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Sentimental/Romanesque
misumena : Un homme riche
 Publié le 14/08/09  -  20 commentaires  -  15941 caractères  -  88 lectures    Autres textes du même auteur

Une chanteuse de jazz, dont les souvenirs s'enfuient, les dicte à une jeune femme. Elle lui parle d'un admirateur...


Un homme riche


J'ai été aimée par un homme très riche. C'était il y a longtemps. En ce temps-là, on pouvait devenir très riche, comme ça, d'un coup, par hasard. Sans même avoir fait d'effort. On donnait un peu d'argent à un tenancier de bureau de tabac (en ce temps-là, on avait le droit de choisir sa mort) et on laissait faire le hasard, qui vous tombait dessus, comme ça. On ne peut pas dire que c'était de manière inattendue, puisque c'est bien ce qu'on souhaitait, cette fortune subite et extravagante, mais tout de même, tout de même, ce n'était pas courant. On avait une chance sur des millions de devenir riche à ce point. Sur des dizaines de millions, c'est te dire.


Il s'appelait Stéphane, je crois. Ça fait longtemps. Il m'aimait. Il me suivait. Je ne pense pas avoir fait un seul concert sans que Stéphane soit dans le public. Il jouait des coudes pour s'approcher de la scène. Je ne le voyais que lorsqu'il était parvenu au pied des retours.


Je l'aimais bien.


Il accrochait des roses aux essuie-glaces de ma voiture. Des roses rouges à longue tige, en robe de cellophane. Je les trouvais de temps en temps. Je pense qu'on me les volait souvent. Je n'arrivais pas à les jeter, les roses, mais je ne pouvais pas les mettre en vase non plus. J'aurais eu l'air de quoi, moi, avec mon mari, mes enfants ?


De quelqu'un qui a un amoureux qui lui offre des roses, ce que ne fait plus son mari depuis longtemps. Mais tu sais, elles me faisaient du bien, ces roses. Alors je les gardais. Je les séchais. Je coupais la tige, et je mettais la rose bien sèche dans une boîte, ou dans un autre bouquet de fleurs sèches. Il n'y avait que moi qui connaissais l'existence de ces roses-là et qui savais d'où elles venaient. C'était un secret entre moi et elles.


Sébastien... j'ai dit Sébastien ? Je crois qu'il s'appelait Stéphane. Stéphane. Comme Belmondo. Mais non, pas Jean-Paul, enfin, si, comme Jean-Paul, mais aussi comme Stéphane, Stéphane Belmondo, tu vois qui c'est ? Non, tu ne vois pas ? Un type qui jouait de la trompette, autrefois. Un ogre bâti à te vider un bugle en deux saisons de festivals, enfin tu t'en fiches, c'est pas ta tasse de thé, les jazzmen, tu as tort, toi qui t'occupes des corps, tu dois connaître les âmes, et les âmes tordues, il y en a, dans le jazz. Des âmes perdues, aussi.


Bon, alors Stéphane, il avait, je crois, gagné au loto. C'est rigolo, comme ça s'était passé, je me rappelle cette histoire-là comme si c'était hier. Mieux qu'hier, en fait. Ne souris pas. Je me rappelle ça. J'avais une page sur Internet, pour les copains, les fans, pour faire un peu de publicité pour mes albums, les concerts. Myspace, ça s'appelait. C'était basique, en deux dimensions, sur un écran plat, mais tout de même, c'était bien, sympa, on se parlait en direct avec des copains à l'autre bout du monde, c'était un grand progrès par rapport à la poste, bref, Stéphane était fan, tiens, c'est drôle, ça rime... C'était un de mes fans, il m'avait envoyé des messages avec son prénom et l'initiale de son nom, ça me disait quelque chose, mais bon, un vague souvenir, peut-être rien, après tout, un peu comme maintenant, et j'avais répondu poliment, et puis, de fil en aiguille, il avait laissé des trucs comme : "Je suis l'homme aux roses". Tu vois que tu ris, ça fait rire tout le monde, cette histoire, je le sais bien, mais quand on y pense, c'est triste.


Tu crois que ça restera dans ma mémoire ? J'ai lu tellement de choses, que ce qui est le plus important reste. Je me demande ce qui est le plus important. Vraiment, je me demande. Je me demande ce qui restera. Mes enfants, j'aimerais pouvoir leur dire : ce sera vous. Votre visage, votre voix, vos gestes, ce seront toujours ceux de mes fils, jusqu'au bout. Mes petits-enfants, peut-être ? Mon mari ? Il est là tous les jours, alors je me dis que forcément, lui, pour l'appeler "Monsieur", il faudrait que je le fasse exprès.


Il faudra que j'essaie de le faire exprès. Pour voir. Ne faites pas ça ? Pourquoi non ? Quand je serai devenue hargneuse, peut-être bien que j'aurai envie d'essayer. Bon, alors, toi, tu en penses quoi ? Tu as l'habitude, non ? Les gens, de quoi ils parlent, à la toute fin, au déraillement ? De leur mère ? De leur premier chien ?


Qu'est-ce que je disais, au début ? On parlait du loto, non ? Ha oui, Stéphane. Qui semait des petits cailloux informatiques et des indices subtils sur mon site Internet. Et qui me mettait des roses sur mon pare-brise. Mais pas que. Ben non, tiens. Il ne faut pas oublier qu'il était riche, alors deux ou trois roses vite fanées...


Un jour, il pleuvait des seaux. J'entre dans ma voiture, il était trois heures du matin, j'étais fatiguée, donc pas prête à me faire tremper et à me retrouver aphone le lendemain, parce qu'en plus d'être chanteuse, tu as vu comme je suis bavarde ? Championne catégorie poids lourd de la causette. Donc, je démarre, je mets les essuie-glaces, et vouitt, tchoc, cric. Un petit bruit. Et l'essuie-glace qui tressaute comme dans son dernier souffle. Je râle, je peste, je sors, je titille la mécanique, et qu'est-ce que je trouve qui frotte contre la vitre, bien accroché à l'essuie-glace ? Un bracelet. Je te le jure. Un bracelet en argent avec des strass. Là, je me dis, il commence à y aller fort, le Stéphane. Je m'apprête à balancer le bracelet dans la haie du parking, et puis je me retiens, va savoir pourquoi. Je regarde le bracelet, je le tripote, je le trouve joli, je me dis que je vais le sécher et le mettre avec les roses et je le glisse dans ma poche.


Et je ne l'oublie pas, qu'est-ce que tu croyais ? Je n'en parle pas non plus à mon mari, parce que je me disais que ça allait faire des histoires, il n'avait pas la tête à ça, et toi, tu ne lui dis rien de ce que je te raconte si tu le croises un de ces jours. Secret-défense, le bracelet. Bref, le surlendemain, je m'arrête dans une bijouterie un peu chic, j'explique qu'on m'a fait un cadeau dont j'ignore la valeur et que tout de même c'est bien de connaître la valeur des choses, je fais mon petit baratin, et je ressors titulaire d'un bijou en or blanc et diamants véritables.


Parce que Stéphane, mon admirateur prêt à me fissurer le pare-brise à coup de bracelets en diamants, il avait gagné au loto, je te l'ai dit ? Et tout ça, je le savais parce que lorsque j'avais eu assez d'informations, grâce à mon site, grâce à deux ou trois chèques envoyés à ma maison de disques pour acheter 50 albums d'un coup, j'avais fait quelques recherches et fini par retrouver l'histoire de ce gars-là, un éleveur de la Drôme. Et c'est là que ça m'avait fait tilt, et que ça m'était revenu : ce Stéphane-là, lui-même et en personne, avait gagné une somme délirante l'année où moi, j'avais gagné le concours de jazz vocal à Crest. Nous avions eu notre photo dans le journal le même jour.


Je les ai gardés, mes press-books. Je te le montrerai, Stéphane, presque penaud d'être le réceptacle d'un tel coup du sort. Pétrifié devant l'objectif, alors que sur la page d'à côté, je vis. Tu souris encore, tu verras, tu verras si ce n'est pas l'effet qu'elles font, ces photos. Moi, j'étais tellement contente que ce type, je ne l'ai même pas remarqué, avec ses milliards. Pour de vrai. Je ne pensais qu'à chanter et enregistrer mon prochain disque. J'étais déjà un peu connue, pas de la première jeunesse, à l'époque. Mais tu sais, j'étais vraiment heureuse, sous les platanes, cette année-là, et sur la grande scène ouverte balayée par les vents chauds du soir et toute dorée et rose dans le crépuscule. Tu notes ? Tu notes tout ce que je dis ? Tu feras le tri ? Les envolées lyriques de seconde zone, tu sabres. Tu gardes les faits, le matériau brut, le reste est dans mes disques, je ne peux pas le dire mieux que je l'ai chanté, alors on supprime le médiocre. Et puis tu fais bien ce que tu veux, si ça se trouve, demain, je ne me rappellerai plus ce que je t'ai dit aujourd'hui. Des fois, c'est pratique.


Tant que j'y suis à retrouver le fil, on continue un peu, hein ? Il est fini, ton service, tu n'as personne à changer, l'alarme est bien calme, personne ne crie dans le couloir. Alors, la fois du bracelet, je me suis dit que je ne pouvais pas le garder. Et au concert suivant, je lui ai fait signe, à Stéphane. J'ai laissé mes musiciens à leurs chorus, et je suis descendue de la scène. Même sans les spots, on voyait qu'il était rouge pivoine, mon fan. Fan, pivoine, ça rime. Enfin, moyen, mais ça pourrait, dans une chanson ça marche. Je lui ai tendu la main, ai glissé le bracelet dedans, lui ai dit "Je crois que c'est à vous", et je suis remontée sur scène. Il était au bord de l'apoplexie. À la fin du concert, il a tout fait pour que je garde le bracelet, il m'a dit que ça ne représentait pas plus pour lui que les roses, que c'était un plaisir qu'il se faisait, que je ne pouvais pas ne pas accepter... des choses gentilles, en somme. Tu ris ? Tu peux. Il ne faisait pas exprès d'être mufle, ça se voyait, il était tout énervé et décontenancé. Je me suis fâchée, mais je ne voulais pas être méchante, tu vois ? Ce n'est pas mon truc, je ne suis pas comme ça. Il paraît qu'on change de caractère, progressivement. Je vais peut-être bientôt pouvoir m'en payer une bonne tranche et terroriser les aides-soignantes, qu'est-ce que tu en dis ? Il y a peut-être des bons côtés, va savoir. Qu'est-ce que je disais ? Ha oui, il était là, véhément, la main tendue avec le bracelet dedans, et puis il m'a dit qu'il jouait de la trompette.


Comme Belmondo ? Il joue de la trompette, Belmondo ? Depuis quand ? Pas ce Belmondo-là, l'autre ? Je suis bête, bien sûr, l'autre, Stéphane. Mais ce n'était pas le même, c'était Stéphane le fan. J'ai dit : "Ha bon ?", tu vois, je ne l'écoutais pas vraiment, je lovais les câbles, lui, il causait. Et il me dit que oui, depuis qu'il est rentier, il a le temps, et ça fait tout de même 15 ans qu'il est rentier et qu'il a laissé tomber la bergerie et qu'il a le temps d'aller écouter de la musique et de jouer de la trompette, et il me dit "Attendez, je vais vous montrer", et moi je soupire, et je me dis, bon, une bonne fois pour toutes, il sera content et après je l'éjecte, un peu méchante tout de même, mais dans ma tête seulement.


Il revient avec une trompette. Une Monette Ajna, plaquée or. Ça ne te dit rien, mais tu imagines. Continue à imaginer. Imagine déjà qu'il l'avait laissée sous son siège pendant qu'il monologuait en ma compagnie. Imagine ensuite qu'il l'embouche et qu'il se met à jouer. Tu te demandes, hein ? Ce serait dans un film, le gars, il se révélerait le meilleur trompettiste de jazz de sa génération, le berger inconnu acharné à faire ses gammes et à abreuver la Drôme d'un rêve sonore, et mes musiciens et moi, on serait là, scotchés. Mais c'était la vraie vie, alors tu te dis, bon, il a joué honnêtement "Les feuilles mortes", elle l'a félicité et adieu, Berthe, ou bien tu te dis qu'il a massacré les feuilles pourtant déjà mortes et qu'elle lui a dit, c'est pas mal, il faut s'accrocher encore, gentiment, parce qu'à l'époque elle était encore toute gentille mais ça ne va pas durer, ou tu ne te dis rien et tu attends, comme je te vois, là, le stylo et les paupières en l'air, ça m'amuse, de te voir comme ça, suspendue à mon souvenir, ça me donne l'impression d'être, encore un peu. Comme Abbey Lincoln. Toutes proportions gardées. Tu ne connais pas l'histoire ? Je te la raconterai, tu m'y feras penser.


Amstramgram. Il a joué "Throw it away", et c'était comme si Saint Clifford Brown revenait sur terre auréolé de fumée bleue, ça aussi, ça m'a bien manqué, la fumée de cigarette qui embrumait la scène et flinguait les cordes vocales et empestait les vêtements, une engeance, mais qui m'a manqué. S'il fallait faire un vœu, je voudrais faire un concert une fois de plus, dans la fumée de cigarette et les projecteurs bleus. Et je voudrais le faire avec ce Stéphane, qui jouait chaque note comme si c'était la dernière. Mon dieu, je crois que jamais je n'ai entendu une chose pareille. Tu ne me crois pas, hein ? Tu te dis que c'est impossible, que c'est trop beau, que c'est une histoire pour faire un film. Je ne le croyais pas non plus. Je n'ai rien dit, j'ai laissé faire le contrebassiste, comment s'appelait-il encore ? Attends, ça va me revenir, peut-être, je vois bien la tête qu'il avait... ah oui, Jérôme. Jérôme, il lui a donné les coordonnées de notre maison de disque et le nom de deux ou trois types qui pouvaient s'intéresser à lui. Moi, je me rappelle, j'étais un peu sonnée, avec cette histoire de bracelet, de roses, de loto, de moutons, de souvenirs, de trompette en or...


Stéphane, lui, il voulait jouer avec moi. Rien que ça, le reste, les disques, le talent, il s'en foutait, il était obsessionnel, ce type-là. Mais pas au point de me harceler, c'est ça qui était bizarre et qui faisait que je dépassais pas mon seuil de tolérance. Et moi, je n'arrêtais pas de penser à ce que j'avais entendu, j'y pensais jour et nuit, ça s'était imprimé dans ma tête, et le jour où j'ai chanté "Throw it away", je l'ai chanté comme si je soufflais dans une Monette Ajna plaquée or, en after hours.


Mais je ne lui ai plus jamais adressé la parole.


Tu te demandes ce qu'il est devenu, Stéphane ? Il a continué à fleurir mon pare-brise, à assister à mes concerts, je savais qu'il venait avec sa trompette, chaque fois, je le savais, je mourais d'envie de lui faire un signe, allez, monte, on t'attend, mais je me l'interdisais. Pourquoi donc ? Oh, je ne sais pas vraiment. Ou plutôt, je sais, j'étais bête, je ne me sentais pas assez forte, je crois. Attends que je me rappelle... le billet d'avion pour Cuba, c'était bien après ce soir-là, où il avait joué "Throw it away". Ou juste après, pas loin, je crois. Oui, c'est ça, j'ai reçu ce billet, avec un petit mot, « Juste vous et moi et la musique, et si ça vous plaît, on reste. » Non mais tu te rends compte ?


Des roses, des diamants, un aller simple pour Cuba. Tu te rends compte ? Tu ne me crois pas ? Et si je te dis que j'ai gardé ce billet ?


Tous les jours, je l'ai regardé ce billet, throw it away, throw it away, je ne l'ai jamais fait, je l'ai conservé. Quand je le tenais entre mes doigts, il pesait plus que les diamants. Mais il n'a jamais pesé plus que ma famille, et c'est pour ça que j'ai pu le garder, intact. Il me rappelait tous les jours comme j’étais forte. Vraiment forte. Tu ne comprends pas ce qu'il y a de fort là-dedans ? Je vois bien que tu ne comprends pas. Mais moi je te dis que la chose à laquelle il est le plus difficile de résister, ce n'est pas la maladie, ce n'est même pas l'amour, c'est la musique.


Un jour, je n'ai plus vu Stéphane. Il a disparu. Je me demande si son souvenir disparaîtra comme lui, d'un coup, ou s'il en restera une trace, comme l'odeur de la fumée bleue dans la chaleur des projecteurs.


Je me demande vraiment ce qui va rester.



Élodie a refermé la porte doucement. Il était tard. Elle a frotté son poignet et sa main droite, un peu douloureux, et elle a soupiré. Chaque fois, ça la bouleversait. Elle s'est demandé ce qu'elle allait faire de ces notes que Valérie lui avait imposées. Elle s'est demandé pourquoi elle, et pourquoi elle avait cédé à cette envie de Valérie de ne rien perdre, de mettre par écrit ses souvenirs. Elle s'est dit aussi qu'elle, elle n'avait personne qui l'attendait chez elle, qu'elle pouvait le faire, qu'elle avait le temps, qu'elle n'avait pas de raison de refuser, ou plutôt si, des tas de bonnes raisons, je suis une intruse, je n'ai pas le droit, ce n'est pas déontologique. Mais le mari de Valérie l'avait autorisée à prendre ces notes. Il l'avait même presque suppliée, cet homme. Il préférait que ce soit elle, plutôt qu'une personne de la famille, un proche. Tout de même, elle s'était méfiée, elle lui avait demandé de lui signer une autorisation écrite. Il s'était exécuté, reconnaissant. Et avait signé : Stéphane Monette.


 
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   jphil   
14/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Bonjour,

j'ai bien aimé ce récit, je l'aurais plus situé aux états-unis que dans la drôme, mais j'ai trouvé l'histoire émouvante, de cette femme aux souvenirs qui s'effilochent...
Peut-être un peu de maladresse pour amener la conclusion et le nom du mari (pourquoi tant de précautions pour recueillir les souvenirs de la vieille femme ?...) mais je suis resté sous le charme. Un beau portrait.

   jaimme   
14/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
J'ai beaucoup, beaucoup aimé cette histoire toute en délicatesse.
L'émotion s'amplifie de paragraphe en paragraphe.
C'est vivant, ce n'est pas mièvre.
Et cette femme, malheureuse de perdre l'essentiel, la mémoire, fait écho au malheur de ceux qui l'aiment.
Au niveau du fond c'est magnifique.
Je pense que pour le style, la forme, tu pourrais encore faire mieux. Je ne sais pas, sans doute avec une poésie qui ne se montre pas trop. Très délicat à faire, certainement, c'est juste une opinion de quelqu'un qui serait bien en peine de le faire.
Merci pour cette très belle lecture Misumena.

   Lulu   
14/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, Misumena. Votre écriture me semble souple, agréable, pleine d'évocation. Je suis sous le charme de cette belle histoire.

Le personnage de cette chanteuse me parait beau et absolument captivant. Je me suis assise en face d'elle et l'ai écoutée dans ce qu'elle avait de plus beau. Cette fin de phrase a particulièrement retenu mon attention : "... ça me donne l'impression d'être, encore un peu". Une belle force, dans ces mots, de tout l'ensemble.

Je ne m'attendais pas spécialement à une chute exceptionnelle parce que je crois que certaines nouvelles ne le nécessitent pas. La trame suffit parfois. Alors, je dois dire, qu'ici, j'ai été un peu déçue par cette fin dont j'ai un peu à peiné à comprendre le sens car la fluidité de l'ensemble ne s'y trouve plus. Les derniers mots sont, à mes yeux, confus et accessoires. Pourquoi vouloir conclure, nécessairement ? J'ai dû lire et relire pour m'y retrouver et cela casse un peu l'effet produit précédemment. Mais il ne s'agit que du dernier paragraphe et il serait aisé de le revoir, éventuellement.

Un détail, concernant le titre. Je ne le trouve pas très poétique, et pas vraiment à la hauteur de la nouvelle. Il est sobre, certes, mais gagnerait à englober davantage l'esprit du récit. Je ne suis pas sûre, en effet, que notre chanteuse ne voit en cet homme qu'"un homme riche"... Ainsi, lorsqu'elle conserve minutieusement les roses... Je n'ai pas spécialement d'idée de titre à proposer, mais bon, à réfléchir... Mais ce n'est là, que mon ressenti, naturellement.

Merci pour cette belle lecture.

   Marite   
14/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Très belle histoire et si bien écrite que lorsqu’on a commencé on va jusqu’à la fin. Il est temps de garder une trace de la vie de la chanteuse car tout un pan de sa mémoire s’est effrondré : « Un jour, je n'ai plus vu Stéphane. Il a disparu. Je me demande si son souvenir disparaîtra… » pourtant c’est bien lui qui signe l’autorisation à Valérie pour recueillir les souvenirs. Au fil du récit, on perçoit aussi les vacillements de cette mémoire qui peuvent laisser présager d’autres effondrements.
Je partage le point de vue de Lulu au sujet du titre.
Merci pour ce récit touchant que l’on peut aisément penser réel.

   prisca   
14/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Très belle histoire.
Le texte est fluide et se lit facilement.
Bravo à l'auteur et au plaisir de te lire.

   Automnale   
14/8/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
Moi, j'ai adoré cette histoire, le style tambour battant, l'humour, tout ! J'ai même ri (tout haut) à plusieurs reprises ! Si je devais commenter sérieusement ce texte, il faudrait que je le relise une fois. Mais l'important n'est certainement pas dans dans mon commentaire plus ou moins pertinent. L'important est que je tienne à dire, sans plus attendre, qu'il s'agit d'un récit extraordinairement bien "ficelé, épatant. Quel talent (tiens, ça rime !!).

Je reviendrai, ce soir, lire cette nouvelle car des roses, des diamants et un aller simple pour Cuba, cela fait quand même rêver !

Encore bravo !

   florilange   
14/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Beaucoup aimé lire cette histoire d'1 pan de vie, bien raconté malgré trous & interruptions... Oui, elle se méfie déjà de sa mémoire. On ne sait pas pourquoi mais 1 chose est sûre, elle n'a gardé que les 1ers moments de sa rencontre avec l'homme riche. Sans doute les meilleurs.
Bravo à l'auteur & merci,
Florilange.

   misumena   
15/8/2009
Bonjour,

Je vous remercie tous infiniment pour vos encouragements et réflexions constructives.
Oui, j'avoue ne pas être totalement satisfaite de la fin de cette histoire. Cependant, je vous apporte l'éclairage suivant : Elodie est une soignante, qui outrepasse sa fonction en recueillant par écrit la parole de la narratrice. Et le nom du mari ("private joke" à l'usage des trompettistes) signifie que cette femme n'est plus seulement dans l'oubli mais dans la confusion, et ajoute un doute sur l'ensemble du récit.
Quant au titre, je l'aime bien justement parce qu'il n'annonce rien.
J'écrirai sans doute une autre version en tenant compte de vos remarques. Merci encore.

Misumena

   NICOLE   
15/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Comme c'est triste, et en même temps extrémement tendre et plein de compassion.
Il y a là tout ce que j'aime : une tranche de vie bien relatée, pas plus, pas moins.
Félicitations à Misumena, qui sait si bien raconter les histoires.

   Maëlle   
15/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
J'aime bien cette écriture, cette façon de raconter, un peu hachée, très vivante.

Je reste un peu coincée sur la fin: je la comprends, mais je n'arrive pas à l'interpréter. Il me semble que c'est un problème de compréhension de ma part, mais sans en être certaine.

   ANIMAL   
23/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Une nouvelle intimiste et feutrée, toute en ambiances.

On imagine cette chanteuse non pas dans un lieu médicalisé mais accoudée au bar après un spectacle, à s'épancher sur une épaule compréhensive après avoir un peu trop bu.

Et puis on s'aperçoit qu'il s'agit d'une femme dont l'âge a chassé la mémoire, au point qu'elle ne se souvient plus de ceux qu'elle a aimés et qui l'aiment toujours. Ca laisse quelques frissons sur l'échine.

Un joli texte plein de pudeur.

   Marquisard   
28/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Vraiment sympa cet écrit.
Sur la première partie, jusqu'au moment où l'on commence à saisir le contexte de l'histoire, j'ai lu d'un oeil assez distrait, sans trop me prendre au jeu, sans m'ennuyer non plus : l'écriture est agréable. A mon avis, un petit élagage ne serait pas de trop sur cette partie, après dans le détail, je ne sais pas.
A partir de là je suis entré dans le récit, écriture toujours aussi agréable, et le thème est parlant, avec quelques allusions/images qui renvoient forcement à des souvenirs visuels et sonores propres à chaque lecteur, ce qui lui laisse une part du travail d'imagination, c'est bien vu et assez prenant.
Sur la fin je suis plus partagé, insister un peu plus sur la valeur "à peu près réaliste" du récit tout en gardant une sorte flou émotionnel je pense, comment je ne sais toujours pas mais ce serait top.

Au plaisir

   coquillette   
28/8/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour misumena
Une belle histoire qui résonne étrangement à mon oreille.
Un ton alerte, une vieille dame sympathique, dont on écoute le récit avec plaisir. Confusion, et précision, les mystères de la perte de mémoire. C'est joliment perçu, c'est très bien écrit.

"...comme Stéphane, Stéphane Belmondo, tu vois qui c'est ? Non, tu ne vois pas ?" Juste ici, un point. Un point aurait ajouté quelque chose que le point d'interrogation lui ôte. Juste une toute petite note mais qui fait toute la différence entre jeunesse et vieillesse. (avis très personnel)
Bonne continuation à l'auteur !

   Togna   
29/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J’ai aimé cette nouvelle pour plusieurs raisons.
La première est le monologue de cette ex-chanteuse, troublée par les prémices de la maladie d’Alzheimer, écoutée par une aide soignante.

La deuxième est son statut de chanteuse de jazz.

La troisième est la manière dont vous avez rendu vivant le personnage par sa façon de parler. Avec, cependant un tout petit petit reproche : les nombreuses virgules sont volontaires, bien sûr, elles ajoutent beaucoup à la personnalité de Valérie, mais cette personne âgée devait avoir une capacité pulmonaire encore très importante ! Personnellement, j’aurais bien mis quelques points de suspension de temps à autre pour lui permettre de reprendre son souffle.

J’ai cherché aussi à comprendre pourquoi ce nom : Stéphane Monette. Comme je suis curieux, j’ai appelé Wikipédia et découvert qu’un David Monette avait fabriqué un hybride Trompette-buggle pour Art Farmer. Si c’est là, votre clin d’œil, seuls les initiés peuvent comprendre le pourquoi de la signature. Aussi, le prénom de Stéphane est commun à l’époux et à l’admirateur… confusion dans l’esprit de la vieille dame ?

Si vous désirez éclairer mon ignorance à ce sujet, ne le faites pas ici, cela fausse le nombre de commentaires entrant dans la plumification. Vous pouvez le faire par mp ou en ouvrant un forum « à propos de Un homme riche », afin que tous en profitent.

Enfin, l’ami Wiki dit que Stéphane Belmondo est né en 1967. Pourtant la vieille dame parle d’un type qui jouait de la trompette autrefois. Cruauté d’Alzheimer ?

Mes petites remarques ne sont que détails. Plus que tout, j’ai apprécié l’humanité de votre récit.

   Selenim   
31/8/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
J'ai été clairement déboussolé par ce texte car il règne un flou épais sur l"identité de la narratrice. Son langage s'apparente à celui d'une personne plutôt jeune et pourtant tout porte à croire qu'elle souffre de problème de mémoire, de santé.

L'histoire est plaisante à lire, le style se laisse porter. Je n'ai pas trop accroché à l'humour, mais il renforce bien l'idée que la narratrice est diminuée mentalement.

La chute est trop abrupte et se décroche complétement du récit. Il faut procéder à une grosse interprétation pour essayer d'emboiter correctement cette dernière et indispensable pièce du puzzle.

Selenim

   widjet   
4/9/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Pour ma part, je suis resté à quai. Pas à cause de l’histoire, plutôt satisfaisante mais de la forme. Certes, la femme n’a pas toute sa tête, mais tous ces apartés, ces interpellations, ces traits d’humour (auxquels je n’ai pas accroché), bah tout ce foisonnement a fini par m’épuiser et je me suis un peu désintéressé de l’histoire. Trop d’éparpillement pour moi. Le style aussi, trop parlé (alors qu’il s’agit de confidences écrites) ne m’a pas convaincu. Je n’ai pas trouvé des mots, des formulations qui marquent la rétine, rien en fait qui imprime mon cœur. C’est dommage.

   Anonyme   
4/9/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
J'ai eu l'occasion de voir, il y a quelque temps, un reportage sur Annie Girardot et ses "dernières" années de communication, avant de s'enfoncer définitivement dans la nuit de l'oubli...
Elle se racontait, répondait aux questions des journalistes, mélangeant souvent les noms et les époques, mais avec parfois un fil conducteur bien précis dans l'histoire qu'elle tentait de raconter.
On balançait entre émotion, sourires, attendrissement, compassion...

Je retrouve les mêmes composantes dans ce récit. C'est une histoire d'une incroyable tendresse, et en même temps d'une cruelle lucidité.
La fin quant à moi ne m'a pas du tout déconcertée, je l'ai trouvée au contraire très réussie dans tout ce qu'elle sous-entendait... peut-être seulement un peu plus abrupte ou maladroitement amenée que le reste du récit, mais c'est une fin tout à fait adaptée à l'ambiance de l'histoire.

Bravo à Misumena pour sa maîtrise de la langue et son sens de la narration et du bon "dosage" des effets. J'apprécie beaucoup tout ce qu'elle parvient à faire passer comme nuances émotionnelles au travers de ses écrits.

Pour moi, un auteur qui possède un vrai talent et une vraie aisance dans l'écriture. Bravo !

   Lohengrin   
10/9/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Alors là, je suis soufflée, je ne m'attendais pas du tout à ça. 'Misumena', dans mon esprit, c'était "celle qui a écrit 'Baiser'", texte dont le début ne m'avait pas du tout accrochée et que je n'avais donc pas fais l'effort de lire.

Et puis je me suis rappelé que c'était aussi la personne qui avait réussi à plusieurs reprises l'exercice sur les émotions ... que, par conséquent, ça devait forcément être quelqu'un d'intéressant.Et donc je suis venue lire cette nouvelle.

Je ne regrette pas.

Elle est assez puissante je trouve : il y a de l'ambiance, du style, des émotions, une jolie chute, plein de bons éléments. (Pardon de ne pas développer, il est quasiment minuit, je rentre du ciné et je suis crevée)

Je n'en sors pas pour autant bouleversée, loin s'en faut, mais avec l'idée réjouissante d'avoir lu 'un bon texte', du genre que j'imaginerais bien sur papier, pour lequel ça me dérangerait pas de payer, en somme.

Tout est très bien dosé, en fait. L'auteure n'en fait jamais - ou presque- trop, ce qui est très agréable. La lecture est fluide, l'intrigue intéressante.

Une réussite pour moi.

   Colinede   
24/9/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Eh bien, ça se confirme, Misumena, j'adore ce que tu écris !
Tout, la richesse et la souplesse de la langue, la sensibilité sans pathos, sans côté dramatico-sentimento-truc, y compris la grâce de certaines formulatioons un peu désuètes qui ajoutent du charme et de la crédibilité aux personnages pas tout jeunes...
Je suis conquise !

   Luluberlu   
29/4/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
J'aime vraiment cette narration... « cervicale ». Bizarre ? Je m'explique ; elle est « cervicale » en cela qu'elle suit les circonvolutions cérébrales, un peu décousues, dont on ne perçoit pas le but immédiatement. Est-ce clair ? Non ? Comme les circonvolutions finalement.
Et puis, j'aime bien cette forme de soliloque, on sait qu'il y a un interlocuteur ou quelqu'un qui écoute, mais également on a le sentiment qu'elle se parle à elle même... Un dialogue avec elle même.
Tiens, un glissement dans le récit. Vers quoi ? Vers une belle fin, très nostalgique comme ces
« roses rouges à longue tige, en robe de cellophane. »

 

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