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Sentimental/Romanesque
misumena : Devenir belle
 Publié le 29/12/13  -  17 commentaires  -  10980 caractères  -  373 lectures    Autres textes du même auteur

Deux ou trois choses que j'aurais pu savoir de Masami, fille d'Asami.


Devenir belle


De la naissance de Masami, on sait peu de choses, sinon qu’elle se produisit dans un tsunami d’hémoglobine et coïncida avec le décès brutal de sa mère, la douce Asami, qui, n’ayant jamais pu se résoudre à absorber les remèdes libérateurs concoctés par la guérisseuse du village, n’en était pourtant pas à son premier accouchement. Asami nomma sa fille avant de succomber, lui promettant la beauté qui avait fait sa réputation jusqu’à Kyoto avant qu’elle épousât son client le plus assidu et, très opportunément, le plus fortuné. Takuo eut un haut-le-cœur en recevant des mains des accoucheuses sa fille écarlate et vagissante. Il s’empressa de la remettre à une nourrice, tourna les talons et refusa de porter les yeux sur elle pendant les années suivantes. Si l’on en croit la sociologie rurale de l’époque, Masami, malgré les apparences, naquit sous une bonne étoile, ses quelques frères et sœurs n’ayant vécu que le temps de déployer leurs poumons dans un baquet d’eau de rivière.


De l’enfance de Masami, il subsiste une trace charmante, l’évocation délicate d’un événement qu’elle s’empressa pourtant d’oublier : penchée par-dessus le parapet d’un pont enjambant le bassin de la demeure de son père, elle tend la main vers les carpes dorées ; une femme, sa nourrice ou une servante de son père, la retient par la ceinture et l’empêche de tomber. Une autre interprétation de la scène tend à suggérer que Masami est délibérément maintenue au-dessus du vide par la femme, pour le plus grand plaisir de taquines spectatrices, servantes et geiko à qui Takuo abandonnait sa demeure lorsqu’il travaillait, comptant sur leur présence soyeuse et docile à son retour.

L’insouciance enfantine de Masami cessa le jour où, revenant de son travail, son père congédia domestiques et courtisanes et se fit brièvement seppuku, sans plus de cérémonie que l’absorption d’un volume de saké réalisant une analgésie compatible avec une éviscération précise et efficace. Takuo était maître dans l’art du dosage scabreux. Il avait édifié sa fortune de bourgeois sur son exceptionnel talent de cuisinier, n’hésitant pas à braver l’interdit de préparation du fugu pour le grand frisson de riches commanditaires. L’un d’eux, trois de ses amis et quatre geiko venaient de passer de vie à trépas en dégustant ses sashimis fétiches.


Du deuil de Masami sont parvenus jusqu’à nous des documents officiels, mentionnant la confiscation des biens de Takuo au profit de la famille de ses victimes, puis la confiscation des biens des victimes au profit de l’administration du Shogun qui n’appréciait guère qu’on prît les édits impériaux à la légère. On peut en inférer le désarroi légitime d’une orpheline de neuf ans, désormais privée de l’affection de son père et dans l’incapacité de s’offrir une nouvelle paire de tabi. La voisine de Takuo, Dame Keiko, propriétaire d’une pension de famille accueillant nombre de femmes célibataires, prit Masami en pitié et lui offrit le gîte, le couvert et les tabi, contre les menus travaux à la portée d’une enfant aussi jeune, comme frotter le sol, laver les vêtements et les draps des pensionnaires et s’occuper du feu. Il fut interdit à Masami de préparer les repas, car Keiko, femme prudente autant qu’avisée, redoutait les récurrences fâcheuses liées à l’atavisme.

Masami mit donc au service de sa voisine sa honte d’être fille d’un meurtrier, et résolut de racheter la faute de son père en travaillant avec abnégation. Elle se tint à distance de la cuisine, frotta, lava, s’occupa du feu, s’initia à la couture et se montra aimable avec tout le monde, ce qui s’avéra être une tâche considérable. Les pensionnaires étaient nombreuses, et bien plus nombreux encore leurs visiteurs, dont Masami peinait à se rappeler le nom et le visage.


De la fin de sa servitude ménagère, Masami garda un souvenir extasié. Dame Keiko la convoqua et, entre les murs rouges de sa chambre et deux gorgées de thé servi dans une exquise porcelaine, lui expliqua qu’elle avait mérité, par son labeur et son attitude exemplaires et en réparation du drame qui l’avait atteinte, le droit de changer le cours de son destin. La vérité est que Keiko, femme d’affaires accomplie et propriétaire de la maison de thé la plus célèbre à l’ouest du Yodogawa, comptant sur l’ascendance prestigieuse de la fillette, avait su en outre percevoir en Masami des détails qui, quoiqu’embryonnaires, ne laissaient pas d’être prometteurs. Ainsi en était-il de sa modestie forgée à l’enclume de la contingence, de sa docilité et de la convexité sélénite de certaine partie de son anatomie, qu’un obi ne viendrait couvrir que pour mieux suggérer.

Masami fut donc élevée au rang d’apprentie geiko, et, comme toutes les maiko, assignée à une grande sœur de substitution, chargée de lui enseigner les subtilités de son art. L’onesan en question, Hana, s’empressa d’instruire Masami, l’initiant aux arcanes de la cérémonie du thé, de la danse et du chant. Elle la vêtit d’un kimono trop large pour elle, ce dont n’eut cure Masami, trop heureuse de porter des soieries, même de seconde main. Hana immobilisa les traits de la fillette en emprisonnant ses cheveux dans le chignon traditionnel, la farda copieusement de fond de teint au plomb et paracheva son œuvre cosmétique en peignant sa bouche, qu’elle avait large, d’un cœur flamboyant autant que minimaliste. Masami fut enchantée du résultat, réfléchi par les eaux calmes du bassin qui miroitaient sous les pêchers en fleurs. Elle venait d’avoir onze ans.


De l’entrée dans l’âge adulte de Masami subsistent des récits circonstanciés, transmis de génération de geiko en génération de geiko.

Hana avait également pour mission de faire connaître à son apprentie des aspects plus obscurs, mais considérés dans le monde clos de la maison de thé comme de première importance, de son futur métier. Il lui incombait en outre de rendre compte à Dame Keiko des aptitudes particulières dont pouvait faire preuve sa protégée. Aussi ne tarda-t-elle pas à présenter à sa petite sœur des estampes du genre le plus prisé par sa clientèle. Masami se montra fort intéressée par les dessins fouillés, foisonnant de détails aux proportions épiques : sa curiosité avait été éveillée de longue date par les conversations des geiko et par la transmission, permise d’une chambre à l’autre par les cloisons de papier, du moindre soupir exhalé par ses camarades. Encouragée par la réaction prometteuse de Masami, Hana l’encouragea à parfaire son apprentissage par l’observation. Masami se tint donc désormais dans un coin de la chambre de son onesan, à sa disposition lorsque celle-ci émettait le souhait de se rafraîchir ou réclamait un accessoire susceptible de plaire à ses clients, lesquels ne manquaient jamais d’apprécier la présence suave et discrète de la maiko. Il ne leur était cependant pas permis d’inviter Masami à se joindre à leur tête-à-tête, parfois géométriquement chamboulé, avec Hana, qui, soucieuse du respect de la tradition, veillait jalousement à l’honneur de sa protégée.

La formation de Masami courait à sa fin. Keiko plaçait en elle des espoirs rémunérateurs. Elle savait déjà que son apprentie préparait le thé à la perfection, dansait passablement, mais ne brillerait guère dans l’art du chant ou de la conversation : comme sa mère, Masami risquait de ne montrer d’aptitudes aux traditions orales que d’une manière certes admise, mais peu conventionnelle. Hana fut sommée de s’en assurer, ce qu’elle fit avec beaucoup d’application, n’hésitant pas à se faire confirmer à plusieurs reprises le talent enthousiasmant de la future geiko, qu’elle jugea prête au mizuage.


De son mizuage, Masami espérait un flot de sensations, aussi étranges que le contact d’un poisson contre la cheville, aussi inattendues qu’un frisson en plein été, aussi pénibles que le poids du faix lors de la corvée de bois, aussi douces que la peau d’Hana au cœur des nuits partagées. Elle se surprit émue face aux eaux du bassin reflétant son visage désormais si légèrement maquillé qu’il lui semblait redevenir une enfant, malgré sa grande taille, les courbes de ses hanches drapées de vent sous le kimono, l’orbe de ses seins portés haut et ferme, malgré les regards que lui adressaient les clients depuis quelques mois. Elle pleura son chignon tombant sur le sol ; la sensation de nudité accompagnant la perte de ses cheveux fut bien plus vive que lorsque dévêtue, elle apparaîtrait à son parrain. En effet, au terme d’une campagne de publicité assurée par un bouche à oreille fiévreux très professionnellement orchestré par Keiko, le daimyo gouverneur de la région avait chèrement acquis le droit de devenir le protecteur exclusif de la nouvelle geiko. Ainsi tirée de l’ornière par sa charitable voisine, Masami en assurait-elle la fortune tout en permettant à Daiki-san d’oublier les affres de son veuvage en sa charmante compagnie.

Laissée seule avec son parrain impatient de profiter de son investissement, elle fut interrompue dès le début de la cérémonie du thé. Masami s’abandonna avec grâce aux mains du dignitaire qui, fougueux de nature et excédé par le métrage insensé de l’obi de la jeune fille, renonça au déshabillage frénétique et manuel de celle-ci, et dénuda sa poitrine et ses jambes en tranchant son kimono de la pointe de son katana d’apparat. La peau délicate de Masami fut entaillée ; elle eut un mouvement de recul et leva des yeux effarés vers Daiki-san, qui en prit ombrage. La gifle jeta Masami au sol, si violemment qu’elle en eut la respiration coupée. Elle pipa l’air, le cœur rouge de ses lèvres fardées fendu démesurément sur sa large bouche.

« Cette salope m’a vendu une grenouille », gronda Daiki-san en saisissant à pleine main les mèches de cheveux encore longs qui couronnaient le crâne de Masami. Et portant le visage de la geiko à hauteur de son ventre, il se chargea, tout en vérifiant les termes appétissants du contrat signé avec Keiko, de montrer à Masami à quel point les estampes pouvaient, contre toute attente, se révéler en deçà de la réalité.


De la mort de Masami, survenue à l’automne de sa treizième année, on ne sait que cela.


Ainsi vécut Masami, dont l’existence, soumise à la caution de la licence artistique, ne nous est connue que par son portrait en enfant suspendue au-dessus d’un bassin poissonneux, estampe joliment exécutée par un talentueux anonyme du XVIIe siècle, époque d’Edo si j’en crois la brochure remise à l’entrée du musée. À quelques mètres du portrait de Masami, sur le mur séparant la plèbe de la parade des chevaliers engagés dans un tournoi florentin, un vandale d’une dizaine d’années trace des graffitis au charbon de bois. Il s’agit de Benezzo Vivarini, que son père, tailleur attitré des Médicis, ne va pas tarder à ramener manu militari à son atelier pour lui administrer quelques coups de ceinture à vertu curative autant que prophylactique. Mais cela ne sera que lorsque j’aurai franchi le pas de la porte menant à la salle d’exposition des œuvres du Quattrocento.


 
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   socque   
9/12/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un conte d'une cruauté exemplaire ! J'ignore s'il est basé sur de véritables chroniques de l'époque, en tout cas "si non e vero, e bene trovato".
Je reprocherai toutefois au texte un excès d'ambiance, si j'ose dire : le "contexte japonais" me paraît trop appuyé dans le choix des mots et du style. C'est purement une question de goût, certes, de dosage.
Le détail sur le graffiti de Vivarini, outre qu'il sort brutalement du sujet dominant jusque-là, me paraît peu clair : qu'est-ce qui est exposé, finalement ? Le "gribouillage" d'un gosse génial ? Le tableau de son père lui flanquant une rouste ?

"Masami, malgré les apparences, naquit sous une bonne étoile, ses quelques frères et sœurs n’ayant vécu que le temps de déployer leurs poumons dans un baquet d’eau de rivière" : voilà qui donne d'emblée le ton ! J'aime beaucoup.

   Anonyme   
17/12/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour
Belle et triste histoire élégamment écrite. C'est un tableau qui manque de chaleur. Les faits, rien que les faits. L'écriture est impeccable et le tout se lit les yeux grands ouverts et avec bonheur (comme d'habitude si je ne me trompe pas...) mais si l'histoire me touche elle ne me transporte pas par manque d'empathie pour cette fillette qui n'a pas de voix, pas de chair, mais seulement une silhouette.
Merci néanmoins, il m'a été très agréable de découvrir un texte aussi parfaitement écrit.

   toc-art   
29/12/2013
Bonjour,

un texte écrit comme un exercice de style, ce que la narratrice indique d'ailleurs à la fin, tout à son plaisir d'inventer des histoires en regardant les tableaux d'un musée. Certes, elle semble s'amuser mais le lecteur que je suis reste sur sa faim parce qu'en dehors du plaisir d'écriture appliquée, ciselée, évident (et après tout, c'est très bien), il n'est fait place à aucune émotion particulière. Or, c'est tout de même ce que j'attends quand je lis un texte, une émotion ou une réflexion, pas un simple savoir-faire et la mise en avant de ce savoir-faire.

malgré la qualité de l'écriture, la première phrase me parait bancale :
" De la naissance de Masami, on sait peu de choses, sinon qu’elle se produisit dans un tsunami d’hémoglobine et coïncida avec le décès brutal de sa mère, la douce Asami, qui, n’ayant jamais pu se résoudre à absorber les remèdes libérateurs concoctés par la guérisseuse du village, n’en était pourtant pas à son premier accouchement."

Le participe présent suppose une relation de cause à effet entre le refus de médicaments et le fait qu'il ne s'agisse pas d'un premier accouchement. Ce n'est pas le cas ici. (un "la douce Asami qui, si elle n'avait jamais pu se résoudre [...], n'en était pourtant pas à son premier accouchement" me semblerait plus conforme à l'intention).

   Anonyme   
29/12/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
On vous reprocherait presque la perfection d'une partition. C'est un récit au métronome. Il faut avoir lu cette littérature orientale, certains auteurs japonais qui érotisent l'écriture froidement et surtout Les contes des mille et une nuits pour envisager qu'on est sur du haut de gamme. c'est ainsi que se décline le conte oriental et c'est ainsi que souvent il s'écrit. Tout dire impeccablement en 10000 signes, retenir l'émotion pour que le lecteur vienne à elle et la trouve. On peut exiger du lecteur un peu d'exigence. Misumena le fait.

Chapeau.

   Acratopege   
29/12/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Dur conte oriental raconté avec un mélange de froideur et de compassion qui donne beaucoup de force au récit. Le hors-champ est omniprésent: on imagine la demeure paternelle, les salons de la "pension de famille", tout un Japon intemporel: même si l'histoire est inspirée d'un tableau du 17e siècle, elle pourrait se dérouler tout aussi bien de nos jours à quelques détails juridiques près.
L'écriture est nette et efficace, avec parfois, peut-être, une certaine lourdeur que j'attribuerais à des phrases longues au rythme insuffisamment balancé... Comme Toc-Art, j'ai été frappé par la première, que je trouve aussi boiteuse. Dommage pour un début de récit, mais enfin on n'a pas besoin de s'y arrêter. Le reste se lit d'un trait.
Merci.

   HELLIAN   
29/12/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un art consommé du récit, dans un style ciselé, le tout assaisonné d'un humour plus que noir et accompagné d'un parfum extrême oriental fort judicieusement dosé. Tout est près pour une dégustation trois étoiles. De l’émotion ? surtout pas, en tout cas pas de celle qui fait se lamenter ou pleurer sur le triste destin d’une pauvre petite gamine du japon de jadis. Tout est là, justement dans cette froideur en trompe l’œil. Et l'histoire est tellement horrible que le moindre arrêt sur image émotionnelle eut été déplacé. Non, c'est net et sans la bavure de la petite larme compatissante. En un mot, c'est superbe.

   jaimme   
31/12/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Misumena,
Un texte froid et ciselé comme la société traditionnelle nippone. J'ai d'abord été un peu rebuté par le style très travaillé et puis, surtout à partir de de cette phrase sublime ("Ainsi en était-il de sa modestie forgée à l’enclume de la contingence, de sa docilité et de la convexité sélénite de certaine partie de son anatomie, qu’un obi ne viendrait couvrir que pour mieux suggérer."), je me suis laissé emporté et j'ai adoré le dernier paragraphe.
La froideur de Kagemusha, ou de Ran, une connaissance approfondie de cette société (et je suis certain de ne pas avoir saisi toutes les nuances).
J'aurais aimé un peu plus de "poésie", comme la phrase citée, un peu moins de scientifique (j'ai été choqué, oui, par le mot "sociologie"), car il en ressort un mélange des genres parfois gênant.
En tout cas un texte fort autant par le thème, la fin et l'érudition.
Merci pour cette lecture au sujet de laquelle je me permettrais de porter un jugement sur la société décrite; une envie, plus qu'un jugement: des claques, comme à ce gamin de la fin. Mais des claques qu'il ne faut pas oublier de nous donner à nous-mêmes, à notre société encore si imparfaite.

   placebo   
30/12/2013
La fin m'a perdu, je n'ai pas compris comment était morte Masami. Étouffée ?

L'humour est intéressant. Je le prends comme un mélange de cynisme et d'empathie envers les personnages. Il est en tout cas très présent.
Beaucoup de vocabulaire, j'ai même interrompu ma lecture plusieurs fois pour rechercher la signification des mots.
Impossible de ne pas penser à « Geisha » même si la période ici est bien plus ancienne.

À le lecture du comm de Salam, je pense que je manque d'expérience dans ces contes orientaux malgré tout mon intérêt pour ces pays et leurs cultures. Je préfère ne pas évaluer pour l'instant.

Bonne continuation,
placebo

   senglar   
30/12/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Misumena,


"... la convexité sélénite de certaine partie de son anatomie..." : écriture au katana ! Cette formulation justifie à elle seule un exceptionnel + subjugué de ma part.

Quel dommage pour Masami que son père ne se soit pas cantonné à l'accommodement du boeuf de Kobé !


Je ne m'y attendais pas à cet arrêt buffet dans un musée. Vous me l'aurez coupé jusqu'au bout ! Et si vous nous concoctiez tout un repas Misumena pour nous rassasier ? Après cette stupéfiante mise en bouche...

De quel musée s'agit-il ? M'en vais de ce pas composer ma carte du jour...

Itadakimasu :))))))))))))


Brabant

   Robot   
30/12/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Alors là, le coup final de l'estampe, je ne m'y attendais pas. L'histoire est-elle vraie ou imaginée par la visiteuse ? après tout cela à peu d'importance. Il reste ce triste conte si bien écrit avec cette distanciation qui convient tout à fait à cet exercice. Et c'est ce qui compte. Curieusement les mots exotiques n'ont pas gêné ma lecture. même si je n'ai pas compris leur sens, mon subconscient les a assimilé. Je vais maintenant prendre mon dictionnaire pour vérifier leur sens. (dico français - japonais bien sûr)

   widjet   
31/12/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Même si l’extrême préciosité du style est parfois un tantinet agaçant (« Ainsi en était-il de sa modestie forgée à l’enclume de la contingence, de sa docilité et de la convexité sélénite de certaine partie de son anatomie » sans parler du florilège d’adjectifs et d’adverbes), il faut admettre que ce raffinement sert parfaitement l’histoire et colle tout à fait à l’Asie. Le conte est relaté de façon détachée, froide, mais là encore cela sied bien à cette culture où il est rarement question d’épanchement ou d’élan démonstratif que l’on retrouve dans les mœurs européennes. J’ai aimé la constance, l’écriture dans son ensemble (excepté quelques lourdeurs comme « le cœur rouge de ses lèvres fardées fendu démesurément sur sa large bouche »), les quelques traits de poésie (poissons), la douceur, la douleur et la violence sourde entremêlées de ce destin d’enfant ; une existence gravée dès la naissance du sceau de la tragédie.

Beau travail.

W

   alvinabec   
1/1/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Misumena,
Dois-je vous le dire, j'ai éclaté de rire, vraiment, c'est troussé de façon très drôle, bravo pour la stylistique!
Une pétillance particulière pour la préparation du fugu, les récurrences de l'atavisme, l'apprentissage du métier à travers les estampes, parfois en-deça de la réalité...
Un très bon moment!

   stony   
3/1/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai pris sur moi de franchir le cap de cette première phrase sur laquelle je me serais bien encore attardé pendant quelques mois. Je n'ai pas regretté cet effort.

C'est du boulot remarquablement soigné, qui fait sans peine oublier que l'on est sur un site d'apprentis, et bien que je n'aie pas les moyens de vérifier l'exactitude d'une documentation de toute évidence sérieuse.
Comme j'aimerais savoir ce qu'a représenté le travail d'écriture de ce texte, tant il parait avoir été écrit d'une traite par une plume sans faille, malgré quelques minuscules traits de style de toutes façons très personnels (par exemple, plutôt que d'écrire "Masami mit donc au service de sa voisine sa honte d’être fille d’un meurtrier", j'aurais écrit "Masami mit donc au service de sa voisine la honte d’être fille de meurtrier", pour des raisons musicales... lorsque je vous disais qu'il s'agit de minuscules détails !).

Ma plongée dans le récit fut totale. J'y ai retrouvé ce que j'avais déjà remarqué dans au moins l'un de vos textes (cette histoire de tableau dérobé à une famille juive) : cette capacité à créer une ambiance, à alerter nos sens malgré une économie de moyens, tant peuvent m'agacer les descriptions lorsqu'elles sont foisonnantes.

Sur le principe, j'aime beaucoup cette façon d'inférer (pour reprendre votre terme) une existence à partir de bribes, celles-ci se réduisant en l'espèce à une estampe. Je n'ai pu m'empêcher de tracer un parallèle avec un roman lu il y a quelques mois : "Dora Bruder", de Patrick Modiano. L'avez-vous lu ? Il y infère l'existence d'une petite juive sous l'occupation à partir du peu d'informations qu'il a pu récolter à son sujet. Je ne sais si ces informations sont réelles ou fictives, mais le narrateur les présente en tous cas pour réelles et ne sort jamais de ce contrat, utilisant d'ailleurs souvent le conditionnel pour présenter ses inférences.
Ici, vous allez plus loin, car vous évoquez des bribes sous formes de documents, dont vous révélez, lors de la chute, qu'ils font également partie du contrat fictif ("soumise à la caution de la licence artistique"). C'est intéressant et, mine de rien, ça ne doit pas être évident, moralement, de se le permettre. A moins que ces documents n'aient réellement fait partie de votre documentation ?

Tant pis pour le tailleur de pierre et les Medicis ! J'en aurais pourtant bien pris pour quelques inférences supplémentaires. Mais non, je déconne : la chute est magistrale, le texte est complet.
Bravo !

   aldenor   
13/1/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Quelle belle plume ! Que d’envolées ! Mais tout de même, un rien dans le style de trop enlevé. De trop asséné. Il faudrait un peu plus de phrases qui prennent leur temps, comme : « Masami fut enchantée du résultat, réfléchi par les eaux calmes du bassin qui miroitaient sous les pêchers en fleurs. »
Belle chute aussi. Nous étions dans un musée, l’auteur brode sur un tableau.
Pas trop aimé le titre, qui ne me semble pas rendre l’essentiel.

   Nan   
2/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C’est excessivement bien écrit (je veux dire que rien de dépasse, tout est au cordeau, presque chirurgical), factuel, aussi lisse que si l’on regardait à travers une vitre, d’ailleurs on n’entend jamais la voix de cette jeune fille qui semble étouffée, muette ou inaccessible. C’est sans doute voulu et l’écriture est aussi pure que l’image d’une estampe. J’ai admiré le travail de documentation et j’ai aimé l’idée de construire un texte autour d’une image ou d’un tableau. Le titre est bien trouvé, comme si c’était la seule issue. Allez, mais c’est juste pour faire suer, y’a deux fois « encourager » dans une même phrase. Enfin bref, je suis jalouse.

   Pimpette   
5/2/2014
Commentaire modéré

   Pimpette   
5/2/2014
Commentaire modéré

   Pimpette   
6/2/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Misu

Comme elle est triste cette histoire!

Mais comme tu écris bien...

   caillouq   
12/4/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
...En un an j'avais oublié la fin affreuse et cantatienne (edit : oui, non, en fait c'est un peu plus compliqué, Pepito...) de Masami.
Heureusement que, soucieuse de préserver le moral de son lectorat, Misumena nous fait comprendre qu'il ne s'agit que d'un fantasme d'amatrice d'art, ce qui bien que la situation soit hélas hautement probable permet de rendre un peu plus supportable l'horreur de cet accident qui découle naturellement de la sensation d'impunité d'un "client" envers sa jeune, très jeune acquisition.
Ce texte est un petit bijou, où le style précis et jouissif de Misu s'épanouit tentaculairement dans une cruauté qui, peut-être, a fait peur aux pré-lecteurs de Don Quichotte (voir forum).
Mais (ben oui), comme seule la découverte d'un texte calme un peu chez moi la fonction critique-des-petits-détails, et que je viens de me livrer à une Relecture, Misu ne coupera pas à deux (edit : quatre) p'tites remarques malgré sa perfection (enfin, celle de son texte):
- la première phrase. Ce n'est pas la fin qui me gêne, mais le début ! C'est le "tsunami d'hémoglobine". "Hémoglobine" me renvoie toujours aux films d'horreur de série Z. Bon, rien de rhédibitoire pour Misumena qui adore le second degré et les allusions, mais dans ce cas précis, si tôt dans le texte, je ne sais pas, je crois que j'aurais mieux apprécié un petit crescendo dans l'introduction. Et à la réflexion parler d'hémoglobine dans la suite n'aurait peut-être pas mieux marché, parce que pas très raccord avec le côté japonisant parfaitement réussi de la suite de la nouvelle.
- L'autre truc qui m'a fait tiquer, c'est le "réalisant". A force de lire des rapports, je deviens au fil des années de plus en plus allergique au participe présent, quand il est utilisé comme connexion rapide entre deux propositions. Trop souvent, sa présence impacte (<3 <3 <3) la fluidité et la respiration du texte (OK, moi-même je n'arrive pas à m'en passer complètement, mais vous savez bien ce que c'est, la paille et la poutre, etc).
- le "salope" de la fin, pour lequel j'aurais préféré que Misu nous sorte une des trouvailles dont elle a le secret, version japon
- et enfin le "cela ne sera" de la dernière phrase, qui m'avait posé problème dès la première lecture. Je sais, j'aurais dû le dire plus tôt, mais à la première lecture il y a toujours le doute que sur un point précis l'achoppement soit purement contingent. Maintenant, je sais que dans le cas de Misu, il me faut lire DEUX FOIS un texte pour être suffisamment convaincu de mes remarques.

Alors, après tout ça, ma note va peut-être sembler étrange... Mais (i) ce genre de notation, c'est logarithmique (et schlaaaa !) (ii) ce serait injuste de noter Misumena par rapport à ses autres textes. J'ai préféré "Baiser", qui me touche plus, mais si ce texte était le premier que je lise de Misumena, j'aurais dégainé le "exceptionnel" vu la tenue de l'écriture – et je n'aurais même pas vu les quatre points susmentionnés (qui ça ?). Donc.


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