Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
maguju : Un soir sur la Terre
 Publié le 08/06/19  -  13 commentaires  -  7569 caractères  -  103 lectures    Autres textes du même auteur

– T'as rencontré quelqu'un ?
– C'est moi que j'ai rencontré.


Un soir sur la Terre


Matt se souvenait parfaitement de leur première rencontre. Comment l’oublier… C’était dans ce bar miteux à la sortie de Harrisburg, Pennsylvanie, où il s’était arrêté pour souffler un peu, épuisé par les longues heures passées au volant de son 38 tonnes. Vers 22 h, Tessa était entrée en compagnie de trois ou quatre amies et il l’avait aussitôt remarquée. Environ vingt-cinq ans, grande, mince, des cheveux blonds très courts, vêtue d’une mini-jupe en daim et d’un chemisier blanc. Elle avait quelque chose de doux et de désespéré dans le regard et une manière quasi animale de se déplacer. Ses copines semblaient très excitées, elles riaient fort et consommaient beaucoup d’alcool mais Tessa se tenait en retrait, comme détachée de toute cette agitation, peut-être embarquée contre son gré dans cette virée entre filles. Accoudé au bar, Matt, comme les autres, ne pouvait détacher son regard de cette petite troupe bruyante et survoltée. Il faut dire que la plupart des clients étaient des hommes et le spectacle qu’on leur proposait était une aubaine pour leurs yeux avides. Au bout d’une heure environ, quelques couples se formèrent et Tessa se retrouva seule à sa table, repoussant systématiquement les nombreux prétendants qui se présentaient. Elle paraissait ailleurs, fixant sa bière et ne prêtant que peu d’attention à ce qui l’entourait. Après un long moment, elle s’approcha du comptoir pour acheter des cigarettes et lorsque Matt lui adressa la parole, elle le regarda avec étonnement, comme s’il l’avait interrompue dans sa rêverie.


– Je peux vous offrir une autre bière ? demanda Matt, galvanisé par l’alcool mais se maudissant de n’avoir su trouver une entrée en matière plus originale.


Prête à l’éconduire, Tessa le toisa, une lueur moqueuse dans les yeux, semblant hésiter avant de répondre. Plus tard elle confesserait avoir ressenti une sorte d’ébranlement lorsque leurs regards s’étaient croisés.


– Je ne t’ai jamais vu ici, répondit finalement la jeune femme. Tu es du coin ?

– Non je suis de passage. Je viens de faire une longue route avec mon camion. Je dois livrer un client demain matin très tôt. Mon chauffeur est malade, je n’ai trouvé personne pour le remplacer. Du coup j’ai pris la route moi-même et…


Matt allait lui avouer qu’il était crevé, qu’à trente-deux ans il se sentait vieux, et las, que sa vie n’était que solitude et déceptions. Il voulait aussi lui confier que son dos le faisait terriblement souffrir mais il se trouva ridicule de parler autant et s’interrompit. Elle l’observait avec curiosité et cela le troublait. Elle avait les yeux brillants, presque fiévreux, sous l’effet de l’alcool ou peut-être d’une autre substance, et elle ne cessait de jouer avec son briquet posé sur le comptoir. Elle souriait mais son sourire était d’une infinie tristesse et le désarmait. Et puis elle se mit à parler vite, expliquant à quel point elle étouffait dans cette ville depuis toujours, affirmant que les hommes d’ici étaient des ploucs et des ivrognes, qu’ils n’avaient pas d’ambition, qu’elle ne leur faisait aucune confiance, qu’elle rêvait de quitter cet endroit qui, jusque-là, ne lui avait apporté que du malheur. Elle semblait amère et au bord des larmes. Matt voulait l’interroger sur elle, sur sa vie, lui demander si elle vivait seule, si elle avait un job, sur les raisons de son désarroi mais il sentait bien qu’il fallait la laisser vider son sac, sous peine de la heurter et de la faire fuir. Il se contentait d’acquiescer avec des hochements de tête afin de l’encourager à poursuivre. Il songea qu’il aurait pu l’écouter pendant des heures, bercé par sa voix grave et rauque, oubliant sa fatigue et ses soucis. Tout l’attirait chez cette fille. Il avait désespérément envie de lui plaire mais préférait se taire plutôt que de prendre le risque de la décevoir. Au bout d’une demi-heure, Tessa interrompit son monologue et regarda Matt avec surprise, se demandant ce qui lui avait pris de se livrer ainsi à un inconnu. En vérité elle se sentait en confiance avec cet homme qui la couvait du regard. Il semblait l’écouter et la comprendre. Il la désirait sans doute, comme tant d’autres avant lui, mais son instinct lui soufflait qu’il y avait plus que ça. Il avait l’air vulnérable, presque étonné d’être là à ses côtés, son attitude loin de l’arrogance à laquelle elle était habituée. Elle lui demanda où il vivait, l’interrogea sur son travail et se surprit à trouver de l’intérêt à ses réponses. Il lui répondait avec simplicité, sans crânerie, sans chercher à l’épater. Elle aimait son regard sombre et le visage concentré, presque inquiet, qu’il affichait. Une dispute éclata soudain au fond du bar, le mélange alcool et testostérone ayant échauffé les esprits, et Tessa se dit que c’était le prétexte idéal pour quitter cet endroit.


– Tu me montres ton camion ? demanda-t-elle en se levant prestement de son siège.


Pris au dépourvu Matt articula un « si tu veux » à peine audible, paya en hâte les consommations et sortit en compagnie de la jeune femme. Après une journée accablante de chaleur, à presque minuit, l’air était enfin plus doux et respirable. La lune était pleine et le ciel constellé d’étoiles. L’enseigne rouge du bar et les phares des véhicules circulant le long de la nationale diffusaient une lumière irréelle sur les voitures du parking. Matt se sentait à la fois heureux et déstabilisé par ce qui lui arrivait. Il avait envie de se pincer pour vérifier qu’il ne rêvait pas. Son mal de dos s’était envolé, au même titre que sa fatigue, et la présence de Tessa à ses côtés l’électrisait. Sans un mot, tous deux se dirigèrent vers son camion, garé en retrait à l’autre bout du parking. Il faisait très sombre à cet endroit et Matt se servit de son briquet pour les éclairer. Il ouvrit la portière à Tessa, l’aida à grimper à bord de l’engin, laissant traîner ses yeux sur ses longues jambes, et la rejoignit à l’intérieur de la cabine. La jeune femme semblait subitement moins à son aise et gardait le silence. Pensant la rassurer, Matt alluma la lumière mais Tessa lui demanda aussitôt de l’éteindre. Puis, sans préambule, elle enjamba la boîte de vitesse, vint s’asseoir sur ses cuisses en relevant sa jupe et posa ses lèvres sur les siennes. Le jeune homme sentit son corps réagir immédiatement. La bouche de Tessa était chaude et sa langue se faisait pressante. Le souffle court et les mains tremblantes, Matt déboutonna son chemisier et embrassa son cou et ses épaules. Elle sentait la vanille et le tabac et cela le bouleversa davantage. Elle se pencha pour ouvrir le jean du jeune homme et celui-ci eut alors une pensée reconnaissante pour son chauffeur qui gardait tout un stock de préservatifs dans son camion. Il les avait remarqués le matin même lorsqu’il avait vérifié les papiers du véhicule avant son départ. Les jeunes gens se laissèrent emporter. Ils se déshabillèrent et s’embrassèrent avec fougue, comme si chacun d’eux trouvait dans cette étreinte le moyen d’évacuer tout le désespoir ou la lassitude qui le dévorait. La jouissance arriva très vite et ensuite, juste après avoir accueilli le plaisir, Tessa s’abandonna contre le torse de Matt et se mit à pleurer. Déstabilisé, ne sachant comment réagir, le jeune homme chantonna alors doucement en lui caressant les cheveux. Tessa releva vivement la tête et le regarda avec surprise. Ce fut à ce moment précis qu’il eut la certitude qu’elle partirait avec lui, qu’elle quitterait cette ville de malheur et qu’elle laisserait la vie s’insinuer en elle à nouveau. En tout cas il allait tout faire pour ça.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   plumette   
17/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pas de doute sur l'auteure de ce texte! fort réussi.

Magnifique histoire de rencontre, je garde tout, dans les moindres détails, le bar miteux, les filles bruyantes, Matt fatigué, Tessa désabusée et cet inattendu qui les saisit.

On est dans le point de vue de Matt, presque tout au long du texte, avec une toute petite incursion du point de vue de Tessa à partir de " au bout d'une demi-heure" à la fin du 2ème paragraphe. cela m'a étonnée mais en fait ça coule bien.

Une écriture précise, sans effet de style, juste, et un univers qui se décline de nouvelles en nouvelles,

Bravo!

Plumette

   Corto   
19/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le scénario de cette nouvelle n'est pas très original mais il s'en dégage un réalisme, un ressenti plutôt attirant.

Tout d'abord la description de Tessa est précautionneuse, délicate: "Elle avait quelque chose de doux et de désespéré dans le regard et une manière quasi animale de se déplacer.". Là où un autre auteur se serait attardé sur la poitrine volumineuse ou sur les yeux si joliment fardés, ici on a: "Tessa se tenait en retrait, comme détachée de toute cette agitation". La jeune fille est belle mais surtout mystérieuse.

La rencontre avec Matt au bar est vite expédiée pour en venir à une vraie rencontre entre les deux personnages :"son sourire était d’une infinie tristesse et le désarmait".

Vient alors le monologue de Tessa durant une demi-heure, alors que dans ces situations on a l'habitude de voir la femme inciter l'homme à parler, à se dévoiler. "En vérité elle se sentait en confiance avec cet homme qui la couvait du regard".

La suite du scénario est attendue, mais après l'effusion dans le camion l'intimité se renforce encore et l'homme a compris que Tessa allait le suivre: "En tout cas il allait tout faire pour ça".

Ici pas de mélo, une rencontre de deux êtres qui se comprennent et s'apprécient vite, comme une évidence.

Non je ne dirai pas 'ils eurent beaucoup d'enfants'...

Une nouvelle agréable à lire, sans maladresse ni exagération. On comprend que Matt n'ait jamais pu oublier cette rencontre.

Bravo à l'auteur.

   Mokhtar   
23/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'incipit était prometteur, mais je n'ai pas retrouvé dans le texte qu'un des deux protagonistes se soit rencontré-trouvé lui-même.

De toute évidence, deux êtres ont eu le coup de foudre, se sont séduits, se sont trouvé de fortes affinités. Mais c'est tout.

Un simple histoire d'amour, même si les personnages sont travaillés, ont une personnalité.

C'est plutôt bien écrit. C'est l'histoire qui me semble faible.

Mokhtar, en EL

   Donaldo75   
8/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour maguju,

J’aime quand tu écris dans l’ambiance propre à l’Amérique du Nord, en particulier les États Unis. Et là, c’est très réussi. L’atmosphère pique, la narration densifie le texte, utilisant les dialogues au minimum. C’est très adapté au thème que de procéder ainsi. Ton écriture a du style, celui que j’aime, et je te le répète il va encore mieux dans ce type de contexte. Les États Unis sont vus à travers le prisme social, l’inverse de la société de consommation et des paillettes véhiculées par Hollywood. Le mouvement grunge de Seattle avait commencé à renverser la légende en montrant les grandes villes dans leur solitude métallique. Il n’y a pas que l’Amérique des buildings immenses, des trottoirs gravés d’étoiles du cinéma, des terrasses surchauffées et bondées. Il y a celle des routes à perte de vue, des sorties de ville où les losers se reposent devant un bon café chaud et quelques pancakes trop sucrés. Ici, le choix d’Harrisburg est bien vu. On est dans la ville moyenne de l’Amérique des premiers colons, au nom pesant de références à la guerre de Sécession et à l’incident de la centrale nucléaire de Three Mile Island.

Matt. Tessa. Une histoire vue sous un angle, celui de Matt, au travail fastidieux, isolé, dangereux, sans lendemain. Tessa, sulfureuse, atypique pour Matt, une fleur piquante et rouge dans un désert morne et gris. Elle est triste, l’Amérique, quand on la regarde bien dans les yeux de ces personnages.

Bravo et merci pour la lecture.

Don l’Américain
(The Lord is a very very busy guy)

   Cairote   
8/6/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L’écriture est sans défaut, le style bien adapté, et le récit bien structuré, mais pour une histoire et un contexte trop surexploités. Ce bar à camionneurs dans un bled perdu d’où les jeunes rêvent de s’évader est devenu si incontournable dans la représentation d’une certaine Amérique, qu’on ne sait plus si il se réfère à la réalité ou au cinéma, à son propre mythe. La présence inévitable des deux personnages passablement au-dessus de la masse des buveurs en fait partie (ici le propriétaire de camions, plutôt qu’un vulgaire camionneur aux « yeux avides », et une jeune fille « en retrait »). Quelques poncifs (la « démarche quasi animale », le « regard sombre ») ont achevé d’éroder mon intérêt pour ce texte, pourtant assez bien rendu, au niveau des émotions en particulier.
Désolé, et à vous relire sur un sujet plus dans mes goûts.

   ecritvain   
8/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très beau texte. J'ai beaucoup aimé l'écriture, d'un réalisme juste et bienvenu pour raconter ce genre d'histoire. Elle m'a permis de m'identifier et donc de vivre cette rencontre avec les personnages, sans tomber dans le piège du trop de détails ce qui est à mettre au crédit de l'auteur(e).

L'histoire n'est pas d'une originalité folle mais c'est simple, efficace, ça donne des émotions malgré un carde et un nombre de personnages restreints, bref c'est tout ce qu'on attend d'une bonne nouvelle !

Au plaisir de vous relire

   poldutor   
9/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour maguju,

Cette nouvelle est l'histoire d'un coup de foudre et c'est ce qui la rend tout à fait crédible.
La rencontre improbable de deux solitudes. Le destin fait se rencontrer deux êtres au moment propice où l'ennui et un certain dégoût de l’existence les gagnent.
On leur souhaite un nouveau départ.
Histoire concise et bien écrite.
Cordialement.
poldutor

   toc-art   
9/6/2019
Bonjour,

Je vais être franc, je n'ai pas été emballé par cette lecture. Mais je ne mets pas en cause l'écriture, même si j'y vois quelques facilités (le regard doux et désespéré, la démarche animale, la tristesse du sourire, les deux jeunes gens se laissèrent emporter…), quelques banalités qui frisent avec le cliché dans le portrait des deux protagonistes et la description d'une Amérique loin des standards hollywoodiens quand même déjà abondamment décrite dans la littérature américaine, et pas loin de devenir elle-même un cliché. Mais bon, je ne fais pas moi-même dans l'originalité donc je vais pas commencer à la rechercher obstinément chez les autres.

Non, ce qui m'a le moins séduit, je crois que c'est tout simplement la coloration générale, que j'ai trouvée trop évidente, mais peut-être tout simplement parce que je ne suis pas sensible aux coups de foudre, c'est possible. Là, j'ai trouvé ça assez mièvre en fait, la fille incomprise, le "cow-boy" solitaire et ces deux solitudes qui brusquement se rejoignent, je sais pas, je crois que j'aurais préféré quelque chose de plus sombre, un désarroi plus prononcé et sans issue potentiellement heureuse. Mais je reconnais que ce sont mes envies de lecteur et je comprends que ça n'ait pas été votre intention.

ça reste tout de même un texte de qualité, c'est simplement que je n'ai pas été séduit pour cette fois.

Bonne continuation.

PS : ah oui, c'est anecdotique, mais je me demandais à la lecture du titre et de l'histoire elle-même : y a-t-il un petit clin d'œil à la chanson de Francis Cabrel ou n'est-ce qu'une coïncidence ?

   hersen   
9/6/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
J'hésite à intervenir, mais après tout, on est sur Oniris pour ça.

le plus gros défaut de la nouvelle est que chaque étape, sans exception, est prévisible. Dès l'apparition de Tessa, l'auteur nous indique l'étape suivante. Par les descriptions, par les attitudes, par les événements. Donc j'ai un peu l'impression de lire du pré-mâché. Tout concorde au fil du texte pour que tout se fasse. même le camion qui est garé à l'écart, un détail qui m'a fait rire. (donc, c'est bien !)

Je ne vois pour ma part rien de particulièrement américain dans l'histoire. Un routier, un village, une bande de copines qui s'ennuient dans ce trou du cul du monde : cela pourrait être dans tellement d'endroits. Cela est dans tellement d'endroits.

Un détail me fait tiquer car je me demande quelle est son utilité si ce texte est réellement une nouvelle qui s'arrête ici : pourquoi est-il important que Matt soit le boss remplaçant un de ses chauffeurs ? Pour moi, il est routier, c'est seulement ça qui est important ici. Ce détail pourrait être important si c'est une histoire amenée à prendre d'autres tournants, mais pas dans le cadre d'une nouvelle, genre par définition un vase clos de l'écriture d'où s'échappe un souffle de trop-plein par la chute, de quelque sorte qu'elle soit.
Le vocable "jeunes gens" est étonnant dans ce contexte.

Donc, je suis désolée de ne pas avoir été transportée, ni surprise, par une nouvelle qui ne déchire pas les codes. Il me vient même de le regretter, car l'écriture, même si parfois un petit peu lourde, aurait les moyens de supporter plus d'inventivité dans le scénario.

Merci de la lecture.

   stony   
9/6/2019
C’était un samedi, non ? :-)

J’ai un peu l’impression d’un exercice pour voir si quelque chose peut sortir de la plume, mais c’est un exercice très difficile. Une rencontre entre un homme et une femme, suivie d’une histoire de sexe et ensuite peut-être plus si affinités, ce n’est pas simple du tout, justement pour qu’après, ce ne soit pas juste une histoire classique. Et surtout avant, aurais-je envie d’écrire.

« Tu me montres ton camion ? demanda-t-elle en se levant prestement de son siège. »
C’est la version féminine de « - Dis camion ! - Camion. - Pouet pouet. » ? :-)

« Le jeune homme sentit son corps réagir immédiatement. »
C’est-à-dire ? :-)

Après, c’est juste une aventure qui commence sur le siège arrière d’une voiture… non, pardon, dans la cabine d’un camion :-)

Bon, je vous taquine un peu ;-) Il n’y a rien de particulièrement déshonorant, dans votre texte, mais rien non plus dont je puisse me souvenir.
J’aime beaucoup Cabrel, mais je n’ai jamais rien trouvé non plus de bien mémorable dans son texte, sauf que là, il y avait la musique, un peu lente, un peu lascive, qui prenait de l’épaisseur à mesure qu’on s’approchait de la voiture (un peu comme le corps de Matt :-)) et finissait en instrumental pur comme pour censurer le reste du texte, un peu comme dans ces films d’antan dans lesquels un travelling arrière nous faisait sortir de la pièce avant que l’irrémédiable ne se produise sous nos yeux :)

Dans ce texte-ci, il n’y avait que des mots pour remplacer la musique et ceux que j’ai lus n’ont pas remplacé la musique dont j’ai été privé. « Pas besoin d’être plus précis », chantait Cabrel, mais il avait la musique pour appuyer le propos. « Pas besoin que je précise d’où ils viennent et ce qu’ils se disent », chantait Cabrel. Vous avez été plus précis que Cabrel, mais ce n’est pas à ce sujet que j’attendais des précisions.


J’ai tout de même été surpris par une phrase dans le texte (j’aime bien être surpris et c’est donc un bon point) :
« Plus tard elle confesserait avoir ressenti une sorte d’ébranlement lorsque leurs regards s’étaient croisés. »
Cette rupture narrative apporte une promesse. Même si on sait que le texte risque d’être un peu banal pendant un moment, on ne s’en inquiète pas trop parce qu’on s’attend à ce qu’il prenne ensuite une voie, quelle qu’elle soit, mais j’ai attendu sans que rien ne vienne.

Le scénario est une chose, mais même avec un scénario affreusement banal, le style peut sauver l'affaire. Dans ce cas, on pourrait même se moquer pas mal du scénario.
Le style, ce serait par exemple éviter ce genre de choses :
« Elle avait quelque chose de doux et de désespéré dans le regard et une manière quasi animale de se déplacer. »
Ça, c'est un script, pas un texte. Les choses doivent apparaître au lecteur sans qu'elles ne soient nommées, ou le moins possible (personne n'est parfait).

Sans scénario et sans style (et sans musique :-)), il devient difficile de faire quelque chose de convaincant.

   senglar   
10/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour maguju,


Où c'est la femme qui mène la danse (faisant de sa fragilité une force) et se montre très réaliste pour savoir si elle peut rêver. C'est un peu le monde à l'envers où elle entreprend et où c'est l'homme qui chante après l'amour.
(Je sais : elle pleure et il chantonne. Maaiiiis!)
Au point que je n'ai pas compris le pourquoi de : "La jeune femme semblait subitement moins à son aise et gardait le silence." Moi je l'ai trouvée très à son aise au contraire, la seule chose qui m'a étonné cela a été de ne pas la voir prendre le volant du camion après l'amour.

Ceci dit le récit est enlevé (dans tous les sens du terme), plaisant, efficace, incisif.

Me suis senti quelque peu camionneur en fait et c'était bien :)))


senglar

   dague   
18/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Ici, on est bien dans le principe de l'universalité, un thème surexploité qui peut-être transposé dans n'importe quel recoin de la planète. Que de plus beau, de plus fort que la naissance d'un amour.
La rencontre est décrite avec sobriété et la description des personnages sonne juste. Ce couple n'a rien d’exceptionnel, ils sont même banals ainsi que leur stratégie d'approche minable et usité, alcool, cigarette, récits existentiels. Lier connaissance est le moment le plus difficile où l'on s'expose à un refus parfois douloureux. La première rencontre est déterminante.
Et là, bravo. on est critique sur l'emploi des clichés qui fait craindre une banalité affligeante pour cette histoire. Curieusement, non ; votre style net, précis sans aucune lourdeur et sans pathos sauve l'histoire. C'est bien courageux d'avoir écrit sur l'amour un des plus grands thèmes de l'homme.
dague

   Seelie   
20/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Jolie histoire, belle écriture, un bon moment de lecture.
Pour une histoire aussi universelle que celle-ci, j'aurais préféré en savoir moins sur Matt. Ignorer le contexte et laisser plus d'ampleur aux émotions de l'instant, à l'instant lui-même.

L'introduction incite à penser que au moins l'un des personnages va en apprendre un peu plus sur lui-même, et ce qui apparaît à la fin c'est qu'il rencontre une compagne d'errance mais cette rencontre lui apprend quoi ? La certitude qu'il veut qu'elle le suive est une clé à peine ébauchée et, pour moi, elle aurait mérité plus de place dans le récit.

Mis à part cette phrase "Tu me montre ton camion" qui enlève un peu de charme à Tessa. (je trouve) Le reste est bien amené, bien construit.
Merci pour ce partage.


Oniris Copyright © 2007-2019