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Fantastique/Merveilleux
Malitorne : L'enfant boréal
 Publié le 02/12/19  -  11 commentaires  -  20363 caractères  -  60 lectures    Autres textes du même auteur

Skarsvåg – Norvège – Octobre 2019


L'enfant boréal


Jamais elle ne s’est sentie aussi légère, aérienne, comme ces oiseaux qui s’envolent dans un froissement d’ailes sur son passage. Une lumière joyeuse effleure le duvet blond de sa peau, l’irradie d’une même énergie absorbée par les fleurs. Sous ses pieds, elle entend le trépignement infatigable des colonnes de fourmis, les vers qui fouillent la terre. Elle marche vite, court presque, ses mollets robustes la propulsent à travers le parc tant et si bien qu’elle bouscule par mégarde un enfant. Le petit pleurniche, se réfugie dans les bras de sa mère qui s’apprête à sermonner Hilda mais la dévisage et se tait, tourne le dos de manière hostile sans écouter son pardon. L’incident entache à peine l’humeur rayonnante de l’adolescente, rien aujourd’hui ne pourrait assombrir un ciel qui lui sourit.

Dans l’entrée de la demeure familiale elle jette son sac de cours, referme si vivement la porte qu’elle en claque et résonne dans la maison.


– C’est toi Hilda ?


Elle file voir Kristin qui s’affaire en cuisine et l’embrasse avec fougue sur la joue.


– Bonjour maman.

– Hé bien, quelle vigueur, tu m’as l’air en forme !

– Je suis trop contente, trop contente ! Alfie m’a invitée à la soirée qu’elle donne pour son anniversaire.

– Ah ?

– Samedi soir. Il y aura tous les autres, presque toute la classe.


Kristin cesse de remuer le liquide dans la casserole, s’essuie les mains sur son tablier.


– Tu… tu es sûre de toi ?

– Oui, elle est venue me le dire à la récré.


De la pièce à côté et ayant tout entendu, Nils se mêle à la conversation.


– Ma chérie, les parents d’Alfie sont au courant ?

– Je sais pas, c’est pas grave, répond Hilda, étonnée par la remarque.


Son père pose son journal et rentre dans la cuisine, Hilda comprend alors qu’il y a un problème et se place d’instinct sur la défensive. Calmement, Nils reprend :


– Ta dernière sortie chez des amies ne s’est pas bien passée, rappelle-toi.

– Chez Anna ?

– Oui.

– Mais c’était pas ma faute ! C’est leur chien qui m’a attaquée !

– Justement, on n’a pas envie que ça se reproduise.

– Il n’y a pas de chien chez Alfie papa ! Ah non, vous n’allez pas m’interdire, pour une fois qu’on m’invite !


Sa voix commence à trembler, son visage s’empourprer. Elle devine la réticence de ses parents, ce regard qu’ils échangent entre eux et qu’elle connaît trop bien. Comme elle les déteste ces non-dits !


– Qu’est-ce qu’il y a encore ? Pourquoi vous voulez pas que j’y aille ?

– Ne crie pas, on n’a pas dit non, tente de rassurer Kristin. Simplement… simplement on veut être certain qu’il ne t’arrivera rien.


Le rêve se fissure, la lumière s’engorge de braises pour incendier les murs. Fantôme de batailles, souvenir d’un marais.


– J’en ai marre, marre ! C’est toujours compliqué, je peux jamais faire ce que je veux ici !


Elle explose en larmes, se précipite vers sa chambre. Le lit reçoit lourdement sa peine, pleurs semblables aux gémissements d’un animal blessé. Pourquoi cherchent-ils toujours à la protéger, se lamente-t-elle ? Ce sont ses parents adoptifs, elle les aime plus que tout mais ne s’explique pas les mille précautions qu’ils prennent à son égard. Ce n’est plus une enfant, elle est capable de se défendre maintenant ! Elle le sait bien qu’elle est différente, les autres lui ont suffisamment fait comprendre à coups de cailloux et d’insultes quand elle était petite. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, elle a des copines, Alfie et quelques-unes, qui réclament sa présence, la preuve ! Et puis il y a Johan...

Johan, quand elle le regarde à la dérobée en classe, admire son profil, ses fins cheveux bouclés, elle a l’impression d’une chaleur dans le ventre, qui descend plus bas, entre ses cuisses, finit par brouiller son esprit. Mélange d’émotions, d’une envie trouble de le dévorer pour qu’il demeure à jamais en elle. Alfie lui a assuré qu’il serait à la soirée.

Elle se mouche bruyamment et se lève du lit. Dans la salle de bain elle se campe devant la glace, ôte ses vêtements pour se retrouver nue. Elle scrute une fois de plus ce corps rejeté, cherche les raisons qui ont conduit à sa solitude. Elle n’est pas grande, massive, les épaules un peu tombantes. Il y a au lycée une fille bien plus grosse qui ne souffre pas d’exclusion. Sa poitrine est généreuse, ça devrait plaire aux garçons pourtant elle a l’impression qu’ils en rigolent. Le visage, peut-être. Quand elle le compare aux beaux traits d’Alfie, c’est sûr qu’il n’est pas aussi gracieux. Le nez épaté, les arcades sourcilières – elle les déteste – trop proéminentes. Sa bouche charnue devrait susciter l’attirance, tu parles ! Si elle a le malheur de découvrir ses dents c’est un spectacle de mines horrifiées. Elle renifle ses aisselles, il y a ça aussi. « Hilda tu pues ! Hilda tu pues ! » hantent sa mémoire. Comme elle en a souffert... Depuis elle se lave tous les jours mais l’odeur est tenace, c’est la sienne, elle n’y peut rien.

Alors, sans doute, elle est différente, mais au même titre que Diallo, tout noir, que personne n’embête et qui a plein d’amis ! Qu’est-ce qu’elle a de si particulier qui repousse autant les gens ? Nils et Kristin n’ont jamais été très loquaces sur ses origines, quand elle les interroge ils restent évasifs, lui promettent qu’ils donneront des réponses mais que pour l’instant elle est trop jeune. Tout ce qu’elle est parvenue à leur arracher, c’est qu’elle fut recueillie bébé par des gardes-forestiers et placée en institution publique. Il y a bien un nom qu’elle reçoit en pleine figure par ceux qui sont méchants ; un nom insupportable et qu’elle refuse d’entendre, issu des contrées glaciales, porteur d’abjection et de haine. De toutes façons un nom qui n’existe pas...


* * *


Le crépuscule se referme lentement sur le Finnmark, s’immobilise au début de la nuit noire pour demeurer suspendu dans un état de clair-obscur, comme si la pénombre, gelée, ne pouvait davantage prendre possession des lieux. Conservant des parcelles de jour, une luminescence blême remplace alors l’obscurité. Le long des routes blanchies par le givre, sapins et bouleaux étendent des ombres fantomatiques qui semblent vouloir réunir cet entre-deux.

Les phares d’une voiture balaient l’atmosphère vaporeuse, contournent un lotissement où de la fumée s’échappe des toits pour stationner devant une demeure cossue. À l’intérieur de l’habitacle, Nils se tourne vers sa fille :


– Voilà, on y est.


Hilda essuie la vitre, regarde avec des sentiments contradictoires la maison éclairée où l’on perçoit des battements de musique. L’excitation se heurte à une appréhension viscérale, une sensation d’aller vers des domaines interdits. Nils pressent sa peur :


– Tu n’es pas obligée d’y aller tu sais, on trouvera une excuse.


La phrase produit l’effet contraire, l’exhorte à l’audace.


– Non, non, je veux y aller. Alfie compte sur moi.

– Bon, mais on est bien d’accord hein ? À minuit je te récupère, pas plus tard !


Elle lui sourit.


– Mais oui mon papa, t’inquiète pas.

– Et… et tu es prudente. Si ça se passe pas bien tu m’appelles, je viendrais te chercher.

– Pourquoi veux-tu que ça se passe mal ? C’est un anniversaire.

– Bien sûr, tu as raison. Allez, file !


Elle sort du véhicule, a un moment d’hésitation et revient subitement vers Nils pour l’étreindre dans ses bras.


– Merci papa, je vous aime.

– Nous aussi on t’aime ma chérie, lui dit-il ému. Allez, tu vas prendre froid !


Réflexion de circonstance car tous les deux savent qu’elle n’a jamais froid, sa capacité à endurer les pires frimas est exceptionnelle et source de plaisanterie à la maison. Elle visse quand même son bonnet sur la tête, pour se donner une contenance, et s’approche le cœur battant de l’habitation en effervescence. Avant d’appuyer sur la sonnette, elle ferme les yeux. Une fois, rien. Elle réappuie, légèrement inquiète. Enfin la porte s’ouvre, accompagnée par un flot de lumière et de musique qui se déverse à l’extérieur.


– Hilda ! C’est toi, tu es venue !


Alfie lui fait un bisou chaleureux.


– Oulah, dis donc, tu es y allée fort en parfum !

– Heu… oui, peut-être, répond Hilda un peu gênée. Tiens, c’est pour toi.


Elle lui remet un cadeau confectionné par ses soins. Dedans un os de renne avec le prénom de son amie joliment gravé dessus.


– Merci, c’est sympa. On l’ouvrira tout à l’heure. Viens, rentre.


La porte se referme derrière Hilda, d’emblée paralysée par le volume sonore. Il y a du monde qui crie pour s’entendre, la musique est forte, tonitruante. Elle possède une ouïe très fine et se sent submergée, agressée par ce bruit qui lui fait mal aux tympans. C’est à peine si elle entend Alfie, vite accaparée par ses invités, qui l’enjoint à se mêler aux autres avant de disparaître. De musique elle n’aime que la flûte, celle que joue son père et qu’elle écoute bouche bée assise à ses pieds. Un vent de panique la gagne, était-ce vraiment une bonne idée ? À l’instant où elle envisage de faire demi-tour, une main se pose sur son bras.


– Salut Hilda, reste pas là comme un piquet, va te servir un verre !


Vilde, une fille gentille, qui la tire par la manche pour l’entraîner à la buvette. Quand elles fendent le groupe, Hilda sent tout de suite de lourds regards, maintes fois éprouvés, qu’elle tente d’ignorer.


– Qu’est-ce tu veux boire ?

– Quoi ?

– Qu’est-ce tu veux boire ?

– Je… je sais pas.

– Moi je sais. Tiens, pour démarrer c’est le mieux !


Vilde lui tend un verre qui dégage de fortes émanations d’alcool.


– C’est quoi ?

– Vodka fraise.


Avec précaution Hilda y trempe ses lèvres. Ça brûle, c’est tellement costaud que ça lui pique aussi le nez. Elle ne souhaite pas être ridicule devant Vilde, les autres, et puis c’est la fête. Hors de question qu’elle reste là comme une potiche, elle a voulu en être alors courage ! Elle prend une grande inspiration et avale une gorgée, dans son élan une gorgée trop importante qui lui coupe le souffle, la fait tousser. Vilde éclate de rire :


– Ha ! Ha ! Doucement Hilda, doucement. Tu as toute la soirée !


Hilda rit avec elle, pour ne pas paraître trop sotte. La deuxième gorgée passe mieux, larynx anesthésié par l’alcool. Les participants s’agitent sur des rythmes frénétiques. Elle trouve les filles belles, leurs corps parfaits, a presque envie de les rejoindre mais n’ose pas. D’abord elle ne sait pas danser et puis, toujours, cette appréhension du jugement. Aidée par une ivresse qui monte, elle se contente d’esquisser sur place de légers mouvements, le verre à la main, histoire de montrer qu’elle s’amuse aussi. La vérité c’est que cette maudite solitude lui retombe dessus, malgré le nombre. Vilde est en grande discussion, Alfie invisible, et les autres ne lui prêtent aucune attention. Être seule dans un rassemblement est encore plus dur à supporter, l’évidence que personne ne désire lui parler, la côtoyer. Pour chasser ce malaise grandissant, elle termine sa vodka d’un trait et s’en ressert une seconde. Boire, elle n’a que ça à faire finalement.

Une torpeur commence à s’emparer de son esprit, la tête à franchement lui tourner. Peu coutumière des boissons alcoolisées, elle en maîtrise mal les effets. Soudain Alfie surgit devant elle, avenante.


– Ça va Hilda, tu t’éclates ?

– Oui, c’est super. Elle est bien ta soirée.


Elle se ressaisit et tente de montrer à sa copine qu’elle participe à l’ambiance.


– Suis-moi, j’ai une surprise pour toi.

– Une surprise ?

– Tu vas voir, assure Alfie avec un clin d’œil.


Perplexe, Hilda emboîte le pas à sa copine qui monte à l’étage. Dans l’escalier elle loupe une marche, trébuche.


– Hé bien Hilda, t’es saoule ou quoi ?

– Non, tu parles.


Au bout d’un long couloir, sourire énigmatique au coin des lèvres, Alfie ouvre la porte d’une chambre.


– Vas-y, rentre.


Il y a trois personnes que d’abord elle ne reconnaît pas, puis son cœur fait un bond violent dans sa poitrine. Johan ! Sa première réaction, idiote, dictée par la timidité, est de vite se cacher ou s’enfuir. Se trouver d’un coup face au garçon qui provoque en elle des sentiments l’affole, lui fait perdre ses moyens. En pleine confusion, elle ne remarque pas Alfie qui ferme discrètement la porte à clé derrière elle. À côté de Johan il y a Hans, un élève de la classe, et le troisième elle ne l’a jamais vu ; un air narquois, fumant une cigarette roulée à l’odeur enivrante de plante.


– Salut Hilda, c’est cool que tu sois venue à l’anniversaire d’Alfie, commence Johan.


Elle essaie de se décrisper.


– Normal, c’est mon amie.

– Ton amie…


Il attrape une bière à moitié vide posée sur la table basse et reprend :


– Ben figure-toi que ton amie m’a fait une confidence.


L’ambiance, les regards inquisiteurs, tout la rend mal à l’aise.


– Ouais, il paraît que je te plais, que tu aimerais bien sortir avec moi !


Honteuse, elle sent une rougeur lui chauffer le visage. Dans un appel au secours muet elle regarde Alfie, mais celle-ci détourne les yeux.


– Non, c’est… c’est pas vrai, se défend-elle.


Il prend aussitôt un ton cassant :


– Ah, j’te plais pas ? C’est ça ?

– Si… enfin, je sais pas.


Les deux autres garçons dissimulent mal leur hilarité. Malgré l’alcool qui trouble sa perception, Hilda se doute qu’ils se paient sa tête.


– Qu’est-ce que tu veux Johan, t’es en train de te foutre de moi ?


Son interlocuteur devient sérieux, il se lève du fauteuil dans lequel il était affalé.


– Doucement Hilda, déjà tu me parles pas comme ça. Ensuite moi je veux bien sortir avec toi mais tu dois savoir comment ça se passe chez les humains.


Il avance vers elle.


– Tu dois pas être au courant, ceux de ton espèce ne font peut-être pas ça, mais chez nous tu dois d’abord me sucer.


Figée, elle a l’impression d’être traversée de part en part par une décharge douloureuse.


– Je… quoi… mais qu’est-ce que tu racontes ?


Hans coupe Johan qui allait poursuivre, assène brutalement :


– Il te dit que pour sortir avec lui faut que tu lui suces la queue, c’est pourtant clair la troll !


Elle reçoit ce nom comme une gifle, cinq lettres maudites cadenassées au plus profond de son âme et qu’elle a toujours refusé d’entendre.


– Ça n’existe pas ! crie-t-elle véhémente.


La réaction les surprend.


– Qu’est-ce qui n’existe pas ?

– Ce que tu as dit en dernier Hans, ça n’existe pas, finit-elle des trémolos dans la voix.


Moment de silence, rompu par un éclat de rire général.


– Tu as raison, bien sûr, les trolls n’existent pas, comme les licornes d’ailleurs !


Les rires reprennent de plus belle, cruels, qu’elle ressent comme autant de couteaux qui lui fendent la peau, l’écorchent et la mettent à nue. De nouveau elle regarde Alfie, désespérément, cherche un soutien de sa part.


– Me fixe pas comme ça, tu m’énerves ! Fais ce qu’il te demande et on n’en parle plus.

– Tu veux p’t’être qu’Alfie te montre comment on fait ? ironise Johan.

– C’est ça, même pas en rêve, réplique la concernée, impatiente car elle se sait attendue en bas.


Le garçon inconnu sort alors un smartphone de sa poche.


– Ouais, on va pas y passer la nuit. Allez, en position !


D’un geste il incite Hans à s’approcher d’Hilda, simultanément Johan extirpe sa verge de la braguette. Hans pose alors une main ferme sur son épaule et la force à s’agenouiller. Dehors, la taïga immense ploie sous le vent du nord. Le commanditaire choisit le bon angle et entreprend de filmer la scène :


– Les mecs, une pipe de troll, on va faire un buzz d’enfer !


Hilda évolue dans un brouillard où les sons, les images, s’entremêlent et se confondent. Des milliers de souvenirs s’échappent de sa mémoire comme une digue qui romprait sous la pression des eaux, ne laissant plus à l’air libre qu’une vase putride jonchée de poissons morts. Tout se disloque, tout se brise, tout se morcelle ; édifice sapé sur ses bases qui s’abat dans un fracas d’amertume. « Troll kalla mik ! Trungl sjǫtrungnis ! » chantaient les völvas fouettées par la tempête boréale. Maintenant elle les entend, oui, elle les entend.


– Ouvre la bouche nom de dieu, nous oblige pas à te cogner Hilda !


Johan appuie sa verge, durcie par l’excitation, sur ses lèvres qu’elle garde obstinément fermées. Hans lui agrippe les cheveux et force aussi de son côté. Prise dans une tenaille, elle n’a d’autre choix que d’accepter malgré elle... d’accepter la fureur de ses ancêtres.


– AAAAAHHHH !


Johan pousse un hurlement de douleur, les testicules soudain saisies par une poigne de fer. La main rugueuse d’Hilda s’est refermée sur les deux glandes mâles et serre, serre encore. Stupéfait, Hans la frappe au visage pour lui faire lâcher prise, l’autre abandonne son smartphone et lui envoie une bourrade dans le ventre. Alfie, terrorisée, se plaque contre le mur.


– Lâche-le ! Lâche-le putain de monstre !


Sous les coups, un filet de sang suinte du nez d’Hilda mais elle ne relâche pas pour autant son étau. Au moment où Hans va encore frapper, elle attrape au vol son poignet de sa main restée libre, le tord brutalement. Les ligaments cèdent, Hans crie et recule en se tenant l’avant-bras d’où l’extrémité pendouille. Son deuxième assaillant n’a pas le temps lui non plus de réitérer une attaque. Empoigné par la chemise, une force sauvage le propulse à travers la pièce. Son corps atterrit avec violence contre la porte et s’affale, inanimé, bloquant la sortie à Alfie qui s’apprêtait à fuir. Alors Hilda serre une dernière fois, finit de réduire en bouillie le contenu des bourses de Johan qui perd connaissance.

Dans la chambre ne résonnent plus que les sanglots terrifiés d’Alfie et les gémissements de Hans. Du rez-de-chaussée, on devine les sons d’une fête qui se poursuit. Hilda redresse sa stature musclée, s’essuie le nez du revers de la main. Cette rage qui l’a envahie comme un brasier, irrépressible, elle en ressent encore les effets par un grondement persistant qui sourd de sa gorge, qu’elle voudrait étouffer mais qui s’accentue au contraire quand elle approche d’Alfie.


– Je te croyais mon amie.


Elle ne reconnaît plus sa propre voix, rocailleuse, habitée d’un accent étrange. En face son hôtesse a le visage défait, ruisselle de pleurs :


– Ce… ce n’est pas ma faute. Je ne… je ne voulais pas, c’est les garçons… les garçons, ils m’ont obligée ! Hilda je t’en supplie, ne me fais pas de mal !


Le flair d’Hilda perçoit alors une odeur d’urine, qu’elle comprend en voyant la robe d’Alfie s’auréoler d’une tache au niveau du bas ventre et finir en flaque à ses pieds. Une détresse extrême qui la déconcerte, a le don de faire refluer sa colère sous des vestiges d’humanité. Elle s’écarte d’Alfie, secouée de spasmes déchirants, et se dirige vers la fenêtre, sans un regard pour Hans dissimulé dans une encoignure. Elle l’ouvre et saute agile sur le rebord, accroupie, accueillant la fraîcheur nocturne comme un baume qui apaise son esprit incandescent.

Le vent qui glissait du pôle a emmené avec lui les premiers flocons, myriade de duvets blancs tourbillonnant dans l’air. L’hiver n’est pas loin. Près de la maison, un harfang aux yeux d’or répète un hululement plaintif vers les étoiles. Hilda se surprend à traduire son chant comme elle traduit la course des nuages, le murmure des aiguilles de pins et les cabrioles de lièvres qui sortent un à un des terriers. Des échos d’endroits lointains se réveillent, lui chuchotent aux oreilles : « élsólar bǫl, rejoins-nous ! ». La région de Lešjàvri, les Grands-Lacs, tout au nord. Quelque chose l’appelle là-bas…

D’une détente énergique elle bondit sur une branche, puis une autre, jusqu’à gagner la lisière de la forêt qui se pare lentement d’une couverture immaculée. Avant de s’enfoncer sous le couvert, un frein la fait se retourner vers Skarsvåg, recroquevillée par le froid. La lumière des habitations ponctue la demi-nuit de centaines de feux, signes de foyers heureux où vivent des familles aimantes. Avec émotion elle songe à Kristin, elle songe à Nils, à cette heure-ci ils doivent être sur le canapé à regarder la télévision. Nils surveille la pendule, c’est certain. Une tristesse infinie lui noue la gorge, blesse son cœur d’un bonheur perdu. « Hvat's troll nema þat ? ».

La forêt humide et lourde se referme alors définitivement sur Snorri, fille aînée de Fylgja-l’Impérieuse et du vaillant En’ghur, traqueur des Montagnes-Noires.


 
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   Corto   
15/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle à ne pas mettre entre toutes les mains.

Le début est très séduisant "Jamais elle ne s’est sentie aussi légère, aérienne, comme ces oiseaux qui s’envolent dans un froissement d’ailes sur son passage". C'est beau et léger.
Evidemment on est très vite intrigué avec "Sous ses pieds, elle entend le trépignement infatigable des colonnes de fourmis, les vers qui fouillent la terre."

Le décor est posé ainsi que le mystère qui ne se dévoilera que tardivement.

Le récit lui-même est assez traditionnel, la mise à l'écart à cause d'une différence qu'on nous explique peu, l'invitation piégée à une fête où la scène violente se déroule.

Le "harfang aux yeux d’or" ouvre une séquence descriptive très belle et mystérieuse.
Le final avec "D’une détente énergique elle bondit sur une branche, puis une autre, jusqu’à gagner la lisière de la forêt" nous éclaire définitivement sur ce personnage qui manifestement sera plus heureux dans les immenses forêts du grand nord.

Le récit est bien mené, l'intrigue ne se dévoile que progressivement. La volonté de l'auteur d'amener le lecteur d'un sentiment joyeux à un déroulement très abrupt peut avoir un aspect déplaisant. Mais le final rétablit l'équilibre en nous ouvrant des horizons inconnus.

Une nouvelle bien travaillée mais que je ne garderai pas pour en faire une lecture de chevet.
Merci à l'auteur.

   ANIMAL   
15/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Superbe histoire nordique d'une enfant troll recueillie et élevée par des humains, qui bien sûr est la risée des autres. Elle supporte, parce qu'il le faut, jusqu'à ce que la farce aille trop loin.

L'agression, et surtout le rêve amoureux broyé, fait resurgir la nature féroce qui se cache en l'adolescente, au grand dam de ses tourmenteurs qui récoltent la monnaie de leur pièce. Et au centuple pour celui qui avait ses faveurs et a voulu l'humilier. La méchanceté humaine ne fait pas le poids face à la sauvagerie troll.
La punition est un peu démesurée pour le pauvre Johan mais "Qu'est-ce qu'un troll si ce n'est pas ça ?".

Le thème, l'ambiance, le style, tout est réussi dans cette nouvelle qui met en avant des personnages du folklore scandinave souvent méconnus.

J'ai passé un moment fort intéressant.

en EL

   maria   
16/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai beaucoup apprécié l'écriture, dans cette nouvelle. L'auteur(e) ne s'est jamais contenté(e) d'affirmer : il fait nuit ou il fait chaud...Les phrases descriptives sont riches, souvent poétiques, comme le vocabulaire. Un exemple : "Près de la maison, un harfang aux yeux d'or répète un hululement plaintif vers les étoiles."

Mais, je trouve que l'auteur(e) a manqué de rigueur dans la narration de l'histoire. Il(elle) a introduit des éléments sur lesquels il ne revient pas :
- allusion à la mauvaise odeur de Hilda
- sa résistance au froid
Ils ne sont pas pertinents pour l'histoire. Hilda est une enfant adoptée. Soit. Cela explique t-il sa capacité à se métamorphoser ? Je crois que n'importe quelle jeune personne est capable de montrer une autre personnalité, lorsqu'elle est confrontée à une situation aussi atroce.

La fin m'a dépitée et je ne me suis pas sentie récompensée pour ma lecture. Je ne comprends pas le norvégien, et je ne sais pas qui sont ces Fylja et En'ghur. (Je n'ai pas assez cherché !)

Pour résumer, j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur(e) mais beaucoup moins l'histoire qu'il (elle) m'a racontée.

Merci pour la lecture et à bientôt.

   plumette   
19/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très belle nouvelle, bien écrite, dépaysante, à la fin que j'ai trouvé émouvante.

Hilda n'est pas une jeune fille comme les autres. Son animalité que ses parents adoptifs tentent de juguler pour lui permettre de s'intégrer aux humains, est réveillée par la cruauté de ces adolescents intolérants , inconscients qui s'encouragent en groupe à la perversité.
Hilda se défend mais c'est elle qui est la plus humaine dans cette histoire.

j'ai été happée par l'ambiance et le récit; les dialogues donnent de la fluidité, on éprouve de l'empathie pour Hilda.

Merci pour cette lecture

Plumette

   hersen   
23/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une nouvelle à l'écriture maîtrisée, cela ne fait aucun doute.

Un très bon sujet : pousser la différence au-delà de l'humain. La description de la trollette (pas pu m'en empêcher !) a ceci de bien qu'elle englobe physique et odeur. Mais je pense qu'elle aurait pu être poussée un peu plus (par exemple comportementale). J'ai moins aimé la comparaison avec Diallo, tout noir. Je crois que c'est en faire beaucoup trop et, surtout, aborder la différence d'après le fantastique poussait l'idée de façon plus intellectuelle des réactions face aux différences. C'est à dire en lâchant complètement la lourdinguerie de notre propre monde. Le lecteur aurait fait le constat par lui-même.

L'émotion est très bien menée par le biais des parents, mais aussi par l'appel de la forêt.
Le passage déclencheur, alors qu'elle souhaitait (vraiment ?) s'intégrer n'est pas mal réussi, il a un réalisme qui glace.

Une lecture très plaisante.

   Jean-Claude   
25/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
L'histoire classique, pas vraiment nouvelle, d'un rejet de la différence et les humiliations sordides qui en résultent. Bien menée toutefois.
Il y aurait des bricoles à reprendre, dont la fin un peu hâtive.
Quelques commentaires entre {}...
"Sous ses pieds, elle entend le trépignement infatigable des colonnes de fourmis, les vers qui fouillent la terre.{Ses pieds ont des oreilles ou elle a l'ouïe particulièrement fine ? C'est le cas, mais il faudrait l'amener plus subtilement.}"
"ses mollets robustes la propulsent à travers le parc{Pas très heureux et, mécaniquement, c'est elle qui commande à ses mollets.}"
"Dans l’entrée de la demeure familiale{virgule} elle jette son sac de cours, referme{'ferme', on ne l'a pas vu ouvir} si vivement la porte qu’elle en claque et résonne{ce qui résonne, ce n'est pas la porte} dans la maison{Attention au hachis de présents successifs, désagréables, qui ne donnent pas forcément un bon aperçu}"
Exemple (un peu) allégé : "Elle jette son sac de cours dans l'entrée avant de claquer si vivement la porte que la maison en résonne."
"Elle file voir Kristin{Sans préambule? Non.}"
"– Il n’y a pas de chien chez Alfie{virgule} papa !"
"Sa voix commence à trembler, son visage {à} s’empourprer."
"La forêt humide et lourde se referme alors définitivement sur Snorri, fille aînée de Fylgja-l’Impérieuse et du vaillant En’ghur, traqueur des Montagnes-Noires.{Problème. Au début, on apprend qu'elle ignore ses origines. C'est en trop et ça tombe comme un cheveu dans la soupe, y compris le Norrois avant.}"
Etc.
Au plaisir de vous relire.

   ours   
2/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Malitorne

La première chose qui me vient en tête après avoir lu votre nouvelle est ce sentiment de décalage entre la catégorie et l'aspect tristement réaliste des scènes que vous décrivez. On s'attend en tant que lecteur dans cette catégorie, à pouvoir opérer une forme de distance, même avec la cruauté de certaines scènes, mais ce n'est pas le cas ici, et même ça amplifie l'empathie que l'on a pour Hilda. L'effet stylistique est intéressant.

On ressent tellement ce désir de rejoindre un groupe, la peur et l'angoisse que l'on peut ressentir lorsqu'on est différent. Et pourtant, elle est différente mais lucide. Ce qui lui arrive est prévisible, mais la mise en scène et l'ambiance contrebalancent ce manque avec une glaçante efficacité. J'ai trouvé le récit particulièrement bien mené, et le style maîtrisé, ça ne fait pas de doute.

   Shepard   
2/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Malitorne,

La forme : Il y a, pour moi, deux styles qui s'entrecroisent dans cette nouvelle. Les parties d'action, bien menées, et les descriptions, avec des hauts et des bas. Exemple d'un paragraphe que j'ai bien aimé :

"Hilda rit avec elle, pour ne pas paraître trop sotte. La deuxième gorgée passe mieux, larynx anesthésié par l’alcool." [...] jusqu'à : "Boire, elle n’a que ça à faire finalement."

Simple, efficace, phrases avec une ponctuation alternée, courtes et longues, qui donnent un bon rythme.

Deux choses qui pèchent dans les descriptions : l'utilisation hasardeuse de certains adjectifs, des répétitions d'idées ou simplement des imprécisions, mais je pense que Jean-Claude a déjà couvert cette partie. Exemple pour les adjectifs (au vol) :

"Une lumière joyeuse effleure"
"une force sauvage le propulse"

Je n'aime pas, car ça ne veut rien dire. On a tendance à trop en utiliser des adjectifs, leur sens se perd. Une lumière, on peut en qualifier l'intensité, la couleur, la température éventuellement, mais joyeuse... c'est une émotion. On va me dire 'c'est une image', moi je réponds 'c'est maladroit' voir fainéant, on peut faire mieux. Idem pour la force sauvage. Qu'est-ce que ça veut dire ? "Elle a tabassé comme une sauvage" je veux bien. Mais la force, c'est neutre, comme la lumière.

Aussi : "D’une détente énergique" -> Inutile. Une détente, cela contient de l'énergie, qui sera relâchée, par définition. Je dirais de toujours réfléchir à deux fois avant d'ajouter le moindre adjectif. Un bon nom sera toujours meilleurs...

Les répétitions d'idées, exemple :

"Le crépuscule se referme lentement sur le Finnmark, s’immobilise au début de la nuit noire pour demeurer suspendu dans un état de clair-obscur, comme si la pénombre, gelée, ne pouvait davantage prendre possession des lieux. Conservant des parcelles de jour, une luminescence blême remplace alors l’obscurité. Le long des routes blanchies par le givre, sapins et bouleaux étendent des ombres fantomatiques qui semblent vouloir réunir cet entre-deux."

La seconde partie "Conservant des parcelles de jour, une luminescence blême remplace alors l’obscurité" ne fait que répéter la première partie (l'idée de clair-obscur). C'est inutile, à mon avis, et cela vient gâcher une belle image qui tient par elle-même. Ce genre de choses arrivent souvent... Après, on peut argumenter et dire que c'est un "genre". Bon, je pense que c'est un mauvais dosage, et ça mène à plus de contresens et d'imprécisions qu'autre chose. Exemple ici "une luminescence blême remplace alors l’obscurité", c'est à l'envers. Le jour cède à la nuit avec le crépuscule, alors pourquoi la 'luminescence' remplace l'obscurité. Je ne suis pas sûr de ce que l'auteur veut décrire.

Le fond : Donc d'un côté on a l'histoire de la fille populaire du lycée qui invite la fille la moins populaire... A partir de là, on sait ou l'auteur veut aller. De l'autre, la fille est un troll (dans les deux sens du terme, pour le coup =))
Le récit se déroule sans accroches, il n y a pas 36 fins possibles : disparition, capture (mais ça serait trop ouvert) ou mort du troll. La disparition avec un retour aux sources est poétique. Le rythme suit bien le style de la narration, un fleuve continu, sans trop de surprises je dois dire, mais qui se tient. Il y a presque un petit effet 'cocon' avec toute cette neige, jusqu'à ce que ça pète. L'auteur aurait pu choisir un voie avec plus de tension, mais c'est arbitraire.

Dans l'ensemble, une histoire complète sur oniris, je ne vais pas trop râler ! Un schéma classique avec un peu de fantastique pour changer la sauce, pas désagréable. Y a juste besoin d'une écriture un peu plus léchée, épurée, pour me garder dans le récit sans que je ne me pose de questions. Ça m'aurait fait monter la 'note' d'un cran, pour ce que ça vaut...

   Alfin   
3/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très belle nouvelle...
Pour le fond : J'aime beaucoup le fait d'apporter par petites touches des caractéristiques d'Hilda. on sent le malaise dépasser le harcèlement des autres élèves. Bien sur, prenant le regard d'Hilda, nous acceptons immédiatement sa légitimité, elle fait partie de la communauté alors que la communauté la rejette. C'est une approche habile car la différence raciale est passé au second rang. Comme elle, on ne comprend pas pourquoi le rejet et vous apportez progressivement des informations enfouies en elle qu'elle rejette. Sa condition de Troll elle la connait mais l'élude. Je trouve le récit très habilement amené. Son rapport avec le monde animal sont présents tout au long du récit, la résistance au froid...

Pour la forme les dialogues sont très crédibles, les descriptions sont bonnes mais constituent le point le moins fort du récit sans pour autant choquer. Certaines image sont un peu facile et entendue, d'autres sont très intéressantes, il aurait fallu reprendre ça pour peaufiner le dernier détail. Le potentiel est énorme et l'ensemble est très harmonieux.

Bravo et merci pour le partage !

   Malitorne   
3/12/2019

   Perle-Hingaud   
4/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Oh la la, boréalisme, quand tu nous tiens !
L'histoire en elle-même est très classique: le rejet de la différence et les conséquences traitées dans une scène violente.
L'écriture est claire, dynamique et adaptée au récit.
Ce qui fait le show, c'est le troll. Pourquoi pas… c'est dommage, il y a des points qui ne vont pas, et quelques recherches auraient été souhaitables.
Sur le troll lui-même: dans la forme trollesque choisie ici, la légèreté visualisée lorsqu'elle saute de branche en branche à la fin ne colle pas avec la lourdeur du personnage.
Sur le lieu: si l'auteur prend la peine de situer l'action à Skarsvåg, ville réelle (enfin, village minuscule réel), il est dommage :
- qu'il l'entoure de forêt: la végétation à l'extrême nord de la Norvège est de la toundra, je pense qu'il n'y a même pas de bouleau à cet endroit là.
- qu'il parle de: "La région de Lešjàvri, les Grands-Lacs, tout au nord. " ? (c'est du vieux norrois ? du same ? je ne connais pas, et Skarsvåg est déjà à la pointe nord, au bord de la côte.)
Sinon, Snorri, c'est un prénom masculin, celui d'un des plus grands auteurs (islandais) du 13eme siècle. À ma connaissance, qui est limitée, il n'est pas utilisé pour une femme.

J'espère que ces quelques détails vous seront utiles pour peaufiner une histoire classique mais intéressante.


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