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Horreur/Épouvante
MonsieurF : Maman [concours]
 Publié le 03/12/12  -  17 commentaires  -  18572 caractères  -  283 lectures    Autres textes du même auteur

Inspiré par : Morning Sun (http://www.wikipaintings.org/en/edward-hopper/morning-sun)


Maman [concours]


Ce texte est une participation au concours n°15 : Hopper l'Inspirateur (informations sur ce concours).



« La réalité n’est qu’un point de vue. »

de Philip K. Dick



Lundi

ELLE


Cher journal,


C’est l’été, enfin. C’est presque les vacances et j’ai rendez-vous avec Betsy dans une heure, parce que miss Granyon ma prof de Civilisation est absente tout l’après-midi ! On dit qu’elle a encore une crise d’asthme, moi je dis que c’est qu’elle est encore ivre oui ! Je suis heureuse, heureuse, à tout à l’heure !


Bisous


Cher journal,


Alors j’avais rendez-vous avec Betsy chez Jay le glacier de Longwood Road. Betsy c’est ma meilleure amie, je t’en ai déjà parlé, on va souvent chez Jay, il faut dire qu’ici, à Sunny Creek il n’y a pas grand-chose d’autre à faire. Bien sûr nous avons un drive-in, chez Mo’s, on y mange des hamburgers géniaux, et puis il y a le cinéma, le Caesar Palace, mais là j’avais pas beaucoup d’argent, pas envie de m’enfermer dans le noir non plus.

Betsy je la connais depuis si longtemps. On était ensemble chez Mamy Gregor, notre nounou, puis on a été à la même école, au même cours de danse et de twirling ; on est comme des sœurs ! On a mangé un milk-shake, banane pour moi, chocolat pour ma meilleure amie la gourmande ! Ils sont toujours aussi bons, avec le grand soleil en plus, c’est comme si nous étions en vacances quand on passe des après-midi entiers à Crooked Hill Park à jouer ou à discuter avant d’aller se baigner. Plus que trois semaines et ce sera super !

Tout à l’heure quand je t’ai laissé, je suis allée dire à maman que je sortais. Quand je suis entrée dans sa chambre, après avoir frappé, comme elle m’a appris, je l’ai trouvée assise sur son lit, ses mains croisées sur ses tibias, elle portait sa jolie robe d’été saumon, ses longs cheveux châtains étaient attachés en chignon. Une petite goutte de sueur coulait le long de son nez.

Elle avait le regard dans le vague, l’air perdu ; je lui ai dit que je sortais, elle n’a pas bougé. Je me suis dit qu’elle rêvait comme moi parfois et qu’elle ne m’entendait pas, je suis sortie sans bruit, de toutes façons elle saurait bien où je suis puisqu’elle m’a donné son autorisation.


MAMAN


C’est beau ce bleu, c’est beau, et cette lumière dorée qui jaillit de lui, en lui… Je suis bien, je suis bien, heureuse, détendue, allez encore cinq minutes, pas plus, il le faut, cinq minutes.


ELLE


Cher journal,


Quand je suis rentrée tout à l’heure, maman était encore dans sa chambre, toujours dans la même position ! Ça m’a un peu effrayée ce regard vague et cette immobilité. Et puis j’avais envie de lui raconter mon après-midi avec Betsy.

On a croisé cette peste de Mathilda DeFonk qui bien entendu a fait la maline en parlant de son père qui lui aurait envoyé des super cadeaux de Corée où il fait la guerre pour les États-Unis.

Moi je sais que c’est faux ! Son père il a fui le domicile conjugal avec une blonde plus jeune que lui d’au moins quinze ans et il est basé à Fort Clarke en Caroline du Nord, c’est miss Dendridge la dame qui tient la blanchisserie sur LongWood Lane qui l’a expliqué à maman.

Mathilda c’est une menteuse c’est parce qu’elle est catholique, ils ne font que mentir les catholiques comme le dit le pasteur.

On a vu Oliver Savage ! Il est beau, mais beau… Tu n’imagines pas ! D’abord il a seize ans, des cheveux brun foncé qui tombent en frange sur son front, il porte que des jeans et des chemises blanches. Et il fume, c’est super la classe même si ça ne sent pas bien bon. En plus il m’a souri et il nous a dit salut les filles… Je craque littéralement pour lui !

C’était quand même un peu angoissant de voir maman comme ça. J’ai jeté un œil par la fenêtre pour voir ce qu’elle regardait et je n’ai rien vu d’autre que l’immeuble d’en face avec un vieux monsieur à la barbe blanche qui arrosait des géraniums rouges.

Est-ce mon mouvement ou est-ce que j’ai fait du bruit ? Maman a cligné des yeux et s’est étirée comme si elle sortait du sommeil. Elle m’a regardée :


– Quelle heure est-il ma chérie ?

– 17 h 00 mam’.

– Déjà ! Tu veux un goûter ?

– Non… Tu regardais quoi par la fenêtre ?

– Rien ! Du tout !


Au moment où elle a dit ça son regard s’est durci, sa voix aussi, comme quand elle se fâche après moi. Sa bouche s’est tordue aussi.


– Tu veux de l’eau maman ? Tu as soif ?


MAMAN


Quatre heures ? Ça fait quatre heures que je le regarde ?

Mais… Il est tellement beau.

Et si… présent… si… je ne sais pas ce qu’il est… il l’est… quand je l’ai en moi…

Oui petite gourde va chercher de l’eau, fiche-moi la paix !


ELLE


Maman m’a fait peur, j’aime pas quand elle a ce regard méchant, sans sourire, j’ai eu peur qu’elle ne me gronde, ne me fâche.

En ouvrant la porte du réfrigérateur pour prendre l’eau, je me suis demandé si elle faisait cette tête le jour où elle a appris que papa est mort ?

Je ne l’ai pas vraiment connu papa, il est décédé quand j’avais deux ans, dans un accident de voiture. Je sais juste qu’il était là, puis plus là ; j’ai cru longtemps qu’il avait joué à cache-cache et que personne ne l’avait retrouvé. Ensuite, j’ai compris qu’il était mort. Pour de bon.

Je me demande si elle veut aussi un beignet, il y en a deux, un pomme, un nature, et peut-être aussi qu’on pourrait regarder la télévision, le show de Dan Quaid sur la 24, « Vous êtes stupéfiant ! », la semaine dernière il y avait un dresseur de rattlesnakes.

Je me suis dirigée vers sa chambre mais elle en est sortie avec son joli sourire. On a passé une bonne soirée après.

Bonne nuit mon journal

Gros Bisous


MARDI


Maman


C’est l’heure d’aller au travail, la petite est partie à l’école, j’ai entendu la porte claquer, il ne doit pas me rester beaucoup de temps.

Il faut que je le voie !

Je vais être en retard…

Deux minutes, rien que deux minutes… Il n’est pas venu cette nuit, je l’ai attendu, je me suis endormie au petit matin et il n’est pas venu.

Il faut que je le voie, il est tellement… beau, tellement unique, tellement… et je suis à lui il me l’a dit hier il me le dit lui

J’ai pas le temps


Je l’ai


lui


ELLE


Mon petit journal adoré,


Je passe une super journée à l’école. D’abord j’ai eu un A+ en maths ! Moi qui pensais m’être trompée, puis à la pause de midi j’ai mangé avec Deborah Mac Hannah, et il y avait des French fries ! J’adore ça.

Debbie c’est une copine de mon cours de danse, elle est super gentille et rigolote, puis elle aime le rock ! Elle est fan de Bill Haley and The Comets, comme moi, même si j’adore Buddy Holly avec ses chouettes lunettes. Alors je me suis dit que je pouvais l’inviter et que je ferais mon super cheesecake aux raisins, et maman sa limonade de riz, on écouterait Rock Around The Clock, et on parlerait un peu des garçons.

Là je suis en étude jusqu’à 16 h 25.

À tout à l’heure !

Bisous


Mon journal,


Par contre ce qui a été moins drôle c’est quand je suis rentrée. La porte d’entrée de l’appartement était ouverte, j’ai cru que maman avait oublié de la fermer en partant au travail, ça lui arrive des fois.

Je suis allée dans le salon, elle n’était pas là, mais pourtant il y avait son sac sur le canapé. Je me suis dit qu’elle était peut-être sous la douche, mais je n’entendais pas l’eau couler, ou alors elle prenait un bain ?

J’ai fait mon goûter, en regardant un peu la TV. Mais comme je n’entendais vraiment rien, j’ai regardé dans la salle de bains. Y avait personne !

Mince ! J’ai pris un peu peur, mais j’ai quand même pensé à regarder dans sa chambre.

Elle était là.

Dans la même position qu’hier ! Ses yeux étaient écarquillés et pleuraient un peu, je lui ai dit :


– Mam’, mam’ ? Maman ? Tu m’entends ?


Elle n’a pas répondu tout de suite.


Maman


Laisse-moi, mais laisse-moi bon sang !

Tais-toi ! Mais tais-toi !!!


Ta guuueueueuuellellellelellellellelelle !!!!!


Taiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiisssssssssss toiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


ELLE


Maman a hurlé après moi ! J’ai eu peur, mais peur… Elle a tourné ses yeux vers moi, ils étaient presque blancs, et sa bouche déformée montrait ses dents !

Elle me hurlait de me taire.

Je me suis enfuie de sa chambre et j’ai été sur le canapé. J’ai pleuré un moment et… je me suis endormie.

Une heure plus tard maman m’a réveillée en passant sa main dans mes cheveux. Elle souriait. Elle m’a demandé si je voulais des pancakes avec du bacon, j’ai dit que oui et un verre de Cherry Coke.

À table maman souriait, on a parlé de Dereck Baum qui m’affirme que Chuck Berry est noir ! Maman m’a dit que c’était possible, que les Noirs avaient un sacré sens du rythme, mais qu’elle préférait le madison elle.

On a aussi regardé un peu la télévision, moi en buvant un Dr Pepper, maman en fumant ses Kool menthol.

On était bien.

Je suis allée me coucher et je finis de te raconter ma journée.

Elle ne s’est pas excusée.

Bonne nuit mon journal à moi !


Gros Bisous


MERCREDI


Maman


Au diable la gamine, au diable ! Elle fait tant de bruit… Je la supporte plus du tout.

Je veux être seule avec lui, le regarder, l’admirer, il est tellement parfait, oui parfait, parfait, oui parfait oui parf oui parfait par oui fait ouiiii… à lui je suis À LUI !


JEUDI


ELLE


Journal,


Maman va mal. Hier elle est restée toute la journée sur son lit ! J’ai essayé de la chercher plusieurs fois, parce que miss Doogie, sa patronne, a téléphoné mardi soir pour se plaindre qu’elle ne l’a pas vue depuis deux jours, et que si elle ne se pointait pas aujourd’hui (mercredi donc), elle pouvait faire une croix sur son travail ! Mais à chaque fois elle ne répondait pas et j’avais peur qu’elle ne me gronde.

La troisième fois c’était quand je suis rentrée manger à midi : je suis allée dans sa chambre et elle était assise sur son lit, nue comme depuis le matin, le regard totalement perdu dans le vide.

Elle n’avait pas attaché ses cheveux, et elle ne devait pas s’être lavée hier et avant-hier parce qu’elle sentait pas mal la sueur. Elle ne m’a pas plus vue que les autres fois quand j’étais allée lui dire de se dépêcher d’aller au travail.

Je me suis demandé ce qu’elle pouvait bien regarder comme ça toute la sainte journée.

Je me suis assise sur son fauteuil et j’ai observé l’extérieur ; il y a donc le vieil immeuble, c’est le 54 de notre rue, Cromwell Street, avec ses quatre étages. Le bâtiment est noirâtre, c’est en raison de la pierre utilisée. À part des fenêtres fermées il n’y avait rien, excepté la jardinière de superbes géraniums rouges et roses du vieux monsieur du quatrième et des culottes en train de sécher au troisième sur un étendoir en acier.

J’en ai compté six blanches et une rose, un peu plus grandes que celles de maman, plus bas je ne voyais pas les fenêtres parce que nous on est au quatrième aussi.


Un peu plus haut il y a le toit. Il est plat avec deux antennes télé et trois ensembles de cheminées. Et sur le toit j’ai vu… une ombre bleue (?)


MAMAN


Non petite salope, petite pute, il est à moiiiiiiii


Tu entends !!! à moiiiiiiiiiiiiiiiii laisse-le chienne laisse-le

Je vais…


ELLE


C’est affreux ! Maman est devenue folle d’un coup, c’est affreux, journal. J’ai cru voir un truc sur l’immeuble d’en face et d’un coup maman m’a saisi les cheveux, les a tirés de toutes ses forces en hurlant des choses incompréhensibles !

J’ai eu peur !!!

J’ai réussi à me libérer, elle hurlait toujours.

Mais quand je suis sortie de ma chambre, elle a arrêté d’un coup. Et a continué à regarder par la fenêtre !

Par la fenêtre j’ai vu une espèce d’ombre bleue dorée, comme un humain (?) avec un costume d’Indien (?) …


Un Indien sur un toit ???


J’ai faim.

J’ai sommeil.


Je veux mon doudou.


Je t’aime journal.


MAMAN


Lui luiluilui lui lui Lui luiluilui lui luiLui luiluilui lui luiLui luiluilui lui luiLui luiluilui lui luiLui luiluilui lui lui

Lui luiluilui lui luiLui luiluilui lui luiLui luiluilui lui luiLui luiluilui lui luiLui luiluilui lui lui Lui luiluilui lui lui

Lui luiluilui lui lui Lui luiluilui lui lui


Lui luiluilui lui lui Lui luiluilui lui lui

Lui luiluilui lui lui


VENDREDI


ELLE


Cher journal,

C’est 10 h 00 du matin, maman est dans sa chambre, j’ai faim et je suis pas rassurée.

J’ai peur.


Journal,


Il est 17 h 00 j’ai encore un peu faim, mais j’ai quand même osé me servir seule dans le réfrigérateur. Maman est toujours sur son lit.

Elle n’a pas bougé du tout de la journée !

Elle boit rien, elle mange pas, est-ce qu’elle est malade ?

Je devrais aller voir Harriet la voisine et lui dire, tu ne crois pas ? Mais j’ai peur que maman soit en colère. Son travail a appelé, sa patronne m’a dit qu’elle était virée ! Et elle voulait savoir pourquoi elle venait plus ? J’ai dit qu’elle était au lit avec une très forte fièvre et qu’elle promettait de rappeler demain sans faute.


J’ai peur de la déranger… Journal aide-moi !


Journal,


Il est 23 h 00. Je sais plus quoi faire, maman n’a pas du tout bougé ! DU TOUT !!!!!!


Elle s’est… s’est fait ahemmm dessus !!!

Tu te rends compte ??? Je veux ma maman… maman…


Et puis par la fenêtre du salon ben j’ai vu un Indien ! Bleu brillant !!! Doré !!! Beauuuuuu, mais beauuuuu…


Journal,

Il est 2 h 13, je vais aller voir sur le toit en face demain matin quand il fera jour, c’est le mieux non ? Et s’il y a quelque chose je te le dis, tu me conseilleras n’est-ce pas ?


Je t’aime journal


Bisous


SAMEDI


MAMAN


Il m’a parlé cette nuit. Longuement. Il m’a redit qui il était et ce qu’il voulait. Un sacrifice. Une vierge, il veut une vierge ! J’espère que cette petite truie ne s’est pas fait fourrer par le premier venu ! Il la veut, elle est à lui, c’est normal, après il sera… fort, il m’a dit un mot comme ça ou mort… ou…


Je suis fatiguée…Vite il faut que je l’accueille, viens à moi…



Viens voir maman mon bébé…


ELLE


Cher journal,


Il est 8 h 46 et j’ai super bien dormi ! J’ai faim en plus ! C’est décidé je vais aller voir Harriet, la voisine d’en face, elle saura ce qu’il faut faire. Maman est sûrement un peu malade tu ne crois pas ? Mais avec les piqûres des docteurs ça ira mieux ! J’en suis certaine.

Oh mais en plus je l’entends, elle m’appelle !

Je te laisse journal, je vais faire un câlin à ma maman !

Gros Bisous !!!


DAILY SUNNY CREEK


Une mère assassine sa fille


Hier, vers 9 h 00 du matin, la police de notre bonne ville a dû intervenir d’urgence au 53 Cromwell Street pour un meurtre.

En arrivant sur les lieux, les policiers, qui se sont adressés à nous par la voix du lieutenant Calvin Mac Dougell, ont découvert, je cite : « Un impressionnant carnage presque aussi horrible que ce qu’a fait Hitler. » D’après Mac Dougell, miss Lumnley a sauvagement assassiné sa fille à coups de hachoir.

C’est la voisine, miss Harriet Moode qui a téléphoné aux forces de la loi, après avoir entendu des hurlements venant de l’appartement voisin du sien.

Gageons que nos sympathiques gardiens de l’ordre sauront faire toute la lumière sur ce drame.




– Dexter, ce que je vais te dire là c’est du Off et je tiens à ce que ça le reste, si jamais un seul mot de notre conversation transparaît dans ta feuille de chou à la noix, je démentirai et en plus, je ferai de ta vie ici un enfer, c’est bien clair ?

– Pas de soucis Calvin, pas de soucis ! Tu as ma parole. Alors dis-moi qu’est-ce qui s’est passé chez cette dingue ?

– Elle a buté sa fille.

– Ça je sais… Mais c’est quoi le détail dont tu devais absolument me parler ?

– Quand on est entrés dans l’appartement il y avait du sang et des boyaux partout, putain partout, pire que si la môme s’était fait attaquer par des coyotes… et le plus horrible c’est qu’elle l’avait décapitée et que la tête n’était nulle part.

– Dans les autres pièces ?

– La mère était là, debout, au milieu du salon les mains devant la bouche, elle dévorait le cœur de sa gosse ! J’avais trois gars qui se sont précipités dans les autres pièces et qui ne trouvaient pas le début de la tresse de cette ch’tite môme…

– Ben c’est une dingue c’est tout… C’est horrible ok, mais c’est une dingue…

– C’est ce qu’on s’est dit avec Joe mon adjoint, et quand Joe s’est approché d’elle pour la menotter elle lui a dit : « Vous pouvez rien, il est parti… » « Qui est parti m’dame ? » a demandé Joe. « Il est parti, trop tard, je le reverrai plus… » Alors je lui ai demandé s’il y avait quelqu’un d’autre dans l’appartement, des fois que… « Non monsieur, il est parti. » Et dans le même temps elle regardait par la fenêtre.

– Et alors ?

– Alors je me suis approché d’elle et je lui ai demandé doucement si elle avait commis ce crime seule. Elle m’a dit : « Non bien sûr que non, monsieur l’agent, je ne suis pas assez forte, il m’a aidée ! » Je lui ai demandé qui l’avait aidée, et surtout où il était. Je tenais pas à voir un maboul débarquer avec une hache et foncer dans le tas ! « Il est reparti loin, très loin, et il ne reviendra plus. » « Mais qui madame ? » « Peu importe… » Mes gars sont revenus des autres pièces sans rien, je me souviens avoir pensé qu’elle avait sûrement balancé la tête par le vide-ordures et qu’on la retrouverait plus tard dans une benne. Et que comme défense pour éviter la chaise électrique c’était pas con.

– Et vous l’avez retrouvée ?

– Non.

– Un chien a pu la prendre…

– Oui. Mais après que le légiste a fait enlever le corps et que la mère est partie pour le pénitencier de Holy Glory, je me suis retrouvé seul dans l’appartement. Je cherchais encore des traces et en regardant par la fenêtre de la chambre j’ai vu un Indien, un Cree d’au moins deux mètres qui tenait entre ses mains une tête de gamine !

– Mais alors elle avait un complice ?

– Oui… sauf que devant la Cour je vais avoir du mal à expliquer que l’Indien en question était transparent comme une brume, nimbé de bleu et qu’une lumière dorée sortait de son cœur.


 
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   socque   
6/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé cette histoire ; elle est assez classique dans le genre horreur, rien de très palpitant là-dedans, mais ce que j'ai apprécié c'est la naïveté de la gamine (je l'ai trouvée attachante) et les détails qui ancrent le texte dans les années cinquante.

Le coup de la coupure de journal ne me paraît pas très utile, l'histoire est suffisamment dévoilée par le dialogue entre le flic et le journaliste à la fin à mon avis (dialogue peut-être un poil long, du reste, malgré les détails gore qui me font plaisir).

   placebo   
4/12/2012
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Le texte commençait bien mais je ne suis pas vraiment fan. Il a un bon rythme et j'ai lu jusqu'au bout, deux bons points.

Quelques maladresses ici et là : "Betsy je la connais depuis si longtemps. On était ensemble…" c'est clairement destiné au lecteur et pas au journal. "Un impressionnant carnage presqu’aussi horrible que ce qu’a fait Hitler" La seconde GM, c'est (entre plein d'autres choses) 45M de morts et les camps hein, c'est pas du tout comparable et plutôt de mauvais gout.

Autant j'aime beaucoup la peinture et l'idée de la transposer en nouvelle, autant je ne suis pas fan de l'indien ni du virage dans l'horreur à la fin (pensées décousues de la mère, indien qui "l'appelle"…). Dès que se profile le crime jusqu'au bout (passages avec journaliste et policier) tout est moins réaliste (dialogues, relations, personnages).
D'autre part, je n'ai pas compris ce que venait faire cet indien ici, c'est un ancien ouvrier qui est mort sur l'immeuble et le hante, c'est une représentation de son mari, un dieu ?…

Bonne continuation,
placebo

Edit : sans lire les autres commentaires, je remarque juste que ma notation est la plus basse et, bien que je devienne plus sévère ces derniers temps, ça reste assez rare pour que je m'interroge.

À la relecture je remarque le nombre impressionnant de noms propres et autres ancrages dans ces années passées. Ça pourrait sembler artificiel mais j'y remarque un double aspect positif : d'une part ça ancre vraiment l'histoire et donne un côté vintage tout à fait plaisant, d'autre part ça renforce la naïveté de la gamine, cet effet d'énumération exhaustif.

Cependant je ne suis toujours pas convaincu par l'histoire ou par la forme. Il y a de bonnes idées pour moi (j'ai toujours aimé l'utilisation du journal, en plus ici il y a une coupure dans le genre narratif à la fin) mais bon… on va dire que c'est comme ça, je ne crois pas une seule seconde aux éléments de cette histoire… le lycéen de 16 ans qui peut faire battre le cœur de la fille ou l'indien bleu sont pour moi aussi hypothétiques l'un que l'autre.

   Anonyme   
11/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime beaucoup le procédé stylistique, le biais du journal comme interlocuteur dans le texte. L'écriture est jolie, la nouvelle plaisante à lire.

J'ai trouvé le rapport au tableau trop tiré par les cheveux, cependant, ce qui fonctionne, c'est l'immobilité de la femme sur le lit et l'agitation perçue dans le texte. Dommage que la mère s'exprime, je la voyais plutôt taiseuse, ce qui n'empêche pas l'idée qu'elle puisse décompenser. Je dis ça parce que je ne perds pas de vue le tableau.

L'auteur a le mérite d'avoir campé un contexte américain mais les personnages, les caractères ne sont pas assez fouillés. Quand on prend le prétexte d'un journal, c'est pour aller vers l'intériorité. Le suspens n'y est pas, on s'y attend, mais l'intrigue est bien présente.

Un ensemble de belle composition mais qui mériterait davantage de travail.

   macaron   
12/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une histoire qui va bien au "Morning sun" de Hopper. La vie américaine de cette teenager bien sage est décrite avec ce qu'il faut de références pour y croire. L'intrigue est bonne et flirte avec le fantastique, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je regrette dans l'écriture le trait forcé, le côté "bébé"exagéré de la jeune fille. Mais l'ensemble est agréable à lire et tient la route!

   LeopoldPartisan   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
bien intéressant que ce texte. La mise en page est agréable et permet de suivre le déroulement de l'histoire sans problème grâce à cette fluidité. Le découpage est aussi vraiment intéressant, très cinématographique. La peinture de Hopper est vraiment un excellent point de départ à cette nouvelle et est vraiment bien rendue par les mots de l'auteur.Il en va de même pour le contexte historique, le début des années 50, je situerais cette histoire au environ de 1953-1954.
Toutefois comme rien n'est jamais parfait, il y a quelques incohérences et celle qui m'a le plus gènée concerne la jeune fille qui finira assassinée. Au départ elle semble avoir 14 ou 15 ans, lorsqu'elle raconte à son "cher journal" ses premières sorties, ces premier émois. Au fil de l'histoire, elle apparait être plus jeune dans ses réactions 10 voir 12 ans, pour terminer c'est une toute petite fille 5 ou 6 ans qui n'ose même pas appeler la voisine de peur de se faire encore gronder. Il y a 50 - 60 ans d'ici, les jeunes étaient moins materné qu'aujourd'hui, ils étaient matériellement et émotionnellement plus mature que de nos jours. Autre incohérence sur l'âge, sa mère espère qu'elle est encore vierge, donc entre 14 ou 15 ans ??

L'autre incohérence, c'est qu'une fois la gamine massacrée, la
mère n'apparait pas aux force de l'ordre comme une pauvre folle.
On parle même d'un système de défense pour éviter la chaise électrique. La je suis resté sur ma faim.


Il n'empèche que c'est pas mal car malgré les erreurs, on va jusqu'au bout. La seconde partie dialogue off entre le policier et le journaliste est un procédé interressant pour connaître une autre vérité appréciation de cette histoire.

   jamesbebeart   
27/11/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beau texte, sensible, très intelligemment construit, qu'on lit d'une traite avec un grand plaisir. Merci pour cette lecture, même si on aurait pu imaginer une fin plus poétique et moins convenue. Question de point de vue mais cela n'est pas bien grave.

   costic   
28/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je ne suis pas spécialiste du genre mais il me semble que la nouvelle cadre bien avec le tableau, en particulier avec le regard de la femme La construction du récit avec des points de vues alternés donnent un certain dynamisme. L'époque du peintre, à travers le récit de la fille semble bien évoquée(les prénoms des copines, les lieux,la musique). Le déroulement, s'il reste assez classique, rend la progression fluide. Pour moi, une bonne interprétation du personnage.

   Artexflow   
3/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Monsieur F !

Je viens de lire votre nouvelle "Maman" dédiée au concours n°15, en même temps vous le savez déjà puisque je la commente AHAHA !

Cette nouvelle ! Ce qu'on peut dire c'est qu'on s'en souviendra, parce qu'on a aimé, ou pas, ou qu'on est entre les deux (comme moi).

Je pense qu'il y a une force dingue dans ce texte, qui est définitivement bien classé, en effet, ce sentiment qu'il me reste, c'est une sorte d'horreur ! De gêne profonde ! Vous avez réussi votre tour de force, ce soir j'aurai sûrement un nouveau cauchemar à pendre au placard.

Cet Indien mystérieux ! Vous en révélez juste ce qu'il faut à la fin pour qu'on ne vous dise pas "trop facile !", et en même temps trop peu pour qu'on vous rétorque "pas crédible". C'est le point fort de cette histoire, cet Indien qui rend fou (uniquement les femmes, ou le policier de la fin s'est aussi fait avoir ?), cet Indien BLEU non mais, translucide et brillant qui plus est !
Et que fout-il sur le toit d'un immeuble toute la sainte journée ?

MERCI POUR CETTE GRAINE TERRIBLE PLANTÉE DANS MON ÂME.

Bon vous l'aurez compris, je trouve ce texte globalement réussi, l'atmosphère qui s'en dégage est particulière et malsaine, par contre je pense que j'ai été particulièrement sensible au sujet puisqu'en revanche certains aspects de la narration ne m'ont pas plu.

Il y a ce ton tout d'abord, le ton de la jeune fille qui est à mon sens trop caricatural. Super la classe, par exemple.
Je pourrais relever plus d'exemples, et je le ferais bien entendu si vous me le demandez mais je pense que vous voyez ce que je veux dire.

L'idée qu'elle est adolescente est suffisante, la présence de ce journal et quelques précisions de sa mère suffisent à faire comprendre qu'elle a cet âge, je confirme que pour moi ce ton "niais" n'est pas nécessaire.
Si on sait que votre personnage est adolescente, on la considérera comme adolescente sans avoir besoin de ça, en plus je pense que certains risquent de désapprouver le style plus que moi qui m'en suis finalement pas mal accommodé. Ceux-là risquent, dans l'énervement que peut provoquer cette narration, de passer à côté du texte.

Et surtout de cet Indien translucide brillant... Bleu... Posé, sur un toit... En face...

J'aurais également une réserve sur la manière qu'a de s'exprimer la mère, là aussi c'est trop caricatural je trouve (tellement beau répété deux fois par exemple), j'ai l'impression que, franchement, ces parties, vous ne les avez pas retravaillées. Je ne cherche pas à établir un jugement de valeur, bien entendu, mais à la lecture j'ai ressenti cette gêne que j'interprète de cette manière.
La première phase Taiiiiiiiiiiiiiiiiis toiiiiiiiiiiiiiii j'ai trouvé ça dommage par exemple, vous n'auriez pas pu développer un peu ? J'ai envie d'en savoir plus sur comment cette femme se fait enfermer l'esprit, ce qu'elle ressent, peut être quelques allitérations, des phrases qui se crachent, du crachat justement.

Ouais, ce Taiiiiiiiiiiiiiiiiis toiiiiiiiiiiiiiii il m'a pas plu, j'avais envie de vous dire "Ého M. F. ! Vous exagérez !"

Cela dit il y a dans les interventions de la mère deux passages qui me plaisent :

Je veux être seule avec lui, le regarder, l’admirer, il est tellement parfait, oui parfait, parfait, oui parfait oui parf oui parfait par oui fait ouiiii… , la folie ici est plutôt bien retranscrite, ça se lit presque comme ça se ressent.
Lui luiluilui lui lui Lui luiluilui lui luiLui luiluilui... J'ai aimé, comme ça montrait à quel point elle devenait folle, et puis ça donne un aspect graphique qui m'a beaucoup plu, comme des petits soubresauts inutiles, comme une convulsion mentale. Bien ;)

Petit problème, vous lancez des pistes que vous ne suivez pas ou que vous laissez mourir dans notre inconscient de lecteur, par hasard Olivier Savage ou les amies de la petite dont les noms n'ont servi à rien d'autre qu'à raconter des événements sans influence sur le récit.
Bien sûr je conçois très bien ces passages, il faut bien donner du corps au personnage, mais j'aime bien quand un texte forme un univers cohérent, qu'on a toutes les réponses à toutes les questions contenues dans le texte... contenues dans le texte !
Vous voyez ce que je veux dire ? Faut pas hésiter à me le dire si je raconte n'importe quoi !

M'enfin bon, j'ai eu le nom de plein de personnages qui n'avaient finalement aucune importance dans le récit, pour moi c'est un (petit) point négatif :)

L'intervention de la petite qui commence par Mon petit journal adoré a, manque de pot, correspondu à un moment de ma lecture où je me suis demandé où est-ce qu'on allait, je trouvais que l'histoire stagnait un peu, heureusement, elle repart rapidement, néanmoins je pense pouvoir contester l'utilité de cette "page" du journal, qui n'apporte rien de plus et qui n'est utile au récit que dans la transition que vous effectuez à la "page" suivante.
Bon, je fais que dire ce qui m'embête hein ! Je suis tatillon parce qu'on est sur Oniris, mais sinon c'est franchement pas non plus la fin du monde, certains l'aimeront sûrement ce passage !

Ouais parce que depuis tout à l'heure je vous dis des trucs pas cool, d'ailleurs je suis désolé, mais on n'en est pas encore venu à ce qui m'embête le plus : cette forme du journal.

Immédiatement au début de ma lecture, surtout vu le classement, j'ai eu peur que vous commettiez ce que JE considère comme une hérésie, moi qui suis fan de crédibilité dans un texte, mais à ma manière bien entendu. Je veux dire par là que beaucoup ne seront sûrement pas gênés par ça.
Bref laquelle est-elle cette "erreur" ?

C'est affreux, vous dîtes, quand la petite commence à paniquer et quand je commence à grimacer.

Je pense que quand votre mère vous saute à la gorge et vous arrache les cheveux, votre premier réflexe n'est pas d'aller noter ça dans le journal dans lequel vous racontez votre premier baiser avec M.
Je pense que laisser un personnage faire un truc pareil, surtout que votre texte est écrit "au jour le jour" (parce que ça aurait pu être évoqué quelques jours plus tard par exemple), c'est un peu désavouer son personnage. Il perd de son humanité, on se dit, enfin, je me suis dit "Ah ça l'arrange bien qu'elle écrive dans son journal à un moment si critique !".

Sérieux, je pense que le souci c'est que faire un truc pareil dans une telle situation ça relève de la névrose. Si le journal de l'adolescente de cette histoire représente pour elle une névrose terrible, alors je trouve ça crédible. Par contre, expliquez-le moi, dans ce cas !

V'voyez ce que je veux dire ? J'espère que vous ne prendrez pas ça comme une critique creuse...
Mais ça ne tient à pas grand chose !

Vous auriez pu modifier la narration, passer à un narrateur interne, enfin je veux dire, en direct, du personnage. Et hop, ça redevient crédible !
Non là vraiment désolé mais j'accroche pas...

Tiens, un mec à sa terrasse, en face... C'est un Indien ? Non...

Le verbe fourrer me semble limite vu que c'est une adolescente, mais peut-être que c'est moi qui fait une fixette sur le sujet du sexe (au moins quatre fois que je fais des remarques désobligeantes sur le traitement du sexe dans les nouvelles d'Oniris ! Je vais en parler à mon psy promis ;) )

J'en suis à la fin de mes notes, donc bientôt à la fin de ce commentaire qui doit faire peur...

Dernier point, j'ai particulièrement apprécié que vous vous permettiez de casser la forme narrative à la fin, avec ces deux passages hors-journal, et ce dialogue final, super idée pour finir la nouvelle, grand bravo, sincèrement ça a même rattrapé le coup du journal !

Bon, allez je vous laisse. J'hésite vraiment sur la note, j'hésite entre Très Bien - ou Bien +... Je vais tout de même laisser Bien +, pour qu'il y ait ce "+" exprimant mon "enthousiasme" (cet INDIEN, LUI) qui finalement, sera le souvenir que je garderai de ce texte.

Merci ;)

   brabant   
3/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour MonsieurF,


Wououou...ais ! Pour qui aime ça... Faut aimer ça... Je suis très mitigé hein en commençant ce com ! Mais j'adore les récits d'horreur. J'ai été biberonné à l'horreur ; suis addict. Et la fin est vraiment bien balancée ! Elle m'ôte mes scrupules car la vulgarité je n'aime pas du tout : "ta gueule, ta gueueueueu...........ele...ele...le... eul......./ta ////////////////////// sss//////////////// t///////......." etc... etc... (citation approximative.lol. d'ouïe) [Bon, écrit comme ça, ça accélère la lecture et ça laisse du temps de cerveau disponible] même chez une mémé qui tourne du ciboulot . Moi je suis plutôt du genre décalé, du type 'Viens donc voir par ici mon petit caca boudin mon joli hachoir qu'on va faire des tripes à la mode de Caen pour Tonton Cree...' etc... etc....

Bon, ceci dit, je salue l'effort de documentation (vous ne vous êtes pas moqué du monde, c'est du solide, du pointilleux, de l'ajusté) et le personnage de la mère correspond parfaitement à la harpie du tableau. Pauvre Madame Hopper ! (+ ou - 70 ans tout de même en 1952, détrompez-moi)


Défi relevé, pari réussi de mon point de fenêtre !


Bravo !

   wancyrs   
3/12/2012
L'horreur de la fin m'a un peu pris de court, pourquoi ? parce que n'étant pas fan d'horreur et épouvante, je n'en lis pas. C'est plutôt la mention "concours" qui m'a attiré, et ce n'est qu'après que j'ai vu la catégorie, mais bon... Le texte a sûrement des qualités, mais le but d'oniris étant de trouver ce qui cloche afin d'aider les auteurs, je m'étendrais donc sur les mauvais coups.

Je dirais que l'héroïne du texte, la maman(puisque le titre le spécifie bien), n'a pas réussi à induire en moi cette empathie nécessaire à comprendre les agissements d'une personne. Elle est trop muette, et même lorsqu'elle converse avec son soi, il n'y a aucun élément qui permette de crédibiliser ce qu'elle vit. Est-ce héréditaire? est-ce un choc post-traumatique(sa fille parle de son veuvage, mais est-cela le problème ?) ? est-ce sa situation sociale ? On sait qu'elle a un travail, mais par le biais du journal de sa fille ; que fait-elle ? est-ce que son boulot aurait quelque chose à voir avec ce qu'elle vit ? Autant de questions qui m'ont fait rester en dehors de ce personnage, pourtant la clé du récit.

Le personnage de la fille aussi est moins crédible. L'astuce de n'avoir pas donné explicitement son âge marche jusqu'à un certain niveau, mais son propos hésite entre la petite fille, l'adolescente et la personne adulte derrière la narration ; car je vois mal un enfant parler de "domicile conjugal" "il est basé en Caroline du nord" "je craque LITTÉRALEMENT..."

D'autres points relevés sont au niveau de la ponctuation :

" Je suis heureuse, heureuse, à tout à l’heure !"

Est-ce qu'après le deuxième "heureuse" il ne fallait pas un arrêt plus long ? donc un point-virgule ou un point ?

"Maman m’a fait peur, j’aime pas quand elle a ce regard méchant, sans sourire, j’ai eu peur qu’elle ne me gronde, ne me fâche.

En ouvrant la porte du réfrigérateur pour prendre l’eau, je me suis demandé si elle faisait cette tête le jour où elle a appris que papa est mort ?

Je ne l’ai pas vraiment connu papa, il est décédé quand j’avais deux ans, dans un accident de voiture. Je sais juste qu’il était là, puis plus là ; j’ai cru longtemps qu’il avait joué à cache-cache et que personne ne l’avait retrouvé. Ensuite, j’ai compris qu’il était mort. Pour de bon.

Je me demande si elle veut aussi un beignet, il y en a deux, un pomme, un nature, et peut-être aussi qu’on pourrait regarder la télévision, le show de Dan Quaid sur la 24, « Vous êtes stupéfiant ! », la semaine dernière il y avait un dresseur de rattlesnakes."

Ici il y a rupture dans le temps de narration au niveau de "je me demande si...). ELLE commence par s'exprimer au passé composé, et passe au présent sans transition... à moins qu'elle soit en train d'écrire devant son frigo et que ce passage soit une réflexion personnelle au milieu de ses notes ? alors dans ce cas n'aurait-il pas fallu qu'il soit en italique ?

Et pour finir, cela est sans doute subjectif, mais ce tableau me parle plus d'une femme qui est songeuse après une nuit de sommeil, qu'une femme qui ressasse des idées diaboliques... mais comme je dis, c'est très subjectif.

   rosebud   
5/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien
D'abord j'ai beaucoup aimé cette ambiance très début des sixties et je me suis demandé comment avaient été choisis, les noms de lieux et de personnages que je trouve très "goûteux". Et puis je me suis dit qu'il valait mieux que je ne sache pas si c'était du pur "MonsieurF" ou des références à un (des) films, un (des) romans, une (des chansons).
La construction est habile et la maman est vraisemblable quand on voit le tableau de Hopper. Il paraît que sa femme a été son seul modèle, parce que, malade de jalousie, elle n'autorisait à son mari aucune rivale. Une vraie garce semble-t-il, ou une détraquée et la maman en est une.
Tout va bien.
Ce que je trouve le plus faible finalement, c'est le personnage de l'Indien lui-même: puisque la fille et le flic l'ont vu, c'est qu'il existe pour de bon et j'aurais plus apprécié qu'il ne soit que la création de l'esprit malade de maman... Et s'il existe vraiment, pourquoi, comment peut-il être transparent, nimbé de bleu, une lumière dorée sortant de son coeur?
Ah, ça me tracasse, tout ça! J'espère que je n'en ferai pas un cauchemar.

   monlokiana   
5/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte de 18000 caractères, fluide, vivant et bien écrit. Pour ma part, j'ai aimé lire cette nouvelle. J'ai apprécié l'histoire de cette jeune fille qui finit dans d’atroces circonstances, assassiné par sa mère. Au début, j'ai cru qu'on allait parler d'une petite fille innocente qui griffonne tout et n'importe quoi dans son journal et qu'on allait avoir le déplaisir de le lire en s'ennuyant encore et encore. Ce qui change ce point de vue, c'est bien le personnage de la «maman» car elle change tout. J'aurais aimé la connaître un peu plus, que ses paragraphes soient aussi longs que ceux de sa fille.

Sur l'écriture, je n'ai absolument rien a dire. je pense que c'est très bien fait.

J'ai quand même un truc à dire pour la fin: d'habitude, c'est seulement la personne à qui le démon s’intéresse qui peut la voir. Mais ici, je suis étonnée de voir que tout le monde peut voir «l'indien», la fille, Calvin. J'aime bien cette touche d'originalité, mais si elle tue un peu le mystère.

Alors, monsieur F, pari réussi, beau texte ! Bonne continuation !
Monlo

   MissNode   
17/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour MonsieurF,
Même arrivée tard, je tiens à laisser trace de ma lecture.
Je trouve performant - en excluant l'hypothèse où vous nous seriez pas un "monsieur" - d'avoir su me convaincre que vous pourriez être une femme, ou une gamine de ...? 10 ans environ (puisqu'encore un doudou, mais déjà reluquant les garçons)?

J'ai surtout été bouleversée par la crédibilité de ce rapport mère/fille, et de ce personnage silencieux de la mère fêlée : l'appauvrissement de son dialogue intérieur témoigne d'un esprit qui dysfonctionne, enfin, je dis ça intuitivement.

Avant l'extrait de presse (vraiment nécessaire?) c'est la qualité de votre écriture qui tient en haleine, avec la finesse du portrait de la fillette dans son lien avec sa mère (ses peurs, ses soins, ...) : soit vous avez fort bien imaginé, soit vous avez profession "psy", soit ... vous tenez ça d'expérience (vous aussi).

J'aurais noté TB si je n'avais eu la très légère sensation, dans le "dialogue policier" d'un moindre soin porté à la progression de ce dialogue, pour livrer, à mon goût, un peu trop en bloc la scène du meurtre.

La chute n'est pas réellement une surprise, puisque l'Indien est déjà peu ou prou décrit par la mère et sa fille; la surprise est que le policier l'ait vu : la lectrice que je suis a dû faire effort d'imagination (but d'une chute, non?) et la nouvelle qui suivrait, "dans mon livre à moi" serait : "de la vengeance du peuple indien sur les exterminateurs américains, chamanisme et cie"... donc, bravo!
MissNode
EDIT/ je m'en vais lire maintenant mes camarades précédents dans leur commentaires, et chercher si vous avez garni les "discussions sur les récits"

   Bidis   
24/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Pour moi, le charme des tableaux de Hopper vient du caractère éphémère et cependant puissant de simples petits moments dans la vie du ou des personnages représentés, moments chargés d’impression ou d’émotion et où le spectateur se retrouve. Je n’ai donc pas énormément apprécié le caractère extraordinairement dramatique de cette nouvelle.
Je me suis tout de même laissé embarquer dans l’histoire proposée grâce à l’écriture extrêmement vivante dans sa simplicité et j’avoue avoir passé un agréable moment de lecture.

Petites remarques :
- « Un impressionnant carnage presque aussi horrible que ce qu’a fait Hitler. » : comparaison de très très mauvais goût. Or les comparaisons sont très importantes dans un texte, parce qu’elles donnent de l’impact à une image. Or ici on ne voit absolument aucun lien entre les deux idées évoquées et donc cette comparaison enlève à l’image qu’elle voudrait souligner tout pouvoir de suggestion.
- « forces de la loi, » : je ne vois pas un journaliste employer cette expression, il dirait « aux forces de l’ordre » ou « à la police » d’autant qu’il existe une expression « faire force de loi » qui veut dire tout autre chose.

   David   
2/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour MonsieurF,

Brrr... une histoire à faire froid dans le dos, un infanticide. Le personnage de la mère est encore plus nébuleux que l'indien, mais ça doit être fait pour le mystère et le fantastique qui entourent la fin, le personnage de la jeune fille est plus attachant. C'est l'atmosphère que j'ai préféré, c'est assez bien rendu, d'après ce que je peux en connaitre à mi-chemin entre les contes de la crypte et "happy days". C'est pas facile je crois cette narration par succession de petits événements : recueil dans le journal et pensées de la mère, il me semble que ça rallonge le récit alors que l'histoire correspondrait plus à un flash, à transmettre rapidement au lecteur pour les sueurs froides, mais ça ne marche pas si mal comme ça, je n'ai pas eu de sensation de longueur.

   Squeeny   
17/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé :) Rien d'autre à dire, la chute est bonne, et je rejoins la plupart des autres commentaires ! J'ai bien cru qu'à un moment, la mère c'était Golum et son anneau !

   matcauth   
14/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

je n'ai pas vraiment accroché au texte, pour plusieurs raisons.

Il y a cet acharnement à vouloir mettre de la culture américaine à tout bout de champs, au début du texte. Pas la peine, à mon avis, ça ne sert à rien, ça alourdit, et de toute façon on sait où on va lorsqu'on débute la lecture. De plus, ça ne fait pas plonger le lecteur dans l'histoire.

Le contenu du journal sonne faux également. Je n'imagine pas lire un jour un journal intime avec ce genre de tournure.

La fin ne m'a pas du tout emballé, le dialogue sonne faux lui aussi, de mon point de vue.

La montée de la folie chez la mère ne m'a pas non plus emballé.

Le rythme est bon, il y a la mise en place d'un décor, d'un contexte, le rythme est bon est l'écriture sans fioriture. c'est agréable à lire.

Les contraintes de concours font qu'il faut quand même écrire rapidement.


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