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Réalisme/Historique
Malitorne : Aube
 Publié le 10/01/21  -  11 commentaires  -  4888 caractères  -  61 lectures    Autres textes du même auteur

33 000 avant J.-C.


Aube


Depuis la veille il est accroupi sur une branche d’acacia, son menton robuste reposant sur les genoux, une pierre à la main. Il pourrait rester ainsi des jours s’il le faut, en hauteur, sans autre choix que d’attendre le gibier qui passe. Tout autour s’étend une savane immense à l’herbe jaunie. Des mouches piquantes ne cessent de le harceler, qu’il laisse faire par crainte de trahir sa présence.

Enfin une odeur, deux fines cornes qui dépassent des graminées, en progression vers son arbre. Il bloque sa respiration, sa poigne se resserre sur son arme grossière. Boule de muscles prête à fondre sur sa proie. L’antilope n’a pas le temps de réagir qu’elle est écrasée par la masse velue, le crâne martelé à plusieurs reprises.

Il sait maintenant qu’il faut faire vite, ce n’est pas le seul chasseur ici. Il jette le cadavre ensanglanté sur son épaule et s’élance vers les monts rocheux, au loin, où attendent les autres. Sa course entraîne avec lui des relents de mort, effluves qui ne manquent pas d’alerter des estomacs affamés. À peine la moitié du chemin parcourue que, déjà, des ricanements sinistres dans son dos ! Il ne pensait pas la meute si proche mais c’est leur territoire, la rencontre était probable. Il accélère la foulée, ses plantes de pieds durcies survolent la terre. Un court instant il s’arrête pour ramasser un gourdin, plus efficace contre ces charognards.

Les hyènes sont à ses trousses, c’est certain, leurs cris aigus se mettent à fuser de tous côtés, comme à leur habitude elles tentent l’encerclement. Son cœur bat à tout rompre, ses poumons brûlent d’une course soutenue. Les odeurs fauves se rapprochent, l’attaque est imminente. En louvoyant dans les herbes pour les éviter, il n’a pris garde à sa trajectoire et bute contre un talus. Piégé ! Ses poursuivantes, qui ont réussi à l’amener où elles désiraient, émergent une par une de la végétation avec des grognements sourds, crocs découverts.

Il reprend son souffle avant de les affronter, laisse tomber l’antilope qui ne pourrait que le gêner. La première hyène qui bondit sur lui se retrouve aussitôt l’échine brisée, la seconde idem. La bande se jette alors à l’unisson, déchaînement inarrêtable de férocité. Il cogne à gauche, à droite, en arrache une de la cuisse où elle a planté ses dents, une autre de la hanche, fait tournoyer son gourdin tel un fou furieux. Le nombre prend le dessus et il ploie. Un sursaut de rage lui permet de se dégager, il se redresse, frappe de plus belle. Énergie du désespoir car sa force s’enfuit par les plaies qui s’accumulent.

Alors des sifflements déchirent l’air, provenant de traits pointus, d’autres plus gros, qui perforent les assaillantes ! Criblées par ces projectiles venus de nulle part elles s’écroulent, celles qui ont échappé à la volée meurtrière détalent apeurées.

Il réalise qu’il est encore en vie, stupéfait quand sortent quatre inconnus des broussailles. Ils ne sont pas de son groupe, ne lui ressemblent pas, plus fins, plus élancés. Leurs corps sont revêtus de cuir alors que le sien est nu. Ils tiennent des choses étranges, ces choses qui ont décimé la meute. Il a peur, vont-ils aussi le tuer ? Mais ils n’ont pas l’air de s’intéresser à lui, échangent entre eux des sons vifs et animés. Ils retirent les projectiles des charognards inertes puis leur lient les pattes. Chacun peut s’en charger ainsi une paire sur le dos.

Il n’ose pas bouger, dans le piteux état où il se trouve une fuite ne l’entraînerait pas loin. Lourds de leurs trophées, les quatre commencent à repartir d’où ils sont apparus.

Le dernier, avant de quitter l’endroit, se penche pour attraper la dépouille de l’antilope et la lui jette aux pieds. Il semble attendre une réaction mais comme rien ne vient, il s’approche. Leurs yeux se rencontrent, l’inconnu les a aussi bleus que le ciel. Il observe le sang qui suinte des morsures, colore le poil d’auréoles foncées. Il tend alors vers le blessé son long bâton terminé par une pierre effilée, la posture n’est pas agressive. L’autre ne comprend pas, se voûte et recule, inquiet. L’inconnu insiste, accompagne son mouvement de la voix, tape son torse du poing. Gagné par l’impatience, il lui place d’un geste rapide le bâton dans la main et s’en va, à pas souples, rejoindre ses congénères. Les taillis se referment en bruissant derrière lui.

Le voilà à nouveau seul, le produit de sa chasse déposé devant lui, ce bâton redoutable dans la main qu’il observe avec un mélange de crainte et d’admiration. La tige est bien droite, en parfait équilibre avec la pierre au bout nouée par des tendons. Il pose son index rugueux sur les arêtes tranchantes. Jamais il n’en a vu taillé de cette façon.

Des bruits d’animaux, à proximité, le ramènent à la réalité. Ne pas rester dans le coin. Il ramasse l’antilope et repart en boitillant vers les monts. À l’intérieur de sa paume, il serre fort l’offrande précieuse.


 
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   socque   
6/12/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Aaaah, mais comment ils étaient trop sympas, les Sapiens ! Toujours prêts à aider le pauvre homininé velu primitif, en allant jusqu'à lui offrir une arme meilleure... Je n'ai pu m'empêcher de noter que, comme par hasard, le sauveteur bien découplé a les yeux bleus. Si on a comme moi l'esprit mal tourné, il est tentant d'extrapoler le propos en une louange de la mission civilisatrice de l'homme blanc en Afrique (le texte parle de savane, de hyènes, d'antilope) ; oui, je vais chercher la petite bête.

Le récit aborde un thème qui me fascine, celui de la coexistence entre diverses branches du rameau humain de l'évolution, mais vous aurez compris que j'en trouve l'approche maladroite, ainsi d'ailleurs que, par moments, l'écriture. Deux endroits m'ont arrêtée.
Des mouches piquantes ne cessent de le harceler, qu’il laisse faire par crainte de trahir sa présence, ou bien à portée leur souffle dessus.
Pas compris le dernier membre de phrase : le chasseur laisse faire les mouches parce qu'il craint leur souffle ? Même grammaticalement la construction m'échappe, le sens aussi.
Il cogne à gauche, à droite, en arrache une de la cuisse qui a planté ses dents
Là j'ai compris le sens de la proposition relative mais je le trouve mal exprimé, j'ai eu l'impression que c'était la cuisse qui avait planté ses dents.

   SaulBerenson   
6/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Oui c'est bien de l'aube de l'humanité qu'il s'agit avec ses différences d'évolution.
Pierres taillées, pierres brutes, début de langage, solidarité...
Récupération de peaux de hyènes (?).
Direct, intéressant, bien écrit.

   Corto   
12/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Voici un texte court mais prenant.
La tension est présente tout au long du récit, sans excès mais avec persistance.
La description de l'homme et surtout de son sort périlleux est très bien rendue à chaque étape.

On passe ainsi de l'épisode du chasseur à l'affût à celui du vainqueur de l'antilope puis à l'assaut redoutable des hyènes et enfin à l'arrivée de ces hommes inconnus un peu plus évolués et mieux équipés.
On visualise parfaitement le déroulement de cette histoire. On y découvre même que dans les temps très anciens une solidarité et une générosité existaient entre groupes humains qui ne se connaissaient pas encore.

Bravo pour le fond comme pour la forme de cette nouvelle.

   ANIMAL   
12/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
L'histoire en elle-même est intéressante et positive, puisqu'elle évoque la compassion d'un peuple un peu évolué pour un frère plus primitif qui se trouve en difficultés.

Le style en lui même est bref, ce qui convient au mode de pensée du héros. L'expression "ne pas rester dans le coin" me paraît toutefois trop moderne.

Puisque l'histoire est en "réalisme/historique", deux choses me paraissent peu plausibles. Dans les peuplades vivant en tribu, on ne part pas seul à la chasse hormis s'il s'agit d'une épreuve rituelle, ce qui n'est pas précisé ici. D'autant qu'une poursuite de hyènes a déjà été vécue. Ces hominidés étant capables d'apprentissage, ils ne devraient pas commettre la même erreur. Rien n'empêchait ce chasseur solitaire de monter sa proie à l'abri dans l'acacia et d'aller chercher du renfort pour la ramener, par exemple.

Ensuite, pourquoi les nouveaux venus prennent-ils les hyènes ? Elles ne sont pas comestibles, leur chair est un poison. L'antilope leur revenait puisqu'ils ont sauvé la vie du chasseur. Qu'ils la lui laissent par générosité, d'accord, mais qu'ils laissent aussi les hyènes. A moins que ce soit pour les peaux, ce qui n'est pas précisé.

Malgré tout, c'est une histoire agréable à lire sur un thème peu courant et j'aimerais savoir ce qui s'est passé avant et ce qui se passera après.

en EL

   Donaldo75   
16/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé cette nouvelle courte et efficace. Courte, c'est facile de comprendre pourquoi vu le nombre de caractères qu'elle contient, efficace c'est plus complexe car il faut tenir compte de la longueur du récit, de la teneur du pitch et évaluer comment ces deux mesures s'équilibrent de manière à tenir le lecteur en haleine sans tomber dans les travers du genre poncifs, clichés, caricatures, images mille fois lues, symbolique de bazar, style mémère (ou pépère, au choix), écriture auto-satisfaite j'en passe et des pas meilleures. A mon avis, ce texte évite ces écueils et tient globalement la route. Je ne m'attarderai pas sur la vraisemblance du drame car je n'étais pas là à cette époque et il ne reste plus d'images de la scène, du moins pas à l'INA. J'évite ainsi les questions à deux balles qui pourraient me venir si j'aimais couper les cheveux en mille vingt-quatre, remplacer l'esprit de synthèse par des pratiques tatillonnes, placer des comptes en "t" dans chaque section de la nouvelle afin de vérifier si la somme des colonnes égale la somme des lignes.

Merci pour le partage.

   plumette   
10/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
une scène venue du fond des âges, racontée avec efficacité sur un format court, avec des moments où l'on visualise parfaitement ce qui se passe. un texte globalement agréable à lire.
sur le fond, j'ai trouvé que c'était un peu naïf.
Sur la forme: une petite gêne car c'est un narrateur extérieur et observateur qui raconte, avec ses yeux du 21 ème siècle! je m'explique: c'est le narrateur d'aujourd'hui qui trouve que l'arme est grossière, c'est lui aussi qui signale que la plante des pieds est durcie et qui parle de "cuir". c'est à la fois un détail mais un ecueil difficile à franchir lorsqu'on écrit au présent pour une époque si ancienne.

   maria   
10/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Malitorne,

Le visuel est instantané. Le lecteur est ainsi invité à une immersion immédiate dans cette histoire où, après bien des frayeurs, solidarité et générosité s'imposent, en douceur.

Pour moi une belle et intéressante histoire bien racontée et merci de l'avoir partagée.

P.S. Moi qui pensais que tous les chasseurs de tous les temps n'étaient que des brutes, me serais-je trompée ?

   Charivari   
11/1/2021
Salut.
Un petit fragment de la guerre du feu ?
Intéressant épisode où l'on voit de l'humanité, dans le sens "solidarité", chez ces premiers hommes.
À ce propos, il y a peu, pour écrire une série de textes, je me suis intéressé de près à Kropotkine et sa théorie de l'évolution qui contredit celle de Darwin... Tandis que le darwinisme social donne à penser que le progrès vient de la compétition et de la loi du plus fort, Kropotkine propose un progrès de l'espèce ne fonction de sa capacité à collaborer, et en fonction de ses sentiments envers ses semblables.

Le texte est bien écrit et certaines images très bien trouvées, surtout le passage qui décrit la relation "homme-animal" ("boule de muscles prête à fondre..." très bien. La narration de la rencontre entre les membres des deux tribus est plus terre à terre, un peu trop lisse à mon goût, avec des phrases un peu lourdes par endroits, comme "les quatre commencent à repartir d’où ils sont apparus". Mais l'ensemble est bien écrit, concis mais avec du style et du rythme.

   Dugenou   
11/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Malitorne.

Je suis étonné de te trouver dans un texte court et classé 'réaliste' ! Ça change de d'habitude...

Comme toujours, des petites erreurs de relecture : "les mouches piquantes", pas 'piqueuses' ? "Le piteux état où il trouve une fuite" : bancal.

(je sais que le nombre de commentaires sous tes textes te tient à coeur)

J'aime bien.

Dugenou.

   Tiramisu   
13/1/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Pour le suspense, et l'écriture, c'est plutôt efficace, cela se lit bien à part quelques coquilles qui auraient pu être évitées dans un texte aussi court.
Pour le fond, je trouve que cela manque de réalisme historique, c'est pourtant la catégorie choisie, on est au paléolithique, 33000 avant JC, cela corresponds à la disparition de Néanderthal, alors que Sapiens s'étend. Le chasseur malchanceux est ce un Néanderthal ? Si c'est le cas, on sait aujourd'hui que leur développement était très proche de Sapiens, que cela soit pour les armes ou pour les techniques de chasse.

Pour revenir à l'histoire, il est très peu crédible qu'un hominidé qui est une proie pour les bêtes sauvages, en plus des hyènes, il y avait des tigres à dent de sabres et autres fauves sympathiques, aucun hominidé n'aurait risqué de chasser seul, et de revenir avec une bête sanguinolente, odeur perçue de très loin, meilleur moyen d'appeler tous les fauves au festin.

L'histoire ne me parait pas très historique et encore moins réaliste.
Je suis donc restée à l'extérieur.

Edit : le point interessant et connu aujourd'hui effectivement, c'est qu'au paléolithique, il y avait un esprit de coopération qui a disparu au néolithique pour faire place à la compétition. Coopération expliquée justement car c'était une affaire de survie pour les hominidés.

   hersen   
14/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Il y a naturellement eu beaucoup d'échanges, outils ou autre, pour que l'humain puisse en arriver là... où il est aujourd'hui, et bon, c'est une autre histoire :)
Le cadeau de l'arme est un excellent choix, car il est annonciateur de progrès pour la tribu de cet esseulé. Mais l'erreur est peut-être d'avoir jugée son arme initiale dans l'histoire, le gros caillou, de grossière.
Soit on le juge d'après nos critères, et oui, l'arme est grossière (même si souvent utilisée encore !), soit, à ce stade de l'histoire, elle est un bien précieux puisqu'elle lui permet de rapporter à manger à sa tribu.
Pour moi, ce n'est pas le cadeau de l'antilope, vraiment trop décalé, qui est important, c'est le don de l'arme car il suggère que ce sera une véritable amélioration pour la chasse. C'est ce bien qui est précieux, et on peut penser que ce n'est pas rien, car pour façonner l'objet, il a fallu beaucoup de conditions; Trouver la bonne pierre à tailler, la fixer sur une manche (ce qui nous paraît simple aujourd'hui, mais combien de temps a-t-il fallu pour en arriver là ? , la pratique, aussi, car chasser avec une lance requiert un entraînement, enfin, un peu tout ça, quoi. Surtout savoir tailler les pierres.
Alors je pense que laisser l'antilope est trop connotée , elle n'a pas lieu d'être et apporte un petit côté Disney dont on se passerait bien.
Car le piège est ici, à mon avis.
En effet, comment illustrer que l'homme a aussi évolué grâce à des actes, des démarches positives sans tomber dans la sensiblerie en le racontant ?

Ou alors, il faudrait qu'il y ait de la part du groupe de chasseurs une curiosité envers l'esseulé, pour une raison précise. Une aptitude qu'il aurait, par exemple, pour une chose particulière qu'ils auraient observée.
Car si on peut tout à fait adhérer au partage (d'objets, de connaissances, qui forcément ont été à la base de l'évolution), le partage "gratuit me semble limite ici.
Déjà qu'offrir une arme à un inconnu, c'est carrément énorme.
Et en plus le laisser se barrer avec la meilleure viande, c'est le pompon. (mais ceci fait partie de nos critères : qui saura jamais ce qu'ils préféraient manger ? :)


Mais il est vrai qu'écrire dans le cadre de la préhistoire est difficile.
Je m'y suis essayée et j'ai parlé d'une hutte "grossière". A mes yeux, mais pas yeux de celui qui l'avait fabriquée, de plus dans un but précis.

Un point partout, donc.

J'hésite entre un peu plus et bien moins.


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