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Fantastique/Merveilleux
Malitorne : Zugarramurdi
 Publié le 08/11/20  -  17 commentaires  -  28183 caractères  -  125 lectures    Autres textes du même auteur

Zugarramurdi, village du Pays basque espagnol, persécuté en 1610 par l’Inquisition. Accusées de sorcellerie, six personnes y furent brûlées vives.


Zugarramurdi


– C’est pas vrai, il est où ce putain de croisement ? peste Christian en frappant le volant.


Claudine ne relève pas le nez du GPS, agacée.


– Bon, tu te calmes, ça sert à rien de t’énerver.

– Enfin merde, ça fait des heures qu’on tourne ! Et la nuit qui commence à tomber !


Elle regarde par la fenêtre où glissent les gouttes d’une pluie fine, constate aussi la luminosité qui baisse. Déjà que dans ces forêts il ne fait pas bien clair, ça ne va pas arranger les choses. Un cauchemar, cette région ! Des routes étroites, sinueuses, des panneaux incompréhensibles. Qu’est-ce qui leur a pris de passer par là ?


– Je t’avais dit de garder la nationale, tu ne veux jamais m’écouter.


Une voix adolescente se fait entendre à l’arrière, redoutant la colère paternelle.


– Maman, tu vas pas remettre ça ?


Soudain une direction, à droite, suivie aussitôt d’un freinage vif, évite de monter d’un cran dans la dispute. Le van ronronne, dans l’attente inquiète du verdict de Claudine, les yeux rivés sur l’écran.


– Zuga… Zugarramurdi, c’est où ça ? Ah oui, OK, on peut rejoindre la D306 par là et ensuite atteindre Sare. Mais ça va être long, c’est pas possible. Faut s’arrêter, ce sont des routes de montagne et t’es crevé, Christian.


Elle n’a pas besoin d’insister après un coup d’œil las du conducteur sur les méandres du tracé.


– T’as raison, ça fait que tournicoter. On va se trouver une place et passer la nuit.

– Où ça ? demande Marion, la voix à l’arrière.

– J’en sais rien, premier endroit on s’arrête.


Le van repart dans une bouffée noire de gazole, les phares allumés pour percer une pénombre maintenant bien installée. Christian sent qu’il ne va pas être facile de dénicher un bivouac ; d’un côté se dresse un talus rocheux, de l’autre des ravins. La route est coincée entre les deux, sans possibilité de garer le véhicule. Il faut continuer de rouler en espérant que se présente un lieu suffisamment dégagé. Le feuillage des arbres, lourd de pluie, penche et forme comme une voûte au-dessus d’eux, rajoutant à l’obscurité.

Les kilomètres défilent, silence dans l’habitacle. Christian rumine sa mauvaise humeur, en colère contre lui-même. Son épouse avait raison, il n’aurait pas dû quitter la nationale pour s’engager sur cet itinéraire interminable. Dire qu’il pensait prendre un raccourci… Elles sont fatiguées, ils n’ont pas mangé, et toujours pas d’emplacement en vue. Si, là ! À la sortie d’un virage, une jolie place herbeuse au bord de la chaussée. Le conducteur n’hésite pas, met un clignotant inutile pour stationner le van au milieu de ce cadeau inespéré. Claudine regarde autour.


– Mais Christian, t’es devant une maison !


Mince, il n’avait pas remarqué, c’était trop beau. Qu’à cela ne tienne, la maison est quand même en retrait, à la lisière des bois. En serrant sur le côté, il ne gêne personne si une voiture a besoin de sortir.


– Ouais, ben tant pis, j’en peux plus de rouler.


Claudine, inquiète, scrute l’habitation à travers le manteau nocturne.


– On dirait qu’il y a de la lumière, oui, c’est allumé, y a quelqu’un. On devrait demander l’autorisation.

– Tu crois ?

– Vaut mieux, on est à l’entrée d’une propriété privée.

– Pff, fait chier.


Marion ne lève pas les yeux de son smartphone.


– Bon décidez-vous, moi j’ai faim !


Les récriminations de sa fille pousse Christian à contrecœur. Frapper à la porte d’une maison inconnue ne l’enchante guère. Il l’a déjà fait mais pas dans les mêmes circonstances, en pleine nuit, pleine cambrousse. Avant d’aller voir les occupants, il prend le temps de se soulager contre un arbre. Pourvu qu’il n’y ait pas de chien, songe-t-il en s’approchant.

D’après ce qu’il peut en deviner, la baraque n’est pas de première jeunesse. Habitation traditionnelle du siècle passé, voire d’avant. Il hésite, prend une grande inspiration, puis cogne la porte à l’aide d’un heurtoir orné d’une tête d’ours ou autre créature menaçante. Rien. À travers les volets fermés, Christian tente de regarder à l’intérieur, mais ne distingue aucun mouvement. Il s’apprête à frapper plus fort, sursaute quand la porte s’ouvre subitement. Une femme, grande, presque de sa taille, de longs cheveux d’un noir de jais.


– Je… heu… buenas noches. Es possible dormir aquí ? Du doigt il montre le véhicule.


D’abord elle se tait, fixe l’intrus d’un regard dur.


– Nongoa zara ?


Du basque, évidemment, Christian sent qu’il vient de commettre un impair. Il sait que les gens du coin sont farouchement attachés à leur culture, leur langue, s’adresser à eux en castillan n’est pas la meilleure entame. Vite, essayer de se rattraper en jouant le touriste benêt.


– Désolé, je ne comprends pas, je suis français. Français ! répète-t-il en se tapant la poitrine.


La femme a gardé la main sur la porte, toute son attitude transpire la méfiance.


– Allez-vous-en, vous n’avez rien à faire ici.


Christian reste bouche bée.


– Vous… vous parlez fran…


Elle le coupe.


– Partez !


L’hostilité est franche, cependant le fait qu’elle comprenne ses mots encourage Christian à insister. Reprendre la route, à cette heure-là, demeure une option inenvisageable.


– Madame, s’il vous plaît, ma femme et ma fille sont épuisées. Nous vous demandons juste si on peut passer la nuit dans notre véhicule, sur votre parking. On ne vous dérangera pas.


Brusquement elle fait deux pas en dehors, le bouscule presque. Elle ne cherche pas à le repousser mais à mieux observer le van, stationné une dizaine de mètres plus loin. Alors elle se met à renifler l’air plusieurs fois, d’une drôle de façon, comme si elle repérait une odeur.


– Vous avez une fille ?


Christian suppose, espère, qu’elle est en train de s’apitoyer.


– Oui, c’est ça.

– Quel âge a-t-elle ?

– Seize ans.


Ses traits s’adoucissent. Tout à l’heure concentré sur sa demande, Christian se rend compte que c’est une belle femme, mature, d’une beauté noble qui ne souffre d’aucune vulgarité.


– Entrez, nous allons vous servir un repas.


Ce ravisement inopiné le plonge dans la confusion.


– Non, non, ce n’est pas la peine ! On ne veut surtout pas vous embêter. Nous avons de quoi manger.


Elle répète d’un ton cassant.


– Entrez, vous dis-je ! L’hospitalité ici ne se refuse pas.


Puis elle tourne les talons et regagne la maison, laissant la porte grande ouverte d’où s’échappe un flot de lumière.

« La vache, pas commode la bonne femme », déduit Christian, interloqué par la tournure de la rencontre. Il reste indécis, partagé entre cette invitation incongrue et une situation qui au fond de lui l’amuse. Le rocambolesque, l’imprévu, quand ce n’est pas négatif il adore ça. Pour le coup, il est servi ! Pressé d’annoncer la nouvelle et de voir la tête de son épouse et de sa fille, il revient à pas rapides vers le van.


– Alors ? questionne Claudine qui a baissé la vitre.

– Wah, trop bizarre ! D’abord je me suis fait jeter, puis après on se fait inviter pour souper !

– Quoi ?

– J’te jure, ça doit être le caractère basque, ironise-t-il. Il y a une femme, on a de la chance elle parle français, qui ne voulait pas qu’on se gare. Quand j’ai dit qu’on était trois, qu’on était fatigués, elle a changé d’avis.

– Elle nous invite à manger ? Mais j’ai pas envie moi ! proteste Marion.

– Ah écoute, je crois qu’on a pas trop le choix de la manière dont elle m’a parlé. Si on refuse, sûr qu’elle nous vire ! Faut pas la vexer.


Après un temps de réflexion, Claudine conclut :


– Bah après tout, si ça peut m’éviter de faire la bouffe, c’est très bien.

– Ne la faisons pas attendre ! se préoccupe Christian.


Il verrouille le van et entraîne sa petite famille derrière lui. Marion, peu enthousiaste, traîne les pieds. Sur le pas de la porte, Christian n’a pas le temps de s'annoncer qu’une voix retentit :


– Entrez, entrez, ne restez pas dehors !


Timides, les trois voyageurs pénètrent les lieux, saisis par une chaleur douce embaumée d’une bonne odeur de cuisine. L’intérieur confirme les impressions de Christian. La maison est ancienne ; pierres et poutres apparentes, sol en carrelage ocre, mobilier issu d’un autre âge. Une longue table en chêne verni trône au centre du salon, sur laquelle dansent les reflets rougeâtres d’un âtre vigoureux. L’hôtesse leur tourne le dos, affairée à ses fourneaux. Ils n’ont pas le temps de s’avancer davantage que la porte d’une pièce attenante s’ouvre, laissant apparaître une seconde femme. Moins gracieuse, la chevelure aussi blanche que l’est le noir de la première, qui à la vue de la famille se fige, les toise, s’adresse ensuite vivement à l’hôtesse :


– Nor da ?


Celle-ci s’essuie les mains sur son tablier avant de répondre.


– Ezezagunak.

– Zergatik egiten duzu etxera ?

– Badago ama birjina.

– Ziur zaude ?

– Bai.


La nouvelle venue regarde à nouveau les arrivants, qui sentent de la tension, puis en maugréant va remplacer son interlocutrice aux préparatifs du repas. L’hôtesse dénoue alors son tablier, leur adresse un sourire.


– C’est ma sœur, excusez-la, elle a des manières un peu… un peu sauvages. Nous ne voyons pas grand monde ici vous savez.


Claudine veut à tout prix se montrer aimable.


– Oh mais ne vous en faites pas, c’est bien compréhensible ! Elle ne s’attendait certainement pas à voir des gens si tard.


La femme leur désigne la table.


– Asseyez-vous, je vous en prie.


Ils s’installent en silence, empreints de la gêne d’être introduits dans un foyer inconnu. Marion ouvre des yeux ronds, peu coutumière de ce type d’environnement rustique. Chacun a en face de lui une assiette creuse et une grande cuillère pour seul couvert. L’assiette a l’aspect de la porcelaine, pour motifs des chardons entrelacés ; la cuillère est en argent patiné par le temps. Du pain complet près d’un couteau à dents et une carafe de vin complètent l’ensemble. Claudine continue de se sentir obligée de faire la conversation.


– Vous parlez très bien français.


L’hôtesse s’assied en bout de table.


– Zugarramurdi est proche de la frontière.

– Ah oui, d’ailleurs, on est loin de Zur… Zugarma… ?

– Zugarramurdi. Vous n’en avez jamais entendu parler ?


Un nuage sombre passe dans son regard.


– Heu, non, jamais.


Interrompant la conversation, la femme aux cheveux blancs, à qui on ne saurait donner d’âge, pose lourdement une soupière fumante. Elle soulève le couvercle, remue l’épais contenu à l’aide d’une louche, puis sans un mot tend la main vers Marion qui, sotte, ne réagit pas.


– Ben alors Marion, donne ton assiette à la dame ! se moque son père.

– Ah ? Pardon.


La femme sert un par un les quatre convives avant de s’asseoir à l’écart.


– Votre sœur ne dîne pas avec nous ? s’étonne Claudine.

– Non, elle a déjà mangé. Pour répondre à votre question, vous êtes à deux kilomètres de Zugarramurdi. Votre pays n’est plus très loin après.


Puis elle se tait et commence à manger. Christian, qui craignait d’avoir faim à la vue du plat unique, est agréablement surpris. C’est une soupe paysanne copieuse, faite de légumes divers non mixés où nagent de gros morceaux de lard. Du coin de l’œil il observe Marion, se doutant que son adolescente de fille et ses goûts difficiles ne doivent pas apprécier. En effet, discrètement, elle repousse sur le bord d’une moue écœurée les bouts de gras gélatineux.

Durant quelques minutes il n’y a plus de discussion, on n’entend que le raclement régulier des cuillères au fond des assiettes. La sœur de l’hôtesse ne bronche pas de sa place, le regard fixé sur Marion qui finit par le ressentir et se sentir mal à l’aise.

La maîtresse de maison rompt ce silence pesant après s’être essuyé la bouche, en direction de la jeune fille qui décidément se sent visée. Mais le ton est avenant, l’incite à ne pas se montrer farouche.


– Alors Marion, tu veux faire quel métier plus tard ?


Cette question lui permettant aussi d’échapper à la soupe qu’elle n’arrive pas à finir, elle répond volontiers.


– J’aimerais travailler dans la mode.

– Ah, tu veux continuer à jouer à la poupée.

– Comment ça ?

– Habiller les femmes de toutes sortes de robes, c’est bien jouer à la poupée ?


Impossible de savoir si elle est sérieuse ou plaisante tant son expression reste énigmatique.


– Heu… je… oui, si vous voulez.

– Ensuite tu te trouveras un mâle et tu te feras engrosser.


Christian arrête de saucer son plat, Claudine se fige. Indifférente à leur présence, l’hôtesse continue.


– Tu élèveras les enfants que tu auras portés, esclave de ta famille, de ta maison, de ton métier. Aux portes de la mort tu te diras : c’était ça la vie ?


Christian vole au secours de sa fille désemparée, de plus l’objet de la causerie ne lui plaît pas beaucoup.


– Hé bien, vous avez une vision très pessimiste de l’existence !

– N’est-ce pas la vérité ? assène-t-elle, les mains jointes sous le menton.


Il tente de rester diplomate.


– C’est votre point de vue, j’avoue ne pas le partager.


Faisant fi des objections, elle revient vers Marion, empourprant cette fois-ci les joues de la petite.


– Reste vierge nire arreba, car tu es vierge, je le sais. N’avilis pas ton corps au désir corrompu des hommes. Réserve-le à des causes plus nobles. Le plaisir, tu peux le trouver dans chaque chose, dans chaque…


C’en est trop pour Claudine, qui essayait de se contenir mais se fait submerger par l’indignation. Elle se met debout, les deux poings sur la table.


– Madame, s’il vous plaît ! Vous êtes bien gentille de nous avoir invités mais l’éducation de notre fille, ça nous regarde !


Christian lui fait signe de se rasseoir, cherchant à calmer une situation en train de tourner au vinaigre. Il ne sait plus s’ils doivent rester ou s’en aller, cette femme est par trop indiscrète, vraiment bizarre. La voilà qui reprend d’une voix plus mesurée.


– Vos enfants ne sont pas votre propriété, Claudine. Ils viennent à travers vous mais ne vous appartiennent pas. Vous comprenez, le ventre fécondé n’est qu’un relais du vivant, un simple passage. Mais vous avez raison, je me mêle de ce qui ne me regarde pas, pardonnez-moi.


Toujours outrée, Claudine marque un étonnement. Elle interroge des yeux son époux qui lui fait comprendre de ne pas insister. Elle s’assied alors pour lui chuchoter à l’oreille :


– Comment ça se fait qu’elle connaisse mon prénom ?


Il hausse les épaules.


– On a dû le prononcer.

– J’suis sûre que non.


L’atmosphère s’est brusquement tendue. Christian commence à regretter d’avoir toqué à la porte de cette maison, les voilà empêtrés dans une position déplaisante. L’objectif dorénavant est de prendre congé au plus vite, en essayant de ne pas vexer ce personnage déroutant. Alors qu’il cherche ses mots, Marion s’est saisie de son smartphone pour dissimuler son trouble et demande d’une manière ingénue :


– Vous n’avez pas de réseau ?


À la mine de l’hôtesse, elle voit qu’elle n’a pas compris.


– Vous n’avez pas de connexion, pour le téléphone ? répète-t-elle en le lui montrant.

– Pour quoi faire ?

– Ben pour communiquer, rester en contact avec le monde.


La femme paraît réfléchir, puis redresse soudain sa grande stature. Sa robe de velours irradie de la lueur du feu situé derrière elle.


– Tu n’as pas besoin de cet objet pour être en contact avec le monde. Viens, suis-moi.


Devenue prudente, l’adolescente requiert l’autorisation parentale. Ceux-ci se concertent du regard, méfiants. Quand ils constatent que leur hôtesse ne s’approche que d’une fenêtre, Christian fait un geste d’accord de la main.

La fenêtre est au fond du salon, tournée vers la forêt suintante de nuit. La femme ouvre les deux battants, laissant rentrer une bouffée d’air moite.


– Approche Marion, n’aie pas peur.


Perplexe, la jeune fille se dirige vers l’ouverture béante sous la protection muette de ses parents. La maîtresse des lieux s’écarte, lui laisse place devant le dehors où bruisse un vent léger.

D’abord Marion ne sent qu’une forte odeur d’humus mouillé, pareille aux champignons, frissonne du changement de température. Elle ne distingue que les formes estompées des arbres qui balancent mollement leurs branches.


– Écoute nire arreba, écoute les échos du temps, murmure la femme qui s’est penchée vers elle.


Alors l’adolescente perçoit quelque chose de diffus, lointain, comme une succession d’appels en provenance des profondeurs de la forêt. Pour être certaine elle s’avance dans une posture attentive d’écoute, son visage offert à la fraîcheur de la nuit. Les appels sont plus nets, s’amplifient en longues clameurs répercutées par la futaie, montent comme une vague puissante de cris pour s’achever en hurlements atroces, insoutenables.


– Aaaaahhhhh !


Elle pousse une exclamation d’effroi et recule, blême, se précipite en pleurs dans les bras de Claudine qui a bondi, comme son mari, en réaction à la frayeur de leur fille.


– Qu’est-ce qui s'est passé ? interroge Christian, franchement en colère à la vue des sanglots.

– Rien. Elle a juste été en contact avec le monde.


Jusqu’ici mutique, la femme aux cheveux blancs se manifeste, animée de toute évidence par un vif intérêt.


– Entzun zituen ?

– Bai, esan dizut gurekin dagoela.


Ensemble elles scrutent l’adolescente, qui tourne une figure ruisselante vers elles.


– C’é… c’était quoi… ce que… ce que j’ai entendu ?


L’hôtesse noie ses yeux dans les siens.


– Ce sont les cris du passé qui sont venus à toi, les cris d’esprits libres qu’on a fait périr dans les flammes.

– C’était horrible…

– Parce que ça a vibré en toi Marion. Ici ta pureté te rend…


Elle est coupée par Christian hors de lui.


– Ça suffit maintenant ces conneries ! Vous allez foutre la paix à notre fille ! Je n’aurais jamais dû accepter votre invitation, on s’en va !


Sans sourciller, elle tente de le retenir.


– Vous êtes certain ? Nous pouvons vous préparer des chambres.

– Pas question, au revoir madame !


Il est déjà sur le perron, escorté de Claudine dans le même état, tenant Marion par la main. À grandes enjambées ils regagnent le van, faisant crisser nerveusement les graviers sous leurs pieds. Ils entendent encore derrière eux :


– Vous pouvez rester sur le parking !


Christian ouvre le véhicule et fait monter sa famille.


– Ça va Marion ?

– Oui, ça va.

– Qu’est-ce qui s’est passé ?

– J’sais pas. J’ai entendu des cris. Très forts. C’était affreux, on aurait dit des femmes, elles avaient mal.


Claudine l’observe, inquiète.


– Je suis désolée ma chérie, on ne pouvait pas prévoir. Mais enfin c’est quand même dingue ! T’as entendu quelque chose toi, Christian ? Moi j’ai rien entendu.

– Non, rien, c’est très étrange. En tous cas on s’en souviendra de l’hospitalité basque !

– Elles sont tarées ces bonnes femmes, enfonce Claudine. Qu’est-ce qu’on fait ? J’ai plus trop envie de dormir à cet endroit.

– Moi non plus, dit une petite voix.


Le conducteur regarde la nuit, constate avec dépit qu’une pluie fine recommence à brouiller le pare-brise.


– Quelle heure il est ?

– Bientôt vingt-deux heures.

– En vérité j’ai pas envie de reprendre la route. On n’y voit rien. Elle a dit qu’on pouvait rester là.


La perspective n’enchante guère Claudine mais il faut faire preuve de raison.


– Bon, 0K, mais tu fermes bien le van, hein ?

– T’inquiète, je le fais toujours.


Pendant que ses parents s’affairent dans l’espace réduit pour organiser le couchage, Marion essuie la buée de sa vitre. La vieille demeure a ses carreaux qui scintillent, environnée par la masse opaque de la forêt. On dirait un phare dans la nuit. Elle ne ressent plus la peur de tout à l’heure qui l’a bouleversée, un calme se répand à présent dans son corps ; une paix intérieure accompagnée d’un besoin absurde de repartir là-bas, s’entretenir avec Sorgina. Ce nom s’imprime en lettres rouges dans son cerveau, Sorgina, guztien ama, oui, elle discerne sa respiration toute proche ! La main de Marion se dirige vers la poignée d’ouverture, qu’elle retire au son sec du verrouillage des portes.


* * *


Le sommeil de Christian est agité, peuplé de paroles et images déplaisantes qui s’entremêlent et s’échappent, remplacées par des suivantes tout aussi pénibles. Une scène l’étreint particulièrement, alors qu’il a les pieds rivés au sol il ne peut empêcher un nourrisson d’être emporté dans les airs par une corneille croassante. L’enfant s’époumone et lui est dans l’incapacité d’intervenir, malgré tous ses efforts, comme pris dans la glaise. Arrive un vent glacial, gelant ses lèvres, recouvrant d’une neige immaculée la montagne autour de lui. Il ouvre les yeux…

La porte du van est grande ouverte, laissant s’engouffrer l’air froid. Quelques secondes il demeure hébété, il l’a pourtant bien fermée cette porte ! Il s’appuie sur un coude, regarde Claudine endormie à ses côtés, vérifie la présence de Marion sur la banquette. Nom de Dieu, elle n’y est pas ! Incrédule, il repousse sa couverture, descend rapidement du lit surélevé. Certainement est-elle sortie faire son pipi matinal, pourtant d’habitude elle referme derrière elle, au moins à demi, pour éviter que le froid ne les dérange. En temps normal il n’aurait pas bougé, mais les évènements de la soirée lui reviennent en mémoire et ne le rendent pas tranquille.

L’aube se lève à peine, chargée d’un brouillard dense qui humecte ses sourcils de minuscules gouttelettes. La visibilité est mauvaise, il sonde à droite et à gauche en espérant l’apercevoir. Ne voyant rien et trouvant qu’elle met du temps à revenir il commence à l’appeler, doucement puis de plus en plus fort.


– Marion ! Marion !


Une sourde angoisse lui pétrit le ventre. Où est-elle ? Il ne se retient plus et met ses mains en porte-voix.


– Marion ! Marion !


Le prénom de sa fille résonne dans les lieux en pure perte. Pour seule réponse, le questionnement de Claudine qui émerge du van, frigorifiée, serrant ses bras autour du corps.


– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Marion, elle n’est plus là, elle a disparu.

– Quoi ?

– Elle a disparu j’te dis ! finissant ses mots la gorge nouée.


Il braque alors son regard sur la maison engoncée dans la brume. Une rage monte en lui, fruit d’une certitude qui lui fait contracter les poings.


– Ce sont elles, je suis sûr que ce sont elles, marmonne-t-il entre les dents.


Il court vers la bâtisse, revoit l’attention malsaine de la Basque sur sa fille durant toute la soirée. C’était évident, il n’y avait que Marion qui l’intéressait.


– Christian, attends-moi !


Il ignore son épouse, déjà en train de cogner violemment la porte. Sans attendre il tourne la poignée, prêt à entrer de force s’il le faut. C’est ouvert, les occupantes sont donc réveillées. À l’intérieur les choses sont telles que la veille ; la table avec les assiettes, la soupière et sa louche, un tas de cendres froides dans la cheminée, rien n’a été débarrassé.


– Il y a quelqu’un ?


Silence, oppressant, accentuant son anxiété. Le salon vide, il n’hésite pas à chercher, fébrile, dans les autres pièces, si Marion est ici il la trouvera ! Il inspecte le rez-de-chaussée, en vain, entreprend alors de monter à l’étage. Les deux premières chambres à la décoration vieillotte ne dévoilent aucune présence. Dans la troisième, il reste interdit par ce qu’il découvre, trônant sur un matelas nu constellé de taches. Trois crânes de moutons, agencés en cercle, qui se regardent les uns les autres de leurs orbites creuses ! Spectacle pour le moins insolite, sinistre, qui ne le rassure pas du tout. Son trouble est interrompu par Claudine qui l’appelle en bas. En se décidant à la rejoindre, il jette au passage un coup d’œil par la fenêtre. Marion ! Sur un chemin filant vers la forêt, encadrée par les deux femmes !


– Bordel !


Comme un dératé il dévale les escaliers, hurle à Claudine.


– Elle est dehors, derrière la maison !


Il pique un sprint de tous les diables, fouetté par l’herbe mouillée, pour rattraper le trio à la limite du bois.


– Marion !


Au son de sa voix elles s’arrêtent, se retournent à l’unisson. La femme à la chevelure de charbon est devant, l’autre ferme la marche, sa fille entre les deux. Essoufflé, Christian peine à articuler.


– Qu’est-ce que vous faites… où vous allez avec ma fille ?


Aucune ne répond, elles se contentent de rester là, sans réaction.


– Je vous pose une question nom de Dieu, je vais appeler les flics, je vous préviens !


La femme qui les a accueillis s’avance alors.


– Marion a fait un choix, nous l’emmenons vers son destin.

– Merde, ça va pas recommencer ! Marion viens ici, elles sont complètement folles !


L’adolescente ne bouge pas, étrangement absente, comme si cette agitation ne la concernait pas. Il s’emporte.


– Viens j’te dis !


Claudine arrive sur ces entrefaites, se précipite sur sa fille qu’elle enlace aussi fort que l’est son angoisse. Cette dernière encaisse le choc, bras ballants, insensible aux embrassades de sa mère, les yeux perdus au loin.


– Ma… Marion, ça va ?


Elle répond d’une voix atone.


– Ça va maman, allez-vous-en maintenant.


Christian et Claudine ne reconnaissent pas le timbre de voix de leur fille et son attitude incompréhensible.


– Qu’est-ce que tu racontes ? On va partir ensemble.


Marion détache son regard de nulle part, le ramène sur ses parents.


– Non, je ne vous suivrai pas. Je ne veux plus de la vie qui m’attend.


Abasourdi, Christian s’adresse virulent aux deux femmes qui ne manifestent toujours pas la moindre émotion.


– Que lui avez-vous fait ? Que lui avez-vous fait ?


Il s’approche d’elles, menaçant, mais ne va pas plus loin, pétrifié par le phénomène auquel il assiste. Se sentant agressées, les femmes ont changé d’attitude, aussi incroyable que cela paraisse, de forme également ! Leurs chevelures se hérissent comme agitées d’électricité statique, leurs ongles s’allongent pour finir en griffes redoutables, leurs yeux deviennent pure incandescence. Christian réalise alors, malgré toute sa rationalité, à qui il a affaire ! Il recule lentement, sans lâcher des yeux la paire méconnaissable.


– Claudine, il faut se barrer, vite.


Elle est aussi affolée que lui devant la métamorphose, une terreur sans nom commençant à l’envahir, frayeur archaïque issue de la nuit des temps. À portée de Marion, son père lui attrape le bras.


– Tu viens avec nous, ne discute pas.


La réaction de sa fille est immédiate, d’une violence extrême. Elle se baisse à la vitesse de l’éclair, se saisit d’une pierre avec laquelle elle frappe la tête de Christian de toutes ses forces ! Touché à la tempe il chancelle, Claudine hurle.


– Marion, qu’est-ce que tu fais ?


Elle n’a pas le temps de la stopper que celle-ci refrappe, encore plus brutale. Second coup fatidique, l’homme s’écroule face contre terre.


– Nooooonnnn !


Claudine veut arracher la pierre des mains de sa fille mais, d’un coup, une poigne de fer autour de son cou la paralyse dans son élan. Bras tendu, soulevant la malheureuse d’une force hors du commun, la femme aux cheveux blancs l’étrangle. Claudine secoue les pieds dans le vide, se débat avec l’énergie du désespoir mais étouffe. Un voile noir commence à lui obscurcir la vue. Tout proche, elle a encore conscience d’entendre à son oreille.


– Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils viennent à travers vous mais ne sont pas à vous.


Les vertèbres cervicales craquent, la tête désarticulée tombe sur le côté. Le bourreau libère sa prise et Claudine s’affale au sol, telle une marionnette dont on a coupé les fils.

Marion relâche la pierre ensanglantée, contemple les deux corps gisants dans la rosée. La fureur née au contact de la main de son père s’est évanouie, elle est à nouveau neutre, impassible.


– Ils sont morts, prononce sa bouche.


Sorgina se tient à ses côtés, son apparence d’origine retrouvée.


– Il faut toujours tuer ses parents pour grandir.


Une voiture passe sur la route, ignorante du drame qui vient de se nouer. Les oiseaux, perchés dans les frondaisons, lancent avec vigueur leurs premiers trilles pour saluer l’arrivée du soleil. Sorgina lève la tête pour les écouter, puis revient vers Marion :


– Allons maintenant à l’akelarre, nous devons te présenter à tes sœurs.


 
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   socque   
13/10/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je suppose que la nouvelle s'ancre dans le folklore basque que je ne connais pas du tout... Pas grave, on a l'air d'évoluer dans de la divinité forestière pas franchement philanthrope. J'ai trouvé l'histoire bien menée, j'ai surtout apprécié le contraste entre le langage relâché, sans noblesse des touristes français et la hauteur de vue que manifeste l'hôtesse basque. Le point de bascule du repas, quand on se met à interpeller directement Manon, m'a paru habile.

C'est ce que j'apprécie dans le fantastique : la montée en puissance, le glissement du quotidien à l'inouï en passant par l'insolite, l'étrange, l'extraordinaire. Pour moi, ce glissement est fort bien maîtrisé ici.

L'écriture suit, peut-être un peu trop en recherche d'effets à mon goût ; problème, selon moi, avec ce membre de phrase :
la chevelure aussi blanche que l’est le noir de la première
. Je vois ce que vous voulez dire, mais je ne suis pas votre formulation. Aussi blanc que le noir de la première chevelure l'est ? Donc la première chevelure serait d'un noir très blanc, si on s'en tient à ce à quoi renvoie le pronom "l'"...

   cherbiacuespe   
16/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai du jongler pour traduire du basque mais je salue bien bas ce travail de fond. On ne prête jamais assez d'attention à ce travail de recherche des auteurs.

Ce récit est très bien construit. L'évolution de la trame jusqu'au drame et sa finalité est très finement amenée, excellent! Rien à dire sur le choix des mots, la formulation, vocabulaire sobre, dialogues parfaitement maîtrisés, crédibles.

L'histoire est bien menée, je me suis laissé porter par cette nouvelle de sorcellerie contemporaine. Horreur ou fantastique ? J'hésite, et c'est le seul bémol que j'attribue à cette nouvelle qui m'a convaincu.

Cherbi Acuéspè
En EL

   Alfin   
22/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très belle narration, c'est une histoire prenante et très bien menée. On reste sur notre faim, on attend la suite.
Merci beaucoup pour cette belle lecture !

   Quieto   
8/11/2020
Bonjour Malitorne,

Sachant que la nouvelle n’était pas des plus courtes et que je ne désirais pas consacrer du temps à sa lecture à ce moment de la journée, j’ai néanmoins voulu lire les premières lignes pour m’en faire une première très vague idée. Eh bien, je l’ai lue jusqu’au bout. Il n’y a pas de temps morts, pas de passage plus faible que les autres, le suspense ne fait que croître et je n’ai lâché à aucun moment.

Père, mère et fille me semblent bien camper une petite famille contemporaine.

Il y a un bon équilibre entre dialogues et narration.

L’écriture n’a pas de style particulier, ce qui n’est pas un reproche. Elle se met avant tout au service des situations dans une nouvelle finalement davantage cinématographique que littéraire. Tous les ingrédients classiques de films d’horreur ont été choisis : l’égarement sur la route, la fatigue, la maison perdue au milieu de nulle part, des personnages curieux et inquiétants, la forêt, la nuit, la brume. C’est en ce sens que je la vois cinématographique, parce que quelques mots suffisent pour que le lecteur puisse y superposer des images vues souvent. D’ailleurs, deux effets littéraires un peu forcés et de nature identique dans leur syntaxe se démarquent du reste, de manière peut-être un peu incongrue : « la chevelure aussi blanche que l’est le noir de la première » et « se précipite sur sa fille qu’elle enlace aussi fort que l’est son angoisse ». Une autre formulation m’a un peu heurté : « La fenêtre est au fond du salon, tournée vers la forêt suintante de nuit. » -> « suintante » ne me parait ni heureux ni élégant. Je pense que le texte aurait pu se passer de ces effets.

La nouvelle semble servir de support à une maxime psychanalisante exprimée par Sorgina : « Il faut toujours tuer ses parents pour grandir ».

Une nouvelle s’appuyant sur les éléments classiques du genre, mais bien écrite et plaisante à lire, bien équilibrée entre dialogues et narration ainsi que dans la progression du suspense.

   maria   
8/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Malitorne,

Je suis rentrée dans l'histoire dès les premiers mots et l'ai suivie avec intérêt et plaisir jusqu'à la fin.
J'ai trouvé l'ensemble cohérent et vivant.
La fin a été une belle surprise pour moi et, à ma grande honte, elle m'a fait sourire.

Bravo pour le travail et merci de l'avoir partagé.

   Donaldo75   
8/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Malitorne,

J’ai bien aimé cette nouvelle. Je trouve que le suspense ne pèse pas des tonnes, que l’atmosphère prend forme progressivement et surtout que le récit ne s’installe pas dans les poncifs du genre. En plus, la narration est équilibrée entre l’avant et l’après transformation de Marion. Le lecteur n’est pas obligé de prendre parti car il y a des deux côtés de bonnes raisons, entre les conventions de la vie familiale, de la société, et la vision que Sorgina a du monde dont elle et ses sœurs se sont dégagés il y a déjà longtemps. C’est l’intérêt du genre « fantastique / merveilleux » à tendance lovecraftienne – du moins, je suppose cette tendance – la lumière ne combat pas les ténèbres dans une vision manichéenne de l’univers. Pas de bons, pas de mauvais, pas de justes, pas de voleurs. En plus, ça reste propre en termes de manifestation, pas de murs couverts de sang, de squelettes sortis des placards et de zombies en quête de chair fraîche.

Bon, comme tu t’en doutes, j’aurais préféré que cette nouvelle se déroule sur le territoire nord-américain et encore mieux dans le Massachusetts idéalement proche de la ville de Salem mais qui suis-je pour en demander autant à un auteur ?

   Lulu   
8/11/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Malitorne,

Alors là bravo ! J'ai lu cette nouvelle avec beaucoup d'intérêt du fait de l'intrigue et du suspens bien mené - en tout cas, ça a marché pour moi...

L'imagination est là, débordante, et pour le plaisir des lecteurs qui peuvent s'évader entre les lignes d'une histoire que j'ai trouvée très visuelle. Ce côté là, très réussi, fait que je me souviendrai sans doute longtemps de ce récit.

J'ai aimé m'interroger sur mon propre rapport à la langue française, en lisant ces mots basques que j'ai découverts, me montrant les limites de mes connaissances, bien sûr, mais m'ouvrant l'esprit à cette culture que je méconnais et que je suis contente de trouver ici au travers des mots et de cette aventure vers le village recherché initialement.

L'inspiration fantastique est belle et riche ; elle est aussi servie par une intrigue qui interroge à plusieurs niveaux. A un moment, j'ai pensé que Marion, la jeune fille passait par une sorte de "rite de passage" pour entrer dans le monde adulte, et j'ai été confortée plus loin dans cette hypothèse, mais le suspens nous tient vraiment jusqu'au bout.

L'écriture est parfaite, tout comme le rythme de la nouvelle.
Je ne sais combien de temps tu as mis pour écrire ce texte, mais cela m'apparaît comme un vrai bijou bien travaillé.

Je lis très peu de fantastique, moi qui suis tant séduite par ce genre. Cette nouvelle aura eu le mérite, en plus de me donner envie de lire d'autres nouvelles du genre, de lire juste davantage ; ce qui n'est pas rien, souvent, dans notre monde si emporté par la prégnance des écrans et des images.

Les personnages des deux sœurs sont bien décrits. Ni trop ni pas assez. On a juste affaire à ce qui nous permet de supposer entre les lignes pour voir où la narration nous entraîne.

L'ancrage dans le réel et la dimension purement fantastique sont très bien vus.

Félicitations, et au plaisir de te relire au travers d'autres textes.

   Bellini   
10/11/2020
.

   plumette   
8/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Malitorne,
il me semble que ce n'est pas la première fois que vous utilisez une telle construction pour votre nouvelle : un début des plus réaliste pour glisser progressivement dans le fantastique; j'apprécie bien cette façon d'amener votre lecteur à quitter le plancher des vaches pour l'entraîner dans un récit imaginaire peuplé d'actions et d'images violentes, D'autant que dans ce texte on sent venir doucement le basculement. j'ai trouvé très saisissant le dialogue entre Sorgina et Marion, cette violence souterraine et la peur des parents, mais n'étant pas férue de fantastique, j'ai moins aimé le texte à partir de la disparition de la jeune fille.

Mes bémols:
la phrase de Sorgina "Vos enfants ne sont pas votre propriété, Claudine. Ils viennent à travers vous mais ne vous appartiennent pas." m'a fait penser au poème de khalil Gibran:

"Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas."

j'ai trouvé cette phrase bizarre au milieu de ce texte, je pense que l'histoire pouvait parfaitement se passer de cette phrase très connotée.

la narration souffre de quelques surlignages qui ne sont pas vraiment utiles ( mais soyons juste, le texte est agréable à lire!)

   Dugenou   
9/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Malitorne,

J'ai trouvé les parents vulgaires, et leur hôtesse parvient à faire prendre conscience de cette vulgarité, et à lui faire perdre, à Marion, pour l'amener vers un destin plus noble, celui de sorcière... les soeurs faisant elles mêmes preuve d'une certaine noblesse.

Bravo pour ce texte à mi chemin entre le fantastique et l'horreur, qui existe même dans les endroits reculés, chère à Aich' Pi El' !

Je me demande... "Bon, 0K, mais tu fermes bien le van, hein ?" --> Ok écrit avec un zéro, c'est intentionnel ?

Dugenou.

   Eclaircie   
9/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Malitorne,

Une nouvelle d'une longueur "intermédiaire". J'ai décidé de me plonger dans sa lecture. Un peu avec la crainte de ce que j'allais lire, sous ta plume (mais en fantastique/merveilleux, j'ai osé).

S'il m'est difficile voire impossible de faire l'analyse du texte je viens tout de même écrire le plaisir que j'ai eu à lire ce texte.
Le format sur oniris m'empêche souvent de lire d'une traite, j'y suis, là, parvenue et avec beaucoup d'intérêt.
Je ne suis pas amateure de nouvelles de ce registre, je n'en ai donc pas beaucoup lu. Cependant le style, l'alternance des dialogues et des parts de récits, l'enchainement des situations et la logique du récit ont contribué à mon plaisir de lire.
La violence ( pas forcément indispensable) à la fin de l'histoire est suffisamment courte pour ne pas me déranger.

Et merci pour le plan dans le Diaponiris, le village existe donc. J'ai suivi le chemin pour connaître un peu plus l'histoire.

Merci du partage,
Éclaircie

   Charivari   
9/11/2020
Zugarramurdi !
Dès le titre j'ai pensé aux sorcières, aux akelarre... Faut dire aussi que j'ai vécu au Pays Basque, côté espagnol, donc tout ça ça m'évoque des choses.

Je n'ai pas été déçu, j'ai bel et bien retrouvé mon pays Basque et ses routes en lacets dans les montagnes, son temps pourri... On sent un auteur qui connaît bien la région et ça fait plaisir.

C'est très bien écrit, style à la fois léché pour les descriptions et dynamique pour les actions et les dialogues, j'ai particulièrement aimé la conversation à table, le discours des deux sorcières... Tout ça se lit comme du petit lait, ou plutôt comme du cidre basque...

Bref, j'ai beaucoup aimé... Jusqu'à la fin, que je trouve un peu trop abrupte, et c'est dommage,prendre un peu plus de temps (un page de plus?) et un petit rebondissement sur la fin, ça aurait été le texte parfait. Mais peut-être que l'effet surprise n'a pas opéré pour moi qui connaissait le patelin!

Eskerrik asko, agur

   Malitorne   
10/11/2020

   hersen   
10/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Fallait-il que Marion tue réellement, physiquement, ses parents ? je n'en suis pas sûre. A mon avis, une fin plus subtile aurait sans doute eu plus d'impact. Elle aurait pu se couper d'eux de bien d'autres façons (ce serait en plus une occasion d'amplifier le côté fantastique recherché). J'aurais bien aimé avoir l'impression que le monde de la "sorcellerie" lui aussi a bougé en même temps que le reste du monde.
Je fais partie de ceux qui trouvent qu'il y a un peu trop de dialogue. Je crois qu'en narratif, certains passages auraient pu être beaucoup plus forts.
Et j'ai trouvé la réaction des parents trop mollassonne. Tout ça pour une place de parking ? Pour moi, pour que ce soit crédible, il faudrait que les parents restent pour une raison supra naturelle dont ils n'ont pas conscience. Moi, on me fait ça avec ma fille, je fais mille bornes dans la nuit ! (ce qui, aussi, aurait pu ne pas empêcher que Marion réponde à l'appel, mais au moins, les parents auraient réagi)

Par contre, j'ai aimé ce qui concerne les deux soeurs, leur maison, leur dialecte etc.

Le pays basque se prête pas mal à ce genre d'histoire, je crois, pour ce que j'en ai vu.

Merci de la lecture.

   SaulBerenson   
12/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Belle histoire, marquée d'empreintes d'une région à forte identité. Elle transpire magnifiquement dans cette nouvelle.
Virginité, sorcellerie...un texte à relire le soir au coin de la cheminée.

Parents un peu trop caricaturaux toutefois. Plus de curiosité, d'envoutement, de leur part, face à la situation aurait pu donner à l'ensemble une autre dimension.

   Cat   
16/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'horreur, ce n'est pas ma came, je trouve que la vraie vie en est suffisamment remplie, mais je me suis bien laissée embarquer dans cette nouvelle. C'est bien écrit, les grandes lignes sont rondement menées et c'est avec plaisir que je sens monter le suspens à bord du van sur la route sinueuse à souhait.

Bien sûr, après les toc toc à la porte de la maison glauque, on devine aisément le tour que vont prendre les choses. Surtout quand l'intérêt de la première sœur s'éveille tout à coup en apprenant que Christian a une ado avec lui.

J'ai eu l'agréable sensation de revenir au temps des lectures de mon enfance, quand le pays des sorcières exerçait quelques attractions sur un imaginaire qui avait envie de connaître le grand frisson.

Les dialogues autour de la table du souper ne m'ont pas pleinement convaincue. Je dirais même que c'est à partir de là que je suis redescendue du petit cheval. Il leur manque une force, une conviction pour rendre plus crédible le danger qui guette.

Ensuite, c'est le zigouillage des parents qui est trop vite amené. Un peu comme si l'auteur avait voulu boucler vite fait l'histoire.

Sans parler de cette morale ''il faut tuer ses parents pour grandir'' ; Elle peut sembler incongrue posée là comme un cheveu dans le potage, ou pas suffisante si le thème tourne autour de cette sentence.

Grâce à la qualité de l'écriture l'impression qu'il me reste de ma lecture quelques jours après est bonne.


Merci du partage, Malitorne.


Cat

   Andre48   
17/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Malitorne,
Une nouvelle agréable à lire grâce à l’alternance des descriptions et des dialogues.
Le choix d’un pays boisé, presque sauvage et d’une langue ’étrangère’ sert le récit.
Il y a comme une ambiance - forêt des Balkans…
Le meurtre des parents plutôt que de les abandonner, cela permet une chute que certains ados pourraient qualifier de ‘fantastique et merveilleuse’.
Merci du partage,
André


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