Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Humour/Détente
Nan : Je lui dis ou je lui dis pas ?
 Publié le 01/07/15  -  8 commentaires  -  4726 caractères  -  236 lectures    Autres textes du même auteur

C'est une fille, la trentaine, elle monte dans sa voiture et puis elle soliloque. C'est sympa non ?


Je lui dis ou je lui dis pas ?


Cette fois-ci je lui dis. C’est décidé. Et puis le moment est bien choisi je trouve. C’est ma psy qui me l’a soufflé. En même temps faut se méfier c’est pas une flèche Fraü Gelstat. La première fois qu’elle m’a ouvert la porte c’est plutôt ses pieds qui ont attiré mon attention. Enfin, ses chaussons bleu nuit. Chics et sobres avec une encre marine gaufrée dans le velours. Et puis après j’ai remarqué la chose catatonique étendue sous le bureau. Un chien jaune. Un labrador. C’est con un labrador. Je connais plein de gens qui possèdent un labrador. À moins que ça ne soit le contraire. Ça doit être pour le côté bonne pâte, oreilles en gants de toilette et regard mouillé en couilles de belette. Bon enfin, toujours est-il que ce clebs, celui-là particulièrement, me remue l’atrabile. T’es là, dans tes petits souliers, tu racontes en morvant sur ton pull des trucs hyper intimes. Le jour où Jojo, le p’tit voisin t’a demandé d’enlever ta lolotte pour vérifier si c’était toujours la lune rousse par exemple. Notez qu’en plein après-midi ça peut paraître louche, j’aurais dû me méfier. Enfin passons. Et t’as ce con de chien qui commence à zoomer à petites bordées du fin fond de son coussin brodé. Sigismund, en lettres de feu. Pendant ce temps-là, Gelstat hoche la tête en faisant : han, han, han...


Solange m’a dit un jour, fais gaffe, un jour tu vas te pointer au rendez-vous, la dame aux chaussons sera assise sur le coussin à son pépère et Sigismund te demandera quatre-vingt balles en ôtant ses lunettes. La vache ! Ça fout la trouille ! Même dans mes pires cauchemars je crois que je préfère les gros doigts de Jojo.


Non mais de toute façon j’avais décidé de tout lui déballer. Ça peut plus durer. J’ai maintenant trente-cinq ans et on a jamais réussi à se parler elle et moi. J’aimerais pouvoir dire qu’on est tout le temps en guerre, mais non, même pas. Ah si ! Elle me dit souvent : « Arrête de siffler, une femme qui siffle ça fait pleurer la Sainte Vierge. » Sinon c’est le silence, le calme plat, le désert de Gobi, l’empire Mongol et ses trente millions de kilomètres carrés avec rien dessus. Que de la caillasse et des squelettes de dinosaures. Y a que moi qui bouillonne de l’intérieur, les ulcères ils sont pour moi.


Noël c’est le bon moment. Ça serait bien le diable si entre les œufs de lompe et la dinde aux marrons j’arrivais pas à le pousser mon cri primal. J’ai exactement quarante-trois minutes et dix secondes pour ça. Et si ça suffit pas on étalera le pugilat jusqu’à la bûche. Je m’en serai suffisamment mis dans le cornet pour être totale désinhibée et crois-moi ça va chier.


Quand même, c’est pas très sympa. Elle va avoir soixante-quinze ans ma mère. Je l’épargne ou je mets le coup de grâce ? Je lui dis ou je lui dis pas ? Déjà que je lui ai fait croire que cette année Noël tombait un vendredi 13. Faut dire que j’ai assuré. J’avais pris la mine de circonstance, la gueule de l’alcoolo qu’a pas bu depuis deux jours. J’avais l’air gravement grave quoi.


N’empêche que Solange, ma meilleure amie, après dix-sept ans de psychanalyse elle a enfin réussi à dire à Maryvonne (sa mère) qu’elle l’aimait et plein d’autres trucs un peu nazes au bout du compte. Un peu nazes mais quand même un peu raides. Dix-sept ans putain ! Elle a eu un choc la Maryvonne. Deux mois plus tard, elle finissait chez les fous au pavillon des « y a plus rien à faire » à suçoter la manche de son gilet. Un retour au jeune âge qu’ils disent les médecins. Je t’en foutrais moi. En même temps ça se tient. Ça commence en poussette et ça finit en fauteuil roulant à propulsion manuelle. Ouais, y a comme une sorte de cohérence sur le long chemin de la vie. C’est un peu comme faire Compostelle à roulette, au bout du layon y a plus qu’à laisser glisser mémé dans la boîte en sapin, façon crêpe au beurre dans l’assiette à dessert.


Oh putain ! Je suis en retard. C’est moi qui devais amener la bûche ou c’est Sophie ? Ça m’étonnerait que ça soit Sophie, elle a jamais rien su faire de ses dix doigts celle-là. Elle peut pas à la fois tourner la clé du contact, fouiller dans son Lady Dior et passer la première sans planter l’Audi dans les thuyas. C’est que des trucs comme ça. Mon beau-frère qu’a pourtant pas inventé l’eau chaude a l’habitude de dire : je me suis marié avec Achille Zavatta. À chaque fois c’est pareil, ça me fait marrer et surtout ça énerve Sophie.


Enfin, heureusement qu’il est là pour penser à tout... Moi aussi je pense à tout, à plein de choses même. Surtout à la tronche épanouie de mon beau-frère quand il est pas avec Sophie. Si jeune et déjà cougar, je devrais avoir honte.


Demain, c’est Noël.


Bientôt la trêve des confiseurs.


Je lui dis ou je lui dis pas ?


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Coline-Dé   
17/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ah, je dois dire que le " regard mouillé en couilles de belette " m'a pécho au total dépourvu !
Une petite nouvelle marrante, avec un côté légèrement bâclé, des adresses au lecteur qui n'en sont pas vraiment mais qui en ont le côté un peu agaçant : " j’aurais dû me méfier. Enfin passons.", "et crois moi ça va chier. " ( on peut tout à fait se passer du crois-moi)

En revanche, il y a des trucs que j'aime beaucoup :
"Deux mois plus tard, elle finissait chez les fous au pavillon des « y’a plus rien à faire » à suçoter la manche de son gilet. Un retour au jeune âge qu’ils disent les médecins. Je t’en foutrais moi. En même temps ça se tient. Ca commence en poussette et ça finit en fauteuil roulant à propulsion manuelle. Ouais, y’a comme une sorte de cohérence sur le long chemin de la vie. "
J'aurais préféré plus de moments comme ça et moins de considérations sur les chaussons de Frau Gelstat ou sur les fantasmes de Jojo ( contraste entre
"T’es là, dans tes petits souliers, tu racontes en morvant sur ton pull des trucs hyper intimes. " juste et précis et les trois phrases qui suivent, qui semblent banales et forcées dans le désir de faire sourire. Mais ça retrace bien les dérives de la pensée et du monologue intérieur, qui, sauf exception, ne plane pas en permanence dans des hauteurs kirkegaardiennes
J'ai beaucoup aimé la chute, jusqu'à présent je ne connaissais pas de cougar, merci d'avoir pallié !

   Robot   
1/7/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle ou l'on ne s'ennuie pas en raison du rythme rapide donné à l'écriture. J'ai souri, sinon ri à certains passage, comme au début celui du labrador. Bien vu les oreilles en gant de toilettes.
Et puis les vacheries à propos de Sophie au moins c'est pas venu d'un macho mais c'est pire comme méchanceté !... et là je me suis amusé.
Je ne suis pas bon juge du style, mais au moins cette journée de canicule débute par une lecture qui actionne un peu les zygomatiques.

   in-flight   
1/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

le "poids" de la relation mère/fille dépeint dans une courte scénette.
C'est très bien mené avec des expressions franchement plaisantes. Exemple parmi d'autres:
"C’est un peu comme faire Compostelle à roulette, au bout du layon y a plus qu’à laisser glisser mémé dans la boîte en sapin, façon crêpe au beurre dans l’assiette à dessert."

"je lui dis ou je lui dis pas" peut être compris selon deux sens, je pense:

- je lui dis ou je lui dis pas "je t'aime maman"
- je lui dis ou je lui dis pas "tu me fais chier maman, on ne s'est jamais parlé toi et moi"

Du coup, je sens un narrateur tenaillé entre l'envie d'être tendre avec maman: " elle a enfin réussi à dire à Maryvonne (sa mère) qu’elle l’aimait et plein d’autres trucs un peu nazes au bout du compte." et l'envie d'exploser: "pousser mon cri primal".

C'est la période des fêtes, le moment où l'on se dit tout en famille. le cadre est bien choisi.

Un très bon moment de lecture.

   alvinabec   
1/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Nan,
Votre petit texte est croustillant à souhait, le rythme est très bon, les expressions fort drôles.
Je ne sais pas si Sigismund et sa Gestalt de patronne nécessitaient un aussi grand paragraphe en comparaison des suivants, ça me semble un peu déséquilibrer l'affaire, enfin c'est un détail.
Peut-être un étayage sur le personnage de la mère aurait été profitable au lecteur qui ne peut se la représenter.
A vous lire...

   Pepito   
1/7/2015
Avé Nan, ça f'sait un bail, content de te revoir ! ;=)

Bon, on va pas décortiquer à outrance, tous les auteurs ont ben l'droit de s'faire plaisir. D'autant que nous aussi, à lire un p'tit texte sympa et sans prétention. Puis y'a la rouille, ça compte aussi ;=)

Hargh, la catégorie ou il ne faut rien mettre. Pourquoi pas plutôt réalisme/historique ?

Merci pour la lecture

Pepito

   carbona   
5/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai aimé, ça se lit bien, une écriture vive, légère et enlevée.

Certaines images font sourire aussi : "tu racontes en morvant sur ton pull des trucs hyper intimes" ; "suçoter la manche de son gilet".

Merci pour cette lecture divertissante !

   AlexC   
7/8/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Hello Nan,

Un vrai soliloque de bonne-femme moderne, j’aime ! Ca part dans tous les sens - comme il se doit - ça déblatère des injures et des critiques sur fond de problématique existentielle et ça ne manque pas de faire sourire. En prenant votre texte à la légère, tel un amuse-gueule sans prétention, destiné à combler quelques minutes d’ennui, alors votre nouvelle me semble remplir son officie parfaitement.

Je n’ai pas bien compris ce passage : “Surtout à la tronche épanouie de mon beau-frère quand il est pas avec Sophie. Si jeune et déjà courage, je devrais avoir honte.”

Merci.

Alex

   Anonyme   
8/12/2015
Commentaire modéré

   Anonyme   
9/12/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Excellent texte qui a le mérite d'être court. C'est tellement chiant, des fois les textes longs pour parler de la tristesse avec pour métaphore la pluie qui tombe sur les carreaux. C'est pas le cas de ce texte, il est court et efficace.

Néanmoins une critique que je reprends plusieurs fois : les différents personnages sont amenés trop implicitement. On ne sait pas bien qui est qui, il faut relire le texte plusieurs fois pour le comprendre.

On comprend pas bien a qui appartient le labrador: à la psy ou à la personne à qui le narrateur veut avouer un truc. On finit par comprendre que c'est la psy. Mais la parenthèse sur elle est un peu maladroite.

On ne peut pas efficacement amener un personnage implicite (le personnage à qui le narrateur désire s'adresser) et tout de suite après, évoquer un autre personnage (la puy).

Le passage de l'aparté à Solange n'est pas hyper limpide non plus, il faut s'y prendre à deux fois et relire pour être bien sûr.

De nouveau: "J'avais décidé de tout lui déballer" La psy ou Solange? J'imagine Solange.

Il aurait mieux fallu soigner l'entrée en scène des personnages. Les personnages sont amenés un peu trop implicitement à mon goût.

Mais autrement le texte fonctionne très très bien.

En post scriptum, je désire prendre aussi à mon compte les différents éloges que tes autres lecteurs t'on adressée: Ton texte est truffé d'excellentes trouvailles qui lui donnent tout son sel: "yeux en couilles de belettes, la catégorie des "y' plus rien à faire", la mère qui suce sa veste. Toutes ces trouvailles sont excellentes. Encore bravo.

   Anonyme   
9/12/2015
Commentaire modéré


Oniris Copyright © 2007-2019