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Sentimental/Romanesque
Nan : Territoire
 Publié le 15/02/14  -  20 commentaires  -  5433 caractères  -  245 lectures    Autres textes du même auteur

Triturations d'une chanteuse espagnole.


Territoire


Un café rue de Nantes.

Un café rue de Nantes à l'angle de la rue de Flandres.

Un samedi soir de bouches téteuses.

Sous les néons blancs s'assied une chanteuse.

Elle a les lèvres rouges et de longs cheveux noirs.


Il y a trois filles au corps mince glissé dans des pulls « Isabel Marant ». Elles se sont installées, les coudes sur la table en formica, rangées comme des moineaux en hiver sur un fil électrique. La lumière crue fait ressortir leurs cernes, leurs bosses, leurs joues creusées par des nuits trop courtes. Pour tromper la faim, elles ont commandé des olives noires, des petites pommes de terre en salade qui baignent dans l'huile, des cacahuètes encore nichées dans leurs cosses et du chardonnay pour faire glisser.

Elles matent la chanteuse aux lèvres rouges, elles attendent sagement qu'elles bougent, pétales de pivoine dans le vent léger.


Dehors, un vieux aux iris laiteux plaque son visage de gravats sur la vitre encombrée d'affiches. Derrière la buée formée par sa bouche entrouverte, il se demande bien ce qui se trame là-dedans. Il porte une casquette de marin bleu fané, une vareuse rayée ouverte sur son maigre cou de dindon. Sans doute songe-t-il à entrer puis il se ravise, glisse sur la joue noire de la nuit et disparaît en titubant vers les écluses du canal de l'Ourcq.


Dans le café la vie s'engouffre, ça tempête, ça racle les pieds des hauts tabourets et les petites cuillères en métal rebondissent en tintant sur le carrelage dégueulasse. Au bout du comptoir quelqu'un beugle « Nathalie, c'est marée basse, remets-moi la p'tite sœur ! » Des habitués, des âmes bouffies, des faux Rimbaud, des voix rauques et rageuses secouent les lieux qui craquent comme une vieille coquille de noix. En veulent-ils à la vie ou aux hommes en complets d'acier venus dérober, digérer, astiquer les murs de leur quartier ?


Lèvres rouges et cheveux noirs, Beatriz se lève et réclame le silence en frappant fort dans ses mains. Elle écarte les bras à hauteur d'épaules, paumes offertes, respire profondément par le ventre, fait une courte pause et commence à chanter. Son arrière-gorge, sa gorge, sa bouche sculptent la matière sonore qui emplit l'espace d'accords aux contours laqués. Elle est accompagnée par Diego. Le jeune guitariste déplie ses notes comme l'étoffe légère et délicate d'une prairie. La douce complainte parle de peine, de pleurs, d'amour et de souffrance, « Piensa en mi cuando sufras ». Ça sent l'odeur sauvage d'une terre roussie après une pluie d'orage.


Guidées par la musique, deux vieilles tantes s'enlacent et dansent langoureusement dans l'étreinte laineuse de leurs cabans de mer tout neufs. Leurs sourcils épilés, leurs ongles manucurés et leurs manières soignées font ricaner les clients qui se poussent du coude. Ces deux-là habitent au-dessus et ils s'en foutent des rires. Ils sont venus pour Beatriz, ils sont venus écouter sa voix douce et rocailleuse à faire tanguer les corps mordus.


Soudain, comme une bavure au coin des lèvres, un homme à grosse moustache fait irruption dans le bar, l'air remonté comme un coucou suisse. Il brandit une baguette de pain et braille à l'attention du couple manucuré « Espèce de salaud ! Tu me trompes avec un autre ! » On ne sait pas trop lequel des deux est visé, la salle se tord, Beatriz monte d'une octave, et dans un songe Diego triture des bidons d'essence et des allumettes. Il a l'habitude des petites salles de concert, des tentures en velours rouge, des lettres d'or au-dessus des portes. C'était comme ça au café La Palma à Madrid, le silence se faisait sur un seul geste de la main.

L'homme sans gêne traverse la salle à grandes enjambées, suivi de près par une petite mongolienne. Elle semble toute jeune, dix-sept ans à peine. Elle est vêtue d'une jupe plissée écossaise surmontée d'un jupon de tulle rose pâle qui lui fait un cul de cathédrale. Elle crie après le coucou suisse « Papa, papa, papa !… » Et vient se heurter au comptoir, soulagée d'avoir quelque chose à quoi se tenir. Nathalie lui offre un Orangina pendant que papa broie des mains, défonce des omoplates de sa main énorme. Un type glaviote dans sa barbe « Nous on ne craint ni Dieu, ni diable, on est les voyous du 19e ! Allez vas-y Diego, joue, t'es libre dans ta tête ! »


Avec son plus beau sourire, Beatriz demande un peu de calme, d'attention. Elle annonce qu'elle va chanter une berceuse argentine « Cancion pa' mi changuito ». On entend un « Merde, il faut oser. » Elle invite à écouter cette musique universelle, à se laisser porter, à rester sages et respectueux. C'est un chant pour les anges qui ont des rêves, un chant à la lune nichée dans son berceau d'argent.

La mélodie à la fois inconnue et familière fait se tordre les doigts, se serrer les gorges, elle est à l'origine du monde. Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux se remboîtent, les coquillards décoquillettent, peu importe le chemin, tout le monde se tait enfin. Plus aucune cuillère ne tinte, les verres propres s'égouttent sans faire plic-ploc, les cœurs se vrillent comme les jambes d'une danseuse étoile et le rafiot blanc électrique part en voyage vers les écluses du canal.


Il a dans ses flancs des anges qui tombent, des filles aux joues creuses, un guitariste aux mains d'or, des dresseurs de puces, une chanteuse qui fait passer le chapeau dans la cour des miracles.

« Tu vois », crie-t-elle à Diego, « c'était pas si loin Buenos Aires ! »


 
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   socque   
27/1/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une description émouvante, à la fois burlesque et poignante, d'un chant qui parvient un instant à dépasser le trivial de la vie quotidienne... J'ai aimé ce regard sans concession (les "tantes", la mongolienne au "cul de cathédrale"), il manifeste un grand humanisme selon moi. J'ai aimé aussi la synesthésie à l'œuvre dans
"Ça sent l'odeur sauvage d’une terre roussie après une pluie d’orage."
pour parler d'une chanson.

J'aurai un bémol sur le fait que cette anecdote ne fasse pas partie d'une histoire ; à mon sens, elle ne suffit pas à elle seule à me faire décoller vers un ailleurs.

   Coline-Dé   
30/1/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Dès " un samedi soir de bouches têteuses", j'ai été séduite.
Par la langue. par l'ambiance qui nous fait sentir chaque odeur, distinguer les couleurs et surtout : qui fait jaillir de la poésie de ce bistro, somme toute ordinaire... Mais où - si les tables sont de formica - les filles sont "rangées comme des moineaux sur un fil", où les vieux ont un "visage de gravats".
Alors, Beatriz peut bien chanter ce qu'elle veut, les tantes s'engueuler pour de vrai ou pour de faux, j'embarque dans ce bouge qui bouge si bien et j'y commande un grand verre de nostalgie. Pure.
Et je lève mon verre à l'auteur !
Même si la fin me parait moins bonne. ( en particulier les coquillards qui décoquillettent, mfff...)
Je ne mets pas très bien parce que si l'atmosphère est excellente, l'histoire est un peu trop mince, il me manque un petit quelque chose.
Et aussi pour une autre raison, peut-être mauvaise : presque trop de joliesses. Pas vraiment trop, mais... presque.
Et comme j'aurais envie que l'histoire s'étoffe, je crains d'être déçue par une surcharge (mais j'admets volontiers qu'il s'agit là d'un mauvais procès d'intentions, pardon !!!)

   Pimpette   
15/2/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Là, on a vraiment tout pour être un lecteur heureux!
Une écriture rare, originale et belle!
pas un mot de trop!
(pas la grosse écriture bonasse habituelle)

Un climat, des gens,...on les voit....on est avec eux...

Une bonne chute sans cymbales...juste au poil!

Merci
J'aime aussi que ce soit court...dense...tout quoi

   Acratopege   
15/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Oui, c'est une vraie écriture, typée, originale, qui nous plonge sans égards dans cette atmosphère de café populaire. Du naturalisme lyrique, je dirais. Même l'excès de comparaisons et d'adjectifs (à mon goût) passe la rampe sans gâcher le climat. Reste à espérer que nous aurons le plaisir de lire des textes de cette mouture mieux intégrés dans un récit. Ici, j'ai eu l'impression de voir planter magistralement le décor d'une histoire qui n'a pas lieu.

   stony   
15/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une plume alerte, observatrice, posée, concise, poétique, crue juste ce qu'il faut. Il y a de la chair, de la vie, de l'épaisseur, la mise en alerte des sens. Une plume pleine de promesses sans doute capable de m'emmener loin dans le nombre des pages et que je serais ravi de retrouver dans un texte aussi dense et plus développé, dans lequel je pourrais, en tant que lecteur, passer du statut d'observateur à celui d'acteur.

EDIT : après une deuxième lecture, je monte ma note d'un petit cran parce que, quand même, c'est pas tous les jours qu'on a envie de relire un texte déjà lu, et qu'on le trouve encore meilleur la seconde fois. J'aurais pu grimper jusqu'à Exceptionnel+ si je n'avais pas été privé des chapitres suivants.

   Anonyme   
15/2/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Ce matin le cyclone Nan a parcouru mes côtes (je parle de mon squelette). Je ne sais pas si vous êtes réellement contrebandière de Moonfleet ou si vous tenez un bar à eaux (vous savez, ces endroits très sélect où on peut choisir l’eau qu’on va mettre dans son Ricard), mais je vous achète tout ce que vous avez à vendre.
Et puis, on ne me chante pas « Piensa en mi cuando sufras » sans provoquer chez moi un brassage d’émotions. Une danseuse espagnole et un air de guitare : ça va pas, Nan ? Vous jouez avec ma vie, là !

- la robe de la danseuse : « pétales de pivoine dans le vent léger » .
Rarement trouvé autant de poésie dans un poème, alors dans une prose, vous pensez…

- Le vieux qui « glisse sur la joue noire de la nuit et disparaît en titubant vers les écluses du canal de l'Ourcq.» ?
« La joue noire de la nuit ! » Vous avez dû en connaître, des extases ! Magnifique rencontre.

- « des âmes bouffies, des faux Rimbaud, des voix rauques et rageuses ».
Trois mots suffisent à s’imbiber de ce beuglant.

- « C'est un chant pour les anges qui ont des rêves, un chant à la lune nichée dans son berceau d'argent. La mélodie à la fois inconnue et familière fait se tordre les doigts, se serrer les gorges, elle est à l'origine du monde. »
Je ne m’en remets toujours pas.

Bon, j’arrête là. Il y a tant de bijoux dans votre coffre que je me sens comme un petit Monte Cristo. Ma vengeance sera terrible : vous aurez droit à un vrai bar à tapas : oubliez vos olives et autres cacahuètes à décortiquer…

Nan, si un jour vous partez, je vous suis.

Ludi,
emporté par une vague.

   Robot   
15/2/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un lieu que l'on peut voir, des personnages bien campés, une histoire racontée dans la plus agréable ambiance. J'entends les voix, je respire les odeurs d'alcool, je perçois les nuances qui traversent ce cabaret. Une nouvelle certes, mais aussi des élans poétiques.
Je reprends encore une fois une dose de cette mélodie.

   Marguerite   
15/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L’ambiance de ce café de quartier est admirablement installée dès les premières lignes et les très belles phrases se succèdent (dont la première qui m’a interpelée : « Elles matent la chanteuse aux lèvres rouges, elles attendent sagement qu’elles bougent, pétales de pivoine dans le vent léger. »).
Ton écriture imagée transmet des émotions pures, sans critique, sans parti pris.
Ce texte me laisse à la fin de sa lecture un peu plus rêveuse qu’il y a 5 min, avant que je ne le lise. Je pense que c’est son but (?).

   Charivari   
15/2/2014
Un texte très bien écrit, très bien calibré, avec beaucoup d'originalité dans les images choisies, et pourtant, on s'imprègne parfaitement de l'ambiance de ce bouge. Le reproche : le texte donne plus l'impression d'un fragment d'une oeuvre plus longue que d'un véritable récit. Manque quelque chose pour que le lecteur saisisse le but de ce texte. Mais bravo quand même.

   Pepito   
15/2/2014
Bonjour Nan,

Forme : voilà de la pouésié comme j'aime. Pas la peine d'aller se coincer le clavier dans des vers à pieds. Déjà suffisamment dur de faire du beau et du vrai en prose assoNante.

Je vais pas noter les bons points, la moitié (au moins) du texte y passerait.

"un chant à la lune nichée dans son berceau d'argent." jolie formule mais bancale dans le sens.

"à la fois inconnue et familière" ha,ha, un jour je vous expliquerais

"Un type glaviote...dans ta tête" phrase à mon avis en trop ou au moins mal placée

La phrase des "coquillards" et cie, hummmm ouais... bon, faut bien se faire plaisir...

La séparation chant/dialogue de la chanteuse n'est pas assez nette à mon gout.

Fond : pas d'aventues, ni de rebondissements,... juste une ambiance. Mais quelle ambiance ! De l'Almadovar de haut niveau transposé en texte.

Bravo Nan, vous pouvez, sans problème, faire "passer le chapeau dans la cour des miracles."

Pepito

   senglar   
15/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Nan,


Pas de doute, ce café est classe. On a envie de se dire que les tripots sont universels. L'Argentine avec des accents de Fado, je me suis vu au Portugal pour ma part. Curieux pour un boui boui breton !
Il y a de la sorcellerie à certaines heures du soir. Tinte ma bourse dans ce chapeau :)

brabant

   antares77   
16/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le style est extrêmement bien maîtrisé, l'ambiance, les odeurs, les couleurs sont là, si bien mis en mot que l'on est emporté dans ce bar.
Il y a de vrais perles, elles ont déjà été mentionnées, qui offrent au lecteur de vrai moment de poésie absolue, où les mots se font joyaux et leur association de magnifiques rivières de cristal. Merci pour ces quelques bijoux !
Côté négatif, personnellement, je suis déçu qu'il n'y ait pas une histoire qui vienne rompre et secouer cet équilibre si bien décrit, et bien plus que le moustachu cocufié. Je pense que cette idée aurait pu débouché sur une nouvelle plus longue, qui nous aurait emportés en Argentine, à Madrid, à Porto ou à Rio, dans ses parcours que l'on imagine improbables, qui échouent ici, ce soir, dans ce bar hétéroclite (sic !). L'auteur en a très largement les moyens.
C'est juste un appel volontairement mal masqué à une suite ! Une autre ! Une autre !
A vous lire !

   widjet   
16/2/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je retiens surtout l’écriture, imagée et l’ambiance globalement bien rendue. Dommage que tout ceci ne soit pas au service d’une histoire. Ok, c’est un instantanée de vue, un moment d’existence, mais là pour le coup, j’ai un sentiment de trop peu.

Il y a trois filles au corps mince glissé dans des pulls « Isabel Marant ».
Pou ma part, j’aurai aimé un pluriel à « glissé » pour faire référence aux filles et non au corps.

Je n’ai pas compris cette phrase où à quoi il était fait référence.
En veulent-ils à la vie ou aux hommes en complets d'acier venus dérober, digérer, astiquer les murs de leur quartier ?

Plaisant, mais trop chiche en dépit d’un style agréable, même si dans dix minutes, il ne m'en restera pas grand chose.

W

   Marite   
16/2/2014
C'est certain, cette nouvelle est très bien écrite mais ... où se trouve ce petit quelque chose qui transparaît dès le début et tient en haleine jusqu'au dernier mot ?
Pour ma part, si j'ai parfaitement visualisé la scène et les personnages, je termine avec deux d'entre eux qui m'encombrent :

- Le vieux aux iris laiteux qui " plaque son visage de gravats sur la vitre encombrée d'affiches. Derrière la buée formée par sa bouche entrouverte, il se demande bien ce qui se trame là-dedans."

- " ... un homme à grosse moustache fait irruption dans le bar, l'air remonté comme un coucou suisse. Il brandit une baguette de pain et braille à l'attention du couple manucuré ..."

Je m'interroge donc ... fallait-il être Nan pour voir ce texte ainsi publié ? Plusieurs commentateurs ont fait la remarque qu'il semblait n'être qu'une partie d'un quelque chose de plus important. Est-ce seulement une sorte de "test" pour avoir une idée de la qualité de l'écriture ?

   Bidis   
16/2/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
On y est, dans ce café, et on y reste encore après la dernière ligne du dernier paragraphe. On y reste longtemps... Et l'histoire continue à s'écrire toute seule, ce qui est une grande qualité pour un texte.
Je n'ai pas compris le « Espèce de salaud ! Tu me trompes avec un autre ! ». Je me serais tordue avec le reste de la salle s'il n'y avait cet "On ne sait pas trop lequel des deux est visé" qui semble remettre cette apostrophe au premier degré. Donc, là je n'ai plus bien compris. Qu'importe ! Quand, étant jeune, j'allais dans les cafés (moins "pittoresques" que celui-ci), je ne comprenais pas non plus tout ce qui s'y passait et ce qui s'y disait; donc, mon impression d'ensemble n'en a pas été amoindrie.
Et je lis pour avoir des impressions vivantes que ma terne de vie ne me donne plus. C'est le pourquoi de mon évaluation.

   jaimme   
16/2/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Buenos Aires est dans les yeux de ceux qui veulent la voir. L'absence d'histoire ne me gêne pas vraiment: une ambiance peut être une histoire. Un tableau. Non, ce que j'aurais plus encore apprécié ce sont des mini-histoires, celles de ces personnages qu'on devine hauts en couleurs mais qui sont à peine effleurés (2000k de plus, à peine). Faut-il être homo et faire un scandale, traîner une gamine trisomique ("mongolienne" j'aime pas), pour mériter d'être dans ce tableau. Là j'y ai trouvé de la facilité (Diego libre dans sa tête aussi). Oui, ce qui m'a gêné c'est le contraste entre de très belles expressions et un tableau tracé avec un fusain rouge trop épais. Au milieu du chant divin.
Ce qui fait à mon avis un tableau humain, ce sont les humains, avant tout.
Beau territoire, merci!

   misumena   
20/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour, Nan,

Je commente tardivement, sans avoir lu sur le forum la discussion consacrée à votre texte. Pardonnez-moi donc s'il y a, dans mes propos, de la redite.

Belle ambiance pour ce texte : j'ai été embarquée dans ce bistrot hors du temps. L'histoire est mince, mais cela ne m'a pas gênée, car j'ai imaginé l'auteur de ce texte assis à une table, en retrait, avec son carnet en moleskine un peu moisi et le bic déniché en urgence au fond de son sac (car pour moi, l'auteur est une femme, mais ç'aurait pu être Pedro Almodovar décidé à écrire un rôle pour sa nouvelle Marisa Paredes), qui gratte ce qu'elle voit et entend pour ne rien oublier et écrire un jour ce qu'elle a vu ce soir. Elle aurait pu étoffer un peu, mais finalement ça lui a tellement plu, cette soirée dans le bistrot, qu'elle a décidé de rédiger son texte dans la foulée, dans la semaine qui a suivi, et pis tiens, de le poster sur Oniris, tant qu'on y est.

En ce qui concerne la forme, je rejoins les commentateurs précédents : c'est globalement très classe, mais me permets de vous indiquer ce qui m'a gênée (ou plutôt énervée, parce que quand je lis quelque chose qui me plaît, ce que je considère comme des maladresses m'énerve).
- des pulls "Isabel Marant" : les guillemets sont en trop. Le fait de mettre ainsi en évidence la marque donne un côté "je suis une modeuse avertie" un peu trop ostentatoire. On peut faire plus fin.
- "Derrière la buée formée par sa bouche (...)" : la tournure passive est lourde et la phrase dans son ensemble assez bancale.
- "maigre cou de dindon" : l'adjectif est inutile.
- "Son arrière-gorge, sa gorge, sa bouche sculptent la matière sonore qui emplit l'espace d'accords aux contours laqués" : bravo pour les contours laqués, c'est superbe. Mais les notes anatomiques ne sont pas nécessaires. En outre, elles sont vagues. Ça ne suffit pas, d'écrire "elle sculpte une matière sonore (...)" ?
- "l'air remonté comme un coucou suisse" : moui, la comparaison se pose là. Après les joliesses des accords laqués, ça fait retomber le soufflet.
- mêmes réticences que jaimme pour le terme "mongolienne".

Ce doit être tout. Merci pour le joli moment de lecture.

Misumena

   AntoineJ   
23/2/2014
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé mais pas adoré.
Si je trouve que l'on ressent bien le lieu, je n'aimerais pas y être et comme certains, des personnages me choquent ... un peu trop de distance / recul / mépris ?
Le style est presque parfait et l'instant rendu avec plaisir.
J'aurais aimé en savoir plus sur le avant / pendant / après.

   dowvid   
26/2/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime bien. Beaucoup parce que ça se limite à des sensations, des odeurs, des sentiments. C'est ce que je recherche avant tout dans un texte. Parce que les histoires, les actions, on en revient toujours aux mêmes choses, aux mêmes conclusions. Tandis que les sentiments, faut les vivre pour les apprécier.
Et cet atmosphère me rappelle un peu ma jeunesse, les bars enfumés bourrés de toutes sortes de monde, avec les musicos qu'on s'esquintait à se faire entendre parfois, et parfois la magie, tout le monde arrêtait, et on nous écoutait.
Et le style est bien contrôlé, je pense.
Je ne vais pas plus loin, moi, les analyses, pas mon fort. J'aime ou j'aime pas. Cool !

   carbona   
15/12/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour, je n'ai pas tellement accroché à ce récit qui se résume davantage à un tableau qu'à une histoire. Et j'ai été déçue de ne pas voir la suite de la rixe. Mais l'ambiance du bar est bien retranscrite avec la chanteuse qui tente de calmer l'ambiance en modulant sa voix et modifiant son répertoire.

Une remarque dans l'écriture : la répétition du mot main "pendant que papa broie des mains, défonce des omoplates de sa main énorme. "

Merci.


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