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Fantastique/Merveilleux
Malitorne : El pueblo (le vélo peut mener loin)
 Publié le 11/05/20  -  8 commentaires  -  32416 caractères  -  58 lectures    Autres textes du même auteur

Des contreforts de l’Aragon à Joseph d’Arimathie.


El pueblo (le vélo peut mener loin)


C’étaient deux amis de longue date unis par une même passion : le vélo tout-terrain. Proches de la frontière espagnole, rien ne leur plaisait davantage que des incursions en terre ibérique où l'immensité des lieux, couplée à une faible densité humaine, leur assurait des parcours remarquables au sein d'une nature préservée. Le VTT avait le privilège d'atteindre des endroits inaccessibles aux engins motorisés.

Ce jour-là, ce fut sur une région escarpée du Haut-Aragon qu'ils jetèrent leur dévolu. Une étude minutieuse de la carte avait révélé un itinéraire prometteur au bout duquel se trouvait un village abandonné. Long, il nécessitait un bivouac.

Aux premières lueurs de l’aube, ils atteignirent les contreforts d'une sierra isolée dominant de grandes plaines céréalières. Enthousiastes à la vue du massif qui les attendait, encore nimbé d’une brume nocturne, ils s'empressèrent de détacher leurs montures d'acier accrochées au fourgon.


– Joli coin, je sens qu'on va s'éclater.

– Y a pas de doute mon pote !


Tout en évoquant des considérations techniques, ils se harnachèrent de pied en cap, prêts à en découdre avec le relief. De petits sacs à dos, peu encombrants, contenaient le strict minimum pour passer une nuit dehors. Le départ donné par le claquement sec des pédales automatiques, ils s'élancèrent à l'assaut d'un parcours qui s'annonçait coriace.

La piste commençait par traverser une forêt dense de sapins exhalant des odeurs de résine et d'humus. Il n’y avait que le murmure d'un ruisseau pour troubler le silence des futaies, rejoint par les vigoureux trilles des pinsons saluant l’apparition du soleil. L'atmosphère était bucolique, engageait à cette communion tant recherchée avec la nature.

Le faible dénivelé autorisait la discussion entre les deux amis, emplis d'une bonne humeur que vivifiait la fraîcheur du matin. Mais dès que la piste forestière prit une inclinaison sévère, les paroles se firent plus rares, chacun économisant son souffle pour ne pas perdre le rythme. Lors de leur dernière sortie, Maxime avait pris le dessus et laissé Thomas une bonne cinquantaine de mètres derrière. Vexé, celui-ci s’était promis de prendre sa revanche. Bons camarades dans la vie mais rudes compétiteurs sur un vélo ! Aussi Thomas colla-t-il la roue arrière de Maxime pour ne pas se faire distancer et lancer une attaque au moment propice.

Mollets saillants, les coups de pédales se firent plus incisifs, les trajectoires plus nerveuses, il s'agissait de ne pas céder le moindre pouce de terrain. À la fréquence des passages de chaînes sur les pignons, on comprenait que la lutte avait bel et bien commencé. Le souffle court, les mains rivées sur le guidon, les deux cyclistes avalèrent ainsi les premiers kilomètres. Seule une intersection imprévue les força à s'arrêter pour sortir la carte. Ils en profitèrent pour s’hydrater et grignoter quelques barres énergétiques. La bonne direction repérée, ils repartirent à bloc.

Au détour d'un virage, les vélos croisèrent un quatre-quatre boueux où des visages patibulaires, bûcherons ou chasseurs, les regardèrent avec perplexité. Ce fut l'unique rencontre de la journée.

Maxime restait la plupart du temps devant, mais dès qu'il accusait une légère fatigue doublait alors un Thomas revanchard qui se mettait à appuyer sur les pédales comme un forcené. Ce rythme soutenu finissait par l'épuiser, du coup, à l'affût, Maxime en profitait pour reprendre la tête. Cette lutte implacable dura jusqu'au sortir de la forêt, quand ils parvinrent aux pelouses d'altitude. Là, les organismes commencèrent à souffrir sérieusement car la piste devint raide en enchaînant les lacets.

Cœurs battants à tout rompre, l’enjeu n’était plus d’être premier mais d’éviter de se faire irrémédiablement décrocher. Chacun s'observait à la dérobée, espérant de l'autre une défaillance fatale, sous le regard nonchalant de quelques vaches en liberté.

Le paysage était devenu de toute beauté. La pénombre de la forêt avait cédé la place à une vaste étendue à l'herbe rase, constellée de gentianes printanières. Défiant le temps, des amas de rochers ressemblaient à des sentinelles minérales.

Peu disposés à profiter de ce spectacle, les deux compagnons continuaient à suer sang et eau. Au loin, ils distinguèrent enfin les formes du village perchées sur un promontoire. La perspective de toucher au but décupla ce qui leur restait d'énergie, ils jetèrent alors leurs dernières forces dans le sprint final. Emportés par un élan commun, ils changèrent brutalement de braquet, les dents serrées. Thomas se mit debout sur les pédales pour gagner en puissance, au coude à coude avec Maxime qui, tête baissée, fonçait droit devant. Les vélos se frottèrent dangereusement, le moindre écart de l'un et c'était la chute assurée ! Duel féroce sous le soleil espagnol, c'est finalement Maxime, rouge comme une tomate, qui déboula le premier sur la place du village en faisant déraper sa roue arrière. Victorieux une fois de plus mais talonné de très près par un Thomas à l'agonie.

Affalés sur les guidons à la recherche de leur souffle, il n'y eut aucun mot échangé durant quelques secondes. Puis Thomas ôta son casque, beau joueur vint claquer la paume de son ami contre la sienne.


– Saligaud, tu m'as encore eu !

– Que veux-tu, c'est moi le plus fort, répondit ironique son ami.

– T'inquiète, ça ne durera pas, prochaine fois j’te mets la pâtée.


Exténués mais euphoriques, ils éclatèrent de rire.


Autour d'eux, les murs envahis de lierres se taisaient. Il y avait quelque chose d'incongru dans la présence de ces hommes en tenues bariolées de cyclistes parmi les vieilles pierres. Irruption d'un modernisme en décalage avec l'ambiance figée de ces lieux. Village de montagne abandonné par sa population dans les années cinquante, comme on pouvait en trouver tant d’autres dans le Haut-Aragon. L’exode rural massif de l’époque avait sonné le glas de ces hameaux aux conditions de vie difficiles, éloignés de tout.

Ils entreprirent de le visiter et parcoururent d'étroites ruelles jonchées de gravats. L’émotion les étreignit en songeant à tous ces gens qui avaient habité ici, dont on devinait la vie passée à travers les grilles descellées des portails, les maisons ouvertes avec encore du mobilier, les toits de granges effondrés sur d’anciennes machines agricoles. Arrivés sur la place centrale, ils découvrirent une fontaine tarie, joliment ouvragée, qui prouvait l'importance de l'eau. Assurément ça devait être ici un lieu de rencontre animé.

Graves, ils songèrent à cette population laborieuse, à la quantité de travail requis pour subsister sur des terres aussi ingrates. La volonté des hommes pour arracher à leur environnement de quoi survivre n’avait pas d’égal.

Leur promenade dans le passé se termina sur les hauteurs du village, face à une église imposante qui semblait veiller ce village éteint. Peut-être l’épaisseur des murs, son apparence semblait moins dégradée. Maxime enjamba les planches d’une grosse porte écroulée. À l'intérieur, étonnamment bien conservées, des peintures sur le plâtre retraçant certaines scènes de l'Évangile. On y voyait Jésus crucifié, un jet de sang sortir d’une entaille au flanc droit, recueilli par un personnage tenant une coupe à bout de bras. Les bancs de prière se tenaient toujours bien alignés, recouverts d’une pellicule de poussière. L’extrémité de la nef avait néanmoins souffert et laissait passer les rayons du jour.

Ils ressortirent, empreints des réminiscences de ces lieux. Un rapace tournoyait lentement au-dessus du clocher. Thomas, le premier, rompit ce silence émouvant :


– Bon, c'est pas le tout, il faut trouver un coin pour dormir.

– Qu'est-ce que tu penses de la place du village ? Il y a moyen de planter la tente, suggéra Maxime.

– Ouais, bonne idée, on sera à l'abri du vent.


La tente montée, ils passèrent le restant de l'après-midi à flâner, prendre des photos d'un panorama incomparable. Rien n'arrêtait l'étendue du regard filant dans un horizon de formes et de couleurs. Le relief du Haut-Aragon s'offrait à eux dans toute sa splendeur, beau mais austère, qui avait fini par repousser hommes et femmes dans les plaines plus accueillantes.

À la tombée du jour un froid piquant gagna les hauteurs, ils s'installèrent alors près d’un feu qu'ils avaient pris soin de préparer. Le bois crépitait avec vigueur et faisait danser des ombres folles sur les façades de demeures éventrées.

Les yeux dans le vague, Maxime se mit à méditer :


– J'aurais aimé vivre à cette époque, avec les villageois.

– Vraiment ?

– Oui, je t'assure, j'aurais voulu partager leur existence. Ça devait être rude mais au moins ils étaient en contact avec la nature, des choses essentielles, loin de toutes les conneries de notre société.

– Ouais, ça se discute.

– Et puis rends-toi compte du cadre de vie ! Chaque matin t'ouvres tes volets et tu as ce spectacle sous les yeux. Pas de béton, pas de voitures ni de pollution. L’espace, le grand air…


Thomas restait dubitatif.


– Sûr, ça devait être cool de se laver à l'eau froide et de s'éclairer à la bougie.

– Question d'habitude.

– Et quand t'avais un problème de santé ? Tiens, une bonne rage de dent par exemple ? À la tenaille, sans anesthésie qu'il fallait l'enlever ! Sympa…

– Tu raisonnes comme les gens d'aujourd'hui. Le confort, une vie hyper protégée. On ne sait plus souffrir.

– Ma parole, t'es carrément maso !

– Laisse tomber.


Maxime se leva pour rajouter du bois dans le feu. Tout autour la sierra s’assoupissait doucement. Ils discutèrent encore un peu puis, fatigués par cette journée sportive, rejoignirent l'intérieur de la tente.


* * *


DONG ! DONG ! DONG !


Maxime se redressa sur les coudes.


– … ?


DONG ! DONG ! DONG !


– Mais… qu’est-ce que… ? Thomas ! Thomas ! Réveille-toi !


Il secoua son ami, profondément endormi.


– Hé… ça va pas ?

– Putain Thomas, écoute !


Concentré Maxime ne bougeait plus, tendait l’oreille, visage crispé. Il avait allumé sa lampe frontale qu’il pointait vers l’origine du son qu’il avait entendu. La tête ébouriffée émergeant du sac de couchage, Thomas restait engoncé dans les brumes du sommeil. Il articula d’une voix pâteuse :


– Qu’est-ce qui s’passe ?


Toujours attentif, son compagnon ne répondit d’abord pas. Plus aucun bruit ne lui parvenant, il s’exclama :


– Nom de Dieu Thomas, j’ai entendu la cloche de l’église !

– Quoi ?

– J’ai entendu sonner la cloche de l’église, j’te jure !

– Tu fais chier Max, t’as rêvé, le vent, laisse-moi dormir s’te plaît.


En maugréant il lui tourna le dos, repartit dans un repos que son ami avait rompu de façon inopinée.

Le vent ? Mais bon sang, les coups étaient distincts, bien frappés, comme si quelqu’un actionnait la corde de la cloche ! Et puis la toile de la tente ne bougeait pas d’un pouce, il n’y avait aucun souffle d’air. Merde, je retrouverai jamais le sommeil, faut que j’aille voir, décida Thomas, plongé dans un abîme de perplexité.

Il s’habilla vite fait, laça ses chaussures et sortit. La nuit était claire, dégagée de tout nuage, en effet sans la moindre brise. Un gargouillis attira son attention. La fontaine ! La fontaine s’était remise à délivrer une eau cristalline, éclaboussant la vasque en pierre ! Maxime s’approcha, écarquilla les yeux. Non seulement elle redonnait de l’eau mais paraissait totalement rénovée, aucune dégradation visible. Pourtant, la veille, il avait bien noté que la fontaine était abîmée par endroits, le bec d’écoulement cassé, maintenant flambant neuf ! Il regarda alors autour de lui, aidé par une lune généreuse, et resta frappé de stupeur. Les bâtiments ceinturant la place étaient en parfait état ! Murs droits, fenêtres aux vitres intactes, lauzes des toitures en bon ordre. La première réaction de Maxime fut de se frotter vigoureusement le visage sous l’eau. Les gouttes glacées ruisselant sur sa peau ne pouvaient le tromper, bel et bien dans la réalité, il ne dormait pas. Mais enfin, ce n’était pas possible ! Prévenir Thomas, un témoin pour justifier l’incompréhensible. Au moment où il s’apprêta à aller le chercher, un concert de bêlements l’interrompit. Surgissant d’une ruelle adjacente, un troupeau de moutons fit soudain irruption, martelant les pavés de leurs sabots.


– Que… ?


Les moutons n’avaient pas pour habitude de bouger la nuit, soit ils restaient sagement regroupés, soit ils étaient parqués dans des enclos. L’approche en vélo n’avait montré nulle trace de bergerie, rien d’étonnant au regard de ces contrées désertées où les épineux avaient envahi les anciens pâturages. Seule une dizaine de vaches broutaient plus bas. Que faisait ici ce troupeau qui… qui fonçait droit sur lui ! Maxime voulut alors reculer mais heurta du talon un caillou. Il tomba à la renverse, affalé sur le dos, dans l’incapacité d’éviter le passage des animaux. Contre toute attente, et pour cause, ceux-ci le traversèrent de part en part !

Il n’existe pas de mots pour décrire ce que le jeune homme éprouva à cet instant précis ; mélange de sidération, de terreur, d’envie de fuir en hurlant. Plusieurs moutons avaient transpercé son corps sans qu’il ne ressente le moindre contact, comme des apparitions dépourvues de consistance ! Le cerveau paralysé par l’inconcevable, il ne put faire un geste quand un adolescent tenant un long bâton, escorté d’un chien, pénétra à son tour la place. Tous les deux l’ignorèrent, suivirent les pas du troupeau pour disparaître à l’autre bout.

Hagard, Maxime essaya de retrouver son calme. Il respira profondément pour apaiser les battements de son cœur affolé.


– Relax mon vieux, relax. Y a une explication, y a forcément une explication. Soit tu délires, soit on est en train de se moquer de toi. Mais bon, je vois pas comment.


Il scruta les environs autant que la nuit le permettait, à la recherche d’engins dissimulés qui se joueraient de ses sens : caméra, système de projection, hologrammes, quelque chose de ce type.


– Bon Dieu non, c’est pas possible, qui s’amuserait à faire ça ici ? Et puis ça se verrait, merde ! Pourtant j’ai pas rêvé, les moutons m’ont bien traversé le corps.


Il n’eut pas loisir de s’interroger davantage, soumis de nouveau à une forte montée d’adrénaline devant l’arrivée de deux femmes, bras dessus, bras dessous. Elles arrivaient du même côté que le berger, mais d’une rue parallèle. Maxime, terrorisé, se colla à un mur, ne sachant plus à qui, ou à quoi, il avait affaire. Au vu des habits ça devait être des paysannes, vêtues à l’ancienne, foulards sur la tête, châles brodés sur les épaules, avec des sortes de tabliers recouvrant en partie de longues robes grises. L’une portait un grand panier en osier, a priori rempli de légumes. Elles avaient l’air enjouées, s’exprimaient haut et fort dans une langue que Maxime reconnut comme de l’aragonais. Des années à arpenter la péninsule lui avait appris à maîtriser correctement l’espagnol et à identifier quand celui-ci était mâtiné de dialectes locaux. Ses connaissances n’allaient guère plus loin, du coup cet aragonais à l’accent très prononcé lui demeura quasi incompréhensible.

Étonnement ces femmes ne prêtèrent aucune attention à la tente, pourtant bien visible, imitant le berger et son chien qui avaient traversé la place sans détourner la tête. Maxime n’y vit qu’une explication, ces gens ne les remarquaient pas ! À croire qu’ils évoluaient dans un autre monde… Un vertige le saisit, l’obligeant à s’asseoir, pâle comme un linge. Tout ceci restait dément et commençait sérieusement à atteindre sa raison. Son regard rencontra alors les VTT qui se reposaient de leur lutte de la veille, appuyés contre un arbre. Il n’y avait pas plus réels que ces deux vélos, froides mécaniques, les pneus crantés encore tout poussiéreux.

Il ne rêvait pas, n’était pas fou, c’était autour que ça n’allait pas. Thomas pourrait confirmer s’il était la proie d’hallucinations.


– Thomas ! Thomas ! Réveille-toi !


À demi penché à l’intérieur de la tente, il secoua son compagnon par l’épaule qui réagit par des grommellements, bien installé dans le sommeil.


– Putain Thomas, tu vas te révei…


Des éclats de voix, tout proche, provoquèrent sa volte-face. Ce n’était plus deux paysannes, mais maintenant une population entière en train d’envahir la place de la fontaine ! Hommes, femmes, de tous âges, habillés eux aussi à l’ancienne, discutant avec animation. Maxime se découvrit cerné, sans échappatoire, sauf à bousculer ces gens. Il serra alors les poings, prêt à frapper s’il le fallait pour se dégager et se mettre à l’abri. Mais une personne coiffée d’un chapeau, qui surgit littéralement sous son nez, lui fit comprendre avec épouvante que c’était inutile. De la même façon que les moutons, il venait d’être traversé par un être qui n’existait pas ! Il n’avait rien ressenti, strictement rien. Ces gens et leurs animaux n’étaient que formes vides, apparences, des corps dématérialisés issus de nulle part. En d’autres termes, et Maxime le réalisa soudain, des revenants ! Un enfant chaussé de sabots fendit la tente en courant sans qu’elle ne frémisse d’un pouce.

Comment était-ce possible ? D’esprit cartésien, il n’avait jamais cru à ces sornettes et s’en amusait, presque méprisant. Il laissait les histoires de spectres et de fantômes aux crédules qu’il considérait de peu d’intelligence, enclins à gober tout et n’importe quoi. Mais voilà que témoin du phénomène, ses certitudes étaient remises en question, son rationalisme fortement ébranlé. Pourtant il résista, convaincu vaille que vaille d’une explication, quelque chose abusait ses sens et il devait en trouver l’origine.

Puisque a priori il ne risquait rien pour sa vie, il décida alors de suivre l’ensemble des villageois qui s’était engagé dans une grande rue, celle qui montait vers l’église. Il jeta un coup d’œil à la tente où ronflait Thomas, plus le temps de le prévenir au risque de perdre de vue l’objectif qui s’éloignait. À grandes enjambées, il s’élança à ses trousses.

Au milieu d’une rue débarrassée de ses gravats, il songea à l’absurdité de la situation. Il était en train de poursuivre une bande de fantômes ! Si, au bout du compte, tout ceci ne se révélait qu’un rêve, il en connaissait un qui se paierait bien sa tête demain matin. Il esquissa un sourire, vite transformé en expression d’étonnement devant l’édifice religieux.

De la lumière à l’intérieur éclairait les vitraux, intégraux alors qu’il les avait vus morcelés la veille. Orgueilleuse, la flèche du clocher pointait vers les étoiles, oubliant qu’elle n’était que ruine. À proximité, le petit cimetière séculaire dévoilait des pierres tombales redressées, ses herbes folles disparues.

Maxime s’arrêta, essoufflé, l’ouïe aux aguets. De la musique. Un chant accompagné d’un orgue, un chant sacré. Personne dehors, ils étaient rentrés dans l’église et s’étaient mis à chanter. Au moins ça couvrirait son approche, pas totalement persuadé de demeurer invisible aux villageois.

Il poussa la petite porte découpée dans un des deux lourds battants, retint malgré lui sa respiration et pénétra la nef. Cette odeur particulière des églises ; fragrance de bois vernis, pierres humides et bougies en combustion. Tournant le dos, ils étaient tous rassemblés, alignés sur les bancs, livres de prières à la main. Il reconnut les deux femmes assises côte à côte, unies dans une ferveur intense qui illuminait leurs yeux. Difficile de croire qu’elles n’étaient qu’apparitions dépourvues de chair. Les voix s’élevaient dans un ensemble harmonieux vers la voûte, comme si elles avaient cherché à atteindre le royaume des cieux, puis redescendaient empreintes de dévotion. La communauté semblait transfigurée. Debout derrière l’autel, se tenait celui qui devait être le curé du village, vêtu d’une soutane blanche, tête baissée, mains jointes, face à une imposante coupe trônant sur la table.

Maxime demeura subjugué par cette scène irréaliste, ne sachant s’il était sur terre ou dans une dimension à part. Sa peur s’était complètement dissoute, remplacée par une espèce de sidération devant tant d’évènements incompréhensibles.

Le chœur s’interrompit alors et les gens reposèrent leurs livres de prières. Dans un ordonnancement précis, une personne se leva pour gagner l’autel, rejointe par son voisin et ainsi de suite. Un rituel ressemblant à l’absorption de l’hostie, sauf que les fidèles ne tendaient pas leur langue au curé mais leurs mains. Et à chaque fois, celui-ci leur passait la coupe qu’ils portaient d’un air grave à leurs lèvres pour en boire une gorgée. Ensuite ils prenaient la travée de gauche, faisaient une génuflexion rapide devant une fresque, enfin ressortaient de l’église.

Maxime s’interrogea, il y avait plusieurs peintures décorant les murs, pourquoi les villageois saluaient celle-ci précisément ? Mû par la curiosité, il partit constater ce qu’elle avait de si spécial en prenant soin d’éviter les va-et-vient, peu désireux de se faire à nouveau traverser le corps. Il reconnut la scène de l’Évangile qu’il avait observée dans l’église alors délabrée, quand un personnage recueillait le sang de Jésus crucifié. Visiblement, un instant d’une grande importance pour l’assemblée présente.

Devant l’autel, il restait quelques personnes en file indienne, saisissant à leur tour la coupe que le curé ne prenait pas la peine de remplir. Pourtant, vu le nombre, elle aurait dû être vide depuis longtemps. Quelle était encore cette bizarrerie ? Décidément, rien ne tournait rond dans ce village, songea Maxime. Avec prudence, il alla se placer derrière l’homme d’église, jaugea le contenu du récipient. Contre toute attente, il se rendit compte que ce n’était pas du vin. La texture était plus épaisse, visqueuse, la couleur d’un rouge plus profond, comme… du sang ! Le jeune homme blêmit, recula d’un pas. La peur qui avait disparu revint d’un coup, le frappa de plein fouet. Certain de lui, ce breuvage était du sang, avec tout le danger potentiel que cela signifiait. D’origine humaine ou animale, ça n’avait rien de rassurant.

Sourds et aveugles à sa présence, les participants continuaient d’avaler l’écœurant liquide, jusqu’au dernier qui rendit avec respect la coupe au curé. Le niveau n’avait toujours pas baissé d’un millimètre, telle une source inépuisable.

Maxime frissonna, ce rite au premier abord anodin se révélait abject, qui pouvait boire ainsi du sang ? C’est quand son regard rencontra le dernier participant, agenouillé devant la fameuse peinture, qu’un éclair de lucidité s’empara de lui. Soudain tout s’éclairait, pareil à un problème mathématique insoluble qu’on abandonne mais que le cerveau continue à étudier en sous-main, pour finalement aboutir à une réponse. La relation entre la coupe et la représentation picturale était évidente, sautait aux yeux. Ça dépassait son entendement mais c’était pourtant l’explication la plus probable, s’ajustant à une équation dont il avait fini par déchiffrer l’ensemble. Ses connaissances en matière religieuse étaient maigres, davantage nourries pas des lectures référentes, cependant suffisantes pour admettre que le réceptacle trônant sur l’autel n’était ni plus ni moins que le Saint Calice ! Il en avait surtout entendu parler à travers la quête du Graal, rattachée à la légende arthurienne, mais savait que les deux évoquaient la même chose. Cette coupe-là avait récolté le sang du Christ agonisant.

Ébahi par cette révélation, il s’approcha de ce qui semblait maintenant briller de mille feux. Le pied, largement évasé, était surmonté d’un cercle en métal incrusté de pierres précieuses. L’aspect extérieur avait l’apparence de l’argent, délicatement incisé de motifs décoratifs, mais l’intérieur reflétait la couleur de l’or ; éclat doré se mélangeant aux nuances pourpre du sang, hypnotisant Maxime. Par quels méandres de l’histoire cet objet mythique se trouvait ici, perdu au fin fond d’un territoire espagnol ? Fallait-il y voir une trace de l’occupation arabe au moyen-âge ou, plus tardif, un trophée ramené des croisades ? D’une façon ou d’une autre, comment avait-il pu atterrir dans ce village isolé ? Il y avait les vestiges d’un monastère en contrebas, au bord de la plaine, peut-être un lien… Une foule de questions se bousculaient dans le crâne de Maxime, les yeux braqués sur le calice, dont l’existence, de plus, n’avait jamais vraiment été prouvée. Force était pourtant de reconnaître que les villageois abritaient ce trésor, s’en abreuvaient, et par miracle ne mouraient plus tout à fait. Leurs formes et leurs esprits continuaient de perdurer. Qui sait si ce processus ne durait pas depuis des siècles ?

Plongé dans ses déductions, Maxime sursauta quand le curé quitta sa place pour se rendre dans un recoin d’où il sortit un coffre en bois, de taille réduite. Avec grande précaution, il y rangea l’objet sacré. Il se dirigea ensuite vers l’abside qui prolongeait la nef, se courba en signe de piété devant un piédestal en marbre avant d’y déposer le coffre. Un signe de croix termina son action et il regagna paisiblement la sortie.

Maxime se retrouva seul dans l’église, seul avec un don du ciel à portée de main. Il ne cherchait plus à repousser l’irrationnel tant sa rigueur logique, fissurée au son des premiers battements de cloche, s’était définitivement effondrée par l’incroyable succession d’évènements. À ce point perdu qu’une idée absurde lui vint en tête. Et si ? Et si lui aussi trempait ses lèvres dans le calice ? Les gens d’ici avaient atteint une sorte d’immortalité, réfugiés dans un pli du temps, qu’adviendrait-il s’il les imitait ? Tromper la mort, perspective ô combien séduisante ! Participer à la vie d’antan, comme il l’avait affirmé à Thomas, ne le dérangeait pas non plus. Il hésita, plusieurs longues minutes, pesa le pour et le contre, pour à la fin renoncer. Trop d’incertitudes, de questions en suspens, impossible de prévoir les conséquences d’un acte pareil.

Pensif, il fit demi-tour, se demandant s’il ne passait pas à côté de la chance de sa vie, se maudissant d’être aussi lâche pour se dire juste après qu’il valait mieux rester prudent. En cas de succès de l’alchimie, il devrait rejoindre la communauté, l’accepteraient-ils ? Issus de deux mondes différents, pourraient-ils se comprendre, coexister ? Nuit de cauchemar ! Comment quelqu’un pourrait croire ce qu’il a vu ?

Avant de franchir le seuil, il se retourna une dernière fois. Au fond de l’église une faible luminescence émanait du coffre, baignant l’abside dans un clair-obscur. Le long des travées, les mèches des bougies persistantes tremblotaient dans la pénombre, quand d’autres succombaient en expirant des volutes de fumée. Maxime n’en distingua pas davantage, emportée par sa masse la porte se referma dans un bruit sourd.

Dehors il chercha des yeux les villageois, n’en aperçut aucun. Il avança vers les habitations, certainement avaient-ils repris la rue descendante. L’obscurité ne put cacher ce qu’il constata avec stupeur : les maisons étaient à nouveau en ruines ! Écroulées, détruites, jonchant de décombres les ruelles. L’ensemble avait retrouvé l’exacte apparence de la veille.

Il regarda vers l’église pour vérifier, comme le reste, son délabrement. La cloche en bronze, tombée des hauteurs, était couchée sur le flanc parmi les broussailles. Sous l’effet d’un enchantement imprévisible, les lieux avaient récupéré leur physionomie. Décontenancé par ce brusque retour en arrière, Maxime ne sut s’il fallait s’en réjouir ou le déplorer. L’effroi du début s’étant dissipé au fur et à mesure de ses découvertes, il avait l’impression d’évoluer dans un conte sinon merveilleux, du moins fascinant. Et soudain tout s’interrompait, comme si un coin du voile fut soulevé pour vite retomber.


***


C’est le pépiement des oiseaux, perchés sur les vieilles bâtisses bordant la place, qui réveillèrent Thomas. À ses côtés le sac de couchage de Maxime, vide. Il resta encore un peu au chaud, se fit violence pour s’extirper du duvet douillet et affronter le froid piquant du matin. Mille mètres d’altitude, on en sentait les effets. Dans l’espace étroit de la tente, il se contorsionna pour se rhabiller, fit glisser la fermeture Éclair humide et passa la tête dehors. Une belle journée s’annonçait, parfait pour redescendre dans de bonnes conditions. Une agréable odeur de café vint lui chatouiller les narines. Il vit alors Maxime, assis près du feu, surveillant la petite cafetière italienne posée sur les braises.


– Déjà debout ?


Son ami se tourna vers lui, les traits tirés.


– Ouais, j’ai pas fermé l’œil de la nuit.

– Ah merde.


Thomas se mit debout, s’étira à s’en faire craquer les articulations. L’esprit maintenant éveillé, il se souvint :


– Tu m’as pas dit que t’avais entendu des cloches ?

– Exact.

– Ça venait d’où ?

– Du clocher.


Il vint le rejoindre près du feu, tendit ses mains frigorifiées vers la chaleur.


– Bah, le vent a dû les secouer.

– Sauf qu’il n’y a qu’une grosse cloche, et qu’elle est au sol.


Maxime avait une drôle d’expression, un timbre de voix grave, ce sérieux ne lui ressemblait pas.


– Ben j’sais pas moi, c’était autre chose alors.

– Sans doute.


Légèrement troublé, Thomas se servit une tasse de café. Il blottit l’émail bien chaud dans le creux de ses paumes.


– Bon, en tout cas il fait beau.

– Oui, c’est cool.


Le petit déjeuner avalé dans une atmosphère bizarre que Thomas mis sur le compte de l’insomnie, ils défirent ensuite le campement. Gantés, casqués, les sacs à dos fermement sanglés, le moment du départ arriva. Thomas allait enfourcher son VTT quand son partenaire l’arrêta dans son élan :


– Attends, y a une dernière chose à faire.


Il avait une mine soucieuse.


– Quoi donc ?

– Faut que j’aille vérifier un truc, c’est important. Ce sera pas long.


Il se mit alors à pousser son vélo pour franchir un tas de débris qui obstruait une rue ascendante, vers l’église. Tellement décidé que Thomas ne pouvait que le suivre. Sûr qu’il veut aller voir cette cloche, pensa-t-il, ça l’a vraiment perturbé !

Pourtant, en haut de la colline, Maxime n’alla pas inspecter la cloche massive, de fait à terre. Il appuya son vélo contre un arbuste, pénétra l’intérieur du bâtiment. À ne pas s’y tromper il cherchait quelque chose. Son regard s’arrêta un instant sur une peinture écaillée puis il continua vers le fond. La zone de l’église la plus détériorée, aussi Thomas perçut le danger en observant la voûte :


– Hé Max, fais gaffe, ça peut s’écrouler !


Son compagnon ne répondit pas, devenu fébrile, qui entreprit de déblayer avec énergie les gravats d’une espèce de chapelle. Une attitude qui commença sérieusement à inquiéter Thomas, mais qu’est-ce qui lui prenait ?


– Maxime tu m’entends, c’est dangereux de rester là, on va se prendre des tuiles sur la gueule !


Sourd à ses avertissements, son ami fouillait toujours, rejetait derrière lui bois et morceaux de plâtre. Soudain il s’immobilisa, pétrifié, puis enfonça ses mains au milieu des décombres. Il avait saisi un objet qu’il ramenait délicatement à lui, une expression radieuse sur le visage :


– J’en étais sûr ! Nom de Dieu j’en étais sûr !


Il brandit sa trouvaille vers Thomas, interloqué, qui crut d’abord reconnaître un vase.


– C’est… c’est quoi ?

– Un calice mon pote, LE Saint Calice ! cria presque Maxime.


Thomas ne voyait qu’un récipient ordinaire pour recevoir du vin de messe, pourquoi ça le mettait dans tous ses états ? Mais surtout…


– Comment tu savais qu’il était là ?

– J’te raconterai, plus tard, maintenant je peux te raconter.


Il était devenu fou ou quoi ?


– Fais voir.


Thomas prit le calice qui ressemblait à une coupe dans ses mains, bosselé à plusieurs endroits par des chocs. Il éprouva d’abord son poids, certainement de l’argent massif. Il avait dû porter des pierres enchâssées, on devinait leurs emplacements sur la circonférence. Collée à l’intérieur, il remarqua une croûte brunâtre qu’il gratta d’un ongle. Les résidus lui rougirent le bout du doigt.


– Du vin, conclut-il avec évidence.


Il essaya alors de décrisper Maxime, toujours aussi tendu, ses yeux hallucinés ne se détachant pas du calice.


– Ils s’emmerdaient pas les curés, devaient être bourrés à la fin des messes !


Au contraire de l’effet escompté, ses paroles ne déridèrent pas son compagnon qui articula :


– Ce n’est pas du vin, c’est du… c’est du sang.


 
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   cherbiacuespe   
12/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Impossible de s'ennuyer avec cette nouvelle basée sur la plus connue des légendes chrétiennes.

C'est finement écrit, léger, aérien. tous les paysages et ambiances sont précisément exposé dans un langage simple. On se laisse prendre au rendu de l'atmosphère du village abandonné où lorsqu'il reprend vie. C'est bien construit, le plan du texte est sans accroc. Du très bon niveau. Quelques fautes ont échappées à l'auteur(e) dont on ne fera pas ombrage tellement c'est joliment cousu.

Cette histoire de calice aura décidément fait couler beaucoup d'encre sans que preuve soit faite de son existence. Mais l'important n'est-il pas de croire? Du moment qu'on enquiquine pas son voisin à vouloir le convertir à tout prix. Et puis cela donne de belles histoires, la preuve!

Cherbi Acuespè
En EL

   Selenim   
23/4/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Me voilà bien embêté car je perçois à la lecture de cette nouvelle que l’auteur s’est particulièrement appliqué lors de sa rédaction. Peut-être un peu trop. De mon point de vue, ce texte possède une écriture trop propre, lisse. Certes, à aucun moment le récit est flou, toutes les situations sont limpides, les personnages bien définis. Mais l’ensemble manque vraiment de personnalité. Surtout le style qui souffre d’une absence de relief, d’ampleur, d’imagination. Sur un texte qui tutoie le fantastique, l’écriture demeure trop prosaïque.

Le travail sur les personnages, même s’ils ne représentent pas le coeur de la nouvelle, me semble survolé. En effet, Thomas comme Mathieu ont des personnalités à peine esquissés. A part leur passion pour le vtt rien ne les distingue de la masse des mortels. Des détails, des traits de caractères, des souvenirs, des particularités physiques etc. … de la matière pour donner corps à ces enveloppes diaphanes. Difficile de s’émouvoir et encore plus de s’identifier à ces deux monolithes engoncés dans leur lycra fluo. Je conclurai par un petit détour du côté des dialogues qui me paraissent peu inspirés et qui puisent dans les plus éculés des clichés. Quelle platitude. Désolé pour mes propos sûrement acérés mais ces dialogues… j’ai souffert.

Pour ce qui est du développement de l’intrigue, j’ai bien aimé l’entame avec cette randonnée en vtt qui rend plutôt bien et qui permet de créer un véritable contraste avec la suite plus vaporeuse des événements. Toujours l’écriture soignée avec quelques beaux passages sur les paysages et la rivalité sportive. Par contre, tout le récit souffre d’un défaut d’implicite. L’auteur ne laisse jamais son lecteur s’évader, interpréter. Je me suis constamment senti pris par la main avec trop d’explications. Il faut laisser l’imagination du lecteur faire son boulot, surtout dans un texte fantastique. Quant à la chute, je ne vois pas ce qu’elle apporte de surprenant.

Désolé encore pour le ton abrupt de mon commentaire mais cette nouvelle possède trop de problème à mon sens pour sortit en l’état. Oniris est un site d’échange, alors échangeons.

Cordialement.

   maria   
11/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Malitorne,

Je suis toujours curieuse des histoires autour du Graal et j'ai trouvé celle-ci particulièrement bien écrite. Bravo pour le travail soigné.

La rivalité des cyclistes a bien rythmé le début. Et je regrette que seul Maxine a vu la "population entière en train d'envahir la place de la fontaine", par exemple.
Comment aurait réagi Thomas ?
Faire vivre aux deux, avec leurs différences, cette expérience extraordinaire aurait, je crois, donné plus de dynamisme à la nouvelle.
Mais cela ne m'a pas empêchée de prendre plaisir à la lire.
Merci pour le partage.

   hersen   
13/5/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Il manque pour moi dans ton texte une ambiance qui déteindrait sur le lecteur. Car je ne me suis pas sentie happée par l'histoire. j'ai lu sans déplaisir, mais le ton égal, d'un bout à l'autre, a peut-être empêché que l'on se pose beaucoup de questions.
Maxime est sous une emprise ? Maxime a vraiment trouvé LE calice ? Pourquoi lui ? C'est un peu cela qui manque, car finalement, je pense que tu fais une histoire mystérieuse, mais... que le mystère n'est pas placé au bon endroit.

Par contre, l'idée du pueblo abandonné est excellente tant leurs pierres "parlent", c'était un site idéal pour ton histoire.

Merci de la lecture.

   Shepard   
13/5/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Salut Malitorne,

Une histoire qui est techniquement bien écrite, mais qui manque cruellement de dynamique entre les personnages. L'auteur présente deux larrons en opposition : le "croyant" (ou peut-être plus le rêveur) versus le "sceptique". Le problème est qu'une fois passé l'introduction, l'un des deux personnages est complètement laissé sur le banc de touche, il n'a absolument aucun rôle en dehors de servir la réplique au départ.

Je m'attendais à une aventure entre deux personnages, et je me suis retrouvé sans échanges et pas d'aventure. Oui, un autre problème de dynamique dans ce texte : tout est très passif. Maxime n'a aucune emprise (ou tentative d'emprise) sur le flot des évènements, c'est un simple spectateur. Un point de vue qui peut fonctionner sur une scène, ou une histoire courte, mais sur quelque chose de plus long... Je me suis ennuyé. Finalement, il ne n'arrive rien au personnage, qui va seulement servir de proxy à l'auteur pour nous raconter cette légende.

En réalité, Maxime aurait pu être seul avec ses pensées, l'histoire serait demeurée exactement la même. Et c'est dommage... Cela aurait aussi évité cette scène très peu crédible où Thomas est incapable de se réveiller malgré les cris de son compagnon, les bruits de la foule, l'agitation et les spectres... Il a avalé un tube de somnifères ? =)

Au final, une histoire qui frôle bien avec le fantastique mais qui n'ébouriffe pas beaucoup.

Je n'ai pas spécialement relevé de grosses critiques en terme d'écriture. Juste un moment un peu confus : "Il tomba à la renverse, affalé sur le dos, dans l’incapacité d’éviter le passage des animaux. Contre toute attente, et pour cause, ceux-ci le traversèrent de part en part ! " -> Si il est sur le dos, ça me semble impossible d'être traversé de part en part. Mais bon, c'est du détail.

En somme, je laisserais plus de place à ces personnages, plus d'action pour s'exprimer (à opposer à l'observation). Cependant, si le but de l'auteur était seulement de nous raconter cette légende, alors je pense qu'un autre point de vue serait plus adéquat.

"La note" est difficile à donner, l'écriture étant complètement au niveau, mais la narration et la dynamique ne m'ont pas convaincu du tout.

   Malitorne   
14/5/2020

   placebo   
14/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bon texte, entraînant. Bonne logique interne, j'ai douté au milieu du texte mais il ne fallait pas :) par contre la toute fin aurait pu être un peu plus percutante.
Le style essaie parfois de faire oublier les constructions des phrases au début du texte.
- Au moins ça couvrirait son approche, pas totalement persuadé -> manque quelque chose ?
- s'il était sur terre -> Terre ?
- davantage nourries pas des lectures référentes -> par ?
Bonne continuation,
placebo

   plumette   
25/5/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai bien aimé la première partie du texte qui met en scène Thomas et Maxime en pleine rivalité sportive mais néanmoins amicale. Vous mêlez avec brio la description des lieux et la description de l'effort, l'arrivée au village abandonné, sa visite et les réflexions que ce lieu suscite.
j'étais à fond dans le texte jusque là et puis j'ai progressivement décroché car la deuxième partie, plus copieuse m'a parue un peu répétitive. En effet,à partir du moment où en comprend que le village est animé par des spectres qui traversent Maxime de part en part, cette situation est déclinée à plusieurs reprises, l'effet de surprise ne marche qu'une seule fois.
Quant à la scène à l'Eglise, je l'ai trouvé inutilement longue.

Cette deuxième partie a perdu en fluidité me semble-t-il parce que vous vous êtes trop attaché à décrire par le menu toutes les réactions de Maxime face à "l'inconcevable" Cela freine la narration et empêche le lecteur de laisser son imagination faire une part du boulot.

Mais la nouvelle a du potentiel, en passant du réalisme le plus classique à un récit de type fantastique, ce qui n'est pas simple à réussir!

j'aurais aussi aimé en savoir un peu plus sur Thomas et Maxime. Il y me manque un petit quelque chose de ce côté là qui aurait aussi pu nourrir l'histoire.

je salue l'écriture, elle n'est pas en cause das mes réserves.


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