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Policier/Noir/Thriller
Neojamin : Que seule la littérature peut inventer
 Publié le 24/03/19  -  15 commentaires  -  5799 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

Je ne voulais plus écrire, il fallait que je fasse quelque chose...


Que seule la littérature peut inventer


L’immeuble est un des plus hauts de la ville, et d’où je suis, je peux contempler la lente progression du béton sur la nature. J’aperçois encore quelques champs, ici et là, mais ces morceaux de terre labourés et pulvérisés de glyphosate ont-ils encore quelque chose de naturel ? Un peu plus loin, les Pyrénées s’élèvent majestueusement, c’est bien là le dernier refuge de la vie. Pour le reste, de l’asphalte, du béton, quelques briques et un peu de verre qui reflète le gris du ciel.

J’écris mes derniers mots, mes dernières phrases. J’ai pris ma décision, elle est ferme et irrévocable. Ah, si seulement j’avais pu ne jamais écrire, si j’avais pu même m’abstenir d’apprendre à le faire ! On n’a plus vraiment besoin de l’écriture de nos jours, j’aurais pu m’en passer. On devrait tout simplement l’enlever des programmes scolaires. Ça ne ferait pas plus de malheureux et ça m’aurait évité bien des souffrances.

J’ai longtemps appelé ça une passion, une raison de vivre, ce petit quelque chose qui me faisait lever le matin. Mais combien de journées démarrées à l’aube pour me plonger dans des histoires sans sel ? Combien de récits destinés, tôt ou tard, à disparaître dans la corbeille électronique de mon ordinateur ? Gaspillage, je ne vois pas d’autres mots. Mes doigts auraient été plus utiles en composant des factures comptables.

Le ciel s’est soudainement éclairci, j’aurai peut-être droit à un beau lever de soleil finalement. Ils sont splendides en cette saison, splendides et lents. On a le temps de les contempler.

Toulouse est réputée pour être une belle ville, on l’appelle même la ville rose… bon, faut pas non plus exagérer. Quand le soleil est bas, sur le point de se coucher, sa lumière tamisée donne effectivement une teinte rosée aux briques de la ville, mais il y a surtout du béton par ici, et s’il y a une couleur qui prédomine, c’est bien le gris. C’est moins vendable comme concept, je le conçois, mais arrêtons avec tous ces faux-semblants. Toulouse n’est pas une ville rose, et moi, je ne suis pas écrivain.

J’ai longtemps entretenu l’illusion, me confortant dans l’idée qu’un écrivain n’est pas un auteur publié, mais quelqu’un qui écrit. Donc j’ai écrit, des heures durant, des années, chaque jour, méthodiquement… cela suffit-il pour faire de moi un écrivain ? J’en doute. Au mieux, ça fait de moi un être humain.

J’ai vendu cent vingt-six copies de mon livre sur les mille cinq cents imprimées dont le surplus – appelle-t-on encore ça un surplus dans ces proportions ? – repose dans des cartons sans étiquettes dans ma chambre. J’ai écumé quarante-six salons en trois ans, parcouru plus de cinq mille kilomètres, dépensé un bon millier d’euros en essence, hôtels, péages et restaurants. Tout ça pour cent vingt-six lecteurs. Et encore… comment être sûr qu’ils l’aient tous lu ? Combien se sont arrêtés au deuxième chapitre, préférant perdre leur temps d’une autre manière ?

Ça ne m’a pas ruiné cependant, j’ai un emploi et une bonne paye qui tombe tous les mois, un emploi qui fait rêver d’ailleurs. Quelle ironie ! Quand je parle de ce que je fais, je vois des regards qui brillent, des bouches qui s’ouvrent : ingénieur dans l’aéronautique, ça le fait. Les gens aiment penser que je passe mon temps les yeux rivés sur les étoiles. Ils m’imaginent dans un laboratoire à ciel ouvert, sur une échelle en train de peaufiner les réglages d’une fusée… Fabulations, je m’occupe de minuscules composants d’un système de refroidissement et je passe le plus clair de mon temps devant un ordinateur. Même là, gaspillage. Si encore j’étais astronaute. Un astronaute raté, ça n’existe pas.

Le ciel vire peu à peu à l’orange, le soleil apparaîtra bientôt à l’horizon, la ville s’éveillera doucement, sans mes mots pour l’accompagner. Ma décision est prise, ceci est ma dernière phrase.


_____


J’ai craqué. Encore une fois… C’est juste plus fort que moi, l’écriture s’est emparée de moi il y a bien trop longtemps pour que je puisse la chasser de mon être. Elle revient toujours, inlassablement, pour agiter le bout de mes doigts. Je ne suis finalement guère plus qu’un outil, un corps muni d’une paire de mains dont la seule réelle finalité s’étale sur du papier.

Je voulais un acte symbolique et j’avais trouvé l’idée géniale sur le coup : le suicide de mon ordinateur. J’avais déjà imaginé une nouvelle avec ce titre, l’histoire d’un ordinateur qui, par dépit face à la médiocrité de son utilisateur, se serait jeté du haut d’un immeuble. Certes, j’aurais pu choisir une falaise, ça aurait été moins risqué, mais j’avais des remords à l’idée de polluer un bout de nature avec mon tas de plastique et de composants électroniques. Et puis ça faisait loin. J’avais donc choisi le centre-ville, par cohérence, et dans un élan dramatique que seule la littérature – même la littérature médiocre comme la mienne – peut inventer, j’avais lâché mon ordinateur dans le vide, juste après ce qui devait être mon dernier mot.

Soixante-sept mètres plus bas, précisément, passait par là un abruti de passant qui n’avait rien d’autre à faire en ce dimanche matin – je ne suis pas aussi idiot que j’en ai l’air, j’avais choisi mon jour et mon heure pour éviter ce genre d’accident. Cet homme d’une quarantaine d’années, marié avec deux enfants – je l’apprendrais plus tard, sur le banc des accusés –, courait. Oui, il courait, à sept heures du matin, un dimanche. Il n’avait pas voulu faire de grasse matinée comme tout le monde, il avait préféré se faire un petit jogging, et par un de ces hasards que seule la littérature – même la littérature médiocre comme la mienne – peut inventer, il s’est pris mon ordinateur sur la tête.

Il est mort sur le coup.

Et moi ? Je me retrouve en prison avec pour seule distraction un bloc-notes et un crayon.


 
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   Corto   
4/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette nouvelle réjouissante est rondement menée.

L'écrivain qui décide qu'on devrait supprimer l'écriture, voilà une belle trouvaille.

La description des 1500 exemplaires du livre vendu à 126 amateurs doit évoquer des souvenirs à certains.

Toulouse un peu malmenée sauf pour la belle vue sur la montagne.

Finalement nous sommes au centre des tourments de celui qui a trouvé son épanouissement dans l'écriture, mais se désespère de vraiment communiquer ou être reconnu par ce biais.

Evidemment le suicide de l'ordinateur "par dépit face à la médiocrité de son utilisateur" est une vraie embellie au milieu de si nombreux doutes.

Un texte qu'on a plaisir à lire, et tant pis si l'auteur en est mécontent...

   Sylvaine   
24/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai beaucoup aimé toute la première partie, cette méditation amère sur l'échec d'une vocation. Tout y sonne juste. Le narrateur, qui se sent écrivain dans toutes les fibres de son être, se retrouve (à tort? à raison?) confronté à la certitude de sa propre médiocrité dans le seul domaine qui lui importe. C'est très réussi. La deuxième partie est également intéressante mais aurait mérité d'être un peu plus développée : l'idée du "suicide" de l'ordinateur est bonne, suicide symbolique de l'écrivain qui détruit ce qui fait son identité la plus profonde. La mise en "abyme" est également intéressante, tout le récit apparaissant alors lui-même comme l'ultime invention littéraire du narrateur. La dernière phrase me paraît trop abrupte, vous auriez pu mieux exploiter l'ironie tragique qui ramène fatalement celui-ci à l'écriture, comme Sisyphe à son rocher.

On peut dire qu'en un sens le texte se nie lui-même, puisqu'il s'agit d'une variation réussie sur le thème de l'échec. Joli retournement !

   FANTIN   
6/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Voici un texte amusant qui tient l'attention du lecteur éveillée de bout en bout, et une autodérision teintée d'amertume bien sympathique: la "médiocrité" à laquelle il est fait allusion n'a strictement rien à voir avec cette histoire plutôt réussie d'un suicide original qui débouche sur une fin où l'ironie l'emporte sur le tragique.
Une nouvelle qui, à mon sens, mérite largement de passer la barre des 126 lecteurs...

   STEPHANIE90   
24/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Neojamin,

eh bien, quel bon moment passé à lire cette nouvelle.
J'ai sauté à pied joint non pas comme votre ordinateur dans le vide mais dans le trop plein de mots. J'ai trouvé juste la bonne dose d'auto-dérision et chaque écrivain trouvera là, matière à réflexion.

Alors juste merci de m'avoir laissé jeter un œil sur cette super nouvelle qui mérite bien plus de 126 clics.

à bientôt pour vous lire,

StéphaNie

   hersen   
24/3/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un écrivain qui, face à ce que devient le monde, décide que ce n'est plus la peine d'écrire et décide le suicide de son ordi.

j'ai aimé le début, le béton qui grignote puis dévore la verte campagne, la description de Toulouse, ville rose mais grise, mais je suis un peu perplexe : que vient faite la profession dans l'aéronautique dans l'histoire ?
Bien sûr, Toulouse est la ville aéronautique par excellence, mais je n'ai pas compris le message.
Est-ce le cynisme de la situation ? (de ne pas vouloir polluer en jetant son ordi dans la nature alors alors que le narrateur fait un travail qui favorise une pollution aérienne ?)

j'ai l'impression d'avoir un peu deux sujets, qui pourraient se compléter mais qui sont mal scindés ici.

La chute n'est ps mal, finalement, le narrateur va continuer à écrire...sans polluer ? ou presque, parce que fabriquer crayons et papier...

Donc je suis mitigée.

   Shepard   
24/3/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Neojamin

Une version de 'la dure vie d'écrivain', enfin pas trop puisqu'il a une paye qui tombe tous les mois, celui-là. J'avoue (comme souvent avec ces textes) avoir du mal à rentrer dans la peau du personnage/narrateur qui en fait autant de caisse... pourquoi au final ? De nombreux auteurs ne sont pas même parvenu à publier un exemplaire de livre... alors 26... imaginez...

En filigrane on a un bon vieux 'homme vs nature' - la ville est moche la campagne est belle (enfin les champs, même sans glyphosate, ça n'a rien de naturel), ces fils là on les connait.

Ce qui sauve la nouvelle, à mon avis, est sa chute (sans rire) teintée d'humour et son ton qui reste assez léger - ça ne se prend quand même pas trop au sérieux.

J'ajouterais une écriture bien rythmée.

Finalement, ce texte, c'est 'vite lu' et malheureusement 'vite oublié' pour moi.

Au plaisir de voir un texte avec plus de consistance sous votre plume !

   plumette   
25/3/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
j'ai lu sans déplaisir, séduite par le propos: cet écrivain désabusé qui suicide son ordinateur et qui se retrouve meurtrier, improbable dénouement d'un roman!

le sujet est bon et au final le traitement m'a plutôt déçue.

des bizarreries de vocabulaire :

-Mes doigts auraient été plus utiles en composant des factures comptables. l'utilisation du verbe "composer" me surprend ici.
- J’ai vendu cent vingt-six copies de mon livre: de même ici pour le mot copie que j'aurai remplacé par exemplaires.

Une digression sur l'aéronautique qui me parait inutile,

Un dénouement peu crédible: je m'explique: j'accepte le fait que l'ordinateur tombe sur la tête de ce malheureux passant, j'accepte aussi que la chute de l'objet ait des conséquences mortelles. Mais dans notre système pénal français, on ne va pas en prison pour cela car ce que vous décrivez est en fait un accident. Ou alors, il aurait fallu que votre narrateur vise volontairement ce passant!

Et le titre? pour moi, il manque quelque chose dans ce titre , un tout petit mot comme "ce" par exemple.

   Iktomi   
25/3/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Nouvelle qui aurait pu avoir comme sous-titre « Le malheur merveilleux d’écrire… »
Si l’argument de départ ne manque pas d’intérêt (sans être pour autant d’une folle originalité) son traitement révèle rapidement les failles d’une construction narrative qui semble s’être faite au fil de l’eau.
Vous évoquez Toulouse, la mévente d’un livre et la fadeur d’un métier pourtant lucratif dans une sorte de galop frénétique qui nous mène à bride abattue vers une chute qui certes crée la surprise mais incite tout de même l’infortuné et essoufflé lecteur à se dire : « Tout ça pour ça ? »
A la rigueur, vous auriez commencé par la fin et remonté par un cheminement inductif jusqu’à (pourquoi pas ?) la naissance de sa vocation littéraire chez votre narrateur, vous m’auriez embarqué plus facilement dans le récit et accessoirement vous teniez quelque chose de beaucoup plus fort.

   senglar   
25/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Neojamin,


Ah ! J'aime bien la fin... ça c'est une nouvelle à chute (le jeu sur le mot n'est pas voulu, habileté de la nouvelle quoi) votre ordinateur ne voulait pas mourir pour rien. Un moment je m'étais dit : Je vais lui suggérer d'envoyer son ordi dans l'espace puisque c'est une sorte d'avionneur, mais non vous m'avez pris de vitesse, vu du haut d'un immeuble vous êtes un homme des profondeurs. Bonne chance avec votre crayon et votre bloc-notes. Enfin Bonne chance à votre gardien ! lol


Senglar

   jfmoods   
25/3/2019
I) Un homme prisonnier de l'écriture

1) Une obsession stérile

"Combien de récits destinés, tôt ou tard, à disparaître dans la corbeille électronique de mon ordinateur ? Gaspillage, je ne vois pas d’autres mots. Mes doigts auraient été plus utiles en composant des factures comptables."

2) L'inaccomplissement professionnel

"Fabulations, je m’occupe de minuscules composants d’un système de refroidissement et je passe le plus clair de mon temps devant un ordinateur. Même là, gaspillage. Si encore j’étais astronaute. Un astronaute raté, ça n’existe pas."

II) Un point de fuite introuvable

1) Un meurtre pas seulement symbolique

"... il avait préféré se faire un petit jogging, et par un de ces hasards que seule la littérature - même la littérature médiocre comme la mienne - peut inventer, il s’est pris mon ordinateur sur la tête.
Il est mort sur le coup."

2) L'ironie du sort

"Et moi ? Je me retrouve en prison avec pour seule distraction un bloc-notes et un crayon."

Merci pour ce partage !

   in-flight   
25/3/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Les textes méta-littéraires sont souvent casse gueule, ce récit ne fait pas figure d'exception mais il est teinté d'un humour sympathique. Pour le coup, je ne comprend pas bien la catégorie.

"On n’a plus vraiment besoin de l’écriture de nos jours, j’aurais pu m’en passer." --> face à l'abondance d'info et la prise de contrôle de la dialectique dans le milieu managérial, politique et médiatique, je pense tout le contraire: il n'a jamais été aussi important d'écrire pour formaliser ses pensées.

"J’ai écumé quarante-six salons en trois ans, parcouru plus de cinq mille kilomètres, dépensé un bon millier d’euros en essence, hôtels, péages et restaurants." --> Rassurons-nous, il y en a qui font tout ça sans avoir écrit un livre, ça s'appelle le tourisme

"même la littérature médiocre comme la mienne"--> la modestie est la forme d'arrogance la plus supportable en société ;)

   Eva-Naissante   
27/3/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Le thème de votre nouvelle est intéressant (quoi que ne correspondant pas totalement à l'idée que je me faisais de la rubrique choisie mais cela a peu d'importance).

Comme une introspective, une réflexion sur l'essence de l'écriture, son utilité et sa valeur marchande. Le besoin de donner du sens et de reconnaissance. Cela rend votre histoire touchante.

Votre écriture est fluide et ce texte se lit sans encombre.

Toutefois, quelques répétitions (peut-être à dessein) et une syntaxe qui mériterait - à mon sens - d'être un peu retravaillée. Je m'interroge par ailleurs sur le lien entre le béton et l'écriture (les deux clés de lecture que j'identifie).

Mais c'est surtout la chute, à la fois improbable (suicide d'ordinateur, un joggeur le dimanche matin ce n'est pas si rare que cela) et décalée (un côté comique qui dénote à mon sens avec le reste de votre texte) qui ne fonctionne pas tout à fait pour moi...

Merci pour cette lecture,

Eva.

   CerberusXt   
28/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ouch, un texte qui tape là ou ça fait mal pour quiconque écrit. Et c’est encore pire vu que mon métier est proche de celui du narrateur, avec une vision cynique qui y colle parfaitement. Bref, si le but était de créer des émotions chez le lecteur, c’est réussi pour moi, même si ce ne sont pas des émotions particulièrement agréables.

La deuxième partie du texte fait office de virage de ton un peu violent à mon goût. Du tragique on passe presque à de l’absurde. J’ai moins accroché.

Ceci étant, je retiens surtout beaucoup de positif (même si mon coup de blues soudain ne vous remercie pas ;))

   vis9vies   
28/3/2019
Bon, je vois que le constat est fait par l’auteur-narrateur lui-même. Je n’ajouterais donc rien à cette impression d’ensemble sur laquelle nous sommes d’accord (mode tape dans le dos sympathique).
Il y a cependant des points positifs. Le titre est accrocheur, il a quelque chose de littéraire et comme un clin d’œil qui invite à ouvrir la porte. La fin (la chute) est originale, et humoristique. D’ailleurs l’humour un peu noir et cynique est aussi l’un des plus de ce texte, même s’il aurait pu être un peu poussé.

Pour l’amélioration, il a des pistes.

La première, la plus visible, celle qui m’a dérangée immédiatement : les répétitions. Deux fois « béton » dans l’incipit, il y en a une de trop. Un peu plus loin, le défaut se répète avec les « ça », et j’ai presque envie de dire que c’est pire avec un mot aussi faible. Se rappeler qu’un incipit donne le ton du texte. Et aussi un aperçu de la qualité de l’écriture. Un incipit raté peut être un roman non lu, quelle que soit la qualité des 200 pages qui suivent.

Ensuite, le problème des « on ». Il est relativement facile de personnaliser, et d’éviter ses honteux « on » avec peu d’imagination. Ex : « On n’a plus vraiment besoin de l’écriture de nos jours ». Avec une autre approche, il est possible de rendre la syntaxe plus vivante : « Qui a encore réellement besoin de l’écriture de nos jours ? » Ce n’est qu’un exemple. Préférer personnaliser, détailler que rester dans le flou. Le lecteur n’accroche pas à l’indéfinissable ;)

Un autre point sur lequel j’ai achoppé : la syntaxe. Ce n’est pas qu’elle soit mauvaise. Elle manque juste de personnalité, mais, ça, ça viendra avec l’assurance. Surtout, elle manque de vivacité, de rythme. Elle ne crée pas d’ambiance, même pas humoristique. Une syntaxe plus moderne aurait pu rendre le texte plus accrocheur, par exemple en insérant des interrogations, en faisant parler le décor, mais sans que le narrateur s’exprime par des « je ». Il y a un exemple qui va dans ce sens : « Toulouse est réputée pour être une belle ville, on l’appelle même la ville rose... bon, faut pas non plus exagérer. Quand le soleil est bas, sur le point de se coucher, sa lumière tamisée donne effectivement une teinte rosée aux briques de la ville, mais il y a surtout du béton par ici, et s’il y a une couleur qui prédomine, c’est bien le gris. » Il y a aussi nombre d’exemples qui ne vont pas dans ce sens : « J’ai longtemps entretenu l’illusion, me confortant dans l’idée qu’un écrivain n’est pas un auteur publié, mais quelqu’un qui écrit. Donc j’ai écrit, des heures durant, des années, chaque jour, méthodiquement... cela suffit-il pour faire de moi un écrivain ? J’en doute. Au mieux, ça fait de moi un être humain. » Ce dernier exemple laisse une impression désagréable au lecteur car il a l’impression que le narrateur se justifie, et il est toujours ennuyeux d’avoir pour interlocuteur quelqu’un qui se justifie. En supprimant certaines expressions, comme « je pense », « je crois », comme ici (c’est plus subtil) « me confortant… donc », on obtient une vérité affirmée et non plus une justification. De toute façon, on sait bien que c’est le narrateur qui s’exprime ; il n’a pas besoin d’avoir recours systématiquement au « je » pour ça.

En espérant vous avoir aidé… un peu.

   Donaldo75   
6/4/2019
Bonjour Néojamin,

J'avoue ne pas avoir plongé dans cet écrit; ce n'est pas que ce soit mal écrit, bien au contraire, mais c'est juste vide. En tant que lecteur, j'attendais autre chose, surtout au vu du thème affiché. Est-ce un manque d'inspiration ? Après tout, une histoire est racontée par l'auteur au lecteur, même si à la fin il ne représente que le cent-vingt-sixième, pour le faire plonger dans le récit, le mettre à contribution.

« J’écris mes derniers mots, mes dernières phrases. J’ai pris ma décision, elle est ferme et irrévocable. Ah, si seulement j’avais pu ne jamais écrire, si j’avais pu même m’abstenir d’apprendre à le faire ! On n’a plus vraiment besoin de l’écriture de nos jours, j’aurais pu m’en passer. On devrait tout simplement l’enlever des programmes scolaires. Ça ne ferait pas plus de malheureux et ça m’aurait évité bien des souffrances. »

Je préfère moi aussi les programmes scolaires. Là, je me suis ennuyé. Et vu que je ne suis pas du genre professeur de lettres ou instituteur prêt à s'extasier sur les tournures, les effets de style ou la concordance des temps, même si ces points sont importants, j'en reviens à l'histoire. Quelle histoire ?

« Toulouse est réputée pour être une belle ville, on l’appelle même la ville rose… bon, faut pas non plus exagérer. »

Qu’est-ce que ce dialogue intérieur m’apporte, à moi lecteur ? Je ne sais pas défendre l’opinion selon laquelle c’est un plus littéraire. Je sèche. Et pourtant, j’essaie.

« Je voulais un acte symbolique et j’avais trouvé l’idée géniale sur le coup : le suicide de mon ordinateur. »

A ce moment, je me suis dit que le texte allait décoller, que l’histoire allait changer de dimension, qu’une idée originale et singulière était en train d’émerger. Dix lignes plus tard, je me suis retrouvé comme au début de ma lecture. Vide.


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