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Sentimental/Romanesque
mimosa : Burn out et la suite
 Publié le 22/10/17  -  6 commentaires  -  18294 caractères  -  45 lectures    Autres textes du même auteur

Que faire, que décider lorsque, suite à un deuil prévisible, l'énergie fait soudain défaut, la motivation disparaît ?
Et si la fuite était une solution, une hypothèse, une chance...
Et que le hasard s'en mêle.


Burn out et la suite


Sophie se tient aussi raide que le vieil ami de ses parents, figée au garde à vous devant la tombe de son père. Elle ne ressent rien d'autre qu'une profonde mélancolie et n'en éprouve aucune honte, il savait trop combien elle l'aimait. François est là, évidemment, le devoir avant tout. Devant elle, les parapluies se bousculent, les gens en profitent pour papoter en toute discrétion, elle surprend des sourires de connivence, un petit rire vite étouffé, et cela lui fait plaisir, son père aurait fait pareil, c'était un doux aux rebellions innocentes.


******


Ce matin, elle a trouvé le lever aussi accablant que le visage de lune pleine de son mari. L'irritation ressentie face à celui qui ne l'a jamais accompagnée lors de ces allers-retours incessants chez son père malade se double d'une allergie survenue la veille, au cimetière. Comme si son père lui avait adressé un clin d’œil du passé, elle avait alors vingt-trois ans : « Que fais-tu avec ce type ? Es-tu bien sûre de vouloir vivre avec lui ? »

Ces réflexions lui avaient coupé l'appétit, et elle sait gré à Céline d'avoir préparé la réunion du matin avec un soin tout particulier, rajoutant quelques viennoiseries, thé et café, aux bouteilles d'eau.

La réunion est censée battre son plein et ne bat qu'un silence dissipé. Sophie est accaparée par des petits riens qui se bousculent pour être pris en charge par son cerveau. Céline lui tapote discrètement le coude. Elle sursaute. Les visages autour de la table présentent les sourires affables de collaborateurs dévoués. Sophie sourit, s'excuse à mi-voix, saisit son dossier et se fige : une dizaine de boulettes de mie de pain, de croissant plutôt, s'alignent devant ses yeux. Éberluée, elle lève la tête pour chercher le coupable : qui a osé faire des boulettes sous mon nez ? Mais une brusque remontée d'enfance lui assène le coup final : c'est toi, ma vieille, qui fais des boulettes, comme quand tu étais petite, que tu boudais…

Quelque peu désemparée, elle les saisit à pleine main, les planque dans sa poche. Elle entend chuchoter « fatigue, décès... » et se décide à attaquer l'ordre du jour : « La fusion des systèmes d'information exige que... »


Elle parle quelques instants, des phrases sensées, avec des objectifs, un planning, une organisation… les regards autour d'elle sont attentifs. Seulement voilà : parallèlement à ce discours savant, le cerveau s'agite, se mutine et ce qu'il lui susurre à l'oreille est proprement scandaleux : « Qu'est-ce-que tu en as à faire du système d'information ? Qu'est-ce-que tu fiches là ? »

Brutalement, Sophie se tait. Les sourcils se haussent, les yeux s'écarquillent.

Personne ne bronche lorsque la porte claque dans le dos de Sophie.


******


— Mais tu ne peux pas partir seule dans l'état où tu es ! Tu dis que tu es en plein burn out, épuisée…


Elle a vu le médecin en sortant du boulot et s'est vue octroyer quinze jours d'arrêt.


— Repose-toi ici quelques jours, reprend François, je vais prendre une semaine et nous irons…

— Nulle part ! Je pars demain et je pars seule.

— Et où vas-tu aller ?

— Je t'enverrai un texto.


Sophie éclate de rire.

Elle avait décidé de laisser son smartphone : « Pas de connexion », avait assommé le toubib d'un ton dramatique. Le verdict suintant la gravité, Sophie avait promis.

Au dernier moment elle a raflé l'objet interdit, l'a planqué au milieu des bouquins à emporter.

François la regarde, sidéré : d'une minute à l'autre sa femme est passée du statut de femme-active-responsable-sérieuse à une presque jeunette qui se mêle de rire aux éclats. Il la trouve jolie, son chemisier échancré laisse apparaître un bout de peau mate, ses cheveux lâchés dans le dos depuis son retour modifient totalement le look de cadre sup qu'elle présente habituellement.

Subitement il s'inquiète.

Ses fils rigolent. Ils la trouvent « trop ». Trop quoi ? leur demande-t-elle sans obtenir de réponse. C'est ça les ados, des mots tout faits, lâchés comme des pets, juste pour le son.


******


La valise se traîne. Bourrée à bloc, elle n'est plus qu'une masse inerte et immobile sur le quai du tram. Sophie l'a remplie de livres, en plus d'un monceau de fringues pour toutes saisons et tous climats, Norvège et Tahiti inclus : quelle est la liste idoine pour quinze jours quelque part, elle n'en sait rien.

Il est midi et des poussières, elle a faim et n'a rien réservé. Les voyageurs bousculent sa valise, l'un d'eux la renverse, bafouille une excuse sans pour autant la redresser, un autre l'enjambe, un troisième marche dessus et manque s'étaler. Sophie contemple sa valise avec une animosité croissante.


— Tu es un danger public, déclare-t-elle à la masse noire avachie au sol.


Inespéré, un diablotin lui intime l'ordre de « ne pas se casser la tête, les contraintes, ça suffit ». Plantant là sa valise, elle se dirige vers le café le plus proche pour se goinfrer avec application.


— C'est pas à vous, ça ?


Un jeune, lourd sac à dos, lui présente sa valise, la tenant à bout de bras comme un vulgaire hochet.


— C'est pas possible, vous avez réussi ?

— À quoi faire ? s'enquit le sac à dos.

— À la faire bouger…

— ?

— Vous avez faim ? Je vous invite.


Sidérée par cette audace subite, Sophie se mord les lèvres.


Il fait le chemin de Saint-Jacques, déjà cinq cents kilomètres dans les pattes depuis la Bretagne. Lui aussi s'empiffre, tête baissée sous l'effort, aucune miette ne résiste.


— Pourquoi prenez-vous une valise aussi lourde si vous pouvez même pas la traîner ? Et pourquoi sans roulettes ?


Sans répondre, Sophie ouvre le monstre replet, en sort une dizaine de bouquins :


— C'est ça qui est lourd ! Tu en veux ?


Le pèlerin en choisit un qu'il fourre dans son sac.


— Merci. Bon, ben, je m'en vais.


Son départ la laisse morose. Elle sort en abandonnant les livres sur la table et se sent aussi soulagée que la valise. Quand elle est partie ce matin, elle a juste enfilé un jean, son petit blouson de toile, et attrapé ce bagage préparé à la va-vite.


Le jeune lui a parlé d'une auberge de jeunesse. Elle s'y rend, ce n'est pas très loin. Le téléphone la fait sursauter. Elle attend que la messagerie fasse son boulot avant de découvrir qui est l'emmerdeur. Céline. La secrétaire quémande des précisions sur le dossier Fusion. Pas question, je suis en sevrage de connexion. Dix minutes de marche et trois sonneries auxquelles elle ne répond pas. Son jeans la serre, c'est devenu l'important de la journée, ce jeans qui la serre.

L'auberge lui offre en cadeau de bienvenue la chance inouïe d'un lit en chambre double c'est la dernière. Elle acquiesce, soulagée, la pensée de devoir chercher ailleurs l'épuise, elle paie pour deux places. Son pantalon n'est plus qu'un instrument de torture et elle dégouline de sueur. Bien sûr les douches sont occupées et elle doit attendre. Elle réalise qu'elle n'a rien à faire et que c'est une chance : attendre, ça occupe. Une fille en sort. À poil. Sophie avait oublié sa jeunesse et l'impudeur qui l'accompagne.


Je suis comment, moi ? se demande-t-elle un peu plus tard dans le mètre-carré carrelé-mouillé. Pas mal, tout compte fait pour mes quarante-cinq balais. Pas trop de gras, la peau mate et douce, les cheveux en liberté surveillée, à peine ficelés d'un élastique, aussi noirs que mon chat. Tiens ! Je l'ai oublié celui-là…

Elle décide de sortir à poil elle aussi, pour voir l'effet que ça fait. Rien du tout, le quartier des bains est désert.


Elle retrouve le jeune à la cantine. Il prend un café, lui en offre un. Elle s'amuse du plaisir qu'il éprouve à l'inviter, comme si cette invitation était un geste d'homme. Un vrai. Il est tout jeune, dix-huit ans, dix-neuf peut-être.

Mais c'est lui qui l'interroge :


— Vous êtes en vacances ?

— Maladie. Burn out. Repos.


Les phrases aussi font la sieste. Elle songe qu'elle énonce le diagnostic comme un vétéran causerait d'Austerlitz. Une sorte de victoire : je bosse tellement moi, je suis sérieuse moi, je ne compte pas mes heures moi…


— Et pourquoi est-ce que vous bossez à vous rendre malade ?

— J'ai un boulot à responsabilité, lui explique-t-elle, plutôt figue que raisin.

— Et pourquoi vous prenez un boulot comme ça si vous devez pas tenir ?


Elle ouvre la bouche et la referme, la rouvre à nouveau :


— Je sais pas.

— Faut prendre du plaisir aussi, glander quoi...


Il s'appelle Thomas, vient de passer le bac. Ce voyage, partir seul, longtemps, c'est son Graal.

Sophie songe qu'elle n'a jamais fait ça : partir seule, longtemps.

Elle n'a pas de Graal non plus.

Glander : rester à ne rien faire.

Elle ne sait pas faire. Elle est droguée à l'agenda, au planning, le sien, celui des enfants Jules, Clément, Anna, celui de François aussi : quand rentre-t-il, sera-t-il là demain pour… Et puis son père, son cancer après celui de sa mère, des années à souffrir avec eux, pour eux.

Ce serait quoi mon Graal ?


C'est alors que le diable intervint.

Des années plus tard, lorsque Sophie se souviendrait de cet instant, elle ne trouverait pas de meilleure explication qu'une intervention subite de l'ange déchu.

Car dans le même instant, elle fait du pied à Thomas, s'empourpre violemment, et lui saisit la main :


— J'ai besoin de me changer les idées, de faire l'amour aussi, je suis seule, j'en peux plus… Si tu veux, j'ai la chambre 105.


Dévorée de honte, elle sort aussitôt, on pourrait dire qu'elle s'enfuit, même si elle prend soin de garder la tête haute.


Mais la nuit venue, on toque à petits coups à la porte de la chambre. Elle est à demi nue, sa chemise voile à peine son corps et Thomas, soudain paralysé, braque un instant ses yeux par-dessus ses épaules. Vêtu d'un pantalon souple et d'un T-shirt bariolé, elle le devine puceau ou presque, mais s'en fiche. Grand, des bras aux muscles bien marqués, brun de peau et de poil, il est déjà d'une virilité incroyable. Elle avait besoin de ça, d'un tas de muscles décontractés ; elle l'enlace, et soudain la timidité s'efface pour céder la place au désir. Lui est passionné, curieux, elle, assoiffée ; ils sont tous deux avides.

Plus tard, elle lui dira de retourner vers son lit ; elle aime dormir seule.


******


Le lendemain elle entre dans la ville discrètement, comme une erreur. L'impression de se tromper de rôle, de n'être pas à sa place. Et si on me voyait ? Elle a joué Bordeaux aux dés. Pour répondre à François :

« Tu vas où ? Mais combien de temps ? Mais tu vas pas me laisser seul quinze jours ? Tu crois que… »

Elle a pris un dé dans le tiroir, et jamais elle ne saurait pourquoi il se trouvait là à cette heure gravissime, et l'a jeté sur la carte de France, qui elle, se trouvait chez Jules parce que Jules vadrouille à vélo dans la France entière.

Le dé est tombé sur Bordeaux.


Elle flâne avec lenteur, tâtonne. Première halte dans un café. Ses pensées l'amènent plusieurs jours en arrière. Une vie à reculons.

Une vie en chardons. Elle le ressent tellement qu'elle finit par se gratter pour enlever les piquants.

Elle oublie Thomas, pour elle c'est l'aventure d'une nuit, une tocade ; d'ailleurs, ce matin, il a repris son chemin jacquaire.


La flânerie devient une œuvre d'art ; elle traque le moindre banc pour s'y poser, sourit aux anges et aux moineaux, visite toutes les galeries d'exposition, arpente les musées, squatte les librairies des heures durant sans rien acheter, déambule sur les quais jusqu'à pas d'heure, une glace à la main, hésite longuement à choisir le lieu de son repas, restaurant ou sandwich, ici ou là.

De délicieuses petites places, des ruelles qui se croisent et se décroisent tout exprès pour se perdre, les quais au bord du fleuve, d'une rive à l'autre, le temps s'écoule en un arpentage confus. Elle ne connaissait de la longueur des jours que le manque de temps, la voilà immergée dans un trop plein de vide. Elle s'y noie. La flânerie fait place à l'overdose, elle marche des heures, ne s'arrête plus, déjeune au lance-pierre.

Ce matin, elle s'est levée en sursaut, en proie à l'urgence au moindre bruit de couloir, puis a réalisé que sa journée était vide de toute contrainte ; elle a chuchoté « Papa, si tu me voyais, tu serais heureux », et rit toute seule, assise sur son lit, genoux repliés. « J'ai le temps, a-t-elle chantonné, j'ai le temps... »


******


Mais ce soir, Thomas est là. Parti trois jours, il est revenu, tout simplement. Il se lève à son arrivée, la prend dans ses bras, l'embrasse. Sophie hésite, embarrassée, troublée malgré elle de ces manifestations d'intimité au vu de tous. Elle calcule leur différence d'âge, tente de le repousser, lui murmure : « J'ai quar… » mais il la coupe, lui dit viens ! L'entraîne. Elle ne résiste plus.

Ils font l'amour avant le dîner, et à nouveau après. Il est jeune, insatiable. Elle est perdue, se traite de cougar, ces femmes avec des mecs de vingt ans de moins. Il rit, lui dit qu'elle est belle, qu'elle lui plaît.


Quatre pantalons, une foule de T-shirts, des culottes, encore des culottes, deux robes, trois jupes, des chaussettes, des bas... Sophie vide la valise sur le lit et trie, compare, essaye, pose l'empilement du superflu sur une table de la grande salle : « À donner ». Le lendemain, il n'y a plus rien. La valise devient inutile. À donner également. Elle secoue les épaules comme pour se débarrasser d'un fardeau. Elle songe que cette valise, c'était l'empilement des corvées, des soucis, et qu'elle n'a besoin que du petit tas de vêtements repoussés dans un coin du lit.

Elle fait l'acquisition d'un sac-à-dos. Petit. Et d'une gourde.

Elle a vingt ans.

L'indépendance la grise, elle songe voyages, nouveau métier, nouvel amour, se dit les enfants sont grands...

La voilà debout dans sa chambre, à l'arrêt comme un chien de chasse à l'affut d'un bruissement quelconque : plus personne n'a besoin de moi, je suis donc vraiment libre. Cette pensée lui tourne la tête : que faire de cette insolente liberté ?

L'excitation la fait trembler. Elle ne rentrera pas. Elle quitte Bordeaux pour l'océan. Thomas abandonne « Le Chemin », l'accompagne.

L'infini liquide. Le flux et le reflux en mouvement perpétuel. Le soleil, la nudité retrouvée, les grains de sable fuyant entre les doigts, la vie qui file. La peur lovée tout au fond de la conscience ; la peur de quoi ?


Un soir de pluie, elle récupère son smartphone au fond du sac. La date indiquée en surbrillance lui annonce courageusement 15 juillet. Vingt jours qu'elle est partie. Un brouillard l'enveloppe. Elle frotte les yeux pour effacer le futur. Le passé aussi.

Se décide à écouter les messages.

Céline. La « Fusion ». Sophie doit rassembler ses idées pour se souvenir. La fusion, qu'est-ce que c'est ? Effacer.

Le grand chef demande de ses nouvelles, s'étonne du retard. Quel retard ? Ah oui, c'était quinze jours… déjà fini ? Absurde. Effacer.

François et ses lamentations. Effacer.

Alors elle décide de vendre son smartphone. Elle met une annonce à la réception du camping. La tentation de déserter le monde la fascine malgré une inquiétude diffuse. Le prix qu'elle en demande lui envoie une dizaine d'appels. Les rendez-vous du soir font monter le prix, cela la fait rire ; elle parle de désintoxication, on lui répond « je comprends » en donnant quelques billets. Elle écrase la carte sim.


— C'est de l'insurrection, dit-elle en riant à son compagnon.


Elle coupe ses cheveux aux ciseaux. La revoilà adolescente, vive et svelte, sourire aux lèvres, rêveuse aussi, se souvient-elle, perdue dans les livres pour voler d'autres vies. Et quels étaient ses rêves ? s'interroge-t-elle. Elle ne sait plus ; rien qui s'apparente à cette galopade effrénée.


Désormais, elle assume leur liaison ; Thomas est son amant ; elle est grisée de caresses, de plaisir sexuel, de fêtes en tout genre au camping où il se fait des copains comme on s'en fait à vingt ans, des copains étonnés, « envieux, lui dit-il : tu ne vois pas comme tu es belle ! »

Elle rentre à Bordeaux un soir d'orage. Elle a décidé d'accompagner Thomas sur le chemin de Compostelle ; elle refuse qu'il abandonne son projet pour ce qu'elle finit par nommer du vide. Alors il lui faut s'équiper.


Elle doit aussi régler sa disparition en quelque sorte.


******


Jules est là, assis à la cantine de l'auberge. Il l'attend. Depuis deux semaines il parcourt les hôtels de Bordeaux, téléphone partout. Il sait qu'elle a dormi ici, espère qu'elle y reviendra.

Sophie le contemple depuis l'entrée ; elle ne sait ce qu'elle ressent, colère, inquiétude, joie : que lui veulent-ils à la fin ? gronde la colère. Que se passe-t-il ? gémit l'inquiétude, tandis que la joie l'amène devant son grand fils, sourire aux lèvres.

« Anna est malade. Elle déprime. Un mois que tu es partie. Ne croit pas que tu reviendras. Elle m'a accompagné. »

Déroutée, Sophie se tait. Thomas est dehors, il papote mais va arriver très vite. Elle lui a menti, prétextant sa solitude, et la voilà devant son fils de vingt ans ; du même âge que son amant, songe-t-elle aussitôt paniquée, un fils qui vient chercher la mère coupable, égoïste, la mère qui fuit.


— Anna !


Sa fille. La déprime se lit dans ses yeux. Autre chose aussi : la crainte, la réprobation, le doute, puis soudain la stupéfaction face à la métamorphose de sa mère, une maman aux cheveux en bataille, ventre à demi nu… une cavalcade de sentiments glissent sur le visage d'Anna marqué de fatigue et de larmes.


— Sophie !


C'est Thomas.

Très vite, elle le fixe, lui présentant son fils, sa fille, puis se détourne :


— Voilà Thomas, dit-elle à ses enfants, il fait le chemin de Saint-Jacques, je l'ai rencontré ici.


Sophie avait oublié combien ce garçon était d'une troublante virilité.

Elle avait oublié la beauté lumineuse et douce de sa fille.

Le charme insoutenable de la jeunesse.

Un regard lui suffit pour comprendre.

Le coup de foudre.


Sophie part le lendemain pour Paris.

Les trois jeunes ont décidé de poursuivre le chemin ensemble.

Anna est folle de joie.


 
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   Donaldo75   
23/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
(Lu et commenté en EL)

Bonjour,

Le sujet du burn-out m'a intéressé. Le début, avec la description de l'état d'esprit de Sophie devant la tombe de son père, était prometteur.

Que s'est-il passé ?

Le récit a pris plusieurs voies, entrainant la confusion pour le lecteur. L'histoire elle-même devient de plus en plus difficile à suivre, parce qu'elle ne semble pas vraiment réaliste. Ce n'est pas la situation qui n'est pas crédible, mais les enchainements et la manière dont elle est racontée, exposée.

En voici quelques pistes d'amélioration:
* L'artifice de fin, avec Anna qui voit Thomas, parce que Jules a cherché Sophie dans tout Bordeaux car Anna est mal en point sans sa mère, c'est compliqué et tiré par les cheveux, surtout avec trois courtes phrases pour clôturer le tout. C'est comme enfoncer des clous dans un mur, pour poser un tableau, alors que le mur en question est creux.
* Le burn-out parait facile à évacuer. Sophie lâche tout en quelques phrases. Cette accélération narrative vaudrait le détour s'il y avait une autre histoire ensuite, par exemple un amour passionné entre Thomas et Sophie. Ce n'est pas le cas. Les éléments du burn-out reviennent parfois, sous formes de traces, alors qu'ils devraient ne plus revenir dans la narration, sinon le lecteur a l'impression de ne pas avancer.
* Sophie est mère, épouse, fille, femme. Cette quadrature d'un cercle narratif est difficile à tenir. Pour réussir, il faut parfois choisir. Ici, on ne sait pas où elle veut aller et quelles sont ses contraintes, même si la fin laisserait à penser que la mère a repris le dessus sur la femme.
* Le style est assez passif, scolaire. Sophie est en burn-out, au début de l'histoire. Le lecteur devrait ressentir de l'empathie pour elle, et non pas l'observer de façon clinique, tel un entomologiste devant une nouvelle espèce de fourmi. Ensuite, elle s'éprend de l'image que Thomas lui donne d'elle; idem, le lecteur devrait sentir la vague de chaleur apportée par cette nouvelle vie.

J'espère avoir été constructif dans ce commentaire.

   Asrya   
1/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une belle écriture, fluide, très agréable à lire qui nous conduit jusqu'à la fin sans difficulté. Bon, pas de style particulier, c'est un peu "fade" même si quelques passages ajoutent un peu de piquant.

Pour le côté "burn out" de votre personnage, on ne le sent pas vraiment. Le côté "dépression" oui, pas de soucis, mais rien indique qu'elle est accablée de boulot, débordée et stressée par tout ça.
Elle vit un deuil, tout comme une subite réflexion sur sa vie, ce qu'elle a fait jusqu'ici, son travail, son mari, sa famille, tout ce qu'elle a construit ; l'ayant choisi ?

Un écrit qui pourrait mener chacun à s'interroger sur ces choix de vie, qui me laissent impassible dans l'ensemble (jugeant, de manière strictement personnel, que ces "crises de la quarantaine" sont d'un risible assez hallucinant).

Mais au final, ça peut en faire rêver certains (surtout certaines) qui pensent que leur vie aurait été mieux si cela, si cela, si cela alors que... si "cela" s'était passé, ou avait été un autre "cela", il y a de fortes chances que leur "cela" rêvé en soi un autre (oui je complique un peu mon commentaire avec tout ces "cela" mais je n'ai rien trouvé d'autre pour transcrire ma pensée sur l'instant).

Au final, ces rêves de quarantenaire usé(es) par la Vie ne m'emballe pas (surtout quand on tombe dans des clichés liés au sexe par la suite) mais votre façon de raconter l'ensemble m'a plu.

J'ai suivi les aventures de votre personnage avec intérêt (alors que ce n'était pas gagné) en me demandant quand est-ce qu'elle allait se rendre compte de son (ses) erreur(s).
Il lui faut la présence de ces enfants, ok, pourquoi pas. C'est quand même dommage que ça ne vienne pas d'elle (enfin j'en sais rien).

La fin en revanche... euh... ne m'a absolument pas emballé. Mais alors... pas du tout.
Votre histoire de coup de foudre entre Thomas et sa fille ; non mais franchement... je n'y ai pas cru une seule seconde.

Dans l'ensemble, je n'ai pas été conquis par votre sujet, ni par votre histoire ; mais j'ai été agréablement accompagné par votre écriture, alors, merci.

Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   Louison   
22/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'histoire d'une fugue après un décès et un grand ras le bol plus que celle d'un burn out. Je n'ai pas retrouvé les comportements d'un burn out, ni les angoisses qui y sont liées. Cependant l'histoire se lit assez bien. Sophie s'est offert une parenthèse, a tout oublié pendant un moment, a retrouvé un semblant de jeunesse dans les bras de Thomas.
J'aime bien.

La fin m'emballe moins, tout est rapide et assez peu crédible. J'aurais aimé comprendre si cette parenthèse avait changé quelque chose, est-ce que Sophie reprend la même vie ensuite.

Merci pour cette lecture, néanmoins agréable.

   SQUEEN   
22/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Ce texte qui, par ailleurs, m’a été plaisant à lire, manque de limpidité et me laisse une impression de brouillon. Ce qui m’a le moins plu c’est la chute qui méritait mieux, je pense, qu’un coup de foudre traité avec le dos de la cuillère.
Les indications au lecteur sont trop imprécises et quelques fois contradictoires, comme ici, quand le lecteur lit ceci en début de nouvelle,
« — Et où vas-tu aller ?
— Je t'enverrai un texto. »
et que quelques paragraphes plus tard la même scène est rejouée :
« Tu vas où ? Mais combien de temps ? Mais tu vas pas me laisser seul quinze jours ? Tu crois que… »
Elle a pris un dé dans le tiroir, et jamais elle ne saurait pourquoi il se trouvait là à cette heure gravissime, et l'a jeté sur la carte de France, qui elle, se trouvait chez Jules parce que Jules vadrouille à vélo dans la France entière.
Le dé est tombé sur Bordeaux. »
L’idée du texto expéditif avec laquelle le lecteur s’est construit l’histoire bascule et devient autre. Explication à posteriori du choix de Bordeaux. C’est délicat, un lecteur ça n’aime pas trop être fourvoyé. Bon ça c’est passé comment cette scène, un texto ou une carte et un dés ? Les deux éventuellement, mais on aurait aimé le savoir. « La valise se traîne. Bourrée à bloc, elle n'est plus qu'une masse inerte et immobile sur le quai du tram. » Et ici est-elle déjà à Bordeaux ? Si oui pourquoi et comment ?
Au début de l’histoire on imagine un couple avec deux fils grands ados : « Ses fils rigolent. » en fin du deuxième chapitre et à la toute fin j’ai été est surprise par l’apparition d’Anna fille de l’héroïne ? Sortie d’un chapeau avec un coup de foudre rapide et bâclé. Tout ça est bien perturbant. Et pourtant ma lecture a été plutôt agréable, j’ai bien aimé la partie centrale du texte, la rencontre avec Thomas, le temps qui passe…
Des petites choses aussi : « Ce voyage, partir seul, longtemps, c'est son Graal » Pour moi le Graal ne peut pas être le voyage, mais bien le but de celui-ci.
« C'est ça les ados, des mots tout faits, lâchés comme des pets, juste pour le son. » Là, j’ai pas aimé ça me semble facile et réducteur.
« « …elle lui dira de retourner vers son lit. » peut-être plutôt : « …elle lui dira de retourner dans sa chambre. » ?
Merci pour le partage à vous relire

   Cat   
23/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour mimosa,

L’écriture est agréable, alors je ne vais pas juger le crédible de l’histoire, juste la prendre comme elle m’est rapportée, pour en apprécier tout le positif qu’il y a dans ce « burn out ».

Un burn out finalement pas aussi destructeur qu’on peut l’imaginer à force d’en entendre parler dans le monde courant. Je ne lis rien de dramatique dans cette nouvelle. Si ce n’est le fait de boucler sa valise et de partir ou pousse le vent, légère comme une feuille détachée de sa branche, sans mari, ni enfants.

Cela doit faire un bien fou. Il faut oser ou bien se laisser emporter par le burn out, ce trop plein qui est là pour faire craquer les réticences d’une porte qu’on peine à ouvrir pour se libérer. Cela arrive souvent après la perte d’un être cher, de tout remettre en question. Parce que la vie vous ouvre à ce moment-là les yeux sur les véritables priorités et le temps qui passe et ne revient jamais.

Il s’agit pour moi, davantage d’une parenthèse enchantée que s’octroie la narratrice. D’ailleurs, avec le ton de l’écriture qui accentue la chose, tout y est léger, rien ne semble jamais dramatique. Et je l’envie de pouvoir ainsi se désalourdir au fur et à mesure des jours qui passent. La séquence de la valise trop lourde à porter est une image très parlante.

Pour clore l’histoire sur une touche « tout est bien qui finit bien », ma foi, si dans la vraie vie cela doit être plus que gênant de passer du rôle d’amante au rôle de belle-maman, ici le coup de foudre final boucle le tout avec optimisme, et je n’ai pas le cœur à m’en plaindre.

Merci pour le partage.
A vous relire


Cat

   plumette   
23/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Mimosa,
le point de départ de la nouvelle m'a séduite. face à un événement comme la perte d'un proche aimé, les priorités peuvent se recomposer et on peut éprouver le besoin de vivre fort et vite.
Sophie lâche son quotidien pour s'offrir un temps de "vacance" et même d'errance. Fantasme dans lequel je me suis retrouvée voire projetée.
Mais je trouve que les choses vont très très vite! Et j'ai un peu de difficulté à adhérer au traitement mis en place par Sophie. Elle se jette à la tête de Thomas, qui est ravi et la comble. N'est-ce pas un peu trop beau pour être vrai?
j'avoue que j'ai eu du mal à comprendre où était Sophie lors de la première scène avec la valise. Est-elle déjà à Bordeaux?
La chute est aussi rapide et brutale que le début. Et c'est un happy end où les jeunes se retrouvent entre jeunes tandis qu'on ne saura pas comment Sophie va réintégrer son rôle d'executive women.

Un peu dubitative, donc, mais une lecture agréable et enjouée, un moment de lecture fluide, un texte sympathique.

Plumette

Ps:mon clic a fourché au moment de l'appréciation! donc je reviens ici pour corriger mon peu en bien.


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