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Aventure/Epopée
Neojamin : Busula
 Publié le 24/04/15  -  15 commentaires  -  12106 caractères  -  94 lectures    Autres textes du même auteur

Instinct nomade.


Busula


Chargé d'éternité, le vent du désert s'engouffrait en force dans les ruelles sombres d'El Aaiun, faisant claquer les volets, vibrer les toiles et grincer les portails. Les nuages, chassés vers la mer, découvraient un ciel sans Lune et parsemé d'étoiles. Quelques ombres disparaissaient dans les demeures et seuls les chiens erraient, au hasard, guidés par les effluves de viandes faisandées.

Busula déambulait lui aussi, sans but, laissant traîner sa main sur les murs de terre séchée, humant ce parfum rance qui ne lui paraissait plus si désagréable en cet instant. Il avait les yeux fermés pour mieux ressentir l'haleine chaude et éternelle du Sahara.

Suivant les sifflements du vent, il se laissa entraîner jusqu'à la sortie de la ville. Il grimpa sur un monticule de terre situé de l'autre côté de la route et porta son regard sur l'immensité. Les dunes dansaient dans l'obscurité et quelques ombres semblaient glisser à sa surface. Busula demeura ainsi un long moment, perdu entre le rêve et la réalité.


Ses ancêtres avaient foulé ce sable il y a des milliers d'années. Ils étaient venus à dos de chameau ou à pieds, emmitouflés dans leurs grands draps bleus, les yeux brûlés par le soleil. Cette horde d'hommes, de femmes et d'enfants avait bravé le désert, cheminant sur des sentiers invisibles. Busula s'imagina ces voyageurs d'un autre temps découvrant El Aaiun, une nuit. Ils avaient atteint le bout de leur monde après avoir traversé l'éternité sablonneuse. Ils se retrouvaient devant la mer, face aux vagues bruyantes qui s'écrasaient en fracas sur les roches. Et déjà, le silence du désert leur manquait. Parce que ces gens-là ne s'arrêtaient jamais, ils repartirent. Seuls quelques-uns restèrent, les ancêtres de Busula, ceux qui étaient un peu plus fatigués que les autres, les vieillards et les veuves enceintes, ceux et celles qui voyaient dans l'océan l'espoir d'une vie meilleure.

Aujourd'hui, leurs descendants, les pêcheurs de la côte, revenaient avec de moins en moins de poissons. De grands chalutiers venus d'ailleurs sillonnaient au large des côtes. Ils épuisaient l'océan avec leurs longs filets, ne laissant derrière eux que quelques bancs de sardines. Le soir, les pêcheurs scrutaient l'horizon, et quand ils apercevaient les lumières danser sur les vagues, ils savaient que la pêche serait ingrate. Le père de Busula rentrait alors, la mine sombre. Ses enfants prenaient le bendir et les tebilats et chantaient pour conjurer la mauvaise fortune. Dans la nuit, les tambours résonnaient et la mélancolie des chants du désert rejoignait les étoiles.

Busula allait avoir dix-sept ans, il était temps pour lui de partir. Son père avait choisi pour lui et, pour le consoler, lui avait dit ces douces paroles :


– Mon fils, tu pars sur les traces de tes ancêtres ! Ceux qui ne se sont jamais arrêtés !

– Ce n'est pas pareil Papa...

– Je sais, mais c'est ton destin, et nos ancêtres ne luttaient jamais contre leur destin.


Busula ne parvenait pas à faire le lien entre cette providence divine qui avait animé ses ancêtres et son devoir d'aîné, l'obligation imposée de partir pour la France pour aider la famille. Non, il ne partait pas sur les traces de ses ancêtres. Lui, il connaissait son avenir. Il avait lu les magazines, vu les images à la télévision. La France, la sécurité sociale et les voitures neuves qui circulaient dans les rues, les centres commerciaux, le progrès... Il savait, mais il ne disait rien. Son père avait décidé et il partirait le lendemain, sans horde, sans caravane, seul.


Après s'être enivré une dernière fois des effluves du désert, Busula retourna chez lui. Il s'allongea à côté de son petit frère qui dormait profondément. Il avait laissé la fenêtre ouverte pour que les mugissements du vent bercent son sommeil. Il ne ferma cependant pas l'œil de la nuit et se contenta d'écouter la musique du désert qui résonnait dans la chambre. À l'aube, il prit son sac, embrassa son frère et ses deux sœurs, et jeta un dernier regard par la fenêtre. Le vent défaisait et refaisait les dunes en silence. Busula sortit sans bruit, chemina jusqu'à l'extrémité nord de la ville et se posta sous la porte de pierre rouge qui souhaitait la bienvenue aux voyageurs de la transsaharienne.

Une première voiture passa, pleine à craquer. Busula leva la main pour saluer les passagers comprimés à l'intérieur. Connaissant le taux de fréquentation de cette route, il se demanda s'il venait de manquer sa plus belle chance de partir quand un deuxième véhicule venait déjà. Busula tendit le bras et la voiture s'arrêta. Le chauffeur, un vieil homme au sourire éternel lui demanda :


– Tu vas où comme ça ?

– Au nord, répondit Busula.


Un silence suivit et le chauffeur l'invita d'un geste à monter. Le vieillard ne lui posa pas d'autres questions. C'était inutile, il en avait vu d'autres, des jeunes comme celui-là. Il savait où ils allaient, pourquoi ils y allaient et il pouvait même prédire leur avenir. Busula respecta ce choix et laissa ses pensées se perdre par la fenêtre. Les dunes laissèrent peu à peu place à une terre aride et rouge. Au loin, le Haut Atlas fendait l'horizon, ses montagnes nues, escarpées, s'évanouissaient dans une brume légère.

Pendant une bonne dizaine de jours, Busula arpenta son pays en auto-stop et en silence. Peu d'étrangers lui adressaient la parole, tous savaient où il allait et personne ne souhaitait en savoir plus. Ils guettaient son arrivée, lui donnaient à manger sans dire un mot et lui ouvraient les portes de leurs demeures. Il était comme une sorte de pèlerin et Busula respectait le mutisme qui l'accompagnait partout où il allait.

À Tanger, il fut accueilli par un cousin qui travaillait comme commis dans un hôtel de la côte. Le premier soir, il l'emmena sur le toit. Face à eux, la mer grondait et s'écrasait violemment contre la jetée. Au loin, de l'autre côté de l'étendue obscure, quelques lumières scintillaient.


– L'Europe, lâcha son cousin, à quatorze kilomètres. Tu pourrais presque y aller en nageant !


Busula se retourna, chercha l'odeur du désert portée par le vent, en vain. La ville s'étendait jusqu'à perte de vue, recouvrant les collines de ses lumières.

Le soir suivant il alla à la place du 9 avril 1947. Il attendait sur un banc quand quatre Sénégalais vinrent l'aborder :


– C'est toi qui organises les passages pour la France ? lui demanda l'un d'eux.

– Non, j'attends moi aussi.

– Ça fait longtemps ?

– Je suis arrivé hier...

– Hé, bonne chance alors, dit l'un d'eux et ils éclatèrent de rire !


Busula demeura de marbre et la dureté de son expression calma les ardeurs des Sénégalais.


– Ce n'est pas méchant mon ami, nous, ça fait deux mois que nous attendons, c'est pour ça que nous rions ! reprit le plus grand.


Busula se détendit et leur demanda :


– Vous êtes d'où ?

– Sénégal, Bamako ! On va en France.

– Pour faire quoi ?

– On va ouvrir un atelier de mécanique. C'est ce qu'on faisait à Bamako, on est frères. On l'appellera Chez les frères Bamadi.


Les yeux pleins de rêves, le Sénégalais lui parla de leur projet, de comment ils avaient longé la côte pour arriver jusque-là, et de leur cousin qui les attendait à la frontière espagnole.

Chaque soir, Busula retournait sur la place et il y retrouvait les Sénégalais et bien d'autres encore. Cette place était un véritable carrefour de l'Afrique. Togolais, Congolais, Mauritaniens et d'autres Marocains y venaient et guettaient, eux aussi, la venue d'un passeur.


Un soir, Busula fit l'impasse sur son rendez-vous quotidien et préféra déambuler de son pas nostalgique dans les rues sombres de la médina. Il se rappelait sa dernière nuit à El Aaiun et il cherchait, dans ce labyrinthe de pierre, le souffle du désert. Au détour d'une rue, sur une petite place, il hésita un instant entre deux rues et fut interpellé par un Européen. Un jeune homme de petite taille lui faisait signe de la main. Ses cheveux châtains semblaient d'or sous la lumière du réverbère. Il était armé d'un sac à dos et fumait une cigarette


– Salut ! Tu es perdu ? demanda l'inconnu en s'approchant de Busula.

– Pas vraiment, répondit-il nonchalamment, je me balade.

– Ah ! Moi aussi ! Je viens d'arriver au Maroc. C'est trop bien, je kiffe. Tu viens d'où toi ?

– El Aaiun.

– Elayune ? C'est où ?

– Au sud, dans le désert.

– Non ? Génial ! s'esclaffa l'Européen. C'est là que je vais. Je veux vivre dans le désert ! Raconte-moi, c'est comment là-bas ?


Busula hésita puis, sans trop savoir pourquoi, il lui raconta le désert, les dunes qui s'évanouissent pendant les jours de tempêtes, le souffle chaud qui caresse la peau le soir, l'immensité de rien qui fourmille de vie invisible, le réconfort porté par les vents qui naissent dans l'horizon lointain. Rafael écoutait avec attention, suspendu aux lèvres sèches de Busula.


– Et toi, lui demanda-t-il à son tour, tu viens d'Europe non ? C'est comment l'Europe ?

– L'Europe ? Il n'y a rien à dire, les pays sont beaux, mais c'est la merde, la crise... Les gens se perdent dans leurs considérations matérielles et en oublient l'essentiel. Franchement, y a rien à faire là-bas.


Busula le regardait droit dans les yeux.


– Tu cherches quand même pas à y aller ?

– Ben si, il faut aider la famille.

– Tu crains là, faut pas y aller, c'est mieux dans le désert, la nature... Tu vas perdre tout ça en Europe.

– Oui mais la pêche est mauvaise, on a besoin d'argent...


Ils passèrent plusieurs jours ensemble à débattre, à la croisée de leur vie, chacun à la recherche de l'autre, cherchant dans leurs regards les paysages qui leur manquaient à chacun. Un dialogue de sourds entre deux âmes en quête de réponses. Puis, un jour, ils se séparèrent. Rafael partait pour Ouarzazate pour trouver un guide. Busula avait déniché un passeur.


Un soir, après un dernier regard vers le sud, une dernière inspiration à la recherche des vents du désert, il descendit vers la plage et longea les eaux sombres jusqu'à atteindre une petite jetée de pierre. Un groupe d'hommes attendait. Busula chercha les Sénégalais ou d'autres visages familiers en vain. Il faisait trop nuit, et déjà, une barque montée de deux moteurs arrivait.

Une quinzaine d'hommes monta à bord. Un homme dont le visage était voilé leur dit de s'accroupir et de s'enlacer les uns aux autres. Ils iraient vite et il fallait bien se tenir. Busula passa son bras sous le bras d'un autre et se laissa enlacer de l'autre côté. Il leva les yeux vers cette nuit sans étoiles et sans Lune. Deux hommes poussèrent la barque, le conducteur mit les moteurs en marche et au bout de quelques minutes à peine, ils furent tous enveloppés par l'obscurité, avec pour seul repère, le ronronnement des moteurs.

La traversée dura moins d'une heure pendant laquelle Busula se pelotonna contre ses compagnons d'infortune, les yeux clos sur sa misère. La barque se planta soudainement dans un banc de sable et le conducteur cria en français :


– Courez maintenant ! Sauvez-vous et cachez-vous !


La masse s'ébranla brusquement, les hommes se détachèrent et sautèrent à l'eau en vitesse. Busula les regarda détaler, comme des ombres sans visages, vers cet avenir incertain. Il connaissait les consignes. Se cacher le plus longtemps possible et se faire recueillir dans un centre d'immigrés. Sans passeport, les autorités n'avaient pas le droit de les renvoyer. Il descendit à son tour, pataugea jusqu'à la plage et se figea. Au loin, au bout de la plage, deux lumières vibraient dans la nuit.


– Grouille-toi, la patrouille arrive ! cria une voix derrière lui.


Busula ne répondit pas. Il entendit les moteurs se remettre en marche. Il se retourna et demeura ainsi, immobile, les pieds dans l'eau, le regard perdu vers ce continent qu'il venait d'abandonner. Bientôt, il ne discerna plus rien de la barque qui les avait déposés. Il sentit la caresse d'un faisceau lumineux sur sa joue, le murmure de quelques voix parvenait à son oreille. Il ferma les yeux et chercha dans la brume de ses souvenirs cet air chaud qui réconforte, ce vent qui naît du désert et qui lui avait toujours rappelé qui il était.


 
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   Asrya   
2/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
"découvraient un ciel sans lune et parsemé d'étoiles" --> le "et" n'est pas nécessaire, il alourdit la phrase.

"Quelques ombres ... et seuls les chiens erraient..." --> de la même manière, le "et" allonge la phrase et pourrait être élidé (pour un gain de rythme).

Sur la forme, un certain nombre de phrases ont accidenté ma lecture. Un style d'écriture que je n'affectionne pas particulièrement ; beaucoup de "et", de phrases longues, des ponctuations plus ou moins hasardeuses. C'est surtout le nombre de "et" et le manque de phrases courtes (plus incisives, plus rythmées) qui m'ont dérangé.
Après, cela ne m'a pas empêché de terminer ma lecture ; votre nouvelle reste appréciable à lire.

Le fond m'a davantage séduit même si j'aurais adoré qu'il soit traité avec plus de profondeur. Vous nous offrez un certain recul sur les différences de culture entre Europe et Afrique ; j'aurais apprécié que ce recul soit davantage exprimé.
Ce qui me plaît le plus dans cet écrit, ce sont les petites touches "poétiques" que vous nous livrez. Des touches poétiques qui ne sont pas liées à des sonorités récurrentes, des choix de mots précis, mais à des phrases entières qui dessinent des images assez expressives ; pas mal.

La fin est satisfaisante ; plus que le développement pour moi en tout cas, de quoi rehausser mon jugement.

Merci beaucoup pour cette lecture,
Ce "voyage" entre rives de la Méditerranée,
Au plaisir de vous lire,

Asrya.

   Anonyme   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,
Belle nouvelle, très réussie. Un voyage réaliste, relaté d'une écriture légère, sobre, tout en retenue, sans effet de style tape à l'oeil, un récit très émouvant néanmoins.
L'authenticité des lieux, des paysages, des personnages est si bien rendue qu'on en ressent de l'amour profond pour ce désert.
Ce choc simple de deux continents, de deux natures étrangères l'une à l'autre, bien que de la même race, deux étrangers qui se rencontrent et qui se racontent un instant sans vraiment se comprendre.
L'eldorado européen, la misère africaine, la fuite des civilisations l'une vers l'autre, un mélange difficile, improbable peut-être, des rêves, toujours des rêves...
L'esprit nomade est fait de rêves, d'espoirs éternels, d'une illusion perpétuelle, cruelle.
Merci d'avoir si bien rendu cela.
De grands bravos à vous pour ce texte poignant.
A vous relire.

   Anonyme   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Je m'en vais commenter ce texte à la manière de Néojamin.
D'abord, si les chiens erraient c'est forcément au hasard sauf que, pas tant que ça, puisqu'ils sont surtout guidés par les effluves de viandes faisandées.
Pourquoi un "L" à "lune" au fait ?
Ses ancêtres avaient foulé ce sable... il y avait des milliers d'années, non ?
"À pied" est invariable.
Busula allait avoir dix-sept ans, il était temps pour lui de partir. Son père avait choisi pour lui et, pour le consoler, lui avait dit ces douces paroles : il y a beaucoup de "lui", non ?
Les jours de tempête.
C'est un peu surprenant ce passage des paroles du père à l'évocation de la sécurité sociale. Disons que c'est brutal.
Comment un Européen fraîchement arrivé peut-il se rendre compte qu'un Marocain est perdu ? Bon mais je chipote.
Sinon, je n'ai pas été transportée par cette histoire. trop de lieux communs à mon avis et une réalité par trop enjolivée. Quant à la fin, elle manque de surprise.
Et vous passez à côté du vrai problème des Sahraouis qui va bien au-delà d'une histoire de chalutiers étrangers.

   Anonyme   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

j’ai bien aimé votre nouvelle, peut-être un peu courte. Le style est agréable pour moi. J’ai particulièrement aimé votre description du lien intime entre Busala et son pays natal.

Il y a longtemps, en passant la frontière espagnole à pied, j’avais rencontré un jeune marocain qui voulait se rendre à Paris, muni d’une carte d’étudiant un peu douteuse en guise de passeport. Moi, je me baladais seulement au hasard.
Nous avons passé quelques jours ensemble en Espagne, et puis nous avons tenté de passer la frontière ensemble, mais il s’est fait refouler par les douaniers.
Il venait de Casablanca, je ne l’ai jamais revu.

À vous relire.

C.

   RB   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé cette ambiance et ce style qui ont fait venir dans mon esprit des images de ces lieux que j'ai fréquentés pas trop loin de là... Cette chaleur du vent qui ne rafraîchit pas, les regards qui se perdent dans les dunes et plongent dans la rêverie...

Il y a une petite erreur géographique : Bamako est la capitale du Mali.

Par rapport aux autres commentaires je me suis permis de passer votre texte au répétoscope, juste pour information.
Hit-Parade de votre vocabulaire :
[7] Busula
[5] ancêtres
[4] désert
[4] Quelques
[3] jamais
[2] mer
[2] nuit
[2] vagues
[2] enfants
[2] temps
[2] pêcheurs
[2] père
[2] vent
[2] Aaiun
[2] océan
[2] éternité (mais deux fois "éternel(s)" également
[2] laissant
[2] côté
[2] yeux
[2] terre
[2] étoiles
[2] venus
[2] grands
[2] seuls

   bigornette   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une bien jolie nouvelle. Un peu trop jolie peut-être ? Je fais écho au commentaire de mbh. J'ajoute que les répétitions ne sont pas ennemies de l'écriture, du moment qu'on sait les utiliser. Cf. un des cadors de la littérature contemporaine : James Ellroy. Encore merci.

   Automnale   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
En préambule, je voudrais dire que, pour rien au monde (ou presque !), je ne manquerais la dernière publication de Neojamin. J'apprécie ses invitations au voyage, son imaginaire... Fascinée par les déserts, les peuples nomades, cette escapade avait, d'emblée, tout pour me plaire.

Suivons donc le vent s'engouffrant dans les ruelles sombres d'El Aaiun... Et marchons sur les pas de Busula, jeune homme de dix-sept ans.

J'ai aimé connaître l'histoire de ses ancêtres (ceux de Busula) venus à dos de chameau ou à pied, emmitouflés dans leurs grands draps bleus.. Au passage, je me suis posée la question : pourquoi les femmes enceintes étaient-elles souvent veuves ?!... Dès l'arrêt du véhicule du vieil homme au sourire éternel, j'ai suivi avec grand intérêt le périple jusqu'à Tanger.

Cependant, je suis un peu restée sur ma faim... J'aurais voulu en savoir un peu plus sur la vie, à El Aaiun, de Busula... Nous savons juste qu'il est l'aîné d'une fratrie de quatre enfants, qu'il a lu des magazines, vu des images à la télévision, qu'il joue du bendir, tape sur des tebilats, et, surtout, qu'il est follement épris du désert. Mais à part cela ? Je pense que l'auteur, à l'occasion de la rencontre avec Rafael par exemple, pourrait nous en dire davantage sur Busula, ses rêves, ses amours ou ses passions...

Je n'ai pu m'empêcher d'ajuster mes lunettes pour pinailler un peu :
- De grands chalutiers sillonnaient au large... N'y aurait-il pas un verbe de marine plus approprié ?
- Le verbe "guetter" est-il juste ? (les étrangers guettaient son arrivée). Si nous guettons, n'est-ce pas parce que nous pressentons que quelqu'un (ou quelque chose) va arriver ? Or, qui pouvait deviner la venue de Busula ?
- "Il alla à la place du 9 avril 1947"... Sur la place, peut-être... Ou "Il se dirigea vers la place"...
- Bamako est la capitale du Mali.
- La phrase "Ils passèrent plusieurs jours ensemble..." aurait besoin, à mon sens, d'un petit nettoyage de printemps !
- Une barque montée... Et, juste en-dessous, "une quinzaine d'hommes monta".

En conclusion, cette nouvelle fort bien écrite, de façon poétique, a le mérite de faire vagabonder le lecteur. J'ai beaucoup aimé ce voyage... Et mon sac est déjà prêt, Benjamin, pour continuer mon chemin de lecture en votre compagnie. Alors, à bientôt ! Et grand merci.

   Shepard   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Salut Neojamin !

Une histoire de voyage à sens unique (ou pas tant que ça). Je dirais que ça illustre surtout le proverbe 'l'herbe est toujours plus verte ailleurs'.

J'ai eu du mal avec le style général, qui pourrait être allégé, d'autres on déjà donné quelques exemples, je vais en rajouter quelques uns...

"Il attendait sur un banc quand quatre Sénégalais vinrent l'aborder :

– C'est toi qui organises les passages pour la France ? lui demanda l'un d'eux."

Le "lui demanda l'un d'eux" n'apporte rien à la compréhension, ni à l'histoire à mon avis, et rajoute une incise inutile.

Juste après :

"Busula demeura de marbre et la dureté de son expression calma les ardeurs des Sénégalais.

– Ce n'est pas méchant mon ami, nous, ça fait deux mois que nous attendons, c'est pour ça que nous rions ! reprit le plus grand.

Busula se détendit et leur demanda :

Répétition du nom, ce n'est pas facile à éviter, mais dans le contexte, le pronom 'il' était compréhensible grâce au 'leur', ce qui sous-entend que c'est lui qui parle au groupe.

(Remarque au passage, si RB a compté Busula 7 fois, je l'ai compté 30 fois, ce qui est un peu beaucoup sur un texte court je trouve).

En dehors de répétitions un peu désagréables pour ma lecture, une image m'a paru bizarre : "Busula les regarda détaler, comme des ombres sans visages" -> Les ombres, par définition, n'ont pas de visage.

Finalement, l'écriture m'a gêné pour apprécier ce voyage, cela m'a fait décrocher plusieurs fois. Cependant, comme le récit n'en fait pas trop (ce qui est de bon ton par rapport au fond de l'histoire), je suis allé jusqu'au bout. La scène de l'européen m'a paru un peu surréaliste, je pense qu'il aurait l'air bien plus paumé que l'inverse...

La fin était entendue, mais ce genre d'histoire ne peut pas vraiment finir autrement (en si peu de caractères) donc ça ne m'a pas dérangé.

Avec un style plus fluide, j'aurais pu m’immerger totalement dans votre histoire, là je n'ai malheureusement pas réussi (et pourtant, j'aime les grandes aventures =))

   widjet   
24/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Coïncidence, cette histoire trouve un écho dans une actualité récente. Je suis d'accord sur la forme, il y a moyen d'épurer davantage, d'alléger un peu (sans ôter l'exotisme et la poésie qui est un des atouts du récit), peut-être de trouver des formules un peu moins convenues ou plus imagées ("Busula demeura ainsi un long moment, perdu entre le rêve et la réalité", "Le vent défaisait et refaisait les dunes" ...), l'auteur, je pense, saurait faire, ce texte le démontre par instants ("Busula se pelotonna contre ses compagnons d'infortune, les yeux clos sur sa misère"). Attention également aux répétitions (effluves).

Pourquoi le majuscule à "lune" ?

Je pense aussi que la scène dialogue avec l'européen pourrait être meilleure. Il est doublement important :
1) c'est presque le seul
2) mais surtout, le message majeur du texte peut se résumer dans ce dialogue, sur le fait que "la chance, on croit toujours que c'est ce qu'on a pas". Je pense que tu peux faire passer le message de façon moins frontale, plus subtile (mais je peux me tromper)

Toujours au sujet du dialogue, je comprends le fait de souligner la différence de culture (via le langage), mais dans le vocable, c'est trop marqué ("je kiffe" évitable).

Mais, ce texte est globalement soigné, bien senti aussi, coloré et jamais ennuyeux ; l'auteur ayant pris le temps de décrire et visualiser certaines scènes (l'entrée en matière est simple, mais plutôt réussie, je trouve et aide à l'immersion du lecteur). L'auteur évite habilement de tomber dans le sentimentalisme bon marché (on ne s'attarde pas sur la pauvreté de la famille), mais il manque à mon sens un petit quelque chose pour faire vibrer le palpitant (le mien en tout cas)

La fin est plutôt pas mal car suggérée, légère. Un poil expédiée quand même.

Au final, dans un genre dont je ne suis à priori pas adepte, j'ai passé un moment agréable.

   Neojamin   
25/4/2015

   Lulu   
25/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Les trois premiers paragraphes nous transposent merveilleusement dans le désert. On se prend à rêver soi-même pour se perdre "entre rêve et réalité". L'accroche est donc superbe.

La suite est un enchantement, en ce qui me concerne, tant j'ai aimé la narration. Je me suis laissée guidée par vos mots contre lesquels je n'ai pas de remarques particulières à faire.

J'ai juste été étonnée du premier dialogue que j'ai trouvé un peu maladroit. Peut-être est-ce lié aux sous-entendus qu'ils comportent et que l'on ne comprend pas d'emblée...

Sinon, c'est parfait. L'histoire tient la route. J'ai aimé l'échange entre l'européen et Busula, leur rencontre et leurs divergences. C'est le nord et le sud qui parlent au niveau de l'essentiel, même si vous dites, au travers de votre narration, qu'il s'agit d'un dialogue de sourd.

Si le début m'a fait rêver au point de vouloir aller dans le Sahara, vous m'avez vite ramenée vers la réalité de tous ces gens qui espèrent, dans le Sud, gagner l'Europe pour simplement trouver une vie meilleure et aider leur famille.

Ce que j'aime aussi, c'est que vous ne prenez pas partie. Vous restez neutre. Or, cela est important dans une telle narration qui implique de vraies complexités. Tout n'est pas simple et vous le savez.

Sortir de votre neutralité eut été un piège, il me semble. Vous racontez l'histoire de Busula, et c'est là l'essentiel. Derrière le migrant de dix-sept ans, il y a un personnage tout imprégné du désert qu'il a quitté avec tout ce qui l'a fait devenir jeune homme, soit sa culture.

Je lirai avec plaisir vos autres nouvelles.

   Sylvaine   
27/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
La grande qualité du texte réside dans l'atmosphère; j'ai aimé particulièrement l'évocation du désert, de ses paysages, du passé ancestral du héros. J'aime moins le sujet lui-même de la nouvelle, que je trouve banal, au même titre que la chute. Mais le récit se déroule sans accroc et soutient l'intérêt. L'écriture est dans l'ensemble d'une bonne tenue, mise à part une maladresse qui tranche désagréablement avec le reste : " il lui parla (...) de comment ils avaient longé la côte" Quelle horreur, cette interrogative indirecte complément de "parler de" ! C'est ce qu'on trouve de pire dans le style journalistique bas de gamme. L'ensemble de votre texte montre que vous valez beaucoup mieux que ça.

   Donaldo75   
28/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Voilà un thème d'actualité en Europe !

Dans ce texte, il apparait plutôt comme un élément de contexte. D'ailleurs, je me suis demandé quel était le thème réel tellement la narration n'affichait pas de convictions. En fait, c'est ce qui ressort de ma lecture: le style est descriptif, presque contemplatif, avec des images et des ouvertures vers une forme poétique.

A ce titre, les dialogues sont pauvres, presque ineptes, comparés aux descriptions ou à la narration indirecte. C'est quand les personnages se parlent que l'histoire parait vraiment artificielle (je fais grâce de Bamako au Sénégal, comble de l'artifice). En fait, il aurait mieux valu un dialogue intérieur, un langage corporel qu'interpréterait le narrateur pour transcrire la dimension dramatique de cette histoire. Mais ce n'est qu'un avis de lecteur, loin de moi l'idée de dénaturer le style de l'auteur.

En synthèse, ce qui aurait pu donner lieu à de la profondeur n'apparait que furtivement, comme effleuré, parce que la narration ne choisit pas un angle de vue autre que la contemplation ou l'observation bienveillante. Du coup, c'est un joli polaroid, pas un photo-reportage.

Merci de la lecture.
A une prochaine fois peut-être, pour un texte plus profond sur un sujet tout autant dramatique.

   Alice   
1/5/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'avais lu cette nouvelle à sa sortie, je la relis à présent avec le même plaisir.
J'ai pu faire un tour du côté du forum, et je suis un peu d'accord, sur un point du moins, avec mbh : il aurait été agréable que vous vous branchiez un peu plus entre conte et histoire contemporaine. Votre style est polyvalent, et vous aurait permis de bien rendre l'un ou l'autre de ces genres.
Mais j'aime la voix de l'histoire, le souffle du désert. Je ne sais pas où vous avez vécu, où vous avez voyagé, mais il y a un imaginaire dans vos nouvelles qui surpasse les limites géographiques. Ça m'a donné envie, timide voyageuse que je suis, d'aller voir le Sahara de mes yeux.
Comme on ne se refait pas, ce sont les parties plus poétiques qui m'ont le plus plu : la fin, où enfin la "trahison" prend fin et où les racines sont bien exprimées, les descriptions de l'air, de ce qu'il suggère.
Le passage de l'Européen m'a laissée perplexe, je trouve qu'il aurait pu être un peu plus développé en suivant mieux l'esprit du texte, ou carrément occulté : en l'état, tout ce qu'il m'en restait ou presque était non pas l'idée riche de l'hermétisme relatif de toutes les cultures, de l'esprit "l'herbe est plus verte chez le voisin", mais bien l'impression que l'Européen était quelque peu ridicule et cliché (il vient chercher la Nature, déteste le capitalisme, rien de bien nouveau ni dans le thème ni dans le traitement, alors que vous exprimiez de façon tellement plus personnelle et poétique la Nature dans l'image du vent et du désert, et l'amour des choses simples, de l'observation, dans le regard seul de votre Busula). Je crois qu'en fait, vu la qualité psychologique de l'exposition du personnage principal, l'Européen était en quelque sorte une précaution indigne du reste, une sorte de garantie pour que l'un des messages de la nouvelle passe, dont vous pouviez très bien vous passer.

Ce fut une lecture délicieuse et inspirante, je vous en remercie en retard,

Alice

   hersen   
20/5/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Après " Noctambulesque ", je me devais de lire cette autre nouvelles! Je sais que je ne suis pas impartiale car je connais les contrées dont vous parlez pour y avoir fait plusieurs voyages. Je retrouve le désert sous votre plume, son ambiance, son mystère. J'apprécie beaucoup.
L'histoire en elle-même, je ne dirais pas qu'elle est banale par respect pour les gens qui vivent ces situations dramatiques. Cependant, le pari était risqué et je doute que cela se passe aussi facilement dans la réalité. La narration en est trop lissée, à mon avis.
Le dialogue avec l'Européen a toute sa place, je regrette qu'il soit si superficiel. Il aurait mérité d'être plus étoffé, plus profond.
L'expression " l'herbe est toujours plus verte chez le voisin" , utilisée dans les commentaires, me gêne énormément.
Je vous félicite d'avoir écrit sur ce sujet.
A vous lire encore.


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