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Réalisme/Historique
MissNode : Au lavoir
 Publié le 30/03/14  -  16 commentaires  -  3858 caractères  -  150 lectures    Autres textes du même auteur

Les femmes ont les seins qui sautent, les cheveux dans la figure, les tempes trempées, les jupes dégoulinantes.


Au lavoir


Plonger dans le souvenir, c’est comme soulever péniblement la paupière au réveil d’une anesthésie, et mettre toute sa conscience embrumée à focaliser sur le premier objet qui se présente.

Vérifier d’abord que mes yeux voient toujours, vérifier ensuite que je reconnais l’objet. Vérifier que je suis rendue à notre monde…

… avant que ne revienne à ma conscience comment je m’appelle, qui sont ma mère et mon père, quel âge j’ai.


Je soulève péniblement la paupière sur le souvenir.

Le premier objet qui crève mon regard est un gros cube blanchâtre, luisant, même gluant, et par endroit carrément baveux. J’y suis : un savon de Marseille.

Sur fond de clapotis d’eau. Un filet d’eau, des vaguelettes, un grand splash, des gargouillis de bulles, toujours le filet d’eau.

Zoom arrière.


Le savon de Marseille est posé sur une pente de lavoir gris. Autour d’odeurs mêlées qui s’agressent. Le camembert d’une chaussette cartonnée, la fraîcheur du propre, la poussière éclaboussée qui se rebiffe, la résine de pin, les auréoles de sueur.


Je me souviens.

J’ai cinq ans. J’ai encore mes boucles blondes et je suis amoureuse du grand fils aîné de la ferme, celui qui conduit le tracteur. Je viens en vacances. C’est la campagne.

On n’est plus écrasés sous les avions de l’aéroport de Marseille dans notre HLM surgi comme un champignon pour y entasser pêle-mêle les Algériens et les rapatriés. Constructions préfabriquées. Quand on va aux cabinets, on entend le monsieur du dessus qui termine son pipi. Au mieux.


Ici, c’est la vraie campagne, avec une vraie grande ferme, avec trois immenses bâtiments en U qui accueillent le long chemin d’entrée, avec les chèvres qui donnent du lait chaud et moussant et les champs qui sentent la terre retournée.

On est en plein été et tout est blanc. Le soleil, le ciel, les murs, les blés, le chemin, la cour. Il faut plisser les yeux.

Et là, au milieu de la cour, l’oasis. Quand j’ai trop mal aux yeux et que ma tête brûle, je m’approche des arbres.

Passée dessous, il faut attendre un peu pour y voir clair, descendre des marches en pierre.


Sous les arbres, c’est comme une piscine.

Un monstrueux lavoir, avec plein de pentes, des lisses et des ondulées, et plein de bacs, des bacs à eau claire, où se reflètent les feuilles, et des bacs à eau blanche, où fond le savon.

Il fait frais. Parfois, c’est silencieux quand il n’y a personne.


Parfois c’est jour de lessive et les femmes se taisent un moment quand elles me voient.

Leurs mains sont rouges de l’eau froide, elles tapent sur des paquets de vêtements savonnés, elles frottent avec leur carré de savon ou avec d’autres habits, elles plongent et retirent, plongent et retirent, elles tordent d’un côté, de l’autre.

Les femmes ont les seins qui sautent, les cheveux dans la figure, les tempes trempées, les jupes dégoulinantes.

Après un moment, elles se remettent à parler. D’abord j’écoute, et puis je ne comprends rien ; elles oui, elles se regardent en coin et se disent – je comprends. C’est parce que je suis là.


Alors je regarde, et je sens. Je sens les odeurs. Les plus fortes finissent par passer ; celles du savon et des chaussettes. Il en vient des plus fines. La transpiration des femmes, sous les bras. Elles n’ont pas toutes la même. Les odeurs des culottes pas encore lavées. Et puis les mots que je ne comprends pas volent autour de moi et portent les mêmes secrets que les odeurs de culottes que je ne connais pas.

C’est un endroit pour les femmes. Quand elles sont toutes parties et que l’eau blanche a fini de suivre toutes les pentes et les rigoles, quand l’eau ne fait plus de bruit que l’écoulement des trop-pleins, plus besoin de lever la tête pour regarder le ciel à travers les feuilles : je regarde le bassin.


Ma paupière se referme sur le souvenir, et l’oasis disparaît avec les clapotis et les cigales.


 
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   Coline-Dé   
14/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai adoré ce texte à deux détails près :
"la" paupière... admettons dans la première occurrence, mais ensuite, cela sonne un peu trop manièré pour convenir à ce texte dont le vocabulaire joue essentiellement sur une simplicité à la fois riche et précise :
"un gros cube blanchâtre, luisant, même gluant, et par endroit carrément baveux."
Le deuxième détail ( finissons-en vite avec ces broutilles pour en venir au pur bonheur !) :
"autour" dans : " Le savon de Marseille est posé sur une pente de lavoir gris. Autour d’odeurs mêlées qui s’agressent."
comment le savon peut-il être posé " autour " d'odeurs ?
Je pinaille parce que ce texte est tellement joli ( à prendre dans le bon sens du terme), tellement évocateur, tellement écrit avec finesse que ces deux "verrues" ( à mon sens) m'ont sauté aux yeux.

Et maintenant, la délectation :
J'ai aimé la douceur des évocations, les répétitions bienvenues pour accentuer le côté naïf et le goût d'enfance, de cette enfance pleine de sensualité et de curiosité silencieuse (si loin de la caricature rosâtre qui prévaut trop souvent dans la tête des adultes ...!)
J'ai adoré ce regard qui oscille entre intuition et contemplation, le relief qu'il donne au monde contemplé, cette infusion de vie secrète... Ce court texte est pour moi une véritable perle : un regard singulier posé sur un monde ordinaire. Une écriture féminine à n'en pas douter.
Bravo !

   socque   
17/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé cet instantané vivant, convaincant, en disant plus qu'il n'en a l'air avec ce sentiment que la famille de la petite fille n'est guère appréciée dans ce lieu de villégiature : les femmes au lavoir parlent de la narratrice avec des regards en coin, ne s'adressent pas à elle, s'en vont sans s'inquiéter, par exemple, de ce qu'elle pourrait tomber dans le lavoir et se noyer. Il y a donc toute une histoire derrière cette scène simple, et j'aime bien ça.

Cela dit, je regrette que plus d'indications ne soient pas données. Pourquoi la famille revient-elle en vacances ici si on lui est hostile, par exemple... Ce souvenir donne l'impression d'être récurrent (plusieurs visites au lavoir) : le séjour se répétait-il tous les ans ou s'agit-il d'une seule expérience malheureuse ? Bref, si j'apprécie l'instantané je regrette un peu de ne pas en avoir appris davantage sur ce qu'il y a hors du cadre de la photo.

   Anonyme   
30/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai adoré aussi, c'est très bien écrit.

Un souvenir précis dans toute une enfance, qui comme dit au-dessous dissimule une autre histoire.

Au plaisir :)

   Pascal31   
30/3/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je suis un peu moins convaincu que les autres lecteurs. Certes, ce souvenir est joliment dépeint. Votre écriture n'est pas en cause. Disons que j'ai buté sur plusieurs choses qui, du coup, ont gêné ma lecture. Colinede en a cité deux, la paupière (ça fait étrange de soulever "la paupière sur le souvenir") et le savon posé autour d'odeurs mêlées. Je pense que cela aurait été préférable d'écrire : "Autour, les odeurs mêlées s'agressent".
J'ai aussi tiqué sur le mot "oasis" que je trouve incongru pour indiquer le lavoir au milieu de la cour de la ferme.
Quelques autres éléments m'ont perturbé : on ne sait rien de la personne qui se remémore ce souvenir. Est-ce une dame âgée ? Quelqu'un en fin de vie ? Aucun détail sur cela, et c'est dommage. On ne sait pas vraiment pourquoi ce souvenir l'assaille à cet instant...
Et puis, je trouve étonnant, même si la petite cache sans le vouloir un secret familial, que plusieurs femmes ayant fini leur lessive la laissent seule, à cinq ans, à côté des lavoirs. J'aurais trouvé plus crédible que l'une d'entre elles la morigène pour la faire quitter les lieux en même temps que les adultes.
Bref, même si je salue l'efficacité de vos descriptions et que j'ai lu ce texte sans m'ennuyer et avec une certaine fascination, j'ai trouvé qu'il manquait quelque chose pour bien situer ce souvenir et, surtout, que trop d'éléments perturbateurs venaient gêner ma lecture pour complètement adhérer au récit... Sur un texte aussi court, cela se voit d'autant plus.
Une demi-réussite, pour moi.

   costic   
30/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un souvenir rendu vivant grâce à une écriture sensible et sensuelle. On fait ici appel à tous les sens et on retrouve une ambiance « campagne » très juste, sans doute plus particulièrement encore, pour ceux qui l’ont connue. Sons, couleurs, odeurs ravivent des images évocatrices et pleines d’une douceur presque enfantine.
Une seule chose m’a un peu dérangée « mettre toute sa conscience embrumée à focaliser »
Mais cette nouvelle instant a su m’emmener près de ce lavoir aux allures mystérieuses et uniques, emportée dans le bavardage des femmes le clapotis de l’eau et des cigales. (mmmmm !)

   Robot   
30/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Aucun ennui à la lecture de ce texte. Contrairement à d'autres, je trouve que la comparaison entre la plongée dans le souvenir et la sortie d'une anesthésie est une image bien trouvée.
Je suis frustré d'une fin qui ne dit rien et ne laisse pas le minimum d'indice à l'imaginaire pour envisager une rationalité des situations et comportements entre le lieu, l'enfant, et les lavandières. Pourquoi cette indifférence des femmes qui conduit à ce que je crois deviner: une chute dans le bassin. S'agissait-il simplement d'exprimer la suite obsédante de ce traumatisme ? Même l'incipit n'explique rien.

   Anonyme   
30/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une courte nouvelle ça me va très bien.
Et bien des sensations en vois-tu en voilà je suis gâtée.
Le pire c'est que c'est très peu ragoutant mais au moins mon odorat et le visuel ont été fortement stimulé. c'est étrange je n'ai pas aimé l'histoire à cause de ça, mais rien à voir avec la qualité du poème c'est qu'il a eu l'exploit (comment le dire sans vexer) tu as réussi à me renvoyer une émotion négative qui est l'aversion, mais c'est bien et rare aussi, là on est très loin d'un simple descriptif:

"Le premier objet qui crève mon regard est un gros cube blanchâtre, luisant, même gluant, et par endroit carrément baveux. J’y suis : un savon de Marseille.
Sur fond de clapotis d’eau. Un filet d’eau, des vaguelettes, un grand splash, des gargouillis de bulles, toujours le filet d’eau."

C'est précis, dégoulinant, et c'est vrai, je visualise parfaitement le gros savon de Marseille humide associé au son.

Et mon odorat en a pris un coup:

"Le camembert d’une chaussette cartonnée, la fraîcheur du propre, la poussière éclaboussée qui se rebiffe, la résine de pin, les auréoles de sueur."

C'est parce que tu as su mettre des comparaisons simples sans soucis d'esthétisme et d'images loufoques. dans mon esprit ce sont des odeurs connues que tu as su transmettre au plus près de la réalité.

et surtout:
"Les odeurs des culottes pas encore lavées"
beurk!

Ce passage transpire la sensualité...qui dégouline.

"Les femmes ont les seins qui sautent, les cheveux dans la figure, les tempes trempées, les jupes dégoulinantes."

Cette formulation me gêne:

"Leurs mains sont rouges de l’eau froide"

Il serait pas mieux: Les mains rougies par l'eau froide"

"Je soulève péniblement la paupière sur le souvenir."

C'est en lisant la 4ème strophe que j'ai compris cette phrase, c'est une femme très âgée et donc ça prend tout son sens.

En tout cas j'ai été envahis par des impressions sensitives qui en 1ère lecture m'a fait ne pas aimé l'histoire pour me rendre compte qu'elle ne m'a pas laissé indifférente pour avoir mis mes sens en éveil.
Une réalité exprimée sans fioriture mais tout aussi intense.
Bravo.

   fergas   
31/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Nostalgie, nostalgie…
Juste un clin d’œil sur le passé.
Je me souviens des lavoirs du village de ma prime jeunesse : il y en avait sept.
Sept lieux de rencontre, sept endroits où les femmes discourraient en travaillant à perdre haleine, pendant que leurs hommes refaisaient le monde au café d’en face.
Les enfants qui passaient par là n’avaient qu’à bien se tenir, sous la menace d’un battoir énergiquement brandi à bout de bras. Quelque fois ils recevaient une « rincette » d’eau savonneuse, projetée du bassin par le bras d’une matrone rigolarde.
Merci MissNode de me rappeler tout ça. Votre récit ouvre pour un instant la boite à souvenirs. Il est court, juste ce qu’il faut. Il manque peut être un peu de vie, mais c’est votre parti pris de ne pas insérer de dialogue.
Mais la lecture en est facile, le sujet évocateur et bien choisi. Il mérite une bonne note.
Quelques erreurs ou approximations signalées par les autres lecteurs, mais qu’importe ?
La paupière se referme.

P.S. le savon de Marseille mouillé n’est pas gluant : il est glissant, sauf si on l’oublie dans l’eau pendant longtemps.

   MissNode   
1/4/2014

   Cat   
1/4/2014
J'aime la nostalgie qui se dégage de votre histoire, de votre façon d'écrire.
Je ne suis pas allée lire vos explications sur le fil de discussion, pour m'imprégner sans interférence, de l'ambiance et de l'odeur du savon de Marseille des lavoirs d'antan.
Dans le vôtre, s'est laissé entendre le chant des cigales, celui-là même qui a bercé ma jeunesse au pays des garrigues.

Merci pour le voyage, MissNode

Cat

PS : Sommes-nous obligés de noter les textes ? Car à l'usage je trouve le système assez aléatoire. Juger "bien", "très bien", "faible" ou "moins bien", ne veux pas dire grand chose pour moi.

   Pepito   
1/4/2014
Bonjour MissNode : La phrase d'incipit m'a fait sursauter, hors contexte elle est surprenante.;=)

Forme : quelques erreurs (dont certaines déjà notées) mais curieusement cela ajoute de la fraîcheur au texte, l'idéal pour un souvenir d'enfance ?

"la paupière" Miss Node est un cyclope ;=)
"clapotis d’eau. Un filet d’eau" que d'eau, que d'eau
"On n’est plus écrasés sous les avions de l’aéroport" ??
"trois immenses bâtiments en U" turlututu chapeau pointu UUU
"Sous les arbres, c’est comme une piscine." plutôt "l'impression d’être dans une piscine, non?"

"plus besoin de lever la tête pour regarder le ciel à travers les feuilles : je regarde le bassin." jolie image (c'est le cas de le dire ;=)
"Il faut plisser les yeux" > "il faut attendre un peu pour y voir clair" là aussi c'est bien vu

Fond :

"y entasser pêle-mêle les Algériens et les rapatriés" quelle époque, 61/62 ? des familles algériennes en HLM, j'ai un doute...

"D’abord j’écoute, et puis je ne comprends rien" "les mots que je ne comprends pas volent autour de moi"
C'est une allusion au parlé patois ? Cela me rappelle de sacrés souvenirs, je vois encore ma mère a résoudre le problème en nous parlant arabe ;=)

Très rafraîchissante lecture, merci beaucoup.

Pepito

   senglar   
2/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour MissNode,


Ce texte a du caractère, Proust avait sa madeleine, entre le savon de Marseille et le lavoir, la ferme et les barres d'HLM, l'odeur des dessous de bras et des petites culottes, les chaussettes camembert et la sueur, l'héroïne se régale ici de Tucs au Munster.

Bonne idée la phrase du texte reprise en incipit. Représentative. Une invite aussi, pour les hommes ; pour les femmes je ne sais pas.

C'est curieux, je n'ai pas ressenti la propreté qui est pourtant la finalité de ces femmes. La gamine innocente et pure, agressée, est un élément perturbateur. S'est-elle rasé les poils sous les bras adulte ? Les femmes de mon enfance ne le faisaient pas. C'était déjà troublant toutes ces femmes bouquets (lol)

Cette empêcheuse de laver et de confesser en rond a-t-elle rejoint la troupe des lavandières par la suite, pauvre cigale ?

Texte qui ne manque ni de corps ni d'odeur, aux secrets non aérés. Très présent.

Prenant.

Du bon travail !

Mais ces dames n'auront pas mes chemises à laver :)))

brabant

   Marite   
3/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cinq ans ... extraordinaire d'avoir pu retrouver ces instants vécus. La manière de nous les conter est si agréable, on s'y croirait.

"Plonger dans le souvenir, c’est comme soulever péniblement la paupière au réveil d’une anesthésie, et mettre toute sa conscience embrumée à focaliser sur le premier objet qui se présente."

C'est exactement cela qui se produit. La lecture de ce texte a éveillé en moi certains souvenirs de l'enfance, différents certes mais il me reste une envie de m'y replonger.

   Anonyme   
5/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour MissNode... Votre lavoir m'avait échappé mais mieux vaut tard que jamais. Comme à beaucoup d'autres il m'a ramené à l'enfance et à une grand tante "blanchisseuse" qui lavait pour les bourgeois (dixit ma tata !) été comme hiver... J'ai d'ailleurs dû écrire un texte sur la question voilà quelques années mais il n'avait pas la subtilité du vôtre... Vous m'avez remis en mémoire le savon, le battoir, la caisse où s'agenouillaient ces lavandières et les parlottes à n'en plus finir, parfois en breton pour épargner nos oreilles enfantines... Vous aviez cinq ans, je devais avoir une dizaine d'années, début des années cinquante...une autre époque. J'ai encore en tête l'odeur du savon et je vois le linge enfin propre sécher sur l'herbe ou les basses branches alentour et tout ceci grâce à vous . Un grand merci pour ce texte certes court mais ô combien poétique

   in-flight   
7/4/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Très bel instant de vie conté de façon brute et poétique, ce qui n'est pas un paradoxe.

"On n’est plus écrasés sous les avions de l’aéroport de Marseille dans notre HLM surgi comme un champignon pour y entasser pêle-mêle les Algériens et les rapatriés. Constructions préfabriquées."

J'ai du m'y reprendre à plusieurs fois pour bien saisir la phrase, elle gagnerait en intensité en ajoutant une virgule virgule entre "HLM" et "surgi". Ou alors faire 2 phrases bien distinctes.

"Et puis les mots que je ne comprends pas volent autour de moi et portent les mêmes secrets que les odeurs de culottes que je ne connais pas."

Très fine allusion aux secrets bien gardés des petits villages provençaux. Bien joué!

Bonne continuation. Au plaisir de vous lire.

   carbona   
12/10/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

La manière dont ce souvenir est raconté est agréable : ades phrases courtes, parfois juste quelques mots.

Je n'accroche pas beaucoup avec le début du texte : la comparaison du souvenir au réveil de l'anesthésie, ça manque de poésie et j'ai eu du mal à imaginer la chose en fait. L'image : soulever la paupière ne correspond pas à l'idée que je me fais du souvenir que j'imagine mieux les yeux fermés.

La suite est beaucoup plus fluide et poétique.

- "On n’est plus écrasés sous les avions de l’aéroport de Marseille dans notre HLM surgi comme un champignon pour y entasser pêle-mêle les Algériens et les rapatriés. Constructions préfabriquées." < ce passage me semble un peu forcé, on sent le désir de donner une explication sur le contexte, je trouve que ça ne passe pas bien, que ça ne s'insère pas bien dans le récit.

- "D’abord j’écoute, et puis je ne comprends rien ; elles oui, elles se regardent en coin et se disent – je comprends. C’est parce que je suis là." < j'ai dû relire plusieurs fois pour saisir, c'est le "-je comprends" qui m'a perturbée ne sachant pas s'il s'adressait à la narratrice ou aux femmes du lavoir

La discussion des femmes au lavoir me rend curieuse, j'aimerais bien savoir ce qu'elles disent.

- "Les femmes ont les seins qui sautent, les cheveux dans la figure, les tempes trempées, les jupes dégoulinantes." < j'adore cette phrase

J'aurais aimé que le récit dure plus longtemps et qu'il soit plus étoffé car il est agréable, on se sent bien dans cette campagne autour du lavoir.

Merci pour votre texte.


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