

L’idée est bonne, encore faut-il que le résultat littéraire ne débouche pas lui-même sur des lieux communs : on est mal, alors la première chose qu’on fait c’est de retrouver sa famille, de caresser son chien au pied du lit, d’appeler sa meilleure copine et décider que demain on fait tout péter en partant un mois à Cuba. Car tout ça fait partie du catalogue que réciterait la plupart des gens si on leur demandait dans la rue quelles sont les solutions pour essayer d’évacuer une déprime. Ça c’est ce que vous nous racontez et c’était ce que je ne voulais pas entendre. Parce que le burn-out est sûrement avant tout une grande solitude.

Une histoire doit être exceptionnelle, sinon ce n’est pas la peine de la raconter. Il est probable que Julie ne guérira pas de son burn-out à la fin du récit, mais c’est sa révolte que j’ai envie d’accompagner, quelque chose de monstrueux, un suicide, un meurtre, ou que sais-je encore, qui fasse d’elle une héroïne et pas un archétype de la victimisation au travail.

On peut envisager aussi qu’il ne se passe rien et que tout persiste comme avant. Oui mais alors, c’est ce rien qui doit être exceptionnel ! Sa lente dégradation morale et psychique. De ce point de vue, sa perte de repères pour retrouver sa voiture est déjà une bonne idée, mais elle aurait dû être amplifiée, quitte à exagérer ses actes par touches successives. La fiction n’est jamais aussi délirante que la réalité. Plutôt que de nommer les choses, montrez-les. C’est un conseil qu’on retrouve fréquemment dans la bouche des grands auteurs. Par exemple, plutôt que d’évoquer Julie en train de se débarrasser de la corvée cadeaux (le lieu commun), pourquoi ne pas décrire au contraire sa confusion, lui faire sortir à la caisse sa carte de mutuelle au lieu de sa carte bleue, lui faire annuler plusieurs articles dont elle ne comprend plus l’intérêt de les acheter. Pourquoi a-t-elle confondu brocolis et salsifis ? Pourquoi, alors que son Alain ne boit que du bon vin, a-t’elle acheté trois packs de bière ? Faites-lui recompter ses neveux et ses nièces pour les cadeaux… faites-nous comprendre en quoi il y a chez elle un début de confusion mentale, une altération de sa perception des choses et des personnes.

Je ne sais pas si tout ça peut être une conséquence du burn-out, mais vous comprenez ce que je veux dire. Je veux pouvoir dire en sortant de votre histoire : c’est aussi ça le burn-out. Je ne veux pas que vous résumiez son comportement, je veux que vous alliez dans le détail de ses actes, de sa pathologie.
Idem pour les séquences sur le lieu de travail.

Votre texte est très intéressant car il montre bien la difficulté qui est celle de l’auteur de fiction. Les plus beaux romans sont ceux où les personnages ne sont pas des modèles exemplaires, mais des êtres uniques emportés par des sentiments et des actes uniques.

Voilà, Louison. J’ai essayé de vous communiquer mon approche personnelle de la fiction, qui n’a pas d’autre valeur que d’être la mienne.

Mais malgré mes réticences à propos de ce texte, je peux vous garantir une chose, c’est que je lirai tout ce que vous écrirez ici.

Cordialement

Ludi

   hersen   
7/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Je suis un peu déstabilisée par ce texte qui, certes, décrit la surabondance de travail, mais pas l'écroulement du personnage.

De mon point de vue, il y a trop de descriptions non nécessaires (s'étendre sur les cadeaux, la recherche de voiture sur le parking...)car elles ne sont pas nécessairement le lot des seuls "burn-outés" (moi-même, je "perds" quelquefois ma voiture...). Et le syndromes n'est pas décrit de l'intérieur, seuls sont décrites les tâches trop nombreuses au boulot.

Pour parler clair : ce texte ne m'apporte rien que je ne sache déjà et passe à côté de ce qui aurait pu m'intéresser, à savoir vivre tout cela de l'intérieur. Et ce manque se confirme avec la fin : la décision de partir en voyage. je ne suis pas sûre que quelqu'un de surmené puisse prendre une telle décision. j'aurais plutôt vu le mari avoir l'initiative de couper sa femme de son travail, car Julie, à ce stade, doit être aidée.

Donc un texte descriptif, renforcé par le monde des fourmis, avec l'impression de passer un peu à côté du vrai sujet.

Mais à te relire, bien sûr.

hersen

   Louison   
7/10/2017

   Berndtdasbrot   
7/10/2017
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↓
Bonjour Louison

Bon, je n'ai pas accroché une seconde à cette histoire très très commune. Oui, nous connaissons tous ces problèmes de travail, d'entreprise, de burn out. Ici, le point de vue n'est pas éclairé d'une manière originale. le personnage principale ne m’émeut pas spécialement. Les autres personnages sont insipides. Pas de chute travaillée, pas de travail sur la narration. Bref, très ennuyeux. J'ai eu du mal a terminer.
Une autre fois peut-être.
Berndtdasbrot

   Tahar_Tampion   
10/10/2017
Des imperfections, des longueurs comme la conversation au téléphone avec Monique. Certains passages sont inégaux. Des bons qui coulent bien, d’autres où l’expression est plus laborieuse, comme celui où vous faites une répétition de 3 « neige » en deux phrases. Des expressions toutes faites : « un coup d’épée dans l’eau », des adverbes inutiles comme dans cette phrase : « On allait finalement commander des pizzas. »

Malgré ces défauts, j’ai bien aimé parce que globalement le stress est bien rendu. J’ai cru un moment que Elise allait se suicider. Et non ! Mais le revirement final me paraît trop « facile », trop rapide. En tout cas, je n’ai pas marché. Il est possible de prendre une décision aussi engageante en une fraction de seconde, ça je ne le nie pas, mais il me manque peut-être des explications pour que j’y croie totalement. Ca ne gâte pas la chute, heureusement.

Un autre truc que j’ai noté, mais je suis souvent le seul à être gêné par ces tournures-là, se trouve dans cette phrase :
« Et puis il fallait trouver une salle libre pour la réunion d’hier qui avait été déprogrammée et reconduite à demain matin »,
Dans un texte au passé, le « à demain matin » devrait être remplacé, je pense, par « au lendemain matin ». « à demain matin » convient uniquement pour le présent (avis personnel).

+ une autre remarque que je viens de me faire en relisant cette phrase : à quoi bon superposer « déprogrammée » et « reconduite » ? Pourquoi par « reprogrammée » tout simplement ? Quand je lis ce genre d’empilement de verbes, je me dis que l’auteur à voulu meubler son propos au détriment de la simplicité (et, dans le cas présent, au détriment de la précision parce que « reconduire une réunion », c’est moyen comme expression)


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