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Sentimental/Romanesque
MonsieurF : Krychko
 Publié le 20/01/17  -  9 commentaires  -  33674 caractères  -  66 lectures    Autres textes du même auteur

Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.


Krychko


« Purée, mais t'es vraiment con quand tu t'y mets Jo, c'est pas permis d'imaginer des trucs pareils ! »

Ça c'est moi qui parle, et moi c'est Thomas, Tom Krychkowiac, Krychko pour les intimes ou pour certains profs que mes ascendances polacks laissent perplexes le jour de la rentrée, et même après, et parfois pendant toutes les années où ils me vendent du savoir. J'aime bien qu'on raccourcisse mon patronyme ceci dit ; Krychko ça sonne comme un boxeur russe, modèle poids lourd, le gars qui encaisse pendant dix rounds, un peu lent, pas très futé, mais qui au 11ème sort un direct du droit foudroyant, le truc qui transperce la garde de l'adversaire avant d'aller lui labourer le nez et de l'allonger. Mon gabarit c'est plutôt fil de fer option hareng saur donc si je peux d'une manière ou d'une autre devenir plus costaud, je suis preneur.

C'est mon grand-père qui m'a légué ce nom, il venait de la lointaine Poméranie orientale, fuyait la misère, le nazisme, la mort. Alors, un jour il a fait son baluchon, a marché tout droit vers l'ouest et s'est arrêté quand il a eu trop mal aux pieds pour continuer d'après la légende. Moi je crois surtout qu'il s'est arrêté pour les beaux yeux de la mémé, ma grand-mère Hortense. Ils se sont mariés en 1945, lui a travaillé comme garçon de ferme, puis maraîcher, puis vendeur ambulant, avant d'ouvrir une petite épicerie/café/dépôt de pain. Sa femme a fait des ménages, puis tenu la caisse, ils ont eu quatre enfants, dont mon père. Les trois autres ce sont mes tantes Mireille et Marceline, et l'oncle Antoine qui est mort pendant la guerre d'Algérie, on ne parle de lui que des sanglots dans la voix, question de respect je suppose. Ils ont eu une vie heureuse j'imagine, mais elle a pris fin de manière assez brutale un samedi de janvier, en 1985, quand leur voiture a dérapé sur une plaque de verglas avant d'aller heurter un platane qui avait le mauvais goût de baguenauder sur le bord de la route. Ils n'ont pas souffert d'après le pompier qui a extrait les morceaux de la carcasse de la voiture. Ça leur fait sûrement plaisir depuis l'au-delà de savoir ça. Enfin c'est pour les vivants que c'est rassurant. Je ne les ai pas connus beaucoup mes aïeuls, alors j'essaye parfois de m'inventer des souvenirs de tartes aux pommes, de dimanches après-midi un peu longuets et désuets, ennuyeux, avec la digestion du gigot et les hommes qui entament une belote. Je n'y arrive pas vraiment d'ailleurs. Chez nous les dimanches, c'est corrections de copies et messe, pas toujours dans cet ordre. Maman, Blanche, comme la reine mais en moins castillan et en plus rural, est institutrice. Elle y tient d'ailleurs puisqu'elle n'a jamais voulu être intégrée au corps de professeur des écoles, elle a en charge un double niveau CM1 CM2, et c'est du travail hein, pas le temps de s'amuser et blablabla, comme ça pendant des heures, sans parler des interventions sur les méthodes novatrices, sur le ministère qui n'entend rien au métier et j'en passe. Papa, Arthur, comme Rimbaud mais en plus vivant et moins poète, lui est prof de maths, Capéssien et tout le toutim, il est même bi-admissible. Il s'en vante parfois quand il a un peu trop bu. Bi-admissible c'est le gars qui est allé deux fois à l'oral de l'agreg. Et qui s'est fait recaler deux fois. Je ne sais trop quelle fierté il peut y avoir à avoir échoué, mais bon, je ne pose pas ce genre de question, trop peur d'encaisser une longue leçon de morale sur le respect dû aux aînés, sur les bienfaits du travail et si tu avais des notes dignes de ce nom je comprendrais mais quand on voit ton bulletin, vraiment il n'y a pas de quoi faire le mariolle ! Nous vivons au lieu-dit Le Thiolent, quatre habitants au dernier recensement, seize l'été avec les estivants, pas d'industries, des champs de maïs ou de blé à perte de vue, des tracteurs. À quatre kilomètres on tombe sur la grande ville, Saint-Côme, 6458 habitants, un supermarché, un cinéma avec une salle, quatre bars, un collège-lycée et des gars en mobylettes qui sont mes copains. Ce n'est ni le pire, ni le meilleur endroit du monde, c'est juste là où je suis, mon chez-moi.

Et là, en substance, je suis en train de demander à mon frère, Jo, s'il est simplement con ou s'il est affligé d'une sorte de tare que l'on n'aurait pas détectée à la naissance. Jo pour Joseph, comme le charpentier, en moins cocu cependant. Il faut dire que mes vieux sont d'une race un peu particulière : des enseignants catholiques. Il ne doit pas y en avoir beaucoup, limite il faudrait faire une étude sociologique, parce que dans ce milieu la norme c'est plutôt le gaucho revendiquant tendance syndicaliste. Mais papa et maman, eux, vont à la messe et à confesse, prient et communient, grand bien leur fasse, moi je n'y crois pas, mais je ne le dis pas.

Jo a deux ans de plus que moi, il va sur ses dix-huit ans, mais je dois dire que parfois je doute de sa capacité à être majeur et surtout responsable un jour. Il accumule les bêtises le Jo, pour ne pas employer un mot bien plus vulgaire : à l'école, où ses notes frôlent le néant, il est viré de presque tous les cours, sauf le sport parce qu'il aime ça et qu'il est bon, et l'allemand mais ça c'est parce que la prof a un seuil de tolérance tellement élevé qu'il a renoncé à foutre le Bronx. À la maison où il ne rate pas une occasion de s'engueuler avec notre père, une occasion d'éviter les corvées, une occasion de faire le mur. Il part rejoindre ses copains, des gars comme lui, pas méchants, pas bêtes mais jean-foutre, plus concernés par le derrière des filles, la bière et les mobs que par l'avenir. Des fois, je les comprends : il y a du chômage partout, il n'y a rien par chez nous et quitte à échouer autant le faire en s'amusant. Moi je veux être ingénieur, faire des études et plus tard gagner de l'argent, partir loin d'ici, parce que je n'aime pas où je vis. C'est plat, tout plat, il n'y a plus d'arbres, les paysans les ont tous arrachés, les ruisseaux ont été calibrés, rectifiés, redressés et ne charrient plus que des eaux bourrées de pesticides Les seuls oiseaux qui restent ce sont les corbeaux l'hiver et les merles l'été. C'est gai. Je rêve de montagne, de grands espaces rocheux et découpés, d'une vie qui serait un peu plus verte, avec un horizon limité. Alors je bosse à l'école, je ne sors pas beaucoup, mais je suis peut-être un peu jeune pour ça, et je lis. Je veux réussir.

Et je couvre les bêtises de Jo.

Qui les multiplie.

La dernière en date étant le vol d'un pingouin. Oui parce qu'il y a des pingouins à Saint-Côme, on ne croirait pas comme ça. Ils sont grands, pas loin de deux mètres, tout beaux, noir et blanc avec un nœud papillon rouge ou vert, ils ont un sourire, on dirait une copie de leur frangin qui bosse chez Linux ! Je pense qu'ils sont en résine, ou un bazar synthétique de ce genre. Jusqu'à ce qu'il échoue chez nous il décorait le rond-point à l'entrée nord de la ville, son frère décorant le rond-point sud. C'est un peu la marotte du maire de Saint-Côme, la déco de la ville. Chaque année il fait voter une ligne de budget destinée à embellir la bourgade. Pourquoi pas. Le véritable souci c'est qu'il n'a aucune notion du Beau et de l'Art. Alors il multiplie les trucs improbables : pingouins géants et cerfs à la langue tirée en hiver, arches imitation arc-en-ciel en été, je ne parle pas des lampions qui ornent les monuments, parfois ça donne juste envie de prendre un lance-pierre ou une carabine à plomb et de les éclater un par un. Je suis surpris que mon frère et ses potes n'y aient pas songé, mais peut-être que l'entreprise leur paraissait trop risquée. Et donc nous avons deux pingouins, affectueusement nommés Pipo et Mollo. Là c'est Mollo qui est échoué sur la pelouse.

Jo est venu me chercher dans ma chambre vers 2 h 45 du matin, je dormais à poings fermés, bien au chaud sous les couvertures, quand cette andouille m'a secoué en chuchotant :


– Tom, Tom, bouge-toi, j'ai un truc génial à te montrer ! Allez ! Bouge !

– Hein ? Mais t'as vu l'heure, m'en fous de ton truc ! Laisse-moi dormir !

– Non, viens ! On a capturé Mollo !


Mon esprit engourdi n'a pas fait le rapprochement de suite, et j'allais l'envoyer balader, quand tout à coup j'ai repensé à la bestiole à l'entrée de la ville. Qu'est-ce qu'il avait encore inventé !?


– Laisse-moi m'habiller et t'as intérêt à ce que ce soit bien !

– T'inquiète p'tite tête !


Il est hilare, les yeux rougis, il avait dû pas mal picoler ou fumer des choses pas trop honnêtes pour être comme ça. J'enfile un pull, mon jean, un blouson, parce qu'on est fin novembre, dehors ça caille ! Il a gelé pour la première fois il y a seulement dix jours. Au matin le jardin était blanc et l'herbe craquait sous les pieds. L'air brûlait un peu la gorge et engourdissait le bout des doigts. J'ai toujours aimé ça les premiers gels, les haies blanchies, les toiles d'araignées comme des guirlandes de soie. Mais à presque trois heures du mat' ça me gonfle plus qu'autre chose.

Nous descendons les escaliers en chaussettes, à pas de loups, heureusement que nos vieux ont le sommeil lourd. Une fois au garage, Jo pousse la porte et me fait signe de le suivre dans le jardin.

Le clair de lune me saisit. Le spectacle est magique : nous vivons dans une vieille ferme, entourée de grands arbres et ceux-ci se dressent dans la lumière bleu pâle de la nuit. J'entends le silence à peine troublé par nos souffles au début. Puis petit à petit la nuit s'éveille, c'est d'abord une chouette, puis au loin un chien qui aboie, dans les fourrés il y a des craquements minuscules parfois. Mon frère semble être tout aussi impressionné que moi et pendant quelques minutes il n'y a rien d'autre que nous dans le noir, intimement mêlés à lui.

Puis il éclate de rire en me montrant un truc sur la pelouse. Une statue en fait, de pingouin, environ deux mètres de hauteur, allongé dans l'herbe gelée. C'est Mollo, c'est sûr, parce qu'il a le nœud papillon vert.


– Mais…

– C'est bon hein Tom, c'est top non ?!!

– Mais pur…

– J'étais sûr que t'allais pas en revenir ! Avec Blabla on a piqué Mollo, on l'a chargé dans le camtar de son daron et on l'a ramené ici ! On est les champions, on est les champions, on est on est on est les champions !


Et cet imbécile se met à sauter sur place, les bras en l'air en gueulant son hymne. Ils ont vraiment pas bu que de l'eau lui et Blabla ! Ou alors juste pour opacifier le Ricard. Blabla, c'est son meilleur pote, Louis Blacens. Ils se connaissent depuis la maternelle je crois, peut-être même avant. Ils sont en classe depuis toujours, ont tous les deux redoublé la troisième, sont sortis avec les mêmes nanas, font leurs coups ensemble. Les inséparables de la stupidité je les appelle.


– Tais-toi ! Tu vas réveiller maman !

– On est on est…

– Ta gueule !


J'ai presque crié tellement il m'énerve. Et si un de nos deux parents se met debout, je suis convaincu que ça va nous tomber tout chaud sur le coin du nez. Ils ne vont pas du tout, du tout apprécier la plaisanterie, d'autant que mon père vise à plus ou moins long terme le poste du maire, dont il est un des plus fidèles supporters.


– Oh ça va Tom, t'es vraiment rabat-joie !

– Oui c'est ça. Et tu vas expliquer comment aux parents la présence de Mollo sur la pelouse ? Tu crois qu'ils vont apprécier ça ?

– Ils dorment les parents !


Il me dit ça avec un grand sourire et en vacillant sur ses godasses, c'est clair qu'il en tient une belle.


– Mais attends, qui conduisait le J9 du père Blacens ?

– Ben Blabla ! T'es con toi !

– Mais il a pas le permis Blabla !

– Ouais et moi non plus, mais on est fortiches nous deux.


Et il éclate de rire.

Je ne sais quoi dire, quoi faire. Je pourrais remonter me coucher, le laisser là avec son pingouin et sa cuite, me remettre au chaud sous les draps et puis basta. Parce qu'après tout, c'est son idée, c'est son choix de faire n'importe quoi. Sauf que depuis toujours j'ai pris l'habitude de l'aider, d'être là pour lui. Je ne sais pas trop pourquoi, puisque je n'ai pas grand-chose à gagner dans l'histoire, mais c'est comme ça. Je me souviens du jour de ses seize ans, il avait, déjà, trop bu, je l'ai mis au lit en plein après-midi, je lui ai tendu une cuvette quand il a vomi, je lui ai donné un torchon humide pour s'éponger le front et quand mes parents sont rentrés, le soir, j'ai expliqué qu'il avait dû manger quelque chose de pas frais à la cantine et qu'il dormait à poings fermés dans sa chambre. Une autre fois, il m'avait demandé de planquer un paquet de clopes dans mon bureau. Ma mère l'avait trouvé et m'avait passé un savon dont je me souviens encore. Mais à aucun moment je n'ai dit qu'elles n'étaient pas à moi. Il y a eu aussi les fois où il a volé un vélo à un copain, celles où il a cassé une vitre du presbytère ou la portière du tracteur du voisin. Dès que je pouvais je le couvrais ou j'essayais d'arranger la chose. C'est mon frangin, c'est comme ça. Quand il fait pas le clown c'est un type génial, il m'a appris à pêcher au lancer, à ramener le leurre pas trop vite, pas trop doucement et tac, le mouvement sec du poignet quand le poisson mord. Il m'a défendu quand en CP ou en sixième des plus grands que moi venaient m'embêter. Je me souviens même d'une fois où lui et Blabla ont flanqué une raclée à un gars de première qui voulait me piquer des sous. Des fois, il me montre comment grimper aux arbres sans trop se fatiguer. C'est un type en or, je l'aime mon grand frère, même si des fois ça me plairait qu'il arrête de faire des trucs sans queue ni tête. En fait, j'ai peur pour lui. Je me dis qu'un jour il va faire la bêtise de trop, le geste qui va le tuer. Bien sûr, il y a la crainte que mes parents le choppent et je sais d'expérience que je vais ramasser aussi, mais ce qui m'inquiète réellement c'est sa disparition.

En attendant on a un souci de pingouin sur les bras.


– Vous allez le ramener.

– Bah pourquoi ? Il est bien là, il fait dodo !


Éclat de rire aviné, un peu ensommeillé.


– Non il est pas bien, il doit retourner dans son habitat naturel, le rond-point.

– Pffff on fera ça demain, chuis fatigué moi.

– Non ! Demain matin y aura les parents qui vont le voir ! Appelle Blabla et dis-lui de revenir le chercher !

– Mais t'as dis toi-même que c'était dangereux parce qu'on avait pas le permis. On a pas l'permis, on a pas l'permis, on a on a…


Et le voilà reparti à sauter sur place, bras en l'air, à chanter son truc débile. Mon Dieu faites-le taire, foudroyez-le, d'un coup, qu'il ne souffre pas, ou remontez le temps et obligez mon père à mettre un préservatif.


– Arrête Jo, arrête ! Passe-moi ton portable.

– Non. Non non non non non ! C'est quoi le mot magique ?

– Jo, s'il te plaît.

– Chais pas.

– Jo, si on se fait chopper, si tu te fais chopper plutôt, t'auras pas de soirée pour tes dix-huit ans, ça c'est acquis. Les parents vont pas t'autoriser à amener quinze copains ici, alors que t'es capable de piquer un pingouin. Donne-moi ce portable.

– T'es pas drôle Tom, pas du tout, du tout, du tout !

– Oui, mais papa non plus ne l'est pas.


Il me regarde un instant, les yeux dans le vague, puis me tend son appareil, il pourrait appeler lui-même, mais je sens que la conversation serait longue, futile et sans résultats probants.

Je croise les doigts pour qu'il n'y ait pas un code de protection, mais non. B… Blabla… J'appuie sur le nom, le numéro se compose. Sonnerie, sonnerie, sonnerie, sonnerie, purée il va pas être là, sonnerie, sonnerie.


– Alllôôôôô, quoi…

– Blabla ?

– Ouais… T'as vu l'heure, j'dors moiiii.

– Blabla c'est Tom.

– Qu'esse tu veux, moi je dors…

– Faut que tu reviennes ! Y a un pingouin sur notre pelouse qui n'a rien à faire là.

– Ahaha, demain, hein, demain.

– Non Blab.

– Si demain.


Soudain, il n'y a plus rien, plus un bruit. Il a raccroché à l'autre bout. Et merde.

Je me retourne vers mon frangin. Qui est allongé sur un muret, en train d'essayer de sortir je ne sais quoi de sa poche, en pure perte.


– Jo ? Jo ? T'endors pas !

– Mhhh non…

– Jo ? Jo ?

– Mhhh mais…

–Jo on va le ramener. Aide-moi.

– D'main, on le ramè…


Il ne finit pas sa phrase. Et se met à ronfler comme un sonneur ! Bon sang, mais c'est pas vrai. Je vais vers lui, je le secoue, je le pousse, j'essaye même de le pincer, mais rien à faire. Il dort du sommeil du juste, là, en pleine nuit, par moins deux degrés. C'est pas possible. Soudain, j'ai les larmes qui me montent aux yeux, j'ai envie de chialer, comme un môme, comme quand j'avais six ans. C'est pas le moment, je respire un bon coup, et je réfléchis : les deux ivrognes sont HS, il y a un pingouin sur la pelouse et dans quatre heures c'est le jour, je peux faire quoi ? Laisser tomber ? Me coucher, laisser mon frangin dehors avec le risque qu'il choppe à minima une belle angine ? Ou trouver une solution au désastre probable ?

J'en ai ma claque de l'aider le frangin, ma claque de le couvrir, je ne sais même pas pourquoi je le fais. J'ai rien à gagner là-dedans, rien du tout à part peut-être des ennuis. Mais voilà, je suis là quand même, parce que je sais, tout au fond de moi, que le jour où moi je vais me noyer il n'hésitera pas à me tendre la main.

Je vais à pas lents vers le pingouin des fois qu'une idée de génie me traverse l'esprit, mais non, rien. La bestiole git sur le flanc droit, son sourire imbécile ne s'efface pas et bien entendu elle n'a pas froid. Je donne un coup de pied dedans auquel elle ne réagit pas du tout. Surprenant non ? Je me baisse et tente de la soulever, ça pèse le poids d'un âne mort, mais je peux quand même le traîner. Je vais le planquer derrière la haie qui sépare la maison du pré voisin, à cette saison c'est un coin où personne ne va, et demain, quand mon frère aura cuvé, on rappellera Blabla et voilà le souci pingouin réglé.

Je tire, je pousse, je sue, je me coupe le souffle, mais enfin il est planqué, enfin à peu près, il ne faut pas passer à moins de dix mètres de la bête, mais bon, qui vivra verra. Je repars vers le garage, mon frère dort encore, je le pousse, le secoue et arrive quand même à le réveiller un peu.


– Va au lit, tu vas attraper la mort ici pauvre débile.

– Mouai euh chuis naze…

– Allez bouge ! Dans deux heures papa se lève !


Il finit par se relever, vacille, manque de s'effondrer, repart et rentre, qu'il se débrouille maintenant, moi je ne peux plus rien.

Je remonte dans ma chambre avec la peur qu'il se soit gaufré dans les escaliers ou endormi au salon, mais non, c'est bien vrai Dieu est du côté des ivrognes. Je me recouche, congelé, et je n'arrive pas à trouver le sommeil. Parce que je cogite au plan d'action du lendemain : il faut appeler Blabla ou le textoter, attendre la nuit, après minuit que tout le monde dorme, embarquer la statue, retourner à Saint-Côme et la mettre dans son nid, il faut bien entendu que Blabla soit prudent, que les gendarmes ne soient pas de sorties, etc. Je finis par me rendormir, et je rêve de mon père qui m'engueule en me montrant un papillon aux ailes brisées. C'est un bel insecte, jaune et noir, je ne connais pas le nom, mais il a les ailes arrachées, j'ai sur les doigts de la poussière colorée, et pourtant je sais que je ne suis pas responsable du massacre. Mon père est de plus en plus en colère et s'apprête à me mettre une claque quand j'ouvre les yeux en sursaut. Dehors la campagne est blanche, sous un soleil qui traverse une brume fine, c'est à couper le souffle et pour la première fois depuis bien longtemps je suis heureux de me lever ici. Jo dort encore, je l'entends ronfler, en bas mes parents déjeunent. Ils me font la bise et me demandent si je veux venir à la messe, mais depuis presque deux ans je dis régulièrement non, je crois que c'est le premier acte de rébellion que j'avais posé avec eux, ce refus d'aller prier. Je déjeune et pendant ce temps ils se préparent, puis s'en vont. Je jette un œil par la fenêtre du salon, on ne voit pas Mollo d'ici, tout va bien, ou presque. Je secoue mon frère, qui grommelle, se retourne, j'insiste.


– Tain, fous-moi la paix Tom, j'ai mal au crâne !

– M'en tape, on a un pingouin sur les bras triple idiot, tu prends un Doliprane et on en cause.

– Quoi ? Quel p… Ah merrrrrrde c'était pas un rêve ?

– Non, t'as volé Mollo, avec Blabla, vous êtes deux gros débiles.

– Mais il est où ???


Je sens dans sa voix une pointe d'appréhension, le sentiment que la bêtise pourrait avoir des conséquences assez graves.


– Je l'ai planqué derrière la haie du fond, mais c'est pas non plus génial. Il faut que t'appelles Blabla et qu'il vienne cette nuit, on charge le truc et on le pose à sa place.

– On ?

– Ben toi, moi et Blabla.

– Non c'est bon, on ira que tous les deux.

– Et ? Vous allez picoler, vous défoncer et oublier ? Parce que tu sais ce que ça va donner si vous vous faites gauler ?

– C'est pas toi avec tes seize balais qui nous empêcheras de toute façon !

– Non c'est sûr, mais au moins je pourrai…

– Tu pourras quoi ? Nous empêcher de boire une bière ou deux ? T'es gros comme une allumette espèce de clown !


Là, c'est le moment traditionnel de l'engueulade entre frangins, en général, comme je n'ai pas la langue dans ma poche, je lui balance une méga vanne, bien méchante, il serre les poings prêt à taper, je me barre en courant, il se jette sur moi, ça finit plus ou moins en bagarre avant que mes parents n'interviennent. Mais, pour une fois, je ravale ma langue, je veux qu'il appelle Blabla, je veux que tout ça soit fini, j'en ai marre, je suis naze, je me bile pour un imbécile immature, j'ai peur de mes parents alors qu'ils ne sont pas méchants, j'ai envie de pleurer. Jo doit le voir, parce qu'il se radoucit.


– OK, je l'appelle.


Il attrape son téléphone, fait le numéro :


– Bien ou bien ?

– …

– Ce soir tu viens avec le camion ?

– ……

– Comment ça tu peux pas ?

– ………

– Mais putain ! On en fait quoi de la bestiole ?

– …

– Ouais… pfff t'es lourd… à plus.


Il raccroche et je vois à sa tête que là il y a un vrai souci, un truc plus sérieux.


– Il a planté le camion.

– Hein ?

– Hier, en rentrant, il a planté le camion.

– Il a rien ?

– Qui ? Le camion ?

– Mais non abruti, Blabla !

– Ah ben je sais pas, sûrement que non vu qu'il m'a parlé. Mais bon son père est en rage, il est consigné à la maison jusqu'à la fin des haricots.

– Puréeeeeeee…

– Tu… Tu vas m'aider quand même ?


Pour la première fois depuis des années, du plus loin que je me souvienne, depuis toujours en fait, je vois qu'il a peur, dans ses yeux que c'est toujours un enfant, un petit gamin un peu terrifié.


– Oui. Mais je sais pas comment on va faire.

– On a qu'à le porter.

– Ben tiens… Ça pèse lourd !

– Et t'es pas costaud je sais, mais en faisant des pauses on peut y arriver. Et avec un peu de bol on pourra le faire rouler.

– Mais il sera tout abîmé !

– Et alors ? On s'en tape de ça, l'important c'est de le rendre, peu importe l'état.


Il n'a pas tort, mais quand même le vol et la destruction de biens municipaux ce n'est pas dans mes valeurs. Cependant, on convient qu'à minuit on fera le mur et advienne que pourra.


– Ou on pourrait le balancer en pleine campagne, comme ça ni vu ni connu j't'embrouille.

– On est la seule maison occupée à cette saison sur la route de Saint-Côme idiot ! Tu crois réellement que les gendarmes vont pas faire le rapprochement ?

– Si… Mais on aura qu'à mentir ! Dire que c'est des gars qui l'ont balancé !

– Je sais pas mentir Jo. Tu sais bien…

– Ah oui c'est vrai. T'es lourd.


C'est marrant, je suis en train de me faire engueuler parce que lui fait des bêtises, joli retournement.


– Faut qu'on le pose là-bas Jo.

– D'accord. C'est bête moi je trouvais ça rigolo de piquer ce bazar.


Il dit ça d'une voix penaude, on sent le gars qui était fier de son idée et qui la voit exploser en une seconde, comme une bulle de savon.

Nos parents rentrent à midi et lors du repas mon père évoque la disparition, remarquée, du pingouin municipal. Il trouve cet acte scandaleux et espère que les fautifs seront retrouvés et durement punis. Il se lance alors dans une longue tirade sur les mérites du respect et de la valeur propriété, il n'a pas lu Proudhon mon père, il évoque la Justice et le Bien, il fait même appel à Malthus, qui doit se demander ce qu'il fait là, dans une envolée aussi vaine que ridicule. Je vois Jo se retenir de rire et moi je suis à deux doigts de lui rappeler que nous parlons d'un truc en résine et non des bijoux de la couronne. Mais la crainte, le danger tout proche, me retiennent.

« Et j'espère que vous n'êtes pas mêlés de près ou de loin à cette sordide affaire, vous deux ! », conclut-il en se resservant un verre de bordeaux. Nous baissons un peu plus le nez, reprenons des nouilles et le repas s'achève dans le calme.

L'après-midi je fais mes devoirs et Jo la sieste. Il est fortiche mon frère, rien ne semble vraiment l'atteindre, des fois je me dis qu'il est surtout fort pour nous cacher la vérité.

Le dîner et la soirée passent avec une lenteur exceptionnelle, je ne m'inquiète pas tant de me lever à minuit et faire le mur que du risque possible que mes parents se couchent plus tard, ou qu'un des deux soit pris d'une insomnie. Mais non, vers 22 h mon père bâille, explique que demain il a les seconde 3 et que c'est pas de la tarte et il envoie tout le monde au lit, même ma mère. Ce qui est beau chez lui c'est son altruisme, ce sens du partage.

Je me glisse habillé sous les draps, le réveil de mon portable activé, au cas où. Mais à minuit quand Jo se pointe je suis réveillé.

Nous entamons une fois encore la périlleuse descente des escaliers, personne ne nous entend et dehors la nuit est toujours aussi belle. Il y a dans l'air froid comme un goût de liberté, d'aventure. Je comprends un peu mieux pourquoi des hommes peuvent partir loin de leurs familles, comme ça. Mon frère aussi, qui me demande :


– C'est beau Tom, tu trouves pas ?

– Si.

– On y va ?

– Oui.


Je lui montre la planque et il tire la bestiole de son exil. Je l'empoigne par le nœud papillon, il agrippe le bas et nous partons.


– Jo ! Jo ! C'était quoi ce bruit ?

– Rien, c'était un chat dans un fourré.

– T'es sûr ?

– Oui.


Un pas, un pas, un pas, un pas, ne pas penser.


– Jo ! Jo !

– Quoi encore ?

– C'est lourd !

– On peut pas lambiner !

– J'en peux plus Jo !

– Bon cinq minutes de pause.


C'est bruyant la nuit dis donc, super bruyant…


– Jo, jo !

– Quoi ?!

– J'ai la trouille Jo.

– Arrête tu me fais chier !

– Mais Jo !

– Il reste deux kilomètres pas plus, tais-toi.


Alors je me tais et j'avance, la trouille au ventre. Mais non, nous arrivons enfin à proximité de Saint-Côme. Plus qu'un kilomètre et ce sera le rond-point, mais là où ça se corse c'est qu'il faut traverser la ville avec ses lampadaires où on risque beaucoup plus de nous voir. Mon frère s'arrête, essoufflé lui aussi.


– Ça craint Tom à partir de là.

– Oui carrément.

– On a été cons avec Blabla.

– Oui carrément aussi.

– Tu sais Tom… des fois je m'en veux de faire des conneries pareilles, de picoler et tout et tout, mais c'est plus fort que moi. J'arrive pas à faire autrement. Personne ne fait trop attention à moi en général, pas comme avec toi. Je suis nul à l'école, j'aime pas ça, je suis pas un intello et les parents m'en veulent aussi de ça. J'y peux rien, c'est comme ça, les chiffres, les mots, ça m'ennuie, moi j'aime quand ça bouge.

– Mais, t'es pas obligé…

– Attends, j'ai pas fini, ce que je te dis là après je pourrais plus. Je veux partir à l'armée quand j'aurai dix-huit ans, parce que c'est peut-être le seul endroit où on prêtera attention à moi, où on me considérera un peu. Pas dans un truc compliqué, non ! Soldat de base, le gars à qui on ne demande pas de réfléchir, tu sais. Toi, tu vas faire des études, tu vas quitter ce bled et avoir un beau métier, les parents seront fiers de toi. Tu vas te marier, être heureux, tu auras une belle vie. Si je reste ici, je vais mal tourner, je vais faire une connerie plus grosse que l'autre, et tu ne seras pas toujours là pour m'aider. Je vois bien ce que tu fais pour moi, les risques que tu prends, je ne sais pas trop pourquoi tu le fais, mais tu le fais, c'est ça l'important. Alors… Merci. C'est pas avec Blabla que je vais réussir, pas avec Blabla que je vais aller un peu plus loin que l'ANPE ou le cimetière… Allez on repart.

– D'accord.


Qu'est-ce que je peux dire après ça ? Que non ce n'est pas vrai, il est studieux et sérieux, etc. ? Tu parles. Que non, c'est pas vrai, les parents sont fiers de lui, très fiers. Tu parles ! Je ne peux rien dire oui.

Au loin il y a les premières lumières de la ville, j'entends des chiens qui gueulent, une voiture au moteur étouffé. Bon sang, que ce serait bien que tout ça soit fini.


– Tom ?

– Quoi ?

– Tu la trouves jolie cette statue ?

– Tu plaisantes ?

– Et si on se débarrassait du corps ? Combien de fois le poids Rémy ?

– Trois fois l'poids !

– Non Rémy, c'est un vieillard, ça a les os poreux les vieux, cinq fois l'poids Rémy !


Nous éclatons de rire, parce que mon frère imite à merveille l'accent traînant de Poelvoorde !


– On a pas de canal sous la main Jo !

– Non mais on a un étang…


Et c'est vrai que Saint-Côme est dotée d'un superbe plan d'eau, de 1 ha, activités nautiques et pêche les étés. C'est arboré et bucolique, des tas de vieux types s'y retrouvent avec une clope au coin du bec, ils prennent des poissons qui terminent tristement leur vie dans un filet en ferraille. Des fois je me dis que Dieu est bien bizarre d'avoir inventé à chaque fois le bourreau et sa victime. Parfois, il y a des types plus jeunes en survêtements, avec des voitures tunées, les Jackys comme les appelle mon frère, qui viennent. Ils débarquent à trois ou quatre, installent des tentes, des brassées de cannes, balancent des kilos de boulettes multicolores à la flotte, ne prennent rien, ou parfois une cuite et ils repartent le dimanche soir, heureux. Faut vraiment rien à avoir à faire de sa vie. Bref, on a un étang et c'est vrai que l'idée est tentante d'y balancer la statue. Bien sûr, je trouve que ça ne se fait pas, que c'est une dégradation des biens publics, que c'est mal et tout et tout, mais d'un autre côté, balancer ce truc c'est aussi éviter de traverser la ville, prendre moins de risques de se faire chopper. Puis c'est vrai qu'il est moche !


– OK Jo… Purée ce qu'il faut pas faire…

– Mais non, c'est rigolo !

– Tu parles, ce qui sera rigolo c'est d'être au lit oui ! Parce qu'en plus demain y a école et j'ai un DS en maths.

– Pov' chaton, pour une fois t'auras 14 au lieu de 18… Ça sera ton Verdun, mon lapin !


C'est terrible comme des fois il peut être drôle, j'éclate de rire.

« Tourne à gauche alors si tu veux aller à l'étang. »

Nous ahanons, nous fatiguons, mais l'étang est proche. C'est étrange un bord d'eau en pleine nuit et en plein hiver. Je ne connais cet endroit qu'en été, avec du soleil et des enfants qui rient. Là c'est silencieux, seule une poule d'eau lance son appel lugubre. La lune se reflète sur une eau qui paraît noire, insondable.


– On fait vite Jo, ça fout les chocottes.

– Mais qu'est-ce que tu peux être trouillard ! On va aller sur le ponton et le balancer. Avec le lest qu'il y a au fond il va couler, d'accord ?

– Pourquoi pas du bord ?

– Y a pas de fond au bord…

– Ouais mais on peut l'abandonner et se barrer…

– Oh ça va, faut faire disparaître le corps ! Comme dans les films !

– Oui, mais vite.


De toute façon il aura raison.

On traîne la statue sur le ponton, j'avance pas à pas, Jo aussi et soudain je glisse, je ne sais pas comment, le givre ou autre chose, je sens mon corps qui part en arrière, qui bascule sans que je puisse le rattraper, me rattraper. Je heurte l'eau glacée, ça me coupe le souffle. J'essaye de me débattre, mais mon jean, mes godasses, mon duffel-coat sont pleins d'eau, je vais me noyer. Je…


Noir.


Noir.


Noir.


Noir.


Jo quand on avait sept huit ans et le cerf-volant bleu rouge dans le ciel, une après-midi d'été, c'est beau, c'est doux et chaud, c'est vivant, on rigole, on court, c'est la joie d'être frères.

Jo plus tard, son vélo VTT dans la forêt de pins dans les Landes à l'automne, je viens de tomber et il m'aide à me relever en me demandant si ça va.

Jo et son sourire, maman et papa et Jo, les grands-parents, les étés dans les montagnes là-bas, les volcans endormis.

Noir... Et le noir qui m'entoure.

Et

Une lumière. Ça pique les yeux.


« Thomas ! Thomas ! Il se réveille, Arthur, il se réveille ! »

J'entends ma mère plus que je ne la vois. Mais déjà elle me fait des bisous, je sens ses larmes sur ma joue, c'est bon maman, je suis là, ça va. Je me rendors.


Je me réveille plus tard, il y a mon frère aussi, sur son visage un sourire.


Je sors de l'hôpital deux jours après. Mes parents m'ont raconté l'accident et ma noyade, mon frère plein de sang-froid qui a appelé les pompiers, plutôt que de plonger bêtement dans l'eau pour me secourir. Mon frère qui a attendu les pompiers, mon frère qui a appelé les parents dans le même temps. Mon frère qui m'a sauvé la vie.


– Thomas ?

– Oui papa ?

– Pourquoi vous étiez au bord de l'étang à une heure pareille ?


Mon père me pose la question dans la voiture du retour. Ma mère et mon frère sont partis faire des courses pour fêter mon retour. Au son de sa voix, je sens qu'il ne sait pas pour le pingouin, que Jo ne lui a rien dit.


– La curiosité p'pa…

– Est un vilain défaut.

– Il paraît…

– Comme le mensonge.

– Oui.

– Alors pourquoi ?


Je laisse passer un silence.


« P'pa ? Tu savais que les pingouins ne savent pas nager ? »


 
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   socque   
29/12/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
La chute me paraît décevante au vu de la longueur du texte pour y arriver. Bon, c'est vrai que je ne suis pas trop "chronique du quotidien" et que du coup j'ai tendance à m'impatienter, et je reconnais que ce n'est pas mal de prendre son temps pour installer le décor, l'ambiance, les personnages. Très bien. Mais alors, que ça remue un peu à la fin, quoi... Là, les deux frères ne se font même pas choper pour le manchot (oui, au vu de la description je penche pour un manchot). La dernière phrase genre clin d'œil me laisse perplexe : est-ce juste pour clore ou annonce-t-elle que Thomas va révéler la vérité alors qu'il n'a pas trop de raison de le faire ?

Bref, en toute franchise je me suis un peu ennuyée et la fin m'a déçue. Mais sinon, c'est pas mal pour moi.

   Perle-Hingaud   
20/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce n'est pas "à l'ouest de pas grand-chose", mais pas loin. Lorsque je traversais la France de l'atlantique à la Savoie, il me semble être passée par ce rond-point (faut dire, c'est une épidémie, les ronds-points, chez vous !), orné de grandes figurines incongrues, dont on se demande de quel délire alcoolisé elles sont les conséquences...
J'aime bien: je trouve les personnages très crédibles, les dialogues aussi. Pas prise de tête, tendre et drôle.
Bref, j'ai passé un très bon moment.

   plumette   
20/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien
je trouve que ce ce texte très vivant a des qualités, une écriture alerte avec un vrai ton narratif, une ambiance bien rendue, mais je lui trouve aussi des défauts.

J'aime assez au début le principe des digressions du narrateur qui installent un univers, une ambiance: les origines, le lieu , la relation fraternelle, la personnalité du narrateur.

Mais dans le même temps, je suis tentée d'élaguer, tout n'est pas de même intérêt ( ex d'une digression que j'élaguerais: le développement sur "bi-admissible" )

Et puis les commentaires et l'espèce d'auto analyse du narrateur ralentissent le récit et ne sont pas toujours crédibles. Tom se décrète raisonnable, il tient un discours sur l'avenir, son avenir en comparaison de celui de son frère qui me semble un peu "fabriqué", un peu artificiel comme s'il fallait absolument un antagonisme complet entre les deux frères pour le récit.

l'histoire est assez marrante, ce vol de pingouin ! mais ça traîne un peu.

Je crois qu'en fait, tout ça est prétexte à décrire une belle relation fraternelle, et cet aspect est plutôt réussi, même si là encore, le récit perd un peu de sa force parce qu'il est trop dilué.

Donc, pour moi, la nouvelle devrait être resserrée! mais je salue le boulot tout de même!

Plumette

   Brume   
21/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Monsieur F

J'ai adoré l'histoire. La relation qu'entretient Tom avec son frère Jo est touchante, authentique, tous les 2 se trouvant dans une situation assez cocasse. Il y a des passages qui m'ont bien fait rire, Tom toujours dans l'ironie sort des vannes toutes simples mais qui marchent toujours chez moi, exemple ce passage:

"il fait même appel à Malhtus, qui doit se demander ce qu'il fait là, dans une envolée aussi vaine que ridicule"

Je ne connais pas Malhtus. Mais l'ironie pure sans trop en faire des tonnes suffit à me faire rire.

Tom quand il parle me fait rire, Jo je ne sais pas trop quoi penser de lui, il me fait sourire mais je le trouve moins intéressant que son frère. Ce dernier a une forte personnalité.

Je trouve que le début traîne en longueur, l'histoire des grands-parents, leur décès et les noms qu'ils ont donné à chacun de leurs enfants n'apportent pas grand chose au récit.

J'ai aimé la fin mais sans plus, j'aurais préféré qu'elle se termine avec les deux frères, revoir leur complicité à coup de tendresse et de bonnes vannes.

   GillesP   
21/1/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai adoré cette nouvelle. L'écriture, d'abord: elle est alerte, vivante, drôle, remplie de traits d'humour plutôt réussis (sauf celui-ci: "comme Rimbaud mais en plus vivant et moins poète": Rimbaud était d'un naturel très vivant, ce n'était pas un contemplatif comme Verlaine, par exemple. Il a arrêté d'écrire à vingt-trois ans, à peu près, pour mener une vie aventureuse). Vous êtes parvenu, ce qui n'est pas simple, à "littérariser" le langage oral.
Le contenu, à présent: je me suis laissé totalement embarquer par cette histoire improbable de vol de pingouin. Les deux frères sont bien campés, on sent toute la tendresse que vous avez pour vos deux personnages.
Il y a bien quelques détails de-ci de-là à corriger, par exemple: "je rêve [...] d'une vie qui serait un peu plus verte, avec un horizon limité": je ne comprends pas bien le sens du participe passé "limité", dans le contexte: bien sûr, il s'agit d'un rappel des montagnes, dont rêve aussi le narrateur, qui viennent limiter l'horizon. Mais vu l'ambition de Krychko, il me semble qu'il rêve plutôt d'un horizon illimité, non?
Au plaisir de vous relire.
GillesP

   placebo   
22/1/2017
"Bourrées de pesticides", manque un point après.
Un peu étrange de dire qu'il n'aime pas l'endroit, après avoir dit que ce n'était pas pire qu'ailleurs.
Sinon assez d'accord avec socque sur l'impression générale.
Bonne continuation,
placebo

   Alcirion   
22/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Monsieur F,

J'ai passé un bon moment avec ton texte. Il y a quelques longueurs, un petit coup de mou au milieu quand les deux frères se retrouvent avec le pingouin sur les bras, mais l'humour fait finalement bien passer les 30 000 caractères.

C'est l'un des points forts du texte, l'autre à mon sens, c'est ta capacité à créer un décor et des personnages crédibles. Le début est très réussi, le fait d'avoir développé l'histoire familiale avec de nombreux petits détails donnent de la profondeur au récit : ça passe bien et ce n'est pas si évident de faire une intro narrative dans ce genre, tu as su éviter les lourdeurs.

Pour le fond, ça manque un peu d'action mais l'originalité de l'idée principale et le suspens maintiennent l'intérêt du lecteur.

Il y a une vraie cohérence avec tes deux nouvelles précédentes, le ton et l'ambiance font un peu penser aux romans de Bukowski. Des tranches de vie de gens ordinaires dans une campagne française qui a un je ne sais quoi américain.

Bonne continuation

   Marite   
24/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Et après ? ... ai-je envie de dire ! Car, embarquée dans cette histoire avec deux frères bien sympathiques j'aurais aimé suivre la réaction du père à la phrase de conclusion de cette nouvelle :
« P'pa ? Tu savais que les pingouins ne savent pas nager ? »
Mais, peut-être y aura-t-il une suite ?
Les dialogues passent comme une lettre à la poste, tout comme d'ailleurs les cogitations du jeune frère. Aucun ennui au cours de cette lecture qui s'est poursuivie sur un bon rythme pour moi.

   klint   
7/2/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour

Pour moi le début traîne un peu en longueur, malgré une écriture alerte. Trop de détails sont posés pour une nouvelle, ces détails à mon sens auraient leur place dans un roman, ici ils devraient être élagués sévérement.

Les dialogue sont bien rendus mais là encore le sauvetage de Mollo traîne un peu en longueur.

Les passage "sentimental' - à partir de "Tu sais Tom… des fois je m'en veux de faire des conneries pareilles,"entre les deux frères me semble aussi un poil trop explicatif (à part en fin de nuit d'ivresse, je ne vois pas quelqu'un parler ainsi mais là justement il ne l'est plus)

Malgré ces longueur j'ai apprécié l'écriture alerte, avec beaucoup d'humour et du recul, les scènes un brin cocasses et la relation entre les deux frères.


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