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Sentimental/Romanesque
matcauth : Trois points de suspension [concours]
 Publié le 19/12/12  -  12 commentaires  -  23071 caractères  -  147 lectures    Autres textes du même auteur

http://www.wikipaintings.org/en/edward-hopper/morning-sun

Il y a cette impression qu'un million de destins se dissimulent derrière la silhouette de cette femme. Et une fatalité lourde, oppressante, semble se refermer doucement sur elle. Voici trois récits, trois tranches de vies, pour tenter d'entr'apercevoir la portée du tableau.


Trois points de suspension [concours]


Ce texte est une participation au concours n°15 : Hopper l'Inspirateur (informations sur ce concours).



- Viv. -


Il y a un autre morceau de papier, coincé entre deux planches. Celui-là, je m'en souvenais même plus.


« PanC à : odeur du kf. »


Je sais, j'aurais pas dû l'oublier. Je le mets à côté de l'autre, celui où il est écrit « Wole Soyinka ».

La mère en faisait du bon, du café. Avec des odeurs de noisettes grillées. La mère, elle habitait un quartier pourri à Buca, des fois je passais chez elle. Les odeurs flottaient dans l'air, ça imprégnait le sang, ça grisait. J'avais passé la soirée à Lipscani, traîné au Spice shop ou au Glam, si ça se trouve ça existe encore, et quand je revenais de disco, un peu cassée, disons pas trop, la mère était en train de concasser des noix… à six heures du matin. Elle les mettait dans de la feuille filo, elle pliait, elle enfournait, elle recommençait, comme ça elle avait pas besoin de lever les yeux sur ma gueule. Ça sentait le café, ça sentait le beurre chaud.

Quand j'y r'pense…

Je vais garder ce papier-là, il est bien. Penser à l'odeur du café. Par contre si j'arrive à trouver un autre bout de papier, j'écrirai dessus : « Le filo crokant et le beur cho. »


Immobile dans ma chambre, quatre murs, un matelas, j'entends le plancher craquer, ça marche dans le couloir. J'essaie de pas y penser et je pose le regard sur le néon d'une devanture, dehors ; la lumière est bleue, hypnotique. Le plus dur dans la souffrance, c'est de savoir qu'elle arrive.


*


J'ai vite compris que le ciel serait pas de mon côté, aujourd'hui. Le matin, Viv partageait l'avenue avec moi et Svetko – le mac – a déboulé au moment où je partais planquer un billet de vingt.

Viv, il lui suffisait de dire que je pissais et c'était marre. Mais non, il a fallu qu'elle invente je-sais-pas-quoi et Svetko a rappliqué. Dég. Ça aurait pu mal finir mais j'ai expliqué que j'étais malade et c'est passé.


– Viv, la prochaine fois tu dis que je pisse, tu dis rien d'autre.

– C'est ce que j'ai dit ! Mais il a pas voulu rien savoir !


Moi j'ai pensé : si Svetko apprend que je mets de côté en revendant ma dose d'héro, il me tuera avec son Kalach. Il arrivera, costume impec, la cravate, il me regardera en inclinant un peu la tête, comme les chiens quand ils essaient de comprendre (mais Svetko c'est même plus un chien) et boum, il m'explosera.


J'ai hoché la tête et je suis retournée au taf. Mon client est arrivé à peine plus tard. Viv m'a pas vue partir, elle était en train de négocier avec un mouflet de douze ans à peine. (Ça ou autre chose.)

Je suis montée dans la voiture et Tom – c'est un client, Tom – m'a souri et m'a demandé comment j'allais.

Tom s'occupe d'une association pour aider les putes. Une fois par semaine, on va chez lui, on parle, on boit un café, il me paie et il me ramène.

Tom est sympa, il me dit des trucs que personne ne dit jamais : qui c'est le président de sa République, qu'est-ce qu'il fait pour nous. Des fois je lui demande : quand est-ce qu'on s'en sort ? Quand est-ce qu'on sera plus payées pour être aimées ? Il répond des choses, ça marche pas, c'est de l'esbroufe. Tant pis, j'ai besoin de croire.


Il m'a aussi expliqué pourquoi faut mettre deux capotes et pas une. Ça, par contre, c'est pas de l'esbroufe.


Il était peut-être midi et on était chez Tom, moi affalée dans le canapé, lui debout, à bonne distance. Il me fait :


– J'ai des médicaments qui aident à calmer les effets du manque, tu en prendras un tous les soirs et tu glisseras la tablette dans ton soutien-gorge.

– Non. J'ai pas besoin de médocs.

– C'est gratuit.


Je savais qu'il voudrait jouer au Bon Samaritain, un jour où l'autre. Pour ensuite passer à la télé. Dire aux journalistes : « Vous voyez cette petite Roumaine toute timide ? C'est moi qui l'ai sortie du trottoir. » Il veut pas baiser, Tom. Il racole la gloire, c'est ça qui le fera triquer.

Sauf que moi j'ai pas besoin de ses Decontractymachin pour sortir de la merde. J'ai répondu tout calmement :


– T'es pas mon psy, et je fais pas la charité. T'es un client donc tu paies, même si tu me baises pas. Et quand t'as fini de pas me baiser, tu me ramènes.

– Je te baiserai jamais.


Par contre il me les a donnés quand même, ses fichus médocs. Je les prendrai, mais je m'en sortirai toute seule.


C'est là que ça a frappé. Tom est allé ouvrir, moi je regardais du coin de l'œil, des fois que les voisins aient encore appelé les flics, et là je vois Viv. Je me précipite.


– Viv ! Bordel qu'est-ce que tu fous là ?


Comment elle avait fait pour me trouver et venir jusqu'ici ? Après, j'ai pensé : elle m'a suivie, elle veut de l'aide. J'étais contente.


– J'arrive pas à tenir sans héro ! elle me dit.

– Tom va te filer des médocs et tu vas tenir.


Viv et moi on a un deal. Dès qu'on peut, on revend notre dose dans la rue, on a un acheteur, quelqu'un qui posera pas de questions.

Le jour où on sera sevrées, Viv et moi on s'enfuira. On courra à s'envoler. Et on sera heureuses, comme dans le film.

Des fois Svetko me fout dans un autre quartier alors je peux pas voir mon acheteur, forcément. Il faudrait que Viv y aille à ma place mais quand elle est toute seule, elle craque et elle y va pas.

En plus, Viv elle a piqué l'argent du marronnier, l'autre jour. Si cette conne avait pas tout claqué, on serait dans les Caraïbes, à cette heure-ci. Ou à Bucarest, chez la mère, et on boirait du café avant d'aller au Glam.

Elle m'aura tout fait, Viv, mais je peux pas la laisser, sinon je me laisse aussi.


Tom savait pas s'il devait la faire rentrer. J'ai fait :


– Prends un cacheton tout de suite. Et retourne sur ton trottoir. Si Svetko te voit, t'es morte.

– Ouais, elle m'a dit comme ça. Te fais pas de souci.


Te fais pas de souci.


L'instant d'après, la porte a giclé. Svetko est apparu dans l'encadrement et mon cœur s'est arrêté de battre. Il a rien dit, Svetko. Rien. Du doigt il m'a indiqué la sortie, la bretelle vers l'enfer et j'avais pas de voie de contournement. J'ai eu l'impression de flotter au-dessus de moi, de voir le fût du Kalach pointé vers ma bouche, là j'ai hurlé sans un son, j'ai imploré la fin des temps. Un sbire de Svetko a sorti une arme et l'a pointée, mais pas sur moi. Sur Tom. Le sbire a même pas cherché à me retenir. Il avait pas besoin. Il savait que je regarderais, comme un charognard renifle l'odeur de la mort. Ça a été tellement vite, j'ai cru que la cervelle de Tom avait explosé avant le coup de feu.


Après ça j'ai dû me contenter d'une journée de plus sur le trottoir de Marseille. La mort est pas la pire chose sur terre.


*


Un jour, Tom m'avait parlé d'un mec. Un héros. On l'avait collé en prison parce qu'il avait voulu libérer son pays. En prison, le gars cogitait et écrivait sur des minuscules bouts de papier. Il écrivait autant qu'il pouvait, il tenait le coup comme ça. C'était un Noir et quand j'ai vu son nom dans un journal, l'autre jour, ça m'a fait tilt, je l'ai noté le soir même sur une étiquette de pull. « Wole Soyinka. » Moi aussi je pense à des trucs et pour m'en souvenir, je les écris sur ce que je trouve. Des fois c'est des étiquettes de pull, des fois c'est un bout de papier trouvé par terre ou le vieux journal d'un client. J'écris des choses que j'aime bien. Je pense aux baklavas de la mère, aux rires de mes sœurs, et là, ce soir, je penserai au café.


Je suis dans la chambre, Svetko attend derrière la porte, ou alors il regarde par la serrure. Ou il écoute. Il me fissure. J'avais tort, il me tuera pas d'un coup de Kalach. À la place, il me fera mal. Comme ça il sera rassuré : je serai bien sage, je prendrai bien ma dose, j'essaierai pas de fuir, docile.

Dehors, il y a du soleil, ça réchauffe un peu mais ça aide pas ; quand il fait chaud, les crises de manque reviennent plus souvent et je me mets à rêver d'une baignoire remplie d'eau glacée.


Ça fait un moment que j'entends plus rien. Je vais rester assise sur le lit, je vais attendre sagement et pas la jouer rebelle, de toutes façons j'y couperai pas. Svetko va arriver avec son beau costume tout noir et ça sera ma fête.


Qu'il profite.


Il y a quelques mois, quand je suis arrivée en France, je pensais que je garderais ses enfants. Comme fille au pair j'aurais été pas mal, en plus je parlais bien français, presque mieux que Viv. Mais bon, Viv elle est née droguée. Elle est née tabassée.

Après mon arrivée à Marseille, Svetko m'a emmenée ici, dans cette chambre, il m'a violée, ses sbires aussi. La Terre entière m'a violée.

Mais ils ont violé que mon corps.

Une chance.

Moi mon plan s'est dessiné petit à petit. L'idée était simple, un matin on irait à Paris en avion et je ferais les palaces, pour descendre le futal des riches. Et m'enfuir en secret grâce à eux. Svetko aurait été d'accord pour un essai, mais après l'histoire de Tom, c'est fichu.



Ça y est, Svetko vient d'entrer. Il porte son costume noir. Il me sourit avec ses dents pires que son costume. Il aurait dû en prendre un rayé jaune, ça aurait fait raccord.


Il s'est allongé sur moi. Il a enlevé le bas du pantalon et retroussé les manches de sa veste. Parfois je me dis que ce serait mieux avec un soûlard. Les coups partiraient mais je les verrais pas venir. Avec Svetko, je les anticipe, je les attends et je les vois traverser ses yeux quand il me regarde.


Il a le visage tout près de moi. Il râle, c'est que ça ira vite. Il a dû s'occuper de Viv, déjà. Il approche son regard du mien et il ouvre la bouche. Un relent de café m'embaume la tronche. Penser au café. Mes yeux vont à Bucarest, je prends une tasse, y a la mère et plein de pâtisseries sur la table de sa cuisine.


Dans un mois, peut-être deux, on sera loin, avec Viv. On sera à Buca ou dans les Caraïbes.


Un mois.


Peut-être deux.




- À mi-chemin de nulle part. -


Elle regarda autour d'elle et ne vit rien d'autre que les murs unis, muets, et la grande fenêtre d'où apparaîtraient les premiers rayons du soleil. Elle ne sentit rien non plus, sinon une vague odeur de moisissure, mais cela lui convenait. Satisfaite, elle posa par terre sa valise, un minuscule vanity-case, le plus petit qu'elle avait pu trouver dans l'immense fourbi de sa maison.


Ses habits lui brûlaient la peau alors elle les retira un à un et les jeta par terre, sans bruit, il n'y avait pas un bruit dans la chambre, à part le frottement de ses doigts qu'elle passait dans ses cheveux pour les démêler.


Elle enfila un baby-doll qui sentait le savon, juste le savon. Le bout de tissu était laid et valait, pour ce qu'elle en savait, trois francs six sous dans une fripe de banlieue. Elle le fit glisser sur sa peau nue et posa ses mains dessus, comme pour s'assurer qu'elle n'était personne d'autre, pourtant elle aurait voulu être n'importe qui, pour se voir de l'extérieur, se voir goutte d'eau dans l'infinité du monde et ainsi s'assurer de la futilité de l'air qu'elle inspirait et expirait en permanence, comme une araignée s'acharne à filer une dentelle pour ses petits. Elle aurait voulu donner des mots à son existence.


Encore debout, minuscule présence, elle prit la valise, la posa sur le lit et l'ouvrit. Ses yeux glissèrent – sans le voir – sur un tas de petits objets : ses papiers, un porte-monnaie, son journal intime, son collier en or (sur elle ou dans un sac, il ne l'avait jamais quittée), un savon à la lavande (la lavande lui rappelait toujours les vacances d'été), des brins de marjolaine, une pince à épiler, une aiguille et du fil à coudre (sa mère lui disait toujours de ne pas s'en séparer), une brique de Lego, une clé sans serrure, un dessin d'enfant, des photos… Et les restes d'un morceau de sucre, avec ces grains éparpillés partout. Elle les épousseta rapidement, piocha un élastique pour attacher ses cheveux et écarta la valise de sa vue.

Il y avait une autre odeur dans la chambre – elle ne l'avait pas perçue tout de suite – une odeur de vinaigre, mélange de sueur et de déodorant, comme une empreinte du passage des clients d'avant.


Elle fit quelques pas en cherchant à quoi occuper ses mains, à quoi occuper son temps. Il n'y avait pas beaucoup de choses à faire dans ces murs trop lourds, trop fades pour ne pas les voir, sinon penser à la prochaine étape et là, tout se bousculait : elle deviendrait volontaire dans un pays pauvre, nomade au long cours, membre d'une communauté hippie dans le désert de Californie. Groupie d'un rocker aux cheveux noirs, dans une caravane, à sillonner les départementales. Ses sourcils se froncèrent : non, pas ça. Un tour du monde en bateau serait mieux, essuyer les tempêtes (il y avait toujours des tempêtes dans ses rêves au large), réparer le mât, souffrir, du froid, du chaud, du manque d'eau, la peau brûlée par le sel, à bouffer des algues vertes et des saumons.

De toutes façons, choisir l'un signifiait abandonner l'autre. Cette idée la tourmentait.


Elle monta sur le lit mais ne put s'allonger car son corps lui faisait mal. Elle resta assise, la nuque pliée, pour atténuer la douleur dans son dos.

Dehors le bourdonnement de la ville crût et un chien aboyait – depuis un moment déjà – à deux blocs de là.



Hier soir encore, elle avait regardé son homme et ses enfants avec bienveillance. Eux, pas.

Elle avait fait son possible pour ne convenir de rien, s'était levée quelque part entre la nuit et l'aurore et s'était habillée tout en le regardant dormir, lui, son visage éclairé par un mince clair de lune. Elle avait souri puis, surprise, avait tourné la tête pour ne plus y penser, fermé la porte derrière elle et attendu en silence, retenant sa respiration qu'elle trouvait trop bruyante.

Elle avait descendu les escaliers doucement, cherchant un prénom à chacune des marches. Les enfants auraient adoré jouer à ça.


Y penser était stupide.


Une fois dans la cuisine, elle avait versé du café dans une casserole, pour qu'il chauffe, et avait écouté la nuit. Il n'y avait rien à entendre alors elle avait cherché un verre opaque – car ils donnent meilleur goût au café – et bu le breuvage sans envie, juste par habitude, en sachant combien il lui brûlerait l'estomac le restant du jour.


Elle avait tripoté un morceau de sucre entre ses doigts, un sucre en forme de cœur – il y avait d'autres motifs, le trèfle ou le carreau, mais c'était tombé sur le cœur – puis elle avait rincé son verre dans l'évier, comme pour effacer les dernières traces de son passage nocturne.


Dehors il faisait assez frais pour endormir l'odeur d'automne et de pluie, l'odeur des roses du jardin, celle – sa préférée – des feuilles de tomate, celle de la marjolaine dans le carré des aromates où s'entassaient le thym, la bourrache, le laurier et le millepertuis qui diffusent leurs effets sans attendre, quand les yeux des autres tardent à le faire. Et la tanaisie, apparue toute seule à cause de la pluie ininterrompue des dernières semaines. Elle avait finalement arraché une poignée de marjolaine, sans s'arrêter, sans réfléchir, la marjolaine soigne les problèmes de cœur lui disait toujours sa mère, pas le cœur qui bat mal, comme elle précisait le sourire aux lèvres. Non, plutôt le cœur qui ne sait plus pourquoi il bat.


Elle avait marché longtemps, vite, à s'en faire mal, et plus vite encore, pour prendre conscience de la douleur, l'assimiler et enfin l'accepter, la savourer, et avait continué encore un peu. Ensuite elle avait arrêté un taxi puant la clope et le gras et avait demandé une rue qui n'existait pas, une rue éloignée, dans les mauvais quartiers, elle seule savait où ça se trouvait. Après avoir déambulé dans la ville, elle avait demandé à s'arrêter car le quartier était pauvre, gris, morne, on ne viendrait pas la chercher, et pour s'en assurer davantage elle avait payé le prix exact, pas plus, pour ne pas se faire remarquer, et elle était descendue de la voiture. Au premier étage d'un hôtel où elle avait réglé une chambre à une réceptionniste soupçonneuse se demandant si de l'autre côté du comptoir c'était une pute ou une cinglée et décidant finalement que le fric l'emporterait sur ses états d'âme, elle avait enfilé la clé dans une serrure et était apparue, contemplant les murs nus et muets.


~~~~


Les premiers rayons du soleil parvinrent jusqu'à l'intérieur de la chambre, semblant se frayer un chemin au milieu du fatras de béton, de tôle et de terre cuite. Ils chauffèrent son corps, sa peau rosit, elle ferma les yeux et ses muscles se détendirent un peu, juste un peu. Maintenant, les odeurs flottaient dans l'air. Le moisi, c'était peut-être un rat crevé, dans les combles. L'idée lui plaisait. Il y avait aussi l'odeur de la marjolaine, de la lavande – sa valise était donc restée ouverte. Et l'odeur d'un homme, le sien, imprégnée aux vêtements traînant par terre ; et l'odeur des enfants.


Le monde s'éveillait à ses sens. Ils sortaient de l'étrange torpeur où ils avaient doucement plongé durant ces années en lui faisant oublier qu'elle pouvait bien être un monstre assez odieux pour les quitter eux, puisqu'elle n'était rien, qu'elle n'était le monstre de rien ni de personne. Dans le reflet de leurs yeux, il n'y avait plus ni la beauté du corps, ni la beauté du talent, de l'admiration qu'un bon mot ou un trait de culture suscitent, de la finesse d'un geste ou de la grâce d'une belle robe. Il ne lui restait plus que la douleur – chaque parcelle de celle-ci lui faisait du bien – pour espérer exister.


Il y avait du bruit partout, le cri de l'univers résonnait jusque dans sa tête. Elle voulut ouvrir les yeux mais la lumière lui faisait mal alors elle les referma. Apparut une image du passé, c'était son mari, il courait pieds nus dans le sable, il faisait peur aux enfants et ils hurlaient de joie, faussement terrifiés, dans leur main un gros ballon jaune aux traits loufoques, et elle derrière eux, allongée, souriante, le corps chaud et la peau rosie.


Elle put ouvrir les yeux et chercha sa respiration, comme un nageur après une longue apnée, et redressa un peu son dos et sa nuque.


La souffrance de sa vie ne faisait que commencer.





- Ataraxie. -


12 h.

Il ne reste pas beaucoup de temps. J'y suis presque. Depuis combien d'heures suis-je là, seule, à regarder par la fenêtre ? Je n'en tiens pas compte, à quoi bon ? Après tout je n'attends plus la mort. Pas celle de mon corps en tout cas. Ni celle de mon âme, puisque je sais ce qu'il y a de l'autre côté de cette fenêtre. Depuis, je ne cesse de le contempler.


12 h 01.

Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi cette chambre, je ne le saurai jamais. C'est structurel, dirait-on dans les journaux. Mais les journaux n'en diront plus rien. (C'est structurel.)

Pourtant, j'ai des tas de raisons de penser que rien ni personne n'aurait pu me conduire ailleurs. Le présent de ma – nos – vie est le faîte d'un million de ramifications, mais j'étais vouée à finir dans cet endroit.


Ma quête a duré, longtemps. J'ai suivi la marche du Monde, j'ai progressé, j'ai couru, j'ai voulu être au centre de la gravité. Chaque matin, j'ai remis mes chaussures de marche, qu'elles m'emportent vers ce grand là-bas.

J'ai pris, accumulé, façonné, rangé mes souvenirs, un à un, consciencieusement, je les pioche maintenant par centaines, au hasard…

J'ai vu les petits riens de la diversité, les forces infinies d'une parcelle de vie.

J'ai vu les grands riens d'une Terre immense, ses nuées de briques, ses nuées d'humains, ses déserts de glace, de sable, de vie, ses mille nuances de peu.

Je retiens les visages, où se lisent la bonté, l'arrogance, le chagrin, le désarroi. Tous ces destins, toutes ces vies croisées, ces mains tendues, ces thés offerts.

J'ai vu, oui, mais je n'oublie pas ce qu'il m'a coûté de revenir. Et il n'y avait personne dans le hall de gare. Quand tout est fini, dans le train du retour, on est riche, on est seul.


Je suis seule dans cette chambre.


Finalement, c'est mieux ainsi.


12 h 03.

J'attends et mes yeux sont fixés à ce spectacle grandiose. J'ai fermé la fenêtre pour ne pas entendre. Voir me suffit. Je suis préparée mais je ne veux pas prendre le risque de succomber avant.

Qu'ils s'amusent tous ces gens, qu'ils crient de bonheur, de peine ou de terreur, si ça leur chante. La ville est la plus belle supercherie de l'histoire humaine mais tant mieux, ils ont le droit de continuer à croire, à imaginer que, parce qu'ils sont ensemble, ou parce qu'ils se sont serrés chaque matin dans un métro, ont échangé un regard, un souffle, un grain de vie, ils vivent et partagent. Je pense à eux.


12 h 06.

J'attends, j'ai passé ma vie à le faire. Attendre des autres, attendre des heures, attendre en retour, attendre la monnaie de ma pièce, attendre pour ne rien perdre…

Ça a été difficile, au début. Après, c'est devenu insupportable. Mais que se passe-t-il quand, après cela, on attend encore ? L'impuissance gagne, on est comme ces fous qui frappent de rage les parois molletonnées d'un asile, sauf que la folie est encore loin, il n'y a que l'angoisse, elle vous prend le corps et on se sent glisser, glisser dans un trou noir, froid et atroce, la tête tourne, le sang se glace et se brise dans vos veines, pourtant il brûle comme un million de morceaux de limaille incandescente. Après, on est toujours là et on franchit le seuil, la porte derrière la porte, la limite au-delà de laquelle l'attente n'existe plus.


12 h 08.

Je suis seule.

Je n'attends plus.


Je ne pouvais pas rêver mieux.


J'aurais presque envie d'ouvrir une bouteille et de la boire avec ma meilleure amie, elle est présente avec moi, nous sommes Une.

Tant pis. J'aurai vite oublié cette petite contrariété.

Je n'attends plus la mort car elle est arrivée. Le mouvement du monde a amorcé sa descente. Le chaos dehors deviendra si violent – qu'avons-nous fait pour en arriver là, au fait ? – qu'il brûlera, j'en suis sûre, jusqu'à mon âme. Je n'arrive pas à détourner le regard. Ce doit être structurel.


12 h 10.

Je suis née agrégat d'atomes, une masse informe appelée « être humain », et ce handicap m'a coûté une vie de préparation, afin d'accepter au mieux ce moment, de m'en détacher pour le vivre pleinement. Maintenant, je suis inhumaine et je suis prête, je ne serai pas troublée, d'aucune manière. Et si ça ne changeait rien ?


Je rejette cette pensée.


Une minute.

L'air chaud s'empare de la chambre. Les premiers rayons apparaissent. Ils sont brûlants, brûlants, je ne tiendrai pas longtemps. Est-ce la douleur ? Ou l'épouvantable peur, la peur primaire, sauvage et animale ? Je la ravale, ce serait trop bête d'échouer, si près du but.

Je presse mes mains contre moi – je ne porte presque rien – et je deviens mon unique refuge. Je vais vivre pleinement ma mort.

Mais tout cela n'a plus d'importance.



21 décembre 2012, 12 h 12. Fin.


 
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   socque   
19/12/2012
Je suis embêtée. J'ai plutôt aimé ces deux histoires, l'écriture m'a paru assez efficace et souple, s'adaptant dans les deux cas au personnage... mais je n'ai absolument pas perçu le lien entre les deux histoires, justement.
Celle de la pauvre pute roumaine est bien triste, plus ou moins lue mille fois mais toujours efficace, celle de la bourgeoise qui va attendre l'apocalypse un poil agaçante pour moi (ses souffrances me paraissant dérisoires après ce que connaît la jeune prostituée)... et je ne comprends pas la construction. Si les deux héroïnes sont une seule et même personne, sincèrement je pense que ce devrait être explicité quelque part, les pensées et conditions des deux sont tellement différentes que je ne vois pas le lien.

Par ailleurs, je trouve assez artificielle et facile cette fin de l'apocalypse attendue, pour moi cela ressemble à une pirouette...

[Edit : bon, j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait de trois histoires différentes... Je retire mon appréciation mitigée qui correspond à mon évaluation de l'ensemble comme un tout. Cela dit, ne le prends pas mal matcauth, mais pour moi tu es hors sujet sur ce coup en présentant trois textes différents, même inspirés par un même tableau. Chacun des trois textes est selon moi intéressant à sa manière, et je crois que j'aurais préféré les découvrir séparément : la date du défi une fois passée, qu'est-ce qui t'empêche de soumettre les histoires restantes indépendamment ?]

   placebo   
4/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tiens, un truc que je n'ai remarqué qu'en relisant, mais "kf" ça fait "caèf" phonétiquement et pas café :)

Un texte bien écrit, bien construit… un peu trop énigmatique sur la fin, il faudra que je le relise, je n'ai pas pleinement compris les liens entre les parties, elles me semblent dissociées (les trois points de suspension) mais les deux dernières sont semblables pour moi…

En tout cas cette chambre et ce morning sun ont été bien utilisés… De façon inattendue même au dénouement bien que je lise que la fin du monde qu'on nous promet est rattachée à une "légende des soleils".

Bonne continuation,
placebo

   jaimme   
21/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Beau titre.
J'apprécie beaucoup cette idée d'une triple vision, car quand je regarde un tableau il m'arrive souvent d'y voir, d'y trouver, d'y chercher plusieurs tranches de vie, plusieurs interprétations. J'ai beaucoup aimé la première, adoré l'écriture de la seconde, trouvé un peu trop évidente la dernière.
Bref, j'ai aimé. Adoré par moment. Les mots, les douleurs, leur expression.
Un détail: j'aurais plutôt dit "une" kalach", enfin les gamins disent ça quand ils parlent de leur jeu vidéo. Mais ils se trompent peut-être.
Aimé enfin parce que j'ai retrouvé ces trois personnes dans le tableau. Un des plus forts de ce peintre que je commence à connaître. Mode oblige?

   Anonyme   
19/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Beaucoup de pathos pas si bien rendu dans cette nouvelle. Il y a trop de matière ici pour un seul texte, l'écriture, jolie, précise, agréable, ne s'adapte pas au parti pris de dire la souffrance. Ce sont les ingrédients qui ne vont pas ensemble. C'est du chocolat salé. Pourtant, il y a du talent. Pourtant le texte s'accroche à la toile et une histoire en ressort. Je trouve moi aussi la pirouette finale mal venue et forcée.

Donc, un art d'écrire indéniable et agréable, une écriture vraiment de belle facture, mais le traitement de l'émotion et le déroulé historique de cette histoire ne me paraissent pas au point.

   matcauth   
19/12/2012

   Artexflow   
19/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour à vous matcauth !

Voilà ! Je viens de lire votre nouvelle, ou devrais-je dire votre triptyque, qui apparemment peut aussi être interprété comme un diptyque triphasé (humour).
Sur ce point précis je ne saurais pas vraiment quoi dire. Il serait intéressant de connaître votre position en tant qu'auteur sur le sujet, en tous cas le texte, présenté comme il l'est, permet je pense les deux interprétations à la fois. J'aurais néanmoins du mal à penser que vous l'avez fait exprès !

On peut donc faire le lien, grâce à la phrase La souffrance de sa vie ne faisait que commencer. et surtout, me dira-t-on, grâce à la mise en scène de la... dernière scène de la seconde histoire ! Désolé c'est brouillon !

Donc, donc, donc je ne me prononce pas :)

Voilà trois minutes que je n'écris plus le commentaire puisque je me demande comment l'aborder.
Ok, je vais détailler par histoire... Si vous me le permettez !

- Viv. -

C'est personnellement mon préféré. C'est vrai que l'histoire aurait pu être un tantinet moins "cliché", enfin, histoire, le thème devrais-je dire ! L'histoire a son originalité, c'est selon moi la narration particulière du personnage homodiégétique, sa vision du monde. Si vous l'avez fait exprès, j'ai cru remarquer un travail de simplification dû au fait que le français ne soit pas sa langue maternelle, si c'est le cas c'est bien fait, je trouve.
Si ce n'est pas le cas, oubliez tout de suite ce que je viens de dire ahaha ! Je veux pas avoir l'air idiot non plus !

Dans les petites phrases que j'ai notées il y a ça :

- Heureuses comme dans le film. On va croire que je me répète, mais mettre un "le" comme ça à la mère ça m'a fait penser à mon unique lecture de Duras "L'Amant", bon bref ça m'a plu, et plus particulièrement dans cette phrase puisqu'ici en disant "le", vous ajoutez une dimension sensorielle à la phrase qui me séduit.
- Très bonne impression temporelle pour j'ai cru que la cervelle de Tom avait explosé avant le coup de feu.
- Il me fissure. Violent, poétique, au top ;) ;)

Très petite remarque, quand vous faites une référence un peu trop explicite aux petits sucres en trèfles et compagnie... Il y a sûrement une manière précise de le dire, mais ça ancre trop le récit dans le réel, dans, hum... Je l'ai pris comme si vous aviez cité une marque, vous voyez !
En tant qu'auteur, on se pose souvent la question non ? Pas par rapport au droit je veux dire, mais pour la crédibilité, la cohésion de notre histoire ? Ou alors je suis le seul ?

J'aurai bien vu la fin sans la rêverie finale, mais bon encore une fois c'est très subjectif.

Autrement, je ne vois pas trop le rapport avec le tableau de Hopper... Mais je suis très très probablement passé à côté !

- À mi-chemin de nulle part. -

Celle-ci ne m'a pas trop plu. Globalement c'est -oui c'est curieux compte tenu de ce que j'écris- l'introspection de ce personnage qui m'a un peu lassé...
J'ai trouvé qu'il manquait un moteur, un objectif pour qu'on s'accroche vraiment au personnage. Peut-être aussi que cette sensation est due à la modification du niveau de langage du narrateur (qui a changé, je l'ai bien compris, enfin... Je crois ?) entre les deux histoires, peut-être que de manière très empirique ça m'a dérangé, je ne saurais vous dire.

En fait je trouve que ce qui ne va pas, selon mes critères particulièrement subjectifs je vous l'accorde (:D), c'est qu'à la fois vous en faites trop mais pas assez. Quitte à jouer la carte de l'introspection, pourquoi ne pas développer certains sentiments, certains ressentis ?
Je note que vous le faites, hein ! A mon goût, juste pas assez pour que ça m'embarque :)

sans s'arrêter, sans réfléchir je l'ai noté dans le bloc-notes accompagné de la mention "redondance" c'est vrai qu'à ce stade de l'histoire, j'ai eu une sensation de redite à la lecture de ce passage. Je vous accorde ma relative malhonnêteté puisque je ne vous relève pas les autres occurrences qui provoquent en moi ce sentiment, je le ferai très probablement si vous ouvrez un sujet sur votre texte et si vous me le demandez cela dit.

Le final, les enfants, ça m'a fait penser à "Bord de Mer" de Véronique Olmi, je l'ai trouvé pas mal, mais la référence est telle (dans mon référentiel) qu'elle a perturbé mon appréciation de ce final, donc.

- Ataraxie. -

Tout d'abord, parce que c'est la première chose que j'ai remarqué, je me suis demandé "Les heures ? Pourquoi pas ?.."

J'ai également eu le sentiment de redondance avec (C'est structurel)...

Le passage avec les anaphores m'a semblé un peu surfait, là encore trop ou pas assez à mon humble avis :)

Finalement, à la lecture, je trouve que cette troisième histoire, c'est un peu de l'esbroufe, j'ai la sensation que vous l'avez écrite, plus pour placer 21/12/12 12:12 que pour entrer dans le thème du tableau...
Avec le temps que m'a pris d'écrire ce commentaire, par exemple, je n'ai plus aucun souvenir du personnage... Cette histoire manque de densité, ce n'est pas une histoire de votre trempe ça matcauth !

Même dans le style, dans le scénario, pas grand chose ne retient mon attention, mais ! J'ai tout de même noté cette petite phrase écrite plus petite que les autres, ah, ça c'était bien senti, bien joué !

Globalement

Globalement, malgré ce qu'on pourrait croire vu tout ce que je viens de vous dire, j'ai tout de même pris grand plaisir à lire ces trois points de suspension, d'ailleurs, excellent, excellent titre ! Je suis très jaloux !

Mon intérêt pour les histoires décroît au fur et à mesure du texte, donc si vous l'aviez écrit pour moi, si vous vouliez me séduire, il aurait fallu inverser tout ça. Je pense que l'effet psychologique aurait été tout à fait différent ! J'aurais peut-être noté mieux ! Enfin, pour ma propre estime, j'espère que je ne suis pas aussi malléable que ça tout de même :)

Rapport au concours, le thème ne me semble pas vraiment vraiment respecté puisque le tableau n'est dans le second et le dernier texte pas grand chose de plus qu'une photographie...
Mais j'imagine bien que vous avez une justification à tout cela :) !

Quoi de plus ? Pas grand chose !

Merci à vous matcauth, et bravo pour cette œuvre ;)

   rosebud   
19/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pas encore lu votre commentaire sur les commentaires. je verrai ça après.
Je trouve d'abord l'idée d'imaginer trois destins différents à partir d'un seul tableau très fertile. Cette assez vilaine femme du tableau et le talent de Hopper permettent en effet d'aller dans tous les sens.
La première histoire me paraît la plus percutante dans le ton, avec des jaillissements superbes ("il me fissure").
Les deux autres sont finalement assez proches dans l'ambiance et je trouve qu'il y a une petite baisse de maestria narrative.
Néanmoins, quelle facilité à écrire (c'est ce qu'on ressent et c'est le principal), quelles trouvailles (écrire au dos d'une étiquette de pull, ça n'a l'air de rien, mais c'est avec des idées comme celles-là qu'on prouve son talent - j'espère que vous avez trouvé aussi l'idée jouissive) et quelle classe!

   alvinabec   
19/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour matcauth,
Trois visions à partir du même tableau, je suppose donc. Il n'y a, à mon regret, pas de lien entre les trois prismes tels que vous avez choisi de les traiter. Votre lecteur aurait pu l'attendre.
Trois points de suspension, le titre est très joli, on va lire qqe chose de délicat, des émotions à peine posées...et puis non, on commence avec la petite pute désorientée à Marseille, là c'est du lourd, du vrai de vrai. C'est un peu du déjà vu, mais pourquoi pas. Qd la môme dit ' t'es pas mon psy', ça n'est pas très raccord avec un milieu où pour tout psy on croise des brûlures de cigarette. Même remarque pour 'ils n'ont violé que mon corps'...quelle maîtrise et quel recul pour une si ch'tiote fille.
J'ai eu un peu de mal à la voir à cause de ces ruptures dans le ton du récit...Et, mais ça c'est pour la chicane, je ne sais si Buca et les Caraïbes sont à mettre sur le même plan.
Le texte 'A mi-chemin de nulle part': je suppose que je n'ai rien compris, où veut en venir l'auteur? De quoi veut-il m'entretenir?
Est-ce uniquement le rendu d'une atmosphère?
Babiole des temps du récit à revoir.
Il me semble que la proposition 'le monde s'éveillait à ses sens' serait plus à inverser. Les sens (l'essence) d'un individu s'ouvrent ou se ferment à l'esthétique du monde si j'en crois ce bon vieux Platon. Mais bon, là encore une chicane de rien.
Ataraxie: ah, cette sagesse qui vous vient à l'aube du dernier jour! Partir et mourir, c'est beau, c'est magnifique, c'est l'Amérique...Plus littérairement, votre héroïne passe très brutalement d'un état à un autre, chaud, froid, détermination, doute, envie de boire un verre, attente sereine de la mort et incursion du côté des camisoles...Elle va trop vite pour moi, je ne la suis pas, un quart d'heure pour faire sa révolution solaire, c'est une course de performance...Qd elle s'interroge 'serait-ce la peur primaire, la peur animale qui...', votre héroïne analyse la situation . Or vous avez l'intention de nous faire partager son dernier jour, ce qui pourrait donner: 'j'ai peur...j'ai trop chaud, les rayons me brûlent déjà, je respire mal, la boule au fond de ma gorge devient énorme...et plein de trucs sur sa façon de transpirer, par exemple. Là, on, votre lecteur, sera avec Miss dans sa chambre.
Et il y a ces odeurs qui pourraient être un fil conducteur entre les trois moments que vous avez élus.
A vous lire...

   brabant   
19/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Matcauth,


Trois pour le prix d'un ! vous nous gâtez !

Bon Alors, pour le premier : totale réussite, ça rejoint à peu près ce que je connais sur le sujet traité. Réaliste, sans concession et plausible y compris dans l'intrigue. ça m'a fait penser à un film qui avait le même thème, mais la fille était amoureuse de son mac, et lui de la fille en l'avouant sans l'avouer, c'était très complexe entre les coups et l'amour de l'un et de l'autre, pour le reste j'ai retrouvé l'ambiance, les lieux (d'où l'on vient, où l'on va, ...) et les ressorts (y compris le saint-bernard) ; j'ai vu aussi plusieurs reportages qui confirment pile poil ce que vous avancez.
Je me suis laissé prendre à l'histoire bien ficelée avec des personnages et une intrigue vraisemblables (plus que dans le film auquel j'ai fait allusion, encore que dans ces miliiieuuux interloooopes...). lol. J'ai retrouvé l'une des facettes psychologiques de la femme du tableau. Bien vu !
Vive "Viv.", plus morte que vive, mais vivante ! TB +

"- A mi-chemin de nulle part -" :
je ne sais pas si ça va être une constante mais je retrouve l'image de la mère liée à l'odeur du café (textes d'insomniaques ?) et à l'idée d'un confort perdu.
Ce texte m'apparaît beaucoup plus mature que le premier, intimiste. Je suis ici dans l'analyse. Ici encore les notations sont justes, je trouve que ce personnage colle davantage à celui du tableau ; et sa déambulation, physique (escapade, fuite) comme mentale (renoncement, crise), me fait de la peine. Le personnage doute, est perdu, semble ne même plus prendre la peine de se chercher ; et je peine, et j'ai de la peine pour lui.
Un souffle empathique est passé ; vous avez réussi à me faire accepter un personnage qu'au départ je trouvais laid.
C'est un exploit !
Mais si ! TB +

Troisième récit : Mince ! Pas de café ! Pas de maman !
Je n'ai accroché qu'à 12h06... pour décrocher à 12h08... et réaccrocher à 12h11 (1 mn avant 12. Mais oui ! :D ).
Ce qui déconstruit le personnage : j'aime.
Ce qui le construit (son expérience, ses voyages, les considérations philosophiques ou scientifiques :"agrégat d'atomes", etc...) : je n'aime pas. ça me paraît artificiel, ça manque de liant, c'est peu crédible dans le parcours... et ailleurs, d'ailleurs :D lol. Cette troisième histoire doit A Mon Humble Avis (clin d'oeil à Costic si elle passe par là ; cherchez pas, vous pas pouvez pas comprendre. Oh, rien que de TRES correct hein ! Non mais !) être retravaillée.
Ataraxie du personnage peint : Oui, mais celui-ci ne me semble pas avoir la direction de vie et/ou la profondeur qui lui est donné ici.
Encore que... Madame Hopper était un peintre au même titre que son mari ; ce qu'elle ne lui a jamais pardonné d'ailleurs.
Bon, ataraxie ?... Je crois qu'on peut la laisser en "Ataraxie"...
Non ? lol M -

Bien, j'évalue comment, Matcauth, si vous mettez trois tableaux ?
Je compte sur mes doigts : TB + TB + M -
Et tu m'as mis TB + pour "Et ron et ron petit patapon" (Merci 'hé 'hé :)))))))))))) )
Bon, je soustrais M - et j'ajoute TB +
Egale TB +

Mais si !... je suis sérieux.


A te relire. Bravo pour le deux premiers récits ! Tiens ! Je suis passé au tutoiement moi...

:)))))

   David   
7/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Matcauth,

Je comprend le titre comme un jeu de mots, les "trois points" ne seraient pas ceux, ou pas seulement, du signe de ponctuation, mais décriraient ces trois récits comme des moments de suspension pour leurs protagonistes. Ça serait le lien entre les trois passages, que rien d'autre ne joindrait, si je ne me trompe. Sauf peut-être le tableau qui pourrait illustrer chaque héroïne dans un même lieu, pour chacun des récits. La petite tenue du personnage de Hopper peut correspondre à une prostituée, une intellectuelle et une inconnue, comme je tenterais de les décrire dans l'ordre des récits.

Le premier récit, "Viv.", est le moins opaque, le plus violent aussi, il ressemble à une série noire. Le suivant, "À mi-chemin de nulle part.", est assez angoissant. Je crois que ça raconte une fuite, une femme abandonnant son mari et ses enfants, pour refaire sa vie. Je l'ai décrit comme une intellectuelle pour ce passage : "Dans le reflet de leurs yeux, il n'y avait plus ni la beauté du corps, ni la beauté du talent, de l'admiration qu'un bon mot ou un trait de culture suscitent, de la finesse d'un geste ou de la grâce d'une belle robe.", c'est assez large comme définition de ce caractère, mais c'était pour la différencier des autres héroïnes. Le dernier, "Ataraxie." illustre étrangement le mot du titre, j'ai cru lire une histoire de suicide, mais je crois que je comprends que les derniers instants soient évoqués dans le titre comme une certaine sérénité avant le passage à l'acte. Ça reste un peu obscure, pas jusqu'à l'humour noir néanmoins, il m'a semblé.

Il y a quelques points communs entre les récits des trois femmes (quatre même, puisque "Viv" est plutôt racontée par son amie, dont je ne retrouve pas le prénom, s'il est cité. Viv ne serait pas celle que présenterait le tableau de Hopper, pour ce récit là) Ce point commun serait le café, son odeur, son souvenir et les souvenirs associés. Il y a d'autres parfums peut-être en commun entre les trois histoires, pour rendre une atmosphère commune aux trois récits qui me semblent indépendants par ailleurs.

C'est assez convaincant en tout cas, à mon goût, avec une atmosphère assez dense, lourde même, pour une lecture qui ne laisse pas indifférent.

Edit : Après un tour sur les autres com, je me rends compte que je suis passé complètement à côté de la date de la pseudo fin du monde de la fin du 3ème récit...

   Bidis   
8/1/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Premier paragraphe : je ne comprends rien, mais je suis ravie. J’essaierai la recette de pâte filo aux noix… De reconnaissance, je me laisse empoigner par l’ambiance et continue ma lecture.
Plein d’images me viennent : c’est très cinématographique, donc plaisant. Je remonte et vais relire depuis le début. Ce qui m’a déroutée, c’est ce « - Viv - » en exergue. J’ai cru que c’était elle qui parlait à la première personne. Et plus encore : j’ai d’abord cru que Viv était un homme !
Quelque chose me surprend : les histoires de drogués, comme les histoires de gangsters, m’ennuient, à moins d’être percutantes, dans le genre des nouvelles d’Hubert Selby et du film « Requiem for a dream ». C’était difficile de faire aussi fort, mais ici quelque chose ressort d’original et je me demande bien quoi...
Petit bémol quand même : je trouve que ce texte ne « colle » pas au tableau de Hopper. La femme représentée m’y semble beaucoup plus âgée que le personnage de la nouvelle.

Quand j’arrive au deuxième titre « À mi-chemin de nulle part » j’imagine d'abord, à tort, que l’on est toujours avec ce personnage de X (on n’a jamais donné le prénom de l’héroïne du premier texte). Par contre, ici, la relation avec le tableau est excellente. L’écriture est toujours aussi vivante alors que le contexte est tout à fait différent, et cela montre que l’auteur a un grand talent d’écrivain.

À mon ressenti, le troisième texte ne se démarque pas assez du second. Et je me rends compte qu’en fait, je suis toujours restée dans la première histoire qui était plus forte encore que je ne le croyais.

Belle écriture en tout cas, vivante, imagée, c'est gai à lire.

   hersen   
21/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
j'ai été perdue, dans un premier temps, par cette idée géniale de présenter trois textes. Cela illustre tellement bien la liberté qu'a l'observateur, tout comme le lecteur ou le spectateur, de faire dériver son imaginaire à partir d'une même image, ici un tableau de Hopper.

j'aime assez le choix des personnages mais j'ai plus de réserve sur la présentation; En effet, que je me sois perdue au début n'est pas pour moi un bon signe.

Le traitement de chacun des personnages aurait dû, enfin, je le vois comme ça, être plus égal dans la densité. Par exemple, pour Viv, il y a un assez long développement de pourquoi elle est dans cette chambre. Pour les autres beaucoup moins. Et ça crée, selon moi, un déséquilibre qui dessert le texte; j'impute ma petite confusion au sujet des trois textes à cela;

Ceci dit, j'ai aimé l'écriture, assez directe, ne nous perdant pas dans des considérations inutiles nuisibles au traitement choisi pour ce sujet.

j'y ai bien vu une petite réminiscence de certaines habitudes de l'auteur (les dents jaunes idéalement assorties à un éventuel costume à rayures jaunes) mais je le prends comme une signature.

Donc, pour moi, je garde précieusement l'écriture et je restructure un peu de façon plus équilibrée, un peu plus court pour chacun des portrait et peut-être une révision des inter titres;

Viv, A mi-chemin de nulle part et Ataraxie ne donnent pas d'homogénéité à l'ensemble.

mais ne vous attristez pas j'ai apprécié la lecture plus que je ne le laisse sous-entendre !

A bientôt sur un prochain texte.

hersen


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