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Fantastique/Merveilleux
Moggio : Bourbon Street
 Publié le 27/04/18  -  9 commentaires  -  19924 caractères  -  74 lectures    Autres textes du même auteur

L'histoire d'un oiseau de nuit, désenchanté et haineux, ruminant son dégoût de l'humanité dans les rues de la Nouvelle Orléans. L'histoire d'un monstre qui n'avait rien à perdre, avant de croiser l'amour...

Chanson : Moon over Bourbon Street
Auteur-compositeur : Sting


Bourbon Street


Les portes des cellules claquent les unes après les autres. C’est l’heure de la promenade quotidienne pour tous les détenus. Sauf pour moi, je m’apprête à recevoir mon premier visiteur. Voilà des mois que je n’ai vu personne de l’extérieur. Je me trouve dans le plus célèbre pénitencier de l’histoire de la musique, the House of the rising sun, à la Nouvelle Orléans. Et pourtant, en ce jour de visite, c’est un autre air qui me trotte dans la tête. Celui de ma rue, de ma vie...

"There's a moon over Bourbon Street tonight

Il y a une lune au-dessus de Bourbon street ce soir

I see faces as they pass beneath the pale lamplight

Je vois des visages tandis qu'ils passent sous les lampadaires

I've no choice but to follow that call

Je n'ai pas d'autre choix que de suivre cet appel

The bright lights, the people, and the moon and all

L'éclat des lumières, les gens, la lune, et le reste

I pray every day to be strong

Je prie chaque jour pour être fort

For I know what I do must be wrong

Mais pour autant que je sache ce que je fais doit être faux


Oh you'll never see my shade or hear the sound of my feet

Oh tu ne verras jamais mon ombre ni n'entendras le bruit de mes pas

While there's a moon over Bourbon Street"

Lorsqu’il y a une lune au-dessus de Bourbon street


Je me revois, sillonnant Bourbon Street à travers la foule grouillante et les vapeurs d’alcool. Je prends soin de ne pas toucher les passants qui déambulent sous les enseignes lumineuses. Leurs pas désordonnés m’excèdent, ils m’obligent à dévier fréquemment de ma trajectoire. J’évite de justesse le contact avec une de ces nombreuses filles de joie guettant sur le trottoir mais recueille au passage le fumet de son parfum obscène. Celui d’un vendeur de hot-dog finit de me soulever le cœur et je poursuis au pas de course, le visage enfoui dans mon imperméable. Voilà des années que je vis reclus dans un modeste appartement. Au départ, j’ai choisi ce quartier de la Nouvelle Orléans pour ses sonorités jazz, en particulier celles d’un musicien. Un saxophoniste nommé Rosco Coltrane, comme ce shérif qui ne m’a jamais fait peur... Pourtant, quand on a la chance d’entendre ses merveilleuses envolées cuivrées, c’est plutôt le nom du grand John Coltrane, le virtuose du saxo, qui vient à l’esprit. J’ai cette chance. Ou du moins, j’avais cette chance. Chaque soir, en rentrant de ma promenade nocturne, je me délectais de sa prose musicale depuis la fenêtre principale de ma chambre, jusqu’à ce que mes paupières se ferment. Le sax' de Rosco était la seule chose capable de me calmer les nerfs. Jusqu’à ma rencontre avec Ludmilla...

C’était un bel après-midi de printemps. En ce temps-là, je ne craignais pas de sortir en plein jour. Bien au contraire, j’aimais me confronter quotidiennement à la populace, histoire de mesurer un peu mieux l’ampleur de ma tâche. Les ivrognes, les prostituées, les clochards, et surtout ces touristes de New York ou d’ailleurs, venus purger leur mal dans la musique et l’alcool de la Nouvelle Orléans. La lie de la société était là, embaumant Bourbon Street de sa puanteur dès le début de l’après-midi. J’avais l’embarras du choix et une liberté d’agir que je ne possède plus aujourd’hui. Ma parfaite connaissance du quartier me permettait d’opérer dans les endroits les plus secrets et retirés. Chaque ruelle était souillée de leur sang, chaque impasse hantée par leurs cris et je n’éprouvais pas le moindre regret. Je ne faisais que purifier ma ville de ces orgiaques dégénérés. Je n’agissais pas au nom de Dieu ou d’une idéologie quelconque, je m’efforçais juste de prolonger mon existence. Car assouvir mes pulsions meurtrières contre ces erreurs de la nature était devenu un besoin vital et quotidien me procurant une sensation de légèreté que je n’avais jamais connue auparavant. Je ne me voyais pas comme un Jack l’éventreur. Pour moi, c’était comme si soudainement j’avais arrêté de barboter dans la fange humaine pour m’élever seul au-dessus de la masse dans un costume blanc immaculé. C’est dans cette nouvelle parure que j’ai fait la connaissance de Ludmilla. Elle tentait péniblement de s’extirper d’un amas de viandes saoules à l’intérieur d’un bar. On aurait dit une rose perdue dans un buisson d’orties. La douceur de ses traits et la noblesse de son regard étaient telles qu’il me semblait pour la première fois de mon existence être en présence d’une authentique splendeur, le plus beau fruit de la nature humaine. Je n’avais jamais vu tant de charme, d’innocence et de pureté dans le même corps. Après une promenade silencieuse jusqu’au parc, nous avions échangé quelques regards timides mais le sourire de Ludmilla était éloquent. J’avais conquis son cœur tandis qu’elle s’emparait du mien. Elle avait transformé mon regard sur le monde sans même me parler. Il me suffisait de la contempler et tout le marasme avoisinant s’éclipsait aussitôt, comme par enchantement. Quand je rentrais chez moi le soir, j’emportais avec moi son image que je revisitais à loisir au son des douces mélopées de Rosco Coltrane. Elle était la seule lumière de ma sombre existence mais elle me suffisait amplement. Je n’avais jamais connu une telle plénitude. Malheureusement, Ludmilla a fini par devenir mon plus grand regret...

Un soir que nous rentrions d’un agréable dîner au restaurant, notre histoire a basculé. Dire que nous étions sur le point de passer ensemble notre première nuit d’amour... Dans la ruelle qui menait à mon appartement, quelqu’un fit irruption dans l’obscurité et nous barra le passage. L’homme nous menaçait d’un couteau. C’était un jeune loubard que j’avais repéré durant mes promenades, il figurait d’ailleurs sur ma liste. J’avais l’habitude de ces affrontements nocturnes à l’arme blanche et je pensais pouvoir le désarmer sans dommage. Ce que je fis. Seulement... Alors que je me tenais à quatre pattes sur mon agresseur, ce dernier m’attrapa le bras gauche pour le mordre à pleines dents. La morsure provoqua chez moi une telle douleur que j’en oubliais la présence de Ludmilla. Instinctivement j’abattis mon bras valide prolongé du poignard sur la poitrine du loubard. Le jeune homme fut transpercé en plein cœur. Jusqu’ici, j’avais réussi à préserver Ludmilla de cette facette de moi-même. En voyant le masque d’horreur qui recouvrait son visage ce soir-là, je compris que rien ne serait jamais plus comme avant.

En effet nos rencontres s’espacèrent et Ludmilla devint distante. Le regard fuyant, elle inventait fréquemment des excuses pour ne pas me voir. Je n’étais pas dupe. Elle avait vu la bête en moi et ne pouvait l’oublier. J’étais anéanti. Je maudissais ce loubard de rien pour m’avoir sali aux yeux de mon aimée. La colère me dévorait jour et nuit, même mes missions punitives ne parvenaient plus à m’apaiser. Environ deux semaines après l’incident, je fus sujet à des malaises avec fièvre et douleurs. Un soir je faillis même me laisser prendre, d’abord par ma victime, ensuite par la police. Mais si le premier avais éclusé quelques verres de whisky, les autres semblaient avoir tenu la bouteille tant ils peinaient à se maintenir debout. Je pus m’enfuir sans craindre d’être identifié. Mais mon mal n’en était qu’aux prémices...

Durant quarante-huit heures, je dus rester alité à me tordre de douleur, moi qui n’étais jamais malade. Je ne compris la nature de ce qui m’affectait qu’au cours de la deuxième nuit. Tandis que mon corps se vidait et qu’une douleur atroce terrassait chacun de mes membres, l’acuité de mes sens semblait se décupler. Je pouvais ouïr, sentir, et voir comme jamais je ne l’avais fait jusqu’ici. Puis, la douleur dans mes membres laissa place à un fourmillement étrange, à la fois pénible et grisant. Je pensais être atteint d’un virus rare et particulièrement violent. Je n’en n’étais pas conscient à ce moment-là, mais mon sang était en train de subir une métamorphose. Tout comme mes dents. En effet je ne saisis avec certitude la gravité de mon état que lorsque mes deux canines supérieures s’allongèrent d’un bon centimètre, m’arrachant un cri à réveiller les morts qui me fit perdre connaissance. À mon réveil, j’avais dormi plus de vingt-quatre heures et une faim étrange me tiraillait l’estomac. Tandis que dehors, une pleine lune trônait au-dessus de Bourbon street, planté devant le miroir de la chambre, je contemplais avec horreur ce que j’étais devenu. Un vampire.

"It was many years ago that I became what I am

Cela fait plusieurs années que je suis devenu ce que je suis

I was trapped in this life like a innocent lamb

J’ai été piégé dans cette vie comme un agneau innocent

Now I can never show my face at noon

Maintenant je ne peux plus montrer mon visage à midi

And you’ll only see me walking by the light of the moon

Et tu ne me verras marcher qu’à la faveur de la lumière de la lune

The brim of my hat hides the eye of a beast

Les rebords de mon chapeau cachent les yeux d’une bête

I’ve the face of a sinner but the hands of a priest

J’ai le visage d’un pêcheur mais les mains d’un prêtre


Oh you'll never see my shade or hear the sound of my feet

Oh tu ne verras jamais mon ombre ni n'entendras le bruit de mes pas

While there's a moon over Bourbon Street"

Lorsqu’il y a une lune au-dessus de Bourbon street


Les premiers jours, je ne pus me résoudre à faire ce que mon corps me commandait. J’avais une telle aversion pour l’être humain que la seule pensée de nicher ma bouche dans le cou d’une autre personne m’était insupportable. Très affaibli, je dus consentir à me nourrir d’oiseaux, de chiens errants, de souris que je glanais au gré de mes expéditions nocturnes devenues plus alimentaires que punitives, sans pour autant parvenir à apaiser ma faim. Mon corps réclamait autre chose. Un calice plus noble, capable de le galvaniser et d’en révéler les possibles. Alors je me suis jeté sur le seul être que j’aspirais à goûter, ma précieuse Ludmilla.

Un nouveau soir de pleine lune, alors que j’étais tranquillement allongé sur mon lit à écouter Rosco et son orchestre, je sentis une vague de désir me submerger. Quelque chose m’appelait et réclamait mon corps toute séance tenante. J’avais déjà ressenti de l’attirance sexuelle pour Ludmilla mais rien de comparable. Cette fois, je pouvais presque respirer son désir sur ma peau et l’entendre haleter dans le creux de mon oreille. C’était comme si nos deux corps communiquaient à distance. Sans même l’avoir décidé je me vis enfiler mon imperméable et dévaler les escaliers de mon immeuble. Je me déplaçais à une vitesse phénoménale si bien que les passants ne semblaient pas distinguer ma présence. En l’espace de quelque secondes j’avais atteint l’extrémité de Bourbon Street et me tenait sous le balcon de Ludmilla. Dans le salon, les rideaux étaient tirés mais une lumière éclairait la pièce. Je fonçais jusqu’au premier étage. Je n’avais pas besoin de vérifier qu’elle m’attendait, je savais qu’elle me serait offerte. La porte de son appartement n’était pas fermée à clé et je pus entrer aisément pour découvrir Ludmilla étendu sur le sofa, les joues rosis et le regard fiévreux. Elle n’attendait que moi. Nos corps attirés comme deux aimants se retrouvèrent mêlés dans une étreinte brûlante, sauvage et passionnée. Le rythme de nos ébats s’accentuait en cadence tandis qu’un tourbillon d’images féeriques traversait mon esprit. Il me semblait avoir quitté la terre ferme. J’avais l’impression de chevaucher une licorne à travers les nuages. C’était divin. Je n’avais jamais connu un tel plaisir. J’en avais même oublié la faim qui me tiraillait l’estomac...

J’ai oublié la suite des événements mais nos ébats durèrent une bonne partie de la nuit. Quand je vis les premières lumières de l’aube poindre à travers les rideaux, je compris que mon absence était conséquente. Le visage de Ludmilla avait une teinte étrangement pâle et son cou délicat portait la marque de mes crocs acérés. De toute évidence, je n’avais pu contenir ma soif de sang. Pendant un instant je crus l’avoir tuée. Puis je vis sa poitrine se soulever à un rythme régulier. Ma bien-aimée respirait encore, et comme moi auparavant, son corps était en train de subir une mutation. Malgré le soulagement de la savoir en vie, je me sentais honteux d’en avoir fait un monstre à son tour. Ma Ludmilla, si pure, si douce serait bientôt obligée de recourir aux mêmes atrocités pour survivre. Je ne pouvais supporter cette idée. Refusant de contempler plus longtemps mon erreur et ne sachant comment réagir à son réveil, je me suis enfui, lâchement, en prenant soin de la laisser dans l’obscurité.

Les jours qui suivirent, je restais cloîtré dans mon appartement à ressasser mes fautes, ne consentant à mettre le nez dehors que pour calmer mon appétit vorace. Les deux premiers soirs je m’étais entêté à ne consommer que du sang animal mais mes pouvoirs s’en virent affectés. J’avais pris goût au sang humain et l’énergie qu’il me procurait était si grisante que je ne pouvais me contenter d’animaux, même les plus nobles. Alors je me suis mis à chasser les oiseaux de nuit, tels que les prostitués et les fêtards. Ces mêmes parasites que j’exécrais et pourchassais auparavant étaient devenus mon pain quotidien. Mais le plaisir n’y était plus, je chassais par besoin comme un junkie en quête d’une dose. Même la musique de Rosco ne parvenait plus à apaiser la colère qui bouillonnait au creux de mon âme. Je n’avais que trop conscience d’avoir gâcher mon rêve. C’est alors qu’un soir, essayant de m’enivrer dans un bar de Bourbon Street sans le moindre résultat, je suis tombé sur elle. Sa tenue était toujours aussi élégante et ses gestes gracieux, mais ses yeux avaient changé. Ils avaient perdu cette douceur, cette bonté qui en émanait autrefois. On pouvait maintenant y lire une grande détermination et un brin de fureur. Après m’avoir copieusement nargué du regard, Ludmilla quitta le bar escortée par trois beaux jeunes hommes. Mon joyau si pur avait toujours l’apparence d’une rose mais celle-ci s’était muée en ortie, et cela par ma faute. J’étais fou de rage. Mais bien décidé à ne pas intervenir, je filais aux toilettes où je fis voler en éclat la totalité des lavabos. Je suis allé jusqu’à me taper la tête sur l’un d’entre eux dans le but de me fendre le crâne. Je pensais que cela suffirait à me tuer. Mais dans le miroir des toilettes, je vis mon visage ensanglantée guérir de ses blessures en l’espace d’une minute ne laissant pas la moindre trace des coups portés. Je me souviens d’avoir hurlé à m’en rendre sourd. L’instant d’après j’étais dans le salon de Ludmilla...

Je contemplais la fleur de mon désir, dévêtue, s’offrant à ces trois hommes entreprenants sans pour autant perdre son regard de prédateur. Elle semblait subir la situation, et pourtant, elle n’allait pas tarder à prendre le dessus. Je ne savais ce qui m’horrifiait le plus, la voir dans cette posture ou l’imaginer en meurtrière suceuse de sang. La somme des deux ne fit qu’amplifier ma colère et alors que Ludmilla s’apprêtait à croquer son premier courtisan, je bondis sur le sofa, mon poignard à la main. Les trois jeunes hommes, surpris, firent volte-face et tandis que j’essayais vainement de trouver dans le regard de Ludmilla une lueur me rappelant ma rose, je sentis un couteau venir se planter dans mes côtes, juste sous mon cœur. Ludmilla m’avait transpercé de part en part mais elle avait manqué de précision. Je l’étreignis une dernière fois et fis preuve de moins de maladresse en la poignardant en plein cœur.

Je suis resté là de longues minutes à tenir ma fleur brisée entre mes bras, ne prêtant attention ni à ma blessure qui se refermait, ni aux trois jeunes gens qui détalaient sans demander leur reste. Il m’en fallut encore quelques-unes avant de me décider à ôter le poignard de sa poitrine. Lorsque je l’ai retiré, son corps si délicat s’est consumé en un éclair, laissant retomber une pluie de cendres sur mon visage baigné de larmes.


"She walks every day through the streets of New Orleans

Elle marche chaque jour à travers les rues de la Nouvelle Orléans

She’s innocent and young from a family of means

Elle est jeune et innocente d’une famille modeste

I have stood many times outside her window at night

La nuit venue j’ai scruté plusieurs fois derrière sa fenêtre

To struggle with my instinct in the pale moonlight

À lutter contre mes instincts sous la pâle lueur de la lune

How could I be this way when I pray to God above

Comment puis-je être ainsi alors que je prie Dieu

I must love what I destroy and destroy the thing I love

Je dois aimer ce que je détruis et détruire ce que j’aime


Oh you’ll never see my shade or hear the sound of my feet

Oh tu ne verras jamais mon ombre ni n’entendras le bruit de mes pas

While there’s a moon over Bourbon Street."

Lorsqu’il y a une lune au-dessus de Bourbon Street.


Ne parvenant pas à dormir, j’ai passé la journée du lendemain à méditer dans l’obscurité sur l’utilité de l’existence. Qu’elle soit humaine ou vampire, aucune ne trouvait grâce à mes yeux. À quoi bon vivre dans un monde où les choses les plus belles finissent par être souillées, où les créatures les plus angéliques se retrouvent perverties par le sort réservé à d’autres. Je ne me sentais plus capable de poursuivre ma sordide existence dans une telle injustice. Voilà ce que j’étais en train de penser quand la police a défoncé ma porte. L’un des trois jeunes hommes présents la veille dans le salon de Ludmilla était le fils du préfet. Il avait fourni une description très précise de ma personne, et à la fin de la journée, la police avait fini par localiser le tueur qu’elle cherchait depuis si longtemps. Je n’ai même pas essayé de résister.

La peine capitale était encore en vigueur dans l’état de Louisiane, et j’espérais bien en bénéficier. Malheureusement, l’avocate qui m’avait été commise d’office était spécialisée dans la défense des minorités. En tant que vampire, j’en faisais évidemment partie. Malgré mon insistance à vouloir écoper du maximum, avec beaucoup de talent, elle réussit à faire passer l’assassinat de Ludmilla pour un crime passionnel et démontra que mes homicides étaient liés à un besoin vital et non un plaisir malsain. Du reste, le corps n’avait pas été retrouvé... Elle réussit même à attendrir les jurés en faisant passer mon désir de mourir pour des regrets, invoquant l’injustice et l’intolérance qui frappait au quotidien les gens différents comme moi. Mes crimes antérieurs ne purent être démontrés faute de preuves. Néanmoins, la cour me condamna à la pire des peines qu’il pouvait infliger à un immortel ne désirant plus l’être. La prison à perpétuité.

Depuis, je vis en permanence dans une cellule capitonnée, qui ne voit jamais la lumière. On me nourrit avec du sang de porc de très mauvaise qualité. Ils pensent sans doute de cette manière pouvoir calmer mon addiction... Voilà des mois que je n’ai plus avalé de sang humain et je sens mes forces me quitter, un peu plus chaque jour. Néanmoins, j’ai feint d’être mourant afin qu’ils me détachent et me laissent recevoir de la visite. Il y a quelques jours, ils ont accepté la demande d’une spécialiste en phénomènes paranormaux...

Je suis étendu sur mon lit, les yeux mi-clos... Pendant un instant, il me semble voir à nouveau le doux visage de Ludmilla se pencher sur moi... Ludmilla... J’aurais dû en faire ma compagne... Nous aurions pu vivre ensemble éternellement... Non, ce n’est pas elle... Mais il y a une étrange ressemblance... Elle est là... devant moi, avec ses cheveux soyeux et ses yeux tendres... Son parfum est léger, enivrant... Elle me couve du regard et me la rappelle... Elle se tourne pour fouiller dans son sac... Son cou est fin, délicat, et à portée de mes crocs... Je ferme les yeux et pense à ma rose... Je croque !


 
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   Jean-Claude   
27/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Moggio

Pour commencer, bienvenue parmi nous.

A priori, je ne suis pas amateur de vampires, mais l'approche m'a séduit.
J'ai aimé le dialogue avec la chanson, le monologue intérieur même si je trouve qu'au début il a un peu de mal à se mettre en place.
L'évolution du personnage est intéressante.
La fin, un peu inévitable, va bien.
L'idée du "beau abîmé" aurait mérité un peu plus de développement.
Il n'était peut-être pas utile d'en faire un tueur en série avant même qu'il soit vampire : le rejet des autres aurait suffit.

Au plaisir de vous (re)lire
JC

   Lulu   
1/5/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Moggio,

J'ai vraiment beaucoup aimé lire cette nouvelle qui m'a d'abord fait pensé à "Dracula", une très vieille lecture, en ce qui me concerne..., mais j'ai très vite oublié ce roman pour savourer la particularité de votre récit.

Je l'ai trouvé beau, doux, divertissant et fort bien rédigé.

L'écriture me plaît vraiment du fait de son registre et sa fluidité d'ensemble.

J'ai aimé aussi le choix de la narration à la première personne. J'aime décidément beaucoup cette forme qui me parle plus que celles d'un point de vue externe. On est ainsi au plus près du personnage, qu'on s'y identifie ou pas...

J'ai bien aimé la présence musicale dans cette nouvelle. Elle concourt à instaurer et à maintenir une ambiance quasi-cinématographique, mais ce n'est pas ce qui m'a le plus séduit.

En effet, pour moi, ce qui fait la musique dans ce récit, c'est bien le récit lui-même, le trouvant parfois poétique. Les phrases respectent une syntaxe qui le permet. Puis, bien sûr, il y a cette relation à Ludmilla, cette comparaison à "la rose", par exemple, ou à "l'ortie" qui vient renchérir l'ensemble.

Ce que j'ai aimé, aussi, ce sont ces ellipses qui font de cette nouvelle, une nouvelle percutante. Je pense notamment, par exemple, à la rencontre avec Ludmilla. Les premiers regards, les premiers rendez-vous... Vous n'êtes pas tombé dans le piège de tout dire. Piège dans lequel je serais moi-même tombée, n'étant pas familiarisée avec l'écriture de nouvelles. Ici, ne sont contés que les éléments du récit qui nous apportent quelque chose d'essentiel, tout en nous permettant de nous évader, au contraire du personnage.

J'ajouterai qu'indépendamment de la chanson et des éléments de précisions sur la localisation, on oublierait presque, au fil du récit, que l'intrigue se déroule à la Nouvelle-Orléans. On ne retrouve cela qu'à la fin, finalement, quand il est question de peine capitale encore en vigueur...

Ce que j'ai moins aimé, c'est d'ailleurs la manière dont s'achève l'histoire. Tout le passage dans la prison avec la façon dont l'avocate se défend pour plaider la cause du vampire. J'ai trouvé qu'on sortait, là, du côté fantastique, que cela faisait trop "série policière américaine", mais ce n'était là qu'un sentiment passager, car le dernier paragraphe rattrape parfaitement, je trouve, ce petit pas de côté qui précède.

Enfin, je vous souhaite la bienvenue, et une bonne continuation.

   Donaldo75   
1/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Moggio,

Voici une histoire de vampire qui sort des sentiers battus du genre, loin de ce que j'aurais pu attendre. Il y a une forme de désespoir du narrateur, et ce même avant qu'il ne devienne vampire. La beauté du mal ou peut-être un désir animal. Sa transformation ne le transcende pas, ne fait pas entrer l'histoire dans le registre du fantastique, mais prolonge le désespoir, avec la chanson pour leitmotiv.

C'est stylisé.
J'aime bien.

Merci,

Donaldo

   Eccar   
2/5/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Moggio,
Et bien pour moi qui suis fan de Sting et de cette chanson en particulier, ( j'ai même appris à jouer de la basse grâce à ce chanteur génial), je découvre avec votre texte une superbe illustration de Moon over Bourbon Street.
Je ne suis pas très friand d'histoires de vampires habituellement mais là je dois dire que c'est une véritable surprise, une brillante réussite, une démonstration.
L'écriture est d'une telle fluidité qu'on est porté par elle tout au long de ce texte sans besoin de faire une seule pause, juste la chanson de Sting, ses paroles géniales, parfaitement traduites, qui permettent une bienfaisante respiration. Car sur ces vagues de dégoût et d'horreur, et même de compassion pour cet homme dévoré par sa folie, son amour, on ne peut qu'être entraîné par votre talent, absorbé, vidé, jusqu'à la dernière goutte de notre propre sang.
Et cette chute, humoristique à souhait, géniale !!
Mille bravos, cher auteur, et merci encore pour Sting et sa chanson inoubliable.
Dans la rubrique " Vous écoutez quoi maintenant", j'en ai présenté deux versions, j'espère que vos lecteurs pourront ainsi l'écouter en lisant votre nouvelle. Ce qui est, évidemment, fortement recommandé.
A vous relire avec impatience.

   kreivi   
3/5/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cher auteur
J'ai lu votre nouvelle avec grand intérêt même si je ne suis pas fan de ce genre.
Belle écriture stylée (un peu trop détaillé à mon avis)
et le récit tient le lecteur parfaitement jusqu'au bout.
Entrecoupé des paroles de Sting (chanson que je ne connaissais pas, c'est fait maintenant)
Bref: original, intéressant et bien écrit.

   moschen   
7/5/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pour le lecteur que je suis, ce vampire ne présente pas la forme d'un monstre haineux. Il fait les poubelles, s'occupe de la lie de l'humanité... Cela ne m'affecte en rien. Il va se coucher après une longue nuit. Il est cultivé, il a une âme de poète.

On ne voit Ludmilla qu'au travers des yeux et des propos de son grand admirateur. Cela est un problème. Elle aurait gagné en épaisseur si vous l'aviez fait parler. Avec le choix de la première personne, c'est plus compliqué, mais pas impossible.
La rencontre et le grand amour se font trop rapidement. Il a beau l'avoir extraite d'un amas de viande avariée, on ne saura jamais ce qu'elle a derrière la tête. Au delà de la beauté d'une femme, ne pas savoir ce qu'elle pense, comment elle s'exprime, si elle est cultivée, cela est rédhibitoire.

C'est un grand nostalgique. Puisque à la fin, la simple vue d'une femme le ramène à Ludmilla.

Il y a quelques maladresses, en particulier les explications données au lecteur : genre j'avais l'habitude de ses affrontements à l'arme blanche... Je n'avais jamais connu un tel plaisir.

Même si le premier avais (avait) éclusé.
... Toute séance tenante (j'aurais supprimé le toute devant séance tenante)
... Qu'il me détache , qu'ils me détachent..

Pour qu'elles raisons est-il contraint de faire disparaitre Ludmilla en lui plantant ce couteau dans le cœur, mystère pour moi.

   Moggio   
9/5/2018

   Lariviere   
11/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai aimé lire ce texte.

Je ne suis pas fan des histoires de vampires, mais j'aime bien quand il a du sens, de la parabole et de la profondeur dans une histoire. C'est le cas ici.

L'écriture est dense, vraiment maîtrisée. Le rythme du récit également ; il a ses pauses, ses relances judicieuses. Le récit à la première personne fonctionne bien dans le ton, dans l'esprit, dans la progression narrative et la cohérence du personnage.

Le récit sur le fond, mêle le réel et le fantastique et cela s'articule bien, ne paraît pas artificiel, malgré le risque. Il se fond très bien dans l'atmosphère et l'introspection présentée du personnage principal, avec la part d'ambiguïté sur les faits et les perceptions qui maintiennent ce "flou" nécessaire entre le réel et l'irréel, entre les différentes dimensions du récit, pour en faire un bon récit fantastique, moderne, plus proche de Cortazar que du vampire canal historique du cinéma... d'ailleurs, peut être que même Bram Stocker, s'il écrivait son Dracula aujourd'hui, lui donnerait ce type d'allure, mais il écrivait à l'époque victorienne...

La première partie, posant le décor social, est très bon dans ce sens et se suffit à lui même, en terme de rendu. Le glissement vers le fantastique est tout aussi plaisant et réussi. Les intrigues et les rebondissements, avec leurs scènes bien imagées, rendent la lecture agréable et captivante. La fin est parfaite, dans le style.

Bravo à l'auteur, au plaisir de le lire, et bonne continuation à lui.

ps : je suis pas fan de Sting, mais c'est un détail... ;)

   Sylvaine   
12/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une variation sur le thème classique du vampirisme qui le renouvelle avec originalité. L'écriture est élégante, de bonne tenue. La progression du texte, sa montée en puissance maintient l'intérêt jusqu'au bout. J'ai bien aimé le glissement qui fait passer le narrateur du statut de tueur en série "normal" à celui de vampire. Bien aimé aussi les notes satiriques à la fin, lorsque ledit vampire devient par la grâce de son avocate un membre d'une minorité opprimée. La chute (la condamnation à la perpétuité) est un régal d'humour noir.


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